‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 39 sur 194 · VIS · texte numérisé non relu

VIS

OBREMONieS^

eCRElktOiNlKS

nocenles, ce de sugKéîrer dos p^nolas k ]ft prière de ceux que Dieu se*plàit le plus à entendre et à exaucer!

CÉRÉMONIES DE LlilGLISE. —La beauté des cérémonies de l'Eglise, leur influence sur les esi»rîts, et par conséquent sur la littérature chrétienne, ne sauraient être contestâmes par personne. On sait que Terapereur Valons, un des plus farouches sectaires de l*arianisme, trembla de .tous ses membres en entrant dans Téglise au milieu de la mossede saint Basile; tant là majesté du rulte et la grandeur dU spectacle qui s'offfait à ses yeux araient terrassé' son or* gueil t

Les cérémonies religieuses constituent F^ culte extérieur, et sont la forme extérieure de la piété« C*est une réunion de signes choisis pour exprimer l'adoration de Dieu et la croyance a ses mystères. C'est donc une représentation de la religion elle-même, et cette représentation, rédée par Tautorité infaillible d'après les fois les plus claires et les plus orthodoxes du symbolisme religieux» est arrivée ft une perfection d'ensemble et de détail qui peut la faire comparer aux plus belles compositions littéraires e( aux poëmes les plus accomplis..

L'usage des cérémonies religieuses est aussi ancien que la religion elle-même, c'est-à-dire au il remonte au berceau, des temps. Nous- lisons dans la Genèse que Gain et Abel firent des offrandes au Seigneur, sans doute suivant les instructions que leur avaient données Adam et Eve, les premiers des humains, et ces premiers sacrifices ne se Grent pas sans l'observation d'un certain rite. Enos, flls de Soth, est marqué ensuite comme ayant le premier invoqué le nom du Seioaeur, c'est-à-dire qu'il institua la prière publique, commencement de^ l'association dans le culte.

Noé et Abraham' offrirent ensuite à Dieu dessacriflees solennels, et le culte traditionnel des patriarches se perpétua jusqu'à Moïse, qui le régénéra et en régla les pratiques par une loi constitutive après le passage de la mer Rouge et la réception du Décalogue parmi les tonnerres du mont Sinaï.

On a dît que Moïse avait emprunté beaU'^ coup aux Egyptiens, sans réfléchir aux emprunts que les Egyptiens eux-mêmes ont puet ont dû faire à fa tradition patriarcale. On ne croira- sans doute pas aue le patriarche Josejih, pendant salongue faveur quîTéleva jusqu'à la toute>^puissenee, n'ait exercé aucune influence sur la religion et sur le culte. On voit dans- son histoire qu'il constitua le peuple en communauté dépendante de Pha-^ raon, et n*exeropta (^ue les prêtres de la ser- Titude. Joseph, le fidèle serviteur du Dieu de Jacob, eût-il vo»iln favoriser ainsi les

Erèlresdes faux dieux? 11 est donc très-proable que du temps de Joseph la vraie religion ét/iit' connue en Egypte, et qu'elle ne dégénéra en idolfttrie que sous les Pharaons persécuteurs du peuple de Dîeu> lors-

que la ca5te sacerdotnle abusa do ses privilèges et employa, pour augmenter sa puissance» les prestiges des Jaimès et des Mem^ brès.

Moïse et tous les grands serviteurs de Dieu ont attaché toujours la plus grande importance aux cérémonies du culte. Ces cérémo* nies, en effet, sont la prière publique mise en actions, et doivent représenter aux yeux des multitudes toute la magnificence des mystères. L'esprit frondeur de nos puritains irréligieux s'est beaucoup exercé contre la richesse dt*s ornements et des au4els, et ils ont répété, après Judas Iscariote : A quoi bon eeite- perte? On eût pu vendre ces ornements et ces parfums bien cher^ et en donner Par^ gent aux pauvres. La réforme s'est signalée en appauvrissant le sanctuaire, cemrae elle avait appauvri le- dogme et la littérature chrétienne.. Et qi/est-ce que les pauvres v ont çagné ? Est-ce que la pompe des cérémonies n'est pas la gloire au pauvre comme celle du riche? Est-ce que le denier de la veuve n*y concourt pas comme la plus somptueuse offhande? Est-ce que le pauvre esl humilié d'être servi à la table de Dieu dans des vases d'or et de vermeil ? Si l'héritier de Dieu qui se tient à la porte de l'église est couvert des haillons de l'indigence, ses médiateurs auprès de son Père, ses ambassadeurs, ses mandataires sont couverts do velours et de drap d'or; c'est seulement dans les pompes de la religion que les déshérités de la terre peuvent retrouver les splendeurs de la maison paternelle ; les églises sont les palais de ceux gui ont à peine une demeure, et les prêtres étmcelants de chapes, de chasubles, et de dalmatiques précieuses, sont les ministres de cette cour où les malheureux sont admis. Vous parlez de dépouiller les églises pour nourrir les pauvres; mais la réforme et kl révolution l'ont fait, et les pauvres ont-ils été nourris? Non l Les dépouilles du sanctuaire ne profiteront jamais à personne» mais le peuple y perdra son unique richesse».et sera exilé de ces magnificences

3ui étaient pour lui. Les rois de la terre ont épensé souvent de grandes sommes' pour enivrer la multitude dans les fêtes publiques, et la philanthropie n'a pas murmuré ; mais qu'on emploie à élever son esprit par de nobles et pieux spectacles, les aumônes des fidèles et les épargnes de 1& pénitence^ c'est ce qu'on ne pardonne pas. N est-il pas convenu d'avance que tout argent, tout soin, tout talent, toute beauté, consacrés au culte de Dieu, sont des soins, des talents, des beautés et de l'argent perdus ?

Les cérémonies religieuses sont à la littérature des olBces divins ce que les couleurs sont aux tableaux, ce que le chant est à la poésie,, ce que la déclamation est à l'éloquence, ce que la mise en scène est à une composition dramatioue. Nous ne devons donc pas négliger d en étudier le symbolisme et d'en bien comprendre l'harmonie et la majesté.

Les cérémonies ont toujours été l'exprès^

CEREMOMCS

«ion du sentiment religieux chez les peu-» plo8,et ont été en rapport avec leurs croyan-i ces. Les idées primitives de rimmortalité de TAme et de la résurrection des corps •▼aient donné à TBgypte le culte des tombeaux , el les minutieuses cérémonies de rembaumement des morts, eo sorte que le eulta éjSTplieu était prévue tout entier dans les funérailles, oe qui explique comment les seuls souvenirs que TËgypte nous ail laissés sont des momies et des tombeaux. la Grèee honorait ses divinités sensuelles per des lAles et des orgies; le judaïsme, au eontraire» pariail à TAme par les mystères da Saint des saints, les trompettes et les diants des lévites, les abstinences de viaiH des impures, et les ablutions, les offrandes de préôdees et le saerifice perjpétuel. Dieu élail présent dans le sanctuaire , et venait s'asseoir invisible sur la table d*or du propitiatoire; le grand prêtre seul osait entrer dsM eette enceinte redoutable où Ton cachait aux regards du vulgaire les tables de la ktt écrites de la main de Dieu. 11 n'y avait qu'un grand prêtre et qu'un temple, pour I appeler sans cesse au peuple le dogme spé^ eisTdont Israël était le déf)ositaire ; Vunilé de Dieu ; et c'est pourquoi tant de magni^ lioeDce et de grandeur enrichissait et re^ haussait ce temple unique et cette dignité supntaie, sQn que la venté parl&t ainsi ànx yeux et à l'imagination de tous.

Le sacrifice a été de tout temps l'essence du culte divin, et une sorte d'instinct sacré le révèle partout aux hommes. Là, en effet, se trouve tout le secret de la religion et de la vie, la conquête de l'immortalité et de Té* temelle joie par l'acceptation momentanée et volontaire de la destruction et de la douleur. Dans tous les symbotismes religieux, !es animaux sont des emblèmes de l'homme et de ses passions diverses. (Test à ce point de vue emblématique que Motse sépara les soimaux en espèces pures et impures; lesanfmaux immonues non-seulement ne devaient pss être présentés è Dieu, a>ais ne pouvaient servira la nourriture des IsraéKtes. Etencela, la vraie religion se distingue de tous les cultes idplttriques; ceux-ci croyaient honorerleurs divinités par les passions les plus grossières^ et ne trouvaient même pas le pourceau indigpe de leurs sacrifiées; mais l'holocauste du temple n'acceptait que les bœuFs sens tache, les béliers choisis et les colombes innocentes : première révélation de ce çrand mystère, que l'expiation appartient à Pinnoeenoe , et que le sacriUce n'est profitable qu'à la justice.

Comme la religion ne s'était perdue chez les égyptiens que par l'isbusdu symbolisme^ et la matérialisation des images allégoriques. Moïse préféra les signes aux images, et prohiba dans l'exerdee du culte les exhibitions de la figure humaine. Les images mêmes d'animaux étaient dangereuses pour tes Julft^ qui, voyant dans le bétafl la souroe de tout leur bien-être et de leurs richesses, étaient toujours tentés dq se représenter Wur Dieu

CEREMONBa

comme le rejeton du bosuf ApiSj cette inear • nation permanente de FOsiris des Egyptiens*

Quand Israël voulait avoir une image de son Dieu, il ne trouvait autre chose à frire que de se couler un veau d'or.

U nous est diflicile de déterminer mainte* nant ce que la Bible entend par les Chétubh dont les ligures étaient mêlées à des repré* senlations de calmes, de fruits et de fleurs, sur les tapisseries du tabernacle et du temple. ' Etaient-ce des têtes d^aoges à six ailes ; Étaient-ce des figures ailées à tête de taureau? Le mot Ch&ub signifie également les deux choses, et Ton trouverait peut-être, dans cette analogie de nom , un nouveau sens allégorique et mystique de Timmolation perpétuelle des taureaux et des bœub sur Fautel de ce Dieu suprême en présence duuuel brûlent éternellement les ardents esprits des chérubins.

Notre-Seigneur Jésus-Christ, ayant réalisé en lui-même et aboli pour toujours tous les sacrifices sandants, âeva Tonriinde euchari&ii(}ue ou l'oofation du pain et du vin, qui se faisaient pour Taction ue grâces dans Tancien temple, à la dignité de sacrifice, et rendit ce sacrifice non-seulement perpélael»

mais unlverseU en faisant répandre partout, avec la prédication de son saint évangile, la foi en la présence réelle de son corps, de sou sans, de son Ame et de sa divinité sous les espèces du pain et du vin.

Ici commence un nouveau culte, tout spi-r rituel, où la mort ne sera plus rapnelée aux adorateurs de Dieu qu'avec des idées de r^ surrection, d'immortalité et de gloire. U hiérarchie commence à ces paroles de Jt^sus-Christ : Celui d*entre vous qui voudra être le premier de tous sera le serviteur de tous. — tu es Pierre^ et sur eette pierre je 64" tirai mon Eglise. — Pierre^ m'aimes^tu phu que ceux-ci? Fais mes brebis. Herre^ m^aî-* mes-tuf Pais mes agneaux > — Le serviteur n^esi pas plus gpomd qus le msllrs. — Je ne suis pas vemsp<mr être servie mais peur ser-^ vir.-^Si mejf li'ufi ne vous écouU jp«s, dittt* k à l'iSgCiss; ei sHl n*é€o$Ue pas rkglise^quU soit eomms un p4imt eà un puUteoî»,

Avee la hiérarchie commencèrent la Ktuf^

E'pi et les oflSces. Notre^Seîçueurlésufr-Christ i*même n'avttt paa institué la divine eu* charistie et célébré k dernidre eène avec ses apêires , sans un certain cérémonial ; nous voyons qu'il fit ptéparer d^abocd un a grande salle tapissée de tentures {CesM* culum arand^f tlitaum}; des lumières forenl disposées dans ee cénade: U coa^naença par purifier ses disciples par une ablution ou lavement dea pieds semUable a ce que praii* quaieut les prêtres dans le temple avant de vaquer h la prière ou aux sacrifices» Pour procéda à cette ablution, il quitte une par* tie do ses vêtements , attache sa robe au* tour de sw teins avec un M^age» et purifie alternativement ses disciples, auxquels il recoinmandia de pratimier à l'aMeair» Us uns envers les autres, rbumiliié et la citante dont fl vient de leur iosmi Uweiw^lv i

CEHMOMBSi

CEiœMOMIES

puis, lorsqu'ils sont h tMù et qu'ils &tA sonpéj nods le tojoBs prendrtî allenwtivement le tmin et le fin ; il les bénitf it les coth sacre ; il rompt le pain et finir ci#ctfler te ?fci à Ions ses apôtres. Cette eérémcmie «st pré^ cédée et suivie d'eihorietions et de pridf ei? ^ endnla sainte assemblée chattte nue bymMi el se lère pour se rendre A^fee le Saaveitf aa jardin des Oliriers.

Indépendamment du sacriliîe eudiarisii* .ue qne les apAtreS ne manquèrent pas d*o& :rir fous les fotirs après la mort d« Noire- Seigneur, selon Texemnle et le précepte que leur en atait laissés le Maître, its eoosacraîeût certaines heures du Jour h la prière publique et leurs soirées aUx pieuses e»hortauons ou aut lecture» édiâMte^r Lee prcmfers chrétiens s'assemblaient au Cemple dans le portique de SakiFmen, el noostroyoâs que saint Pierre et saint Jean se rendaient h la ptière vers ]*heure de None^ Cette prière cousistait sao» doute, comme celle des autres Israélitesi» dans la récitation des psauines« et telles sont les origines de nos offices el de la liturgie apostolique perpétuée presque sans dMingements jusqu à nos jours.

lu chapitre vi des Actes des apôtres» on TOit TEglise instituer des diacres pour dis^ tribaer la communion i Non e$t œquum fiof dertUnquere verbum Dei et ministrare mentii,^.. Stpiem viroi constiiuamus super noe epuê: ftof vero oraiioni et miniêterto eerbi ihsUmtn irimuê.

Au chapitre xx, il est question du saint sacrifice célébré avant le départ de saint Pftuf dans un local où il y avait beaucoup de lampe^ aMutsée», el d'un discours du saint apôtre qui se prolongea jusque bien avant dans la nuit*

i Oiand nous recevons avec actions de grâces^ « dit le même saint Paul dans la première E(toe aux Codrinthiens, « quand nous recevons avec- actions degrftces le calice que Jisas-Christ a béni et que nous bénissons •près lui^.D'est^e pas le smg de JésusX^hrist que nous resevona? Et quand nous rompons le pain, ne maogeons-noud pas le corps du Seigneurt Car, mangeant d*un même pain et bttiant d'un même calice» nous témoignons qaenons ne faisons tousqu^un seul et même eorps. M

c Nouf a^us un autels, dit41 encore daeia son Epftre aux Hébreux '; chacun récite les psaumes» éeoute Ta lecture et e» reçoit Tex* pHeatiott. » TeHes soM les indications aue nous fournît telVouveau Testament suries eérémonies prmicives de la m^sse et des saints offices.

Si Von consulte les antiquités ecdésiastîques, voici h quoi se réduisent » quant au saint sacridce cte la messe» les seules notions positives qu'il soit possible dV trouver. On commençait les prières par ïecnaat des psauloes; quelquefois on y ajoutait une hvm«e tirée de la sainte Serilare eu composée par quelque tidèle;ear l'inspiratioir était fréquente dans eo teittps4k» et chacun apportait ^ la liturgie naissanio le tribut de sa piétéi Oh feisail ensuite^ es conunuatalectaare dss

ti vres Saints ; TévAque adressait de» elhoetatiorïs «o neuple, expliquait te catéebisme et indiguaic la vrai seiis du doçne. Puis, on reraeiliait les offrandes tolootaires de chacun pour les malades» pour lea vieillards» peur les ^eMesr et letf orphelins qui étaient a 1* charg» de régllse^ t L^évèquerditrabbé Fleurj , ne inaoc^l iémais de présider aii:s pnires pubUqueSfd expliquée les saintes Ecritures, d offrir le sacrifie» tous les diman^ cbes^ Lui el sea prêtres étaient continuellemeol occupés k instruire les catéchumènes» à consoler les malades^ exhorter les pénitents» réconcilier les ennemis. » Uais il n 3 avait pas d'ennemis dans les assemblées chrétiennes, chacun se ressouvenant de U parole de Îésus-Christ ; Si tu viens pour offrir ton présent^ st qUe tù te souyiennes due ton frire a quelque chose contre toi^ laisse ton prMHt dovant Fautel^ 1» icAord te réconcilier w>ec ton friref pui& tu viendras acheter ton offrande.

Uma tous dans \é Brtme esprit par une' concorde vraiment fraternelle» les chrétiens priaient ensemble à des places qui tour étaient assignées» les femmes a un côté, soigneusement toiMes et recueillies, lés homme» de Tanlre» la tête découverte^ et attentifs seuleittenl à kl prière, ^offrande se faisait pour régtise et même pour le» irrfidèlea ; avant de s'approcher de la communion» les Gdèles se donnaient mutuellev^ent la paix par un saint haisier fraternel en signe de charité et de réconciliation.

Après le baiser de paix eommewfça» réelfement te saint sacrifice; la cotosécratiow était précédée de la préfa<?e et du canoil» et suivie de la communion du prêtre» du elefgé^ tt des fidèles ; on congédiait ensuite TasseiDibfée par ces paroles r //e, misêa «»r, il moina

Îue les prières ne dusseW encore se pro;- )nger après ta messe, et alors ou sidwtituaît à Vite, misses est , le Menedidùm^a Dotfdno. Avant la consécration , les diacres avalent soin de faire retirer les infidèles et tes» catéchumènes. Le sacrifice éfait ordinaitement Suivi d'un repas fraternel appelé efgnpe: ou charité.

Les chrétiens se réunissaient encore soit dans réglîse» soit eu famille, pour cta^rtc^^ Tes psaumes aux différentes heures autour ; de là sont tenues les heures cationiai'es, distribuées eneere suivant le partage du temps usité chez les anciens. A cette é^ioque» la liturgie et le saint sacrifice composaienf à peu près tout le cufle. Obligée de fa*r et de se cacher dans les cryptes et le» cantecombes»» h religion nepouvaitdépleyerd'aulfeesplendeurs que celles de ses rerltts»ef les ehoft de la hiérarchie sacerdotale n'avaient #aatro pourprequecellequ'ils teignaient eux-roatees de leur sang sur les ehevalels etdans^lts aïoh phithéAtres; les croix étaient de beiSy dit en ancien» mais teaprètres^ét^ûent d*et^ Féglise éteit pauvre, et ses faibles reasourees sufiisaienthpeine pout FentretîeBdaisiea veuves el de ses ODriielins» le soulageœent de ses malades et I& subsislanse de ses vieillard».

