‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 28 sur 194 · SST · texte numérisé non relu

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Taii^îtraire se subdivise, toujours suivant le ipéme auteur, eu b^au de génie, beau de goât et beau de pur caprice ; le beau de géuie se rapproche du beau essentiel ; le beau de goût n*est autre chose aue le beau naturel, et le beau de caprice étant purement imaginaire, n'existe que dans Topinion et doit être variable comme elle.

Le P. André applique ensuite ces règles aux ouvrages d'esprit, et y distingue le beau essentiel, qui constitue un bi^n ouvrage ; le beau naturel, qui s'applique à un ouvrage bien fait selon les lois de la nature, et le beau artiGciel, qui caractérise un ouvrage bien écrit selon les lois de la grammaire et les règles de la bonne littérature.

11 nous semble que le P. André eût pu S'mplificr son ouvrage en rattachant ses divisions à une définition générale. Ainsi, en reconnaissant dans tous les Atres une vérité de nature conforme à l'idée du Créateur, à sa pat-oie créatrice, à son Verbe^ et une vérité de relations conforme aux lois établies par sa providence, qui est une création permanente et une manifestation continuelle de ce même Verbe divin, il eût trouvé que le beau, en métaphysique, n'est que le sentiraent de Tbarmome du vrai ; en morale, Texpression extérieure de l'honnôte, et il eût défini le beau métaphysique, la forme du vrai dans les idées et dans leur juste application ; puis, comprenant que les formes extérieures sont aussi le résultat d'une idée d*ardre et d'harmonie qui est l'affirmation du Verbe créateur, il eût trouvé la beauté physique dans Tharmonie de la forme , et y eût vu comme un premier reflet de la beauté métaphysique ; puis enfin, considérant que l'art n'est qu'une imitation de l'oeuvre du Créateur, il eût trouvé que le beau artificiel était la forme du vrai dans l'iniitatioa, et les autres divisions rentrant naturellement dans celles-là, lui eussent semblé inutiles.

Dire que le beau dans l'art n'est que la forme du vrai ou de l'exactitude dans Timitation de la nature, c'est supposer le beau daas la nature elle-même ; et, en effet, ce que la philosophie purement humaine pourrait contester, la religion ne nous laisse aucun lieu d'eu douter, et nous affirme que le mal dans la nature, et par conséquent la laideur, sont le résultat d un désordre introduit par le péché. Ce sont donc des négations de la nature elle-même, qui est u e affirmation du Verbe. La laideur n'est dans la nature que comme un commencement de destruction. Tout ce que Dieu a fait au commencement était extrêmement bon. dit la Genèse : Vidit Dominus cuncla quœ fecerat, et erant valde bona. Or, dans les langues anciennes, on sait que bon est le syuo'iyme de beauy et cette particularité grammaticale conlirme notre définition du beau, ou piulôt celle de saint Ambruisc : « Le beau, c est la forme du vrai. »

Boileau a presque formulé cette définition lorsqu'il a dit :

Hieu u*cst beau que le vrai, le vrai seul c&l aim;U)le ;

et l'on pourrai! retourner la proposition en aflirmant qu'en littérature rien n'est vrai que le beau : car le beau en littérature peut résulter de l'imitation même des laideurs naturelles.

11 n'est point de serpent on de monstre odieux. Qui, par Tari imité, ne puisse plaire aux yeux,

a dit le même Despréaux, qui a peut-être mis là les yeux au figuré, et a voulu parler des yeux de l'esprit, puisqu'il est question d'art poétique. Boileau n'a donc pas proscrit de la poésie les imitations de la laideur, et a voulu seulement que l'art, dans fimitation, suppléât aux défauts de la nature. Ce qu'il dit de la poésie peut s'appliquer également à la peinture : or,examinons ce

3ui, dans la pointure, peut faire une beauté es imitations de la laideurr Ce sont premièrement les contrastes.

Nous voyons avec plaisir saint Michel terrassant le diable, ou sainte Marguerite foulant aux pieds le hideux dragon ; mais un tableau qui ne représenterait que des diffo< mités et des objets d'horreur ne serait

f)as un tableau agréable, et ne plairait ni à 'imagination, ni aux yeux. Ce tableau, touteiois, pourrait encore être beau, non pour le fond, mais pour les accessoires. Ainsi, par exemple, il pourrait être d'une belle couleur; le modèle et la perspective pourraient en être excellents, les lumières pourraient y être ménagées avec beaucoup d'art; mnis ces beautés en elles-mêmes n'auraient rien qui se rattachât directement à la laideur du sujet, et seraient toujours le résultat d'une vérité d'ordre et d'harmonie dans les procédés d'imitation ; puis la lumière elle-même et ses dégradations harmonieuses sont des beautés qui contrastent avec la laideur des objets sur lesquels elle

Easse ou se reflète. Un tableau où rien de eau, mais absolument rien ne serait habilement imité pour contraster avec les laideurs de l'ensemble, ne saurait être un beau tableau.

