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ROYE

encore li créer, et qui sortiront du chaos social où la révolution nous a plongés. Quelques essais, sinon chrétiens, du moins vertueux et honnêtes, ce qui ne peut être sans une nuance quelconque de christianisme, ont été déjà tentés en Angleterre par Charles Dickens et quelques autres. M. le comte de Monlalembert, dans la Vie de sainU Elisabeth de Hongrie, a ouvert encore une fois, on les agrandissant et en les épurant, les sources anciennes de la léçende qui doit servir de modèle au romancier chrétien. Nous ne parlerons ici ni des Fiancés de Manzoni, m du Comte de Valmont ^ par Tabbé Girard, deux romans chrétiens, dont le premier manque de réserve et le second d'intérêt, et nous ferons des vœux pour l'apparition prochaine et heureuse du premier bon roman chrétien.

Nous avons déjà dit notre pensée à propos des créations romanesques et poétiques de ChiUeaubriand. Sou livre intitulé les Marturs est un roman chrétien, sans doute, mais c est aussi un roman païen, et le paganisme y triomphe par le charme tout particulier que Tauteur attache aux passions tumultueuses et coupables.

Tous les écrivains de l'école de Chateaubriand, sans en excepter MM. Alexandre Guiraud, Lamartine et Soumet, sont tombés dans la même faute. Tous ces grands hommes ont le tort de trop comprendre le christianisme à la manière de Rousseau , ce qui équivaut peut-être à ue le point comprendre du tout.

L'auteur de la Profession de foi du Vicaire êatfoyard était spiritualistc; mais si l'on en juge par l'ensemble, et non par telle ou telle i)artie de ses ouvrages , le spiritua isme de Rousseau est celui-là môme que nous retrouvons chez les romanciers et les réformateurs socialistes, qui se piquent de suivre les traditions chrétiennes. C'est une sorte de spiritualisme sensuel, pour ainsi dire , qui mêle partout les affections des sens aux affections de l'âme, le langage de la religion à celui de l'amour , qui prend la jouissance pour 6n et le dévouement pour principe.

A la religion , à la philosophie de Rousseau, il manque cet esprit d'humilité et de charité, esprit d'obéissance et d'abnégation , qui font du christianisme uue religion. éminemment sociale.

« L'orgueil sépare ce que la charité rapproche, et l'orgueil est la muse qui a le plus souvent inspiré Rousseau et ses imitateurs. Ce qu'ils ont chanté , caressé , déiOé sous toutes les formes, c'est le mot, ce mot que haïssait Pascal, ce mot que le christianisme poursuit dans ses derniers retrauchementSy comme le plus antisocial de tous les vices, comme le plus hostile à la loi qui nous ordonne de nous aimer et de nous servir le6 uns les autres. »

Ces paroles, sévères mais justes^ sont empruntées au Journal des Débats d'un des premiers lours d^ janvier 1851, et prouvent rontbien le ioun.aiisme a fait de progrès «tons les idées contre-révolutionnuiies et

antiphilosophiques depuis deux ou trois ans.

ROYE (Gui de), — archevêque de Sens, a composé en 1388 un livre intitulé : Doetrinale sapientiœ^ qu'un religieux de Cluny tra* duisit en français sous ce titre : Le Doctm- TiAL DE Sapiengr, à Vusagc des prêtres et avires sim]fles fidèles qui ni entendent ni le Uaim fit les saintes Ecritures.

C'est une espèce de catéchisme sur les principales vérités de la religion chrétienne, où les préceptes sont toujours appuyés par des exemples, comme dans le ùatechismus historialis, le Spéculum exemplorum^ le Fio-res exemplorum , et d'autres ouvrages du même genre et de la même époque. Les peuples alors avaient besoin d'être instruits à la manière des eifants, dont on captive Tattention par des contes et des histoires. Le Doctrinal de Sapience contient non-seulement des légendes et des traits choisis de la m des saints, mais aussi des anecdotes et des contes pour rire. L'auteur se met parfaitement à l'aise, comme un père de famille aa milieu de ses petits enfants, et s'efforce, suivant le précepte que Boileau devait donner plus tara, de

Mêler le grave au doux, le pbîsant an sévère.

Quelques citations suffiront pour faire apprécier sa manière. Veut-il, par exemple, iaire comprendre combien la vanité peut nous rendre souvent ridicules, il raconte Tanecdote suivante :

« On lit d'une femme qui souvent alloik au moustier (monastère) : Le prêtre avoit très-mauvaise voix, et si pourtant crojoit l'avoir belle ; et toutes les fois qu il chautoit, cette femme plouroil. Le prêtre la vit, et cuidoit qu*elle plourasl pour son beau chanter. Si s'en efforçoît plus fort; et comme plus fort chantoit ,' la femme plus fort plouroit. Le prêtre ne se put plus ten^r, mais lui alla demander pourquoi elle plouroit txnt dans l'église. « Hélas I sire, dit-elle, je dois bien pleurer , car je avois un asne qui mo faisoit moult de bien, et l'ai perdu; et me semble quand je vous oy chanter que ce soit lui. 9 Le prêtre, qui cuidoit avoir loueoge, s'en alla tout confus et moqué. »

Cette historiette a été mise en vers par Saint-Gélais et La Monnoie.

Veut-il faire comprendre à des religieux les dangers qu'ils courent en recevant chez eux des femmes , même vieilles et laides, voici ce qu'il raconte :

« Ad vinst qu'en uneabbaïe, l'abbé étant absent, les moines prinrent une vieille femme, non pour pécher , ains pour laver les écuelles; et l'aboé étant de retour, en parla aux moines, lesquels dirent que la dite femme n'étoit point suspicieuse, étant orde (sale) et vieille. Adonc 1 abbé commanda au cuisinier que il salast moult fort le souper, et après te souper il fermast bien tout, si qu'aulcun ne pusl trouver à boire, sinon la laveure des écuelles. Or il advinst que les moines estant couchiés , ils eurent grand soif, et plusieurs se relevèrent pour foire*

SALVIËN

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