‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 37 sur 194 · CAMUS · texte numérisé non relu

CAMUS

d*un vieux courtisan au service, non pas de son ambitioD, car il n*en avait pas d'autre que d'accomplir son devoir, mais de sa charité et de tout le zèle d*un apôtre.

CALMET (Dpm Aogvstin), — savant estimable» dont la vaste érudition et la bonne foi ne sont malheureusement pas toujours soutenues par une critique bien éclairée. On dit que Voltaire cherchait dans les traités de dom Calmet des objections contre la foi et les lui empruntait sans s'embarrasser des réponses. Dom Calmet mourut en 1757, à l'abbaye de Sénones, après avoir composé pour lui-même cette épitaphe :

HiG JACBT

Fbater Augustinus calmet Nations Lotharus , Beligione Christianus, «

FiDE y Rom. C athol.

Professions Monaghus

Abbas domine.

LeGI y SCRIPSI 9 ORAVI ; UtINAU ! BENB.

Exspccio donec veniat immuiaiio mea.

Yenif Domine Jesu»

4 Amen,

Le Diciionnaire de la Bible de dom Calmet est un ouvraee très-utile , et Ton peut encore profiter beaucoup dans l'étude de ses Commentaires sur VEcriture sainte. Il publia vers la fin de sa vie un Traité des apparia tions empreint d'une excessive crédulité. On lui reproche aussi d'avoir t^op négligé soji slyle.

CAHPANELLA (Thomas), — religieux dominicain, célèbre par son utopie communiste intitulée : La cité du soleilj dont M. Ville^rdelle et madame Louise Collet ont publié récemment deux traductions. C'était un esprit ardent» ami passionné de la vérité et de la justice, mais ayant trop peu le tact des convenances et ne sachant pas régler son zèle. Aussi se fit-il des ennemis implacables, et eut-il à souffrir pendant vingt-sept ans tout ce que la méchanceté des hommes peut inventer d'atrocités et de tortures. Le grand tort de Campanella était de rêver pour les hommes dégradés par le péché originel un ordre de choses qui leur serait applicable s'ils étaient parfaits, et c'est par là que pèchent et pécheront éternellement les utopies socialistes. On les réfutera toujours en leur disant : C'est trop beau ! Et en effet, on peut voir de notre temps que les plus enthousiastes prôneurs de la fraternité universelle ne peuvent s'accorder seulement deux ou trois ensemble. La religion seule peut apprendre à l'homme qu'il ne doit rien s'approprier ici-bas, puisqu'il n'emporte rien avec lui dans la tombe, que la conscience de ses crimes ou de ses vertus. Seule elle peut fonder sur rabnéi;'tion et le désintéresse-

ment la communauté des enfants de Dieu, et c'est ce qu*elle a fait dans ses monastères. Un seul homme a compris le vrai socialisme catholique, et a pu réaliser dans le monde l'association spirituelle et temporelle des hommes dans une communauté d'études et d'efforts yers un but commun : cet homme se nommait Ignace de Loyola : nom qui fait encore frémir et trembler les ennemis de l'Eglise. La communauté entre les hommes a été, dès les premiers siècles et dès les premiers jours au christianisme, Tidéaldela perfection sociale; mais les hérétiques et les catholiques se sont séparés radicalement ({uant au principe de la réalisation de cet idéal. Les hérétiques voulaient la communauté des brutes, les catholiques aspiraient à la communauté des anges ; les uns voulaient faire de la terre une mangeoire commune, les autres un oratoire et un couvent; les uns disaient, comme Rousseau: L'homme est bon naturellement, et c'est la civilisation qui le dégrade ; les autres : L'homme est naturellement mauvais, par suite de la dc^chéance originelle, et la religion seule peut le rendre meilleur, en lui imposant l'aoné-

Sation et le sacrifice. La consécration du roit de propriété a été dès l'origine le seul moyen d empêcher les hommes de s'entredéchirer comme des bètes sauvages, en mettant des bornes àl'égoïsme de chacun, et si, maintenant plus que jamais, l'égoïsme se

Sonfle et bouillonne, ce n^est pas le moment e briser ou de lever les digues. Campanella, comme bien d'autres rôveurs, ne corn- {>renait pas ces tristes vérités, et crut soufrir pour la justice pendant qu'il n'était que le martyr de son ignorance et de sa pré* somption. Rien cependant ne saurait justifier les auteurs des tourments qu'on lui fit souffrir, et on ne saurait les attribuer à Tinclémence de l'autorité ecclésiastique, puisqu'il dut sa délivrance au pape lui-même, et fut accueilli à Paris, où il se réfugia, par les bienfaits du cardinal de Richelieu. II y mourut en 1639, âgé de soixante-onze ans. Il a laissé quelques opuscules sur les sciences et la poésie , et l'on peut résumer en ces mots tout ce qu'on pourrait dire sur lui : Ce fut un savant incomplet, un philosophe incompris et un poëte malheureux.

CAMUS (Le). — Jean-Pierre Lb Cauus , évoque de Bellev, ami de saint François de Sales, a essavé de conquérir pour la relieion le domaine de la littérature profane. C'était un esprit loyal et hardi, qui ne croyait pas

Su'on remédiât assez aux désordres en les issimulant : il écrivit contre les abus de rétat monastique, et fut accusé^ par ceux qui '

CESAIRE

CANTfOtK

étaicnl iutéressés à la conservalion de ces abus, d*avoir voulu détruire la religion en conséquence d*un serment prêté par lui, à ce qu*on prétendait,- dans un conciliabule secret tenu à Mortfontaine : calomnie que le zèle et les vertus épiscopales de révèaue de Bellej ont suffisamment réfutée. Jean-Pierre Le Camus, dans son vif désir d'amener les personnes du monde k la connaissance et à ramour des vérités chrétiennes, a un peu trop sacrifié, dans ses livres, au mauvais goât de son siècle. Son style est vif, leste, brillant, mats déparé souvent par des jeui de mots puérils, et surchai^é u une érudition mal diçérée. 11 aurait dû mieux profiter de ses relations avec Tillustre évéque de Ge« nève, pour prendre un peu de son immor-* telle simplicité et de sa grAce sans apprêts. Voyant que les gens du monde négligeaient pour les romans la lecture des livres de piété, il eut ringénieuse idée de prêcher la morale dans des romans, et en composa plu* sieurs qui eurent du succès dans son temps. {Voy. Roman.)

Ea voici les'pr5ncip«ui titres : Dorothée^ Paris, 1621. ~ Uyacinihet histoire catalane, in-8% Paris, 1627. — Les spectacles d'horreur^ in-8*, Paris, 1630. — Alcime, relation funeste, in-12, Paris, 1625. ^ Spiridion, ou Tanachorète de l'Apennin, in-12, Paris, 1623. — Alexis, in-S*, Paris, 1622.

CASAS (Las). — Barthélémy de Las Casas, évéque de Chiapfia, dans TAmérique septentrionale, auteur d'un mémoire historique intitulé : De la destruction des Indes, se fit le défenseur des Indiens contre la férocité des aventuriers espagnols, et vint lui-même plaider leur cause, qui était celle de la religion et de Thumanité, devant le roi d'Espagne. La philosophie du siècle dernier a voulu rejeter sur la religion des crimes dont elle ne pouvait pas même être le prétexte, comme s'il y avait quelque chose de commun entre les enseignements de la charité et des actes inspirés par la grossièreté, la débauche et 1 amour de l'or. Cependant Marmontel luimême, dans son roman des Incas, a rendu justice à l'humanité de Las Casas, seul véritable représentant de la religion parmi ces peuples opprimés. Cet homme de Dieu, après avoir consacré à leur défense les plus héroïques efforts, se démit de son évêché, et revint définitivement en Espagne, pour n'être plus témoin d'un mal quil ne pouvait empêcher, et qui lui déchirait le cœur. U mourut à Madnd en 1566.

CASSIEN. (Voy. Piass du désert.)

