BASILE
Hébreux y et qu'il ne s*en trouve aucune trace dans les livres de rAncién Testament.
Dieu d'Israël^ s'écrie le prophète , au cha- ])itre III, vers. 4, entends la prière des morts d'Israël et de leurs fils qui ont péché devant toi! Ainsi. rame de ceux qui ont péri s'unit à la prière des vivants dans la pensée du prophète» et l'on pressent déjà ici cette admirable communion des vivants et des morts qui étend jusqu'au delà du monde visible les bornes de FËglise universelle.
La prosopopée de Jérusalem sous les traits d'une mère aluigée qui repousse les consolations des enfants qui lui restent» parce qu'elle ne peut plus rien faire pour eux , ni les arracher de la main de l'étranger » ni les abriter dans son sein, cette fiçure, disonsnous, est tout à la fois grandiose et attendrissante. Allez^ mes fil», allez, dit-elle, éloigneZ'Vous de moi ; car je suis vouée à /'a6anaon et à la solitude. Puis elle exhorte ses enfants à espérer dans le Seigneur ; elle se résigne, et la consolation suprême ne tarde pas à arriver : Jérusodem, dépouille-toi de ta robe de deuil et d'affliction ;revétS'toi debeauté et d'honneur, car ton Dieu veut te parer d^une gloire étemelle : Dieu veut faire éclater en toi sa splendeur devant tout ce qui est sous le ciel.
Le Drophète console ainsi de la part de Dieu la cité sainte; il lui montre ses fils réunis de l'Orient et de l'Occident ; ils sont partis à pied comme des esclaves, ils reviennent dans des chars» honorés comme des fils de rois.
C'est à ces promesses de la miséricorde de Dieu et de la gloire d'Israël que ne termine la prophétie de Baruch, avec le chapitre v. Le chapitre suivant contient une lettre de Jérémie contre les idoles, où le saint pro-
f)hète tâche de détourner ses concitoyens de 'adoration des simulacres matériels , et s'efforce de les préserver de la contagion des fôtcs de Babylone. On pourrait s'étonner maintenant de la stupidité d'un peuple auquel il est nécessaire de tenir un pareil langage, si les hommes de nos jours n adoraient encore l'or et l'argent sous d'autres formes, et si les pièges de Babylone ne se trouvaient encore dans nos grandes villes. Ou ne rencontre encore que trop d'hommes auxquels on peut dire de nos jours : Vos dieux ne sauraient vous délivrer de la mort ; ils ne déli^ vrent pas le faible de la main du puissant. Ils ne rendront pas la vue à Vaveugte, ils ne sfiuveront personne de la misère. Ils n'ont pas pitié de la veuve, ils ne protègent pas l'orphelin. Ce sont des dieux semblables aux rochers de la montagne; ils sont de bois, de pierre, d'or et d'-argent : ceux qui les adorent^ seront confondus. Comment donc pourriezvous penser et dire que ce sont des dieux !
Jérémie répète plusieurs fois la môme pensée sous diverses formes, et avec les expressious les plus énergiques qu'il peut trouver, pour peindre l'impuissance des i'ioles, tant il sent que les hommes ont de penchant naturel pour la superstition et le culte de la matière.
Baruch ctait digne de servir d interprète
à Jérémie , et tous deux sont animés d'une inspiration vraiment fraternelle. Il serait difficile de décider, au point de vue seulement du mérite littéraire, lequel est le disciple ; car les quelques pages de Baruch sont de main de maître, et révèlent même un grand mattre. Peut-être la manière de Baruch est-elle plus oratoire. Jérémie est, pour les Lamentations, un poëte qu'on ne peut comparer qu'à Job.
BASILE (saint). — Le nom de saint Basilele-Grand, évêque de Césarée, sous l'empereur Valens , est un des plus beaux noms que puissent invoquer la philosophie et la littérature chrétiennes.
