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lieux, et retournez à votre mer de feu. En vertu de ces noms sacrés, je tous Tordonne, je TOUS bannis, vous maudis , vous charge d*analhèraes. » Ite $tatim et recedite hinc^ ite, iUj maledicti, in igfiem mternum^ iie êtatim et recedite Atnc, etc*
Vous avez tout dit, n'est-ce pas? Et maintenant nous vous demandons ce que vous avez à critiquer dans ces énumérations naïves peut-être, mais saintes, de tous les membres de ce corps qui est le temple du Saint-Esprit, et dont 1 Eglise consacre et sanctifie la merveilleuse architecture : Dei architectura estis» Mais c'est assez nous opposer à des jugements dont la réfutation est si facile. L'Oise de Rome est la mère de toutes les Eglises ; elle conserve tout ce qui est bien , elle consacre par son usage tout ce qui est salutaire, et elle a sagement fait de conserver son Rituel dans toute son intégrité. Sortons maintenant de la controverse , et reconnaissons, en citant cette fois notre auteur JM. SiBilgues) avec un vrai plaisir, que « le Utuel contient des prières, dont on peut dire que quelques-unes ont un caractère vraiment sublime. Telles sont surtout celles qui ont pour objet la bénédiction nuptiale, et ces secours spirituels pleins de la plus douce charité, que TEglise apporte au chrétien mourant, lorsqu'elle invoque pour lui le Dieu de miséricorde, et le conjure de recevoir dans son sein le pécheur repentant. Que la Consolation de Sénèque est froide en comparaison ! tout y est raisonné. Dans les prières de rEjglise, tout au contraire, est plein de sentiment. La philosophie nous console par des raisonnements, la religion nous console par les promesses les plus touchantes. Elle nous ouvre les cieui; elle nous montre une vie nouvelle q^ui ne s'éteindra plus ; un Dieu de miséncorde qui nous reçoit dans son sein, qui verse sur l'homme vertueux tous ses bienfaits ; elle adoucit les dernières angoisses de la mort,
Sar les paroles les plus tendres et les plus ouces espérances.
c Considérons le prêtre assis auprès du lit du malade; qu'elles sont admirables, les
f prières qui sortent de sa bouche I de quelle 6i, de quelle charité elles sont animées! On ne peut les entendre sans être pénétré dtfs mêmes sentiments que lui; on croit les voir monter vers le trône de TEternel, et recueillies dans son sein. Le prêtre commence par invoquer pour le mourant l'appui de tout ce que le ciel et la terre ont de plus puissant : le Christ, la Vierge, les anges, le chœur des justes, les patriarches, les prophètes, les apôtres, les évangélistes , les martyrs, les confesseurs de la foi, les vierges, et cette Madeleine qui racheta ses péchés par son amour. Trois fois il appelle sur lui les miséricordes du Seigneur : c O Dieu! jetez sur ce mourant des regar.is favorables; Seigneur, daignez lui pardonner ses péchés; Seigneur, ayez pitié de lui. »
« 11 supplie ce Dieu de bonté qui nous a créés, et sou fils qui nous a rachetés , et
TEsprit-Saint, qui daigne nous remplir de sa vertu, il les supplie d'aider cette gémis^ santé créature à rompre sans effort les liens qui l'attachent à la vie : ProfUiêcere, anima christiana^ de hoe mundo. « Détachez-vous de ce monde, âme chrétienne ; que votre do* meure soit aujourd'hui dans la paix, et votre habitation dans la sainte Sion. > Hodie fit in pace loeuê iuuêy eê habitatio tua in ioneta Sionl
« Il adresse ensuite les plus tendres supplications à Dieu : «Seigneur, Dieu de miséricorde. Dieu de bonté, vous à qui les larmes d'un pécheur pénitent sont si agréables, que vous lui pardonnez toutes ses fautes, quelque grandes qu'elles soient; vous qui oubliez même que ce pécheur vous a offensé, et qui ne considérez que son repentir, jetez des yeux de miséricorde sur cette triste et souffrante créature : elle avoue ses fautes, elle vous en demande pardon de tout son cœur; exaucez-la, père de clémence.