CESAIRE, ou Césarius, frère de saint Grégoire de Nazîanze, médecin célèbre et pWlo»<>phe chrétien, eut la magnanimité de défendre la religion contre l'empereur Julien lui-même, dans une conférence publique. Julien, gui, comme on sait, se piquait de modération, soit qu'il eût reconnu eombiea les persécutions avaient accru et favorisé les succès du christianisme , soit qu'ayant reçu lui-même une éducation chrétienne, il eût subi comme malgré lui l'influcuce des doctrines de miséricorde ci de

douceur, Julien, vaincu par Césarius, lui pardonna, ce qui était, pour un sophiste, le comble de la générosité, et s'écria en le congédiant : Heureux père 1 malheureux enfants ! témoignant par là combien il estimait Césarius et son frère Grégoire, et combien il eût désiré les amener è lui, et les gagner à sa cause.

Césarius a laissé plusieurs ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous; les Dialogtses qui lut sont attribués, dans la Ai6h'otkique des Pires, et qui ont été également attribués à saint Grégoire de Nazianze, étant d'un écrivain anonyme beaucoup plus récent.

CANTIQUE. — Le cantiaue, dans son origine, se confond avec l'ode, et leurs deux noms signifient la même chose. C'est Peipression d'un sentiment élevé de l'âme, destinée à être chantée. L'ode , à son origine, était essentiellement religieuse, et il serait difficile encore de lui faire perdre ce caractère sans la priver de ce qui fait toute sa force, c'est-à-dire de l'enthousiasme. (Yoys Poésie lyrique. Ode, PsàCMBs.)

Le nom de psaume se confond également avec celui d'ode et de cantique ; il nV a entre les trois mots que la différence aes langues où ils prennent leurs racines, et tous trois signifient également chantei. Le nom de psaume est resté exclusivement consaeré aux poésies lyriques et prophétiques de Da* vid ; le nom d'ode, consacré par la poésie grecque, convient mieux ordinairement aux sujets profanes, et le nom de cantique est habituellement affecté aux compositions religieuses accompagnées de chant.

Les cantiques, chez les Hébreux, étaient consacrés à l'action de grAces. 11 nous en reste deux de Moïse, qui sont des chefsd'œuvre, l'un improvisé après le passage de la mer Rouse, l'autre composé après la promulgation de la loi, et formant comme l'épi* logue du Deutéronome. Le premier respire l'enthousiasme du triomphe et Texaltation de la foi ; jamais la poésie religieuse ne déploya plus de granaeur et ne s^élança avec plus de force : l'inspiration lyrique est à son comble. Quel spectacle I en effet : la mer Rouge est couverte de débris commeaprès un naufrage, et ce qui vient de périr là, c'est tout un peuple de persécuteurs pr s dans les eaux comme dans un filet immeose. Un seul instant a porté les Israélites de Teitrémité de la crainte à toute l'assurance de la victoire. L'ombre de la colonne de nuées plane encore comme un voile funèbre sur le tombeau muuvanl de l'Egypte entière. Mais le peuple élu, sauvé de L'esclavage et du

Slaive, est environné d'une luoiière respleoissante C'est alors que l'esprit du Seigneur s'empare de la prophétesse Marie; elle saisit le lymponum, dont les sons précipités annoncent la joie ; elle s'apprête à accompagner la voix de son frère. Moïse, debout sur un rocher qui domine toute la mer, commence alors d'une voix retentissante, ei tout le peuple répète , à mesure qu'il l^*^ prononce, les paroles de son cantique : « Chantons au Seigneur! il a magnili^ue-

ÎSù

CiNTIQUE

CANTIQUE

ueot fait éclater sa gloire : il a renversé i(ans la mer le cheval et le cavalier.

i Ma force et ma louanget c*est le Seigneur, et il s*est fait mon salut. C'est lui qui est mon Dieu, et je le glorifierai ; c'est le Dieu de mon père, et je T'exalterai I »

Voilà le début et la dédicace de Fode sacrée ; l'enthousiasme y est motivé par renoncé rapide du sujet. Tout plein encore de b grande action qui vient de s'accomplir, le prophète en parle avec une sorte de saisis* sèment. Toute cette armée innombrablct tonte cette bnivante cavalerie, viennent de disparaître k la fois comme un seul homme et un seul cheval abîmés ensemble. En présence des éléments soulevés , toute gloire humaine s'anéantit, et c'est la puissance de Dieu seul qui éclate avec magnificence: 6/0riose mim magnificatus e$L

L*âme du prophète, abaissée et comme anéantie devant tant de grandeur, se relève tout à coup pleine de confiance, et prend les ailes de la reconnaissance et de l'amour poar s'élancer vers celui xpii la sutgugue V&rtes merveilles : c Pourquoi craindrais-je de le glorifier ? M'est-il pas mon Dieu ? Pour*

ÏDoi oe l'exallerais-je pas 7 N'est-il pas le ieu de mon père ? u Ainsi, dans le début, on (louye deux mouvements distincts : l'ad* miratioQ et l'épouvante qui abattent ; la re* connaissance et l'enthousiasme qui relèvent. Tout le sujet et toute la forme du cantique soot annoncés et se font pressentir dans le début, et l'on peut remarquer ici les analogies des trois genres principaux de la poésie \ le genre épique, le genre lyrique et le genre dramatique. Peut-être faudrait-il placer le genre lyrique le premier, comme générateur des deui autres. Quoi qu'il en soit, il faut, dans les trois genres, commencer par une exposition du sujet qui contienne les élé* ments du poëme entier ; et les grands mai* très n'v manquent jamais.

Apres l'exposition et Tinvocation, le récit commence dans l'épopée, et la louante dans le cantique. Cette louange doit être tirée du fuod même du sujet, car l'ode ou le cantique sont l'épopée du sentiment, gui ne doit pas s'écarter de son objet. Le poète lyrique ne raconte pas les faits, il les voit et suppose que nous les vovons aussi, ou plutôt il fait passer en nous resprit qui le domine, et les tableaux qui frappent sa pensée nous ipparaissent reuélés par la poésie de ses pa- , rôles.

Voici comment Moïse entre au cœur de ion sujet et nous fait revoir les grandes scè^ Des do passage de la mer Rouge :

• Le Seigneur est comme un homme de guerre, et le Tout-Puissant est son nom. Il A poussé dans la mer les chars de Pharaon ^t son armée, l'élite des chefs du roi d'& Sypte, a été submergée dans la mer Rouge.

• Les abtmes les ont couverts, ils sont descendus au fond comme une pierre. »

Ici le sujet s'agrandit : c'est, pour ainsi <ufe, une seconde exposition plus détaillée 40e la première, ou un premier récit abrégé sucure par raUiuiration. On sent que l'esprit

s*empare de plus en plus du prophète, d Sabord essouffle et comme anéanti par la gran* deur des choses qu'il avait à dire.

Après le premier tableau qui commence le cantic^ue, l'admiration du prophète et sa reconnaissance s'exhalent encore : c Ta droite, Seisneur, s'est montrée grande dans sa force ; ta droite a frappé l'ennemi dans la multitude de ta gloire ; tu as renversé tes adversaires, tu as envoyé ta colère qui les a dévorés comnie une paille. » ,

Puis le récit rerx)mmence plus complet cette fois, et plus circonstancié, mais peint avec tant de vivacité qu'en quelques traits il met sous nos yeux cette scène immense et nous agite tour à tour d'espérance, de terreur, d épouvante et de joie.

« Au souffle de ta fureur se sont rassemblées les eaux ; l'onde fluide s'est dressée, les deux abtmes se sont resserrés au milieu de la mer.

« L'ennemi a dit : Je les poursuivrai et je les prendrai ; je partagerai les dépouilles, mon âme en sera enivrée ; je tirerai mon glaive, et ma main les tuera....*.