CEREMOiMES

CEREMONIES

On sait la magnanimo réponse de saint Lan* rent, diacre» à un préfet qui le sommait de lui livrer toutes les richesses de l'église : le saint diacre rassemble ses inGrmes et ses pauvres, et conduit le magistrat au milieu d*euxt en lui disant : « Voilà le trésor de Té* glise; c*est ici qu'elle met toutes les aumônes de ses fidèles ; c'est ici qu'elle cache son or et son argent; voici ses vases les plus riches et ses ornements les plus précieux. »

Plus tard, lorsque la doctrine du Dieu pauvre eut enfin conquis l'empire des Césars, un saint amour de la pauvreté se répandit dans toutt^s les classes de la société : Tor que les riches donnaient aux pauvres retournait à TEglise, qui était la nourrice et la ipère des pauvres ; on pensa que les pierreries • les étoffes précieuses et toutes les magnificences royales appartenaient de droit à celui qui , étant Dieu , s*est fait pauvre pour instruire les peuples et les rois. A quoi pouvait servir l'or chez des peuples voues à la pauvreté, sinon h parer les autels? Les biens de la terre étaient alors donnés par surcroit h ceux qui avaient conquis le ciel, et les dépouilles de la Home })ersécutnce s'amoncelaient sur les tombeaux des martyrs. Un nouvel essor fut donné aux arts par ce luxe des majestés nouvelles ; il jhllut des orfèvres pour ciseler des chftsses précieuses , des peintres et des statuaires pour orner les basiliques; les églises devinrent des merveilles qu'on venait voir de loin, et tout le monde, même les plus pauvres, avaient leur part au triomphe du patron uu de la patronne, de la Mère de Dieu ou du bon Sauveur. On était fier de son église, oomme on peut Tôtre maintenant de sa patrie; et dans ces siècles où le vieux monde se déchirait en tant de lambeaux, l'Eglise D*était-'elle pas la seule patrie durable des chrétiens? Les autres changeaient de noms et de tyrans au gré des flots et des tempêtes delà guerre et de l'invasion; celle-là, du moins, ayant jeté ses racines dans les cœurs» ne tenait pas au sol plus que les institutions etleshomn^es; elle surnageait toujours et s'élevait en même temps que les eaux du déluge, arche nouvelle, non plus seulement d'une famille juste, mais des élus de toute rhumanité, dont un lien céleste et surhumain ne faisait plus qu'une famille,

A mesure donc que les empires chancelaient et que les fortunes du mon !e étaient plus incertaines, la gloire temporelle de TBglise s'aufl^nentait : car les richesses venaient, à T'ombre des autels, chercher un asile oomme les âmes. On vouait souvent à Dieu des biens qu'on n*espérait plus conserver, et l'Eglise, a son tour, employait ses richesses à la conversion de ces mômes barbares qui menaçaient et faisiaient trembler J'aucien monde.

De nouveaux et sauvages enfants accouraient eu foule se soumettre à une reine spirituelle qui devenait leur mère ; il fallaitbienles captiver |>ar les yeux, en même temps que de merveilleuses et douces iistmctions en-

chantaient leurs oreilles. Il fallait représenter à l'imagination de ces barbares toutes les richesses de la grftce divine, toutes les splendeurs de l'adoption nouvelle, toutes les pompes enfin de la roj^auté de Jésus- Christ : alors la liturgie prit des formes plus solennelles ; les évêques et les prêtres se décorèrent d'ornements plus riches ; h beauté des offices divins frappa les jeux d'une splendeur inaccoutumée ; les églises rivalisèrent entre elles de magnificences et de pieuses séductions ; la poésie du culle. enfin, se déploya dans tout son luie ; ou unit les chants les plus capables d*éiuouvoir les cœurs à des cérémonies qui en imposaient aux regards. Saintes séductions maternelles, spectacles touchants et sublimes oSèrts à des enfants pour obtenir le salut de leur âme; richesses inépuisables de la divine charité I

Jusgue-là les prêtres ne se distinguaient des simples fidèles que par la modestie et la simplicité des vêtements : les premiers habits sacerdotaux n'étaient que des costumes romains, et l'on reconnaît encore la toge dans la forme des anciennes chasubles. Quand l'invasion des barbares changea les modes de l'empire et substitua la tunique courte à la robe longue,, le clergé ne changea pas comme le siècle, et conserva l'ancienne forme dans ses .vêtements. A Tépo- 3ue où l'Eglise crut devoir frapper les yeui u peuple par la pompe de ses cérémonies, elle enrichit de broderies, d'or et de pierres précieuses les vêtements qu'on devait mettre pour aller & l'autel. L introduction des étones de drap d'or, de drap d'arçent et de brocard dans tes vêtements ecclésiastiques, dut nécessairement en modifier la forme. C'est ainsi qu'on échancra des deux côtés la chasuble, pour laisser aux bras le libre usage de feurs mouvements, lorsque les étoffes dont elles étaient faites furent trop lomdes et trop roides pour se relever facilement sur les bras à grands plis comme les ancien* nos toges romaines; c'est pour la même raison qu*on supprima l'ampleur de Tétole, pour n'en laisser subsister que la bordun;, sur laquelle on brodait ordinairement le signe de la croix ; les chapes, qui étaient primitivement des manteaux d'hiver garnis de capuchons pour préserver la tête du froid et des intempéries de* l'air pendant les processions, devinrent un ornement qui eut besoin lui«-mèrae d'être préservé de la pluie. Rien n'égala bientôt la richesse des cnasubles, des chapes et des dalma tiques, et les ministres de Dieu les plus pauvres et les plus humbles témoignèrent toujours le plus Krand zèle pour la beauté des ornements et les magnificences d'un culte qui consacrait ainsi è la gloire de Dieu toutes les richesses de la terre.

L'Eglise eut encore un autre motif pour effacer par l'éclat de son culte toutes les pompes de la terre ; la doclrioe de Jésus- Christ avait fait cesser, en les proscrivant^ les jeux cruels mais si>leudides de lamphi-

iM

CEREMOMES

CEREMONIES

Ibéâtre et les rites dissolus des fêtes de Flore. Partout avaient cessé les sacrifices et les solennités en l'honneur des dieux ; la multitude» pleine encore des souvenirs de la Rome païenne, sentait un vide qu*il fallait combler. Le peuple a besoin de représentations et de fêtes : il faut parler aux sens des enfants pour être entendu de leur cœur, et TE^lise a toutes les condescendances d*une mère. C'est surtout à l'époque si poétique du moyen ftçe que Tannée ecclésiastique déroula avec plus de profusion que jamais le cjcle resplendissant et étoile de ses fêtes et de ses offices. On sait qu'en ce temps la sève de poésie religieuse fut si forte qu'elle déborda en quelques rameaux inutiles au feuillage surabondant et parasite. L'imagination populaire, réa^ssant sur le clergé, mêla aux fêtes de la liturgie des représentations par trop théâtrales ; les mystères de TAncien et du Nouveau Testament furent figurés dans les églises par des personnages vivants ; on enteMit parler l'Anesse de Balaam, et Ton vit l'étoile des trois rois res-

Slendir et marcher sous les voûtes sombres es églises ; enfin aux pieuses représentations on mêla d'ignobles parodies dont le récit soulève de nos jours le murmure et l'incrédulité. Nous avons peine à comprendre maintenant aue des évèques et leurs chapitres aient toléré dans les métropoles calholiques la célébration de la fête des Fous et de celle des Anes, L'histoire cependant atteste, la piété se contente de gémir ; la littérature seule peut, croyons-nous, hasarder quelques explications à ce sujet.

Mais avant de rien expliquer, rappelons en {)eu de mots ces solennités scandaleuses e( bizarres. La fête des Fous se célébrait dans les derniers jours de septembre, à l'occasion de la commémoration des saints Innocents ; ce jour-là l'office divin ressemblait à une parodie, et des boulTonneries indignes de la sainteté des autels déshonoraient le sanctuaire ; tous les truands de la ville où se célébrait la fête choisissaient un évêque ou un pape des fous ; c'était ordinairement quelque idiot, quelque impotent ou quelque ivrogne ; on le faisait monter sur une estrade élevée dans la nef de la cathédrale, et après l'avoir entièrement dépouillé de ses vêtements, on lui jetait de tous côtés des sceaux d'eau pour le laver, et si l'on réfléchit que cette indisne farce se jouait en hiver, on aura quelque pilié du misérable qui servait ainsi de plastron à la foule ; on le revêtait ensuite d*habits pontificaux destinés à ce seul usage, et qui excitaient le rire par des formes exagérées et étranges ; ainsi vêtu, Tévêque des fous était mené processionnellement aans la ville, puis on le ramenait à l'église, où il officiait gra- Tement, entonnant les antiennes à rebours et excitant par ses bévues d'effroyables cha* rivaris. Un buffet était dressé dans le chœur, où l'on buvait et mangeait pendant les offices ; on brûlait dans les encensoirs du cuir de vieilles chaussures au lieu d'encens. Après Vofiice les jeunes clercs se répan-

daient dans la ville, et couraient quelquefois de maisons en maisons dans un état presque complet de nudité, puis ne rentraient guère, le soir, que dans un état complet d'ivresse.

Ces saturnales augmentaient leur licence d'année en année sans qu'il fût possible aux hommes graves de ce temps-là de s'opposer au torrent de l'usage. Au commencement du xiii* siècle, Pierre de Corbueil, archevêque de Sens, homme d'une naissance illustre et qui passait pour un des plus savants théologiens de son temps, voulut du moins introduire un peu d'ordre dans la célébration de la fête des Fous, et en composa un office. Après le Deus^ in adjutortunif on y chante un Alléluia coupé en manière de tmèse : Aile resonent ecclesiœ^ dulci melo symphoniœ Filium Mariœ genitricis piœ^ ut nos septiformis gratiœ repleal donis et gloriœ^ uHde Deo dicamus luia.

Quatre chantres placés derrière l'autel chantaient ensuite en faux-bourdon *

Hœe est clara dies^ clararum clara dierum; Hœe est {esta dies festarum (esta dterum.

Le reste était à l'avenant. Pierre de Corbueil avait supprimé seulement tout ce qui sentait l'indécence et le blasphème ; quant aux absurdités grammaticales, aux non-sens et aux cacophonies de langage, il avait dû les respecter, comme étant de l'essence même de la fête.

La fête de VAne n'était ni moins srotesçiue ni moins indigne de la majesté des saints offices. On la célébrait en l'honneur des voyages de Notre-Seigneur, soit pendont la fuite eu Egypte, soii lors de son entrée triomphale dans Jérusalem, où il se rendit, comme on sait, monté surune ânessealternativement et sur le poulain de l'ânesse. Un âne richement caparaçonné était introduit ce jour-là dans l'éfflise; on le couvrait d'une chape comme les chantres, et on le conduisait au lutrin, en Tinvitant à braire par des hymnes et des proses que Ton chantait en son honneur.

On conserve encore dans la bibliothèque de Sens un manuscrit en vélin relié en ivoire, richement orné de figurines en relief, qui contient l'office des Fous et celui de l'Ane ; la prose de l'Ane est entremêlée de latin et de français.

Orientis partibus Adventavit asinus Pulcher et fortisshnus^ Safcinis aptissimus,

Eli ! inessire âne , hé !

Belle bouche , rechignez ; Vous aurez du foin assez , El de l'avoine à plantez!

Aurum de Arabia , Thuê et myrrham de Saba TulU in eccUsia Yirtus asinaria»

Eh! messire&ne, hé!

Belle bouche, rechignes ;

ta CEKËIIOXIEfr

Vous aurc» en fuîa aise»

Et de raYoina à plantez [

Oafre la ftte des Fous et eelfe des Anos» il

Îatail dans diverses loealîtés des cérémonies peu près du même genre, à propos de différentes déf otions spéciales et de quelques fêles particulières. C'est ainsi que tous les ans à JLonrain on faisait entrer dans la rilie avec grand bruit et grandes acclamations une raadilne de bois représentant Notre-Seigneur monté sur une Anesse : la foule se disputait rfaonneur de le traîner, et Texcès du zèle à cette occasion dégénérait souvent en rixes et en batailles.

A Sens on célébrait la ftte des apMres par une représentation qui dégénérait également presque toujours en débauches et en scandale. Douze outriers représentant les douze apOtres, choisissaient une jeune Rlle qui devait représenter la sainte Vierge, puis tous ensemble revêtus des costumes allégoriques de leur emploi, Us se promenaient en grande cérémonie dans la ville et visitaient les principales églises ; la procession se termiaait par un festin oii Toa trouva que les représentants des apôtres n'honoraient pas toujours assez par leur aobriélé et leur modes^ lie les saints dont ils avaient pris les coslu* mes et les noms.

Les conciles el Les sovveraiBS ponttfes m parvinrent qo*avec la plss grande peine k supprimer eesorgies vies ordonnances mêmes et les plaintes des évêques restèrent longtemps sans résultai, ei Tou voit que ces cérémonies burlesques étaient encore en usage à Trojes au commencement du m* siècle. Voici eota* ment Jean TËguise ,,évé<|ue de Troyes, s*ea utaignait à son métropolitain Tristan de Sa* lazar :

c Très-révérend Père en Dîeu^ et montrés^ honoré seigneur.

• Après toute bamble recomnHEndacion, vous plaise savoir que cette présente année» ancuns gaos d*figlise de cesie ville, soubs umbre de leur feste a«x fbis, ont fait pinsieurs Krandes moqueries, dérisions et folies contre Tonneur et révérence de Dieu, et au gnad ooptempt et vitupère des gens d*E- ^e et de tout Testât ecelésfastique, ef ont

f»lus exeessivement fait la dite feste que au ems passé n'a voient accoustumé, et sj n*ont pas été contents de la faire ungjour on deux, mais l'ont falcte quatre jours entiers, et ont tant fait d'esclandre que raconter ne les saroie, et pour ce <{ue, selond la pragmatique sanction et les anciens droits, les diu ibis ne doibvent faire aucuns evesques ne arcevesques des fols qui portent en l'église mitre, croix, crosse et autres ornements pontificaux, ja pièca je rec^uisà ceux de vos églises de sainct Père et sainct Estienne de ceste ville, que en observant la ditte pragmatque sanction voulsissent cesser de faire éo teur église, à la ditte feste des fols, evesques et arcevesques, ainsy que anciennement «voient accoutumé de faire. A ()uojr par especiale n'ont voulu obtemperccceulxd&ladiltcceglise de

esnEMOifiES

sainct Bstienne« et ancor eeste présenta an* née ont eleu et fait ung areevesque des foU vicaire d'icelle ecglise, lequel la veille el le

{'our d'icelle circondsioD de nostre Seignettr, ist le service en la ditte église, v6tu m pan* li/ica/îfrtia en baillant la bénédiction soTaow nelle au peuple, et avec le dict arcevesqMa en allant parmy la ville, faisoit |)oHer û croix devant ly et bailloit la bénédictioo tn alant en graoi dérision ei vitupère de la dignité archiépiscopal. Et quand on leurs dict que c'estait mal faict^ ont respooda que ainsy le faict-on à Sens et que vous mesmo aviez commandé et ordonné la dKte feste, combien que soie informé du contraire. El

3ui pis est, le dimanche avant Mtiël, aucuos es dits fols firent un ieu de persennate, que ils appeleot le jeu du sacre de leur w* cevesque, et à la fin da diet jeu, de quelque vile et onde matière fut Caict le diet sacre eo soy moquant, et au très graut vitupère du sainct mystère de consécration et pouree qu'à ces choses je ne puis da monmeena (pourvoir, pouree qu'ils sont exmnpts de ma jurisdiction, et c^ue les dettes églises soat k vous subjectes, je vous suppUe que pour la révérence de nostre Créateur ei l'onneur des

Sens d'éeclise, il vous plaise de pourvoir aux iels excès et abuts, afin que touts manx et esclanfidf es qui pourroient veaûr doresnavani à l'occasion de la diUe festOf cessent de toet

KoincU très révérend Père en Dieu et très onoré seigneur, se aucune ehoae vous Claist à me commander» je racconplîm de on cœur» priant nostre Seigneur qui vous doint bonne vie et longue^ Éscript k Trcijpes, le xuir^ouff de janvier.

m Le toust vostre humble servitcar et subject,

« L'évesque de Troyes. »

A Vienne rarcbevêqoe était tributaire de l'évèque des ibua, et devait kti donner chaque année trois iioffins,i une mesuf e de vin et deux ibis autant de bois que pottrait en porter un ftne ; chaque chanoine devait donner également «ne charge de bois^ Le jour de la Saint-Laurent^ on promenait dans b ville un bommo étendu sur un griJv et soms lequel on agUait et taisaili étincefer quel* ques charbons ardents. Le premier jour de mai,, quatre hommes, entièretnent nus et barbouillés de noir» sortaient do palais archiépiscopal et parcouraient les rues jnsqu'k midi. Us centra ent aloes dans le palais, où se trouvaient réunis les meuniers et les bœ* ehers de la ville, bien vêtus, bien montés et bien armés ; larchevèque leur nommait un roi dent les quatre noirs venaienC baiser 1rs , pieds ;. puis le roi nKmtaât à ebeml, mivi de toute kl cavalcade, les quatre barbmnllés en avants et ils se rendaient krH^teMMett qu'on appelait l'hôpètal Saânt^aul : on demaBdait saiAt Paul, et un homme se préseolaît ▼*!» en ermite,, jetant en bandoulière un jany bon^ un pain, un. petit baril de vie et une terrine remplie de cendre» qu'il^ jetait par

e)igaées à la figure des paasanis. Be FlMtelieu on ellaU k l'abbeye des dome^ Saini»

CEREMONIES

CEREMONIBS

Aiidré» oùl'abbesseaommait une reine qu*oo faisait monter à eheval h g6U du roi; puis le cortège faJeail le tour de la ville à la grande joie et aux nombreuses aeclamations de la menue populace.

