‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 20 sur 194 · IC · texte numérisé non relu

IC

APOSTROPHE

APOTRES

parier le spectacle affreux de la mort I » (5ernum sur la mort.)

c O mort 1 oh est ton aiguillon? 0 enfer I où est ta Tictoire ? »

a O mort, je serai ta mort I » [Office de la semaifie Mainte.)

La plupart des apostrophes adressées aux Atres malfaisants sont des conjurations ou des exécrations :

« Retire-toi, Satan l car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que loi seuil »

« Princes de Tenfer, ouvrez vos portes I le roi de gloire veut entrer. »

c Retirez-vous de moi, maudits! car j'ai en faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j*ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à lM)ire; j'ai été nu, et vous ne m'avez pas couvert ; j'ai été malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité: allez au feu éternel. »

D*autres apostrophes du Sauveur sont pleines de tendresse et de regrets : « Jérusalem ! Jérusalem I gui tues les prophètes, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfants autour de moi, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu n'as pas voulu? »

Il j a dans l'Evangile des exemples d'apostrophes adressées à l'Homme-Dieu par ses bourreaux; mais ces apostrophes changent de nom et sont réellement des blasphèmes, ce qui ne change rien à la règle que nous avons précédemment établie.

CVst dans le sentiment de cette règle que saint Paul se rétracte après avoir apostrophé le grand prêtre Ananias, qu'il ne connaissait pas. Ananias a commandé à un satellite de frapper saint Paul : « Dieu te frappera toimême, muraille blanchie, lui crie l'Apôtre, car tu es assis pour méjuger suivant la loi, et tu ordonnes contre la loi que je sois frappé! » Les assistants lui disent alors: « C'est le grand prêtre ; » et saint Paul se repcend en disant : « Je ne savais pas que ce f&t le grand prêtre, autrement je ne 1 aurais pas maudit. »

On trouve d'ailleurs, dans les Epttres du même saint Paul, de beaux exemples de tous les genres d'apostrophp.

Apostrophe véhémente : « O Galates insensés ! qui donc vous a fascinés à ce point que vous n'obéissiez plus à la vérité, vous à qui le Sauveur a été si vivement dépeint qu'il est comme crucifié parmi vous ? »

Apostrophe touchante : « Ma bouche est ouverte pour vous parler avec franchise, ô Corinthieus ! Vous n'êtes pas à l'étroit dans notre cœur, mais nous nous sentons à la gène dans le vôtre. » Nos grands orateurs chrétiens, pleins des leçons de l'Ecriture sainte, ont su faire souvent de l'apostrophe l'usage le plus saisissant. Tout le monde sait que Massillon, dans son sermon sur le petit nombre des élus, fit à son auditoire une apostrophe si bien préparée et d'un si grand effet, que l'assemblée entière se leva à demi en poussant un cri de terreur.

On ne doit faire d'apostrophes que dans la chaleur du discours. Les apostrophes comme

les exclamations sont insipides et ridicules lorsqu'elles sont faites à froid. Il fiut se garder aussi avec soin des apostrophes de mau* vais goût ou qui choquent en quoi que ce soit la bienséance ou la charité. En éloquence comme en style, le sublime manqué devient de l'absurde et fait rire. Nous terminerons cet article par quelques exemples de ces apostrophes de mauvais goût, qu'on trouve dans les sermonnaires de Ta fin du xvi* siècle et des premières années du xvii*.

«Que diraî-je de vous autres, dit le P. Bosquier, dans un sermon sur l'éducation des enfants? que dirai-je de vous autres, pères cruels, non plus pères, mais vipères, mais Saturnes lunatiques, qui dévorez ou perdez, ou êtes cause ae la perdition de vos enfants; non -seulement omettant de les dresser, vous y portant non-seulement pri-' votive^ sans rien faire, mais aussi aeiivet faisant devant eux choses par lesquelles vous les rendez corrompus !

« 0 la chose déplorable 1 6 larmes ! oi^ êtesvous retirées? Accourez à la file, fontaines, rivières, mers, océan, accourez et passez par les can.iux de mes yeux, pour déplorer dign'^ment une destruction si lamentable I Dé« ploie-toi et débande-toi, ma langue, pour contester contre un massacre si barbare, que le père et la mère soient cause que l'enfiiit ne vive pas éternellement, ains meure de la plus misérable mort qui soit. 0 terre, 6 ciel . que mieux vaudrait aux enfants n'avoir jamais été nés, que périr ainsi par la vie scandaleuse de leurs parents !

« Où n'est-il pas au monde des mères si folles qui apprennent à leurs filles, comme Hérodiade à la sienne, ou par préceptes oh par exemples, à marcher è pas composés et compassés par art ; à s'entourer de vertugades, vrais cache-bâtards ; à se frisotter le poil, à faire de leurs chevedx (binons entrelassés; à se goudronner, rétrécir le corps et le rendre plus grêle que jonc ; à se pourprer et farder le visage, appliquer je ne sais quels monstres de couleurs, ou à se rendre pâles, comme bon leur semble, voire à danser, cabrioler et bien baller.

« Misérables mères de plus misérables filles, savez-vous pas que les singes de nature aiment tant et si follement leurs faons, les accolent, les étreignent et serrent d'embrassemcnts si forts, que souvent ils les oppressent et les tuent? Et vous, vraies singesses, craignez-vous pas qu'enfin, amignardisant si douillement vos enfants, vous les froissiez et ruiniez, et ici et en l'autre monde ? O amour aveugle I 6 quelle singerie que ce cœctM amor prolis 1 Sottes mères ! pourquoi abreuvez-vous de vanités et de je ne sais

Îuelles mondanités vos fillettes encore pen* antcs &la mamelle! i»

Les sermons du P. Bousquier sont pleins de semblables passages. 11 les publia au commencement du XVII* sièele, en huit volumes in-8*, et les dédia au roi Louis XllL

APOTRES (Actes des). — Saint Luc, auteur des Actes des apôtres, parait avoir été le plus lettré des quatre évangélistes. Son

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Evangile, écrit en groc, so distinguo par la

Surelé de sa diction, et a été mis au rang es classiques : ses formes littéraires se rapprochent de eellea dos anciens historiens grecs, el sa manière dVntrer en matière rap-

ÏBlle les antiques récits d*Hérodote ou de bucydide.

Que l'Evangile selon saint Luc et les Actes des apôtres soient écrits purement en grec, cela n'est sans doute pas une chose indifférente pour les philologues; mais au point de vue de la littérature religieuse, l'auteur des Actes des apdtres, eût-il écrit dans Tidiome le plus barbare, n'en serait pas moins le plus merveilleux, le plus intéressant et le plus grave en même temps des historiens. Si en effet il est une histoire importante dans les annales du monde, c'est celle de ce grand événement qui vint en changer la suriace et en renouveler de fond en comble toutes les institutions, il y aura bientôt deux mille ans : événement imprévu par lapoliticfue, négligé par rhistoiro contemporaine, inexplicable par les lois qui président au cours ordinaire des choses. Un prophète de Galilée, un juif qui se dit le Fils de Dieu, est mis à mort dans un coin reculé de l'empire romain : ses disciples effrayés l'abanaonnent ; il lui reste k peine dou2e pauvres our vriers qui se cachent ; rien dans tout cela ne semble digne, je ne dis pas d*éveiller la sollicitude des maîtres de Teiupire, mais de troubler même un instant la sécurité d'un proconsul ; oh bien I ces douj^c hommes, illettrés et sans éducation pour la plupart, sortent tout k coup de la retraite o^ ils se cachent, et anoonceot hautement que leur maître est ressuscité, qu*ils l'ont vu, qu'ils Tout louché, qu'ils ont bu et mangé avec lui. On se moque d'eux d'abord, et on les prend pour des gens ivres ; ils ne se découragent pas, et bientôt huit mille personnes sont entraînées par cette conviction contar gieuse qui, en ne cédant pas à la contradic^tion, finit par la vaincre et par s'imposer. On s'alarme et l'on persécute les douze : ils se séparent et se dispersent dans toutes les parties du monde, et c'est alors que commence le merveilleux. Ces malheureux proscrits, ces sectaires rejelés par la Synagogue, partent pour renverser tous les temples du monde, pour changer les autels et les lois de l'univers. Ce sont des fous, n'est-ce pas?— Tout le monde le peiiserait encore s*ils n'avaient pas réussi. Us ont réussi !... le fait est là, in* contestable, irrévocablement accompli. Ces douze homme3 ont parcouru la terre, et la terre a chaneé ; les Césars, alors maîtres du monde, ont lutté pendant trois cents ans et ont cédé ; les dieux qui depuis tant de siècles semblaient nrésider h la fortune des emi>ires ; ce culte ue la force, des plaisirs et de a beauté, qui charmait depuis si longtemps le peuple par sa riante mythologie, par la beauté de ses idoles et par la splendeur do ses fêtes; les traditions si poétiques de jla Grèce, les images consacrées par le génio d'Homère et que semblait avoir tout récem*» ittidnt cQQOjre vouées à m^ seconde ijiupor-

