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BOSâUET
et se saccadent; et, au milieu de tout, Li roligion poursuit puiaibteniont ses conciuéte^ et acceoipNt ses destinées.
Ainsi Ton yoil d'un côté Thumanité qui grandit et se prépare à ralliance de son Dieu, en s*instruisant à l'école du malheuc des rois et de la décadence des peuples; les grandes nations s'élèvent et aispnraissent», les colosses de l'Assyrie s'engloutissent dans le sable du désert avec Les derniers débris de Babylone et de Ninive; les Pharaons usent leur puissance et leur orgueil à bâtir ces pyramiaes qui sont des tombeaux, et disparaissent dans l'ombre de la mort, sans jouir même de leurs sépulcres. La Grèce passe à son tour comme une fête profane, et laisse le monde fatigué de ses dieux tombés sous le joug des Césars. Pendant tout cela, Djeu se cache dans la Judée, et parle au cœur de ses prophètes à l'heure où l'univers se tait devant Alexandre. Tous ces grands, tous ces conquérants, tous ces ravageursde provinces, sont des laboureurs aveugles qu'il envoie défricher le monde, aGn que le monde soit prêt pour la semence du salut. Ils labourent d'abord avecl'épée, puis ils tombent, et leur cendre servira d'engrais à la terre. EnHn les conquérants ont achevé leur ouvrage; les prophètes se taisent, les sages attendent, une paix universelle prépare tous les peu-
Fies a des destinées nouvelles, les temps de ancienne alliance et des promesses sont accomplis : Jésus-Christ vient au monde.
A partir d*ici, une puissance nouvelle dominera rbistoire : puissance extraordinaire, gui s'agrandit par la persécution, et n'est jamais plus forte que lorsqu'elle semble succomber sous les efforts de ses ennemis. Servie par ceux-là même qui pensent la proscrire, indifférente aux injures et aux mépris affectés de ceux qui emploient leur intelligence à la combattre, et qui ne seraient ni libres ni intelligents sans elle, si elle pouvait éprouver une défaillance passagère, on verrait défaillir toute la société avec elle^ et son faux pas» si elle en pouvait jamais faire, doonerait une secousse au monde.
Bossuet nous fait voir, dans Fhumilité môme de son origine, toutes les m^rveilles de sa
Î;raiKieur : cette puissance, q^u'on appelle 'Eglise, semble, dans h parole de l'évéque de M eaux^ se révéler dans, toute soairuésistiLle magoiGcenee, et. il n'a pas besoin d'àchever^-son Discourt iurVhUtoire universelle autrement que par ses autres ouvrages. Là, en effet, se résument les combats et les triomphes de l'Eglise, Téloquence des Pères, la science des docteurs et la pre. cience des prophètes.
Après \e Discours sur^'hiêtoire univereellej il faut placer les oraisons funèbres qui en sont comme la péroraison, et qui résument tous les récits des gloires humaines par cette |Mrole d'un roi désabusé : Vanité des vant- MéSf et iûut est vanité^ excepté de servir Uieu ^t de s*attacher à lui seul. Il convenait à Bossuet d'honorer les funérailles des rois et des reiucsi lui qui comiaissaii si bien le secret
des véritables grandeurs et l'écueil de toutes les puissances.
On ne saurait assez admirer comment l'auteur des Oraisons funèbres môle l'enseignement à l'histoire, les figures les plus vives à la logique }a p)us sévère, et l'énergie des grandes leçons aux formes les plus convenables qui puissent exprimer le respect des grandes infortunes et la soumission au pouvoir.
On a voulu voir dans Bossuet un flatteur des majestés royales, couNne si jamais un flatteur eût osé parler de la mort et de l'éternité devant les roisl Pourquoi d'ailleurs eûtil été flatteur, et qu'avait-il à ambitionner déplus grand que sa renommée? Ce que Bossuet respectait dans les rois, ce n'était ni la pompe qui les environne, ni les faveurs dont ils disposent : c'était le principe d'autorité temporelle, aussi nécessaire dans le monde que l'autorité spirituelle; ce au'il respectait enfin, c'était Celui qui règne aans les deux et de qui relèvent tous les empires^ à qui seul appartient la gloire^ la majesté et l'indépendance: et il pensait que si quelque part au monde la nécessité se montrait impérieuse et pressante de soutenir et de relever l'autorité légitime des puissances de la terre, c'était sur Te tombeau des rois.
