SALVIEN
et ne treuYèrent autre choso> sinon les Ia<* veures d^écuelles, et en beureut à leur soif. Le lendemain au matin, Tabbé s'enquist de ce qtt*il avoit oui toute la nuict par rabbaïc* k quoi les moines ré^ndirent que ils avoient cherché à boire, mais ils n'avoient pu treu* ver sinon les laveures d'écuelles, quMls avoient beu à cause de la grand soif au'iJs ayoient. L*abbé dit : « Pour Tardeur de la soif, vous avez beu de cette eau orde et sa^ le; et si, pour Tardeur de la chair, feriez de la vieille à votre voulenté. Dont il mit la femme dehors. »
C'est dans ce Doctrinal de êapienee qu*on trouve le conte de Tange et de 1 ermite, dont Voltaire lui*-méme n*a pas dédaigné d'enrichir ses œuvres.
« On dist d'un ermite qu'il s'esmerveilloit en divers et obscurs jugemens de Dieu, et, par tentation de Tennemy, disoit en son cueur que il n'estoit juste pour Dieu de souffrir les bons avoir tribuJation , et les maulvais avoir les biens; et Dieu envoya vers lui un ange en forme d*bomme, lequel lui dist : « Viens avecque moi ; Dieu m'a en-^ vové à toy pour te mener en divers lieux, ci à nn que je te montres divers jugemens et obscurs. » Adonc le mesna premièrement en la maison d'un homme , lequel leur fist bonne chère et les tinst bien aises. Et le lendemain au matin, Tance prinst à son hoste un hanap , leçiuel il aimoist merveilleusement ; de quoi Termite fiit moult courroucé» et cnidoit que Tange n*estoit venu de la part de Dieu.
« La nuict d*après s'en fhsrent logier chez un maulvais hoste , qui leur fit maulvaise chère , et furent mal nébergiés et mal couchiez ; et range donna le hanap à ce maulvais hoste, qu'il avoit osté au bon le soir de de^ vaut. Quoy vovant, l'ermite eust maulvaise suspicion sur range.
« La tierce nuict, s'en fusrent logier chez un bon hoste, qui les reçeut ne plus ne moins que le premier; voire leur donna son varlet pour leur montrer le chemin , de peur que ne se fourvoyassent. Hais quand fusrent arrivés sur le pont , lequel ils dévoient passer , voilà l'ange jetter le varlet dans Teau, et fut noyé, dont l'ermite eut grande ire.
« Et la quarte nuict , fusrent logier chez
un bon hoste et moult homme de bien , qui leur fist bonne chère et les tinst fort aises, et les couchia très-bien ; mais il avait un petit fils qui ne se tinst de pleurer toute la nuict, tant qu'ils ne pouvoient dormir. L'anse doncques aussitost de se lever et étouffer le petit enfant; et quand l'ermite veist celst se prinst à croire que l'ange fust un diable, et se vousiut despartir de luy. Si qu'alors Tango luy dist t « Amy, saches que Dieu m'a envoyé à toy (>our te faire veoir et enseigner ses obscurs jugemens» et pour que tu connoisses que il est juste et ne faict rien sans cause bonne et honneste. »
« Et alors lui dist : « J'ai osté le hanap, pour ce qu'il Taimoist trop, car y pensoii plus qu'à Dieu; et, pour ce, lui ay osté tout son bien, que j'ay donné à nostre maulvais hoste , pour qu'il ait récompense du bien
Ïu'il a faict en ce monde et non en paradis. It le varlet, je Tai jette en l'eau ; saclies que il devoit tuer son maître; et ainsy ai délivré nostre hoste de mort, et le dict varlet d'homicide.