To«ites oea fMeSy.niAme les plus indécentes et les plus Kvoesièresy avaient leur raison d'être aans &» habitudes anciennes et dans le caraetëre encore demi-bart>are des peuples que fai religîoo civilisait arec une prudente lenteur. On sait qu'à Rome, au renouvellement de TanDée, on célébrait les fdtes de l'âge d*or seua le nom de Saturnales : c'était no hommaoe rendu par lesmattres aux droits primitif des esctaves. Alors tout le monde était libre» chacun se livrait k la joie, comme si tous les ran^ eussent été égaux ; les ser- TJteurs pouvaient s'asseoir à la place des milMs et se faire servir à leur to«r : soutenir de la fraternité des hommes conservé laaigré rofguâl des castes, et cpsi dut sem* Mer consacré par le christianisme lui-même, leiaque FEvangile vint abolir Tesctavage et appitndreaumoDdequeies premiers devaient être les derniers e^que les derniers seraient les premiers dans le nouveau royaume. La fdte de Noël était donc surtout pour ^es peu^ l^es barbares que Rome avail destinés à resclavage, la fête de TémMicipatioB uni- TerseUe. Cette émancipation^ ils la coropreuitnt à la manière des enfants, et en ex* prifluient leur joie à la mode des neuples grossiers por des oxtravaçances dont Vintention était loin d^étre iiiniie.

D'ailleurs la fôle des rous était ta Sraduc* tioD et la mise en scène de cette parcrfe do l'Ecrihire : Weu a choUi im fMepour eonfôn-^ dn Forgueii dU la Sêyetst; il se servira de et f«i cif faible p9ur etnfùndre ee md est fertt tt dsce qui e$i méprtsé pour aùaUrs ce quo Tm estime. C'était aussi un souvenir do ce biwluet du père de fanille dont il est parlé diDS uoo parabole de l'Evangile, banquet dont seront exclus par leur faute. ceux qui naieut été iovités, mais auquel sont admis pèieHQRêlo tes passants, les (lauvres, les infirmes et tes astropiés ramassés sur tous tes ebemins. Cette pantomime de la folie, cette sITeolatioii aIlégori<{ue de la sottise étai« un déS porté à la philosophie par la naïveté duae fbi plus ardente qu'éclairée. Cet iramme algect, choisi pour évoque de ces Mttveltes saturnales et (lorté en triomphe, (^présentait toutes tes misères de l*humaûléquela charité honore et que fEvarigile a rendues respectables en leur offrant te »hit étemel. Sans doute qu'il était fort ini^ttle et ft)rt ccmdamnafole de représenter, en ^ imiraot, toutes les folies du péché que FEglite appelle à la guérison et reçoit h ht H^CQce; mais les peuples barbares sont ^médiens outre mesure, et, semblables en cela aux enfants, ils sent toujours prêts, si on ne les surveille, h dépasser dans leurs ietix toute règle et toute raison.

La lète de l'Ane venait peut-être d*ttn iwncipe plus dangereux,, et Ton ne peut s'empèeher d'y recennattre le génie satinque

lui présida a«x febtiaux dot» trouvères et

môme aux ornements artistiques de nos anciennes cathédrales. Souvent, dans (a seult»ture gothique, on remarqtie des tnes habillés en clercs, préchant, se [>rélassant , faisant mine de chanter au lutrin. Ost un sarcasme multiplié contre Tignorance, sarcasme qui sans doute ne tombait nés sur les membres du clergé, qui Tont toléré les premiers, et qui ne saui*ait atteindre le pnis grand nomore de leurs successeurs.

C'est a la cour du bon roi René de Provence que le goût des brillantes allégories et des processions symboliques se manifesta avee le plus de luxe et de poésie. On se souvient du roi René comme d un patriarche de l'âge d*or. Excellent prince, chrétien fervent et ingiénieux troubadour, il cultivait et protégeait les beaux-arts, fout en rendant paternellement la justice à ses peuples, et if contribuait h leur bonheur par ses Aies et ses spectacles , puisque les représentations, la poésie et toutes tes choses émouvantes et magmfiques seront toujours du goât des populations ardentes du Midi.

II institua à Aix, au xv* siècle, une grande procession allégorique à Toecasion de la fête du Saint-Sacrement, et tout le Midi fut en émoi des choses merveilleuses qu'y fit paraître le roi des troubadours. Cette procession était un véritable poëme en action^ et se déroulait comme Tépopéc de la religion tout eiHîère. Les dieux de Taneicnne mythologie y paraissaient d'abord comme des démons déguisés et |>&rés de toutes sortes de séductions, tendant des pfé^s à la vertu des saints et des saintes de rAncten Tes'ament. Jupiter, armé d*un tonnerre de din-

2uaut et paré d*uri diadème en carton doré, tait à tout moment désarmé et découronné par la baguette de Moïse. Sarason s'y laissait prendre aux pièges de Dalila el de Vénus,

Gis finissait loiirjours [Hirrompre ses chaînes, ville entière prenait part à ces représen* tations somptueuses ; 1 ordre et hi marche en étaient réglés d'avance ; on élisait à la majorité des suflVages^ un président de la ffete, qu*on nommaît le prince a'amour, puis un duc et une duchesse d*fJrbin , ainsi nommés du mot latin t»r6r, qui signifie viKe^ parce qu'ils étaient chargés de représenter la ville d'Aix ; puis, lorsque le ranç de chacun était assigné, et la i>olice des jeux proclamée , la procession commençait. La Renommée, avec sa trompette, ouvrait la marche; puis venaient les dieux de la feble faisant caracoler leurs chevaux et faisant mine* d>ttendre ou de harceler, pour les attaquer, les personnages de 1 Ancien Testament, qui marchait nt en bon ordre^ repoussant les divinités profanes ; mais les faux dieux et les démons étaient mieux accueillis par la cohorte des liiifs, qui venaient derrière Ho'i$o> adorent le vrau d*or, qu*ils portaient au bout d'un bAtOD, à peu près comme les errseignes romaines du temps de la Louve. Dit jeu auquel se livraient les faux dieux et les idolâtres divertissait beaucou4> hi feule ; ou Fappelait leu jué doots eat^ le jeu &rt chat : 9 consistait è jeter en Toir un chat vivant;

iS7

CEREMONIES

CEREMONIES

qu*il (Ulait recevoir daas ses mains pour le reoToyer à (l*autres« en évitant d*ètre éçratigné ; celui qui n'était pas assez leste à Ta riposte» ou aux vêtements duquel le malheureux animal se cramponnait» gardait le chat et devait remporter pour son souper ^ disaient les enfants.

Ensuite venaient les acteurs chargés d*exé* cuter le petit et le grand jeu des diables. Le petit jeu figurait les combats de TAme contre les démons ; Tâme était représentée par une jeune fille vêtue de blanc ; le grand ]eu fiçurait TAme d'Hérode livrée aux furies ; Tes dieux à cheval qui ouvraient la procession, après avoir été vaincus et chas* ses par les patriarches et les prophètes, leur cédaient enfin le pas, et revenaient se ran*

5er à la suite de la grande et de la petite iablerie ; là ils prenaient définitivement leur rang et ralliaient autour d*eux leurs cortèges de faunes, de satyres, deris, dejeux» de nymphes et de tritons, troupe brillante^ bruyante, riante, testonnée à plaisir, et mignardement crepelée en tout artifice de chevelure , dit un auteur du temps. Après le jeu des diables et le cortège des dieux, paraissait le char de la Mort, tout composé d'ossements, sur lequel un squelette iiicleux se tenait debout, faisant craquer ses os, et brandissant une faux terrible. Autour d'elle se jouaient des enfants couronnés de fleurs qui faisaient mille espiègleries et se moquaient des coups inutiles du fantôme : idée brillante de poésie, qui fait rêver à Timmortalité en opposant les joies et les espérances de Tenfance aux terreurs et aux tristesses de la mort.

Après cette danse macabre venait le clergé, la croix et la bannière en lôte ; puis le saint sacrement suivi des autorités de la ville et de la plus grande partie du peuple. Nous nous ferions difilcilement une idée de la magnificence et de la grandeur de ce spectacle, tout bizarre qu'il ait pu paraître dans quelques-uns de ses détails. Il tenait lieu à la multitude de lecture et de méditation et suggérait à la mémoire de tous un abrégé et un ensemble de toutes les instructions religieuses. On a dit que la cathédrale gothique, av^c ses sculptures allégoriques, ses figures innombrables, ses anges et ses démons, était répopée véritable du moyen âge. Eh bien 1 la procession du roi René c'était la cathédrale animée, vivante et menant le cortège de ses patriarches, de ses saints, de ses anges, de ses démons, de ses réprouvés, de ses tarasques et de ses guivres au-Jovant du Sauveur du monde. Le saint sacrement résumait et expliquait tout ce mystère, donnait un sens profondément sérieux à ces jeux emblématiques de la vie et de la mort. Dieu alors dominait et remplissait tellement le présent et Tavenir des peuples, que le sacre empiétait sur le profane, et que réciproquement le profone était dépendant et tributaire du sacré. Cet ensemble de cris, de rires, de chants , de prières, de larmes ; ces bouffonneries à côté de cette piété sincère ; cette bigarrure de costumesi ce mélange de

touis les Ages, ce pandémoniom, cet oUmixt, ce paradis et cet enfer, c'était la réunion d« toutes les idées, le sommaire de toute la science, le compendium de la foi, le résumé de toutes les espérances. Puis c'étaient le culte et le spectacle, la réjouissance et la prière, choses disparates, s'il en fut jamais, et que conciliaient une immense foi et um simplicité plus grande encore. Mais la civilisation, en s'avançant, devait eSEacer toutes ces grandeurs enfantines, et rimprimerie, en ouvrant une porte plus large aux conceptions de l'esprit et aux fictions de la poésie, devait détruire les magnificences extérieures des cathédrales et le luxe poétique des processions du roi René.

Toutefois, la force de Thabitiide prolongea ces trop poétiques usages iusque dans le xvu* siècle, où ils étaient dé}à plus que déplacés. Dne lettre écrite à Gasseaai par un savant nommé Nevré, contient des plaintes amères rédigées en latin médiocre^ de mrum christianis provincialiumêuwrum ritibui in celebriiaie Corporis Christ L Les détails de la procession d'Aix y sont à peu près semblables à ceux que nous avons rapportés. Ou y voyait, dit-il, Adam et Eve causant ensemble, absolument nus ; Caïn menaçantson frère A bel avec une mAchoire d'Ane : un chérubin environné de flammes défendant l'entrée du paradis terrestre ; Abraham prêt à immoler son fils ; le roi Pharaon entouré de magiciens, une troupe de démons nus, la peau revêtue d'une couche de poix poire; une lamie ou sorcière d'un visage hideux, coiffée de serpents, armée de cornes, tenant à la main une torche ardente qu'elle agitait avec fureur. Nevré donne d'autres détails, que nous aimons à croire exagérés, sur les momeries de ceux qui représentaient les incrédules, les débauches et les pécheurs. Il en est qu'on traduirait difficilement, et qu'il serait même peu séant de citer ici textuelle* ment en latin.

Il reste à peine maintenant quelque vestige de ces anciens usages si longtemps chers aux populations et particulièrement aux eT>fants de la Provence. A peine peut-on trouver un souvenir de la fête de l'Ane dans la bént^diction des bêtes de service gui se fait à Rome, le jeudi-saint, dans une église particulière. Et quant à la fête des Saints-lnnocents, elle est célébrée maintenant non plus

Car des fous, mais par les enfants de chœur» qui ce jour-là les chantres et les assistants du célébrant cèdent les honneui s Je Toflice. Le pain bénit est offert pour eux, et ils vont le aistribuer dans la paroisse, sous prétexte de bonne année etd'étrennes, pendant toute la quinzaine qui suit la fête des Sainte-Innocents; dernier reste d'un ancien alwis, tant il est oifficile de déraciner entièrement les vieilles coutumes l

Hais laissons les al>us et occupons-nous des usages. Le culte, à mesure que Tcsprit humain s'est dégaçé des ombres de la tot^ barie, est revenu à sa simplicité première, et n'y a rien perdu en m«âesté ni en grandeur. 11 a conservé seulement, dans ses vô-

CEREMOMIES

(emeuts sacerdotaux » dans Torneroent de ses leuipleSy dans son luminaire et dans ses cbaats, quelque chose qui rappelle encore les magniricenoes byzantines. Nous disons qui rappelle^ car nous ne voyons déjà plus ces chandeliers d'or massif, ces lampes ornées de diamants, ces chapes ruisselantes de pierreries qui embellissaient les solennités du moyen âge et du Bas-Empire, Les hommes ont touIu s'enrichir en appauvrissant les autels, comme si la richesse des aut^s avait jamais appauvri les hommes!

Mais du moins nos cérémonies n'ont rien perdu de leur gravité et de leur haute si^ni- Dcalioo religieuse, signification qu'il importe de bien comprendre, si Ton veut sentir toute la portée des poésies liturgiques, et si l'on veut entrer dans l'esprit de 1 Eglise pour l'intelligence de la symbolique chrétienne.

Commençons par les vêtements des prêtres. Leur robe de dessous est en laine noire, et les canons ecclésiastiques défendent expressément l'usage de la soie. Vestes déférant takreslaneasy dit saintCharles,tn quibus non fùstus nec mentis levitas. Ce vêtement long, qu'on appelle soutane, n'a pas toujours été rigoureusement noir, mais il a toujours été d'une couleur sombre, et a ressemblé longtemps, par sa forme, sa couleur et sa capuce, aux robes que portent encore les Franciscains. Sur la soutane ils portent la ceinture, également noire, symbole de force, d'activité et de continence. La couleur noire représente le deuil du vieil homme, et la mort de l'ecclésiastique aux choses vaines de ce monde. Le rabat n'a aucune signification symbolique, et ne représente ni la barbe, ni les deux tables de la loi, comme le disent quelquefois les personnes qui aiment à interpréter toutes sortes de choses à leur façon. Le rabat représente tout simplement le col de la chemise, que l'on rabattait autrefois sur le collet de fa soutane par mesure de propreté et pour éviter que le bord du collet ne soit graissé par la sueur et par le contact de la peau. La calotte a été inventée pour protéger la tête du froid à la place de la tonsure. La tonsure ou couronne, est une Dtarque de la royauté spirituelle du sacerdoce, regale sacerdotium. Le retranchement des cheveux a d'ailleurs été regardé de tout temps dans l'Eglise comme un signe extérieur de renoncement au monde et d'austérité. Les ecclésiastiques d'une régularité sévère, à l'exemple des religieux et des moi- D^f ont toiyours porté les cheveux fort courts.

Cet usage introduisit dans l'Eglise celui <le l'amict, du camail et des autres voiles dont on se servait pour défendre la tête des impressions du froid pendant les offices de l'hiTer et de la nuit.

Au commencement du v* siècle, c*est-àdire en ^28, le pape Célestin I*' écrivait aux éTèques des Gaules : « Ce n*est pas par 1 buit, mais par la doctrine et par les mœurs ju'il convient de nous distinguer du peuple, ^ousne devons point chercher à en inpo-

CEREMOMES

ser aux yeux des simples par un extérieur singulier. » Cette recommandation s'adressait aux fantaisistes qui eussent voulu innover dans le costume ecclésiastique, et montre que dès lors l'Eglise faisait de l'extérieur de ses clercs un objet tout particulier de sa sollicitude et de ses soins.

« La chasuble, dit l'abbé Fleury, était un habit vulgaire du temps de saint Augustin. La dalmatique était en usage dès le temps de l'empereur Valérien. L'élole était un manteau commun, même aux femmes ; et nous l'avons confondu avec Vorarium^ qui était une bande de linge dont se servaient les hommes propres, pour arrêter la sueur autour du cou et du visage. Enfin le manipule, en latin mappula^ n'éiait qu'une serviette sur le bras, pour servir à la sainte table et s'essuyer au besoin. L'aube même, c'est-àdire la robe blanche de laine ou de lin, n'était pas dans l'origine un habit particulier aux clercs, puisque l'empereur Aurélien fit au peuple romain des largesses de ces sortes de tuniques, aussi bien que de ces grands linges de cou qu'on appelait oraria. »

N'en déplaise au savant abbé Fleury, nous croyons que la stola ou étole ne doit pas être confondue avec Vorarium^ et n'a pu en prendre le nom que par la confusion des deux sens du mot orartum^ qui signifie également linge destiné au visage et vêtement réservé pour la prière. Ce dernier usage lierait avoir été de tout temps celui de Tétole. Dans les peintures antiques des Catacombes, nous voyons toujours les images des prêtres ou les figures allégoriques de l'Eglise revêtues d'une robe très-ample, que distingue des autres vêtements une bande large de quelques doigts qui passe derrière le cou ' exactement comme notre étole moderne, et se prolonge jusqu'aux pieds sur le devant du vêtement, (/est cette bande seule qui a été conservée pour alléger le prêtre du poids d'un trop grand nombre de vêtements superposés, puisque la soutane, l'aube, l'étole et la chasuble étaient alors des vêtements complets.

Les peintres se méprennent souvent et tombent dans des anachronismes plus ou moins grossiers, lorsqu'ils ont à représenter les costumes ecclésiastiques des différents siècles. Nousavons vu souvent saint Nicolas, évêque de Myre, vêtu d'une soutane violette, et des prêtres du moyen âge ayant des cols droits et des rabats. Le i abat tel qu'on le

()orte maintenant ne remonte guère plus laut que le règne de Louis XV. Sous Louis XIV, ils étaient tout blancs et beaucoup plus larges; sous Loui» XUI, ils avaient aussi beaucoup d'ampleur, mais tne forme différente ; avant, ils ne différaient eu rien d'un simple col de chemise rabattu, mais au moyen ftge la chemise ne paraissait pas ; les soutanes avaient ordinairement un capuchon en place de collet, et le cou des ecclésiastiques, comme celui des moines, était presque entièrement dégagé.

La robe des évêques, dans les (TCiniers

CERE!IIOMES

CERIMONICS

«Il

siècles de TEglise, était d'une couleur brune comme celle des simples prêtres, et lorsqu'ils commencèrent h se distlngucrpar la couleur du vêtement, ils n'adoptèrent pas d'abord le violet, mais le vert, et il reste encore quelques traces de cette coutume dans les franges et les cordons verts et or dont se servent les évoques nommés avant leur consécration.

