BOSSUET
qui à espérer. .
Saint Thomas d'Aquin, contemporain de saint Bonaventure, lui témoignait la plus haute estime^ Un jour qu'il Tétait venu voir, il le trouva occupé à écrire la Vie de saint François; et se retira doucement sans lui parler, dans la crainte de l'interrompre. « Laissons les saints louer les saints, » ditil; comme s'il faisait l'antithèse de cette parole de Notrc-Seigneur dans l'Evangile : Zaiisez Us morts ensevelir les morts.
Un autre jour le Docteur Angélique, demandant avec une grande modestie à saint Bonaventure où il prenait toute cette onction, toute cette puissance de ferveur qui fait le caractère ae ses écrits, saint Bonaventure lui montra son crucifix, et les deux saints se comprirent si bien, que saint Thomas répéta depuis lui-même à ceux qui Tint'irrogeaient sur la source de son grand savoir, le secret de saint Bonaventure.
BOSSUET. — Lorsque le monde moral est menacé de quelque déluge. Dieu suscite toujours un homme à qui sera confié le soin de bâtir une arche où il renfermera tous les principes d'ordre, de vérité et de grandeur. Quand l'arche est faite, le cataclysme peut venir; plus le flot monte, plus elle s'élève, et quelque courroucées que puissent être les vagues, elles mugissent toujours h ses pieds. Quand des signes observés à l'horizon annoncent qu'il va bientôt passer un de ces siècles ravageurs qui ne laissent après eux que des ruines, la Providence fait surgir quelque gigantesque renommée au front de granit, pour briser la
trombe qui passe et rester debout après la tempête. Ces faiseurs d'arches, ces eenstructeurs de pyramides, ces hommes que l'ancienne mythologie représentait sous la figure d' Atlas, n'abandonnent îamais à la mort gue le vêtement usé de leur grande âme; ils restent tout entiers sur la terre, qu'ils dominent de leur génie, qu'ils illuminent de leur gloire. A toutes ses é|K>quesdi3 f;rands périls et de douloureuses épreuves, 'Eglise a été visitée par ces consolateurs envoyés du ciel comme des anges puissants et forts qui tiennent dans leur main te petit livre doux aux lèvres et amer aux entraillet; mais quand s'est élevée la dernière et la plus terrible tempête; quand i'orgueil humain, prêt h se dresser de toute sa hauteur, espérait se mesurer bientôt avec Dieu même; auand l'impiété croyait tout ébranler et tout étruire. Dieu a dit à un homme, réserté pour cette dernière heure, de se lever et d'étendre la main sur la mer pour en dominer et en rabaisser les vagues. Cet homme a enraciné ses pieds dans la pierre vive des croyances éternelles, et il s'est dressé comme un chêne ; puis il a laissé passer, en les brisant toujours, les Qols de 1 orgueil et l'écume de ses blasphèmes; son front est resté audessus des nuages, et ses pieds n'ont pas été ébranlés ; cet homme, nous ne craignons pas de faire trop attendre son nom à nos lecteurs, puisqu'on tête de cet article nous avons inscrit celui de Bossuet.
Nous ne craignons pas d'être accusé d'enthousiasme en reconnaissant Bossuet pour le grand maître et la plus imposante autorité de la littérature chrétienne. Quelles peusées, en elTet, ont jamais été plus hautes qye les siennes, et quel style, mieux que le sien, s'est jamais élevé au niveau de toutes les grandeurs? Bossuett théologien, c*est la lumière descendant avec facilité jusqu'au fond des questions les plus obscures; Bossuet controversiste, c'est la force assez sûre d'elle-même pour vaincre avec élance et triompher avec douceur; hagiograpbe, il semble s'élever jusqu'au trône de Dieu avec les six ailes des mystérieux chérubins; historien, il plane comme un aigle sur les nations et sur les âges, en poussant un cri de victoire au nom du Dieu crucifié ; orateur, c'est le Jérémie des majestés éteintes, et sa parole, dans la grandeur de sa tristesse, fait pressentir le silence éternel qui vient s'asseoir sur la tombe des rois et des siècles ensevelis.
Le Discours sur Vhistoire universelle est, après la Bible, ce que nous connaissons de plus grand dans la littérature. Jamais le g^ nie humain ne s'était élevé si haut. Assis à la source des âges au pied du trône de l'Eternel, l'orateur les voit bouillonner au-dessous de lui, et, i'œil fixé sur leur cours, il semble en diriger la marche et en mesurer l'étendue. Avec une puissance dont le Créateur lui-même semble l'investir, il partage en trois fleuves le torrent des événements et des siècles; ici, les époques se suivent et s'enchaînent; là, les empires se renversent
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