Les Oraisons funèbres de Bossuet se refusent à l'analyse, et si l'on en veut remarquer les beautés, il faut les transcrire d'un bout à l'autre. On est étonné de cette incroyable magnificence d'expressions qui tiennent l'admiration en haleine et ne la fatiguent jamais ; de cette profondeur de sa- Î^osse et de cette hauteur de pensées qui font a solidité et la grandeur de sa parole. Le ?^ rand siècle vit encore tout entier dans ces loquentesfunéraillesde sesprinces, etquand Bossuet en termine le recueil par les derniers efforts d'une voix qui ton^e et d'une ardeur qui s'éteinty on croirait que le magnifique génie se pleure lui-même et qu'il voit sa mémoire, prête à lui survivre, clore la série des majestés dont il déplore la perte en immortalisant à la fois et ses larmes et son tombeau 1
Dans V Histoire des variations ^ l'évéque de Meaux a porté un coup mortel au protestantisme, et il a achevé son œuvre par l'Expo^ sition des doctrines de l'Eglise catholique sur les points controversés. Les erreurs des sectes séparées de l'unité sont déjà réfutées lorsque Bossuet les raconte^ et quelle manière de raconter ! Comme il laisse parler les faits en s'abstenant de toute réflexion* injurieuse ! Quelle supériorité dans sa modération, et quelle polémique de bon goût I En vain les protestants se sont-ils écriés que si l'Eglise tout entière avait parlé comme Bossuet, ils auraient écouté l'Eglise, car l'Eglise avoue Bossuet et n'a donné de démenti à aucune de ses paroles. Où était d'ailleurs la force de Bossuet et l'autorité de son éloquence, si ce n'est dans la vérité de ce qu'il enseigne et dans l'approbation de l'Eglise entière ? Mais c'est Dieu seul qui change les cœurs.
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fiOSSUET
BOSSLET
Les Elévations sur les mystères sont un ouvrage nop moins sublime par les pensées que par le style, et ji^mais titre pe fut mieux approprié à un livre. Il est difficile, en effet, de s*éiever plij^s l^aut dans ces mystérieuses profondeurs, et de ccynfesser plij^s magnifiquement la faiblesse des efforts de Thomme et rimpuissance de 69 raison. Lorsque avec saint Jeari, si bi^ sumojnmé le Fils du Tour nerre^ il fait entendre sa voix imposante audessus de Tprigin^ des temps ; lorsqu'il commente cette parole si pleine d'éternité : A^ commencement était le Fert^, on ne sait plus de saint Jean ou de Bossuet lequel nous étonne davantage ; nous sommes éblouis par tant de lupuèreu Ils nous abattent, ils nous étourdissent. « Au commencement était le Verbe 1 An commencement et avant tout commencement : on ne le créait pas, il ne naissait pas, il ne commençait pas { il était I » JDans ce passage, Bossuet s'élève au-dessus de Tentaousik^me de la poésie lyrique , et oui effort du génie humain ne saurait le surpasser dans sQfï vol.
Si ce JHctionnflire était un recueil de citations et d^ Dûiorceaux choisis, nous aurions voulu Icirempïir presque exclusivement d'emprunts faits à cçt admirable modèle. Ici nous nous bornerons à citer deux pages sublimes de ses Oraisons^ funèbres , Pexorde de. celle q^u'il fit à la reine d'Angleterre, et la péroraison de celle du prince de Condé ; non
aue nous jugions nécessaii^ de rjvpporter ici es choses qvie tout le monde sait par cœur, mais parce que nous éprouvons le nçsoin de laisser |)arler le grand iiojn me lui-même, et de terminer cet articlje qui le concerne par les seules paroles qui puissent, être dignes de lui.
Exorde de Faraison funèbre dp la reyie
d'Angleterre.