« Nostre quart hoste, avant qu'il eust enfant, il faisoit mieux, car ce qui lui estoit de restant oultre son vivre, le bailloit aux pauvres pour Tamour de Dieu* Mais depuis que son fils fùst né, il a restiré sa main des œuvres de miséricorde, et gardoit tout pour son fils ; et par exprès commandement de Dieu luy ai osté matière d'avarice, et ay mis l'âme de l'enfant es paradis, qui estoit innocente. »
« Et quand Termite eust ouï cela , il fust éclairé de Dieu en ses obscurs jugemens» lesquels sont grand et profond abîme, comme est dist par le prophète. >
Cette légende allégorique est très^ncienne et paraît remonter aux premiers siècles de l'Eglise; Mahomet, dans son Coran, Ta évidemment imitée : seulement , au lieu d'un ermite, c'est Moïse lui-même qui est mis en scène, et quelque^ circonstances du récit sont changées. On y trouve aussi des embellissements de la façon du prétendu prophète , tel que Thistoire d'un poisson salé qui, pendant le sommeil de Moïse, reprit le chemin de la mer, etc., etc. (Voy. Légendes, Allégories, Merveilleux, Poé* SIS, etc.)
SADOLET (Jacques),— évégue de Carpentras et cardinal en 1536, a été le Fénelon du xn* siècle. Il écrivait en latin comme Gicérou, unissait la philosophie la plus élégante à la charité la plus douce, et, à cette lamentable époque des guerres de religion, se montra toûyours ami de l'humanité et ennemi de la violence. Nous faisons mention de lui à cause de ses talents, qui ont honoré l'Eglise, bien qu'il les ait quelquefois employés à traiter des sujets indifférents ou profanes.
SALVIEN,— prêtre de Mar^ifle, a été ap-
Dictionh. de Littérature curét.
pelé le Jérémie du y* siècle. Il s'abandonna a tout le zèle d'un réformateur, sans se laisser entraîner hors des limites de la foi. On trouvait sans danger à cette époque flétrir es vices des mauvais chrétiens, et mémo des ecclésiastiques indignes, sans s'exposer à voir reverser sur la religion même et sur le clergé tout entier le blâme mérité par quelques individus. Les temps sont lûeu changés depuis cette époque, et quelle que soit l'éloquence satiriaue de Salvien, nous \ nous abstiendrons de le citer, et même do Tanalyseri pleinement convaincu que les
SAMTECTL
STYLE
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pereonnes bien peDsantes nous sauront gré de cette réserve
fiANTBULf ^chanoine régulier de Saint- Victor au xYii* siècle» s*est rendu célèbre par ses bcélies» son épitaphe du trop fa* ineui Arnaud, et ses hymnes un peu trop lioratiennes. Nous ne contestons k Santeul ni ses bonnes études latines, ni son esprit ; mais on nous permettra de préférer les an* ciens chants de TEglise aux fx>ésies classi-
?ues du trop joyeux chanoine de Saintietor. Nous trouvons beaucoup plus de piété et un meilleur goût chrétien dans les proses rimées du moyen âge que dans les strophes alcaïques ou saphiques de tous les raoaernes» et, pour n*en donner qu'un exem* pie, qu'on h'se attentivement la prose du
Jour de la Présentation, et qu'on la compare i rhymne de Santeul. La prose commence ainsi *
Àve^ flena qraiia Cujui inin brachim Se liUi ùeo ihu$.
Fa» me templum visere^ TUH fat œcurrere, Amor^ 0 Je$u^ mené
4 SaluL Vierge pleioe de grâce, qui porter dans 4'os bras Dieu même s^imroobnt à Dieu 1
I Oh! que ne puis-je voir le temple! Que ne pui$jc vous y rencontrer» 6 Jésus ! ô mon amour ! i
Eu M UmjUo Damnu$f AnaeU UatU cominm :
Ntiln cœlii ampiius,
Haket Dmim kominem Et parfnteM wirmnemt CoNo templum otitM.
4 Le Seigneur est dans le temple et les apges Ten- UNireol; Il n*y a rien de plus dans le cieL
c Mais le temple possède auj>Mird*liul un Dieu fait bonma et une mère toqjours vleige : le tqmele est plus riche quqle ciel! »
Dans cette poésie, c'est le cœur inspiré par la foi qui parle, et l'on y sent un véritable enthousiasme contenu par la révérence. 11 y a un ineffable mélange de suavité et de grandeur. Ecoutons maintenant Santeol :
Siupeu, getUeê, fU Deue kostia; Se epome legi ûgifer obiigai, Orm§ redempUn mute redemptus^ Seane pioi me lobe mater!