talité la gloire immense de Virgile, tout cela a été balayé comme des feuilles sèches par l'orage à la parole obscure de ces douze pécheurs, mis à mort sur tous les points du monde sans gue l'empire officiel daignit savoir s'ils avaient vécu : par quelle puissance d'éloquence, par quelle séduction de doctrine ont-ils remporté cette effrayante victoire ? Quel dieu plus disert que Mercure, f>lus brillant qu'Apollon, plus gracieux que 'Amour, leur a prêté le prestige de ses attraits; ils prêchaient un Dieu austère, dont lp3 seuls attributs étaient des clous et des épines, un vase plein de fiel et une croix I ils parlaient de chasteté et d'abstinence à la populace des saturnales e( aui^ prêtresses de Vénus 1 Mais le temps était venu où Too devait les écouter et les croire, et toujours les remèdes divins se révèlent par leur opposition tranchée avec les maux qu'ils viennent guérir. Le monde alors était malade comme un débauché au lendemain d'une orgie, et il accepta l'austérité des doctrines chrétiennes comme un moyen de revenir à la saoti et k la vie. L'heure était venue encore une fois : Dieu le voulait. Les Actes des apôtres sont le premier chapitre de cette étrange histoire, qui se déroule entre le cruciuemeot du Sauveur sous Tibère, et l'exaltation de la croix ($ous le règqe dQ CouMantin ; c'esf là que sont retracés les premiers symptâoie^ de cette révolution universelle qui x^nangea le gibet en labarum. Ici les merveilles de rhistoire non -seulement justifient, mais rendent nécessaires les miracles du livre sacré : la grandeur des événements relève la simplicité du narrateur^ et ses récits, qu'on pourrait appeler la Genèse du monde chrétien, empruntent pour nous un nouvel éclat de merveilleux divin à dix-huit siècles et demi de vénération et de crovance. Quel poëme épique pourrait offrir plus d'intérôl que l'histoire de ces douze fondateurs de la société nouvelle? Les Actes, en effet, sont les premières pages d'une grande épopée dont le poëte a été Dieu même. Le récit de saint Luc commence après l'ascension du Sauveur ; les disciples sont encore debout sur cette montagne des Oliviers où le Sauveur vient de laisser ses dernières empreintes; une nuée vient de le couvrir, et deux finges vêtus de blanc apparaissent et disent : fc Hommes de Galilée, pourquoi restez-^vous à regarder le ciel? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel redescendra vers vous un jour comme vous l'avez vu monter. Les disciples reviennent à Jérusalem, et les douze se constituent en assemblée apostolique, en complétant leur nombre par l'élection de saint Mathias, élection qui se fait non à la ma^jorilé des suffrages, mais par la décision du sort, puis ils se retirent dans le cénacle, où leur consécration miraculeuse se fait le jour de la Pentecôte ; puis, animés du Saint-Esprit, ils commencent à se livrer au ministère do la parole.

' Le premier discours de saint Pierre commence par une citation remarquable de la prophétie jde Joël :

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no

« Dans les derniers jours, dit le Seigtieur» je répandrai de mon esprit sur toute chair et vos nls prophétiseront : et vos filles et vos jeunes nommes verront des visions» et vos vieillards songeront des songes. Et alors sur mes serviteurs et mes servantes, dans ces jours*là je répandrai de mon esprit et ils seront prophètes. Et je donnerai des prodiges, en haut dans le ciel -et en bas sur la terré : le sang, le feu et la vapeur de la fumée, he soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang avant que ne vienne ]e jour du Seigneur grand et manifeste. Et il arrivera, et quiconque aura invoqué le nom du Sei^gnour sera sauvé. »

Ce Seigneur dont le nom invoqué au dernier jour sauvera les élus de la conflagra-^ tion universelle, saint Pierre vient le révéler aux Juifs. C'est ce même Jésus de Nazareth qu'ils ont crucifié ! A cette voix, déjà investie d*une autorité infaillible, les vrais Israélites, ceux qui étaient mûrs pour TEglise nouvelle, se sentent frappés au cœur et ils se soumettent à la direction sacerdotale de Pierre et des apôtres, en leur disant : « Fr^ res, que ferons-nous 7 » Ecoutons la réponse de saint Pierre,car nous y trouverons la jsre- Aière institution du culte chrétien : « Faites pénitence, » leur dit-il ; « que chacun de vous soit baptisé au nom du Seigneur Jésus-Christ, et vous recevrez le don de FEsprit-Saint. » Nous voyons commencer ici la pénitence des catéchumènes et Tadministratîon des deux sacrements de baptême et de confirmation. Quant à la sainte Eucharistie, c'était le grand héritage du Sauyeur, mais on ne devait v admettre que les parfaits, c'est-àdire les cnrétiens confirmés. Dès ce moment la religion de Jésus-Christ existe déjà dans le monde comme elle existe encore de nos jours. C'est à la suite de cette institution du culte par le cénacle que vient cet admirable tableau de l'Eglise primitive, lorsqu'elle ne faisait encore pour ainsi parler qu'une seule famille. Us persévéraient dans b doctrine des apôtres, dans la communication de la fraction du piain et dans les prières. Et la crainte se répandait dans toutes les ftmeSf car il se faisait beaucoup de signes et de prodiges par les apôtres dans Jérusalem, et la terreur était générale. Tous ceux qui croyaient vivaient d'une vie pareille et ils avaient toutes choses en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et en distribuaient le prix suivant les besoins de chacun. Tous les jours ils étaient réunis dans le temi)le, et, rompant le pain de maison en maison, ils prenaient leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité du cœur, louant Dieu tous ensemble et trouvant grflce devant le peuple, car le Seigneur augmentait tous les jours le nombre de ceux qui étaient sauvés par cette doctrine. »

Une vie si sainte et si paisible ne pouvait durer longtemps sans persécutions. La haine des bourreaux du Sauveur éclate au sujet de la guérison éclatante de ce boiteux qui mendiait devant la belle porte du temple.

DicTioNN. DK Littérature ghrét.

« ie n'ai hi or ni argent, lui dit saint l^ierre* mais ce que j'ai ie te le donne : Au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, lève-toi et marche ! »

Ceux qui avaient de l'or et de l'argent et qui ne connaissaient pas d'autre puissance, s indignèrent de ce pouvoir qui guérissait les malades et commandait aux infirmités humaines. Les princes de la synagogue veulent connaître de cefte guérison merveil^ leuse, et il faut que saint Pierre leur rende compte de son audace pour avoir fait le bien dont ils étaient incapables. Saint Pierre, au milieu de cette synagogue qui a conspiré la '• mort de son maître, répare glorieusement ses faiblesses de la veille par un témoignage éclatant qu'il rend à la vertu du divin Crucifié. A la nouvelle de cette généreuse manifestation, toute l'Eglise naissante se répand en actions de srâces, et, à la fin du chapitre quatrième, 1 auteur des Actes revient encore une fois el comme avec amour à cette image de la fraternité et de la vie commune des premiers fidèles, qu'il nous montre si dignes de toute notre admiration et de tous nos regrets :

« La multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une &me, et aucun parmi eux ne disait être à lui ce qu'il possédait, mais toutes choses leur étaient communes. Et il n'y avait personne parmi eux qui manquât du nécessaire, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient et apportaient le prix de la vente. Et ils le déposaient aux pieds des apôtres, qui le distribuaient suivant les besoins de chacun. »

C'est au sujet de cette communauté volon« taire et facultative qu'est rapportée l'histoire d'Ananie et de Saphire, qui sont frappés de mort non pour avoir soustrait une partie de leur bien à la communauté des fidèles, mais pour avoir menti au Saint-Esprit en se parant d'une générosité hypocrite. « Pour* quoi avez-vous menti ? » leur dit saint Pierre : « n'étiez-vous pas les maîtres de garder tout ce qui était a vous 7 d Ils tombèrent donc l'un après l'autre, frappés d'une mort surnaturelle et soudaine, et une grande épouvante se fit dans toute l'Eglise et pour tous ceux qui en entendirent parler.

Le nombre des fidèles augmentait de jour en jour, et les miracles se multipliaient au

{>oint que les malades étaient apportés sur e passage de saint Pierre, afin que du moins» en passant devant eux, il les couvrît de son ombre, et tous ceux qui touchaient son om bre étaient guéris.

Jésus-Christ avait promis à la foi de ses apôtres des miracles pareils aux siens , et plus grands même que les sieAs : la promesse du maître était déjà réalisée.

Tant d'éclat provoquait le martyre : oo commence à poursuivre et à emprisonner les apôtres ; on leur défend de prêcher au nom de Jésus-Christ. Les apôtres répondent avec une dignité pleine de modestie : « Voyez vous-mêmes s'il ne vaut pas mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ; » et ils continuent » sans affectation, mais aiissi sans crainte,

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raccomplîssement de leur devoir. C'est alors que, dans l'assemblée des prêtres et des docteurs, im pharisiea uommé Gamaliel ouvre cet avis plein de sagesse et que les persécuteurs de la vérité auraient dû méditer dans tons* les temps : « Laissez faire ces hommes ; car si leur aoiitrine vient de Dieu , vous ne

Eouvez pas vous y opposer-, si «lie vient des ommes , elle tombera d'elle-même. » Malheureusement les ennemis du christianisoïe étaient des hommes injustes et passionnés, qui ne croyaient en Dieu qu'au gré de leurs intérêts égoïstes «t de leur orgueil ; ils ne firent aucune attention à la prudente observation de Gamaliel , et la persécution conti-

> nua.

"Cette persécution était d'ailleurs nécessaire; c'était le vent qui devait éparpiller sur toute la surface de la terre la semence précieuse du salut. Les combats des martyrs commencent par le meurtre de saint Etienne. Saint Etienne était l'un des sept diacres qui avaient été choisis pour être les économes de la communauté cnrétienue. Plein de l'enthousiasme que lui donne le Sain^-Esprit, il dévoile devant les Juifs assemblés tous les secrets de leur religion et de leur histoire ; tl leur montre dans la loi et les prophètes les figures et les promesses qui ont été réalisées et accomplies par JésuM]hrisl. Les Juifs, furieux, ^e bouchent les oreilles pour ne pas l'entendre ; ils poussent din grand cri ; ils l'entraînent et l'accablent à coups de pierres. Le sang des saints devait être l'engrais de la moisson nouvelle , et celui d'E* tienne n'aura pas été versé en vain. Un jeune homme nommé Saul, complice de la mort du juste , gardait les vêtements des bourreaux. Ce jeune homme est la conquête du martyr, et doit un jour verser lui-même son sang |)our la foi , après avoir été l'apôtre des nations. Ici un nouveau personnage entre en scène, et l'Eglise salue d'avance sa plus brillante lumière ; ce jeune Saul, zélateur fanatique de la loi , est un homme d'une conscience droite , d'une volonté forte et d'une énergie k toute épreuve. 11 a été élevé dans ies doctrines pharisaïques , mais aussi dans la droiture des sentiments honnêtes à l'école de Gamaliel : il voit dans les chrétiens des novateurs et des sectaires ennemis de la religion de Mùise , et il les poursuit à toute outrance. Les princes des prêtres en ont déjà fait leur séide : il ne respire que menaces ; il se met à la tête d'une troupe de satellites ; il entre dans les maisons pour y chercher les disciples do la doctrine nouvelle , et il traîne en prison les hommes, les femmes et les vieillards. Une inquiétude qu'il prend pour du zèle Tagite et le tourmente : Dieu travaille déjà son cœur , et Jésus-Christ l'attend sur le chemin de Damas. Pendant ce temps, un des apôtres nommé Philippe était allé à Samarie prêcher la doctrine du salut.