Renouvelez en elle ce que le commerce du monde, la fragilité humaine et l'esprit t^ ntateur ont pu causer d'altération dans la i ureté de son âme. Unissez, Seigneur, attachez au corps de votre sainte Eglise, ce membre que vous avez racheté; voyez ses larmes, entendez ses gémissements ; qu'ils vous attendrissent. Toute sa conGance est en vous, elle n'espère qu'en votre bonté; que votre main daiene lui ouvrir la porte du salut; daignez 1 admettre à la grâce d'une parfaite réconciliation. Nous vous en supplions par les mérites de Jésus-Christ votre Dis. »
La pitié, l'amour, la tendresse ont-elles
t'amais inspiré rien de plus sublime? le cœur luraain a-t-il jamais parlé un pareil langage? Où trouver un modèle aussi parfait Ëarmi les auteurs profanes? On admire dans [omère les humbles prières, les discours attendrissants de Priam, lorsqull vient redemander à Achille le corps de son fils. On est touché de ses larmes, on pleure avec lui : c'est le plus beau modèle de sensibilité que nous offrent les chefsnd'œuvre de Tanliquité. Mais comparez ces prières d'un vieillard, d'un roi prosterné aux pieds de son ennemi, comparez-les avec celles que le prêtre, prosterné au pied du lit d'un chrétien mourant, adresse à Dieu, quelle différence I que la religion est admirable 1 comme elle élève l'homme au-dessus de l'homme, et que la pitié est douce quand c'est le ciel même qui l'inspire 1
Mais ce ministre de charité ne s'arrête poiit après ces sublimes invocations ; il se tourne auprès du mourant, il s'efforce de relever son âme abattue par les plus douces consolations : « Mon frère, mon très-cher frère, lui dit-il, je vous recommande à Dieu tout-puissant et vous remets entre les mains de celui qui vous a créé, aSn que lorsque vous aurez payé par votre mort la dette commune de la nature humaine, vous retourniez à votre Créateur, qui vous a formé du limon de la terre. Que la troupe glorieuse des anges vieune au-devant do voira
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flme, lorsau^elle rompra les liens corruptibles qui 1 attachent encore h la terre ! que le sénat des apôtres, qui doit juger, avec Dieu, tout Tunivers, vous fasse un accuoil favoral}Ie 1 que la triomphante armée des martyrs se réjouisse à votre arrivée 1 que réclatante compagnie des confesseurs vous environne I que le chœur des vierges vous conduise vers le céleste époux avec des cantiques de joie I qu'admis dans le sein d'A-braham, tous les patriarches vous félicitent et vous embrassent I que Jésus -Christ se montre à vous avec un visage plein de douceur et d'allégresse I qu'il vous place au rang de ceux qui doivent toujours être auprès de lui I Puissiez-Yous ignorer tout ce que les ténèbres, les flammes et les tourments ont d'horrible et d'insupportable!
que le démon et ses ministres se reconnaissent vaincus, vous voyant arriver dans la compagnie des anges I etc. »
Quelle est la religion qui ait jamais prodigué les mêmes soins à l'homme mourant 7 qui Tait soutenu dans ses derniers moments avec une charité i)areille, avec un zèle aussi compatissant 7 qui ait élevé son Ame à de si
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tâlS
qui ait formé des vœux plus ardents pour sa félicité? qui ait versé dans son Ame de plus douces consolations? Dans ce pénible moment, dans cet étemel adieu, la charité ne semble-t-elle pas avoir épuisé tous ses trésors ? Qui pourrait entendre ces admirables prières, assister à ce pénible spectacle, sans être pénétré des plus nobles et des plus reliçieux sentiments? Oh! comme les paroles du prêtre agrandissent la sphère de nos destinées ! à quelle hauteur elles portent nos espérances I et quand on réfléchit que c'est le plus souvent à un malheureux étendu sur un grabat, couvert des haillons de la misère, que ces généreux soins sont adressés, de quelle profonde vénération, de quelle immense reconnaissance ne doit-on pas être pénétré pour la religion I
Cependant, toutes les ressources de la charité chrétienne ne sont point encore épuisées. Le ministre des miséricordes divines renouvelle ses instances auprès de Dieu; Il lui rappelle les bienfaits dont il a comblé ses élus, il rassemble tout ce qui peut fléchir sa justice et le porter à l'oubli des fautes du pécheur.
« Seigneur, délivrez son Ame comme vous avez délivré Noé du déluge.
« Seigneur, délivrez son Ame , comme vous avez délivré Abraham de la terre des Chaldéens.
« Seigneur, délivrez son Ame, comme vous ayez délivré Job de ses soufl'rances.
« Seigneur, délivrez son Ame, comme vous avez délivré Moïse de la persécution du lt)i d'£gypte.
« Seigneur, délivrez son Ame , comme vous avez délivré Daniel de la fureur des bous.
« Seigneur, délivrez son Ame. comme vous avez délivré les trois jeunes hommS de la fournaise ardente et de la main d'm roi injuste. *-«*uumi
« Seigneur, délivrez son Ame, commA
TA S'Ait'"'' ''''''^'^''^^''^^
« Seigneur, délivrez son Ame, comme vous avez délivré saint Pierre et Mint P«d des fers dont ils étaient chargés dans les prisons. ° "*
« Nous vous recommandons l'Ame de votre créature; vous êtes descendu pour elle du ciel sur la terre ; qu'elle jouisse de ce bienfait dans toute son étendue I C'est de vos mains qu'elle est sortie ; elle est votre ouvrage, et rien n'est ciwnparable à vos ceuvres. Seigneur, faites jouir cette Ame de votre présence I ne vous souvenez pas de ses iniquités; elle a péché, elle l'avoue; mais elle a toujours cru en vous, adorable Trinité ; elle a conservé la foi, elle a été fidèle à vous adorer, 6 Dieu qui avez ftit toutes choses ! Ne vous souvenez donc plus, Seigneur, des erreurs de sa jeunesse, ne vous ressouvenez que de votre miséricorde ; que les cieux lui soient ouverts ; oue les anees volent à sjk rencontre, et qu'ils rintroduisenl dans la céleste Jérusalem ! que saint Pierre, à qui Dieu a confié les clefs du ciel, lui ouvre la porte de cette demeure des saints I que saint Paul, ce vase d'élection, que saint Jean, ce disciple bien-aimé, à qui les secrets du ciel ont été révélés, intercèdent pour elle ; que les apôtres prient pour elle le Dieu des miséricordes !