« Ton vent a soufflé, et la mer les a recouverts; ils ont été submergés comme ua plomb dans les eaux impétueuses. »

On peut remarauer la gradation de ces

puis le dessin, puis le tableau avec toutes ses couleurs, et les sentiments suivant dans leur expression une gradation pareille, et éclatant comme des applaudissements adres* ses à Dieu après chaque manifestation nou* velle du miracle célébré dans le cantique.

« Qui est semblable a toi parmi les forts. Seigneur ? Qui est comme toi magnifique en sainteté, terrible et digne de louanges, et faisant des choses admirables ?

« Tu as étendu ta main, et la terre les a dévorés. »

La terre est prise pour le sol personnifié en quelque sorte, et la mer est aussi comprise dans cette dénomination générale.

Ici finit, par ce résumé grandiose et fait en deux mots, la première partie du canli-* que, qui contient le récit du miracle. Dans la seconde partie, le prophète tire de ce mira-^ cle des conséquences pour l'avenir; il y trouve des motifs de foi et d'espérance pour .le peuple : le triomphe sur les Moabites, sur 'les Edomites et sur les Philistins est assu^ ré, puisoue Dieu combat avec les enfants d'Israël. Moïse raconte d'avance leur défaite, puis il leur envoie Tépouvante comme une malédiction, et promet aux succès de son peuple l'éternité de Dieu lui-même.

« Le Seigneur régnera dans l'éternité et au delà ; » hyperbole dans le génie oriental. Qu'y a-l-il au delà de l'élemilé ? l'éternité toujours. Mais pour peindre l'infini de durée se succédant sans cesse à lui-même, il faut bien que le poëte se serve des images empruntées au temps.

Il résume enfin tout son cantique en expliquant le sens du mot oicenisort employé

CANTIQUE

au premier yersoti par celui iTeque^^ qu'il applique à Pharaon, et il nomme ici le roi d Egypte, pour faire corappendre qii*it s'agissait de lui au commencement de I*ode, lors* que Moïse disait : « Dieu a renversé dans la mer le cheval et le cavalier.

« L'homme k cheval, Pharaon, est entré dans la mer avec ses chevaux et ses chars, et le Seigneur a ramené sur eux tes eaux de la mer. Mais les enfants dlsraël, pendant ce tenu)s-Ià, l'ont traversée à sec en marchant au fond de Tabtme. »

Alors le chœur des jeunes filles et la prophétesse Marie reprennent au bruit des instruments :

c Chantons au Seiçneur! il a magniQouement fait éclater sa Kloire : il a renversé dans la mer le cheval et le cavalier ! »

Tel est dans le texte, ({ue nous traduisons littéralement, cet admirable cantique, un des chefs-d'œuvre de la littérature des livres saints. Il est difficile de faire passer dans le génie de notre langue tout ce que renferme cet admirable chant historique et religieux d'un peuple et d'un temps si éloignés de nous. Il existe plusieurs traductions en vers du cantique de Moïse, et aucune ne nous a paru répondre à la grandeur de l'original ; aucune surtout ne reproduisait cette exaltation prophétique et cet enthousiasme d'une foi qui croira désormais tout possible. C'est ce sentiment entraînant qui fait la plus grande beauté du cantique ; aussi est-ce là seulement ce que nous avons essayé de re-

Sroduire, en nous bornant à imiter ce qui a té jusqu'à présent assez malheureusement traduit.

Cantique de Moite après le passage de la mer

Rouge.

Consacrons au Seig;iieur les chants de la victoire ; Il a superbement fait éclater sa gloire : Il s*esl levé pour nous armé comme un guerrier, Et sa main , comme un piège, ouvrant la mer profonde.

Fait trébucher dans Tonde

L*homme avec le coursier!

Les chars du roi d*EffYpte ont roulé dans le gouffre. Diea vient briser lesTers de son peuple qui souffre. Il a des oppresseurs déjoué les complots : Les chefs de Pharaon, tous ses hommes de guerre

Lancés comme une pierre

Sont lombes dans les flots.

Dieu des forts, gloire à toi I Ta droite est invinciide. Ta colère a passé dévorante et terrible ; Ton souffle était présent, la vague s*arréta : L*abtme avait compris Tarrét de tes vengeances ;

Gomme des murs immenses,

L*eau jusqu*au ciel monta.

Notre ennemi disait : Ma main n'a qu*à s*étendre ; Je les vois, je les suis, marclions, je vais les prendre ; A la pointe du glaive ils seront tous comptés! L'insolent parle encor... Dieu souffle, la mer gronde.

Et comme un plomb dans Tonde

Us sont précipités.

Ah ! conduis-nous toujours, et que la terre tremble !

Seigneur, nous braverons tous les peuples ensemble.

Les géants pâliront en nous voyant marcher;

Et lorsque nos rivaux reviendront de leur crainte. Sur ta montagne sainte Qu'ils viennent nous chercher !

CANTIOUE 151

Pharaons, rois mortels, venez, roulez en foale : Une vague vous prend, pnto avec vous s*dcooie; Mais du peuple choisi le cieh garde les jours. Votre cendre à nus pieds comme un lûnoa s'eatasfc,

Une éternité passe.

Et Dieti règne toujours!

Dans cet essai d*imitation , nous avons omis quelques répétitions fort belles dans Fhébreu, et nous avons un peu changé la construction de l'ode pour satisfaire aui exigences du gcMàt français, qui veut toiqours qu'on garde pour la^ Gn les iiaages les plus saisissantes et les traits les f)lus forts. Nous n'avons d'ailleurs pas besoin de dire^ue BOUS ne> te donnons pas comme un modèle, mais simplement comme un exemple.

Le second caotique de Moïse est d'un mouvement bien différent du premier, e( ces deux compositions peuvent servir k caractériser deux manières de traiter en poésie lyrique les sinets les plus élevés. Dans l'une 1 inspiration déborde comme un torrent qui rompt ses digues, s'élance à bonds préctfJK tés et entraîne tout sur son passage ; dans Tautre, elle coule et se déploie- avec la majesté et la tranquilKté d'un grand fleuve qui réfléchit à la fois dans son cours la &ce ac* cidentée du ciel et les passages variés de ses rives. Le cantique que nous venons d'aoa* lyser appartient au pretnier genre; ooas avons à voir maintenant un modèle admira* ble du second, dans le second cantique de Mqjise qui se trouve vers les derniers chapitres du Deutéronome. Ici le prophète a changé de rdie : toinours médiateur entre le ciel et la terre, ce n est plus au ciel qu'il n présenter les hymnes de la terre, c'est à la terre qu'il expliquera les volontés du ciel ; aussi s élève-t-il plus haut que les cicui ri* sibles, et , comme s'il était debout au pied du trône de la vérité éternelle, il adresse ses enseignements à la création tout entière:

« Cieuxy écoulez ce que je dis, que ta terre entende les paroles de ma bouche.

« Que ma doctrine s'accroisse comme la pluie ; que mon langage coule comme la rosée et comme les gouttes d'eau sur les gazons.

« Parce que j'invoquerai le nom du Sei*

Sieur; donnez la magnificence à notre ieul »

Voilà le début, l'exposition et l'invocation. Le début vous élève au point de vue du poëte et vous rend raison de son enthousiasme. Il parle de la part de Dieu, et la création tout entière doit être attentive. Son apostrophe au ciel et à la terre ost sublime, parce qu'elle est sérieuse de sa part. Tout autre qu un prophète serait ridicule de prendre un ton si élevé.

Que ma doctrine croisée comme la pluie: cette expression poétique peut sMnterpréter de deux manières : premièrement, U peut être question de ces pluies qui commena^nl doucement et vont en augmentant toiyours; secondement, on peut attribuer à la plnio elle-mém» la croissance qu'elle donne aui

CANTIQr£

plantes» dans la sève desquelles elle passe réellement, de sorte qu'elle grandit avec leur lige et se multiplie avec leurs feuilles e( leurs fleurs. Peut-être les deux sens élaient-ils dans la pensée du poëte et ne servont-ils, par leur concours, qu*à rendre la comparaison plus riche et 1 expression plus belle.

