‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 185 sur 194 · heure · texte numérisé non relu

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« Et que, les yeux sur toi, je t'embrasse et je meure.

Le poëme finit par un tableau du jugement dernier, où le poète a réuni les traits les plus forts et les couleurs les plus sombres que les Pères aient jamais employés pour traiter un pareil sujet.

Jour de miséricorde, ainsi ({ue de vengeance, Déj'à je croîs le voir, j'en frémis par avance. Déjà l'entends des mers mugir les flots troublés : Déjà je vois p&Iir les astres ébranlés : Le feu vengeur s'allume, et le son des trompeUes Va réveiller les morts dans leurs sombres relraitn. Ce jour est le dernier des jours de l'univers. Dieu cite devant lui tous les peuples divers, Et pour en séparer les saints, son héritage, De sa reliffion vient consommer Ponvrage. La terre, le soleil, le temps, tout va périr, Et de l'éternité les portes vont s'ouvrir.

Elles s'ouvrent. Le Dieu si longtemps invisible. S'avance, précédé de sa gtoire terrible : Entouré du tonnerre, au milieu des éclairs Son trène élincelant 8*élève dans les airs. Le grand rideau se tire, et ce Dieu vient en matf if Malheureux, qui pour lors coraroenee à le connaître! Ses anges ont partout foit entendre leur voix. Et sortant de la poudre une seconde fofe, Le genre humain tremblant, sans appui, sans itftige, Ne voit plus de grandeur que ceHe de son juge. Ebloui des rayons dont il se sent pf'rcer, L'impie avec norreur voudrait les repousser : il n*est plus temps : il voit la gloire qui Topprim^, Et tombe enseveli dans l'étemel abîme.

Lieu de larmes, de cris et de rugissements. Dans ce séjour affreux quels seront vos toarmenls, Infidèles chrétiens, cœurs durs, Imes ingrates, Lorsque vous y voyez les Titus, les Socratcs, (Hélas ! jamais du ciel ils n'ont connu les dons)! Réunir leurs douleurs à celles des datons? Lorsque le home étale en vain sa pénitence; Quand le pâle bramine, après tant d*aJ)stinenee Apprend que contre lui bizarrement cruel. Il ne fit qu'avancer son supplice étemel? De sa chute surpris le musulman regrette Le paradis charmant promis par son prophète, Et, loin des voluptés qu'attendait son erreur, Ne trouve devant hii que la rage et l'horreur. Le vrai chrétien, lui seul, ne voit rien qui rëtonne, Et sur ce tribunal que la foudre environne. Il voit le même Dieu qu'il a cra sans le voir, L'objet de son amour, la fin de son espoir. Mais il n'a plus besoin de foi ni d'espérance : Un étemel amour en est la récompense.

Sainte Religion, gu'à ta grandeur offerts . Jusqu'à ce dernier jour puissent durer mes vers!

Rapprochons de ce beau morceaa les pins belles strophes de Gilbert sur le même sujet

Quel bmit s'est élevé? La trompette sonnante

A retenti de tous cdtés.

Et sur son char de feu la foudre dévorante

Parcourt les airs épouvantés.

Ces astres teints de sang, et cette horrible guerre

Des vents échappés de leurs fers.

Hélas! annoncent-ils aux enfants de la terre

Le dernier jour de l'univers?

L'océan révolté loin de son lit s'élaoce.

Et de ses flots séditieux

Court en grondant battre les deux.

Tout pr'^ts à les couvrir de leor ruine immense. C'en est fait, l'Etemel, trop longtemps méprîté,

Sort de la nuit profonde Oii, loin des yeux de I homme, il s'était reposé Il a paru ; c'est lui; son pied frappe le moKiàt^

Et le monde est brisé.

RITUEL

ttlTUEL

Tremblei, hnmaiiis. voici de ce Juge raprême

Le redoutable Iribuiuil.

Ici perdenl leur priK Tor et le diadème ;

Ici l*homine à l^lioniiine est égal ; Ici la Térité tient ce livre terrible

Où sont écrits vos attentats ; Et la Religion, mère autrefois sensible. 8 arme d'un ccDur d'airain contre ses fils ingrjts.