L-i rien oour le cœur : c'est l'esprit qui accumule des antithèses et qui les propose lout d'abord aux nations comme un énigme. Slupci€f gefUeif k peu près comme si le |)Oëte s'écriait : Meseieurs et dames, je VQi$ vom étQWMT. On dira si Ton veut, que oes antithè$ea sont belles, parce qu'elles sont rigoureusement vraies dans leur forme, qui semble d*abord paradoxale. Gela peut ôlre, et Santeul avait certainement de l'esprit, mais pourquoi sommes*nous forcés de penser à l'esprit do Santeul lorsque nous devrions n*6tre occupés que du Sauveur encore enfant, de sa sainte mère si modeste, et de tout ce mystère de recueillement, de grAcc et do sacrilice 7 Nous serait-il défendu
de trouver importun celui qui vient, dans un pareil moment, nous sonner de la trompette dans les oreilles pour noua foire écouter des antithèses, quelque admirables d'ailleurs qu'on puisse oien les supposer T (Foy. Htm HBS, LrnTEQiB, Offigbs, Pbosbs.)
Nous n'avons à parler ici ni de la vie de Santeul, ni de sa mort, arrivée en 168b, \ la suite d'un rarand dtner, ni d'une mauvaise
eaisanterie dont le malheureux poète fut victime. Il était Agé de soixante-isept ans.
SAPIBNTIAUX (Foy. Liveks).
SÉDDUUS. — Caïus CœeiUus Sédulius, prêtre du v* siècle, s'est rendu célMm par deux ouvrages sur la Pflque, l'un en vers, l'autre en prose, intitula, l'un Foêekàd earmen, l'autre Pohehale opue. Ses vers sont assez élégants pour le siècle où ils ont été écrits; mais supporteraient diflScilement, dans notre temps, Texamen de la critique. 11 renasse dans son poëme les histoires principales de l'Ancien et du Nouveau Testament, où il trouve une figure permanente et répétée du grand sacrifice eucharistique. Ses rapprochements sont ingénieux, mais son style manque d'enthousiasme et de hardiesse. Son poème a été publié dans la Ah irolùgie publiée par M. rabbé Migne.
SOUMET (Foy. PoisiB £piqdb).
8TYLB.— Le style c'est l'homme, »*t-<»
dit en jugeant chaque écrivain d'après sa manière d'écrire. Mais si le caractère de l'homme se reflète dans le style de chacun, le caractère des siècles se reproduit aussi, avec ses diverses nuances, dans chaque in* dividualité célèbre ou commune. L éduea* tion modifie puissamment l'originalité do chacun, et 6te au style de tout le monde eo qu'il pourrait avoir de tro{> personnel et de trop singulier. Si l'on considère les particularités du style, on peut dire que le style e^t d*abord l'expression d'un siècle, puis celle d'un caractère, c'est-à-dire d'un homme.
Mais si l'on prend l'idée du stvie pour celle des règles que lui impose la bonne éducation, le style n'est autre chose que l'art d'é* erire, et 1 on peut le définir : l'art ou la ma* Bière de formuler nettement et convenablement ses pensées dans quek}ue langue que ce soit.
Les règles générales du style sont nécessaires en littérature, comme les lois en politique. Les lois ne font pas les hommes vertueux, et ce n'est pas le but qu'elles se proposent; mais elles retiennent les niéchants et empêchent les crimes. Un homme ne devient pas éloquent parce qu'il a foit du bonnes étuues, mais conàbien d'hommes ne seront jamais éloquents, qui, sans études, n'auraient jamais su s'exprimer 1 L'éloquence est naturelle, elle jaillit d'elle-^môme d*un oœur vivement ému et d'une intelligence bien convaincue, et il ne fout alors au stylo qu'un peu d'exactitude grammaticale pour être bien. Mais la grammaire est de rigueui: un barbarisme ne saurait être un mot sublime, quel que soit le beau sentiment dont on le tasse l'interprète.