« Saints et saintes qui avez souffert tant lA ^^^™^D^s sur la terre pour le nom do Jésus-Christ, so/ez-lui favorables, mêlez vos prières aux siennes, présentez ses vœux au Dieu qui vous a choisis. »
La rhétorique a-t-elle jamais indiqué une Plus éloquente énumération que celle que fait ICI le prêtre de toutes les faveurs, de toutes les grAces que Dieu a répandues sur 1 nomme 7 Quelle pensée plus profonde et plus touchante que celle-ci : Seigneur, ne vous ressouvenez que de votre miséricorde l On a prodigué de justes louanges à Cicéron, lorsque, plaidant la cause de Ligarius, il fit tomber des mains de César l'arrêt de uroscription porté contre son client. Hais l'élo-
auence de Cicéron est toute humaine ; il atle plus qu'il ne prie ; il s'adresse à cette passion de gloire dont César est dévoré; il présente a son ambition de nouveaux moyens de renommée : Nikil est tam populare quam bonitas. Nulla de virtutibus luti plunmis nec admirabilior, nec graiior mw^ricordia est ; homines enim nul fa re ad deos propius accedunt quam salutem hominibus dando. Nihil habet necforluna tua majus^nee natura tua melius quam ut velis conservars quam plurimos... 0 clementiam admirabilem, atque omni laude, prœdicatione, litterismonvtmentisque decorandam I M, Cicero apud te défendit alium in ea voluntate non fuisse in qna se ipsum confitetur fuisse. « César, rien
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D'e8t plus poçolaire que la bonté. De loules les Tertus qui vous distinguent, il n*en est aucune de plus admirable, de plus capable de TOUS gagner les cœurs que yotre clé* mence. Ce qui rapproche davantage Thomme de la Divinité, c est de sauver ses semblables : voilà ce que la fortune vous a donné de plus grand, ce cpie la nature vous a donné de plus précieux. 0 clémence admirable I 6 clémence digne de tous les éloges, digne d*être publiée partout, digne d*étre transmise à la postérité par les écrits des hommes, par des monuments publics I M. Cicéron défend Ligarius d'un crime dont il est lui-même coupable, il le défend du reproche d^avoir api)artenu à un parti auquel il a appartenu lui-môme. »
Que l'on compare cette éloquence avec celle du prêtre plaidant au tribunal suprême la cause du pécheur, on verra facilement que Tun s'adresse à un homme et l'autre à un Dieu. Dieu n'a rien è faire pour accroître sa gloire, pour augmenter sa puissance ; mais comme tout en lui est infini, sa bonté, sa clémence, sa miséricorde sont aussi infinies. C'est dans cette source inépuisable que résident l'espoir, la confiance et la consolation de l'homme.
On trouve néanmoins, dans le discours de Cicéron, un mouvement de sensibilité qui se rapproche des belles prières que nous Tenons de citer : c'est celui où il représente la famille de Ligarius aux pieds de César pour implorer sa clémence, oii il le conjure a*avoir pitié de leurs larmes, et de ne pas frapper une famille tout entière en frappant un seul homme.
JVo/t, Cœsar^ putare de unius capUe nos ûgere. Quid de frcUribuê Ligarii dicam t mo^ veant te horum lacrymœ^ moveat pietaSy moveai germanitaê.,. Vides ne hosce omnes equites romanos qui adsunt veste mutata^ non solum notos tioi^ verum etiam probatos. «c Non, César, ce n'est pas. du sort d'une seule tête qu'il s'agit ici ; que vous dirai-je de la douleur dont les frères de Ligarius sont pénétrés ? Avez pitié de leurs larmes, soyez touché de leur piété fraternelle, de leur intérêt Eour un frère chéri. Voyez-vous ces norareux chevaliers romains rassemblés en habit de deuil autour de votre tribunal ; ils TOUS sont connus, vous les avez éprouvés : serez-vous insensible à leurs douleurs 7 »
Ce mouvement est plein d'éloquence; mais celle du ministre de Dieu le surpasse, autant que Dieu est au-dessus de Ëésar. Cependant son ministère n'est point achevé; c^est le mourant lui-même qui Ta maintenant parler par la bouche du prêtre : « Seigneur, j'ai mis mon espérance en vous ; je ne serai pas confondu à jamais. Secourezmoi, ô mon Dieu I Vous m*avez racheté de TOtre sang ; daignez jeter des regards fa- Torables sur TOtre serviteur ; écoutez Totre miséricorde ; recevez-moi dans votre sein. Seigneur Jésus, recevez mon esprit. >
Le prêtre reprend alors ; et après aTOir répète trois fois : Seimeur, faites^ui misé^ ricorde, U ajoute : « ^rentrez point en juge-
ment aTec lui, parce que nul homme ne sera trouTé innocent doTant tous. Ecoutez ma prière, que mes cris s'élèvent jusqu'à tous; n'oubliez pas, Seigneur, les âmes de tos pauTres, etc. »
Cherchons dans tous les chefs^*œuvre de l'esprit humain un dialogue semblable, une scène aussi attendrissante. Non, l'esprit humain ne pourrait inventer rien de pareil ; c'est du cœur seul, et d*un cceur féconde par la religion, que peuTent provenir de semblables Beautés; ce langage est celui des habitants du ciel, et n'a rien d'humain : Nil mortale sonans.