JU,mmc^ reget, hiteUigips ; erudhM q^juit^Hs
lUrUfii. i'«AL. II.
Malolfoaiit, 6 rois, apprenec; insirobez-v^^us, jMgej tie Uierre,' • • »
Monseignçur,
Celui qt^ règne dans les cieux, et daqui relèvent tous les empires, à qui seul a^partieut la. gloire, la majesté et Tindépendance , est aussi le. sevd oui se glorifie de faire 1^ loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, dé grandes et terrines leççms. Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les ab^se, soi.t qu'il communique, sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même et ne leur laisse iqrue leur propre faiblesse, il leur ap^. prend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui : car, en leur donnant sa puissance, il leur commande d'en user Gummeilfaillui-mèmepourlebiendumonde; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur migesté est empruntée, et que, pojur être assis sur le trône, ils n'en sont pas moins scus sa mai^i et sous son autorité suprême. Cest aiusi qu'il instruit les princes, nouseulement par des discours et par des paroles | mais eucorç par des effets et par des
cxemj)les. Et nune^ reges^ intelligiée ; erudidimini quijudiçatis terram.
Chrétiens , que la mémoire d'une grande reine, fille, femme, mère de rois si puissants, et souveraine de trois royaumes, appelle de tous côtés à cette triste çéréinonie , ce discours vous fera paraître un de ces exemples redoutables q|ui étalent aux yeux du monde sa Yanité tout entière. Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines, la félicité sans bornes, aussi bien que les misères; upe longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de I univers; tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et 1^ grandeur accumulées sur une tête, qui ensuite est exposée ^ tous les outragés de la fçrtune ; la bonne cause d'abord suivie de bons succès, et depuis, des retours soudains, des changements inouïs ; la rébellion longtemps rete-. nue, à la fin tout à fait maîtresse ; nul frein à la licence ; les lois abolies ; la miyesté violée par des attentats jusqu'alors inconnus; l'usurpation et la tyrannie sous le nom de liberté ; une reine fugitive, qui ne trouve au-i cune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil ; neuf voyages sur mer, entrepris par une princesse, malgré les tempêtes ; l'oeéaA étonné de se voir traversé tant de fois en dès appareils si divers, et pour des causes si différentes ; un trône indignement renversé» et miraculeusement rétabfi. Voilà les ensei* Knements que Dieu donne aux rois : ainsi i(ait-il yoip au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs. Si les paroles nous manquent, si les expressions ne répondent pas à un sv^jet si vaste et si relevé, les choses parleront asse^ d'elles-mêmes ; le cœur d'une grande rei^e, autrefois élevé par une si Ion-» gue suite de prospérités, et puis plongé tout à coup dans un abîme d'amertumes, parlera assez haut ; et s'il n'est pas permis aux particuliers dfi faire des leçons aux princes sur d.es événements si étranges, un roi me prête &es paroles pour leur dire : Et nunc^ reges^ intetligite ; erudimini qui judicatis terram ^ Entendez, ô grands de la terre ; instruisez^^ yous, arbitres du monde.
Péroraison de Foraison funèbre de Louis is^ ^ourbon^ prince de Condé.
