‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 26 sur 194 · BERNARD · texte numérisé non relu

BERNARD

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BERNARD (saint). — Les ouvrages de saiot Bernard appartiennent à rascétismo et à la controverse plutôt qu'à la littérature : nous ne saurions pourtant passer ici sous si^ Jence cet avant-dernier des Pères de TEglise, si l'on compte Bosquet pour le dernier. Dans un siècle où la littérature sérieuse disparaissait absorbée par la scolastique, le se* Tère abbé de Clairvaux sut conserver le stylo des anciens Pères, comme ij avait fait revivre l'esprit des premiers anachorètes. 11 fut un de ces hommes qui résument leur siècle et le dominent en le surpassant ; aussi son int]uencefut-elleimmensedansr£glise, comme le prouve son histoire. Pour régner par la vertu sur un siècle grossier, mais croyant» il fallait une bien haute vertu et une foi bien souveraine; or, telles furent surtout les qualités qui éclatèrent dans la vie et qui respi-> rent encore dans les œuvres de saint Ber^ nard. Fortement nourri des saintes Ecritures, il en a fait passer la substance dans celle môme de ses écrits, et sait unir souvent 1a science de saint Augustin à Tonction et k Fautorité de saint Ambroise ; il sait échapperauxdangersdumauvaisgoûtnsrune sobnété de formes et une rigueur de logique qui rejettent tous les ornements inutiles. Saint Bernard avait, pour ainsi dire, dépouillé toutes les faiblesses humaines, et semblait parler plutôt comme un esprit que comme un homme. On sait c|[ue, dans les premiers temps de sa retraite, il compatissait difQcilement aur imperfections de ses fières : plus tard il devint assez grand pour mieux com^ prendre la miséricorde; mais ce qui domine dans ses écrits, c'est toujours la sévérité, excepté f>ourtant lorsque épanche son cœur devant Dieu : car alors Taustère anachorète se transfigure, et semble avoir pris les ailes et les inspirations enflammées d*ua séra« phin. On lui attribue assez généralement le Memorare^ cette prière si pieuse adressée à la Mère de Dieu, et si cé'èbre dans toute FËglise par les miracles qu'elle opère pour la conversion des pécheurs ; un saint prêtre, qui portait aussi le nojn de Bernard, avait , comme on sait, dans cette prière une confiance illimitée.

Les livres de la Considération adressés au pa|ie Eugène sont d'une grande beauté. Ce sont des conseils où respire la sainte liberté des enfants de Dieu, il craint pour les chefs de TEglise cet atfaiblissement de la foi qui suit les vertiges du pouvoir; il ne ménage pas le peuple romain : Tout le monde, dit-il, connaît son insolence et son faste. C*est une nation accoutumée au tumulte, cruelle, in* traitable, qui ne sait se soumettre que quand elle nepeut résister, llssont adroits à faire le mal et ne savent faire aucun bien. Ils sont odieux au ciel et à la terre, impies envers Dieu, séditieux entre eux, jaloux à l'égard de leurs voisins, cruels envers les étrangers ; ils n'aiment personne, et personne aussi ne les peut souUrir ; ils font de magnifiques promesses et n'en tiennent aucune ; ils sont Batteurs, traitres, avares et dissimulés. Ce passage peut donner une idée du peu de

ménagement dont saint Bernard éCait capable envers le vice. En effet, il avait as**ez de vertu pour oser tout dire et personne n^osait ouvertement s'en offenser.

Mais le tondu saintdoeteurestbiendifférenf lorsqu'il parle de la charité et de ses délices. O homme I s'écrie-t-il dans son explication du Cantique dés cantiques, qu'as-tu jamais^ trouvé de ravissements dans les affections humaines qui égale ce que l'Ecriture te révèle de l'amour de ton Dieu? car tu n'en peux douter, c'est l'esprit de ton Dieu qui parle et ^ui te découvre les mystères d^ son cœur : Tesprit de vérité, l'esprit de Dieu même qui ne peut ignorer ce qui est en Dieu ni annoncer autre chose que ce qu'il voit en lui. Je ne puis, mes frères, retenir mes trans* ports, quand je vois h majesté souveraino s'abaisser jusqu'à notre faiblesse avec une familiarité si pleine de charmes, s*unir par des liens sacres à une flme condamnée aux misères et à la tristesse de l'exil, et lui témoigner tout l'amour du plus tendre des époux. Quelles ne seront pas dans le ciel les délices de cette Ame qui dans cette vie tellement comblée des faveurs de son Dieu, portée entre ses bras, cachée dans son sein» gardée avec un'3 vigilance qui ne permet à

[personne d'interrompre un sommeil dont 'Ame bien-aimée doit marquer la fin en se réveillant elle-mômo.

Ces sermons de saint Bernard sont pleins de ces ardentes aspirations et il console par sa tendre piété les Ames qu'il avait intimidées peut-être par l'austérité de sa morale : 0*1 peut le regarder comme un des Pères de la théologie mystique. 11 excelle dans l'art de citer à propos et d'employer avec bonh'»iJr les passages de la sainte Ecriture et des Pè-> res ; il peut fournir aux prédicateurs de la sainte parole, des modèles d'un style éner-*

Sique et chAtié, et Ton ne peut que profiter ans l'étude des écrits de en grand homme. Quant à son caractère et à son inHuenco sur son siècle, c'est un des plus beaux su^* jets d'études historiques que nous fournisse le moyen Âge. Ses disputes contre Abailard, terminées parla condamnation de ce dernier, doivent faire époc[ue dans la philosophie comme dans l'histoire. Saint Bernard, l'homme* le plus libre de sonsiècle, puisqu'il osait tout dire aux papes mômes et aux rois, y représente cette autorité raisonnable, comme parle^ saint Paul, qui doit toujours abattre les protestations individuelles ou collectives de laraison sans autorité, ou de lautorité sans^ raison. Si onluiariprochéd'avoirété un peu acerbe dans la polémique, c'est qu'on n'a* point songé au danger que faisait courir h la vraie foi, et par suite à la société tout en* tière, la popularité d'Abailard. Le combat de Jacob avec l'ange, la lutte de l'esprit humain contre l'esprit de Dieu, allait se renouveler dans le monde, et saint Bernard, par une sorte d'intuition prophétique, en pressentait toutes les étreintes ; déjà dans Abailard il avait deviné Luther.

Nous avons lu dans une vieille chronique celte légende singulière sur saint Bernard*

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