^ Or, il y avait à Samarie un mage nommé

Simon, qui» ^ sa fausse science et se^

presti^ , avait acquis une grande autorité

sur le peuple.

Cet imposteur lui-même » ne pouvant ré-

sister au torrent de la vérité, se laisse go* mer à la nouvelle doctrine. Grande est donc la joie dans la capitale du rovaume d'Israël; caries Samaritains ne sont plus des maudits, et le Fils de David a reconquis les dix tribus séparées. Pierre et Jean, apprenant cette nouvelle , se h&tent de venir à Samane ; ils imposent les mains aux nouveaux baptisés , et us reçoivent le Saint-Esprit. Simon le Magicien devient secrètement jaloux de ce i>ouvoir qu'ont les apôtres d'imposer les mains, et il leur offre en secret de l'argent, pour être investi du même pouvoir ; mais saint Pierre le ibudreie par cette réponse qui devait être l'éternelle condamnation de ceux 3ui voudraient traflqner des dons de Dieu et es dignités de l'Eglise.: « Que ton argent périsse avec toi I »

Nous ne nous arrêtons pas à l'épisode du baptême de l'eunuaue de Candace, qui va porter la foi nouvelle jusqu'À la cour de la reine d'Ethiopie , et nous arrivons au grand événement de la conversion de saint Paul.

« Saul »• dit l'historien sacré, « ne respirait alors que les menaces et le meurtre contre les disciples du Seigneur. 11 alla donc trouver le prince des prêtres, et lui demanda des lettres pour Damas, adressées à la syna* gogue , atin que , s'il trouvait là quelqu'un d'engagé dans cette voie, soit hommes , soit femmes , il pût les emmener captifs à Jérusalem. •

Le voilà donc sur le chemin de Damas , comme autrefois Antiochus sur la route de Jérusalem ; il se hâte dans sa fureur; il conduit avec lui des satellites et des bourreaux ; mais la main de Dieu Tattend au passage : un soufile lumineux l'atteint et le renverse ; le voilà abattu sur la route et atterré par le bruit d'une voix : Saul 1 Saul I pourquoi me persécutez- vous ? » Saul, éperdu, se relève; il tremble comme un enfant , et étend les mains pour qu'on vienne le conduire : il est aveugle, comme si la lumière de ses yeux était rentrée dans son cœur; désormais il ne regimbera plus contre l'aiguillon : il est tombé persécuteur ; il se relève apôtre.

Après une retraite de quelques jours, pendant laquelle il recouvre la vue par Timpc^ silion des mains d'un chrétien nommé Ananias , il commence à prêcher dans les synagogues. Remarquons ici que Notre-Seigneur, qui a converti saint Paul sans intermédiaire, emploie, pour le guérir et pour le confirmer, Ananias. Ananias était sans doute un des premiers évoques délégués par les apôtres ; et à l'origine même du ministère évangélique, nous trouvons déjà la hiérarchie.

Cependant la vocation des gentils est révélée à Pierre par une vision qui annonce la fin de l'excommunication judaïque et des observances légales. Le centurion Cornélius reçoit le baptême des mains mêmes de saint Pierre, qui fonde ainsi la nouvelle Rome.

L'accomplissement des desseins de la Pro* vidence est précipité par la mauvaise volonté des hommes. Herode fait périr saint Jac* ques par le glaive ; et voyant que ce meurtre l a rendu populaire parmi les ennemis du

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nom dirétioB , il fait mettre saint Pierre en

f frison ; mais le chef de TEglise est miracueusemeot rendu aux prières et aux larmes des fidèles. Hérode tait de vaines recherches pour connaître celui qui a délivré son Crisonoier. A quoi bon cnercher si loin? *ange qui a ouvert les portes de la prison Ta Tenir lui-même fermer pour jamais les jeux d^Mérode% Un jour cnTil était sur son trône » au milieu de ses flatteurs , entouré d'une pompe orientale et de tous les attributs de la puissance) il parlait et la foule Erosternée s'écriait que c'était la parole d'un >ieu qui se faisait entendre.^^%. Tout k coup le dieu se sent frappé d'une main invisible ; ' il pAlit > il chancelle : on l'emporte » et il meurt misérablement de la même mort qui aïait déjà frappé l'impie Antiochus au temps des Macnabées.

La persécution d'Hérode a consommé la réprobation des Juifs : les apôtres, forcés de s'exiler, vont porter la foi parmi les gentils. Le temple , qui va rester désert de ses véritables adorateurs, commence à se faire peur à lui-même ,^ et des voix ont crié sur léru-^ s&lem que Dieu s'en va.

Saint Paul, accompagné de saint Barnabe, prêche l'Evangile d'abord aux Juifs de la dispersion, puis aux gentils eux-mêmes, et sème partout des églises ; il frappe d'aveuglement le magicien Eljmas, convertit le proconsul Sergius Paulus, est lapidé à Lystre pour n'a<» voir pas voulu se laisser adorer k la suite d*un miracle , et tout brisé encore de ee meurtre mal exécuté, s'en va prêcher k Antioche. U voit en rêve la Macédoine qui lui tend les mains et qui l'appelle k son secours : il va prêcher en Macédome , où il est battu de verges; les violences des hommes s'élèvent partout contre la force de l'Esprit de INeu, et restent impuissantes. Saint Paul passe k travers les prisons et los bourreaux, et trouve que c'est le chemin le plus court pour aller où Dieu l'appelle. Lorsqu'il fau^* dra qu'il se rende ennn k Rome pour se prendre corps k corps avec le génie du vieil empire, ne demandez pas comment il se procurera un vaisseau et une escorte : le proconsul y pourvoira.

Ce conquérant du Verbe passe donc victorieux de ville en ville. A Thessalonique , k Bérée, ses victoires se succèdent avec rapidité. Le voici devant le tribunal oui a condamné Socrate : il prêche dans l'aréopage l'unité de Dieu et 1 immortalité de l'Ame; loais quand il en vient au dernier jugement et k la résurrection des morts, les uns rient, les autres lui disent : Nous entendrons le reste une autre fois. Cependant sa parole n'est pas restée sans fruit : un des membres de l'aréopage, nommé Denys, ouvre les yeux à la lumière nouvelle ; une femme nommée Damaris et quelques autres formeront, avec Beuys l'Aréopagite, le petit troupeau des élus daos cette ville, si vaine encore d'une civilisation éfMUsée. La mc^orilé des Athéniens ne vit dans la prédication de saint Vaul que l'anecdote du jour, et le lendemain de suu départ on s'abordait sans doute ea-

eore devant le temple de Minerve , en se demandant : Qu'y a-t-il de nouveau ?

Semblable en cela k nos modernes compa-

gons du tour de France, saint Paul, en èce et ailleurs , s'arrêtait dans les bonnes villes pour travailler, et suffisait, par le moyen de ce travail, aux frais de ses voyages. Nous lisons au ch. xviii des Actes qu'au sortir d'Athènes il se rendit k Corinthe, où, ayant trouvé un Juif nommé Aquila, qui exerçait la même profession que lui, il resta pour travailler dans la maison de ce Juif, et les jours de sabbat il se rendait k la synagogue. Mais il y trouva tant de mauvaise volonté dans ^s anciens coreligionnaires, qu'il rompit définitivement avec eux et les

Suitta en secouant ses vêtements et en leur isant { « Que votre sang soit sur vous; j'irai désormais vers les gentils I » Et avec l'aide de son hôte Aquila et de Priscille, femme d'Aquila, qui s'étaient adjoints un Juif éloquent et influent dans la ville, nommé Apollo, li commença si bien k répandre la vérité dans Ephèse, qu'il s'ensuivit une sédition. Ici l'historien des Actes nous parait admirable : il peint en quelques traits ces agitateurs qui couvrent toujours d'un prétexte patriotique et moral les rancunes de leur intérêt privé; il nous montre l'argent comme étant le secret ressort et le grand nerf de tous ces mouvements prétendus religieux par lesquels on essaye do soutenir la caducité des faux cultes, et retrace avec une grande naïveté la stupidité de ces masses populaires que des intrigants font mouvoir. Un artisan nommé Démétrius, qui avait pour industrie de faire en argent de petits modèles du temple de Diane k Ephèse, pensa oue les prédications de saint Paul pourraient faire tort k son commerce et souleva le peuple. Le peuple se rue en foule vers le tnéfttre : les uns crient : Vive la grande Diane des Ephésiens, les autres crient autre chose, car dans cette cohue la plupart ne savaient pas pourquoi ils étaient rassemblés. Saint Paul veut se précipiter dans cette foule et leur parler, on l'en empêche; un nommé Alexandre veut se faire entendre, mais quelqu'un ayant dit qu'il est Juif, une clameur immense couvre sa voix, et pendant deux heures entières on n'entend autre chose que le cri : La jgrande Diane des Ephésiens I

Enfin saint Paul dit adieu k ses disciples et s'embarque pour Jérusalem ; ne pouvant porter le salut a cette ville ingrate, il veut y retourner, comme son maître, pour y souffrir. Vainement on cherche k l'en détourner, vainement le prophète Agabus lui prédit des liens, il part et ne tarde pas k trouver dans Jérusalem ce qu'il était veiiu y chercher. La rage des Juifs est telle contre le saint apôtre, que plusieurs d'entre eux ont fait vœu de ne boire ni de ne manger avant de l'avoir mis k mort. On l'arrête pour le protéger; le proconsul lui donne une escorte, et veut savoir le motif de tant de haine. Paul se défend successivement devant Félix, devant Festus cl devant le roi Agrippa, qui a désiré l'entendre, ainsi que là reine Bérénice. 11 en