Pendant que les successeurs de Constantin se disputaient un empire déjà menacé par les barbares, Técole d'Athènes, qui brillait alors de son dernier éclat, comptait piirmi ses élèves deux jeunes hommes dont elle était fière. Le premier avait déjà toute la gravité des anciens , le second semblait devoir hériter de la lyre des poêles antiques, et la différence même de leurs caractères était un lien de plus pour les unir. Jamais amitié plus étroite et plus belle n'avait rapproché l'une de l'autre la poésie et la safesse. Ces deux jeunes gens se complétaient un par l'autre ; Grégoire pensait comme Basile ; Basile, de son côté , semblait avoir conGé son cœur à celui de Grégoire. Toujours on les vovait ensemble, aux études comme à la prière. L'école les couronnait ensemble, et Dieu les bénissait toujours réunis; car ils ne savaient que deux chemins dans cette capitale encore brillante de la civilisation antique : celui de Tégli^^'e et celui de l'école; pour les chemins qui conduisaient aux promenades, aux fêtes et aux spectacles, ils les ignoraient absolument. Ces deux Âmes pures trouvaient dans leur intimité ua principe to^ijours plus puissant d'émulation à la science et à la vertu. Les parents de Basile le destinaient au barreau; mais déjà l'Ame du jeune philosophe s'était élevée au-dessus de cette atmosphère mondaine où brillent les feux follets de la gloire. Son cœur était devenu trop grand pour battre à l'aise dans la foule : il lui fallait Dieu et le désert. Toujours sérieux, et préoccupé de pensées profondes, on ne le désignait quo sous le nom du jeune vieillard. Déjà tout ce que l'école d'Athènes pouvait lui fournir de science était dévoré; sa soif de belles choses avait épuisé les sources de l'antique éloquence et de la poésie des enfants d'Homère, et ces ahments vides de substance, qui ne nourrissent les âmes que comme dans un rêve, ne lui avaient donné qu'une plus grande soif et une faim plus insaiiablo de la vérité éternelle. Un instant il déplora ces études qui lui semblaient vaines : « Une seule chose est nécessaire, s'écriail-il, et je me suis laissé distraire du soin de mon salut par mille occupations profanes ! » Plus tard, cependant, il reconnut l'utilité des bonnes études, lorsqu'on en consacre les fruits au service <!c liieu, et conseilla à la jeunrs.so chrétienne l'étude des belles-lettres et un comuieiiîC
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prudent el judicieux avec Tantiquilé. Il est certain que sans littérature, saint Basile eût pu être un saint et un grand évoque , mais il n'eût f>as donné k ses vertus cet éclat de science et ce poli d'urbanité qui les rendait vénérables même aux adversaires du christianisme. Nous vovons par la correspondance de saint Basiley que le sophiste Liba- Dius, un des plus illustres défenseurs de l'idolâtrie à cette époque , entretenait avec les Pères de TEglise un commerce de lettres bienveillantes et d^affectueuse politesse. Us s'envoyaient réciproquement leurs ouvrages, espérant peut-être naturellement se conquérir , et s'ils n'eurent ni l'un ni l'autre la satisfaction de se trouver réunis dans les mômes ))ensées religieuses, ils no cessèrent du moins jamais de se rencontrer dans la fraternité du Bon goût et du talent.
L'éloge des vertus de saint Basile et la glorieuse histoire de son épiscopat n'appartiennent pas à notre sujet ; mais il est une l)age de sa vie dont la littérature chrétienne s'ornera toujours ; car les plus belles scènes de Corneille, dans sa tragédie de Polyeucte^ né^lent pas la simplicité et la grandeur de, sdiui Basile dans son entretien avec le préfet que Valeos avait envoyé pour l'intimider eu le séduire. C'est là un de ces dialogues héroïques dont les exemples n'ont été donnés à l'éloquence universelle que dans les actes des martyrs. Quelle philosophie, quelle poésie même ne doivent pas s'incliner devant une telle grandeur I Et l'on a osé dire que la religion rapetissait les Ames I Ecoulons comaient parle un homme vraiment libre.
Le préfet Modeste, favori de Valons, a été envoyé exprès pour vaincre l'évôquo de Césarée, et l'entraîner à des complaisances pour l'hérésie de l'empereur.
Basile est en présence du préfet. C'est un homme de grande taille, d'un visage calme, sévère avec bienveillance. 11 est du reste eiténué déjeunes et amaigri par les veilles ei les travaux de son ministère. Modeste est UQ de ces hommes qu'on appelle de nos jours des hommes positifs , ne se demandant jamais si la vie a un autre but que les tourments qu'ils se donnent pour fixer la fortune qui passe, et la faveur qui change toujours. 11 suppose à tout le monde, comme c'est l'usage de i)areils hommes, les passions dont il est animé lui-même , et cherche d'abord,
Cour s'en emparer, à découvrir un peu d'amition etd'orgueildansrAme dusaint évéque.