Après ce début, le poëte commence à ra* conter les bontés de Dieu et les iniquités de soD peuple; il fait tonner sur Israël prévaricaleur les menaces de Jéhovah ; dans ce cantique dogmatique, la prospérité est montrée comme un éeueil pour la sagesse, et la douleur comme un remède à la folie du péché. Dieu nunit pour guérir, et frappe parce qu'il est père ; telle est la profonde moralité qui ressort des belles images que Moïse emploie dans ce cantique.

« Dieu s*est irrité, parce que ses fils et ses filles Tont provoqué, et il a dit : « Je leur cacherai mon visage, et je verrai comment ils finiront. »

Ainsi Dieu ne s'irrite qu*en raison même de sou amour, et Ton se rappelle ici les belles et touchantes paroles que TEglise, da/js son office de la semaine sainte, met dmsU bouche du Sauveur se plaignant avec me amère tendresse de la trahison de Judas : Si un autre m*avait offensé, je Taurais supporté sans me plaindre ; mais toi dont lame était unie à mon âme : iu autem^ ho* mo vaantmtf, dux meus et notus meusl C'est ainsi que TEternel est offensé par son peupie, par ses enfants, filii et filiœ. Et que fera-t-il |>our les punir î Voyez-le ; il se couvre le visage des deux mains, comme un père qui pleure; il se tait, et il les abandonne à eux-niëmes ! Les malheureux seront assez punis! Je cacherai mon visage et je les regarderai mourir: car Dieu nous voit toujours, même quand il se cache. Quelle grandeur dans ce silence de Dieu, patient parce qu il est éternel 1 et comme il nous lâilbieu entendre quelle est la nature de sa colère 1 Quand Dieu veut punir, il n*agit pt il se retire. Sentir sou action même lorsau'il nous tourmente, c'est la vie ; mais De plus le voir, ni le connaître, ni le sentir, c'est la mort pour les individus comme pour les nations.

/ Vous m*avez préféré ce qui n*était pas l^ieu ; moi je vous préférerai ce gui n est Pf^ un peuple, et je vous rendrai jaloux «l'une race insensée. »

Des traits sublimes apparaissent, à travers ces menaces, comme des éclairs dans les ouées du Sinai. « J'ai parlé ; où sont-ils ? • ^it le Seigneur, dont la seule menace a décoré ses ennemis ; et ailleurs il lève la main *u ciel et jure par lui-môme que réternité ^ à lui : Levabo ad cœlum manum meoni, et wcam ; Tito ego in œtemuml

Après ce cantique dogmati^iue et moral, nous placerons les chants patriotiques et sacrés de Débora et de Judith, les deux hé- |;oioes auxquelles il faut joindre Jahel, cette lemnao dont Thospitalité fut si terrible. Com- (uençons donc par le cantique de Débora.

CANTIQUE

« Vous qui, parmi les enfants d*lsraël, avez volontairement exposé votre tie aux dangers, bénissez le Seigneur ! Ecoutez, rois, princes, prêtez l'oreille: c'est moi, c'est moi, qui chanterai le Seigneur, qui offrirai mes chants au Dieu d'Israël. j>

Ainsi Débora s'adresse d'abord aux hommes de guerre dlsraël, puisqu'il s'agit d'une bataille gagnée par eux, puis aux rois et aux princes, parce que la chute de Sisara est pour eux un terrible exemple. Heureuse d'être, malgré l'infirmité de son sexe, admise à gouverner le peuple de Dieu et à chanter les louanges du Seigneur sur la harpe des prophètes, elle s'écrie deux fois avec admiration : Ce$t mot, c*est moi qui chanterai le Seigneur I Puis elle rappelle les anciennes merveilles de Dieu, et dit comment, après le miracle du Sinaï, après les triomphes de ' Samgar, dont elle rattache le nom à celui de Jahel, qui était probablement sa parente ou son alliée; comment, disons-dbus, après ces jours, les hommes forts manquèrent en Israël.

C'est alors que se leva Débora, et le peuple de Dieu eut une mire 1 Parole sublime de la part d'une femme qui gouverne I Régner, pour elle, c'est être mère ; eue comprend le pouvoir comme Dieu exerce sa providence.

Mais Dieu réserve son peuple à de nouveaux combats : il a renversé lui-même les portes des ennemis. En avant 1 braves d'Israël ; prenez le bouclier et la lance ! Chefs des légions du Seigneur, ne rougissez pas de combattre sous les yeux d'une femme qui vous aime, puisque vous êtes ses enfants. Cor meum diligit principes Israël y dit la guerrière Débora, après s*être donné le nom de mère du peuple. Il y a une grande habileté dans cette parole. La faiblesse de la femme disparaît dans l'autorité de la mère, et cette autorité elle ne l'exerce que par une sainte affection , elle ne dit pas : Je commande aux chefs de l'armée, ce qui humilierait l'orgueil des soldats ; elle dit : J'attue les princes aïsraëly et cette affection de leur mère est pour eux un encouragement et une récompense.

Après cet exorde insinuant, la propnétes>se répète comme un refrain les paroles de son début : c Vous qui vous êtes offerts volontairement au danger, bénissez le Seigneur. » Ici nous la laissons parler :

« Vous qui montez les ona^s à la robe brillante, qui siégez pour le lugement, ou qui marchez dans la voie, parlez : dites où ont été brisés les chars les uns contre les autres, et où une armée a été étouffée, pour que nous y chantions les justices du Seigneur, et sa clémence envers les forts d'Israël ! C'est maintenant que le peuple du Sel* gneur peut s'asseoir aux portes où Ton rend la justice, car il est roi parmi les peuples 1

« Lève-toi, lève-toi, Débora ; lève-toi, lèvetoi, et dis un cantiauel Lève-toi, Barac, et prends tes captifs. Gis d'Abinocm I

« Les restes du peuple sont sauvés ; le Seigneur a combattu avec les forts 1 » Quel enthousiasme guerrier! quels chants

r9 CÂNTlQlIt

de victoire ! Les cris éloquoDis de la poésie triomphante se succèdent avec rapidité dans cette ode, comme les éclats de la trompette. La victoire est remportée, et Débora, qui est une mère, songe à ses enftnts aue la guerre a épargnés. Elle fait la revue de son armée triomtmante, elle nomme les tribus qui se sont distinguées à cette guerre, et flétrit ceun des enfants d*Israël qui se sont abstenus d'y prendre part.

« Les rois sont venus, dit-elle ensuite, et ils ont combattu ; ils ont combattu les rois de Cbanaan à Thanach, près des eaux de Mageddo, et toutefois ils n'ont pas emporté de butin i

« Le ciel a combattu contre eux ; les étoi* les, rangées en bataille, sans sortir de leur

Jklace et sans interrompre leur coursCf ont utté contre Sisara 1

« Le torrent de Cison a traîné leurs cadavres dans ses edux, et Tesprit du torrent a dit : J'ai broyé la dépouille des forts.

« Les ongles des chevaux tombaient dans l'impétuosité de leur fuite, pendant que les plus puissants de l'armée ennemie roulaient dans les abtmes.

« Maudissez la terre de Héros, a dit l'ange (lu Seigneur ; maudissez ses habitants, parce qu'ils ne sont pas venus au secours du Seigneur, à l'aide de ses braves guerriers.

« Hais bénie soit entre les femmes Jahel, femme de Haber le Cinéen, et bénie soit la tente qui lui sert d'abri I

« Elle a donné du lait à celui qui lui demandait de l'eau : elle lui a servi la crème dans la coupe des princes.

« De la main gauche elle a pris le clou, et de la droite un marteau de forgeron, et, choisissant la place du coup sur la tète de Sisara, elle a frappé et lui a troué vigoureusement la tempe.

« Il a rrmlé entre ses pieds, il s'est affiibli et il est mort, et il palpitait à ses pieds, où il gisait expirant et misérable !