Ainsi, auprès de la couche des mourants, sur les bords du tombeau, la religion offre au cœur de Tbomme tout ce que le sratiment a de plus touchant, et à son esprit tout ce gue le génie a de plus admirable. Que dis-je? le tombeau lui-même a son éloquence et ses inspirations. Un chrétien ne meurt point comme un autre ; la religion, les yeux toujours élcTés Ters le ciel, l'accompagne jusqu'à sa dernière demeure. La même Toix qui, au milieu de ses dernières angoisses, inToguait pour lui les secours du Dieu de miséricorde, se fait entendre de nouTeau sur les bords du sépulcre, et son ministère de charité ne s'arrête que quand la terre ayant enseveli, la dépouille mortelle qu'on lui confie, donne en c[uelque sorte le signal de ce silence qui doit régner jusqu'à la consommation.
Hais pourrais-je peindre ces augustes ce-* rémonies avec les mêmes couleurs dont les a revêtues l'illustre auteur du Génie du chris-* tianismet Laissons-lui décrire la fête des tombeaux. L'office des morts trouve naturellement sa place à là suite des scènes mélancoliques que nous venons de tracer.
« Chez les anciens, dit Chateaubriand, le cadavre du pauvre ou de l'esclave était abandonné presque sans honneurs. Parmi nous, le ministre des autels est obligé de Teiller au cercueil du villageois comme au catafalque du monarque. L indigent de l'Evangile, en exhalant son dernier soupir, de- Tient soudain (chose sublime I ) un être au-
f;uste et sacré. A peine le mendiant , qui anguissait à nos portes, objet de nos dégoûts et de nos mépris, a-t-il quitté cette Tie, que la religion nous force à nous incliner devant lui. Elle nous rappelle une égalité formidable, ou plutôt elle nous comr* mande de respecter un juste racheté du sang de JésusHChrist, et qui, d'une condition obscure et misérable, vient de monter à un trône céleste. C'est ainsi que le grand nom de chrétien met tout de niveau dans la mort, et Torgueil du plus puissant potentat ne peut arracher à la religion d*autre prière que celle-là même qu'elle offre pour le dernier manant de la cité. Le jour qu'ils ont rendu Tesprit , ils retournent à leur terre ori^nelle, et toutes leurs vaines pensées périssent.
« Mais qu'elles sont admirables ces prières! Tantôt ce sont des cris de douleur, tau* tôt des cris d'espérance. Le mort se plaint»
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me
se réjouit, tremble, se rassure» gémit ei supplie. Exibit spiritus ejus^ etc.
« Delictajuveniutii meetf etc. O mon Dieu ! ne vous souvenez ui des fautes de ma jeunesse ui de mes ignorances. »
« Les plaintes du roi-prophète sont entrecoupées par les soupirs du saint Arabe :
« O Dieu 1 cessez de m'aflliger, puisque mes jours ne sont que néant. Qu*est-ce que l'homme pour mériter tant d'égards et pour que vous y attachiez votre cœur? Lorêque vous me chercherez le matin, vous ne me trouverez plus. La vie m'est ennuyeuse ; je m'abandonne aux plaintes et aux regrets. Seigneur, vos jours sont-ils comme les jours des mortels, et vos années étemelles comme les années passagères de l'homme (1)?
« Pourquoi, Seigneur, détournez-vous votre visage, et me traitez-vous comme votre ennemi ? Devez-vous déplover toute votre puissance contre une feuilie que le vent emporte, et poursuivre une feuille desséchée (â)?
« L homme né de la femme vit peu de temps, et il est rempli de beaucouf) de misères. Il fuit comme une ombre qui ne demeure jamais dans un même état. Mes années coulent avec rapidité, et je marche par une voie par laquelle ie ne reviendrai jamais (3).
« Mes jours sont passés; toutes mes pensées sont évanouies, toutes les espérances de mon cœur dissipées Je dis au sépulcre : Vous serez mon père, et aux vers : Vous serez ma mère et mes sœurs. »
« De temps en temps le dialogue du prêtre et du chtcur interrompt la suite des cantiques :
Le prêtre. « Mes jours se sont évanouis coDuue la fumée ; mes os sont tombés en poudre.
Le chitur. « Mes jours ont décliné comme l'ombre.
Le prêtre, c Qu'est-<5e que la vie ? une légère vapeur.
Le cnceur. « Mes jours ont décliné comme l'ombre.
Le prêtre. « Les morts sont endormis dans la poudre.
Le choeur, c Us se réveilleront, les uns dans réternelie gloire, les autres dans l'opprobre, pour y demeurer à jamais.
Le prêtre. « Ils ressusciteront tous, mais non pas tous comme ils étaient.
Le chœur. « Us se réveilleront. »
« A la communion de la messe, le prêtre dit : Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur. Us se reposent dès è présent de leurs travaux, car leurs bonnes œuvres les suivent. »
« Au lever du cercueil , on entonne le psaume des douleurs et des espérances:
« Seigneur, je crie vers vous du fond de Tabtme; que mes cris parviennent jusqu'à
[1| Office des morts, u« leçon.
