BERRUYER
BEAU
Un jourqa'il rovageaît dans un chariot pour les intérêts de rEjlise , le défDo*i, voulant lui opposer du moins un obstacle matériel, se mit sur son passage, et brisi une des roues de sa Toiture; mais le malin en fut pour $à peine et sà honte ; car le saint abbé lui ordonna de se rouler lui-méiue autour de Tessieu, et de servir de roue à la place de celle qu*il avait brisée : allégorie ingénieuse pour exprimer avec quelle habileté Tabbé de Clairvaux faisait tourner au profit de la vérité et au triomphe de la bonne cause les obstacles mêmes que lui opposait la mauvaise volonté de ses ennemis.
BERRUYER. — Le P. Berruyer , disciple du fameux P. Hardouin, dont tout le monde connaît Tépitaphe :
Ci-ftt le père Hardoaln, dlieoreose mémoire, Ea aUeodant le jogemeni ;
Isaac-Joseph Berruyer, professeur de belles* hfttres et iésuite, est devenu célèbre par la singularité de ses idées et de son style. Il a fait pour Thistoire de l'Ancien et du Nouveau Testament ce qu'Alexandre Dumas fait de nos jours pour l'histoire de France : il Ta mise en roman, et Ta traitée en style galant, selon le coût des gens de cour de son époque, ce qui en fait un ouvrage non-setilement assez ridicule, mais encore pénible k lire pour les personnes pieuses et graves. Les patriarches s'y font mutuelcment des
Eulitesses françaises ; Eliézcr y aborde Kéecca avec des phrases galantes et des compliments tout à fait dignes d'un intendant de bonne maison ; madame Putiph ir y soupire avec des airs précieux comme une petite-maîtresse; les généraux de David ont Tair de porter perruque, et font antichambre de la meilleure grâce du mmde; enfin c*est la Bible travestie dans la manière de la Clé" lie et du Cyrus. Le style du P. Berruyer est toutefois mcomparablement plus élésant, l>lus coulant et meilleur que celui des la Calprenède et des Scudéry, surtout dans la première partie de son travail, qui comprend J histoire de l'Ancien Testament.
. Le P. Tournemine, jésuite, a fait une critique sévère, mais juste, de VUistoire du peuple de Dieu pr Berruyer. 11 lui reproche une chronologie plus que hasardée, une manière cavalière et profane tout à fait inconvenante dans un pareil sujet et de la part d'un religieux. 11 montre le danger de certaines peintures sur lesquelles le Père eût mieux fait de passer légèrement que de vouloir les retoucher et les enjoliver à sa manière ; puis un grand nombre d'expressions trop légères et mal sonnantes, comme, par exemple, celles-ci : Après une éternité tout entière^ Dieu créa le monde^ manière de parler inexacte et absurde, puisqu'aranf et après ne sont pas des mots qui puissent s'accorder avec ri Jée d'éternité ; puis encore : A l'air aisé dont Dieu faisait des miracles^ on voyait bien qu'ils coulaient de source : iilirasc qui ressemble h une moquerie sacriléc^e. Le mal allait toujours croissant^ à la honte du Seigneur Dieu^ inconvenance de langage qu'il est diflicilc do qualifier.
Le P. Berruyer fut condamné d'abord par 1 evéqne de Montpellier, puis par le pa|)e, cl se soumit au jugement du saint-siége, comme il convenait à un jésuite et à un chrétien, et montra plus d*esprit en se rétradiant qu'il n*en avait mis dans ses livres.
BEAU. — En littérature comme en toute chose, le beau est la forme du vrai. Le vrai, en toute chose, c est Tordre : le résultat de l'ordre, c'est Tharmonie; l'harmonie, dans l'essence des êtres et dans leurs rapports métaphysiques, c'est la vérité ; TbarmoDie dans leur forme et dans leur rap()orts physiques, c'est la beauté.
Cette définition n'est pas de nous ; nous la trouvons dans saint Ambroise, qui prouve, dans son livre des Offices^ que le beau en morale n'est que la forme de Thonnéte ; or qu'est-cf* que l'honnête en morale, sinon le vrai ? Si Thonnête n*était pas le vrai en morale, rhonnêteté pourrait se confondre avec l'erreur; en d'autres termes, ce serait se tromper que d'être honnête ; mais riionnête est inséparable du vrai en morale, et la beauté en est la forme ou l'apparence réelle. En littérature, l'honnête c'est le convenable; c'est-à-dire ce qui est conforme aux lois de la nature modifiées par l'éducation et nous comprenons dans réJucation toute l'instruction religieuse. Ce qui est donc en littérature l'expression de la nature telle que Dieu la veut, c'est-à-<lire de la nature innocente ou régénérée, de la nature en harmonie avec son Créateur, tout cela, disons-nous, est le vrai et le résultat de cette harmonie; la forme de cette vérité, c'est ce qu'on appelle le beau.
11 existe, du P. André, jésuite, un Traiti sur le beau assez estimé. C'est un ouvrage d'analyse fort remarauable en effet , mais qui manque de synthèse. L'auteur a distribué son travail en quatre chapitres : dans le premier il traite du beau visible; dans le second , du beau dans les mœurs ; dans le troisième, du beau dans les ouvrages d*csprit, et dans le quatrième du beau musical.
Nous n'avons pas à analyser ici ce qu'il dit des formes visibles de la morale et de la musique; il divise le beau littéraire en trois espèces, qu'il appelle le beau essentiel, le beau naturel et le beau conventionnel.
Le beau essentiel consiste, selon lui, dans l'ordre, dans la i>roportion et dans la symétrie. C'est le ri^sultal de l'exactitude dans les mathématiques de la pensée formulant leurs opérations par l'algèbre de la parole; le beau naturel résulte des proportions de la symétrie et des relations exactes entre la nature et Timitation de la nature gui conslilue l'art. Enfin, le beau artificiel , imaginaire ou conventionnel, consisterait dai.s Tordre, la symétrie et les proportions observés dans les choses accessoires à. la vit; de l'homme, et qui procèdent de la civilisatio )| comme les édifices, les jardins, les parures et les ornements de tous genres.
Il divise le beau artificiel en beau arbitraire et beau absolu; Tabsolu dans l'artificiel est riniitation exacte de la nature, et se rapporte» par conséquent, au beau natords
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