If Regardant par la fenêtre, sa mère cependant l'appelait nar des cris douloureux, et du fond de sa aemeure elle disait : Pourquoi son char larde-t-il donc à revenir? Qui peut avoir ralenti la course de ses quadriges 7

« Une de ses épouses, plus sage que les autres, répondait alors a sa belle-mère: Peut-être qu'il partage les dépouilles, et qu'on choisit pour lui la plus belle d'entre les captives. On donne à Sisara, pour sà part, des vêtements de diverses couleurs et des bijoux pour orner le cou de ses femmes.

« Ainsi périssent tous tes ennemis, Seigneur; mais que ceux, qui t'aiment brillent toujours comme le soleil à son matin 1 »

Nous avons cessé d'analyser, parce que cette poésie, si magnifiquement orientale, nous débordait et marchait plus vite que nous. Cette grandeur, qui tient aux idées religieuses, jointe à ces cris de triomphe, peut-être un peu barbares, qui sont la couleur locale de cette œuvre antique; l'opposition entre la mort de Sisara terrassé par une femme et les idées de la femme même de

CàMtiQUE

âisafa, qui est déjà peut-être un pjBu jalouse de cette belle captive ({u'elle croit destinée au vainqueur ; les cris douloureux de sa mère inquiète pendant qu'on le tue, et sHnquiétant déjà de ne le pas voir revenir, tout cela appartient au génie de la femme autant qu'à celui de la nropbétesse; mais le patriotisme ardent, la naine des étrangers et lafureur du combat la rendent insensible aux délicatesses de son sexe, dont elle ne veut voir que le double triomphe. Elle raconte avec complaisance l'action de Jahel et Tagonie de Sisara. Les dernières angoisses de cet homme, le sang qui coule de sa tête traversée par un clou, ne la font point pftlir : on dirait qu'elle veut rivaliser d'énergie avec Jahel, afin de partager la fin comme le coin- j mencement de la victoire. !

Le cantique de Judith n'est pas d*une I moins sombre énergie : il commence aux i oris d'une ville sauvée, mêlés au bruit des I tambours et des cymbales. Judith rend grâ- | ces au Dieu qui termine les suerres comme , on tue les serpents en leur écrasant la tète. Ce Dieu a établi son camp au milieu de soi ! peuple ; que pouvait un misérable lieutenant du roi d'Assyrie? Les enfants d'Assur étaient tombés des montagnes comme les cataractes ; ils arrivaient poussés par l'aquilon comme des nuées ; leurs chevaux, en s'abreuvant, tarissaient les fontaines et dépouilIaieDt en passant les collines de leur verdure; quand ils passaient en se serrant les uns contre les autres, les torrents étaient arrêtés par une digue humaine ; ils apportaient la mort, l'incendie et l'esclavage. Mais voilà que Dieu lui-même prend le chef de cette formidable multitude et le livre aux faibles mains d'une femme! On doutait si des géants oseraient l'attendre, et il est tombé sans combattre, vaincu par un regard de la fille de Méraril

Parée comme aux beaux jours de son mariage, elle est allée tendre des pièges au chef superbe ; elle Ta pris comme un oiseau dans les filets de sa beauté, puis elle a coupé la tête à sa victime !

« Adonai, tu es grand, malheur à qui s'élève contre Ion peuple et contre toi: car personne ne pourra jamais se flatter de l'avoir vaincu.

« Tu as dit, et fout a été fait ; tu as envoyé ton esprit, et toutes choses ont été créées, et il n'e^t personne qui résiste à ta voii.

« Les montagnes seront arrachées de leurs fondements et emportées avec leurs fleuves ; les rochers se liquéfieront comme la cire devant ta face ; mais ceui aui te craignent seront toujours grands devant toi. »

Puis le cantique se termine par de nouvelles et plus terribles imprécations contre les ennemis du Seigneur et de son peuple.

S'il fallait comparer ensemble les cantiques que nous venons d'analyser, nous dinons que ceux de Moïse nous paraissent les plus sublimes, celui de Débora ie plus brillant, ii celui de Judith le plus patriotique et le plu: fier.

Le Nouveau Testament a aussi ses c^ir.ti

M CANTIQUE

ques, et ce sont tes plus admirables de tonte rEcriture sainte. Mais detant eux la littérature s'arrête, potlr &ire place à la piété qui s'incline. Il ne s'agit plus, en effet, de Télégance des imageS) ni de la pompe des expressions : le temps des figures est passé, et tout Téclat du laneage des hommes tombe et s'évanouit au seul murmure des lèvres du petit enfant de Bethléem. La grandeur des mystères surpasse tellement ici la puissance des termes, qu'un style si m|)Ie comme la vérité et modeste comme la foi suffit aux interprètes du Verbe éternel. Nous n'analyserons donc ici ni le Bmedieius^ ni le Magnificat^ de peur d'empiéter sur les droits des théologiens : car, pour expliquer toutes les beautés de ces cantiques, dont chaque mot exprime

Î|uelque particularité ineffable du plus probnd de nos mystères, il faudrait entrer dans des explications relatives aux mystères euxmêmes, et ce serait sortir du cercle que notre sujet et notre position nous ont tracé.

La composition et le chant des cantiques étaient en usage dans la primitive Eglise. SoÂnt Paul, dans une de ses Epîtres, recommande aux fidèles de s'édifier mutuellement par des hymnes et des cantiques. Il est à r^etter qu'aucune composition de ce genre ne soit venue de ces temps de foi jusqu'à nous ; mais il est probable que l'usage des cantiques s'étant perpétué dans l'Eglise, les premiers chants destinés à l'édification des catéchumènes et des fidèles ne se sont perdus qu^en subissant de siècle en siècle des transformations successives. Ainsi le recueil de cantiques doat on se sert mainte* nant dans les catéchismes et les assemblées de confréries, ne remonte guère plus haut que le xvu* siècle, et aurait déjà besoin d'être profondément modifié , ia plupart des poésies dont il se compose ayant déjà vieilli et ne supportant plus l'examen de la saine critique et du bon goût, du moins quant à la forme et à l'expression, le fond étant toujours assuré contre toute erreur par l'examen de l'ordinaire et l'approbation de NN. SS. les évêques.

11 serait à désirer que les poètes vraiment chrétiens consacrassent leurs loisirs à la correction et au renouvellement de nos cantiques ; les plus grands talents ne seraient Gint rapetisses par ce travail, et les plus biles, lorsqu'ils s'exerceraient dans ce genre si difficile, à force d'être simple, auraient de la peine peut-être à se trouver satisfaits d'eux-mêmes. C'est que les cantiques, destinés à tous les Ages et à tous les états, doivent, pour échapper à l'obscurité, aux contre-sens et au ridicule, réunir toutes les qualités qui font les succès populaires et universels. Le plus bel ornement des phrases, dans un cantique, doit être leur clarté ; l'expression doit être noble sans être jamais recherchée ; la métaphore ne doit jamais exposer une pensée novice à des erreurs ou à des contre-sens d'intelligence. Le ^ poète doit s'étudier à être plus clair, plus précis que le catéchiste lui-même ; car il n'a VAS, comme ce dernier, le loisir d'expliquer

CANTIQUE ÎCÎ

sa pensée d^abord mal comprise, et de la reproduire sous une autre forme. Quant aux mots qu'il doit employer, il n en a pas le choix lorsqu'il s^agit de dogme, et doit s'exprimer suivant toute la rigueur de l'exactituae théologique> en évitant toutefois d'être sec, guindé, ou d'abuser des lieux communs. Resserré dans l'étroit espace de quelques strophes, il faut qu'il insîruise l'esprit, qu'il touche le cœur et qu'il plaise encore au bon goût. On conviendra que la tâche est excessivement difficile.

On a déjà senti tout ce qu'il y avait d'inconvenant à mettre les cantiques sur des airs de chansons profenes, dont les titres mêmes, indiqués en tête de chaque cantique, semblaient une épigraphe irrévérencieuse et quelquefois insultante.