APOTRES

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appelle à César des accusations intentées contre lui par les Juifs, et on rembarque pour Rome sous bonne garde. Pendant la navigation, l'ascendant du saint apôtre s*exerce même sur ses gardiens. U est beau de voir cet homme chargé de chaînes rassurer réquipago pendant la tempête, donner du courage au pilote et aux rameurs, comme s*il commandait non-seulement au vaisseau, mais encore à la mer et aux orages. Le vaisseau périt près de Malte; mais saint Paul ne veut pas qu*un seul de ses compagnons de voyage périsse lorsqu'il s'en est constitué le gardien : l'équipage entier est donc sauvé; et c'est alors que saint Paul, OQcupé à entretenir le feu pour sécher les habits des naufragés , est piqué à la main par une vipère sortie d'une brassée de sarments : il secoue sa main dans le feu, et ne reçoit aucun mal de celte morsure d'un animal si venimeux. Ce miracle achèye d'étonner les gardiens de saint Paul, et leur imprime le plus salutaire resi^ect : aussi, lorsqu'on a trouvé un autre navire pour continuer la route, lui laissentils la plus grande liberté, lui permettant de s'arrêter à Syracuse, à Reggium et à Pouzzoles, dans la maison des frères qui s'empressent de le recevoir. Son escorte est devenue Sour ainsi dire son cortège ; et arrivé h orne on le laisse demeurer où il veut, prisonnier pour ainsi dire sur parole et sous la surveillance d'un seul solaat. Cette liberté était nécessaire pour l'accomplissement des desseins de la Providence. Les Juifs ne se doutaient pas, en accusant saint Paul, qu'ils envoyaient à Rome même, dans la capitale du monde, le plus puissant missionnaire du culte qu'ils Youlaient proscrire. Pendant deux ans, saint Paul resta sous la garde des lois romaines ; et protéçé en quelque sorte par sa t;haîne, il recevait chez lui tous ceux qui voulaient Tentendre. Ainsi le christianisme fit son entrée dans Rome.

Ainsi se termine le livre des Actes des apôtres, et désormais l'histoire du christianisme se mêlera à l'histoire du monde.

Nous demandons si les faits merveilleux contenus dans le simple récit de saint Luc ne suffiraient pas à la plus sublime des épopées?

£n bienl au'un génie comme celui de Milton ou de klopstock donne à ce récit les ornements de la poésie, son poëme semblera languissant auprès des Actes des apôtres, et l'on en préférera la majestueuse simplicité.

C'est que le positif de Dieu est plus poéti-

Îue mille fois que l'idéal des hommes. Osez onc mêler à des faits aussi grands quelques chétives fictions. Rehaussez donc si vous le pouvez, par le vain bruit de vos paroles, la majesté du Verbe divin. Littérature sacrée des premiers ftses, devant tes monuments simples comme la vérité il faut s'incliner et se taire. Saint Luc, on écrivant' dans la langue d'Homère ces scènes patriarcales et primitives du cénacle et de 1 apostolat, a fermé pour jamais le cycle des légendes littéraires de l'ancienne Grèce. Saint Paul est venu donner aux derniers enfants de la savante

Athènes le commentaire du plus beau des hymnes d'Orphée, et expliquer aux doctes de Taréopage les autels du Dieu inconnu,

A l'article des Apocryphes, nous n'avons pas parlé des légendes apostoliques qui portent le nom d'Actes, tels que les Actes de saint Paul et de sainte Thècle, les Actes de plusieurs martjprs des premiers temps, ceux de saint Matthias , de saint Marc et de saint Barnabe, etc. ; nous ^i dirons ici quelques mots.

Il existe des Actes de saint Jean attribués à Prochore, diacre de l'Eglise d'Ephèse. C'est un tissu de fables mêlées sans doute à quelques traditions sur la vie du saint apôtre; quelques-unes de ces traditions exphqnent certains attributs avec lesquels ce saint évangéliste est souvent représenté, tels one la coupe et le serpent. On raconte en effet que saint Jean se soumit à l'épreuve du poison sans en ressentir aucun mal, pour prou- Ter la divinité de Jésus*Christ devant les pètres de la Diane d'Ephèse, et qu'il rendit la vie k un malheureux qui avait été tué par un serpent au moment oii il profanait un tombeau.

Ces histoires sont racontées au lonç, tant dans le livre de Prochore que dans Thistoire du combat apostolique d'Abdias.

Cette dernière histoire, attribuée à Abdias, évêque de Babylone, nous est connue seulement par la traduction de Jules Africain, et a paru pour la première fois dans le recueil de W. Lazius, Collectio rar. monum. Basileœ^ 1551, fol.; Paris, 1566. On la retrouve dans le second tome du Codex apocryphxu de Fabricius. Nous voudrions pouvoir donner place ici à une analyse complète de ces légendes merveilleuses et naïves, considérées comme des types de poésie chrétienne primitive ; car ces récits des combats des douze témoins du Sauveur se sont embellis en passant de bouche en bouche, comme il arriva plus tard pour les exploits des douze 1>airs de Charlemagne ou des champions de a cour d'Artus. Nous nous bornerons toutefois à une seule de ces histoires : il s'agit de l'apostolat et du martyre de Tévangélisle saint Matthieu.

« Matthieu, surnommé Lévi et Gis d'Aïphée,fut au rang dés publicains et fut appelé par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui le mit au nombre de ses disciples ; il arriva ensuite à l'honneur de l'apostolat.

« Or, avant l'ascension du maître, il ne fit rien de remarquable en dehors des fonctions ordinaires que remplissaient tous les apètres ; mais après qu'il eut reçu la lumière du Saint-Esprit, avec l'ordre d'aller prêcher l'Evangile par toute la terre , il prit pour sa part l'Ethiopie, et, s'y étant transporté, il résidait dans une grande ville appelée Nadaver, où régnait le roi Eglmpus. Il y avait là deux magiciens, nommés Zaroës et Aphaxat, qui fascinaient tellement le prince par leurs prestiges, qu'il les prenait pour des dieux et avait en eux la confiance la plus aveugle ; et non-seulement les habitants de la ville, mais encore ceux des provinces les plus reculées

APOTRBS

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de rHâiiopiè venaient pour tes adorer» car Ils mettaient sutHtemeat les hommes dans riiniK>ssibilité de se mouvoir, et la paralysie durait aussi longtemps que le voulaient ces magiciens. Ils privaient aussi de la vue et de l'ouïe ceux qu il leur plaisait d'affliger ainsi ; ils commandaient à la morsure des serpents, comme savent encore le faire les Marses, et par leurs enchantements ils guérissaient un grand nl^mbre de maladies. Ils étaient donc les objets d'une grande vénération de la part des Ethiopiens , par cette raison , fondée sur l'opinion vulgaire , (fue la peur inspire plus de respect pour les méchants que l'amour n'en fait concevoir pour les bCHQs.

« Mais Dieu , ayant compassion des hommes, eavojà contre ces imposteurs son apô* ire Matthieu. Etant entré aans la ville, il'Se mit à combattre leurs maléfices ; il guérissait, au nom de Jésus -Christ, ceux qu'ils avaient frappés de paralysie , rendait la vue aux aveugles qu'ils avaient faits, engourdis* sait les serpents qu'ils excitaient, et guérissait par le signe du Seigneur ceux qui avaient été mordus. Un eunuque éthiopien, nommé Candace , qui avait été baptise par l'apôtre Philippe, ayant vu ces choses, tomba à ses pieds et dii en l'adorant : Dieu a jeté ses regards sur cette ville afin de la délivrer delà main des deux enchanteurs que les insensés prennent pour des dieux ! II reçut donc l'apôtre dans sa maison , et tous ceux qui étaient les amis de l'eunuque Candace, y venaient entendre la parole de vie et croyaient au Seigneur Jésus-Christ. Et chaque jour un grand nombre de personnes , voyant que le disciple do Diôu guérissait tous les maux que faisaient les magiciens , recevaient le baptême. Car ces magiciens frappaient les hommes atin de les guérir ensuite et de se faire révérer. MaisMatthieUjl'apôlrede Jésus- Christ , guérissait non-seulement ceux qui avaient été victimes de la malice de Zaroës et d'Aphaxat, mais encore tous ceux que l'on apportait devant lui , quelles gue lussent les maladies dont ils étaient afQigés , et il prêchait au peuple la divine vérité avec tant de force, que tous admiraient sa parole.

« L'eunuque Candace, qui Tavait reçu chez lui avec la plus grande affection, l'interrogea disant : Je te prie de me dire comment , étant libre de naissance, tu sais les langues grecque, égjrptienne et éthiopienne, si bien que ceux qui sont nés dans ces contrées ne parlent pas mieux que toi. L'apôtre répondit : Tous les hommes avaient originairement le même langage, mais leur présomption fut si grande qu'ils voulurent élever une tour d'une hauteur telle qu'elle parvint au point le plus élevé du ciel. Le Seigneur toutpuissant confondit leur oi^ueil en faisant qu'ils cessassent de se^ comprendre les uns les autres lorsqu'ils se parlaient , car il s'éleva une diversité de voix, et l'uniformité du langage primitif fut rompue. Maintenant le Fils de Dieu a Voulu lui-même nous apprendre à l'aide de quel édiGce on peut s'élever au ciel : il nous a envoyés, à nous les douze disciples^ son Saint-Esprit . et lorsque nous

étions réunis dans le même cénacle, l'Esprit* Saint est venu sur nous et nous avons été enflammés comme le fer qui est en contact avec le feu. Et lorsoue cette splfendeur eut cessé, et que nous lûmes revenus do notre effroi , nous avons commencé à parler aux gentils en diverses langues, et à annoncer les merveilles de la naissance du Christ qui est le Fils de Dieu, et dont nul ne connaît l'ori-

Sine, antérieure à tous les siècles. Nous avons it qpmment il était né de la vierge Marie , et comment il avait été nourri et élevé, comment il avait été tenté, comment il avait souffert , avait subi la mort , avait été enseveli , et comment il était ressuscité le troisième jour. Il est monté au ciel pour s'asseoir & la droite de Dieu, le Père tout-puissant, et il viendra juger tous les hommes. Nous autres, les disciples de Jésus crucifié, nous savons en perfection , non-seulement les quatre langues que tuas nommées, mais encore toutes celles qui sont en usage parmi les nations. Et quel que soit le peuple chez lequel nous allons, nous possédons entièrement sa langue. Ce n'est pas avec des pierres, mais avec les vertus du Christ que s'élève la tour où sont admis tous ceux qui sont baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et par le moyen de laquelle ils peuvent arriver au ciel.