Venez, peuples, venez maintenant ; mais venez plutôt, princes et seigneurs, et vous qui jugez la terre, et vous qui ouvrez aux hommes les portes du ciel, et vous, plus que tous les autres, princes et princesses, nobles rejetons de tant de rois, lumières de la France, notais aujourd'hui obscurcies et couvertes de votre douleur comme d'un nuage; venez voir le peu qui nous reste d'une si aiiguste naissance, de tant de grandeur, de tant de gloire ; jetez les veux de toutes parts: vojlà tout ce qu'a pu fkire la magoiûcence et la piété pour nonorer un héros ; des titres, dçs inscriptions, vaines marques de ce qui n'est plus ; des figures qui semblent pleurer autour d'un tombeau, et <le fragiles images d'une douleur que le temps cm|)orte a«ec
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tout le reste; des colonnes qui semblent vouloir porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant ; et rien enfin ne manque daas tous ces honneurs que celui à qui on les rend. Pleurez donc sur ces faibles res* tes de la vie humaine» pteurez sur cetie triste immortalité que nous donnons aux héros ; mais approchez en narticulier, ô vous qui courez avec tant d'araeurdans la carrière de la gloire, Ames guerrières et intrépides ; quel autre fut plus digne de vous commander? mais dans quel autre avez-vous trouvé le commandement plus honnête ? pleurez donc ce çrand capitaine , et dites en gémissant : Voilà celui qui nous menait dans les hasards; sous lai se sont formés tant de renommés capitaines que ses exemples ont élevés aux premiers honneurs de la guerre ; son ombre eût pu encore gagner des batailles, et voilà que dans son silence son nom môme nous anime, et ensemble il nous avertit que pour trouver à la mort quelque reste de nos travaux, et n'arriver pas sans ressource à notre étemelle demeure, avec le roi de la terre il faut encore servir le roi du ciel. Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde ,
Îcii vous comptera un soupir et un verre 'eau donné en son nom plus que tous les autres ne feront jamais tout votre sang répandu, et commencez à compter le temps de vos utiles services du jour que vous vous serez donnés à un maître si bienfaisant. Et vous, ne viendrez -vous pas à ce triste monument, vous, dis-je, c^u^il a bien voulu mettre au rang de ses amis ? Tous ensemble, en quelque degré de sa confiance qu*il vous ait reçus, environnez ce tombeau , versez des larmes avec des prières, et, admirant dans un si grand prince une amitié si commode et un commerce si doux, conservez le souvenir d'un héros dont la bonté avait égalé le courage. Ainsi puisse-t*il toujours vous être un cher entretien I ainsi puissiez-vous profiter de ses vertus , et que sa mort, que vous déplorez, vous serve à la fois de consolation et d'eiemple I Pour moi, s'il m*est permis après tous les autres de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau, ô prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoire ; votre image j sera tracée, non point avec cette audace qui promettait la victoire, non, je ne veux rien voir en vous de ce que la mort y efface ; vous aurez dans cette image des traits immortels ; je vous y verrai tel que vous étiez à ce dernier jour sous la main de Dieu, lorsque sa doire sembla commencer à vous apparaître. C'est là que je vous verrai plus triomphant qu'à Fribourg et à Rocroy ; et , ravi aun si beau triomphe, je dirai en action de çrâces ces belles paroles du bien-aimé disciple : E$ hœc est pktoria quœ vjncU mimdum, fi/des naira : « La vémable victoire, celle qui met sous nos pieds le monde entier, c'est notre foi. » Jouissez, prince, de celte yictoire, jouissez-en éternellement par Vimmortelle vertu de ce sacrifice ; agréez ces derniers efforts d'une voix qui vous fut connue :. vou^ mettrez Un à tous ces discours.
Au lieu de déplorer la mort des autres, grand prince, dorénavant je veux apprendre de vous à rendre la mienne sainte ; heureux si, averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole dévie, fes restes d'une voix qui tombe, et d'une ardeur qui s'éteint.