It) IV* leçon. [3) vu* leçon.
vous. » En portant ie corps, on recommenee le dialogue Qui dormiuni^ etc. « Ils dormant dans la poudre; ils se réveilleront, etc. > En descendant le cercueil dans la fosse : • Nous rendons la terre à Ja terre, la cendre i la cendre, la poudre à la poudre. » Enfin, au moment où l'on jette la terre sur la bière, le
frêtre s'écrie dans les paroles de l'Apocajpse : Une voix d'en haut fut entendue, qui disait : Bienheureux sont les morts. »
« Et cependant ces superbes prières ne sont pas les seules que l'Eglise offre pour les trépassés. De même qu'elle a des voues sans tacne et des couronnes de fleurs pour le cercueil de l'enfant, de même elle a oes oraisons attachées à l'Age et au sexe de la victime. Si guatre vierges vêtues de lin et parées de feuillage apportent la dépouille d'une de leurs compagnes dans une nef tendue de rideaux blancs, le prêtre récite à haute voix sur cette jeune cendre une hymne à la virginité. Tantôt c'est VAve nuiris stella^ cantique où il règne une grande fraîcheur, et où l'heure de la mort est représentée comme l'acconi' plissement de l'espérance; tantôt ce sont des images tendres et poétiques empruntées de l'Ecriture : Elle a pa$êê comme rhrrbe det champs. Ce matin elle fleurissait dans toute sa grâce ; le soirnous Vavons vue sêchêe. fTestce pas là la fleur qui languit , touchée par le tranchani de la charrue ? le patot fut
Çenche sa tête abattue par une pluie d^oragt f LUVU CCM FORTB GRAVANTUR.
« Et quelle oraison funèbre le pasteur prononce-t-il sur l'enfant décédé dont une mère en pleurs lui présente le petit cerceuil? Il entonne l'hymne que les trois enfants hébreux chantaient dans la fournaise, et que l'Eglise répète le dimanche, au lever du
i'our : Que tout bénisse les œuvres du Seigneur. -a religion bénit Dieu d'avoir couronné l'enfant par la mort, d'avoir délivré ce jeune ange des chagrins de la vie. Elle invite la nature à se réjouir autour du tombeau de l'innocence. Ce ne sont point des cris de douleur, ce sont des cris d'allégresse qu'elle fait entendre. C'est dans le même esprit qu'elle chante encore leLaudate^pueri^ Dominum, qui finit par cette strophe : Qui habitare facit slerilem in domo : matrem fUiorum Uetantem. « Le Seigneur qui rend féconde une maison stérile, qui fait que la mère se réjouit dans ses fils. » Quel cantique pour des parents affligés 1 L'Eglise leur montre l'enfeut qu'ils viennent de perdre, vivant au bienheureux séjour , et leur promet d*autres enfants sur la terre I
» Enfin, non satisfaite d'avoir donné celle attention è chaque cercueil, la religion a couronné les choses de l'autre vie par une cérémonie (générale, où elle réunit la mémoire des innombrables habitants du sépulcre , vaste communauté de morts, où le grand est couché auprès du petit ; république de parfaite égalité, où l'on n'entre point sans ôter son casque ou sa couronne pour passer par la porte abaissée du tombeau, bans ce jour solennel» où l'on célèbre lesfu
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néraillcs de la famille entière d'Adam, TAme uiéleses tril)u1atious pour les anciens morts, aux peines qu'elle ressent pour ses amis nouvellement perdus. Le chagrin prend par cette union quelque chose de souverainement beau, comme une moderne douleur ()rend le caractère antique, quand celui qui ^exprime a nourri son génie des vieilles tragédies d*Homère.
« La religion seule était capable d'élargir assez le cœur de Thomme pour qu'il pût contenir des soupirs et des amours égaux en nombre à la multitude des morts qu'il avait à honorer.»
Avant que la religion chrétienne eût éclairé Thomme de ses lumières, on rendait aussi des devoirs aux morts. On offrait des sacritices aux dieux infernaux. Les pompes funèbres étaient des spectacles offerts au pauvre, par Torgueil des riches. On y portait les images des ancêtres du mort, des urnes, des couronnes, des trophées ; deux chœurs précédaient ie convoi, chantant sur des airs tristes et lents, les fragilités de la fortune, les misères de la vie humaine. La mort avait son luxe ; des femmes salariées, en haôbits de deuil, pleuraient la perte du délunt ; et quand le bûcher avait dévoré ses tristes dépouilles, ou qu'elles étaient ensevelies dans la terre, on prononçait ces paroles, que l'on appelait ultima verba. Vaie. No8 te ordinequo naturapermi$eritsequemur . « Adieu ; quand l'ordre de la nature l'oi^ donnera, nous te suivrons.» II ne nous reste rien de ces chants qui précédaient la pompe funèbre. Mais quels qu ils fussent, pensonsnous qu'il pussent égaler ceux que l'Eglise a empruntés à la harpe de David, et aux douleurs de ce saint Arabe ( comme l'appelle M. de Chateaubriand), dont le poëme est non-seulement le plus ancien monument qui nous reste de la religion des patriarclies, mais de la foi de ces hommes élus de Dieu, que TËsprit-Saint daignait inspirer.