Sortez de la nuit éternelle ;

Rassemblez-vous, âmes des morts,

Et reprenant vos mêmes corps, Paraissez devant Dieu : c*est lui qui vous appelle.

Arrachés de leurs froids tombeaux, Les morts , du sein de Tombre» avec terreur s*avan-

[cent, PÂles, et secouant la poudre des tombeaux.

0 Sion \ ^ combien ton enceinte immortelle Renferme en ce moment de peuples éperdus \ Le musulman, le juif, le chrétien, rinfidèle. Devant le même Dieu s'assemblent confondus. Uuel tumulte effrayant ! que de cris lamentables ! Ciel ! qui pourrait compter le nombre des coupables !

Coupables, approchez ; |>e la chaîne des ans les jours de la clémence

Sont enfin retranchez.

Insultez, insultez aux pleurs de Tinnocence : A Fange de la mort Dieu vous a promis tous.

Ce Dieu dort-il ? répondez-nous.

Je vois les élus du Seigneur Marcber d*un front riant au lond du sanctuaire : Des enfants doivent-ils connaitns la terreur

Lorsqu'ils approchent de leur père?

Quoi ! de tant de mortels auront nourris tes bontés. Le petit nombre, ô ciel l plia ses volontés

Sous le joug de tes lois augustes !

Des vieillards, des enfants, quelques infortunés! A peine mon reganl voit entre mille justes

S*élever deux fronts couronnés !

Le juste enfin remporte la victoire.

Et de ses longs combats, au sein de rEtemel,

11 se repose environné de gloire; Ses plaisirs sont au comble, et n*ont rien de mortel :

Il voit, il sent, il connaît, il respire Le Dieu qull a servi, dont il aima Tempire;

Il en est plein ; il chanle ses bienfaits. L'Etemel a brisé son tonnerre inutile; Et d^ailes et de faux dépouillé désormais, Sur les mondes détruits le Temps dort immobile.

RITUEL. — Le Rituel est le reeueil des

Prières soit nubliaues, soit particulières de Eglise ; il règle 1 ordre des cérémonies du culte {Voy. CiniiioNiBs), et contient à ce double titre les plus touchantes beautés. C'est dans le Rituel qu'il faut étudier le vrai géoie du christianiscno et tout ce que la religion catholique porte dans ses entrailles maternelles de miséricorde et d'amour. Le Rituel est le formulaire de tous les remèdes à Tusage de TAme ; tous les besoins de la nature humaine y sont compris, toutes les douleurs y ont leur éloquente interprétation, et 1 Eglisemultiplie ses prières et ses pardons à mesure que notre raiblesse augmente et multiplie nos fautes. Le Rituel est Ih code de la clémence divine et le manuel de respéraoce.

Qu*il y ait dans les paroles saintes une vertu réelle gui agit sur les esprits impurs» c*e3t une vérité dont le sentiment a toujours

été profond parmi les hommes» et que la religion sanctionne de toute son autorité divine. Les mots, pris en eux-mêmes, no sont rien que des assemblages de lettres ; mais , considérés comme signes » ils peuvent tout représenter et exprimer tout ce que la pensée peut concevoir. Les sigpes sensibles dont Dieu se sert pour exprimer les effets de sa grâce dans les sacrements servent aussi à la conférer, parce que Notre-Seigneur leur a donné cette incontestable vertu,et c'est ainsi que l'Eglise , dont l'esprit est celui de Jésus-Christ lui-même, et qui a reçu de lui tout pouvoir pour lier et pour délier » attache aux paroles de son Rituel toutes les grâces spéciales que ces paroles représentent» et communique à ces remèdes»

Su'elle sait appliquer à toutes les maladies e l'âme» une efficacité qui semble être l'éma* nation de la vertu des sacrements » et qui a fait nommer êacramerUaux ces ressources maternelles de la charité ecclésiastique.