Quel dommage, lui dit-il, qu'un homme de votre science et de votre mérite soit coniiné au fond de ce diocèse 1 L'empereur n'ignore pas ce que vous valez , et souvent il J)arle de vous avec estime et avec regret. Pourquoi fiaut-il que vous refusiez à ses volontés un peu de complaisance , quand cela vous serait si facile? Les plus honnêtes gei:s ont cédé, lesévêques les plus recommandâmes se sont soumis ; pourquoi seriez-vous seul à résister î — Parce qu il faut , répond saint Basile , que j'obéisse d'abord à mon empereur qui est au ciel. — Quesommcs-
DASIUB
nous donc à vos yeiTx? reprend Modcsto avec vivacité. — Rien, quand vous commandez l'injustice. ~- Comptez-vous également pour rien les dignités et les faveurs qui vous attendent? — Je songe à l'enfer qui m'attend si je trahis mon devoir pour complaire à votre empereur. Que parlez-vous de diçaités T je n'en ai qu'une, elle m'accable, et je n aspire qu'à m'en démettre. Que m'importe le nombre des prévaricateurs? Vous avez cru ,' parce que vous êtes le puissant ministre d'un souverain, que vous triompheriez Cacilement d'un homme qui ne peut vous opposer que son devoir; mais sachez que mon devoir est plus fort que vous. J'ai mon Ame à sauver, et je suis évéque. Qu'ai-je à démê^ 1er avec votre politique? J'en ignore les détours et ne désire pas les connaitre. Prêcher et pratiquer TEvangile, voilà toute mon ambition. — L'empereur a trop de bonté pour vous, reprend Modeste avec hauteur : mais puisque vous la rendez inutile, cette boité , craignez sa colère. — Et que puis-je craindre de sa colère ? demanda Basile avec calme. — L'exil, la confiscation, la prison, la torture, la mort. — Cherchez autre chose , si vous voulez me faire peur. Le ciel est mon unique patrie, et pour moi l'exil est partout sur la terre; la confiscation ne saurait m'atteindre: je n'ai rien ; la prison serait pour moi un asile glorieux, où je braverais la tyrannie et les flatteurs ; la torture n'a pas prise sur moi : le premier coup me donnerait la mort, et la mort, ce serait la liberté et la victoire. — Je n'ai jamais rencontré personne qui m'ait )arlé ainsi, dit Modeste.— Vous n'avez donc ,amais rencontré d' évéque 7 reprend paisiilemeut Basile . Excusez-nous , ministre de l'empereur; en toutes choses vous trouverez en nous les plus humbles et les plus soumis des hommes, hormis en ce qui touche aux intérêts de Dieu et de la vérité ; car en cela nous ne connaissons pour maître que Dieu seul. Le feu, les lions , les ongles do fer sont nos délices. Tourmentez tant que vous voudrez, je vous préviens d'avance que vous ne triompherez pas.
Modeste repartit consterné, et dit à Valons r Nous sommes vaincus par ce chétif évéque : ni les promesses ni les menaces ne peuvent l'ébranler. L'empereur, tout entêté qu'il était dans son arianisme, avait le sentiment des grandes choses, et il ne voulut pas qu'on persécutât saint Basile; il se rendit luimême à Césarée et vint à l'église le jour de l'Epiphanie. Le saint évéque était à l'autel ; les prêtres et les ministres l'entouraient dans un bel ordre ; la majesté de Dieu même semblait remplir le sanctuaire. Un peuple immense était prosterné, et, lorsque l'emnc-
Eereur entra, personne ne fit attention à lui. .e César se sentit seul et sans puissance devant cette assemblée qui semblait appartenir déjà à une autre monde ; la pensée de la mort et du juge suprême le saisit sa.ns doute, car on le vit pâlir et frissonner; il fut obli^i; * de s'appuyer au balustre dasanctuaire, puis de s'asseoir, tant il était subjugué par l'as^ ccudout de la religion et de la vertu. Plus