Les anachronismps qu'on peut reprocher aux peintres sont également a éviter en littérature, et ne seraient pas moins ridicules dans une description, dans un discours ou dans un poëme que dans un tableau. Nous ne pouvons toutefois ici indiquer que su-

gerficie'lement quelques notions imparfaites, eux qui voudront étudier plus à fond ces matières, peuvent consulter les ouvrages spéciaux, et en particulier, celui de dom Claude de Yerl, avec la réfutation qu'en a faite M. Languet, archevêque de Sens.

Les cérémonies peuvent être partagées en deux classes : celles des ofllces et celles des sacrements. Dans les cérémonies des offices, o'i comprend les processions des Rogations et de la Fête-Dieu, la consécration des églises et la bénédiction des cloches : les cérémonies des sacrements sont publiques ou particulières. Les cérémonies des offices sont remarquables, surtout pendant la semaine sainte : nous n'avons Jamais vu sans un grand saisissement de cœur ces cierges inégaux allumés dans le sanctuaire et qui s'éte gnent l'un après Taulre pendant rofUce des Ténèbres; il semble que les lumières des siècles passés s'éclipsent encore une fois ; on voit mourir successivement toutes les lumières du vieux mo!ide, et cependant rhumauité prie, pleure et espère toujours. On entend reteiitir seulement dans cette nuit, qui devient de plus en plus sombre, les soupirs de David et les sanglots de Jérémie. Enfin une seule lumière est restée, et celle-là ne s'éteindra pas, mais voila qu'elle est enlevée de sa place et emportée derrière l'autel, où des voix d'enfants chantent le cantique de la naissance du Précurseur; puis un profond silence se fait et à un signal du célébrant, que tout le clergé répète en frappant sur les livres, l'assemblée se se* pare et les prières continuent dans le reeueillement et dans l'ombre.

L'absoute du jeudi saint, les prières pour le monde entier, même pour les infidèles, mémo pour les juifs déicides, préparent dignement l'esprit et le cc^r & la commémoration du grand mystère de l'amour et de la paix universelle. L^s céiémouies du lavement des pieds et du lavement des autels, rappellent et mettent sous les veux du peuple les touchants préparatifs cb la dernière cène du Sauveur; maU rien ue saisit plus puissamment l'imagination des tidèles que 2e tombeau triste tout h la fois et glorieux, pr<H^^ ^^^^ u^ crypte ou dans une chapelfe dont on intercepte le jour. Là, le silence et le léger frémissement d'une multitude prosternée qu'où voit à peine, la Sueur nflo des cierges sur les tentures rouges et blanclics; l'odeur de l'enoons et des feuillages

qui rappellent remb.iumemont des morts, la présence réelle dans ce lombetH dv Dien caché sous les espèces eucharistiques, m souvenirs de sang et d'araour, cette croit couverte d'un linceul, tout contribtîe k bri^ ser le cœur et à faire monter aux yeui les larmes les plus amères dans leur source et les plus douces à répandre. Tous ceai qui ont pleuré un objet tendrement chéri, trou* vent au tombeau de Jésus-Christ an renouvellement de leur douleur, et des eonsola* lions au fond de cette douleur luèmei telles qu'ils n'en avaient jamais ressenti. Qaelte mère n'a pas compati aux angoisses ineiprv mab'es de Marie, et n*a pas senti son cœur , se déchirer, et ses yeux se noyer de larmes, I lorsqu'elle a entendu chanter dans la crjpie i de la sépulture les strophes du Stabat mêtn doloroia f Qui de nous n'a aimé et pleuré Jésus comme on pleure un père, une mère, un époux, un entant uniquement aimé l

O tendre agneau de Betmébem I vous,notre enfant, notre esfmr et notre espérance à tou<, que nous adorions avee tant de joie dans ia crèche, et qui, en étendant vos petites mains vers nous, saviez déjà si doucement nous sourire, 6 notre unique ami dans nos peines, consolateur des pauvres, unique bonté H suprême beauté du monde, vous nous êtes donc ravi ! Vous êtes mort pour moi, et vos yeux si doux et si purs se sont éteinte drins les larmes et dans le sang ! Us irous

ont tué parce que je méritais la mort !

Mais il faut renoncer h eo écrire davantage, une demi-heure passée dans la chapelle du tombeau, le soir au jeudi saint, en dira mille fois plus que tous les efforts de notre pauvre éloquence. A quoi bon parler et écrire? il vaut mieux prier en silence et pkurerl

Le chant de fa Passion h la messe du fendredi saint, puis l'adoration de la croii ont quelque chose de si dramatique et de si pénétrant, que souvent nous nous sommes cru transporté au milieu de ces anges que les statuaires représentent en pleurs autour de la céleste mère pendant qu'elle accotnplit les derniers devoirs de la piélé envers son Fils. Ces lévites vêtus de blanc qui soutiennent la croix sur leurs bras entrelacés, rc chant de la passion qui ressemble à la oij^lopée des tragédies antiques, le prêtre à Kantel renipliîssant réellement et en vérité l«

1)ersonnago de Jésus-Christ, cette histoire à a fin de laquelle on se prosterne pour baigner de ses pleurs le pavé du teBt|iic, quels sujets (Témotion profonde pour un chrétien et pour un littérateur ! quelles inimitables beautés ! Quel disciple de Voltaire pourra les comprendre une fois et ne |»as tomber anéanti en se couvrant le visage (!<' ses deux mains? Ils riaient ; ils riaient res hommes, s'écrie le P. Lacordaire, ils riaic*!! du Christ 1... O mon Oieut...

Pendant toute la journée du vendredi saiil les cloches se taisent et Too n'entend dan:» l'église que le bruit lugubre et diseordani de la créccUc.Les autels sont dépouillés, le^ tabernacles sont vides; toutes les ricfacsM^ de Tégliso sont à la chapelle du tombeau

«BRENONIES

BBES

tti

loule la ebrétienlé jeâBa et s'afflige ; un ai-

lenea foleoMl règoe dans les oonuannaatés;

la chaire releDtii dea aouffrancea de rUoai*

me-INeUt el BOt» arona f u aouvent eea joura4à le aoleil ae miler de nuagea rejra ba

trois beurea et Je ciel s'attriater comme le monde calbolîqae. Quelque choae d'ineffa* b)e et d'iofini pèae aup lea Amea et les tourmente ; on reaaent quelque ehoee dea boule-* fersemepta de la oalure quand le Fila de Ken expira; il semble que la terre tremble et se dérobe aous noa pieda ; on ne pleure plus maïs on friaaonue : la mort d*an Dieu saisit et glace loutea lea Amea, on ae sent à peina le courage d'eapérer encore et de prier.

Mais k i'cltice du aaraedi aaint » comme Tâffle brisée ae relève I Quelle lumière brille tout k coup dans k nuit uniTOPselle t le cierge pascal a'aliumo ; on rient de bénir le feu BouTcau, el lea étoiles qui annoncent le jour de la résurrection apparaissent déjà dans le ciel : J'faymnedes anges, Ghria m tx<€lrii Deo retentit aoua lea voûiea dea temples et les fait tressaillir d^aUégresae ; toutes lea TOtx édatent, lea olochea loiinentc elles sont roYenues de Rome, disent lea nourricea aux petits enfanta, où elles étaient allées chercher les bénédictions du saint* père et lea étrennes de PAques. Voici PAquea aui approche 1 PAques, c est bient6t, c'est oeoiain I on vient de chanter AUdtiia / à ce ee soir lea premièrea Tépres 1 Les croix, lea dundeliera, les tableaux, lea statues sortent . déjà du linoeiil ; Jéaua^^briat va reasuaciter ai ec toute la nompe de 9^ fètea 1^ plua aoienneUea. O filii tê fUim l nx t^ltsUê, têx floriœ^ morte mrrtatii hcdie. Alluma 1

Nous passons aous silence le luminaire brillant ue la Chandeleur, lea palmes et les buis bénits du jour des Rameaux , les aubea éblouissantes de PAquea, les mjrstèrea de la Duit de Koël % mais ne sout^e pas là des sou» Tefiirs qui vivent k jamais dans toua les comra clirétieas, des époques inhérentes à notre vie, des impresaJona qui ne s'effaeent jamais I Suivooa k travers lea campagnes la procession des Rogations, écoutons ce chant des litamea qui s'étend sur lea sillons comme QQ soupir de la terre qui erie vers Dieu pour ^ire fieoudée. La prière de TEglise appelle ies morts au secours des vivants et invtte lea Ames glorieuses qui se pe()osent à seconder les efforts du pauvre iaboureurqui travaille; Is communion du ciel est invoquée pour le succès de ces fatigues qui feront produire AUI sillons et aux coteaux le paio et )e vin l^ur la ooaraïuaion de la terre.

. Mais Dieu a écouté aes ministres, les beaux

Srs sont venus pleins de fécondité : le so» mûrit lea moissons et la terre est couverte de verdure et de fleurs.

Haintenant, que le temple de IMeu ouvre ^tes ses portes I que la cité de Dieu orne ^ maisons de tentures et de fouillagea t que ^ ministres du roi de gloire »e revêtent lie eurs vèferaenta lea plus solennels i voici ^ grande f^te de rhuraanité tout entière, 1 anniversaire delà paix universelle, le Iriom* pke de la charité, la fête de la communion,

la fête du divin amour ! la grande ftte de Dieu I Que les dochos Jettent aux nuages du matin leura voléea joyeusea et triomphales I que lea enfanta en a*évetllant demandent la bénédiction de leur mère I que les rues se ioocbent de fleura, car le Dieu &it homme va pasaer.

Déjà toutes les familles chrétiennes ont entendu le signal de la prière , les mères achèvent de parer leurs enfants, les Jeunes filles voilées et vôtues de blanc ae réunissent autour du sanctuaire. La joie et la piété aont dans tous les regards; celui qui aimait les enfants va revenir au milieu d'eux et se pro* ■lener dans lea rues en les bénissant comme autrefois. Les roses effeuillées remplissent des corbeilles; les encensoirs fument et font monter insqu'à la voûte les vapeura odorantea de reocens mêlé à la senteur des roses.

Un prêtre vénérable vient d*acbever le aaerifice Dour les vivants et pour les morts; 1 Eglise du ciel se réjouit et semble être descendue tout entière sur la terre pour escorter le roi des trois Eglises ; la longue file des prêtres en chasubles et des cleros en chapes on en dalmatiques, ressemble k cette cour aplendide des ôtus que sut peindre si reyon* nante et si belle fra Angelico de Fiesole.

L*figlise souffrante interrompt sans doute ce jour-là ses larmes et ses gémissements, et le sang du divin calice , épanché sur les flammes du purgatoire comme une douce et frafobe rosée, en tempère la dévorante ardeur,

L*EglIse militante goûte d*avance les Joies de la victoire et marche avec de^ chants de triomphe sous les bannières du conquérant pacifique,

Lea chants sacrés s*élèvent dans lea rues, les bruits de la place publique ont cessé t on n'entend que les voix alternativement gravea et mélodievsf s des hommes, dea femmes et des petits enfants qui disent les louanges de IHeUf puis le bruit cadencé des encensoirs, et par inl^rvallea le roulement lointain des tambojura.

L'hostie pacifique apparaît dans son ostensoir d'or porté par un vénérable prêtre. La foule se presse en silence et s'incline; les mères s'empressera comme autrefois à rapproche du Sauveur, pour lui faire béntr leurs petits enisnta. Oh 1 c'est lui 1 c'est lui tou«« jours t on le reconnaît k la paisible sérénité de ses fêtes; on le reconnaît k la confiance des mères et des pauvres ; on le reconnaît aux larmes qui, k son approche, viennent mouiller les paupières de ceux qui ont un eœuri Voilk le bon pasteur qui vient visiter son troupeau t voilk le vainqueur pacifique qui

{Pardonne k ses ennef)9fs...0ù sontntls T Peut- I avoir drs ennemis encore, lui qui est toute indulgence et tout amour 1

Les grands du monde, humbles et la tète d^uf erte, ]»arGbent k sa suite, cottfondua avec la foule du peuple, et si les rois se ren« centrent sur son passage, ils se prosternent et ils l'adorent. Oui, prostemex-vous devant

lo symbole mant de runion aniTeiMUe, pasteurs despeuples dont les troupeaux,réii» Dis dans la même foi , dans la même espé* ranee et le mtaie amour , ne doirent plus former qu'un seul troupeau; c*est k lui que TOUS derez compte des brebis qu'il vous a confiées : pasteurs des hommes adorez votre bon pasteur I

Que toutes les inimitiés cessent à rapprocha de ce Dieu de paix ; ennemis, tendezvous la main; frères, pardonnez à vos frères; chrétiens qui avez le bonheur de croire, priez pour ceux qui sont faibles dans la foi ; chrétiens séparés de l'unité, souvenez-vous des saints des premiers siècles et de leur foi ardente au doux sacrement de l'amour, et ne protestez plus contre l'immense et incompréhensible charité d'un Dieul

Le jour de la Fête-Dieu doit être le jour de la réconciliation universelle, et la prière des cœurs unis par une sainte fraternité est le plus agréable encens qui puisse s'élever devant son autel .

A genoux donc, à genoux tous ensemble, car voilà le Sauveur qui vient à nous plein de mansuétude ; un nuage de fleurs et -d'encens le précède et Tannonce : c'est le roi de l'étemilé qui vient nous visiter et nous consoler dans le temps; il a pour favoris des petits enfants etdes pauvres, et ses ministres les plus cbers sont d'humbles et paisibles vieillards.

Le jour de la Fête-Dieu les villes entières deviennent des temples, et Tidéal de la nouvelle Jérusalem dont parle saint Jean se trouve ainsi réalisé.

Les cérémonies des sacrements sont d'une beauté qui correspond parfaitement à celle des oflices. Le baptême, qui est l'initiation à la vie spirituelle, est accompagné d'exorcismes et d'interrogatoires qui transportent les assistants dans le monde surnaturel, et leur font apprécier toutes los grandeurs de la diguité chrétienne. Satan, le prince du vieux monde, s'arrête à la porte de l'église, et l'enfant, qui était né sous son empire, lui échappe pour passer sous le joug aimable de r£vangile. Ou consacre le nouveau chrétien aux vertus austères et à la douleur qui sauve les Ames, en lui déposant sur les lèvres le sel, emblème de la sagesse; puis son parrain prononce pour lui la profession de foi et les promesses, et le sacrement est enOn administré avec l'eau sainte, le signe de la croix et l'invocation des trois personnes divines.

L'absoute du jeudi saint est le seul vestige'qui nous reste des anciennes cérémonies de la pénitence publique et de la réconciliation solennelle des pécheurs. On sait ?ue dans la primitive Eglise les expiations taient longues et difficiles. Certains i>ôcheurs n'étaient reçus à la communion qu'à la mort, d'autres devaient passer un grand nombre d'années parmi les consiUanii , la pleurante ou lu proêteméi. On sait que les empereurs mêmes ne cuvaient se soustraire alors à la juste sévérité de l'Eglise, et qu'on vit l'empereur Théodose, revêtu du cilice des pénitents, pleurer k la porte de l'église sous le pontificat de saint Ambroise.

CERQiO!fiES

Mais celle de toutes nos cérémonies eccl^ siastiqnes modernes qui est le plus profoi dément enracinée dans tous les cœurs, la plus populaire, la plus touchante des solen* nités, c est sans contredit la première communion des enfants. L'Eglise a senti combien d'importance avait pour le reste de la vio cette première impression religieuse faite sur de jeunes Ames, et elle emploie tout ce qu'elle a d'énergie et de douceur , tout ce qu elle a de magnificences modestes et de pieux entraînements pour rendre cette impression à* jamais durable dans les cœurs. Avec quel soin maternel, en effet, n'instruit^ elle pais les enfants dans les catéchismes; combien de formes prend la doctrine C('^ leste pour pénétrer aans ces intelligents inattentives : distinctions flatteuses, recoin* penses , encouragements , tout est mis en usage pour exciter l'émulation, fixer Tespril et exercer la mémoire : puis il faut subir des examens, satisfaire à diverses épreuves^ passer une retraite sévère , où les instruc' tions les plus pathétiques , les exhortations les plus pressantes, les plus tendres soliicw tations sont tour à tour mis en usage. EDliii le grand jour arrive, tous les cœurs palpitent, les enfants ont à peine dormi tant ils sont préoccupés de leur bonheur; on les revêt de vêtements nouveaux, les jeunes Q les sont toutes blanches comme un troupeau de pures et candides brebis ; les enfants sont rangés dans la nef et tiennent à la main des cierges allumés dont les feux scintillent audessus de leurs têtes comme des étoiles ; les cœurs des parents sont émus et attentifs; les mère^ essuient leurs larmes; la messe cornmence ; le chant des cantiques se fait entendre par intervalles; plus le moment apprfn che, plus l'émotion redouble. Plusieurs en* fauts (et ce ne sont pas les Ames les moins

Eures] tremblent et croient ne pas être assez ien préparés, leurs directeurs spirituels les rassurent et les consolent ; enfin la sainte table est prête ; on amène sur deux rangs les jeunes communiants , profoudément recueillis... Ohl malheur à qui n'a pas senti alors bien plus profondément et plus irrésistiblement que s'il la voyait, là présence réelle du Sauveur sous les espèces eucharistiques ; appelons-en au cœur des pères et des mères ; qui donc voudrait alors que son enfant n'eût pas la foi ? et quel impie oserait donner un démenti à la foi si naivo ei si pure de son enfant 1 On rapporte qu*un jour quelqu'un vint en toute hâte prévenir le roi saint Louis qu'un miracle s'accomplissait dans sa chapelle, et que la forme visible de Notre-Seigneur Jésus^Christ était apparue sur une hostie. On invitait le saint roi à venir s'en assurer par ses propres yeux. ■ Pour* quoi irais-je, dit-ii, si je l'avais vu je ne le croirais plus. » C'est que saint Louis coniprenait la foi, c'est que nos philosophes en disant qu'ils veulent voir pour croire, disent tout simplement une absurdité , puisque le bonheur de la fbi est dans le sentiment de la confiance et de l'amour. Quand Dieu a parlé, il faut plaindre celui qui demande des preu-

CEREMONIES

CLKEMOMBS

ves; comment peut-on hypothéquer sur des sens grossiers et périssables les dettes que Télernilé veut bien contracter envers nous?