Ou dissorte beaucoup dans les livres élé«
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nienUtres sur leà qualilé» du style : àboti* dancei abftndon, clarté, éléwnce, précision, simplifié, etc* On divise le style en trois genres, qu'on appelle mal à propos sublime^ tempéré et simple ; comme si le sublime n'était pas toujours simple, étant rexpres* sion Yraie d*an grand sentiment ou d une grande pensée. Mais par style sublime les rhéteurs entendent le style pompeux de 1 é^ lomieooe académique» style qu on pourrait peut-être mieux caractériser encore en le nommant ennuyeut. A notre sens, il nV a que deux styles, le bon et le mauvais s le bon style peut, selon les siqete qu'il inter;* prètei être sérieux, familier ou badin, fieun, ordinaire ou sans aucun ornement. Il sera toiidours bon, pourvu qu'il soit exact, eonvenable et vrai ; mais dans tous les genres, lorsqu'il traduira un grand cri de 1 âme, un élan de foi ou le dernier mot d une grande passion, alors, naturellement et sans efTortSi il sera tout bonnement sublime»
èe servir des rteles comme d un ht de Procuste pour mutiler le génie, c'est offen* ser les règles elles-mêmes. Les règles sopt faites pour les écrivains, et les écrivains ne sont pas faits pour elles. Les rhéteurs du temps de saint Augustin trouvaient la Bible mal écrite, parce que le Saint-Esprit n avait
Ks daigné suivre les ^préceptes de leurs oies, et saint Augustin lui-même n'était pas éloigné, surtout avant sa conversion, de prendre au pied de la lettre cette parole trop modeste ou ironique de saint Paul, lorsque le grand apôtre prétend ignorer l'art de bien dire, lui qui disait si bien saus art I Au lieu de comparer les règles de l'élo* qiience païenne au style de la Bible pour conclure en défaveur au livre de Dieu, ^les chrétiens n'ont qu'un parti à prendre, c est de refaire les règles d'après la B.b!e. Est-ce que les hommes prétendraient, par hasard, apprendre à parler au Verbe éternel ?
Nous déclarons nettement que nous som* mes ennemis en littérature, des rèçles absolues, parce que rabsol|itisme n'existe pas dans les choses humaines. Dieu seul est l'absolu. En politique , les princes qui ont voulu l'absolutisme sans frein ont dû se décerner d'abord les honneurs divins et des hécatombes humaines ; en littérature, l'absolutisme c'est le sacrifice du bon goût et la proscription des œuvres du génie, ifous ne répéterons donc pas ici la nomenclature classique des rè{;les du stvle, telles que la clarté , la concision, la précision , etc. : les prophètes écrivaient fort bien, sans être toujours clairs ; Homère lui'-même, s'il faut citer un grand nom profane, n'est [)as toiqours très-concis. Notre«Seigneur, qui parlait si souvent en paraboles et en figures, ne se piquait pas oe précision; on pourrait en dire autant oe toutes les autres qualités que les rhétoriques donnent pour indispensables à tout tion écrivain. Nous pourrions résumer en un seul mot toutes les qualités et toutes les règles du style, et ce mot serait conrenofiee. Un orateur ou un écrivain doit d'abord savoir tnen la langue dans laquelle il veut
parler ou écrire ; il a dû apprendre dans la grammaire ce que c'est que propriété, net*^ teté, clarté, précision : tout cela est le èa«Aa» bi*bo-bu de la littérature, et il ne devrait plu^ en être question en rhétorique. Nous disons donc que l'orateur ou l'écrivain possédera d'abord parfaitement la langue, et pourra en employer toutes les ressources ; puis il aura à voir de quoi, à ({ui, dans quelles circoos^ tances et pourquoi il faut parler.
Alors l^orateur ou l'écrivain seront concis ou abondants, dairs ou énigmatigues, élégants ou sévères , selon qu'il conviendra à leur auditoire ou à leur si^jet. La convenance est la qualité et la règle universelle»
On appelle couleur dans le style l'emploi des figures et des tropes.
L'énergie du style consiste dans la har^ diesse des métaphores , dans la vérité quel* quefois effrayante des expressions, dans la construction nerveuse et serrée des phrases.
Aiium têt^ verêa tt manduca , disait saint Laurent à sou bourreau. « C'est grillé , retourne et mange. » Voilà une phrase d*une énergie terrible.