Nous avons dans notre enfance entendu avec une sorte d'effroi les airs révolutionnaires de la Marseillaise et du Chant du Dé^ party retentir encore dans le saint lieu, comme un triste souvenir des fêtes de la Raison. On avait parodié les chants de Rouget de risie et de Chenier. Tout le monde se souvient encore de ce refrain où l'on avait substitué le nom de chrétien à celui de Français, et le nom de la Religion à celui de la République, sans aucun égard pour le mètre et pour la césure, en sorte que le vers était coupé par la mesure musicale au milieu d un mot.

La religi — on vous appelle.

Des fautes aussi visibles contre les conve-nances et le bon goût sont fâcheuses, et nuisent au respect que l'on doit aux choses saintes.

Il serait à désirer qu'on supprimât avec soin, dans les cantiques, toutes les expressions trop communes ou incorrectes qui peuvent exciter le dégoût ou l'ennui. Pourquoi la forme des petits poëmes que l'Eglise consacre à l'éducation des enfants ne seraitclle pas aussi pure que leur doctrine ? Ne saurait-on apprendre les mystères à nos jeunes écoliers sans y joindre des barbarismes? Quelle nécessité y a-l-il de leur faire chanter des vers avec des fautes de la nature de celle qui dépare ceux-ci :

Quelle est celte aurore nouvelle Dont le lever est si poiupeui 1 Qu'elle est brillante, qu'elle est belle ! Est-il d'astres plus radieux ?

Sans compter que dans le second vers il faut choisir entre un hiatus ou une mauvaise consonnance, et que l'adjectif pompeux est presque un contre-sens appliqué à la gloire si modeste et si gracieuse ae Marie.

Dans les nouvelles éditions, il est vrai qu'on a remplacé le solécisme par un barbariemo, dans le quatrième vers, en disant :

Est-il astre plus radieux?

Il nous semble qu'on eût mieux fait de changer résolument les deux vers, de cette manière, par exemple, ou de toute autre :

CANTIQUE

Qaelle est cette aurore nouvelle Dont I éclat a charme nos yeux?

Qu'elle est brillante, qu'elle est belle! Que son triomphe est radieux?

Dans le troisième couplet du même cantique , il est parlé des appas de la sainte Vierge : appas est une expression qui a vieilli, mais qui a toujours eu une signiQcation profane. Ce mot vient du mot latin appeiere^ convoiter, désirer ; or que peut-il y avoir de commun entre les cnastes ornements de la Reine des anges et les conroitises terrestres ? Appas a été mis là sans doute pour la rime ; mais malheureusement il rime assez mal avec éclat, qui vient au vers croisé suivant. Pourquoi ne pas dire tout simplement :

Du ])éché la vaj^ur funeste N'a jamais flétri sa beauté ; Jamais de ce flambeau céleste La mort n'a terni la clarté.

Si nous nous montrons un peu sévère pour ce cantigue, c*est qu'il est d'ailleurs un des p>!us poétiques du recueil. Il serait donc bien à désirer qu'il fût sans tache.

Il faut éviter aussi avec le plus grand soin les vers qui ne disent rien, parce qu ils disent trop, ou qui ne disent pas assez : ainsi, par exemple, dans un cantique sur la sainte enfance de Marie :

Elle étonne et ravit les anges Prosternés devant son berceau, El leurs lyres pour ses louanges N'ont plus de concert assez beau.

Quels concerts avaient donc les lyres des anges avant la naissance de Marie, s'il faut parler ce langage un peu barbare ? Nous devons croire que les concerts dont les harpes desanges avaient alors l'habitude célébraient la gloire de Dieu seul ; comment donc n'en trouvent-ils plus d*assez beaux pour Marie, qui est la plus parfaite des créatures, mais qui, pour cela môme, est loin de s'égaler à toieu? Cette hyperbole présente donc à l'es- . prit un sens faux, et le vers ne dit rien, pour vouloir trop dire.

Dans le même cantique, une strophe se termine par ces vers :

L'amour, la candeur, Tinnocence Accompagnent ses premiers pas.

0 1 heureuse, 6 l'aimable enfance !

Pourrions-nous ne l'imiter pas?

II est certain que nous le pourrions, et que Dieu seul peut nous faire la grâce signalée de pouvoir le contraire. Ce vers à lorme interrogative manque donc si pleinement son effet, qu'il a toute la non-valeur d'an contre-sens.

Il faut éviter aussi dans les cantiques les expressions qui peuvent ne pas convenir à tous les usages c[u'on peut faire de la même composition. Ainsi, dans un cantique pour la première communion, on trouve au refram ce vers :

Chantons sous cette voûte antique^ '

qui devient une absurdité, lorsque la prc-

CANTiQl^

mière communion se fait dans une église neuve ou dans une chapelle particulière ayant un plafond' au lieu d une voûte.

Nous n en finirions pas, si nous voulions entreprendre de critiquer, cantique par winque, strophe par strophe, et vers par vers, le recueil de Sainte-Geneviève ou celui de Saint-Sulpice, déjà tant de fois revus et corrigés. Ce n'est pas qu'on ne trouve dans ces recueils d'excellents cantiques ; mais il faut avouer qu'ils sont en petit nombre ; nousea citerons un gui est à nos yeux le plus parfait modèle au genre ; c'est le cantique à la sainte Vierge, qui a pour refrain :

Vous qu'en ces lieux combla de ses bienfaits

Une mère auguste et cbérie.

Enfants de Dieu, que vos voix à jamais

Exaltent le nom de Marie.

Ce cantique est parfait sous le rapport des pensées, de la piété et de la poésie simple et tendre, qui convient si bien au sujet ; mais il pèche encorç un peu contre la correction, sous le rapport des vers. Ainsi, dans le refrain, il n'aurait pas fallu faire rimer les hémistiches.

Vous qu'en ces lieux...

Enfants de Dieu...

Ainsi, au huitième couplet, on trouve un vers sans césure, qui fait boiter la stropbe :

Heureux celui qui dès ses premiers ans Se fit un bonheur de lui plaire !

Heureux ceux qu'elle adopta pour enfanu! La Reine des deux est leur mère.

On pourrait facilement corriger la fin de ce couplet , en disant :

Heureux celui qui, parmi ses enfants, A la Reiue des cieux pour mère.

La sécheresse et la vulgarité sont des défauts qu'il faut d'autant plus éviter daus les cantiques, que le style on doit être plus correct et la forme plus simple ; mais ce qu'il ne faut jamais admettre, c'est le vague des expressions à la mode , les couleurs vaporeuses de la mélancolie, et les rêveries de la sensibilité sans objet. Le romantisme a mis h la mode les chansons mystiques, genre parfaitement détestable, qui ne devrait être admis nulle part, mais qui serait véritablement l'abomination de la désolation dans le lieu saint.

Les modèles qu'il faut étudier lorsqu'on veut composer des cantiques, sont les hjmnes de 1 Eghse, les traductions du bréviaire, nar Jean Racine, les pieuses aspirations aes samts qui ont donné la forme iwélique à leurs prières, comme saint François d'Assi*«» ff int Jean de la Croix et samte Thérèse. II faut s'inspirer des choses les plus belles et les plus simples de la tradition catholique, puis écrire soi-même, comme si l'on pnait avec le désir de faire entendre et répéter sa prière à des pauvres et à des enfants. |l y «wrait aussi beaucoup à profiter dans 1 étude des légendaires naïfs du movon âge ; on y trouverait peut-être le secret' de cclîo

CANTlOim

ondion qui vient des eipressious vraies et non cherchées en matière de sentiment.

Les anciens recueils de cantiques doivent aussi être recherchés et compulsés avec soin ; il en existe un très-complet, connu sous le nom de Cantiques de Maneilte^ qui contient un cours de doctrine chrétienne et une série des principales lé{;endes acorédi'^ tées au moyen Age. Ce recueil» dont le style et les histoires ont vieilli» est encore remar-^ quable par la piété et la simplicité d*un grand nombre de ses cantiques, dont plusieurs pourraient être facilement rajeunis sans rien perdre de leur originalité primi-^ ti?e.