Le soir de la première communion, on fait dans Téglise le renouvellement des vœux (lu baptême et la consécration des enfants à la sainte Vierge : deux engagements sacrés pour l'avenir, deiix promesses qui obligent reiistence entière à la fidélité et aux plus douces vertus. Qui de nous, en ce moment, n'aurait voulu mourir pour éviter d'offenser Dieu ? Dans quel autre moment de la vie a-l-on retrouvé un enthousiasme aussi pur, ^\issi paisible, aussi doux que ceiui-^lh ? et quelle grandeur nouvelle le plus humble entant ne sent-il pas se développer dans son âme? On parle d'institutions libérales, d'égalité et de fraternité , beaux mots dont on abuse pour déguiser les passions les plus égoïstes et les plus brutales ; mais quel philanthrope eûl imaginé cette égalité et cette fraternité des enfants à la table de *Dieu ? La fille du riche communie au(>rès de la Olle du pauvre, toutes deux sont simplement vêtues de blanc et voilées comme des sœurs d*une même communauté ; rien ne les distingue aux yeux des hommes, et Dieu qui juge les cœurs donne le premier rang h celle qui sait k* mieux prier et qui veut aimer davantage : Quoniam dilexU muUum.

Le sacrement de Tordre est celui de tous dont les cérémonies sont le plus compliqt'écs, le plus savantes et le plus prolongées. li est bon qti'un littérateur religieux en étu- (jje l'esprit et la forme, s'il ne veut pas s'exposer à des péripéties dramatiques aussi fausses que celles au Jocelyn de M. de Lamartine, qui reçoit malgré lui, dans un mouient de trouble, les sept ordres, ou du moins les trois ordres sacrés, sans avoir eu le temps de se reconnaître. Il esi tombé à genoux atterré par les menaces d'un évéque dont nous n'avons pas ici à examiner le rôle, et voici en quels termes il raconte sa triple ordiuatioa :

On changement soudain se fil dans tout mon être : (i'iand je me relevai de terre, j'étais prêtre.

Cette ordination forcée, faite par un évoque qui veut se confesser avant d'aller au martyre, et qui commet pour cela le plus grand peut-être de tous les péchés, cette ûrJiuatidn faite dans un instant et sans que Tordinand ait eu le temps de se reconnaître, tout cela est absurde en théorie comme en pratique , et accuse chez l'illustre poëte rii5ioranee la plus affectée ou l'oubli le plus ['omplel des doctrines et des pratiques de rE^iise ; et ce n'est pas le seul passage de ce r«»iuân en vers qui pèche contre le bon sens el contre l'orthodoxie. {Voy. Lamartine.)

La consécration, ou, comme on dit vulgairement, le baptême des cloches, est une ues cérémonies les plus poétiques du culte. li semble que la bénédiction de Tégl.se donne une âme à cet airain qui est la voix du temple. Et qui n a senti mille fois en ef- «et que les cloches ont comme de l'âme dans

Diction N. de LiTTÉRATinK curét.

leurs réjouissances ou dans leurs plaintes ? Comme elles pleurent tristement sur le»

morts dont elles sonnent le glas funèbre I comme elles annoncoi t joyeusement rén^ trée dis v^vanls dans l'Ëçlise universelle! comme elles savent -distinguer, par leur double ou triple carillon, les différentes solennités des fétos 1 Ce sont véritablement des voix humaines qui {«rient à l'Ame. Dans quelle douce mélancolie vous plonse le tintement de VAnaeluSf entendu au loin dans la campagne 1 Que de souvenirs touchants rappelle au chi*étien le son des cloches : promesses du baptême, solennités de 1 enta nce^ joies ineffables de la première communion, regrets de ceux que nous avons aimés ; le son des cloches est .comme un écho de la vie tout entière ; c'est commo une promesse persévérante d'une vie moins a^tée et plus heureuse, c'est tk voix do Dieu même oui rappelle ses enrants à lui. Le son des cloches a toi^jours exercé un merveilleux empire sur les imaginations poétiques et sur les cœurs tendres, et il a suffi quelquefois pour les détourner du crime ou les préserver du désespoir. Un grand Ipoëte de l'Allemagne, Goëtne, qu'on ne soupçonnera pas de dévotion ou de partialité en faveur du catholicisme, a fait du son des cloches le moyen dramatique de la plus belle scène de son drame de Fautif et Lamartine, dans son ()Oëme de Jocelyn^ a imité le principal passage de cette scène.

Faust est seul dans son laboratoire. 11 rêve à tout ce qu'il a voulu apprendre, h

explication du grand mystère de la viet le pourquoi suprême auquel seul le catéchisme peut répondre ; mais le malheur de Faust est d'être Favant et do no plus savoir écouter les réponses du catéchisme; aussi combien ses plaintes sont amères.

Trouverai-je jamais ici de quoi combler le vide de mon esprit et de mon cœur? dit-il en gémissant. Faudra-t-iJ recommencer en> core la lecture de ces milliers de volumes pour y trouver toujours la même chose et savoir que la multitude des hommes s'est tourmentée inutilement, et que çà et là un heureux s'est rencontré, par hasard, sur la terre?

Il regarde une tête de mort et la prend dans sa main.

Pauvre crâne vide, pourouoi ris-tu de les dents noires et déchaussées ? Est-ce pour me dire que tu as pensé comme moi, que tu as cherché comme moi, que tu as souttert comme moi ?...

Il le laisse retomber sur la table el regarde autour de lui.

Tous ces instruments de la science ou plutôt de l'ignorance semblent me narguer avec leurs roues, leurs dents, leurs anses et leurs cylindres : clefs menteuses qui m'avez laissé à la porte I erreurs, fatigues, déceptions et rien 1 rien pour arrêter lu» s regards... lien que ce flacon pour me j)!*©-

CEREMONEft

mettre encore... pour me permettre une tth |)érmce I et cette espérance, c'est la mort 1 « Je te salue, fiole solitaire, oue je saisis arec un pieux respect I En toi jlioDore l'esprit de l'homme et son industrie : remplie d*un extrait des socs les plus doux, laTora- Me au sommeil, tu contiens aussi toutes les forces qui donnent la mort ; accorde tes laveurs k celui qui te possède 1 Je te rois et Bia douleur s'afiaise, je te saisis et mon a^qtation diminue, et la tempête de mon esprit se calme peu k peu 1 Je me sens entraîné dans le raste océan, le miroir des eaux ma* riues se déroule silencieusement à mes pieds, un nouveau jour me tuit sur des plages inconnues.

« Sors maintenant, coupe d'un pur cristal, sors de ton vieil étui, ou je t'oubliai pendant de si longues années. Tu brillais jadis aux festins de mes pères, tu déridais les plus sérieux convives, qui te passaient de main en main : chacun se faisait un devoir, lorsque venait son tour, de célébrer en vers la beauté de tes ciselures et de te vider d'un seul trait ; tu me rapfielles les nuits de ma jeunesse ; je ne t'onnrai plus à aucun voisin, je ne célébrerai plus tes ornements précieux. Voici une liqueur que je dois boire avec soin, elle te remplit de ses flots noirâtres ; je l'ai préparée, je l'ai choisie, elle sera ma l>aisson dernière et je la consacre avec toute mon âme, comme une libation religieuse, à l'aurore d'un jour plus beau... » 11 va porter la coupe à ses lèvres ; on entend les cloches qui annoncent les matines de Pâques, et dans le son des cloches, Faust croit entendre les voix des anges.

Le Christ est ressuscité, disent ces voix,

I'oie au mortel qui languissait ici-bas dans es liens de l'iniquité 1 — Ah t s'écrie Faust, quels murmures sourds, quels sons éclatants arrachent invinciblement la coupe à mes lèvres altérées? Le bourdonnement des cloches annonce-t-il déjà la fête de PAques 1 PAques, la fête de la résurrection et de la vie ! PAques, le jour de la joie et de l'espérance I... et c'est aujourd'hui que dans mon désespoir j'allais mourir ?

Et cependant les cloches continuent à chanter et les voix des tidèles qui s'élèvent en chœur dans l'église voisine s'unissent aux carillons joyeux de roUice du jour :

0 fi m ei fiiiœ!

liex cœieuiê^ rex glor'$œ Morte iurrexu hodie.

AlMnia !

Ki Maria Ma^daUne^ tA Jaeobi et Salome^ ïeneruM coruui nttqere, AlMulû !

« Pourquoi, chants du ciel, s'écrie Faust attendri, chants puissants ot doux, pourquoi me cherchez-vous dans la poussière ? retentissez pour ceux que vous touchez encore. J'écoute bien la nouvelle que vous apportez , mais la foi me manque pour y croire : le miracle est reniant le plus chéri de la foi.

CEREMONDB

Pour moi, je n*ose aspirer k cette sphire où retentit l'annonce de la bonne nouvelle, et cependani |»ar ces chants dont mon enbnce fut bercée, je me s< ns rappelé dans It vie 1 Autrefois les caresses de i amour divin descendaient sur moi pendant le silence solennel du dimanche. Alors le son grave des cloches me remplissait des plus doux pressentiments et la prière était la plus vive jouis- Sduce de mon cœur ; des désii s ineffables «t purs m'entraînaient vers ces fleuves sacrés, vers ces régions inaltérables et pures, où l'infini se révèle à travers des larmes... O souvenir plein de toutes les tendresses et de toutes les joies de mon plus bel Age m'arrête lorsqu'un dernier pas allait me précipiter dans l'abîme... Oh 1 retentissez eucore, cloches bénies ; cantiaues du cieU ▼eus atex pénétré mon Ame... Mes larmes coulent en abondance ; je suis vaincu, et la terre m'a reconouis. »

Ce charme indéfinissable qui s'attache aux souvenirs de renfance, quand l'eulance a été pieuse, est uu hommage rendu à la vérité de la foi. L'enfance est heureuse parce qu'elle croit, piree qu'elle espère, parce qu'elle aime. Parlez k un enfant de vos duutes sur le but de la vie, sur Torigine du mal, sur l'absolu» il ne comprendra |)as, ou il croira que vous voulez vous moquer de lui. Lorqu'on lui dit au catéchisme que Dieu nous a créés pour le connaître, 1 aimer, ie servir, et par ce moyen mériter la vie éternelle, il trouve cutte raison parfaitemeoi sufiisante : le but de l'existence est dairement défini à ses yeux. Pourquoi voulezvous qu'il doute? Après qu^il aura douté pendant soixante ans, saura-t-ii mieux ou davantage. Le doute est une maladie de l'efprit, c'est une hébétude du jugement ; Tétat normal de l'intelligence et du cœur, Tétat naturel, l'état raisonnable, c'est la foi forte, simple, naïve; la foi incurieuse et insoucieuse, comme disait Montaigne ; la foi du charbonnier, comme dit le proverbe ; la foi des petits enfants, comme disent Notre- Seigneur Jésus-Christ ot son adorable Bvan* gile.

Remarquons que la foi seule vivifie et anime d*une poés e admirable les cérémonies religieuses. La raison humaine, abandonnée a ses propres forces^ se couvrira toujours de rimcule lorsqu'elle voudra inventer et établir des cultes ofTiciels ; on aura beau compulser La Héveillère-Lépeaux et Pierre Leroux, déterrer les momies d'En gypte, o ganiser des fêtes grecques, romaines, indoues, tartares, thibétaines ou malabares, on attirera certainement la foule, mais elle ne prendra pas le change ; elle s'amusera, elle rira au nez des masques, et vous serez tout étonnés d'avoir organisé un carnaval en croyant fonder une religion. U est possible d'être plqs amusant que le citoyen Robes^ûerre, plus décent que le dieu Gnaumette, plus gai que les théophilanihro- |)es, plus moral peut-êire que les saint-simo> uiens; mais faire quelque chose de plus durable, c'est ce qui sera toiyours impossible.

Qu'est-^e, en effet, qiie des symboles sans autorité et des cérémonies arbitraires, sinon ûes parades et des grimaces ; et quel respect Toulez-vous qu'on ait pour des hommes qui seraient habillés en prêtres, comme les marchands de vulnéraire saisse sont habillés en généraux? Les protestants )*ont bien senti, et c'est moins par système que par impuissance de faire autrement au'ils ont déshabillé leur culte et dénudé leurs temples, et c*e$t par là que les sectaires présents et à Tenir sont frappés de stérilité. Nous avons eu tout dernièrement des templiers et des prétendus chrétiens primitifs, qui officiaient en robes et en manteaux blancs avec des croix rouges : on est allé voir cette parade et Ton a haussé les épaules. Qui empêche en effet tout le monde de s'habiller en temfilier ou en mamamouchi ? Ce qui a surtout déconsidéré Fabbé CbAlel aux yeux mêmes àe$ personnes sans religion, c'était Tabus de confiance dont il se rendait coupable envers les ignorants, en imitant les cérémonies du culte catholique» lors même que tous ses elTorts ne lendaient qu'à détruire le catholicisme. Soyez déistes si c'est votre malheur ott votre opinion, pouvait-on lui dire, mais ne trompez pas par les apparences de la religion ceux qui se laissent encore prendre à votre ancien titre de prêtre. Les cérémonies sont des signes hypocrites, si vous ne croyez plus aux choses signifiées. Pourquoi vous prosternez- vous à l'élévation de votre messe sacrilège, si vous ne croyez plus à'Ia présence réelle? Vous êtes tout sim()leuient des incrédules qui jouez à la religion ; vous répétez et vous organisez, dans un but de captation, les farces de Chaumette et des s|X)liateur8 de Saint-Germain-l'Auxerrois ; vous êtes des charlatans et des faussaires.

La philosophie ici doit se trouver fort mal \ son aise. Nous savons bien qu'elle a la prétention de remplacer le catholicisme comme elle avait la prétention de remplacer Thellénisme et le judaïsme, car elle se fait le croque-mort de toutes les formes roligieases, dans l'espérance d'hériter, et elle ne r(*mplace jamais rien ni ne peut hériter de rien. Tout dans le monde religieux se fait sans elle et se fera toujours ainsi, parce que i'i philosophie joue lorcément le rôle du niais dans le drame de l'humanité, si elle liusurpe pas celui du trattre. Quelles vérités possede-t-elle en propre au delà des aiiomes de M. de la Palisse ou des roueries do Machiavel? Inventer que deux et deux font Quatre, ou faire accroire aux hommes que deux et deux font six, voilà toute son ailemative en fait de génie, elle qui se moque des croyances, et dont tout le savoir, si eile veut être logique et sincère, se résumera toijojrs dans le Que iais-je de Montaigne, et le Peui-^tre de Trouiflogan.

Ce qui distingue essentiellement les céré- Rionies des momeriea et le costume oOiciel ue la mascarade, ce sont les idées et les croyances qui sont représentées par les signes extérieurs et acceptées par le consentement universel. Mais les cérémonies reli-

CEREMONIES

giouws ont cela de particulier, qu'elles doivent être sanctionnées par la Divinité ellemême. Ce ne sont pas les lois humaines qui font les religions; mais ce sont los religions qui sanctionnent les lois humaines. Vouloir au*à jour et à heure fixe les citoyens d'un ktat viennent de par le gouvernement adorer la Divinité suivant le programme de la police, c'est vouloir que le bon sens soit de l'opposition pour dépopulariser Texactitude religieuse. Que Dieu fasse savoir aux hommes comment il veut être adoré, rien de mieux, rien de plus juste; nous obéirons sans examen et sans murmure, parce que Dieu seul, en p.'ireille matière, peut prescrire Quelque chose sans être téméraire ni ridicule. Nous disons ceci à propos de Rous* seau, dr>nt les déplorables idées à ce sujet sont répétées par Pierre Leroux, ou'il faut une religion publique réglée par le prince selon les intérêts de sa politique, et une religion par iculière, suivant laquelle chaque individu pourra contrôler les dognpes de la religion publique. Oh 1 les beaux faiseyrs de proKrès, qui, pour faire avancer la voiture, attèlent en sens opposé des chevaux devant et derrière I Le catholicisme ou la morti voiU ce gue dit l'avenir au monde.

Notre intention, dans cette petite digression, est de bien faire comprendre à tous ceux qui aiment et recherchent le symbolisme des cérémonies et des pratiques religieuses, pour en faire ressortir les beautés poétiques et littéraires, qu'il n'y a ni vérité ni beauté dans le symbolisme en dehors de l'orthodoxie ; et nous revenons h la charge contre cette religiosité bâtarde et niaise oui s'introduit depuis quelque temps dans la littérature. Nous ne craignons pas de comparer de pareilles rêvenes mystico-romantiques aux parades des templiers, des saintsimoniejis ou même du triste abbé Ghfttel : c'est de la licence déguisée sous des vêtements sacerdotaux de fantaisie, c'est l'incrédulité masquée en dévote, mascarade qui ne peut inspirer que la pitié et le dégoût.

L'autorité , voilà la grande loi du vrai et la règle du beau ; et c'est aussi l'autorité

3ui a dégagé des superstitions et des excès e verve enfantine uu moyen âge, ce culte si beau et si grand que l'étude seule do ses cérémonies sulfirail pour régler le goût d'un poëte ou, ce qui est plus difficile encore, d un prosateur, et lui faire comprendre quels sont les mouvements nobles, quelles sont les figures sublimes, quelles sont les symboles réguliers dans la littérature chrétienne, et comment Dieu doit être loué |iar la parole soit écrite, soit parlée. Nous ne croyons rien avancer d'étrange, et nous sommes à couvert de tout soupçon d*exagération, auaiid nous établissons une sorte de parallèle entre la méthode de louer Dieu acceptée par l'Eglise dans ses offices et If s règles de 1 art d'écrire que doit observer un auteur religieux. Dans les cérémonies, en effet, domine toujours l'unité de plan dans la diversité d*action; la hiérarchie s'y fait toujo.irs reconnaitre dans un ensemble harmonieux; le pontife .

CEREMONIES

est servi par les prêtres, les prêtres par les iinnîstres, les ministres par les jeunes clercs, et les jeunes clercs par les enfants : or, tout se fait sans confusion, chacun nyant sa place assignée, son costume spécial et ses fonctions particulières. Or, établir le même ordre entre les différentes parties d'un liyre ou d'une œuvre littéraire Quelconque, ne serait-ce point la perfection littéraire et religieuse tout k la fois? Un livre, un discours, un poème à la gloire de Dieu, c'est en quelque sorte un omcc dont il faut s'acquitter, un sacriQce de louange qu'il faut offrir. Or, la pensée dominante, la pensée mère de louvraçe doit être comme le pontife, qui est servi à Tautel dans un ordre hiérarchique et admirable par tout le clergé inférieur ; aucune <les îd^'^es principales ne do t être omise ; la place de chacune doit être conservée, toutes doivent apparaître avec 'leurs vêtements particuliers et spéciaui; tout doit se faire ainsi hiérarchiquement et solennellement dans le recueillement universel de toutes les puissances de Tâme; et à cette solennité de la pensée, à cet office du génie, doit présider, non pas le caprice de rhomme, mais la règle, mais l'autorité, mais le bon goût, qui en est l'expression catholique, c'est-à-dire universelle, comme aux céi émonies de TEglidO préside l'autorj té apostolique universelle et traditionnelle des usages déterminés par les légitimes pasteurs.