La grâce dans le style dépend d'un certain abandon (Foy. Abando^i), lorsque l'esprit aemble laisser parler le cœur, ou quand le cœur et l'esprit se réunissent comme des amis intimes , et semblent s'oublier ensemble dans une causerie fraternelle.
Ce çiu'il faut éviter avec le plus de soiUt en écrivant comme en parlant, c'est la mopp* tonie.
tlo style trop égal et KHojeurs anilonne Ed vam brille à nos yeox, H faul qu1i nous endorme. Ou lit peii ces auteurs, nés pour nous eanuy<t, t)ui toujours sur un ton seiiU)I«iil psalmodier.
Les prophètes ont évité la monotonie en en* tremêlant les promesses aux menaces, et les tableaux de félicité aux scènes de désastre.
Rien n'est plus ennuveux surtout que le grand style sérieux et fleuri, qu'on est con* venu d'appeler style sublime, lorsqu'il n'est pas varié par des intermèdes en style simple. Une épopée tragique sans épisodes gracieux serait insupportable à la lecture ; un prédicateur qui aurait choisi pour siqet les peines de l'éternité malheureuse, et qui ne ferait pas diversion à son triste sujet par quelque peinture touphante de l'étemelle béatitude, rebuterait au lieu d'instruire» et fatiguerait à force d'épouvanter* L'esprit humain n'est pas capable d*une attention trop prolongée quand il s'agit des choses qui émeuvent le cœur ; il ne faut rien outrer, et jamais on ne d<Ht passer une certaine mesure, si Ton! veut toucher et convaincre.
La noblesse du style tient au choix des expressions, et l'harmopie dép^id de l'arran-
Semement des mots. 11 faut éviter le choc es consonnes et le hiatus des voyelles, dans la prose même, presque avec autant de soin que dans les vers. La noblesse du style est naturelle aux âmes élevées, et se perfectionne par l'usage ; l'harmonie est en quelque sorte
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le résultat d*une sorte de sens ir^asical, sens dont sans doute était complètement dépourvu le bourgeois de Paris qui, du temps de la Fronde, disait au cardinal de Retz, en parlant des chaînes qui servaient alors de barricades dans les rues : « Monseigneur, qu*attend-on donc tant -et que ne les tend-on 7 »
Mais ni la grâce, ni la noblesse, ni la variété, ni rharraohie, ne sont des qualités ri- Soureusemént exi^bles dans toute espèce 'écrit ou de discours, surtout lorsqu'il s'agit de littératurf chrétienne. Cette littérature, avant pour principal but l'apostoht et la prédication des choses divines, peut se faire grossière, triviale, monotone, rude, s'il le faut, pour être comprise des auditeurs 4iuxquels elle s'adresse, et c'est à ce point de Tue gu'il faut toujours la juger. Lorsque les missionnaires parlent selon le sénie des sauvages on des pauvres cens de la campagne, lis parlent toujours bien et sont plus sublimes ainsi qu'eu étalant une ridicule érudition classtque devant des gens incapables dé les comprendre. La convenance donc^ .la convenance, voilà la seule qualité indis-
J ensable. Parler à son auditoire de manière seiaire écouter, écrire de façon à se faire lire, voilà ce qui est le propre a'un bon ora- '^teur chrétien ou d'un hagiographe qui veut être utile. Ifous ne parlons pas ici pour les ^académiciens.
