‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 33 sur 194 · BOECE · texte numérisé non relu

BOECE

tout ce qui peut contribuer à la concor4lo lîntre les frères» au pardon des injures» à la consolation des affligés, à la récréation des malades» à Tédification des justes et à la <;on¥ersion des pécheurs» trouverait natureileoient sa place dans la partie de notre èibliotbèque mise sous Tinyocation du Saint- Esprit.

Il nous semble qu^une bibliothèque ainsi disposée aurait quelque chose d'abord de pieusement monumental» et serait comme tine espèce de temple consacré à l'étude» mais que» dans cette classification toute simple» on trouverait un grand avantage soit pour ranger et retrouver au besoin tous les livres qu'on pourrait avoir» soit pour classer et coordonner dans son esprit toutes les connaissances d^à acquises, ou qui nous restent encore à acquérir.

On pourrait distinguer les classes gêné-» raies par des signes particuliers» les subdivisions par des couleurs» et n'employer l'ordre alphabétique aue pour les livres des mêmes séries qui n auraient pas un arrangement plus logique et moins arbitraire»

indiqué par les degrés hiérarchiques de la science et do l'autorité.

Nous ne donnons d'ailleurs cette idée de classification que comme un exemple et €omme un essai» et nous ne prétendons en aucune manière avoir résolu la grande question non-seulement de la bibliographie» mais de la science encyclopédique et de 1 enseigvieuient universel.

BIBLIQUE (Style). — On appelle ordinairement style biblique non pas le style même de la Bible» mais une imitation» ou» comme on dit en peinture» nn pasiicke du style de la Bible. Cette imitation a presque toujours ouelque chose de prétentieux et d'affecté. <Je ivest qu'en citant les paroles mômes de la Bible que les anciens Pères en ont imité le style, et quant aux auteurs des temps apostoliques> ils ont une manière de s'exprimer et de couper leurs phrases qui ressemble à celle de l Evangile» mais naturelle* ment» et parce que étant pleins du même esprit que les apôtres» ils devaient s'exprimer de la même sorte. Les hérésiarques de tous les temps et les enthousiastes de toutes les sectes ont affecté au contraire de se servir du langage figuré des prophètes» et de parler la langue des écrivains inspirés pour cacher les mystères souvent honteux de leurs dogmes» et se donner de l'autorité en étonnant l'imagination du vulgaire. Les anabaptistes de Munster» les puntains d'Ecosse et d'Angleterre ne parlaient pas un autre langage» et Cromwell lui-même tombait en extase et prophétisait à sa manière» lorsqu'il fallait tromper les soldats ou le

«euple, afin d'en obtenir quelque chose, in n'entendait jurer ces têtes rondes que Cr Gog et Magog, Bébémoth et Léviathan. urs ennemis étaient des Goliath, des Sennac)iérib » des Téfftat-Phalasar. C'était les versets de leur Biule à la bouche qu'ils égorgeaient les catholiques» et le régicide fut accompli en Angleterre avec les circonstach

ces ag^avantes de l'hypocrisie et du sacrilège» Dieu voulant faire voir au monde qae la foi pervertie et séparée du principe d'autorité aboutit aux mêmes résultats que l'incrédulité et l'athéisme : la révolte et le parricide national, qui s'en prend aux rois

Kour se venger de ne pouvoir atteindre à ^ieu.

Un grand génie déchu a renouvelé de nos jours» dans un livre que Rome a condamné » les plus enthousiastes prétiications de Tanabaptisme allemand et du radicalisme an-

Î;Iai5. Le style biblique devint à la mode, et a librairie fut inondée d'élucubrations par versets, affectant une manière plus ou moms orientale, et aflicbant la prétention de réhn ter les Paroles d'un Croyant. Cette manie donna naissance à un flux de mauvaises paroles » qui restèrent heureusement sans ré* ponse et sans échos.