Mieux que toute autre, la littérature religieuse est en mesure de donner ^es lois au monde intellectuel, parce qu'elle peut et doit recevoir les siennes d'une autorité infaillible. Ce qu'on appelle inspiration, dans les littératures pro&uies, n'est souvent que le jeu des passions ou l'enthousiasme factice d'une imagination qui s'échauffe à la poursuite des fantômes. Le bcnu est conventionnel chez les poètes profanes, parce que le vrai peut être toujours contestable. Les plaisirs des sens ne sauraient même être une règle sûre; quoi, en effet, de plus changeant, de plus inégal, de plus incertain, de plus capricieux que les sens ? Mais le sens intime de la vérité, conçu par l'âme et sanctionné par une autorité iniaillible, nous donne le type véritable du beau en philosophie, en littérature, et même dans les arts plastiques. On a comparé la littérature à un sacerdoce, et elle peut eu effet s'en rapprocher par des caractères communs; mais le premier de ces caractères, c'est de recevoir ses inspirations de Dieu seul, et de suivre un ordre hiérarchique dans la disposition des idées; c'est d'établir, pour coordonner entre elles, toutes les parties diverses d'une même œuvre, un plan que domine toujours la majestueuse unité; l'unité dans la diversité, l'ordre dans la distribution et l'harmonie dnns les raj)- ()orts, voilà les lois régulatrices du vrai et du beau dans tous les ouvrages des hnmmes. Or, c'est en qui se trouve d'une manière suréminente dans le cérémonial de l'Eglise ; pourquoi donc ii'admettrait-on pas que l'ensemble des cérémonies religieuses est un grand poëiuc en action, it qu'un vrai

poëme religieux devrait être conçu, oisposé orné et exécuté comme une solennité écrite?

On en est venu maintenant à ne plus nen négliger des richesses de la religion, et pour venger le bon sens des dégoûts affectés de Voltaire, les hommes d'un goût véritable savent où ils doivent chercher désormais le& incontestables beautés ; mais l'étude de la liturgie, à laquelle nous consacrons dans ce Dicitonnaire un long article distinct de c«luici (Yoy. Liturgib), et celle des céréraoDies religieuses ne sont peut-être pas encore assez consciencieuses et assez suivies : nous avons une ignorance profonde k combattre et des nuages épais à dissiper ; car la littérature nébuleuse du commencement de ce siècle, combinée avec les vapeurs méphitiques du siècle dernier, a bien obscurci, je ne dirai pas l'or pur et incorruptible du sanctuaire, mais les yeux des faibles chrétiens, qui cherchent maintenant l'entrée de l'église à tâtons. Tendons-leur la chaîne de la tradition universelle; faisons-leur toucher au doigt ces vérités qui se tiennent si é(roitemcnt, qu'on ne peut en détacher une sans que toutes les autres soient perdues; recoustruisons pièce à fuèce le sanctuaire de Dieu, comme faisaient les Israélites au retour de la captivité ; tenons, comme eux, d'une m un l'épée pour nous défendre; de l'autre la truelle pour rebûtir, et ne craignons pas de proclamer hautement que non- seulement tout est vrai, mais que tout est beau dans le culte catholique, apostolique et romain ; que là est la sanction ae toute morale, de toute science et même de toute poésie. Puis faisons appel à tous les talents, ouvrons une lice anistique, proposons des tournois k Yéloquence, à la science, aux belles-lettres; nous marc'ierons au combat armés de Tautorilé éternelle ; les fantaisistes et les incrédules viendroiit avec leur armure brillanle et légère, et l'on verra bien qui le premier sera désarçonné, et qui le dernier tieudi*a la lice.

CHANSON. — On ne s'étonnera pas de trouver, dans un Dictionnaire de littérature religieuse^ un article sur la chanson, lorsqu'on saura que ce g nre éminemment frai;cais est cultivé avec succès au séminaire de Saint-Sulpice, pendant les vacances, dans les pieuses solitudes d'issy, et que les plus fervenis parmi les élèves s'y montrent quelquefois les plus francs et les plus joyeux chansonniers.

La religion, en eflTet, ne proscrit aurun genre de litténiture honnête, et c'est un devoir pour ses enfants de lui consacrer spécialement les talents dont on a le plus abusé. La chadson, destinée à exprimer la joie, à récréer l'esprit, à toucher le cœur par cl«* gracieuses images, s'est trop souvent insm* rée de souvenirs dangereux et d'images licencieuses. Pourquoi ne serait-elle |ias aussi bien consacrée aux souvenirs de l'innocence, aux saintes joies de la vertu» aux aUé^^ressei d'une bonne conscience?

Saint Jean do la Cri.'ix, sainte TUérèsoi saint Frimtjois d'Assise et ulusieurs auUc:

CHANSON

saints personnages ont fait des chansons spU rituelles. La plupart des vieux noëls ne sont autre chose que des chaasons villageoises où se trouvent quelquefois, sans offense de Dieu, les plus franches joyeuselés. Dn assez grand nombre de pièces contenues dans le recueil des cantiques de Saint-Sulpice sont (Je véritables chansons, comme, par exemple, celui-ci, qui n*esl évidemment pas fait pour être chanté en cluBur dans une église, mais solitairement parmi la paix et les beautés de la campagne.

Bénissez le Seigneur suprême, Peltls oiseaux, dans vos foréls, Dit«s sous ces ombrages frais :

Dieu mérite qu*on Taime !

Dans ces i)eaux lieux toul est fertile ; J*y vois des fniits, j*y vois des fleurs * El je dis en versant des pleurs - Je suis Tarbre stérile !

Le pieux archevêque de Cambrai, Fénelon, composait aussi, dans ses moments de loisirs, des chansons sur des sujets de piété. 11 nous en reste une de lui où Ton trouve ce couplet :

Jeune, j^étais trop sage.

Et voulais tout savoir ; Je n*ai plus en partage

Que badinage.

Et toucLe au dernier Age,

Sans rien prévoir.

Fénelon ex|>lique dans les autres couplets celte sorte d*i «différence pour le savoir et les prévoyances humaines, nar un abandon complet è la sainte volonté ne Dieu.

Ce qui distingue la chanson spirituelle du cantique, c'est un ton moins grave» une mesure plus vive, une versiQcotion plus légère. Le eaniique, destiné à être chanté dans Téglise, doit être toujours grave et sérieux.

On |>cut distinguer, dans la chanson rapportée à la littérature reli^euse, trois genres spéciaux : la chanson spirituelle, la chan«> son morale t et la chanson récréative. La chanson spirituelle doit, pour les dirétiens, re nplacer les chansons d*amour profane : eiie doit exprimer les joies, les espérances elles tristesses du saint amour, s'élever à I>ieu par le spectacle de la nature, faire parler les objets inanimés; pleurer, sourire, méditer, se plaindre doucement, rappeler de touchants souvenirs, etc. La chanson morale duit exprimer Tadrairation de ce qui est bien, le blâme de ce qui est mal : elle peut contenir des préceptes plus édifiants que ceux (les chansons épicuriennes ; elle doit surtout présenter le côté aimable et gracieux de la vertu; elle peut rire des travers de l'incrédulité et du vice, exprimer une fine et spirituelle satire, mais toujours, c^peadant, avec les égards de la charité et les ménagements <le la discrétion chrétienne. Eniin, la chanson récréative est réservée aux ieux innocetits de Tesprit, à des récits d'aventures plaisantes, à des caricatures ingénieuses, ^uici quelques exemples de ces différenles ^Ivs de rJiansoQs w

CHAN50N ZQ$

Ligliêt de campagne.

Air : Goiiiliten j'ai douce soufeDaace.

• Si)liiude auguste et profonde, t^ii Diea de sa gloire f inonde ; II Câl ici, non pour les grands

Du monde.

Hais pour les humbles habitants

Des champs.

Dans >a retraite et le silence Mon âme vers Jésus s'élance ; Au temps où je bravai» ses lois

Je pense.

Et j*embrasse en pleurant sa cr<nx

Cent rois.

Mon cœur s*unit il la victime

Qui vient s'immoler pour mon crime :

A sa vue un célesie feu

M^anime ; Avec transport j*aiine en ce lieu

Mon Dieu.

Plaisirs, honneurs que Ton envie,

A Jésus je vous sacrilie ;

Je veu\ lui donner chaque jour

Ma vie, Et pour lui mourir à mon tour

D'amour !

La solitude.

Amis, grandeurs, plaisirs, fortune et gloire Camps orageux, inirigiies de la cour, Trop vains objets, fuyez de ma mémoire, Je vous oublie en cet heureux si^our.

D'aimables soins ma vie est occupée ; L'oisiveté m'était un lourd fardeau :

Qu'avec plaisir j'échan£[eai mon ëpé(!

Contre la bôche et le simple râteau !

Jeunes beautés, sirènes infidèles.

De vos liens j'ai su me dégager :

Ici les fleurs autant que vous sont belles.

Mais une rose enivre sans danger.

Lis éclatant ! quelle magnificence !

Le Créateur t'a vêtu c tmme un roi ; Le souverain qui régne sur la France .\vec sa gloire est moins brillant que toi.

Aimables fleurs que vit naitre Taurorc»

Avant le soir vous allez vous flétrir : Ornez l'autel du maître que j'adore, A son service il est doux de mourir.

Cette chanson pieuse, ainsi que la précédeate, est de mademoiselle Angélique Gordon , et a paru dans le recueil intitulé : Elégieê chretiennrSf deuxième édition des Eêsais poétiques d'une jeune solitaire.

Nous ne donnons pas ici la traduction des chansons spirituelles de sainte Thérèse , saint Jean de la Croix et saint François d'Assise, parce qu'on les trouvera h leur place dans ce Dictionnaire. {Voy. saint François, saint Jean de la Croix et sainte Tuk-

RÈSE.)

La chanson spirituelle se confond peutêtre un peu trop avec le cantique : il faudrait étaolir, pour les distinguer, que les vérités sacrées du dogme sont réservées au cantiqiie, tandis que les ntlectiims et les considérations pieuses, exprimées avec grâce et poésie, seraient du dotnainede la chanson.

La chanson morale est esseitidlemcnt

CHANSON

philosophique, et nous entendons ce mot ici dans un sens chrét en. Il existe plusieurs cliansons morales sur l'existence de Dieu, sur rimmoitalité de J'âme, etc., qui se distinguent des odes et trait<^s poétiques sur le même sujet par la légèreté de la man'ère et la délicatesse de la touche. On ne raisonne pas en chanson, mais on peut faire sentir le résultat du raisonnement. Ce qui caractérise la chanson, c*est le trait : du moment que le trait porte, la chanson est bonne; mais le ^rait doit être toujours léger et frajiper bien droit à son but.

Voici quelques chansons morales :

Dieu.

Il est lin Dion, nie disait la nature, Uiianil le S4)leil, lui rendant ses couleurs, IViiii feu propice et d*uue clarté pure Réjouissait les filons et nos cœurs.

— Oui, sur les mers, au ciel, sur la verdure^ Je vois partout Tempreinte de ses pas ;

Il est un Dieu, disais^ je à la nature, El les uiéchants ue le détruiront pas.

Il est un Dien, mais ce Dieu me resscniMe, l>ii le méchant pour tromper ses remords ; Ouand les toiuiieaux , sous son trône qui trem-

Ihle, Prêts k 8*ouvrir, font tressaillir les morts. Dans les enfers la révolte est punie : Baissez la tète et gémissez plus bas.

— n ost un Dieu, dis-je à la tyrannie, Kl les méchants ne le détruiront p««s.

Il est nn Dieu ! — Non, niunnure un athée Le hasard seul coniinanile à Tavcnir, Et la nature, industrleiix Paiilbée, Uenatt sans cesse et change sans finir.

— Lors uue mère à nous s'est présentée, Ite sou enfant giiiilant les pn*niiers pas. Il est un Dieu, répondis-je à Talhée,

Et les mécliaiits ne le détruiront pas.

Il est un Dieu, dit le pauvre qui phnirc, Kt Ci*^ienilaut les méchants sont heureux ; L:i faim cruelle ignore leur demeure, Et les hivers n*unl que des fleurs pour eux.

— Hais des vertus connaissent-ils les charmes ? Lui dis-je aiors, en lui tendant les bras.

Il est un Dieu qui volt couler tes luniies Et tes méchants ne le détruiront p;i8.

Le bon Dteu du petit enfant.

Sais-tu cehii f|oi dans b plaine

Nourrit le peut lapSn bkine ?

Qui fait une robe de laine

Au beau petit agnean tremblant ?

tiehii qui de plumes légères

Habille Toiseau qui |[raiidit,

m lui donne des petits frères

Pour qu'il n'ait pas froid dans son nid ?

Sais-tu celui qui sur la terre Fait venir de si belles fleurs.

Et qui leur donne sa lumière Avec de si vives eotileurs ?

Celai <|tti suspend à la branche l.e fruit, objet de ion désir.

Et jusqu'il tes lèvres le iienche Pour I inviter à le clioislr T

Sais-Ui celui que les étoiles Itegardent pendant ton sommeil?

Oui du malin blanchit les voiles Pour le lever du beau soleil ?

CHANSON

Cehii par qui le pauvre espère.

Celui qu'on doit aimer toujours.

Et qui fait, aux soi.. s de ton père.

Trouver le pain de tous les jours ?

Enfant, si tu veui le connaître.

Sois sage et bien obéissant ; Car à la fois il est ton maître Et ton ami compatissant. Tu sais déjà comme on le prie.

Ta voix s'essaye à le nommer ; Mais de ta mère si chérie L'amour seul t'apprend à l'aimer.

Réranger, celui ae tous les poêles français qui a iK)rté la chanson h sa plus haute expression jpoétique, n'en a malheureusement pas bien compris la portée morale, et s'est d'ailleurs fait trop souvent l'écho des préjugés irréligieux du xviii* siècle, pour que nous ayons à le citer beaucoup ici; mais nous détacherons avec d'autant plus de plaisir de son volumineux recueil une chanson tout entière et quelques couplets glanés çà et là.

La chanson que nous revendiauons comme religieuse et morale est intitulée : Le voyageur. C'est un dialogue entre un homme I&tigué des déceptions de la vie, qui blasphème la Providence, et un vieillard qui le réfute en lui faisant du bien, et lui prouve Dieu par toutes les consolations que Thospitalîlé, l'amitié et la paix de la famille peuvent apporter à une âme longtemps blessée. 11 y a oans cette réfutation muette des blasphèmes d'un insensé par des bienfaiu, quelque chose de délicat et de touchant» Le vieillard sent qu'il faut soigner le i^uvre voyageur comme un malade, et non le confondre comme un raisonneur, et il se trompe d'autant moins en cela que le malheureux déraisonne; mais il déraisonne comme le siècle, et cette chanson n'est rien moins

au'une réfutation des poésies sataniques e l'école byronienne. Cette chanson est d'autant plus remarquable, qu'on peut y trouver le sujet d'une idylle dans le genre de Gesner et de Berquin, d'une composition dramatique et d'un petit roman moral, ou tout au moins d'une nouvelle. Voici celte

Le voyageur.

Air : rim ou est de Ibiis, |Ju8 oo r*l.

Le vieiHard.

Voyageur, dont Page intéressé, Quel chagrin flétrit tes beaux ^mii-s ?

Le voyageur.

Rnn vîeilfcird, plaignez ma jeunesse En butte aux orages des cours.

Le vieUlard.

Le sort est injuste, Siuis doute, Mais n'est pas toujours rigoureux ; Dieu, qui m*a placé sur ta route:

Dieu folTre un ami (àts), sois hetircu%*

Le voyageur.

Mes maux sont de tristes exemples Du pouvoir des dieux dHd-bas ; Bientét le crime atira des temples Des palais il doit et se las!

aiANSON

Le tieUlard.

Prenck mon bras, car un long vof âge Endoloril l«s pieds potidreoK ; Omiine loi j*enrais a ton âge.

Dteu l'offre un ami (6t<), sois heureux*

Le «0jfaf <»r.

Quand finvoquals, d;ins la tempèle« Ce Dieu qu*on dit si consolant, Des poignards, levés sur ma tête.

Portaient gravé «on non sanglant*

Le neiltard.

Nous voici dans mon ermitage, Versons-nous d'un vin généreux ; Hélas 1 mon fils aurait ton âge !

Dieo t'offre un ami (6û), sois heureux»

Le voyageur.

Non, il n'est point d'être suprême Qui, seni, peuple Tiromensité; Et cet univers n^esi lui-même Qu'one grande inutUUé.

Le wéiilaréU

Vois ma fiQe, à qui ta détresse Arrache un soupir douloureux ; Elle a consolé ma vieillesse.

Dieu t*offre un ami (Ms), sols heureux*

Le voyageur.

Dans celte nuit profonde et triste.

Ce Dieu vienl4l guider nos pas ?

Eh ! qii*imporle enfin qu'il exisfe.

Si pour lui nouâ n'existons pas T

Le vléiUard.

Voici ta eouclie et ta demeure; Chasse tes rêves ténébreux; TiensHiioi lieu du flis que je pleure:

Dieu t'offre on ami (6t<), sols lieureux. .

L'étranger reste, il platt, il aime, El bientôt, de fleurs couronné.

Epoux et pt're, il va iui-uiéme Dire à plus d'un infortuné :

Le sort est injuste sans l'oute.

Mais n^est pas kmjours rigoureux :

Dieu, qui m^a placé sur la route.

Dieu t'offre un ami (bU), sois heureux.

11 est impossible d^imaginer une réponse plus spiritttelle et plus charitable à la fo s ii toutes les divagations diaboliques du doute, de rathéisme et du désespoir. Le fameux mot : Va te coucher^ Basile^ tu sens la fièvre^ est ici parfnitemont appliqué. En effet, à quoi bon perdre son zèle et ses arguments contre des sens qui ne savent plus ce qu'ils disent? 11 faut leur tâter le pouls ou bien leur parler d'autre chose; car indubitablement ils sont malades ou timbrés.