« Taudis que l'apôtre les instruisait ainsi, quelqu'un vint dire que les magiciens arrivaient accompagnés de plusieurs dragons.

Ces dragons étaient couverts d'écaillcs et leur soulue répandait une odeur de feu. Ils lançaient par les narines des vapeurs de soufre qui faisaient périr les hommes. Matthieu , ayant appris cela , fit le signe de la croix et s'avança tranquillement au-devant d'eux. Candace voulut 1 arrêter, etfaisanl fermer les portes dit : Adresse la parole par la fenêtre a ces magiciens ; mais l'apôtre répondit : Fais ouvrir les portes , fais les ouvrir et regarde par la fenêtre , tu verras à quoi se réduit l'audace de ces enchanteurs : et l'apôtre sortit , et les magiciens venaient vers fui précédés chacun d'un dragon ; mais ces deux dragons n'eurent pas plutôt vu Matthieu , qu ils vinrent se coucher à ses pieds et s'y assoupirent. Et il dit aux magiciens : Où est votre puissance ? Si vous le pouvez, réveillez ces drasons. Si je n'avais pas prié mon Seigneur Jesus-Christ, ils auraient tourné contre vous toute leur fureur que vous excitiez contre moi. Ils resteront endormis jusqu'à ce que tout le peuple soit rassemblé, et je leur ordonnerai de rentrer dans leur caverne sans faire do mal à personne. Zaroës et Aphaxat s'efforcèrent vainement de réveiller leurs dragons ; ils ne purent ni leur faire ouvrir les yeux , ni les amener à se mouvoir, et le peuple adressait ses prières à l'apôtre, disant : Nous te supplions, maître, de délivrer notre ville de ces monstres. Et l'apôtre repondit : Ne craignez rien : je leur ordonnerai de ^'éloigner en toute douceur , et se tournant vers les dragons il dit : Au nom de Jésus-Christ mon Sauveur , qui a été conçu du Saint-Esprit ,

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* est né 4e la yierga MaMe» que Judas à Kvrd aux pharisiens et qui a été crucifié , qui est ressuscité le troisième jour et qui , après avoir durant quarante j^ours répété les instructions qu*il nous arait données, est monté en notre présence au crél d'où il viendra juger les vivants et >es morts, je vous ordonne^ dragons» de retourner dans vos asiles, sans faire aucun mal à nul homme> à nul quadrupède et h nul vivant. Et > à sa voix , les dra-* f;on$, élevant la tête, se mirent à s*éloisoer; e peuple entier les vit sortir de la ville où jamais depui$ ils ne se montrèrent plus.

« Ensuite l'apôtre parla au peuple en ces termes : Ecoutez, mes flrères et mes enfants, et vous tous qui voulez délivrer vos ftmes du véritable dragon , c'est-à-dire du diable : Dieu m*a envoyé vers vous pour votre salut, afin que ,. renonçant à la vanité des idoles , vous vous convertissiez à celui qui vous a créés. Quand Dieu eut fait Thomme , il le mit djans un paradis de délices avec sa corn* pagne qu*il avait formée d'une de ses côtes. Ce paradijs est au-dessus de toutes les montagnes et proche du ciel , et il ne s'y trouve rien cfiii puisse être funeste aux hommes : les oiseaux ne 8*y épo.uvantent ni de l'aspect de rfaomn^e pi de sa voix ; il n'y vient ni épines ni ronces ; les roses, les lis et les autres fleurs ne s'y flétrissent pas ; en n'y est point sujet à la fatisue du travail , et nulle infirmité n'y vient détruire la santé ; la tristesse , le deuil et la mort n'y ont aucune place , les voix des anges s'y font entendre et enchantent les oreilles : le serpent ne s'y reo/contre point, et ni le scorpion, ni les mouches, ni aucun animal fâcheux pour l'homme ne s'y trouve; les lions, les tigres et les léopards y vivent en paix avec les hommes, et lorsque ceux-ci donnent leurs ordres aux animaux ou aux oiseaux du ciel, ceuxlà s'en^pressent d'obéir aux amis de Dieu ; quatre fleuves y coulent: l'un d'eux se nomme le Géhon, le second le Physon, le troisième le Tigre, le quatrième l'Euphrate ; ils abondent en parfums de toute espèce , et la face du ciel au-dessus d'eux n'est jamais obscurcie par un nuage.

ff L'apôtre parlait encore , et voilà qu'on entendit tout à coup le bruit d'un grand tumulte; c^était une foule dépeuple qm pleurait la mort du fils du roi. Les magiciens essayèrent de le ressusciter, mais lie pouvant y parvenir, ils essayèrent de persuader au roi qu'il avait été enlevé par les dieux pour être admis dans leur assemblée » et qu'il fallait lui élever une statue et un temple. L'eunuque Gandace, ayant appris ces choses, s'approcha de la reine et lui dit : Ordonnez qu'on garde ces magiciens, et je vous prie de faire venir Matthieu, l'homme de Dieu : s'il ressuscite ton fils, tu commanderas qu'on brûle vifs ces hommes, ea? ils sont cause de tout le mal qui survient en noire ville. Quelques ofliciers du roi furent donc envoyés vers Matthieu et l'amenèrent avec honneur au-

1>rès du monarque : quand Matthieu parut , a reine Euphoenisse se prosterna à ses genoux et dit : Je te reconnais pour l'apôtre

que Dieu a envoyé pour le salut des hommes^ et pour le disciple de celui qui ressuscitât les morts et qui guérissait toutes les mala-< dies ; viens et invoque son nom sur mon fils qui est mort, et je crois oiie si tu le fais il revivra. L'apôtre lui dit : Tu n'as pas eo-* ' core entendu de ma bouche la prédication de mon Seigneur Jésus-Christ , et oommenl

Eeux-tu dire que tu crois ? Sache que ton ■s te sera rendu. Et étant entré, il éleva les mains au ciel et dit : Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, qui pour nous racbe^ ter as envoyé sur la ferre ton Fils unique chargé de nous convertir de nos erreurs et de nous montrer le Dieu véritable, souviens^ toi des parolesdeNotre-Seigneur JésufrChrist tel Fils : En vériU je vqu$ dis que tout a que vous demanderez en mon nom à mon Pin il vous Voceordera. Afin que les nations con« naissent qu'il n'y a que toi de tout-puissant, et que tout ce que javance est vrai , que cet enfant se lève. Et prenant la main du mort, il dit : Au nom de mon Seigneur Jésus-€hrist le crucifié, lève-toi , Euphranor ! — Et l'en-' faut se leva aussitôt. La cour du roi se trou* bla à ce spectacle , et il ordonna aussitôt de porter à Matthieu des couronnes et de la pourpre. Et il envoya des hérauts dans la capitale et dans les diverses provinces de r& tbiopie , disant : Venez à la ville , et voyez Dieu qui est caché sous l'aspect d'un homme^

« Et une grande multitude étant venue avec des torches, des autels , de l'encens et tout ce qui sert aux sacrifices, Matthieu, l'ar pôtre de Dieu , parla en ces termes : Je ne suis point un Dieu, mais je suis le serviteur de Jésus-Christ mon Seigneur, le Fils du Dieu tout-puissant, qui m'a envoyé vers vous afin qu'abandonnant l'erreur de votre idolâtrie , vous vous convertissiez au Dieu véritable. Si vous D»e regardez comme un dieu , moi qui ne suis qu'un homme, combien ne devez-vous pas avoir plus de foi en ce Dieu dont j'avoue que je suis le serviteur, et au nom duquel j ai rendu la vie au fils de votre coi? Otez de devant mes yeux cet or, cet argent et ces couronnes , et employez-en la valeur à élever au Seigneur un temple , où vous vous rasssemblerez pour entendre la p^ rôle de Die?

« Aussitôt qu'il eut parlé, onze mille hommes , se mettant à l'ouvragée , achevèrent en trente jours une église qui fut consacrée aa Seigneur. Et Matthieu la nomma l'église de la Résurrection , parce qu'une résurreclioa avait été cause qu'on la ut bâtir. Matthieu y passa vingt-trois ans ; il ordonna des nrétres et des diacres, il plaça des évoques dans les villes d'Ethiopie^ et il y fonda de nombreuses églises ; il baptisa le roi Eglinpus et la reine Euphœnisse, el son file Eupnranor qui avait été ressuscité, et sa fille Ipnigénie, qui consacra sa virginité à Jésus-Christ. Les ma-

Î;es, saisis d'épouvante, s'étaient enfuis vers a Perse. Il serait long de raconter combien l'apôtre guérit d'aveugles et de paralytiques ; combien il délivra de possédés et ressuscita de morts ; combien il détruisit

APOTRES

APOTRES

d^idolôs et de. tcmptes érigés en leur honneur.