£n second lieu, les laideurs d'un tableau

[meuvent être compensées par la beauté de a composition. Une pensée de cénie peut s'exprimer sous la forme même des Furies

aui tourmentent Oreste. Exprimer l'horreur u vice par l'effroi de la laideur, c'est faire de la laideur même l'instrument d'une belle pensée. Or celte pensée est belle parce qu'elle est vraie. Eloigner du vice et du mensonge, c'est rendre hommage à la vérité et à la veriu. Les figures du tableau sont laides, mais la pensée du peintre est belle : il tire la lumière des ténèbr?s ; il fait de l'ordre avec le désordre ; ce qui est beau dans son t«nbleau, ce n^est pas le désordro qu'il représente, c'est la pensée d*ordre qui y préside.

il en est absolument de même en littérature : les laideurs morales oui sont le résultat des mensonges métapnysiques , et les laideurs physiques qui résultent des laideurs morales, peuvent y être dépeintes et représentées comme ta conséquence du désordre,

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•fin crexciter par réloigncment qu'elles inspirent Tamour de Tordre et de la vérité.

Ainsi la peinture du péché et de ses turpitudes peut être une puissante exhortation à la yertn; mtis alors le vice sera peint avec des couleurs vertueuses, si je puis ui'eipri^ mer ainsi, c'est-à-dire* avec les vraies couleurs qui lui conviennent. On ne lui prêtera pas un jour qui puisse le rendre ou aimable ou même excusable : car alors la littérature se salirait d'un double mensonge» et serait doublement mauvaise.

Cependant, pourra-t-on nous dire ici, ne trouve-t-on pas dans les auteurs anciens, et môme dans les modernes, de véritables beau* tés littéraires prodiguées en faveur du vice? Les chants passionnés d*Anacréon ou de Sapho, les odes licencieuses ou du moins épicuriennes d'Horace, n'ont-elles rien do beau au seul point de vue littéraire ? On peut répondre que, dans les anciens comme clans les modernes, les peintures du vice, lorsqu'elles sont faites avec vérité, ne sauraient jamais être belles. Pour que le vice plaise, il faut le parer des attraits de la vertu, ou lui prêter du moins la candeur de rinnocence : alors Tobjet qu'on déguise

fieut plaire non pour lui-même, mais pour e vêlement brillant qu'on lui prête; un beau masque n'en est pas moins beau pour couvrir un visage difforme. Lorsque le vice parle un langage délicat et poli, u se dissimule lui-même, et les succès qu il peut ob^ tenir sont un hommage rendu h l'honnêteté dont il prend les api>arences ; s'il se mont»-ait sous ses formes révoltantes, et s'il parlait son langage grossier, il ferait horreur même à ceux qui lui font la cour.

On nous demandera peut-être si la forme du vrai est toujours la beauté, et si, par exemple, le résultiit d'une équation algébrique, la solution d'un problème, une démonstration géométrique, une simple proposition mathématique dans le genre de celle-ci : Deux fois deux font quatre, sont quelque chose de beau par cela même qu'ils expriment quelque criose de vrai. El si l'on trouvait le^ beau dans de pareilles expressions du vrai , il s'ensuivrait aussi que dans les choses plus vulgaires, dans cette proposition, par exemple: Il pleut ou il fait beau temps, on trouverait des expressions du vrai, et par conséquent des beautés.

Ces objections ne sont pas sérieuses. L'expression banale d'une vérité relative est , si je puis m'exprimer ainsi , une parcelle du vrai, et peut contenir par là même une parcelle de beauté ; et s'il faut prendre un exemple dans la beauté matérielle, tout le monde conviendra qu'une belle chevelure est une beauté ; mais un seul cheveu peut-il être beau T Et non pas même un cheveu , mais un segment de cheveux? Ici la beauté échappe par la ténuité de robjet, et toutefois un naturaliste armé d'un microscope pourra trouver encore de Tharmonie, et par conséçiuent de la beauté d.ins la contexture de lobjet offert. Ou voit que la vérité , pour nous sembler bi'Ue 9 doit être d'un ordre assez éluvé

pour frapper notre esprit ou intéresser notre cœur ; or ce qui nous frappe et nous intéresse ordinairement , ce sont les béantes d'ensemble ; ce qui ravit notre intelligence et attire notre cœur ce sont les barmonies de la grâce et de la nature ; il faudrait donc peut-être, pour préciser davantage notre détinition du beau, y ajouter quelque chose et dire : Le beau , c'est la forme du vrai dans l'harmonie des êtres. Cette déSnition exprimera le beau réel ou divin ; quant au beaa artificiel et humain, nous dirons que c'est la forme du vrai dans Timitation de la nature, et nous croirons avoir prévenu toutes les ob* jections.