BOURDALOCE. — Le P. Bourdaloue, de la société de Jésus, d'abord professeur d'humanités, puis prédicateur célèbre, a laissé des sermons qui l'ont placé au premier rang parmi les orateurs chrétiens. Nous n'avons pas à l'étudier ici comme prédicateur, mais simplement comme écrivain religieux, et à ce titre nous vanterons comme elle le mérite l'excellence de ses discours. Personne ne sait mieux déduire, mieux diviser et mieux établir ses preuves. Son éloquence, profondément fondée en raison et en autorité, s'appuie sur une science forte , sur une logique sévère, et procède avec un ordre admirable remplissant exactement tout le cadre qu'il s'est tracé, au moyen d'une élocution abondante mais châtiée, austère mais avec élégance. Sa manière de concevoir, de distribuer et de traiter un sujet rappelle assez ces grandes lignes, belles mais un peu tnonotones des monuments religieux di^ siè^ de de Louis XIV, sans avoir rien toutefois de la piété chagrine de Port-Royal et de la sécheresse systématique dont se sont plus ou moins attristés plusieurs moralistes célèbres de cette époque. Bourdaloue n'a jamais rien exagéré, ni rien affecté ; sa parole dit tout ce qu'il veut dire, et rien que ce qu'il veut dire : éloge qui suflSrait pour le placer au premier rang parmi les écrivains sérieux de la littérature chrétienne. Ses sermons, pleins de substance, sont des traités complets dont la doctrine est toujours sûre, la division totyours exacte, la distribution toujours lumineuse, et l'exécution toi^gours entièrement satisfaisante. C'est par ces rares qualités que le P. Bourdaloue a toujours mérité au plus haut degré l'estime des esprits solides et la confiance des amis de la vérité. « Le P. Bourdaloue , écrivait ma de ses critiques, est plus avocat que prédicateur, plus propre à convaincre les gens d'esprit qu'à émouvoir le peuple. Il est admirable du côté du raisonnement, mais il a peu d'onction et même de pathétique. Il a cette force qui vient de la raison, du vrai mis dans son jour, d'un esprit solide et ferme ; et non celle qui vient dusentimeut des mouvements et d'un coaur tendre et affectueux. On pourrait dire de plusieurs prédicateurs qu'ils apportent des raisons plutôt qu'ils ne raison* nent, et qu'ils apportent des preuves plutôt qu'ils ne prouvent. Le P. Bourdaloue démontre, tant par les preuves directes les plus évidentes et les mieux choisies, que par la réfutation la plus complète et la plus entière de tout ce qu'on pourrait lui objecter avec la moindre vraisemblance. C'est surtout dans ce dernier point qu'il excelle : il rôiduit le pécheur au silence; il ne lui laisse ni prétexte ni excuse ; il le force à se con-^
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damner, h se mépriser lui-mômc, à rougir (le dirai-je ?) de sa sottise et de sa folie. Et voilà cette dialectique victorieuse, par laquelle le P. Cerutti le caractérise. Le P. Bourdaloue pénètre d^aulant mieux le pécheur de cette hoito salutaire, qu*en lui prouvant ce (m*il devrait ôtre, il lui montre ce qu*il est. Le P. Bourdaloue connaissait parfaitement les hommes et le monde, le codur et les mœurs, et il les peignait, ou, pour mieui^ dire, il les racontait, les exposait, les décrivait. Par I& il intéressait, car rien n*intéresse plus que la peinture des mœurs. Hais ses descriptions., quoique vives, sont sans imagos. C était un homme de grand seps plutôt qu*un homoie d*esprit, ou ])lutôt qu'un homme d'iniiagination, a prendre ces termes daqs Iç sens qu*on y attache d*ordinaife^ Il 9 peu de CQS traits qui peignent d*un mot, de cos expressions de génie gui présente(it une \dée commune sous une iace toute nouvelle. Il n*étonne point en détail, mais il attache, il retient , il Qxe et contente toujours. C*est une abondance continue, mais une abondance de choses , qui remplit, gui comble. Quand il a tout dit, on est surpris au*il ait tant dit ; et de Tétonnement naît la réflexion. »
A toutes ces qualités si estimables, le P. Bourdaloue joignait un sens parfait des convenauceSi et tout ce qu*il y avait à dire il savait toujours le dire bien, sans ofienser jamais ceux qu'il entreprenait de corriger.