Nous avons dit eu commençant que le style biblique est un (lastiche ; or» jamais le pastiche ne constitue un genre qui puisse être avoué par le bon goût et avoir un succès durable. Il faut laisser aux puritains de théAtre et aux illuminés de la rue Croix-de»- Petits-Ghamps l'abus qu'ils font des alinéa commençant par la conjonction ef, les phrases obscures ou'ils surchargent de mots hébreux et leur lyrisme épUeptique. Cette littérature est plutôt du ressort de la médecine que de la faculté des bonnes études , e( demande une guérison mieux qu'elle ne provoque la critique.

BLOSIDS (LuDOviGus). ^ Louis de Blois* auteur d'une Théologie mystique et de plusieurs ouvrages de piété, remplis de grâce et d'onction » est un de ces auteurs qu'il faut étudier et méditer pour s'initier aux mystérieuses beautés que répand sur le st^le des écrivains catholiques adonnés à l'oraisoo la tendresse du divin amour. C'est toute une poésie intérieure et surnaturelle qui ne s'analyse pas , et qu'il faut sentir pour la comprendre. M. de Lamennais» que sa chute n'empêche pas d'être un des premiers écrivains de notre siècle » n'a pas dédaigné de prêter son beau style aux inspirations du pieux Louis de Blois» et a traduit un de ses opuscules. 11 en est un plus gracieuLencore dont nous ne connaissons pas de traduction française » et qui est intitulé : Le Bouquet des douces prières : Fasciculus tMlliflwff^m precum. Nous y renvoyons nos lecteurs.

BOECE» — une des plus grandes âmes dont s'honore la littérature chrétienne, fut un de ces vrais philosophes qui savent résister aux rigueurs comme aux faveurs de la fortune. Modeste dans la prospérité » il ne Ait pas abattu^par le malheur » et composa» au fond de la prison oîi l'avait jeté la calomnie» un livre de consolation» qu'il dédie aux grands malheurs et aux grands courages. Le li^re de Boéce » intitulé : Des ConsolaHom de w philosophie » prouve dans son auteur on c^; ractère élevé, une force morale vraiment j^rile et une grande foi en la Providence. On est fAché d'y trouver quelquefois des formes un peu trop classiques dans le sens des éc«^

BOXAVENTU»

BONAVENTVRE

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les philosophiques de ranliquité, et ttHe personolficatioa de ia Sagesse qui ressemble trop à la Minerve du pagaoisiue; Nous aimerions mieux voirapparaltrev dans le cachot de Boëce» le Sauveur couronné d'épioes , ou ia douce et compatissante Mère de Dieu, oui essuie si divinement les larmes de tous les affligés f et qui peut rendre bien facilement les oracles de k Sagesse éternelle» dont elle a toiiyours été le temple.

A part ce reproche , qui ne s'adresse qu'à la forme de Vouvrage « le livre de Boëce est digne d'un philosophe chrétien^ Son langage est celui d'une raison éclairée par la foi et élevée au-Klessus de toutes les vicissitudes humaines. Son stvle est élégant pour son époque \ mais il fait un usage fréquent de termes scolastiques , et se perd quelquefois daos des distinctions plus spécieuses que réelles « ce qui rend la lecture de ses ouvrages un peu fatigante. Son livre Des con^ sQlationâ est mêlé de vers et de prose ; et Tabbé Régnier-Desmarais en a donné une traduction française, également en prose et en vers. Lee vers n'ont rien de remarquable m dans la traduction, ni dans l'original.

BONAV£NTURE ( saint ). — 0 buona vmtura l s'était écrié saint François d'Assise» en recevant dans ses bras un enfant de quatre aos qui venait d'être guéri » par ses prières, d'une dangereuse maladie. Le patriarche des disciplesde la pauvreté ne s'était pas trompé : la vie de cet enfant fut précieuse pour FEglise, et, en mémoire de sa miraculeuse guérison, on le nomma BonavetUure.

On sait qu'il entra dans Tordre des Frères Mineurs , où, s'étant rendu illustre par son éloquence et par ses vertus, il fut promu au cardinalat. On sait aussi que les envoyés du saint-siége, qui lui apportaient la pourpre romaine, le trouvèrent lavant ta vais-* selle, et durent attendre qu'il eût flni, circonstance vraiment romaine dans le sens antique.