L'orgueil de la réforme et la sécheresse du jansénisme se sont scandalisés de certaines formules du Rituel, dont le mysticisme échappait d^à à la science de ces prétendus docteurs» si prompts à en remontrer à leur mère. Que dans le moyen âge on ait cru encore à la vertu du Tétragrammej i>ar exemple, c'en était bien assez pour faire j&r ter les hauts cris aux partisans rabelaisiens du gros Luther. Ces gens -là» en effet» ne comprenaient suère la Cabbale judaïque» et n'auraient pu facilement y discerner ce qui»

Earmi les traditions et les explications rab^ iniques, conservait les précieuses reliques de la tradition prophétique et patriarcale. Des auteurs graves et des savants consciem cieux ont cru pourtant que les signes de la

f>arole avaient pu être révélés à l'homme par a Divinité elle-même » qui est le Verbe et qui engendre le Verbe. D'autre pnrt, les plus profonds Pères de l'Eglise ont enseigné qu'il y a dans les nombres un symbolisme par leauel sont signiflés les principaux mys* tères du monde surnaturel et du monde na<* turel... Mais qu'importent les mystères et le symbolisme, gu'importe même fa poésie des crovances qui se rattachent à l'infini par des emblèmes» qu'importe tout cela» disons^ nous, au prétendu sens commun de la rai* son individuelle révoltée contre tout ce qui

{présente le caractère de l'antiquité et de 'autorité? Les protestants ont donc blas* phémé ce qu'ils ne pouvaient plus compren'^dre; les jansénistes » qui étaient des protestants moins ouvertement séparés, ont criti* que amèrement ce qu'ils comprenaient trop peut-être» et ce qui donnait tort à leurs tendances raisonneuses et à leur christianisme sans cœur. Les gallicans » à leur tour » ont voulu contenter tout le monde» et des évêques , d'ailleurs bien intentionnés» se sont laissé entraîner à la réforme du Rituel romain » introduisant ainsi des éléments de schisme dans le livre même qni doit être en

auelque sorte le manuel de la communion es prières» et la preuve irréfragable de l'iinité d'esprit par 1 unité de liturgie.

RITUEL

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Maintenant qu9 la réforme a produit son fruit ameri maintenant qu'une critique té* méraire a plongé la raison humaine dans les abîmes du scepticisme sous prétexte de Témancjper; maintenant que, chez les peuples sans foi, Tinstinct rehgieux, ne sacnant où se prendre , retourne aux amulettes de ridolAtrte et suspend les incrédules aux le- Très des charlatans et des somnambules, les chrétiens commencent h comprendre combien il était dangereux de faire dès le commencement aucune espèce de concession à Tesprit frondeur qui nie sans comprendre et qui rit sans examiner. On ne trouve plus étrange, par exemple, que le Rituel de Rome prescrive la dévotion aux agniM^ et conseille d*dttachor, soit sur les malades , soit dans les coins des appartements que l'Eglise veut pri^server de la visite des esprits impurs , des prières écrites sur des cartes ou des parchemins. Pascal le janséniste, Pascal, qu*on n'accusera pas d'avoir été un petit esprit, ne portait-il pas sur lui, cousu dans ses vêtements , un parchemin sur lequel il avait tracé lui-même quelques paroles exprimant le souvenir de quelques idées pieuses 7 Nous sommes loin maintenant de rejeter comme des superstitions et de juger même témérairement certaines pratiques que condamne avec tant de légèreté un auteur d'ailleurs sérieux, qui a écrit sur la poésie des saints oiBces , et aue nous nous plaisons à citer pour ses études consciencieuses , tout en nous réservant le droit de le combattre pour son parti pris de gallicanisme incorri-

t;ible. Eh bien, oui, pouvons-nous lui dire» es auteurs du Rituel de Rome ont voulu compatir à toutes les infirmités humaines, €t substituer les doux enchantements de la foi au grimoire de la magie et aux amulettes des idolâtres. Oui , le Rituel endort par de mystérieuses paroles les douleurs qui assiègent les deux portes de la vie; il a des Srieres pour le berceau comme pour la tome; iJ appelle les enfants prêts à naître des ténèbres à la lumière , et invoque sur eux les noms incommunicables de l'auteur de la vie. Il invoque à leur aide ces grands princes de l'Epiphanie, ces rois mages qui ont été avertis de la naissance du Sauveur par une étoile. Oui , et nous allons le répeter avec vous et d'après vous, en citant vos propres paroles , mais sons adopter vos appréciations peu catholiques , oui, l'Eglise faisait alors ces belles et simples prières pleines de la foi des premiers Ages; mais que faisait-elle encore? Allons plus loin :