«Leroi Eglippus, accabléde vieillesse, étant allé vers le Seigneur, son frère Hyrtacus devint mattre du royaume. II voulut prendre pour épouse Iphigénie , la fille du roi défunt,

Î[ui avait pris le voile et s^élait consacrée à ésos-Chnst entre les mains du saint apôtre. Elle était déjà à la tête d*une congrégation de plus de dieux cents vierges. , et le roi espérait que Tapôtre la déciderait à accéder à ses désirjS.JI lux dit donc : Qu.lphi^énie consente à m'épouser, et prends la moitié de mon royaume. L'apôtre lui répondit : fais réunir,, selpn lusage de ton prédécesseur qui se rendait chaque jour de sabbat à l'asT semblée où je prècnais la parole de Dieu « fais réunie: toutes les. vierges qui sont avec Ipbigénie, et tu entendras les louantes que devant le peuple je donnerai au manàge, et comme je oirai qu une union saihte est agréar ble à Dieu. Hyrtacus, ayant entendu ces paroles 9 fut rempli de joie , et s'empressa de convoquer une grande assemblée , pensant que Tapôlre engagerait Iphigénie à Tépouser. »

Loin de se rendre au désir du monarque,, l'apôtre fait Téloge de la virginité quil exalte au-dessus de toutes choses. Hyrtacus, qui se voit à la fois trompé et joué par l'apôtre, se retire furieux et envoie un de ses satellites le frapper par derrière d'un coup d'épée, pendant qu'il célébrait la messe : le peuple ir-» rite veut se porter au palais pour y mettre le £eu, mais les prêtres et les diacres l'apaisent. Iphigénie donne tout ce qu'elle possède d'or et d'argent pour être distribué aux pauvres^ Hyrtarcus , ne sachant comment triompher de la résistance de cette viergç^ royale, a recours aux magiciens : par eux il tente de faire lancer sur la monastère où Iphigénie est renfermée^des brandons d'un feu inextinguible ; tout a coup le vent change de directîoiuiui ouragan terrible rejette les flammes magiques sur le palais du roi dont rien ne peut empêcher la destruction totale ; le roi lui-même, atteint d'une maladie affreuse » se perce de son épée , et le démon s'empare de son fils. Ainsi est puni par le Seigneur le meurtre de son saint apôtre.

Nous ferons sur cette légende , que nous avons choisie pour type parjni. les récits d'AbdiaSy quelques observations impor^ tantes.

Deux impressions, qui semblent d'abord contradictoires , se produisent en nous à la lecture de ce récita Premièrement , le meciveilleux nous semble exagéré; secondement, nous sommes frappés du ton de bonne foi « de simplicité et même de piété du narrar teur.

Aucun motif de religion ne nous engiigo à accepter pour vrais des miracles qui semblent iabuleux et qu'aucune autorite ne protège'; maisaussi, aucune raison ne peut nous forcer à regarder un pareil écrit conune le produit de l'imposture.

Les fausses légendes dont sont remplis les livres pseudo^canoniques des hérésiarques

ont été produites pat un intérêt de secte : ici

respire la foi la plus orthodoxe et la plus naïve piété, et il est évident que les auteurs d'un récit qui porte de tels caractères ne sauraient être des imposteurs. Or voici comment nous nous expliQuerions l'existence de la légende.

i'D'abord elle est brodée sur une tradition vraie. Que saint Matthieu ait évangélîsé l'Ethiopie,,et qu'après y avoir fondé la religion chrétienne il y soit mort assassiné pour avoir résisté aux passions brutales d'un mauvais roi; que l'assassin, .en poursuivant ^exécution de ' ses mauvais aesseins, ail trouvé le châtiment dans son crime, il n'y a rien là que de très-probable : voilà la partie, historique d^ la légende.

2° Les merveilles dont elle est pleine peuvent^ s'entendre dans un sens allégorique, comme, par exemple , l'histoire des dragons et des enchanteurs.

I L'Ethiopie, avant la prédication de l'Evangile, était livrée au cuTte.des mages adorateurs du feu, et l'on sait qu'ils représentaient sous la. figure, d'an dragon terrible l'élément objet de leur culte; la lutte de l'apôtre, avec les mageset leurs faux, dieux, dont il assoupit la fureur en enseignant au peuple à ne plus les craindre, puisqu'il les chasse à jamais du pays , est une peinture poétique des travaux de l'apostolat ; et ce qui prouverait ici notre thèse c'est que la reconnaissance de plusieurs peuples a consacré de pareils souvenirs sous de pareilles images. L Angleterre a renouvelé,.dans la ligende de saint Georges, l'histoire mythologique d'Andromède ; en plusieurs endroits de l'Allemagne, de la France et des autres pays chrétiens, on représente les apôtres qui ont évangélisé ces contrées comme les ayant délivrées de quelque reptile monstreux dont des peintures votives et des processions allé-^ goriques ont fait longtemps mémoire. Rouen a sa Gargouille, Marseille sa Tarasque, Met? son Graouilli ; saint Taurin d'Evreux, saint Marcel de Paris, ont aussi vaincu des dra-r gons. Cette image du dragon pour représenter l'idolâtrie est donc commune au symbolisme de presque, tous les légendaires., et nous ne devons pas nous étonner delà trouver.dans le récit qui porte le nom d'Abdias.

Remarquons, en troisième lieu, que le légendaire prolonge à dessein les discours de ces personnages pour y faire. entrer les éléments de la doctrine chrétienne, le svmbole, les principaux commandements, l'éloge de la vir^nité et plusieurs autres instructions : ici son but se révèle et son merveil-* leux s'explique, il se sert du moyen employé jadis par Démosthènes pour captiver l'alteation des Athéniens ; il embellit un récit afin d*y cacner pour ainsi dire les instructions qu'il veut graver dans la mémoire soit des enfants soit, des peuples encori3 barbares» auxquels il destine ses légendes ; il met dans la bouche des saints apôtres les. saints enseignements qu'on peut leur attribuer sans erreur, et leur domrxe ainsi une autorité plus grande : ses récits sont une espèce de

m APOSTOLIQUES

catéchisme ea actions. (Yoy. LiasinuES.)

On peut remarquer aussi» a Vappui de ce que Qous avançons sur Texistence d'une tradition de Sjrmbolisme sur la partie alié*-

{;orique de Thistoire des saints de l'ancienne égende, que cette tradition est restée dans les arts qui s*inspirent de la poésie : ainsi les attributs que la peinture donne aux diffé-^ rentes images des saints et des saintes sont empruntés souvent aux légendaires les plus apocryphes et n'en conservent pas moins une véritable autorité traditionnelle et po^ pu^aire. {Yoy, Symbolisme.)

Toutes ces traditions sont précieuses à recueillir et intéressantes à conserver, surtout au point de vue artistique et littéraire^ f>uisque ce sont les premières créations de 'art renouvelé par la traosformation des idées dans le monde, et les preiai ères sources

de îa littérature chrétienne.

Les Actes des apôtres ont été mis en

vers par Arator, sous-diacre de TEglise romaine, qui vivait dans le vi* siècle. Cet ouvrage, écrit sans élévation et d'une poésie au-jdessous du médiocre, n'a pas été sans jouir d^ns son temps d'upe certaine répu-r tation .

APOSTOLIQUES (Ecrivains des tçmps).

-T On désigne ordinairement sous ce nom les auteurs contemporains des apôtres , tels que saint Ignace d'Antioche, saint Polj-* carpe, saint Clément pape {Yov. Clément)} saint Hermas (Foy. Apogi^tphes}, et d'autres moins célèbres. Le style de ces écrivains se rapproche beaucoup de celui de l'Evan* gile et des saints apôtres : ils sont remarquables par une grande simplicité de diction, des formes empruntées aux saintes Ecritures, ot cette éloquence toute particulière à la littérature chrétienne qui no cherche pas ses effets par le choix , le rapprochement ou l'opposition des mots , mais qui les produit par l'énergie des convietiops et 1 enthousiasme des sentiments surnaturels. C'est là toute une poétique nouvelle, qui n'a pas échappé au génie de Chateaubriand (Yoy. Chateaubriand], et qui doit être Tobjet de l'attention spéciale et des études assidues de quiconque veut se livrer avec succès aux exercices de la littérature religieuse. On trouve dans ces auteurs un merveilleux qui ne ressemble en rien à celui des anciens : ]es anciens inventaient, ceux-ci croient et se tiennent pour mieux assurés de l'existence du monde surnaturel

3ue s'ils le vo^yaient de leurs yeux. Aussi, ans leurs écrits, toutes les choses de la vie sont-elles pour ainsi dire transparentes et laissent entrevoir l'éternité toujours présente k leur pensée ; le mande pour eux est une ombre qui passe devant la lumière éternelle, un nuage qui fuit devant la face du soleil de vérité : ils vivent déjà dans le ciel, portent la vie comme une croix ou comme une chaîne et appellent la mort comme un affranchissement et un triomphe. Pour parler un pareil langage , ce n'est pas de la science qu'il faut, ce sont des vertus et des vertus iimaturelles, M. Charles Nodier a dit un

APOSTOUQOES

jour que le génie est peut-être de la vertu ; nous ne savons si cela peut se dire, mais il est certain que les vertus, et surtout les vertus que la religion inspire, ont un langage aussi élevé et des inspirations pour le moins aussi belles (nous parlons au point de vue littéraire seulement; q ue le génie le plus élevé.

Dans les écrivains des temps apostoliques on trouve quelquefois des répétitions et des longueurs ;la pnrase n'est pas toujours assez claire, et on pourrait leur reprocher peut-être de ne pas écrire asse? purement les langues doQt ils ont fait usage. On peut répondre à cela que cette médiocrité même des mo^ eDS humains dans la forme ne fait que mieux ressortir la grandeur de l'idée,* et que leur éloquence inculte et primitive est préservée ainsi de l'alliage qu'aurait pu y mêler l'enflure des rhéteurs à cette époque de déca* dence

ARATOR , — sous-diacre de l'Eglise romaine au VI* siècle, natif de Ravenne, selon quelques auteurs, et selon d'autres, de Milan, quoiqu'il .soit prouvé qu'il était de la Ligurie et né sur la côte de Gènes ; d'abord secrétaire et intendant des finances d'Athaiaric, roi des Ostrogoths , il reçut ensuite le sous^iaconat et s'occupa de poésie sacrée ; il présenta au pape Vigile, en 5W, sa traduction en vers des Actes des apôtres, (foy. Apôtres \

ARÉOPAGITE (Dents l'). Yoy. Dbnys.

