‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 23 sur 194 · BARUCH · texte numérisé non relu

BARUCH

li semblait quo le monde, las des choses sérieuses, se laissait aller de propos délibéré à une sorte d^ivresse, et au milieu des fureurs qu*enfiintaient les guerres de religion, s*abaudonnailè toute Ta licence du rire. C/élait le carnaval de la raison, et les débauches de Tesprit ne respectaient même pas le sanctuaire. Les princes, qui se disaient alors les protecteurs de TEglise, scandalisaient sou- Tent le monde lui-même par la licence de leurs cours ; on sait quelles étaient les mœurs de la cour de François I" : on sait que ce

{>riDce fit exécuter, pour une dame de ce emps-là» un livre d*neures dont toutes les pages étaient ornées de grotesques et de iQiniatures licencieuses; quelques prédicateurs du temps purent supposer qu'ils auraient peu d'auditeurs, à cette époque de folie, s'ils annonçaient la parole de Dieu de la manière digne et sévère qui lui convient :

2uelques-uns, et le P. Barlette parait avoir té du nombre, pensèrent qu'on pouvait sacrifier la forme au fond, et pécher contre le goût pour mieux accomplir les devoirs du zèle. C'est ainsi que le P* Barlette a pu dire que le Saint-Esprit, ven^int après Notre-Seigoeor, avait choisi la forme au vent et celle du feu, pour échapper ainsi à la méchanceté des hommes qui avaient crucifié le Fils de Dieu fait homme. Les traits de ce genre sont assez fréquents dans les sermons qui ont été publiés sous le nom de ce Père, Venise, 1571, z voL in-8% Léandre Âlberti prétend que ces sermons sont apocryphes et ont été attribués à Barlette par un ignorant que luimême a connu. Mais le P. Altamura, dans sa Bibliothèque des Jacobins^ admet l'authenlicîté des sermons du P. Barlette, et en relève seulement Quelques passages qui ont été signalés oar Henri Estienne.

BARUCH. — La prophétie de Baruch sombre être un écho sympathique et fraternel des lamentations deJéremie. Elle se compose d'une admirable prière des Juifs dans leur captivité, et d'une belle et touchante prosopopée de Jérusalem elle-même, pleurant comme Kachel, et ne voulant pas être consolée parce que ses enfants ne sont plus; puis la parole de Dieu fait descendre l'espérance comme un baume sur tant de blessures ; un avenir consolateur est promis à Jérusalem, une voix lui dit de se lever et de se dépouiller de ses habits de deuil, parce qu'elfe est appelée h une nouvelle alliance avec son Dieu.

Le style de Baruch est plein de charmes ; sa tristesse a de la grandeur, et le sentiment, dans les pensées q:nl exprime, l'emporte sur la douleur, en sorte qu'on se sent, en le lisant, plus aitendri qu affligé. Les sentiments de ferveur résignée qu'il prête aux captifs de Babylone peuvent servir de modèle , par la beauté de leur expression, aux plus ardentes prières de la pénitence chrétienne, et la prosopopée de Jérusalem est de la plus haute

1K>ésie. On raconte que Lafontaine , le fabuiste, dans cette première époque de sa vie où il se montrait assez négligent de ses de- Toirs de chrétien , entra un jour dans une

église avec quelqu'un de ses amis,etqu'ayant ouvert une Bible qui lui fut présentée^ il tomba sur la prière aes Juifs dans Baruch^ il la lut d'abord avec distraction, puis la relut avec étonnement, et lut aussi tous les autres chapitres du même prophète. Au sortir de l'église, une seule iaée le préoccupait : la beauté du génie de Baruch ; et il allait disant h [pus ceux qu'il rencontrait : « Avez-vous lu Baruch T c est un bien beau génie. »

On a ri de la distraction de l^uontaine et de sa singulière exclamation, parce qu'il attribuait au génie de Baruch cette élévation de pensée , cet infini dans les aspirations , et cette tendresse ineffable que l'amour de Dieu seul peut donner aux soupirs de l'homme. Sans doute qu'il faut rapporter au Saint- Esprit seul l'inspiration de ces pages inimitables, mais il nous est permis de penser cependant que Baruch était en effet un beau génie. Sa naissance distinguée et l'éducation qu'il avait sans doute reçue en faisaient un nomme éminent .parmi les Juifs ; mais ce qui l'honore davantage, c'est qu'il s'attacha au prophète Jérémie en qualité de scribe ou de secrétaire, et partagea volontairement les persécutions et 1 exil qui marquèrent toute la vie de ce grand servjleur de Dieu.

Après la mort de Jérémie, selon l'opinion de quelques commentateurs, Baruch alla rejoindre les captifs Israélites à Babylone, et c'est là que fut composée cette prophétie. Baruch , comme il le raconte lui-même, ci tôtc de son premier chapitre, lut ce livre à Jéchonias, fils de Joachim , roi do Juda, en

Crésence de tout le peuple qui s'était assenilé pour Tentendre, depuis fe plus grand jusqu'au plus petit, près des fleuves de Babylone. Et en l écoutant ils priaient, jeûnaient et pleuraient en présence du Seigneur. Puis une collecte fut iaite, et l'argent fut envoyé à Jérusalem, avec une copie du livre et quelques-uns des vases sacrés qui avaient été enlevés du temple par Nabuchodonosor. II fut mandé aux prêtres qui étaient restés h. Jérusalem qu'ils eussent à offrir un sacrifice pour leurs frères captifs. Le premier chapitre tout entier semble être la lettre d'envoi, dont la rédaction fut confiée à Baruch, et qui sert comme d'introduction ou de préface au reste de la prophétie.

La prière des Juifs remplit les deux chapitres suivants, et, s'il nous fallait en faire ressortir toutes les beautés, il nous sufllrait pour cela de la copier toute entière ; mais il ne nous serait pas permis d'en omettre un seul mot ; il v règne partout celte mélancolie du fond de 1 âme qui rend les exilés malades du souvenir de leur patrie; le retour vers Dieu, qu'on y trouve exprimé avec tant d'onction et de douceur, est plein de tendresse et de larmes : ce sont déjà les regrets de l'enfant prodigue songeant aux délices do la maison de son père; ce sont presque les saintes douleurs d'une âme chrétienne; le sentiment del'immortalité de l'âme s'y trouve exprimé très-clairement, en dépit de ceux

3U1, de nos jours encore, prétendent que ce pgme universel fut inconnu des anciens

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