C*est ainsi qu'ayant à parler devant la cour sur l'ambition, il prend ces précautions oratoires :
« Plus votre rang vous distingue des autres, plus vous devez vous en approcher, plus vous devez, pour user de cette expression , vous humaniser; plus vous devez avoir de douceur , de modération, de charité. Si j'insiste sur cette morale, et si je le fais avec la sainte liberté de la chaire, vous ne pouvez la condamner. Quand je parle aux peuples, mon ministère m'oblige h leur apprendre le respect et Tobéissance qu'ils vous doivent ; mais puisque je vous parle dans cette cour, puisque j|e parle 2^ des grands, je dois leur dire ce qu'ils doivent aux peuples. »
Dans un autre sermon, traitant la question si délicate des attachements criminels et de la nécessité de les rompre, Bourdaloue combat ainsi les prétextes qu'on pourrait lui opposer :
< Je ne puis, dites-vous.— Vous ne le pouvez ? Et moi je prétends, souffrez cette ex- I)ression, oui, je prétends qu'en parlant de a sorte, vous mentez au Saint-Esprit et vous faites outrage à la gr&ce. Voulez-vous que je vous eh convainque! mais d'une manière sensible, et à laquelle vous avouerez que le libertinage n'a rien à opposer? Ce ne sera pas pour vous confondre, mais pour yous instruire comme mes frères, et comme des liommes dont le salut doit m'ôtre plus cher
5[ue ma vie même : Non ut confundam vos, «a disposition où ie vous vois m'est favorable pour cela ; et bui\x m'a inspiré d'en pro-
fiter. Elle me fournit une démonstration vive, pressante, à quoi vou^s ne vous attendez pas, et qui s'offrira pour votre condamnation, si vous n'en fiiites le motif de votre conversion... Ecoutez-moi, et jugez-vous. Il y eu a parmi vous, et Dieu veuille que ce ne soit pas le plus grand nombre ! qui se trouvent, au moment où je parle, dans des engagements de péché si étroits, à les en croire, et si forts, qu'ils désespèrent de pouvoir jamais briser leurs idoles. Leur demanacr 3ue, pour le salut de leur ftme, ils s'éloignent e telle personne, c'est, disent-ils, leur demander l'impossible. Mais cette séparation sera-t-elle impossible, dès quM faudra maN cher pour le service du prince à qui nous faisons tous gloire d'obéir ? Je m'en tiens à leur témoignage. Y a-t-il un d'eux qui, pour donper des preuves de sa fidélité et de son zèle, ne soit déjà disposé à nartir et à quitter ce qu'il aime? Au premier omit de la guerre qui commence à se répandre, chacun s'engaçe, chacun pense à se mettre en route; point de liaison qui le retienne ; point d'absence qui lui coûte et dont il ne soit résola de supporter tout Tennui. Si j'en doutais
f)Our vous, je vous offenserais; et quand je e suppose comme indubitable, vous recevez ce que je dis comme un éloge et vous m'en savez gré. Je ne compare point ce qu'exige de vous la loi du monde et ce que la loi de Dieu vous commande. Je sais qu'en obéissant à la loi du monde vous conserverez toujours la. même passion dans le cœur, et
au'il y faut renoncer pour Dieu ; et certes, est bien juste qu'il y ait de la différence entre l'up et Tautre, et que j'en fasse plus pour le Dieu du ciel que pour les puissances de la terre. Mais je veux seulement conclure de là que vous imposez donc à Dieu, quand vous prétendez qu'il n*esl pas en votre i)ouvoir ae ne plus rechercher Iç sujet criminel de votre désordre, et de vous tenir au moins pour quelque temps, et pour vous éprouver vous-mêmes, loin de ses yeux et à(e sa présence; car, encore une fois, vous relienarat-il quand l'honneur vous appellera? Avec quelle promptitude vous verra-t-an courir et voler au premier ordre que vous recevrez, et que vous vous estimerez heureux de recevoir? Quiconque aurait un moment balancé serait-il digne de vivre? Oserait-il paraître dans le monde? N'en deviendrait-41 pas la fable et ie jouet? »
On peut juger par ce passage de tout l'art et de toute Phabileté de l'orateur h combattre les mauvais penchants par les bons, et à chercher ses armes dans les cœurs mêmes et dans les habitudes do ceux qu'il instruit. Avec quels ménagements il les reprend I Avec quelle adresse il les circonvient en quelque sorte et les met dans ses intérêts, en faisant appel à des sentiments dont ils s'honorent ! Comme lisait en même temps effleurer délicatement l'amour-propre le plus légitime du roi qui l'écoute, et lui offrir un éloge d'autant plus délicat qu'il est moins direct I
Avec tant de tact et de convenaucci le P-
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Bourdaloue ne pouvait manquer do réussir i la cour de Louis XIY, qui aimait en même temps la piété dans les actes d la discrétion dans les manières. Bourdaloue avait cela de particulier, qu*il mettait toute la délicatesse