Qui ne connaît le beau poëme oit M. de Fonlanes a décrit, sous le nom du Jour des Morte y les saintes cérémonies, les chants sacrés dont l'Efflise honore les cendres froides, les dépouilles inanimées des chrétiens; car ces dépouilles étaient la demeure d'une Ame rachetée par le sang d'un Dieul De
auels traits il peint la tendre piété , les ouces larmes que répand dans ce jour d'une religieuse mélancolie Thabitant du hameau :
lIoDOiant 868 aieux, aimant à reconnaître La pierre ou le gazon qui cache leurs débris, 11 nomme, il croil revoir tous ceux qu'il a chéris.
Leurs noms ne chargent point des marbres fastueux. Un pâtre, un laboureur, un fermier vertueux. Sons ces pierres sans art tranquillement sommeille : Elles couvrent peut-être un Turenne, un Corneille, Qui dansTombre a vécu de lui* même ignoré. Eh bleu ! si de la foule autrefois séparé, illustre ilans les camps ou sublime au tbé&tre. Son nom charmait encor Tunivers idolâtre, Aujourd'hui son sommeil en serait-il phis doux?
Yojez le prêtre saint guiJant la pompe augns'e, S*arrétant tout à coup près des cendres du Juste: Là retentit le chant qui délivre les mor(s. G*en est fait, et trois fois, dans ces pietu transports, Le peuple a parcouru la pompe scpidcrale. Lliomine sacré trois fois y jeta Peau lustrale; Et récho de la tombe, aux mânes satisfaits. Répète sourdement : Qu'Ut repotenl en patxl
C*est ainsi que sur les bords du tombeau, au-delà du tombeau, la reiij^iou , animée de l'esprit évangélique, prodigue au chrétien les secours les plus généreux; elle inspire le prêtre, elle élève son âme, elle met dans son cœur et dans sa bouche les hymnes les plus sublimes et les plus toucha -ites prières ; elle preud rhomme au berceau ; elle raccompagne dans le cours de sa vie; elle le suit jusque dans la nouvelle demeure dont la mort vient de lui ouvrir les portes.
Pourrai*je quitter ce triste et mélancolique siqet, sans parier de ces éloges funèbres que la religion décerne aux hommes qui, dans les hautes dignités de l'Etat et de 1 Eglise, ont bien mérité des peuples par les services qu'ils leur ont rendus, par les exemples et les leçons qu'ils leur ont donnés? Avant la naissance de la religion chrétienne, on dé-* cernait aussi des éloges à la mémoire de ceux qui avaient bien mérité de la patrie. Périclès , surnommé par son éloquence l'Olympien^ prononçait du haut de la tribune reloue des soldats morts sur le champ de bataille; et chez les Romains, Pline-loJeune publiait également du haut de la tribune les vertus et les bienfaits de Trajan ; mais dans ces discours , chefs-d'œuvre de l'esprit humain, tout était terrestre. L'orateur u'envisageait l'homme que sous des considérations mortelles. Dans la chaire sacrée , le pontife et le prêtre le considèrent sous ses fins divines. Les premiers parlaient en présence d'une assemblée humaine; l'orateur sacré parle sous les yeux de Dieu. C'est du ciel que viennent ses paroles. Ecoulez Bossuet :
« Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, è oui seul appartient la gloire , la majesté, 1 indépendance, est aussi le seul oui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plait, de grandes et terribles leçons. Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d*une manière souveraine et digne de lui ; car en leur donnant sa puissance, il leur comma ide d'en user, comme il fait lui-même, pour le bien du monde; et il leur lait voir, en la retirant,que toute leur migesté est empruntée , et que pour être assis sur le trône, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit les princes, nonseulement par des discours et des paroles, mais encore par des effets et par des exemples : E$ fi une, regei^ inUlligile, erudimini qui judieatis terram. »
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El dans un autre discours , où le môme orateur verse des larmes de pitié sur le cercueil d*une autre grande princesse « avec quelle éloçiuence il peint les misères de la vie» la vanité des grandeurs humaines I
« Tout est vain en Tbomme» si nous re^ gardons le cours de sa vie mortelle ; mais tout est précieux, tout est important, si nous contemplons le terme où elle aboutit» et le compte qu*il en faut rendre. Méditons donc aiqourd'nuiy à la vue de cet autel et de ce tombeau, les paroles de TEcriture, qui montrent, d*uoe part, le néant de Thomme» et, de ]*autre, sa grandeur. Que ce tombeau nous convainque de notre néant , pourvu que cet autel où Ton offre tous les jours pour nous une victime d*un si grand prix , nous apprenne en même temps notre dignité.
« Nous mourons tous, nous allons sans cesse au tombeau ; nous ressemblons tous à des eaux courantes; de quelque superbe distinction que se flattent les hommes , ils ont tous une même origine, et cette origine est petite. Leurs années se poussent successivement comme des flots; ils ne cessent de s^écouler, tant qu'enfln , après avoir fait un peu plus de bruit et traversé un peu plus do pays les uns que les autres , ils vont tous ensemble se confondre dans un abtme où Ton ne reconnaît plus ni princes , ni rois , ni toutes autres qualités superbes qui distinguent les hommes. »
C'est ainsi que l*Eglise, soit qu*elle chante dans Tenceinte des temples les louanges du Dieu vivant , soit qu'elfe élève vers lui des mains suppliantes, soit au'en habits de deuil elle pleure sur les tombeaux et déplore la vanité des choses humaines, ne quitte jamais les anneaux de cette chaîne 'mystérieuse qui lie la terre aux cieux.