Un chrétien sévère censurerait peut-être dans la chanson que nous venons de citer» ce Ters, qui semble un peu païen :

Le sort est injuste sans doute ;

mais il faut remarquer qu'à riniustice du sort et pour la corriger, le vieillard oppose la providence de Dieu; il réfute donc celui qu'il console, tout en paraissant lui faire nne espèce de concession.

L'illustre chansonnier n'a pas été souvent aussi heureux à notre point de Tue, et la chanson que nous venons de citer est la soûle peut-être de tout son recueil que nous ayons pu sans inconvénient transcrire ici

CHANSOÏi

sia

(oui entière. Il Efiut le louer encore cc|ieiH dant du tendre intérêt qu'il témoigne souvient aux pauvres, cette famille souffrante du Sauveur. Deux de ses chansons. Le cietix vagabond et Jacques^ sont des tableaux dramatiques et navrauts de la mort dans la rue et dans la chaumière. C'est le mendiant ({ui expire daos un fossé, abandonné de tout le monde, et se consolant de passer pour 6(re ivre, parce qu'il échappera ainsi aux dernières insultes d'une froide pitié.

Dans ce fossé cessons de vivre; Je finis vieux, infirme et kis; Les passants voni dire : Il esihnre; Tant mieux ! ils ut mut plaindront pas.

Quoi de plus triste et en mène tem|is iJ« plus touchant que les paroles suivantes :

Oui, je meurs ki de vieillesse, Paroe f u*ou ne meurt |kis de faim ; Tespérais \xât de ma détresse L'héplial adoucir la fin ; Mais tout est plein dans chaque hospiee. Tant le peuple est infortuné !

La nie, uélas ! fut ma nourrice ; Vieux vagabond, je meurs où je suis né.

Aux artisans, dans mon jeune âge, J*ai dit : Qu*on nrenseigue un métier.

Va, nous n'avons pas tnip d'ouvrage, R'^pondaient ils, va mendier.

Riches, qui me disiez : Travaille, J'eus bien des os de vos repus; J'ai bien dormi sur voire paille.

Vieux vagabond, je ne vous maudis pas.

J'aurais pu voler, moi, pauvre homme; Mais non, mieux vaut tendre la main.

Ces sentiments de pardon et de probité que la dégradation de la misère n'a pu encore effacer sont d*un graM effet dans cette chanson, ou plutôt dans cette sombre élégie : car Béranger a fait entrer dans la chanson tous les genres de poésie.

La scène dramvitique intitulée Jacquet n*est pas moins saisiss'^nte. Une pauvre femme de village en. end l'huissier qui va de chaumière en cnaumièrc exiger Timpôti elle appelle son mari avec désespoir :

Pauvres gens ! rinmdl nous dépouille ! Nous n'avons, accsiblés de maux, Pour nous, ton père et six marmots.

Rien que ta bcche et ma quenouille.

Lève4oi, Jacques, léve-toi.

Voici venir l'huissier du roi.

Il enlre, ô ciel ! que dois-je craindre? Tu ne dis moi; quelle pftieur !

Hier, tu t'es piaiut de la douleur, Toi qui sotiffres tant sans te plaindre. Lève-toi, Jacques, lève-toi.

Voici monsieur l'huissier du roi.

Elle appelle en vain, U rend l'âme.

Pour qui sVpuise à travailler, La mort est un doux oreiller.

Bonnes gens priez iMHir sa femnicl Lève-loi, Jaccpies, lève-toi, Void monsieur i*huissier du roi.

Ce qui rend plus épouvantables ces tableaux de la suprême misère, c*est que Y\dée de Tautre vie» Timage de Dieu et do son

CHANSON

CHANSON

3ii

Christ ne viennent pas les adoucir, cVsl que la charité est absente, et en effet qui donc ira maintenant, à la place de saint Vincent lie Paul, relever le pauvre qui agonise dans la rue? Qui consolera, dans une froide et répugnante masure, les derniers moments d'un misérable dont Fodeur et la vue soulèvent le cœur? Sera-ce les enfants de Voltaire? les amis du bon vin et de Lisette? Ceux qui branlent la tète en passant devant la croix, et qui disent encore : 11 venait

)0 r sauver les autres, et il n'a pu se sauver

ui-mème?

Comparons à ces deux tableaux une autre pièce de poésie du même genre, mais conçue dans un esprit bien différent; on pourra voir ce que Tincrédulîté du siècle a ôté de consolations aux douleurs humaines ,^ et combien sont cruels envers le pauvre. Tinfirme et le cœur isolé, ceux qui mettent tout le prix de Vexistence dans le bien-être de

la lerrc.

La pauvre Lidtoinc.

La oeige au loin, brillnnl malgré les ombres, Charge te loit de mon irisle réduil»

El Tncinilen, sifllanl «!ans les décoml;)rcs, \iefil ajouter aux horrenrs de la uuil. Sur mon grabat, ireiublanie et demi-nue, Fâl€ vicliine éctiappôe à la mort.

De mes douleurs je ne suis point émue; Mon eœur est calme, et je bcnis mon sort.

I^puis vingt ans, sous mon toît solitaire, M*a point paru la froide liumanilé; Objet dliorreur aux enfants de la terre. Dans mon réduit nul ne s'est arrêté.

 murmurer qui pourrait nie contraindre ? Depuis vingt ans, mes maux sont de mon choix; D'un long martyre, ch ! sanrais-je me plaindre, Fille d'un Dieu mort pour moi sur la croix ?

Si ma douleur émeut leur bienfaisance.

Si j'allenilris des cœurs si dédaigneux. Leurs dons légiTS, ah ! qui me les dispense ? Des serviteurs froi •$ et distraits comme eux. Mais en secret, à Taube renaissante.

Les fils du ciel viennent me consoler; La chariu*, douce et compatissante.

Près du malheur toujours aime à voler.

Sans doute, hélas ! sa voix sainte et divine

N*a pas Taccent de la tendre amitié.

Point de regrets !... pour la pauvre Lidwinc,

r/esi bien assez d'inspirer la piiié.

Aux sentiments, doux charme de la vie.

Depuis vingt ans, n*ai-je pas dit adieu?

Et faudrait-il à mou ànie ravie

Uu autre ami que son père et son Dieu?

Ce Dieu si bon» quittant son tabernacle. Daigne venir pour se donner à moi, Quand de mes maux le décoùtaiit spectacle A tout mortel inspire de l effroi.

Viens, je t'attends, 6 père que j'implore ! Viens, nàte-toi, mon divin Hé lenipleur» Dieu hieii-aimc,. du mal qui me dévore, ¥m te voyant, foublirai la rigueur.

iVntends au loin la clochette argentine;

Ja'!Sus s'avance» U arrive en ce lieu :

Ue son s'npproche; à rheureuse Lidwine

l ne voix dit ; Je suis Tagneau de Dieu t

Maine des rois, qui Corme Um corlcge?

|)es grands? Oh non ! des enfants, des vieillards.

IV*iii pied timide ils vont toulant la neige.

Sur leur rosaire arréiaut leurs regards.

A trn aspect un ntiisir pur m'inonde:

Mon cœur bénit Ui hmsiere du jour; El flans ce cœur, si dédaigné du iponde, Brille un ra^on d'espérance et d*aroour. 0 doux espoir ! voila mon juge : il m'aime ! Je dois attendre un arrêt indulg«'nt.

Pourrais-je craindre, à mon heure suprême, L'ami qui \ient sous mon toit indigent?

Au médiant seul, qu'elle accable d'alarmes, La mort, hélas t est un aflVeux réveil; Mais, pour le juste, elle brise ses amies Et prend les traits d'un paisible sommeil. Rouvre les yeux, chrétien, ton Dieu t'appelle;

Entre ses bras tu t'étais endormi

Heureux cent fois, heureux le cœur fidèle Qui se réveille auprès de son ami !

(Angélique Gobdon.)

La misère sans Dieu est un abtme : c*e$t Tenfer, d'où peuvent sortir toutes les furies et tous les crimes. La misère que Dieu co isole, c'est un Calvaire d*où Texpiation el 1^.

f cardon descendent encore sur le monde avec es pleurs du pauvre mêlés au sang intarissable d'un Dieu.

Voilà des réflexions bien graves à propos de chansons; mais nous venons de faire voir

S rue des chansons peuvent être quelquefois ort sérieuses, surtout lorsqu'elles appartiennent à la catégorie des chansons morales.

La chanson a une grande importance | ar son influence populaire. L'imprimerie la multiplie comme les feuilles que le vent disperse, et elle pénètre partout, mais surtout dans les ateliers et dans les chat>mières, portant aux blessures du peuple le baume ou le poison. Les hérétiques de tous les temps ont reconnu l'efRcacilé de ce moyen de propagande. Arius, ou du moins quelqu'un de ses premiers disciples, avait mis son hérésie en chansons. Les albigeois et les vaudois rimaient en roman provençal des invectives contre Rome, et l'Allemaune s'est soulevée au chant du chora'. de Luther. La révolution de 1793 s'est résumée dans la Marseilhùe^ et l'influence de Bérariger s'est fait sentir de 1830 à 18V8. Le socialisme a maintenant ses chansonniers, qui veulent qu'on boive à la ronde pour l'indépendance du monde^ ce qui pourra constituer d abord tant bien que mal la fraternité des buveurs, mais n*avancera guère l'indépendance du monde hors des limites du cabaret. Pourquoi la vérité calholiqne et la vraie propagande de l'Evangile ne s*emparent-elles pas de ce moyen si simple ? Pourquoi n'avons-nous f>as de chansonniers religieux? Sont-ce los inspirations qui manquent, ou désespérerait-on du succès ? Mais les socialistes ne doivent les leurs qu'au nom de Jésus-Christ qu'ils invoi|uont. La croix est toujours populaire, quoiiju ou Tait abattue en 1830 ; c'est un arbre vivac^e et qui renaît de ses blessures, li faudrait seulement savoir faire et oser.

On peut ranger aussi parmi les chansons morales celles qui excitent aux seiilinitiils honnêtes, comme Tamour de la patrie, le dévouement, le respect de la famille, l'union entre les frères et rafTectioii niuluellodes époux, cellî'S qui célèbrent les vertus el Us belles actions des héros, la justice el k

J siotércssemenl, la bravoure militaire, et tuliu toutes les qualités relatives aux difft^iriils devoirs sociaux. L'on peut voir par là (]iie la chanson n est pas par elle-niôrne ui genre que la littérature chrétienne puisse et doive excommunier, et qu*il serait facile à des hommes d'un talent spécial décomposer un volumineux chansonnier où rien ne blesserait ni la fos ni l'honnêteté , ni les mœurs.

Les chansons purement récréatives sont celles qu'il faudrait surveiller et châtier avec le plus de soin, d'abord parce que la bonne plaisanterie est de toutes les choses de l'esprit la plus difficile et la plus rare, ensuite parce que la charité est aussi délicate qu une sensitive, et qu'on l'effleure rarement sans la blesser. Le problème à résoudre c'est de trouver une gaieté comtnunicat ve qui ne soit ni bouffonne, ni licencieuse, ni méchante. Donner de la force, de la vivacité et de la grAce à une innocente malice est, comme on peut bien le comprendre, un travail assez aélicat,ei la réussite dans ce genre Eeut être appelée une trouvaille et un boneur. Sainte Thérèse a dit : « Ne raillez jamais de quoi que ce soit, » et c'est une excellen'e maxime; mais comment plaisanter sans railler? Voilà le problème à résoudre.

La peinture des ridicules en générai et sans intention de personnalités marquées divertit toujours et ne blesse jamais, parce que personne ne prend pour soi les critiques générales ; les bons mots qui ne s'adressent pas à l'amour-propre des auditeurs les amusent ordinairement, mais il faut éviter le batelaee et la bouffonnerie : les excessives diflicultés de ce genre expliquent pourquoi Ips sages directeurs de Saint-Sulpice permettent à leurs élèves de s'y exercer pendant les racanceSt et encouraient môme leurs tentatives en ce genre; ils n'ont pas de meilleure occasion pour jujjer le caractère , l'esprit, la finesse, la chanté^ l'habileté de faieot des candidats au saint ministère. Un jemie homme qui saura faire une chanson lOiuique sans déroger en rien à la gravité ecclésiastique, sans blesser aucune convenance et sans offenser qui que ce soit, ne ^era pas seulement ua hanile prédicateur, ce sera un bon diplomate. Si l'on lisait dans quelque ancien auteur qu'on ait mis le caractère et l'esfirit des jeunes élèves de Platon ou d'Aristote à une semblable épreuve, ou admirerait sans doute ce mélan'^e ne stoïcisme et d'urbanité, car le stoïcisme aussi est mis en jeu dans les chansons du sémi- Diûre, et voici comment :

Tout ce qci prête à la plaisanterie, soit dans le caractère personnel, soit dans les aventures et mésaventures particulières de chacun, sert de matière à la chanson. Ces ch nsons,aprftaavoir été préalablement soumises à la censure du directeur, se chantent le soir publiquement dans la salle des conférencos,en présence de toute la communauté réunie. Ce sont de véritables Nuées d'AristOjihane, où le Socrate doit non-seulement se tenir debout au milieu de l'assemblée, mais ^euir encore Li chandelle et éclairer lui-même

son pacte malicieux, qu'il pourra condamner le lendemain h un pareil office par de trop justes représailles. On comprend par la combien d adresse et d'esprit il faut au chanteur pour ne pas changer les fonctions gracieuses de son acolyte ei véritable pilori, et tout ce qu'il y a d'ingénieusement habile de la part des supérieurs dans le choix d'une récréation si philosophique et si littéraire tout à la fois.

Cet usage d'ailleurs n'est pas nouveau à Sain t-Sulpice, où l'on ne sait guère ce que c'est que des usages nouveaux. Les gazettes jansénistes y trouvaient, du temps même de Louis XIV, un prétexte pour médire et pour fronder, et l'on y appelait les soirées chantantes dlssy les Représentation» de la troupe de M. Vabbé Couturier. M. Couturier était alors supérieur général de Saint-Sulpice ; les chansons survécurent néanmoins aux gazettes, et continuèrent, sans autre interruption que celle de la révolution française, sous'l'autoritéde MM. Bourrachot, Legallic, Emery, Duclaux et Garnisr. Ce dernier, vieillard vénérable à cheveux blancs, l'un des hommes los plus instruits de l'Europe, encourageait par sa présence , malgré soi graad âge et s s nombreuses infirmités, ces innocents combats littéraires, où souvent vainqueurs et vaincus se réunissaient pour le fôter et le b 'nir. Cet usage des chansons n'était pas d'ailleurs du goût de tout le monde : quelques es-)rits chagrins y trouvai<»nlsouvcnt h redire; l'un d'euxosa même, un jour, se plaindre aux supérieurs d'un usage que leur sagesse et leur expérience toléraient depuis si longtemps ; on ne se Iftcha pas de la ré. rimande de l'élève, et on lui

Eermit même de développer sa thèse en pulic, pourvu que la thèse fût on chansons : le puritain se nt poète alors malgré lui, peutêtre môme malgré Minerve^ comme dit le proverbe latin, et l'on s'amusa beaucoup d'un argumentateur qui se donnait tort pour avoir raison ; ce fut alors le cas de renouveler le fameux cercle vicieux : « Epiménides dit que les Cretois sont toujours menteurs ; or Epiménides est Cretois ; donc s'il ne meut pas il ment, et sll ment il ne ment pas, etc., etc.

Mgr l'archevêque de Par!s et plusieurs au-> très prélats ne dédaignèrent pas quelquefois d'encourager, par lur présence, les efforts novices de nos modestes chansonniers; on improvisait alors , à la fin de la chanson, quelque couplet de circonstance, toujours Gracieusement accueilli. En 1835 , Mgr de Quelen avait passé au séminaire d'Issy toute la journée de la Nativité de la très-sainte Vierge, le 8 septembre. Le temps avait été magnifique, et un grand luxe de préparatifs champêtres avait été déployé par les élèves ; les guirlandes de feuillages et ne fleurs, les illuminations brillantes, le feu dariifice au chiffre lumineux de la Reine des anges, rien ne manqua à la solennité de la son-ue. 11 v eut même une chanson : le poote se repr^ sentait embarrassé et comme désœuvré au milieu de Tempressement universel, toul

ss

C!IANSO^

CHANSON

le inonde se disputant Tbonneur de tresser

Sur le bon archevèaue des friandes et s eoaroones ; il ne lui restait plus rien à glaner

Quand par pitié Ton me propose lie preadre {«ri à Lt moisson ; Je n*ai cueilli qu^une cbaoson ; Cest toujours quelque chose ((ts).

Hais dans cette chanson que dire?

VîMidraî^e à vos yeux, lourdement» Des Tertus que le monde admire DénNiterle dénombrement?

Pauvres poêles ,

IjCS maux de létes Saitent parfois notre encens ; laisons-nous.

Sans tant de feintes ,

Aux Tertus saintes Un coeur bien noble ofli-e un encens plus doux. Dans nos bosquets s'il se repose , Rossignols, venez le charmer ; Nous nous bornerons à Taimer, Cesl toujours quelque chose {bts).

Ce sentiment était dans tous les cœurs : aussi les couplets furent-ils applaudis avec enthousiasme. Mgr de Quelen, visiblement émUy répondit au jeune chanteur avec cette grAce et ce sourire dont il avait seul le secret : « Je voudrais pouvoir vous répondre en aussi jolis vers que les vôtres, mais je ne sais pas plus faire les chansons que vous ne prétendez savoir bien faire les couronnes ; )e me contenterai donc aussi de la part que vous choisissez, et je vous emprunterai votre refiain, pour dire aussi, après vous avoir assuré de toute la réciprocité de mon affection : Ce$i toujoun quelque chose.

Les chansonniers au séminaire ne se piquaient pas tous de poésie : il en était dont la bonhomie et la franche gaieté faisaient tout le succès; d'autres se livraient aux écarts d*un style plus ambitieux.

L^irdenl courroux du monstre de Némée iMinguilet meurt dans ses yeux assoupis; Phébus sommeille, et sa télé enflammée Repose au sein de la Vierge aux épis.

L*êtude aussi s*endort sur une thèse , Et le plaisir lui vole une saison ; Avec les ris il folâtre à son aise , Et la vertu sourit à la chanson.

Que tour à tour la famille inspirée De ses loisii*s nous serve un nouveau fruit i La muse ici, discrète et timorée , Nous couvrira d'une gloire sans bruit.