La définition du beau est plus importante qu'on no saurait dire ; car cette definilion sert de règle à ce an 'on appelle Tidéal dans les arts. Exclure lliarmonie de l'idéal, c'est faire l'apothéose de la laideur , c'est déifier le mensonge, c'est adorer le démon ; or,lelle était l'accusation excessivement grave qu'on a portée contre les chefs de l'école moderne, improprement appâtée romantique ; on leur reprochait de cnercher l'absolu dans le désordre , en se créant un idéal de laideur. Si i^e reproche était vrai, des auteurs ainsi dévoyés ne pouvaient faire que de la littérature négative, et leurs disciples -pouvaient admirer non pas le.s beautés, mais les laideurs de leurs ouvrages. II existe un cercle de vérités et de beautés vulgaires d'où sortent diflicilement les hommes, en dehors de ce cercle ; mais plus haut on trouve le sublime , on dehors aussi de ce cercle ; mais plus bas on tombe dans l'absurde. Que des nommes, désespérant d'atteindre au sublime, se soient réfugiés dans l'absurde plutôt que de rester dans le cercle vulgaire, cela n'a rien qui doive étonner. L'homme est tourmenté dans sa misère intellectuelle « cl ne saurait resterdansie crépuscule de ce monde; il lui faut le l'our ou la nuit ; sa nature est de chercher Je ciel, mais s'il pervertit la nature , son essor se retourne , et il est altiré vers l'enfer. Lorsque l'échelle de Jacob s'e^l retirée pour lui, lorsqu'il n'a plus d'ailes pour monter, il creuse pour descendre.

Le beau artificiel en général , et le beau littéraire en particulier , consistent non-seulement dans les harmonies du sujet , mais aussi dans celles de la forme. La forme harmonieuse pst la forme vraie de l'idée vraie; et sa vérité consiste en deux choses, l'exactitude et la correction, qui sont les deux vérités du langage. L'exactitude est le vrai logique , la correction est le vrai grammatical, et tou:es les vérités se tiennent et déMDdent les unes des autres. La logique est Vex* [iression dos harmonies de la pensée dans le mécanisme de leurs mouvements ; la çr^fOr maire est la lo^^ique de la parole extérieure. Ces trois choses sont donc inséparables , et pour qu'il existe une beauté littéraire, il faut réunir d'abord une pensée d'harmonie t une forme logique et une expression correcte.

Quand nous disons une pensée d'harmonie , nous no prétendons pas restreindre ta beauté littéraire aux peintures de la vertu et

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du bonheur. Les ombres sont nécessaires h récrirain comme au peintre , pour donner du relief à ses tabteaux ; mais dans les tableaux comme dans les ouvrages d'esprit les otfibres sont rendues harmonieuses par la lumière; la laideur rend hommage à la beauté ; les misères humaines proclament la grandeur de Dieu seul , et c'est ainsi que Bossuet s'est élevé souvent jusqu'à des beautés qu'on pourrait appeler surhumaines, dans ses appréciations du néant de la vie et dans ses peintures de la faiblesse et des misères de rtiumanité. {Vov. Bossuet.)

La source première de toute beaufé c'est Dieu. Il n'y a que Dieu qui soit absolument beau, parce que lui seul est absolument bon et absolument vrai. C'est en lui que toutes les harmonies ont leur raison d'être , il est la cause unique de l'ordre dans les esprits et dans la natucc. L'expression première et souveraine de cet ordre , c'est le Verbe divin, parole élernelle de lumière et de beauté. C'est donc en lui qu'il faut chercher le vrai

Ï»ur trouver le beau, et comme le Veibe de iett se communique de deux manières , par la parole extérieure tracée dans l'Ecriture sainte, et par la parole intérieure communiquée aux âmes recueillies et dociles, il s'ensuit que pour trouver les vraies inspirations et les beautés durables de la littérature religieuse , il y a surtout deux moyens à prendre : l'étude de la sainte Ecriture et cette prière de recueillement qu'on appelle l'oraison.