Le Rituel prescrivait d'écrire cette prière sur une carte, ^t de l'attacher au cou ou aux ijambes de la fommo en couches. On pronon- 4;^it les mêmes formules quand il s^gissait de bénir une maison : on exorcisait les démons quand on soupçonnait qu'elle en était infestée : Conjuro et exoreixo vo$^ ipiriiui nc^uissimi, .. per omnipotetUii sanciisêima no» mina. Hel f, Heloïm t, Agla t« etc., ut ab hae éomo stcttim recedatis^ fugicUiSy et ad damnaiionis vestrœ locum transeatii. « Je vous exorcise et vous comaumde^ esprits pervers^

eir les saints noms du tout-pu'ssant Hel î, eloïm t, etc., de sortir sans délai de celle , maison, et de retourner dans votre séjour de ' damnation. » Le Rituel ajoute que le prêtre aura soin de placer dans les coins delà maison , de petits sacs remplis d'agnus provenant du cierge pascal, et de petits triangles de myrrhe , d'or , d'encens , enduits d'huile bénite. On mettait aussi de petites cartes en forme d'amulettes sur le lit conjugal, pour le préserver des tentations du démon et dej désordres de la chair.

On répétait les mêmes mots dans les exoN cismes, et on y ajoutait encore ceux d'omou- «ton, alpha ^ oméga, athanatosy isehyros Pkantheon^ Eleysont lux^ sol^flos, etc. Ouïes écrivait sur une carte , on la plaçait sur lo possédé, et le prêtre» après plusieurs oraisons, disait aux démons : « Je vous enjoins de sortir du corps de cette créature de Dieu; je vous défends de vous loger, de vous arrêter, de vous cacher dans aucune partie de sa personne , ni dans les quatre principes : le sang, l'humeur, la lymphe , la bile ; ni dans ses chairs , ni dans ses os , ni dans sa moelle, ni dans ses nerfs , ni dans ses articulations, ni dans ses pieds, ni dans ses moi* lets, ni dans ses jambes, ni dans ses cêtes, ni dans ses reins, ni dessous , ni dessus ; ni dans son dos, ni dans ses épaules, dans ses bras , dans ses mains , dans ses ongles , ni dans son cœur, ni dans son foie, ni dans ses poumons, ni dans les gros ni les petits intestins, ni dans son estomac, son ventre , sa poitrine, sa gorge, son cou, sa face, son menton, ses mâchoires, ses dents, ses gencives, sa langue, son palais, son nez, ses yeux, ses oreilles, son cerveau et leurs lobes, ses artères, ses cheveux ,' ses sourcils, ses poils, son nombril, ses parties génitales, ses sécrétions, soit en dedans, soit en dehors, enfin dans aucune des parties, dans aucun des lieux oCl vous avez dessein de vous loger.

« Je vous défends aussi d'appeler à votre aide, ou de vous substituer d'autres malins esprits, et vous enjoins d'évacuer ces lieux et de fuir, sans vous le faire répéter, daus les lieux arides, stériles, inhabités, où vous pourrez exercer vos méchancetés. Que si vous résistez, je vous déclare que je vais procéder contre vous , démons maudits , et fulminer toutes les excommunications et anathèmes qui sont on mon pouvoir ; appeler à mon secours la sainte Trinité, le Père, le Fils, le Saint-Esprit , les anges et tous les saints du paradis , pour vous faire sortir de ce corps, vous en chasser, depuis l'extrémité des cheveux jusqu'à la plante des pieds , et vous précipiter , vous et vos maîtres , dans l'étang de soufre et de feu auquel je vous oondainne , par la vertu de Dieu, pour cent ans complets, à commencer du jour de votre sortie de ce corps.

« Que si vous résistez encore, je vous adjure par les noms suivants : Mesmaif £mmanuel, Soter^ Sabaoth, de partir sans différer. Allons, partez à l'instant , quittez ces

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