ARNAUD D'ANDILLY. — L'aîné des Arnaud, qui furent si tristement célèbres dans les querelles du jansénisme, a laissé des poésies chrétiennes assez estimées. Son poëme sur la vie de Notre-Seigneur Jésus- Christ a le tort de paraphraser TEvangile dans un style quelquefois ampoulé, comme s'il avait voulu en embellir d'ornements humains la divine simplicité. Nous ouvrons le livre au hasard et nous tombons sur le récit de la tentation de Noire-Seigneur au désert ; le démon vient de dire au Sauveur : Je <« donnerai tous les royaumes de la terre si tu veux me rendre hommage:

Et pour être adoré tu n^as qu*à m^adorei;

Va, lui répond Jésus, va séducteur infâme, Ton empire est Tenfer, ton royaume la nuit Où le feu qui dévore est le soleil qui 'luit, Où Ion sceptre te brûle et ton trône t'enflamme: Sache quMl est écrit sur des tables d'airain Qu*on rende à TËternel un culte souverain, Et qu'on offre à lui seul ses vœux et son hommage! Du tonnerre ffrondant Tépouvantable bruit Cause moins de terreur que ce divin lan^^age'; Tout le désert en tremble, et le démon s'eitfuil.

Comparez cette strophe pompeuse à la majesté si simple du texte : Retire-toi, Satan : car il est écrit : Tu adoreras le Sei^ gneur ton Dieu^ et tu le serviras lui ««^tj Le sublime de ces paroles victorieuses est dans le calme parfait de celui qui les prononce ; pourquoi donc en faire un bruit de tonnerre qui fait trembler le désert tout entier? C'était bien assez que le prince des enfers tremblât. Et combien n'y a-t-il pas plus de dignité et de divinité même dans ces pa-

ATUANASB

ATlIAiNASB

rôles : Retire-toù Saian^ que dans ce torrent d*iDJures qui, adressées môme à l'esprit du mal, sont toujours malséantes dans la nouche de Jésus-Cbrist.

Arnaud d*Andilly a donné des traductions de plusieurs bons ouvrages tant des hagiographes que des Pères et plusieurs ouvrages de piété.La plus belle édition de ses œuvres est celle de Pierre Le Petit» en huit volumes in-fol. Traducteur estîmableyooëte médiocre» et janséniste considéré, M. de Balzac {Van^ eien) a dit de lui : « C'était un homme qui, IH>ssédant toutes les vertus morales et chrétiennes, ne tirait point vanité des premières et ne rougissait point des secondes. » Nous citons ce mot non à cause de Téloge d'A. d'AndiUj, qui ne reviendrait pas à notre siiljet, mais parce que c'est une antithèse pleine de finesse et qui ne fait pas moins d'honneur à l'esprit de celui qui Ta écrite! qu'au caractère de celui qui en a fourni le' sujet.

ARNOUL DE LisiEUx. — Arnoul , évèque de Lisieux dans le xn* siècle, à son retour de la terre sainte, où il était allé avec le roi Louis le Jeune, et où il demeura deux ans, se retira chez les chanoines réguliers de Saint-Victor, et s'adonna à la poésie. Il a laissé des épttres, des discours et des épigrammes : ses épftres sont remarquables, tant à cause de leur élégance et des traits d'esprit qu'on y rencontre , que pour les particularités qu'elles renferment et qui peuvent servir de documents à l'histoire de ce temps-là. Son style est assez correct pour son époque, ses epigrammes ou poésies diverses manquent assez généralement d'intérêt et ne peuvent être lues avec plaisir que par un motif d'étude et pour l'amour de i érudition.

ART (Gband). Toy, Raymond Lulle.

ART ORATOIRE. {Yoy. Éloquence.)

ART POÉTIQUE. (Yoy. Poésie.)

ATHANASE (saint). — « Saint Athanase, dit Tabbé de la Bletterie, dont nous reproduisons avec plaisir ici le beau passage, saint Athanase était le plus erand homme de son siècle, et peut-élre qu à tout prendre, l'Eglise n'en a jamais eu de plus grand. Dieu, qui le destinait à combattre la plus ter- ' rible des hérésies , armée tout à la fois de la subtilité, de la dialectique et de la puissance des empereurs, avait mis en lui tous les dons de la nature et de la grAce qui

Couvaient le rendre propre à remplir cette aute destination : il avait l'esprit juste, vif et pénétrant ; le cœur généreux et désintéressé ; une foi vive, une charité sans bornes ; UDC humilité profonde; un christianisme mâle, simple et noble comme l'Evangile ; une éloquence naturelle, semée de traits perçants , forte de choses , allant droit au but, et d'une précision rare dans les Grecs de ce temps-là. L'austérité de sa vie rendait sa vertu respectable; sa douceur dans le commerce la faisait aimer. Le calme et la sérénité de son &mc se lisaient sur son vi-

Isa

sage. Quoiqu^il ne fût pas d'une taille avantageuse, son extérieur avait quelque chose de majestueux et de frappant. Il n'ignorait pas les sciences profanes, mais il évitait d'en faire parade ; habile dans la lettre des Ecritures, il en possédait l'esprit; jamais ni Grecs ni Romains n'aimèrent autant la patrie qu'Athanase aima l'Eglise, dont les intérêts furent toiqours inséparables des siens. Une longue expérience l'avait rompu aux affaires ecclésiastiques. U avait un coup d'œil admirable pour apercevoir des ressources, même humaines, quand tout paraissait désespéré. Menacé de l'exil lorsqu'il était dans son siège, et de la mort lorsqu'il était en exil , il lutta pendant près de cinquante ans contre une ligue d'hommes subtils en * raisonnements, profonds en intrigue, courtisans déliés, persécuteurs. Il les déconcerta , les confondit , et leur échappa toujours, sans leur donner la consolation Se lui voir faire une fausse démarche ; il les ' fit trembler, lors même qu'il fuyait devant eux, et qu'il élait enseveli tout vivant dans le tombeau de son père. Il lisait dans les cœurs et dans l'avenir. Quelques catholiques étaient persuadés que Dieu lui révélait les desseins de ses ennemis, et les ariens l'accusaient de magie ; tant il est vrai que sa prudence était une espèce de divination, rersonne ne discerna mieux que lui les moments de se produire ou de se cacher; co* x de la parole ou du silence , de l'action oia du repos. Il sut trouver une nouvelle patrie dans les lieux de son exil, et le même crédit à l'extrémité des Gaules , dans la ville de Trêves, qu'en Egypte, et dans le sein même d'Alexandrie , entretenir des correspondances , ménager des protections , lier entre eux les orthodoxes, encourager les plus timides, d'un faible ami ne se faire jamais un ehnemi, excuser les faiblesses avec une charité et une bonté d'Ame qui font sentir que, s'il condamnait les voies de rigueur en matière de religion, c'était moins par intérêt que par principes et par caractère. »

Ce magnifique portrait joint à l'avantage de nous faire bien connaître un des plus grands hommes de l'Eglise, celui d'être un modèle parfait du genre, et une étude achevée sous le rapport du style. C'est en effet une grande et imposante figure aue celle de ce saint Athanase, qui seul a balancé toutes les puissances de la terre, et gui a retenu dans l'orthodoxie le monde entier, lorsqu'il roulait vers l'abîme de i'arianisme. Un poëf e païen nous a représenté Caton plus grand

3ue ses dieux, restant fidèle au vaincu penant que l'Olympe se range à l'obéissance du vainqueur ; mais Caton fut vaincu à son tour et se déchira les entrailles. Athanase fut phis grand et surtout plus fort contre les Césars et les faux dieux : cette toutepuissance d'un seul homme appuyé sur la vérité a été une grande manueslation de l'assistance de Dieu même dans l'établissement de la vraie doctrine. Rien de plus capable d'élever le courage et d'exalter la foi

KTBANASE

ATHENAGORE

des défenseurs de la vérité que Id sourenir de ces candeurs de la vertu.

Considéré seulement comme écrivain , saint Athanase justifie parfaitement les éloges de l'abbé la Bletterie. Nulle part en effet on ne saurait trouver une parole plus douce, plus insinuante et en môme temps plus souveraine. « Copiez les écrits de saint Athanase, disait un ancien à un. saint abbé, copiez-les quand vous les trouverez, et si le papier vous manque, écrivez sur vos vête^ roents. » Son discours contre les païens, qull composa étant Agé à peine de vingt ans, pouvait faire présager tout ce au'iL serait un j[our. Cet ouvrage se compose ae deux parties et peut se ranger dans I& classe des apologies. ( Foy. Apologie. ) La première partie est consacrée à la réfutation des erreurs du paganisme, dont il démontre l'origine superstitieuse,, puis il commente magnifiquement ce gu'ont écrit les prophètes sur la vanité des idoles qui ont une bouche et ne parlent point, des yeux et ne voient point, des mains et ne peuvent rien toucher, il fait honte à la raison humaine de s^étre si longtemps avilie et courbée devant ces ridicules simulacres de la souveraine puissance. Dans la seconde partie, le saint établit l'existence du vrai Dieu, par les preuves toujours invincibles que nous retrouvons encore dans les apologistes modernes ; car saint Athanase est un de ces riches en raison et en éloquence auxquels on peut toujours emprunter sans jamais les appauvrir. Le discours contre les païens n'est lui-même que la première partie d'un Traité de la vraie religion , dont le livre de l'Incarnation est le complément et la fin. Le saint docteur y expose en termes dignes de la grandeur du sujet, toute l'économie du salut. Il y montre, se déroulant dans toute sa majesté, la série de nos saints mystères, et nous la fait envisager surtout comme une révélation des grandeurs et de la divinité du Verbe. On sent que Dieu avait choisi ce grand homme pour être le défenseur de sa parole éternelle et pour confondre ces ignorants sophistes qui cherchaient à rabaisser le Verbe divin pour dépouiller l'Homme-Dieu de ses prérogatives et anéantir ainsi le christianisme, dont leur hérésie ruinait les bases. On s'est étonné dans les temps modernes, en méditant sur les troubles de l'arianisme, de voir le monde en feu pour une diphthongue, comme si toutes les révolutions du monde ne se résumaient pas toujours par deux mots ou môme deux couleurs opposées.