Saint Thomas d'Aquin disait qu'il avait plus appris au pied de son cruciGx que dans tous les livres , et ce n'était pas principalement de théologie mystique, mais de vérités logiques et de beautés sc.entiQques que s'occupait le pieux docteur. Sa Somme est un véritable univers de doctrine où, dans un ordre harmonieux, toutes les connaissances humaines, comme des astres, gravitent autour du Verbe diviu qui est leur soleil. C'est dans la méditation des œuvres de Dieu que le Docteur Angélique trouva cette simplicité de plan avec cette disposition immense et magnifique. Aussi on lisant la Somme de saint Thomas, ne peut-on s'empêcher de s'écrier : C'etst beau parce que c'est vrai 1 et l'on pourrait également dire: C'est vrai parce que c'est beau 1

Il V a des beautés d'ensemble et des beauces de détails. Tel ouvrage manque de plan et se compose de pages bien écrites; on murrait dire d'un tel livre que c'est une liasse de feuilles détachées. Tel autre est sagement tracé et avorte dans l'exécution ; c'est un livre justement pensé , et qui reste è écrire. On peut trouver un beau passage dans un livre mal écrit , comme un échantillon de fini dans une ébauche ; mais pour au'un ouvrage d'esprit soit vraiment beau, faut qu'il ne pèche ni par l'ensemble, ni par les détails ; qu'il soit harmonieux dans son tout et dans ses parties ; qu'il ne fatigue pas l'attention par la sécheresse de sa métaphysique, ni Timagination par l'éclat indiscret de ses images ; mais que tout y

soit mis à sa place et dans son jour , nuancé convenablement et habilement disposé. {Voy. Composition.)

BIBLE. — Considérée seulement comme un monument littéraire , la Bible est encore le livre par excellence. Ce n'est pas seulement une œuvre littéraire, c'est une littérature complète ; ce n'est pas un livre , c'est une bibliothèque. Résumé de la sagesse du vieux monde pour l'enseignement du mondo nouveau , ce recueil cx)lossal renferme les archives de Thumanité tout entière. C'est la grande épopée du Verbe rendu accessible aux hommes; c'est la parole écrite annonçant la parole incarnée ; c'est la poésie du passé et la prophétie de l'avenir. Ou peut appliquer au gigantesque génie de ce monument sacré ce qu'Orphée disait de Dieu dans un de ses hymnes :

La mer est à ses pîeds, il s^assied sur les nues; Ses mains louchent du ciel les bornes iiiconuues. L*une est à Forieni et l'autre à Foccident, El ses regards soni clairs comme ua soleil ardeat.

Le génie de la Bible, si l'on peut le personnifier ainsi , touche de ses deux mains étendues les deux extrémités du temps et s'ap- , puie d'un côté et de l'autre sur réternité ; sous ses pieds mugit l'océan des ftees ; il a pour trône les nuées du Sina , d'où partent les éclairs et les tonnerres de la prophétie, et ses yeux qui contemplent et éclairent le monde entier, sont fixes et resplendissants comme le soleil.

Les livres dont se compose la Bible sont ou historiques ou dogmatiques , et légaux ou philosophiques , et moraux ou poétiques et prophétiques. Les cinq livres de Moïse, connus sous le nom de Pcntaleuque , et regardés spécialement rmr les juifs comme le livre de la loi , sont a la fois historiques , dogmatiques , légaux et proohétiques. La Genèse, qui est le premier de tous , commence par une imposante et magnifique cosmogonie. La terre est informe et vide , et l'esprit de Dieu plane sur les eaux. Dieu dit une parole, et la lumière se fait ; pendant six jours la parole divine travaille le chaos et en tire toutes les merveilles de la création : Faisons Vhommey dit enfin le Créateur, comme s'il recueillait pour ce dernier ouvrage sa pensée et son amour. L'homme est formé du limon de la terre ; Dieu lui souffle la vie et en fait le ministre de son Verbe, en lui confiant le soin de donner un nom à tous les êtres vivants ; puis , comme pour l'associer en quelque sorte à sa dernière création , il tire de la substance même de l'homme Tétre qu'il veut lui donner pour compagne, et veut queja femme soit enfantée du côté de l'homme, afin qu'elle ne s'enorgueillisse pas trop de ses prérogatives de mère , quand 1 homme à son tour sortira de ses flancs ; car la femme, plus faible et plus ardente que l'homme , n'est que trop portée à la présomption et à l'orgueil . Elle le prouve en écoutant les promesses du serpent, et se laisse entraîner a goûter, contre la défense de Dieu, le fruit do la science

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