Quittons ces scènes de tristesse et de douleur; une pompe bien différente nous ap- Belle encore vers la maison du Seigneur, ne jeune fille, le front couronné de lis, et Earée des plus riches atours; un jeune ommci les yeux pétillants de tendresse et de bonheur ; deux familles réunies par le lien le plus doux qui unisse les hommes en^ semble, s'avancent vers l'autel : leur marche est grave et silencieuse ; la jeune fille est accompagnée de son père; ses yeux sont modestement tmissés vers la terre. Le sanctuaire est orné de flambeaux ; deux sièges d'une religieuse simplicité sont disposés
f)Our les jeunes époux; de jeunes lévites ont les préparatifs de l'auguste sacrifice offert à Dieu pour le bonheur du couple heureux qui va s'unir sous ses ausfaces. Le prêtre se revêt de son aube de lin et de l'étole ; il s'avance, le livre de prières à la main. Qu'elles sont tendres, qu'elfes sont augustes ces prières l le ciel lui-même semble les avoir dictées :
« Seigneur très-saint. Père tout^puissant, Dieu éternel, qui par votre puissance avez créé de rien tout l'univers; qui, dès le commencement du monde, après avoir fait l'homme à votre image, lui avez donné , pour
être son aide inséparable, la femme, que vous avez formée ue lui-même, pour nous apprendre qu'il n'est jamais permis de séparer ce que vous avez um ; A Dieu I qui avez consacré le mariage par un mystère si excellent, que l'alliance nuptiale est la figure de l'union sacrée de Jésus-Christ et de son Eslise; ô Dieu, par qui la femme est unie àl'hommo, et gui donnez è leur union intime une bénédiction, la seule qui n'ait point été enlevée au monde, ni par la tache du péché originel, ni par les eaux du déluge; 6 Dieu , qui avez seul en votre pouvoir le cœur de l'homme , qui connaissez et gouvernez toutes choses par votre providence, eu sorte que personne ne peut désunir ce que vous unissez, ni nuire i ce que vous bénissez; unissez, s*ii vous plaît, les esprits de ces époux qui vous appartiennent, et versez dans leurs cœurs une sincère amitié, afin qu'ils ne soient plus qu'un en vous, comme vous êtes Un , comme vous êtes le seul et véritable Tout-Puissant.
« Regardez d'un œil favorable votre se^ vante , qui , devant être unie à son époux, implore votre protection; faites que son joug soit un joug d amour et de paix ; faites que, chaste et fidèle, elle se marie en Jésus-Cbrisi, (qu'elle suive toujours l'exem^ile des saintes temmes; qu'elle se rende aimable à son mari comme Rachel; qu'elle soit sage comme Rebccca ; qu^elle jouisse d'une longue vie, et qu'elle soit fidèle comme Sara. Qu'elle demeure, Seigneur, ferme dans votre loi et dans l'observance de vos commandements, afinqu'étantuniquementattachée à son mari, elle ne souille la couche nuptiale par aucun commerce illégitime; que, pour soutenir sà faiblesse, elle s'arme de Texactitude d'une vie réglée; qu'elle ait une pudeur propre à s'attirer du respect; qu'elle s'instruise de ses devoirs ; qu elle obtienne de vous une heureuse fécondité ; qu'elle mène une vie pure et irréprochable, afin qu'elle puisse a^ river au repos des saints et au royaume du ciel. Faites, Seigneur, qu'ils voient tous deux les enfants de leurs enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération, et qu'ils arrivent è une heureuse vieillesse. »
Quelle noble décence dans ces paroles , et
ms quel aspect honorable l'Eglise n'envisage-t-elle pas le mariage ? De quelle pudeur religieuse n'enveloppe-t-elle pas ses leçons 7 Elle rassemble aussi ses fleurs pour parer la sainte cérémonie du mariage, mais ces fleurs sont pures comme le lis, modes;tes comme l'humble violette; on les croirait cueillies dans le jardin d'Eden. De quelle douceur sont les paroles qu'elle adresse i l'Eternel pour les leunes époux, et les bénédictions qu*elle répand sur eux I
Après ces bénédictions , )e prêtre commence le sacrifice. Prêt à prononcer les paroles sacramentelles de la consécration, il élève les mains au ciel et prononce celte préface attendrissante :
ff Seigneur très-saint, Père tout-puissani, Dieu éternel, qui avez établi le lien indissoluble do l'alliance nuptiale, afin que m
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chaste fécondité du mariage que contractent vos fidèles servit à la multiplication des enfants de la sainte adoption ; c'est par un effet admirable de votre grâce et de votre providencCt Seigneur* que « comme la génération temporelle contribue à Tornement du monde, la génération spirituelle sert à Taugmentation de votre Eglise; c'est pourquoi nous nous unissons aux anges et aux archanges » aux trônes et aux dominations, et à toute la sainte milice de Tarmée céleste , pour chanter sans cesse votre gloire 9 etc. 9
En parcourant toutes les beautés dont la religion enveloppe ses cérémonies divines et ses paroles sacrées, combien de fois ne se sent-on pas pénétré des plus tendres sentiments 1 C'est sur TAme surtout qu'elles agissent, sur cette partie morale de nous-mêmes qui nous mène à la vertu; elles nous y attachent et nous y font trouver un charme secret ; elles nous font goûter des plaisirs purs et cette satisfaction intérieure que nous ne trouvons pas dans les fêtes du monde et les voluptés des sens. « Chose admirable! a dit Montesquieu, la religion chrétienne, qui ne semole avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. »
ROMAN. — Le roman est une fiction poétique écrite ordinairement en prose, et qui a |)our obijet de peindre les passions humaines.