DieUf /ai, roi, ne sont pas des mots bien longs ni bien compliqués, et depuis bientôt six mille ans ils agitent le monde.

La plupart des écrits de saint Athanase entrent dans un ensemble de puissante po>lémique contre les ariens. Partout il poursuit et confond le dangereux malentendu de ces sectaires envahisseurs. Les principaux sont : la circulaire aux évéques dÎB toute l'B^ise ; l'Apologie contre les ariens; un «rand nombre de lettres sur les affaires de PHglisc ; une autre Apologie adressée à

Tempereur Constance; l'Histoire de l'àriAnisme, adressée aux solitaires; le désert alors avait de l'influence sur le monde par la piété de ses solitaires, et l'hérésie tentait surtout la simplicité de ces anachorètes devant lesquels- se prosternaient si volontiefs les personnages les plus marquants dà h société officielle.

Saint Athanase a laissé encore un Traité de la sainte Trinité et du Saint-Esprit ; un récit des persécutions que lui-ménie a endurées sous Jtilien ; deux livres contre les erreurs d'Apollinaire, et un grand uombre de discours qui sont malheureusemeat perdus. Dans tous ceux de ces ouvpagea qui nous restent on retrouve la même puissance de raison, la même énergie de conviction, . la même ardeur de piété et la même facililé de style : sa manière est majestueuse et sim-

Slo> et il semble tirer sa principale autorité e- sa modération même et de sa modestie. Nul n'a su mieux que lui accommoder son langage aux temps et aux personnes, sans déroger jamais ni delà dignité dudocteuc, ni de l'autorité d'une saine littérature. Ce qui donne à ses écrits une beauté durable, c est qu'ils ne doivent rien aux ornemenis dont le eoût peut chanser. La clarté, la simplicité. Ta noblesse de l'expression, la bienveillance des intentions , sont des qualités immortelles, et saint Athanase les possède au plus haut degré. Acerbe lorsqu il ooofond les hommes de mauvaise foi , il est plein d'indulgence pour les faibles, et sa polémique est un véritable modèle du ton

aui convient à un écrivain religieux : il a 'ailleurs excellé dans tous les genres ; ses écrits historiques ne fatiguent jamais par des digressions et des lon^eurs, et tout dans ses œuvres est si bien hé, qu'on peut diflicilement s'arrêter lorsqu'on y cherche des citations. La page sur laquelle on s*arrête vous invite toujours à lire la précédente d'abord, puis la suivante, et Ton ne s arrête volontiers qu'à la fin du livre. Sans doute que maintenant, et grâce aux efforts victorieux du saint docteur, les discussions sur l'arianisme ont perdu beaucoup de l^ur intérêt ; mais les armes qu'ont employées contre cette hydre toujours renaissante alorset maintenant à jamais abattue, les grands écrivains de cette époque, n'en sont pas moins pour l'Eglise des monuments historiques et de glorieux trophées, et sur ces armes victorieuses doit être gravé comme un étemel souvenir le beau nom de saint Athanase.

ATHÉNAGORE, — un des premiers apologistes de la religion chrétienne. 11 était d'Athènes et cultivait la philosophie lors-

au'il se convertit à la foi au christianisme ; adressa son Apologie à l'empereur Marc- Aurèle, vers l'an 177. (Yoy. Apologib.I

Athénaçore a aussi écrit un Traité de la Résurrection des morts, où l'on trouve une connaissance approfondie des mystères, une logique exacte et un style élégant. Les ouvrages d'Athénagore ont été imprimés à Oxrord, en 1682, par les soins de M. Fcii>

àKoism

érêque de cette Tilie» et à Lrip»ck, en MM*

$0115 la direction d'Adam Rechemberg. Ces éditions, enrichies de notes, contiennent une traduction latine mise en regard du texte greCy comme on en trouve dans la plupart des éditions des Pères de TEglise orientale. AUGUSTIN (saint). — Saint Augustin est en même temps une des plus grandes et des plus poétiques figures de Thistoire ecclésiastique et un Père de la littérature chrétienne non moins que de la théologie. Son histoire joint à Tinterèt du roman toutes les grâces de la légende; ses écrits respirent féloiiueuce autant que la piété. Né avec les

Cissions les plus araentes, il a su les dompr sans les détruire» les transformer sans les éteindre, et il reporte au service de Dieu un cœur dont les créatures ont dégoûté mais non épuisé Ténergie. Il entre dans notre plan d étudier ce beau caractère avant d'entrer dans Tanalyse littéraire de ses œuvres.

Publius AureliM Augustinus naquit à Tagaste, ville de Numidie, en Afrique, le 13 de novembre de Tan d&%. Son père, nommé Patrice, était un homme assez vulgaire ; sa mère Monique était un grand cœur, et oui plus est une sainte. L'insouciance paternelle, d'accord avec la légèreté du premier âse, le perdit d*abord ; il était réservé à sa mère de le sauver lorsqu'il serait digne de la comprendre. Une âme ardente, un cœur trop aimant et trop facile à s'éprendre, un esprit pénétrant et curieux, joints à dos qualités physiques qui exprimaient parfaitement l'image de ses qualités morales, faisaient du jeune Au^stin un sujet également désirable pour le vice et pour la vertu, également capable de l'un et de l'autre; mais entraîné vers le premier par la pente naturelle^es fils d'Adam et par un sang africain, il désira tomber, comme il le dit lui-même, et il tomba. Les déceptions du fol amour régnèrent sur son cœur en même temps que les chimères de l'hérésie captivèrent son intelligence. Son Ame entière ainsi fut livrée à rinfidélité, et pourtant quelque chose en lui resta toujours pur : c'était un généreux désir de la vérité, qui ne devait pas le laisser en paix dans les égarements du mensonge. Les rêveries du manichéisme avaient dabord séduit son imagination en flattant sa curiosité naturelle ; mais lorsque pour adopter le dogme nouveau de ses aocteurs, il chercha une base solide où ce dogme prétendu pût s'asseoir, il ne trouva qu'un abîme (le doutes et d'inconséquences; il devint rêveur et triste : pendant ce temps sainte Monique priait pour son fils, et pleurait. C'est alors qu'une voix du eicl se fit entendre à l'âme agitée d'Augustin : Prends et lis, disait cette voix ; il écoute, il réfléchit, il Mi frappé. Cette voix ressemblait à celle d'un enfant ; le cœur du rhéteur superbe en est attendri. Un livre est sous sa main, il l'ouvre; ce sont les Epîtres de saint Paul : il en a lu quelques lignes et devient un homme nouveau. La nieuse Monique est deut fois wirc. Le voila donc chrétien, cet homme né

▲UGUSTm

pnor êlre^le premier de soii-sièGle« et il va entraîner yers le Sauveur du monde bien d'autres siècles après lui, car sa parole, unie désormais au Verbe de vérité, doit rester à jamais vivante. Il prêche la parole sainte, il • commente les Ecritures, il écrit la Cité de Dieu ; régénéré par le baptême, il a été entraîné par la pieuse violence de l'évêque Valérius sur les hauteurs du sacerdoce : la lumière brille sur le chandelieir, et l'humble chrétien qui éclaire le monde pleure encore son indignité et ne fait que grandir en s'abaissant. Devenu évêque d'Hippone, il se sacrifie tout entier à son peuple ; une prélature pour lui c'est un calvaire, et il s'attache volontairement à cette croix du haut de laquelle son agonie instruira le monde.

Voici le saint et le grand homme ; d'autres apprécieront le théologien et le docteur ; il nous reste à étudier l'écrivain.

Les œuvres de saint Aueustin sont un monument complet de la littérature de son siècle. On y trouve les derniers reflets du soleil d'Auguste mêlés aux ombres du couchant , et les jeunes splendeurs du christianisme à son matin ; la joie des espérances éternelles se fait jour dans son styfe à travers la mélancolie du passé ; et les élans du divin amour font déborder l'éloquence du cœur et la vie de l'âme à travers les phrases arrangées de l'ancien rhéteur. Les antithèses qu'il prodigue sont parfoisid'un effet sublime, parce que les mystères du christianisme leur donnent un sens profond et une admirable justesse. C'est le poète de la raison et le philosophe de la foi : ses arguments en faveur de la vérité révélée sont pleins de cette chaleur que donne la prière, et ses élans vers Dieu jettent des éclairs d'intelligence à éblouir et h soumettre la plus opiniâtre raison. «C'est un homme, dit Fénelon, dans ses Dialogues sur l'éloquence, qui raisonne avec une force singulière, qui est plein d'idées nobles ; qui connaît à fond le cœur de rhomme ; qui est poli et attentif à garder dans tous ses discours la plus exacte bienséance ; qui s'exprime enfin presque toujours d'une manière tendre, affectueuse, insinuante... Je n'ai jamais trouvé qu'en lui seul une chose que je vais vous dire ; c'est qu'il est touchaut lors même qu'il fait des pointes... Il corrige les jeux d'esprit autant qu'il est possible, par la naïveté de ses mouvements et de ses affections : tous ses ouvrages portent le caractère de l'amour de Dieu ; non-seulement il le sentait, mais il savait merveilleusement exprimer les sentiments qu'il en avait : voilà la tendresse qui fait partie de l'élocjuence. »

Il serait difliicile de compter les éditions particulières des œuvres de ce grand docteur. La Cité de Dieu parut presque aussitôt après l'invention de Timprimerie. Cette première édition est delU6, et ne porte aucun nom, soit de ville, soit d'imprimeur, pouvant servir à indiquer comment et par quels soins elle fut faite. Au commencement du xvr siècle parut la grande édition générale d'Amerbauh , que celle d*£rasme surpassa

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