Chateaubriand parle avec attendrissement d'un cantique de Notre-Dame de ia Garde, qm faisait le plus srand effet, entonné par la voix rude des matelots & genoux, leurs chapeaux goudronnés à la main, entre le del et l*Océan. Ce cantique se trouve parmi ceux dont nous parlons, dans le recueil des Cantiques de Marseille^ et il nous a paru toujours de la plus touchante beauté. Nous allons le transcrire ici> en y faisant seulement quelques légères corrections de style« mais â?ec le plus grand respect.

CioUique de Notre-Dame de la Garàe^ patronne

des mariniers^

Vierge sainte, exaucez-nous, Notre espoir est tout en vous :

Notre-Dame de la Garde Trèft-digne Mère de Dieu , Soyez notre sauvegarde Pour nous défendre en tout lieu.

Si vous daignez nous garder, Nous pourrons tout hasarder.

Nous braverons la furie Du corsaire et du Croissant, Et toute la barbarie.

Sous votre bras tout-puissant !

Ouvrez les yeux aux nochers , Pour voir de loin les rochers; Lorsque nous courons fortune, Au né des vents et des flots , Brûlez au ciel , belle lune.

Pour vos mariniers dévots.

Protégez à tons moments Tous nos pauvres bâtiments; Faites aue |>as un n*échotie Quand les écueils et les Oots Font chanceler sur la proue Les plus hardis matelots I

Quand un bruyant tourbillon Est chassé par Taquilon, LorS(|ue le tonnerre gronde.

Et que tout semble périr.

Hâtez-vous, Reine ou monde, De nous venir secourir !

Pour échapper aux dangers, Rendez nos vaisseaux légers ; Mais quand les vagues chenues Font bondir les bâtimenis Des abîmes Ju8qu*aux nurs, Cahnez les flots écumants !

Soutenez de votre bras Et nos vei]gues et nos mâts ;

DiCTioNN. DE Littérature (:iir^:t.

CANTIQUE

Fortifiez le bordase»

Les câbles et les haubans, Pour résister à Torage, Malgré la fureur des venls!

Gonserrez-nous Tartinon , La boussole et le timon ; Sovez notre ancre mattresse , Aidez notre faible effort, Et nous donnez quelque adresse Pour nous guider à bon port

Ne nous permettez jamais De rompre entre nous la paix.

Chassez loin, douce Marie , De tribord et de babor I Le trouble et la crierie ,

En nous tenant bien d'accord»

Chacun de nous est fàc hé D'avoir si souvent péché» Notre-Dame de la Garde Faites-nous ressouvenir Que le bon Dieu nous rcgnrtie Pour mieux vivre à ravciiir.

Suppliez votre cher Fils Qu il bénisse nos profits , Ajoutez au bon voyage Un heureux et prompt retour Et recevez cet nommages De notre sincère amour I

Les amateurs de cantiques qui voudront comparer notre version avec le texte du cantique de Marseille verront que nous n'avons changé en rien la physionomie de ce petit chef-d'œuvre, et que toutes nos corrections se bornent à des cacophonies évitées par do simples transpositions de mots. Le cantique de Notre-Dame de la Garde est donc ici dans toute son intégrité et nous semble réunir toutes les qualités qui nous paraissent désirables dans un cantique.

- Dans la littérature populaire » on sait que k plus grande beauté est dans la plus grande simplicité 9 et la popularité en littérature, c*est la véritable gloire. Homère et La Fontaine D*ont été si populaires que parce qu'ils sont simples. C'est ce que doit comprendre surtout un auteur de cantiques» et c'est ce qu'avait compris le bon oretre qui a composé ou du moins recueilli les cantiaues de ta collection de Marseille : il a traauit ou paraphrasé le plus naturellement possible le symbole et les principales prières de l'EgUse :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant Le Créateur du ciel et de la terre ; En Jésus-Christ, rédempteur innocent Notre-Seigneur, Fils unique du Père.

11 fut d'abord conçu du Saint-Esprit, Puis il est né de la Yierae Marie ; Pour nous sauver sous Pilate il souffrit Lorsque sa chair sur la croix fut meurtrie.

11 expira, puis fut mis au cercueil, etc.

Il est difficile de traduire plus littër^iiC'ineiit en vers. Voici maintenant quelques passages d*un cantique à k saute Vierge miité de la prose Ave maris Stella :

CANTIQUE

Astre des mers, inr frt^ ëdaipezwMiis« l^amii les Bols el leséeHeîls en momie : l\>iie do ciel, nous ospifons à vous.

Mère de Dieu, toujours vierge el féooiHie !

Pieaei DOS cœurs et nous donMS kl pm ; En recevant le dow sadni de Tsufe ; Kernel sur nous, fit que d'Evs èjamaîs Le Bom fatal en voM naoi se «liauge.

vous prions, prosternée devant Vous, De vouloir oîen vous montrer notre mère ; Meu, votre Tils, daigna «aitre |K>ur nou$, 11 recevra de vous notre prière.

Dans ces citations, comme dans le cantique de Notre-Dame de la Garde, nous avon^ sculemeot retouché quelques passages et remplacé quelques vieux mots. Le sens de la l»rose est fidèlement eonservé, Teiipression est correcte et simple, e% qui suffit, h notre dvis, au style des meilleurs eantiques$ puis on n'y trouve pas ces rimes communes qui fatiguent dans beaucoup dç nos eantimies modernes, larmes^ charmes^ appas, trépas.

J*ai mon àine Toute de flamme, etc.

Portes étemelles, avortes immortelles, Kn ce grand jour Ouvrez votre séjour,

le séjour des portes ! etc., etc.

Le recueil des eaptiaues do Mar^çille contient un gr^nd nombre d'histoires tirées de l'Ancien el du Nouveau Testament, et de légendes tirées de la vie des saints mises en «antiques, et se rappoctant beaucoup p)as à la ballade ou h la cqmplaiptQ qu'au cantiqut^ proprement dit; quelques-unes sont dialoguées, et peuvent se réciter ou se chantçr à plusieurs personnages, comme les mystères des confrères do Ta Passio'i. Les pèlerins chantaient autrefois ees ballades en montrant des flgurines de cire : ee sont les his* toires toucnantes d^Àbrah^m et de son fils, de Joseph et de ses frères , de Judith et d'Holopiieriie, do TEafanl prodigue, du Mau» vai9 riche, de saint Enstache, etc., etc. La dialo^e de ct^ complaintes est ordinaire*^ meut trèMiaïf et rappelle celui des ancien^ mystères, dont elles sont sans doute un der-» nier souvenir. Nous citerons seulement queU

3ues traits choisis au hasard, Bans la ballade u Mauvais riche, les serviteurs disent h leur maître :

Monseignciir, souffrez, de grâce,

Qu ou VPMS bssc Le r&\\ d*UQ pauvre gueux Qui gémit daus v.otre rue,

Tète nue.

Accablé de inaui affreux.

Ce qui se perd sous l.i table

Est capable 0e rempéclicr de pëHr ; Notis vous supplions, clier uiaitre.

De penuellre ^e nous rallions secourir.

Le Marnai^ riche.

N*cn narlez pas «favantage, Car ma nge

Est prèle de prendre te ; Que ee vilain panvre ph^re»

Ou qu'il meure, Ola (n*iinporte fort peu.

Pas tairt de niîsénconle :

Qu*ou n'accorde Aucun bien à Tindlgent!

Je ne venx pas qu'en raîesaite

Sur rautt^îie :

h sais user de )*aifent.

Si ce pauvre est i^ mA porte,

Qu*on t*emporte.

Et nu*mi le jette bien loin :

Je aérends, sur toute clKMe,

Qu'aucun n*ose Satisfaire k son besoin.

