‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 25 sur 194 · BASILE · texte numérisé non relu

BASILE

tard son orgueil blessé se redressa, il voulut atoir du moins le triste courage de la persécution ; mais trois plumes se rompirent dans sa main lorqu^il allait signer contre saint Basile un arrôt d*exil, et il s*arrêta épouvanté.

Saint Basile est lo premier qui ait soumis ja vie monastique en Orient à des observances régulières. Entièrement détaclié des biens du monde» plein de Tesprit des temps apostoliques, son idéal était ta vie de communauté, et il savait la rendre si belle et si pure, qu'il en inspira l'amour à un grand nombre de disciples; il se trouvait beureux surtout d'avoir près de lui saint Grégoire, l'ami de ses premières années et de toute sa vie. La correspondance de ces dcut Pères est d'un grand cnarrae, on v retrouve les deux brillants élèves de Técole d'Athènes, vieillissant dans la piété la plus ardente ot simples toujours comme deux enfants.

Basile bit à Greeoire la plus poétique description de sa solitude : ce sont les îles Fortunées, ce sont les Echinades; et il prépare à son ami des banquets dignes d'Alcinous.

Grégoire se laisse tenter non par les festins d'Alcinous , sur lesquels il sait un peu à quoi s'ea tenir, et va passer quelque temps au désert; puis, lorsqu'il est de nouveau éloigné de son ami, il lui rappelle avec gaieté les souvenirs deleurbonne chère. « 11 m'en souviendra, de vos tristes légumes, et de ces pains si mal cuits et si dors que les dents, parvenues à v entrer par une lutte désespérée, avaient a recommencer les mêmes efforts pour en sortir ! Et ce chariot qu'à nos heures de récréation il nous fallait traîner ensemble, croyez-vous que je l'aie oublié? Mes épaules et mes mains sont bien ff^rrécs de s'en souvenir ; elles en portent encore les tristes marques. Oui, je l'ai voiture par monts et par vaux, ce chariot d'heu^ reuse mémoire 1 Nous y étions attelés de compagnie, Basile et moi, mais d'une si ingénieuse manière que Basile était le rieur et moi le pauvre patient. O terre I ô mers 1 avais^e envie de m'écrier sur le ton de la tragédie antique. Il ne s'agissait point toutefois du remaniement de Calpée et d'Abyla ; tant de travaux si nobles avaient uniquement pour but de combler une fondrière. »

Hais Grégoire craint bientôt de fatiguer par ses innocentes plaisanteries la gravité de son ami ; il prend un ton plus sérieux et donne un libre cours à ses remets. « O

Erières que nous adressions à Dieu enseralel A pieuses veillées accompagnées du chant des psaumes ! 6 vie des anges sur la terre,qu'ètes-vous devenues, maintenant que les deux amis sont séparés ? Bonheur d une céleste union entre deux grandes flmes, qui peindra dignement tes délices?» La lettre de saint Grégoire a commencé par un sourire, elle se termine par des larmes, mais les larmes du poêle de Nazianze ont encore auelque chose de la sérénité du sourire, et dans la ten«lresse si enfantine de son sourire , il semble qu'on devinait déjà djs pleurSi

Les lettres de saint Basile sont plus constamment graves, mais non moins affectueases que celles de son ami. Avant 1830, M. Genin, alors professeur de rhétorique au petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Char- Qonnet, publia une traduction de la correspondance de ces deux immortels amis, et en fit un petit recueil plein d'élégance, qu'il mettait avec raison entre les mains de ses élèves, comme un modèle d'atticismc chrétien et de piété aimable, s'exprimant suivant toutes les règles de la grammaire et du bon goût.

Les homélies du saint évèque de Césarée sont pleines de force et de raison. L'esprit évangélique s'y montre dans toute son énergie, et il n y ménage nas plusTégoïsme et la mollesse des riches de son temps, qu'il n'avait épargné la susceptibilité des complaisants de l'empereur. Comment osez-vous, leur dit-il, revêtir vos murailles de tapisseries speudides, tandis que les membres de Jésus-Christ sont nus ? vous laissez les moissons se pourrir dans vos greniers, et les pauvres meurentdef^dm è votre porte. Vousdiles que votre superflu est à vous, et vous ressemblez sur la terre à des gens qui seraient entrés les premiers au cirque, et qui s'eraparant à eux seuls de toutes les places, voudraient empêcher les autres d'entrer.

Vers la fin de sa vie, le saint docteur écrivit sontraité surTinstructiondes jeunesgens^ei )à il donne les règles les plus sages nour prévenir les dangers qui peuvent résulter de l'étude des auteurs profanes. Il en recommande toutefois la lecture, parce que les chefs-d'œuvre de l'esprit humain ouvrent Fintelligence de la jeunesse, la préparent à une élude plus sérieuse, en la prédisposant aux grandes pensées. « Arrêtez-vous, dit-il, à ce qui est bien, aux préceptes de saine morak*, aux éloges de la vertu ; mais passez rapidement sur les fab'es, sur les passions des dieux et sur les faiblesses des héros ; craignez ces |»cintures licencieuses qui empoisonneraient vos âmes aorès avoir amolli vos cœurs !» Au précepte il joint l'exemple, et offre lui-même h ses disciples un choix d'exemples et de préceptes qu'il extrait des anciens, et dont il ennchit les études chrétiennes, comme s'il sanctifiait, en épurant l'or et l'argent de leurs temples, la dépouille opime des faux dieux. L'autorité de saint Basile est grande dans TEdise, mais elle doit être souveraine dans la lillérature chrétienne, dont il est aussi un di'S pères. On peut le regarder comme le patron des bonnes études, en même temps que le fondateur de la discipline qui a fait la gloire des communautés savantes. Par l'austérité de sa vie, par l'autorité de sa science, par la gravité de sa parole, saint Basile doit en imposer non-seulement aux dociles enfants de la foi, mais encore aux adeptes les plus dédaigneux do la philosophie humaine* et le dernier grand nom de Técole d'Athùnes ne saurait être indifférent à ceux même qui ne partagent pas les convictions religieuses de révêque de Césarée.

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