On peut pNeindre les passions de manière à les rendre aimables ou de manière à les faire craindre; on peut donc faire des romans religieux et moraux aussi bien que des romans immoraux^
Les sympathies plus nombreuses que ren»
contre un écrivain en flattant les passions ont séduit la plupart des romanciers , et ils ont acheté par de mauvais livres une réputation périssable.
Le root roman ne signifiait autre chose, à son origine, qu'un livre écrit en langue romane. Le roman de la Base et celui du Aenardf qui sont les premiers monuments de notre littérature, étaient deux longues allégories, dont la première était voluptueuse ou mystique, au gré des lecteurs, et Tautre une satire contre les intrigants en général et les mauvais prêtres en particulier.
On appela aussi romans des légendes brodées sur le texte de Thiâtoire. Charlemagne et son neveu Roland devinrent les héros de mille récits fabuleux , et les chroniqueurs eux-mêmes confondirent la tradition bistorique avec celle des romanciers. Alors commencèrent les romans de chevalerie, dont Arioste a fait Tépopée et Cervantes la parodie. Aux romans de chevalerie, tombés sous la lance de don Quichotte, succédèrent les fadaises pastorales de l'Astrée et les caricatures soi-disant grecques et romaines de la Calprenède et de Scudéri ; puis vint le roman licencieux, enfant de la régence et de la philosophie voltairienne ; puis le roman romantique , diabolique et byronien , au-
dessous duquel il n*y a plus de de^ré d'immoralité possible.
C'est ainsi que le roman est tombé, pour s'être écarté de la route tracée par les anciens lésendaires. Le roman, destiné à peindre l'idéal de la vie, n'aurait dû emprunter ses inspirations qu'aux types de l'étemelle beauté : le roman ainsi compris n'est qu'une sorte d'allégorie en action ; c'est la morale mise en drame, c'est la lutte de la chair contre l'esprit et le triomphe de l'esprit sur toutes les rébellions de la chair ; c'est le combat de Jacob avec l'ange; ce sont les innombrables commentaires du poëme de Job ou de la légende de Faust. C'est Eudore sanctifiant par le martyre son affection pour Cymodocée ; c'est le vice mis en opposition avec la vertu et foudroyé de son éclat. Car il faut toujours qu'une action , vraie ou supposée, révèle une pensée vraie ou fausse : si la
f censée est vraie» qu'importent les noms et es aventures des héros ? Ce ne sont que des signes hiéroglyphiques d'une écriture pittoresque ; si la pensée est fausse , le roman devient un mensonge ou une monstruosité. Un roman sans but et sans pensée serait tout simplement un conte de vieille femme et un insipide rabâchage.
Les romans sont un puissant moyen de propagande , et répandent partout la contagion des idées subversives, aussi bien qu'ils porteraient en tout lieu le germe de la régénération chrétienne.
Les feuilletons ont friit plus de mal, depuis dix ans, à la société et à la famille, que toutes les utopies socialistes» parce que l'exemple des personnages qui nous sont dépeints comme vivants a toute la contagion d'une société dangereuse ; l'intérêt du récit amène naturellement soit la morale, soit la mauvaise maxime , et la grave dans la mémoire. M. Camus , évêque de Belley , avait donc une bonne et apostolique pensée, lorsqu'il imagina de faire de bons rooians pour combattre l'influence des mauvais. C'est d'ailleurs une intention qu'on peut facilement avoir ; mais bien la remplir est une chose moins aisée et pour laquelle un grand talent et un talent tout spécial est absolument nécessaire.
Le romancier doit être né poêle, et trouver facilement d'agréables et ingénieuses histoires. Il doit, de plus, être grand observateur, afin d'être toujours vrai dans ses peintures et exact dans ses caractères. Un tableau , même de fantaisie, ne nous platt que par la vérité des expressions et des détails ; la vraisemblance et l'exactitude sont dans le roman ce que le dessin et la couleur sont dans un tableau, c'est-à-dire les auxiliaires indispensables de la pensée. La composition intime du roman ressemble beaucoup à celle du drame , et l'on y doit , autant que possible, observer l'unité d'action» pour concentrer Tintérêt et la puissance du récit sur un seul point, et ne pas annuler, en l'éparpillant, Teffet de l'ouvrage.
Le roman chrétien manque encore à notre littérature» comme tant d'autres qui restent
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