Que si j'entends qu'il réfiste

Cl persiste A sans cesse lamenter.

Par mes chiens faites-le mor *re s

C*est mon ordre, Puisqu'il vient nous infecter I

Voilà Lien la dureté implacable du mau* vais riche; mais bientôt la sc^ne change: c'est lui bientôt qui est réduit à la pltis affreuse misère au fond de rabtme brûlant où il sollicite en vain une soutte d*eau pour rafraîchir sa langue, tandis que Lazare le eau* vre se repose au sein d* Abraham.

Le cantique de saint Eustache est d*ua grand intérêt dramatique* H commence par une apparition du Sauveur è un général romain nommé Placide, que I^pUre-Soigneur apostrophe en cea terme» ;

Que t'ai-je fait. Placide? répends-mef.

Que i*ai-je fait, que tu me perséenles? Je suis lesus, mort sur la croix peur loi; Je te poursuis, bien i|ue tu me rebetes.

Placide demande pardon au Saaveur do l'avoir si longtemps méconnu, e( lui detnande ce qu'il faut faire. — Recevoir le ha|»tê»uô avec tous les tiens, lui répond Nolre-Seig'ieur, et le disposera souQTrir pour moi. Plaride, déjà converti dapi le food de sou cœur« s'écrie :

Je suis chrétien et tout prêt à sontfhr ;

Îtie vous nrôtiez fortune, enfants ei feunne, ous les tourments qui se poorreni offrir Pour votre amour seroQt dtNix à mon àHie«

Le Seigneur lui répond :

lu perdras tout, enfants^ et femme, et bien : Ou te dira le Job évangelique ; Si tu tiens bou, comme faut tous le» oûeos , Tu montreras uu courage héroïque.

Telle est Texposition du dramQ« La scène change. Nous sommes au bord de la mer : Placide a été baptisé avec toute se fiimille, et a reçu au baptême le nom d 'Eustache; la sévérité des edils contre les chrétiens Ta déf)ouiiIé de tous ses biens et de son rang, e(« brcé de s*enfuii* avec sa femme et s^ deui fils encore enfants , il est réduit à solliciter la compassion d'un patron de Taisseeu. Celui-ci lui prrmot de s*embarquer sur son na-

CANtlQDfi

vire, et nous af^prend eh même temps ses lierverscs intentions*

Embarquons-noils, et thiversmis les mers \ Certain projet me aéduH et m^enflamme : An premier port, malgré tes plears amers» te débarquant, je veux ravir ta femme.

Saint Eustache est en effet débarqtlé et abandonné avec ses deul enftints, non dans un port , mais sur une plage déserte , et le vaisseau part à pleines voiles, malgré les pleurs de Théopiste , épouse du saint , qui adresse à son énoux les plus tendres adieux et lui promet de conserver sa pureté sans tache jusau'à la mort. Saint Eustache, après avoir vu aisparattre à Thorizon le vaisseau ravisseur, s*avance avec ses enfants à la découverte pour trouver un abri. Une rivière s*oppose a leur passage : saint Eustache la traverse à la nage avec un de ses enfants dans ses bras ; il le dépose sur le rivage et retourne pour chercher l'autre. Lorsqu'il est au milieu du courant ^ des cris affreux Tarrètent : un lion emporte Tenfant qu'il vient de laisser sur la rive; il va retourner pour le secourir, lorsque des cris semblables partent du rivage opposé t un loup énorme vient de saisir son autre enfant« et le malheureux père voit ses deul fils disparaître sans pouvoir leur porter secours.

Des animaux emportent mes deux Als, Et je ne puis secourir Fun m Tautre; 4e n'ai plus rien qu'un petit erucifiSt Pour my oolier oomaïc le grand Apétrc.

Sorti enfin do la rivière » il se présente» après avoir traversé des contrées désertes, au premier barbare qu^il rencontre. Celui-ci l*c»gage comme berger :

Man bon ami, viens garder mes iroupeant, Je le promets Te pain bis du ménage.

Le del pewr teîi, pour maison les ooteavx, La sol pour lit| Tean part pour breuvage.

L'ancien générai des armées de l'eaiperettr accepte eetie misérëble condition, et reinercie Dieu de la détresse et de riJ)andon où il se trouve i

Grâces à Dieu, je garde les moutons.

Moi qu'on a vu commander une armée ; l^onr Ydtements j'ai de pauvres haillons» Tant il est vrai que tout n'est que feméeî

let se termine la première partie ou le premier acte du mystère de saint Sustaefae*

La décoration change : nous sommes à la cour de l'empereur Trajau ; de toutes parts on lui annonce que les ennemis menacent fempîre; Trajan se souvient alors avec rc-

rets du bon général qu'il a perdu , et il dit ses émissaires :

AUea chercher Placide le guerrier ; Cherdiez-le bien et par mer et par terre : Mon chef par lui sera ceint de laurier, Car il vaincra ceux qui me font la gncrrc.

Les envovés partent. La scène change et représente le camp de> Roinai^is. Le guer-

CANTfQVE «70

rier Mtetde, maintenant Buslatluasy a été retrouvé et rétabli dans sa dignité première; deux Jeunes soldata se racontent leurs «ven*tares, et une femme voilée est cachée près d'eux et les écoute. Ces deux jeunea soldats trouvent une étrange ressemblance dans leurs destinées s ni l'un ni l'autre n'a connu ses parents. Le premier a été trouvé vivant dans l'antre d'un lion; l'autre dans la re-* traite d'un loup« Ces circoasfanoes quMls rapprochent réveillent en eux des souvenirs confus : ils se reconnaissent entin pour frè* res« et se tendent les bras; alors la femme vmiée se précipite au milieu d^eux en les appelant ses enfants, car cette femme n'est autre que sainte Théopiste, épouse de saint Eustache, qui, après avoir échappé miracu^ leusement aux attentats du patron de na^ vire, foudroyé au moment où il allait se livrer aux dernières violences, parcourt le monde on cherchant son époux et ses en^ fants. Heureuse d'avoir enfin retrouvé ses fils , elle veut aller avec eux se jeter aux

Eieds de leur général, qu'elle ne connaît pas. e général les accueille , écoute leur histoire et reconnaît à sou tour sa femme et ses enfants. Ce tableau termine le second acte.

Au troisième acte, PL'ïcido ou saint Eus* taehe, vainqueur des ennemis de l'empire, revient en triomphe h Borne, où il refuse de sacrifier aux faux dieux ; 11 se iette avec sa femme et ses enfants aux pieds de Terope^ reur et lui raconte leur histoire surprenante. L'empereur voit le culte des dieux et la majesté de l'empire compromis si Eustache et sa famille n'abjurent pas le christianisme. 11 commence par les foromesses' les plus flatteuses et finit par les plus terribles menaces : rien n'ébranle la constance des confesseurs; alors le prince, qui se croit dédaigné. Veut se venger par un supplice aOlreux : il fait fabriquer un monstrueux taureau d'airain, semblable à celui que Phalaris avait autrefois inventé, et v fait enfermer les quatre martyrs; puis un feu immense est allumé autour de l'instrument de supplice : mais, au lieu de mugissements de oouleur, c'est une musique céleste qui sort des entrailles enflammées du taureau, et la bienheureuse famille, calme comme les trois enfants dans la fournaise, s'endort paisiblement au sein du Seigneur.

Tel est le qfiystère de saint Eustache, dont nous trouvons les derniers vestiges dans le cantique de Alarseiile, sans distinetioa d'actes et de scènes, mais en couplets alternatifs, avec le nom des inlorloculeurs. (Vog. Mtst&res.)

Cette sorte de longs cantiques sur la vie d un saint ou sur un miracle [tarticulier n'e>t maintenant plus guère d*usago , et les anciens modèles de ce genre ne se retrouvent plus que dans les campagnes , aux rebords de grandes images enluminées grossièrement qui ornent les murailles des chaumières.

Les cantiques consacrés ^ célébrer la na.- «

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