Saint Bonaventure est un des écrivains ascétiques les plus remarquables par la fécondité de l'imagination et par cette richesse de sentiments et d'images qui procède du oœnr. Plein de l'esprit de cette humble famille vouée à la folie de la croix , il fat toujours franciscain et fidèle jusqu'à la mort à sa chaste et sévère amie , ta benne teriu de pauvreté.

On a de lui une Apologie de$ pauvres , où il rappelle ses frères à cette perfection si peu estimée des hommes , du détachement entier de toutes les choses de la terre ; l'apparence mèxnede la propriété était un crime chez un enfuit de Saint-François , non que ces saints religieux en contestassent le droit aux autres , puisqu'il est écrit : Tu ne tonvoUeras poini ce ^î appartieni à ton frire ; mais ils comprenaient que la perfection ehré* tienne consiste à y renoncer volontairement, et à Ûre ainsi h Dieu le sacrifice de ce qui nous tdvÂe do plus, près et de ce que nous avons d» plus ener. Il n'y avait pas trente a'is que saint François était mort , et déjà 90U ordre , attaqué do toutes parts , n'avait

Îbe trop donné prise aux attaques, tlatni onaventure , comme un général intrépide , leur adresse, tout en combattant pour eux , des exhortations et des reproches. Il lîe veut pas que le sel du monde s affadisse^ et il einorte ces laborieux mendiants à ne pas se départir de cette humilité, qui devait être pour Torguèil du monde une pierre d'achoppement et un scandale, mais en même temps un salutaire remède. Quoi de plus touchant , en effet ^ que de voir des ouvriers évangéliques , se dévouant tout entiers atix travaux les plus pénibles du ministère, tendre la mam comme des serviteurs inutiles , et solliciter comme une grflce ce qu'ils pourraient si bien réclamer comme un droit. Car l'apôtre saint Paul nVt-il pas dit que tout tratailleur doit vivre desoniratail, et que Vautel doit pourvoir à la subsistance du ministre de Pautel?

Saint Bonaventure , à Texemple de son maître, saint François, mettait au service de la piété toutes les facultés qui produisent la poésie, n donne à la science du salut ces formes vives qui la font entrer dans l'esprit des ignorants par ^imagination et par le cœur; il emploie souvent les paraboles et les légendes* L'Ecriture sainte , qu'il applique d'une manière souvent inattendue, semble produire pour lui seul de nouvelles et intarissables richesses; ses livres sont de ferventes oraisons écrites au courant de la plume et au souffle du Saint-Esprit. Il n'est guère question pdur lui du goût des anciens, ni des règles de Cicéron ou d*Horace : qu'en aurait-il affaire? Dn homme simple lui disait un jour : Vous êtes bienheureux , vous autres savants , vous pouvez louer Dieu , vous pouvez le faire louer par les autres ; vous étudiez la profondeur de ses mystères ; vous pouvez comprendre tous les livres qui

{varient de lui ; et nous , que pouvons-nous aire, pauvres ignorants que nous sommes ? — Vous pouvez faire plus que tout cela, lui répond saint Bonaventure. — Et comment ? — * Vous pouvez l'aimer. Dans cette parole le génie du saint docteur éclate tout entier.

11 composa, pour l'édification des filles de Sainte-Claire , une légende de la vie de Notre-Seigneur, qui est une sorte d'ampUGcation du récit des quatre évangélistes , com-< piété par les traditions des anciens légendaires , et coloré de tout ce qu'une pieuse imagination a pu suggérer h son auteur. « Car , dit-il, ne croyez pas que nous puissions méditer tout ce qu'il a fait ou dit, ni que tout soit écrit ; mais afin que ses actions fassent plus d'impression sur vous , je les raconterai comme si elles s'étaient passées de la manière qu'on peut se le figiurer par rimasination ; car nous pouvons ainsi méditer l^criiure même , pourvu que nous n'y «joutions rien de contraire à la V6rité,.à la foi et aux bonnes mœurs. »

Ces paroles et cet exemple de saint Bonaventure sont d'une grande importance pour la littérature chrétienne, et donnent la me* sure de l'usage qu'on peut faire en poésie des aimables récits de l'Evangile et des ta*

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