Est-ce t dire, cependant, qu'un ministre de la vérité doive sacriGer au mauvais goût de^son temps les exemples des bons auteurs et 'le goût des bonnes études> Non, sans doute ; et pourquoi 7 c'est qu'il n'est jamais permis de faire mal pour qu*il en arrive du ^ien. Or le mauvais goût d'un siècle étant presque toujours le reflet des vices ou des
f préjugés qui dominent à cette époque, parer le langage corrompu du monde, ce serait en quelque sorte se montrer complice de sa •corruption. l.a charité doit se faire tout à tous, mais non pas jusqu'à compromettre la .sainteté de son caractère. Ainsi, par exemple, dans notre siècle, les réminiscences religieuses remises à la mode par Chateaubriand ont produit, en se confondant avec les brouillards du scepticisme, nous ne savons quelle vague et vaporeuse poésie qui a gâté le goût public pendant quelques an- Ti^s, et ({u'on a appelée le romantisme. Convenait-il ^lors aux apôtres de la vérité de parler ce lan^ge nébuleux indigne de la fermeté de la foi , et de faire ainsi des concessions au mauvais génie du doute, des passions vagues et du désespoir coloré do religion 7 Non, sans doute, et c'est f)Our cela que, dans les bonnes écoles ecclésiastiques, a Saint-Sulpice, par exemple, les tendances romantiques ont toujours -été proscrites de la chaire et énergtquement combattues par de pieux et savants professeurs.
Le style qui convient à la littérature religieuse en général doit être simple par la forme et subPime par les pensées. Notre éternel modèle est l'Evaigile, et le Sauveur du -monde nous a enseigné Téloquence par son «xeinpl<e. Il est noble dans ses exprt'ssions ,
dlair dans ses préceptes, élégant dans ses comparaisons, lorsqu'il parle du lis des champs et des petits oiseaux, du ciel, varié dans ses enseignements, plein de grAce dans ses épanchements de charité , seuvent sublime, mais toujours simple et toujours vrai. Cependant il est obscur lorsqu'il s'adresse î des flmes indignes de le comprendre, populaire et presque trivial lorsqu'il explique l'Evangile aux pauvres, et montre la pauvre femme balayant sa maison pour retrouver la drachme qu'elle avait perdue. Ce qui fait la perfection du style des saints Evangiles c*est sa parfaite convenanoe. Le Sauveur du monde est dur avec les cœurs durs, doux et tendre avec les petits et les humbles. 11 n'a pas le même langage quand il maudit Corozaïn et Bethsaide que qniand il bénit et embrasse les
f)etits enfants. Touyours doux et grave, oa e voit cependant une fois irrité, et ses paroles , ce jour-là, sont empreintes d'amertumej La maUan de mon Père eêt «mm maiton devfiiretf et vous en aveMfail uneconeme de voleurs! ici c'est de la force et de l'énergie, plus loin son style sera plein de mélancolie et de tendresse : Jérusalem ! Jérusalem ! combien de fbis n'ai-je pas cherché à réunir autour de moi tes enfants^ comme la poule rai» semble ses poussins sous son at7e, et lu n'as pas voulu l Rien de si touchant et de si pathétique, rien de si calme et de si beau que le style des saints Evangiles. Voilà le modèle des chré^ens, c'est là qu'ils doivent puiser leurs inspirations, et en effet les auteurs qui ont chercné à reproduire dans leurs ouvrages le style typique du Verbe incarné ont écrit avec une supériorité incontestable. Nous n'en citerons pour exemple que le livre do V Imitation de Jésus^hrist^ écrit .tout entier en style évangéliaue, et « le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes, dit Fontenelle, puisque l'Evangile n*a pas eu des hommes pour auteurs, m
Nous préposerons donc ici le livre divin des Evangilies comme le plus parfait modèle de la littérature chrétienne, et nous sommes heureux de reconnaître que le Verbe de vérité est inCaillible non- seulement daus le fond, mais dans la forme même de ses révélations : les travaux sur l'Ecriture sainte entière, qui forment la base de ce dictionnaire, n'out pas d'autre but que de prouver ce que nous avançons ici. Chaque âge du monde a eu ses modèles do style, et c'est toujours le Verbe religieux qui a déterminé les formes de la parole. Cela est, parce que cela doit être. La lettre qui exprime le Verbe appartient au Verbe, et c'est lui qui la modifie. Les verbes faux s'écrivent avec des caractères périssables, le Verbe de vérité détermine seul une forme et une beauté éternelle ; aussi ses caractères . ue doivent-ils jamais s'etlacer. 11 faut remarquer que chez tous les grands peuples les monuments religieux sont aussi des monuments littéraires, et que les livres sacrés ont formé toutes les langues. B ibel n*a été que la confusion des cultes: la Grèce artistique et littéraire se résume tout entière dans Homèro ; la iaoguQ