Sous la calotte un laurier poétique Peut serpenter à Tabri du soupçon ; l/obscurilë peut narguer la critique.

Et la vertu sourit à h chanson.

Ces couplets, accompagnés de plusieurs autres, servirent une année de discours d'ouverture à la petite académie chantante : « Que vous a donc fait le monstre de Némée, et que voulez>vous dire avec votre Phébus? » demandait-on , après la séance , au trop mythologique poêle î — < Je veux dire, répondit celui-ci, que j'ai fait mes bumanit^'S et que j'en suis bien aise ; car si je ne les avais pas faites, j'aurais à les faire, et elles ui'ont ennuyé beaucoup. (Imitation libre d*uu Cours de philosophie pratique sur les épinardsj emprunté à Ue:iri Honnier.)

Le même poète, affligé de si bonnes études , déploya un jour toute son éloquence contre un confrère qui ne pouvait lui pardonner un jugement un peu sévère, et qui Tavait chansonné plusieurs fois. Le sujet du différend était une chanson un peu longue, qui avait été tra tée de botte de paille entremêlée de fleurs : tiide irœ. Le poète maltraité se plaignit de son rival (on chansons, bien entendu), et voulut le forcer à répondre. La rival se renferma quelque temps dans un dédain superbe, puis euGn il répondit :

Qui t*a cédé n*est pas tombé sans gloire ; Je me taisais par crainte et par respect; Biais tu le veux, je chante ta victoire, £t mon orgueil s*a!)aisse à ton aspect. Admirateur jadis trop peu docile.

J'avais osé te donner des leçons ; Homère ainsi fut siflOé par Zoîie»

Et je portais envie à tes chansons (bis)»

Oui, sur ton front les muses et les gr&ces Aux lauriers verts ont marié les fleurs. Déjà Tenyie, expirant sur tes traces , Vient de noyer son flambeau dans ses pleurs. De tes Im^ux vers de savantes atieiUes Ont préparé les divines moissons , En déposant sur les lèvres vermeilles Un miel choisi moins doux que les chansons.

Quand tu naquis, la belle poésie

Vint te donner un maternel baiseï

Ta faim naissante eut pour mets Famoroisie,

Et les neuf sœurs chantaient pour t*apai$er.

Le ciel sourit à Taslre du ffénie.

De fleur» la terre épancha (tes moissons.

Et les oiseaux, par leur douce harmunic,

Préludaient tous à les douces chansons.

En te voyant, la déesse d^Athènes Cessa d*airoer son oiseau gracieux ; Jamais aussi les nymphes des fontaines N*ont sans rougir réuéchi tes beaux yeox. Ainsi que toi, tes rimes sont si belles Que, pour les dire à ses chers nourrissons, Venus ^offrit ses colombes jumelles, Sans obtenir une de tes chansons..

Ce couplet, qui contenait des réminiscences trop anacréontiques et des allusions assez médiocrement charitables à la figure peu avantageuse et aux yeux un peu rouges du poëte attaqué , fut impUojrabiemeul mais justement supprimé par la censure.

Voici les deux derniers couplets :

Nouvel Oi]phée, un jour Taffreux Ténare Sera sensible à tes doctes accords.

Et des enrers alors le gouffre avare Sera surpris de la gaieté des morts.

Du vieux nocher la barque passagère S*endormira, malgré les avirons, El pour feniier les six yeux «le Cerbère, 11 ne faudra qu*une de tes chansons.

Finissons donc une indigne bataille ; Placé plus haut, lu dois mieux pardonner; Garde les fleurs et bisse-moi la paille Dont mon erreur voulait le couronner.

Peut-être un jour tu deviendras mon mal!re; C*esi à toi seul de donner des leçons. Je les attends, et je pourrai peu^tre Par leur secours comprendre tes chansons.

Ce dernier trait était d*autanl plus piquant, que l'adversaire à qui s'adressait t^etie cbanson avait peu de clarté daua le st>lo,

sn

CHARLEUAGNE

CIIARLEIIAGNE

surtout lorsqu'il écriYail en vers, ce qui faisait parfois paraître ses chansons un peu loij;:ues.

Tous les ecclésiastiques qui ont fait leurs i^tudos à Saint-Sulpice ont entendu raconter la célèbre histoire d'un capucin de pierre qu*un élève en théologie prit pour une personne naturelle et entreprit de convertir, parce qu*oa le disait très-entiché des doctrines du jansénisme. Des conférences furent entreprises, un interlocuteur cacbé présentait les objections du capucin ; après In'en des chicanes, le disciple du P. Quesnel (tarut ébranlé 9 et son interlocuteur, dans un moment de zèle, se jeta au cou du canucîD pour Tembrasser. Ce fut un coup de .héâtre; en sentant le froid et la rigidité de (a pierre» le pauvre théologien s*écria : Il est mort! Des éclats de rire qui partirent de lous côtés lui firent comprendre sa méprise : il s*en consola sans doute, en pensant qu*il arait repassé son Traiié de la grâce, et s*était exercé a la dialectique : il eut encore à essuyer une chanson. C'était un assez rude apprentissage^ du zèle ; mais les apôtres de la Térité ne doivent-ils pas toujours se tenir prêts à de semblables déceptions ? On raconte que Diogène demandait l'aumône h des statues pour s'accoutumer aux refus, f-t que Démostnènes haranguait les flots de la mer pour appreadre à vaincre le bruit et l'agitation des multitudes. Parler h des pierres et recueillir des risées, c'est la destinée de ceux qui veulent convertir les autres. Le séminariste dont nous parlons dut savoir

gré à ses confrères de ce qu'ils l'aidaient si ien à repasser sa théologie et è s'exercer aux peines du saint ministère.

CHARLEMAGNE. — Le christianisme est l'œuvre de Dieu, mais la société chrétienne a été constituée par Charlemagne. Charlemagne est le fondateur de cette société moderne dont la réforme a nié Time et dont la réYolution a tranché la tète. Aussi, lorsque le grand homme des jours de ruine essaya de refaire le monde brisé, il prit pour modèle le globe de Charlemaj^ne, et son épée pour instrument de travail. Charlemasne avait été le David de la Jérusalem nouveXle, et il ne manqua peut-être à Napoléon que la foi en Jésus4Ihrist pour en être le Salomon.

Le monde constitué par Charlemagne était lait k l'image de l'homme, qui est créé lui-même à l'image de Dieu : il avait une Ame et un corps soumis tous deux ensemble à l'autorilé de l'Evangile, représentée par deux pouvoirs distincts, celui des Ames et celui des corps, celui des clefs et celui du glaive. Le pape était la conscience de l'empereur, l'empereur était la force du pape. L'un était le pouvoir constituant et législatif, l'autre le pouvoir exécutif. Au-dessus d'eux il n'y avait que la loi» et au-dessus de la loi. ..rien» car Dieu même était la loi» et son Verbe c^était l'Evangile.

Le monde» ainsi constitué, fut glorieux et fort, et accomplit mqestueusemenl tous les ]uurs de son Age.

Cbarlcmagne » appuyé sur la croix qui

plonoe éternellement ses racines dans le monde» avait nu relever le trône de Cons-> tantin pour s y asseoir, et avait donné le sien au père des fidèles : or, la royauté du pape était alors une véritable royauté popu-, laire, car il représentait la conscience universelle et protégeait les droits du peuple contre l'arbitraire des mauvais rois.

Or» sur ces deux bases, le trône de l'empereur et celui du pape, le monde se tenait debout comme sur deux pieds. Ces deux

Pouvoirs étaient les deux colonnes de l'édice de Samson : en ébranler une» c'était ébranler l'autre. C'est ceque Napoléon ne comprit pas assez» ou peut-être ce qu'il comprit trop : quoi qu'il en soit» il éleva son édifice sur une seule colonne et voulut mettre sou colosse en équilibre sur un seul pied. Le colosse tomba et l'édifice s'écroula. La chute de l'empire entraîne nécessairement celle de la papauté temporelle, l'œuvre de Charlemagne ne peut pas subsister à moitié. Mais si le roonden est pas arrivée ses derniers jouis» si la société chrétienne doit sortir victorieuse des épreuves de ces derniers temps» un nouvel empereur ressaisira le sceptre de Charlemagne, et recevra sa couronne des mains du saint-père, dont il protégera la tiare avec son glaive, et c'est ce que nous promettent toutes les prophéties qui annoncent la venue prochaine d'un grand pape et d'un grand monarque.

Charleiua^e avant si magnifiquement distribué l'empire du monde» commença luimême à obéir et è régner. Comme il savait Sue l'Ame régit le corps, et qu'on s'assure es actions de l'homme dont on possède les 1>eusées, il voulut présider à l'éaucation de a société qu'il fonaait. L'autorité pour les choses de l'esprit étant solidement établie, il voulut éclairer les esprits. Le pape devait apprendre au monde a croire et a penser» l'empereur voulut lui apprendre è tire. Le

Sraud livre de Ch.irlema^ne» c'était la Cité e Dieu de saint Augustin, et cette cité, il s'efforçait de la bAtir sur la terre. Son grand principe, c'était l'autorité et l'unité. La source est touiours plus pure que les ruisseaux» disait'il, en s'efforçantde remettre en vigueur les institutions de saint Grégoire le Grand, remontez à la source. 11 se montrait véritablement dans l'Eglise le vicaire du

[>ape pour le temporel et le bras droit do 'autorité ecclésiastique ; il s'occupait do la réforme des monastères» de la discipline et de la régularité du culte; il avait appelé de toutes les parties du monde les savants et les hommes distingués de son temps pour en former un faisceau de lumière, et il ne dédaignait pas de se faire lui-même l'écolier d'Aicuin : il composa une grammaire et donna des lois au langage; il remplissait en un mot lous les devoirs d'un père envers ses peuples dont l'Eglise était alors la mère immortelle et toute-puissaute. Terrible et redouté du monde» il courbait devant la croix sa tête couronnée, et déposait son glaive au pied de l'autel. La littérature chrétienne doit honorer en lui un de ses plu$

CHARRON

CHARRON

illustres soutiens et sa gloire la plus éclatante. Cfaarlemagne est un poète qui a écrit son épopée avec des institutions et des triomphes sur les premières pages de notre histoire. C'est le patriarche de la monarchie chrétienne religieuse, politique, scienti* fique et littéraire, car il se montre à la tête de tout. Si Jésus-Christ lui-môme avait daigné se revêtir de la monarchie temporelle sur la terre, son règne eût été sans doute bien plus beau et bien plus admirable, puisqu'on ne peut comparer Dieu è un homme, mais il n'eût pas marché dans une autre voie.

Ah ! c^est un beau spectacle à ravir la pensëe Oue FEurope ainsi faite et comme il Ta laissée ! Un édifice avec deux hommes an sommet : Deux chefs élus auxquels tout roi-né se soumet. Presque tous les Etats, duchés, fiefs militaires, Ropumes, marquisats, tous sont héréditaires. Mais le peuple a toiigours son pape et son César. Dieu par l*élecUon corrige le nasani :

De là vient l'équilibre, et toujours Tordre éclate. Electeurs de drap d'or, cardinaux d'écarlate , Double sénat sacré dont la terre s'émeut, Ne sont li qu'en parade, et [Heu veut ce qu'il veut. Qu'une idée, au besoin des temps, un jour éîclose. Elle grandit, va, court, se mêle h toute chose, Se fait homme, saisit les cœurs, creuse un sillon ; Maint roi la foule aux pieds ou lui met un bâillon ; Mais qu'elle entre un matin à la diète, au conclave El tous les rois, soudain, verront l'idée esclave, Sur leurs tètes de rois que ses pieds courberont Surgir, le globe en main ou la tiare au front. Le pape et Tempereur sont tout. Rien n'est sur

[terre Que pour eux et par eux. I3n suprême mystère Vit en eux ; et le del, dont ils ont tous les droits, Leur fait un grand festin des peuples et des rois. Et les tient, sous sa nue, où son tonnerre gronde, Seuls, assis à la table où Dieu leur sert le monde. Tète à tète ils sont là, réglant et retranchant. Arrangeant l'univers comme un faucheur son champ. Tout se passe entre eux deux : les rois sont à la

[porte.

Respirant la vapeur des mets que Ton apporte. Regardant à U vitre, attentifs, ennuyés , Et se haussant, pour voir, sur la pointe des pieds. Le monde au-dessous d'eux s'échelonne et se groupe. Ils font et défont. L'un délie et Tautre coupe L'un est la vérité, l'autre la force. Ils ont Leur raison en eitx-méme. et sont parce qu'ils sont. Quand ils sortent, tous deux égaux, du sanctuaire. L'un dans sa pourpre, et l'autre avec* son blanc

[ suaire.

L'univers ébloui contemple avec terreur Ces deux moitiés de Dieu, le pape et l'empereur.

Victor HoGO. .

CHARRON (Pierre). —PîerreCharron, théologal de Condom, né a Paris en W*i, et mort en 1603, est un philosophe chrétien qui s*est

S lacé par^ ses ouvrages entre Montaigne et ascal. C*étaitun esprit plein de noblesse et de vigueur,) qui a contribué de tous ses efforts au triomphe de la vraie foi et de la saine raison. Le chapitre de Montaigne intitulé : Apolooie de Raymond de Sébonde^ donne à peu près le résumé de la philosophie et de la méthode théologique de Pierre Charron. Fatigué des subtilités de l'école, il rompt tout à coup eu visière à la vieille argumentation, et démontre combien peu sont fondés les raisonnements humains , combien notre ju-

gement est sujet à Terreur, combien nos déductions mômes sont incomplèteis et ineiactes ; puis, sur la table rase qu*il veut faire de nos préjugés, de nos opinions préconçues et de nos mésallinnces intellectuelles, il veut établir les vérités de la foi purement et simplement comme croyances révélées et non comme principes démontrés, attendu que, sans la révélation directe et positive, nous ne

[>ourrions avoiren partagequeles préjugés ou e septicismo, Terreur ou lenéant delaraison- Tel est le fond des idées de Pierre Charron, qui a fait faire un pas au doute philosophi- (^ue de Montaigne, et en a tiré des conclusions pratiqu 'S, les unes négatives, les autres positives : s'abstenir de juger et croire simplement, voilà ce qu'il établit, dans son livre delà Sagesse et dans ses Discours chrétiens^ avec un style calqué sur celui de Montaigne, avec plus de réserve, toutefois, et un abandon moins primesaulier.

Pour bien faire comprendre le caractère philosophique et littéraire de Charron, il faut esquisser celui de Montaigne, et nous allons faire mieux que parler nous-même : nous allons écouter Biaise Pascal.

Caractère de Montaigne»

Montaigne, né dans un Etat chrétien, fait profession de la religion catholique : mais, comme il a voulu chercher une morale fondée sur la raison, sans les lumières de la foi , il prend ses principes dans cette supposition, et considère l'homme destitué de toute révélation. Il met donc toutes choses dans un doute si universel et si général, que, l'homme doutant même s'il doute, son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel et sans repos, s'opposant également à ceux qui disent que tout est incertain, et à ceux qui disent que tout ne Test pas, parce

2u'il ne veut rien assurer. C'est dans ce oute, qui doute de soi, et dans cette ignérance, qui s'ignore, que consiste l'essence de son opipion. Il ne peut Texprimor par aucun terme positif: car, sMl dit qu'il doute, il se trahit, en assurant au moins qu'il doute, ce qui étant formellement contre son intention, il est réduit à s'expliquer par interrogation, de sorte que, ne voulant pas dire, je ne sais, il dit, que sais-je? De quoi il a fait sa devise en la mettant sous les bassins d'une balance, lesquels, pesant les contradictoires, se trouvent dans un parfait équilibre. En un mot, il est pur pyrrhonien. Tous ses discours, tous ses essais roulent sur ce principe, et c'est la seule chose qu'il prétend bien établir. Il détruit insensiblement tout ce qui passe pour le plus certain parmi les hommes, non pas pour établir le contraire, avec une certitude de laquelle seule il est ennemi, mais pour faire voir seulement aue les apparences étant égales de part et d autre, on ne sait où asseoir sa créance.

Dans cet esprit il se moque de toutes les assurances; il combat, par exemple, ceux qui ont pensé établir un grand remède contre les procès par la multitude et la firélcndue justesse des lois; comme si on pouvait cou-

CHARRON

CHARRON

;»er )a racine des doutes d*où naissent les procès; comme s'il y avait dos digues qui pussent arrêter le torrent de l'incertitude, et captiver les conjectures. Il dit à cette occasion qu'il voudrait autant soumettre sa cause au premier pasrant qu'à desiuges armés de ce nombre d* ordonnances. Il n a pas Tambition (ift changer Tordre de l'Etat, il ne prétend l^s que son avis soit le meilleur, il n'en croit aucun bon. Il veut seulement prouver la vanité lies opinions les plus reçues, montrant que Teiciusion de toutes lois diminuerait plutôt le nombre de différends, nue cette multitude de lois qui ne sert qu'à 1 augmenter, parce que les obscurités croissent à mesure qu'on espère les ôler : elles se multiplient par les commentaires ; et le plus sûr mojen d'entendre le sens d un discours est (le ne le pas examiner, de le prendre sur la première apparence : car si peu qu'on l'observe, toute sa clarté se dissipe : sur ce modèle, il juge à l'aventure de toutes les actions des hommes et des points d*histoire » tanir;td*une manière, tantôt d*uneautre, suivant librenaent sa première vue, et sans nntraindre sa pensée sous les règles de la niison, qui n*a, selon lui, que de fausses mesures. Uavi de montrer par son exemple les contrariétés d'un môme esprit dans ce grnie tout libre, il lui est également bon de s'emporter ou non dans les disputes, ayant toujours , par l'un ou l'autre exemf)le , un moyen de laire voir la faiblesse ties opinions ; étant porté avec tant d'avantage dans le doute universel, qu'il s'y fortifie également par son triomphe et par sa défaite.

C*est dans cette assiette, toute flottante et toute chancelante qu'elle est, qu'il combat avec une fermeté invincible, et foudroie rim[»iéié horrible de ceux qui assurent que Dieu n'est pnint. 11 les entreprend particulièrement dans l'apologie de Raymond de Sebondc ; et, les trouvant dépouillés volontiirement de toute révélation, et abandonnés èleur lumière naturell s tout fait mis à part, ii les interroge de quelle autorité ils entj*eprennent de juger de cet Etre souverain, qui est infini par sa propre définition, eux qui ne connaissent véritablement aucune des moindres choses de la nature. 11 l:ur demande sur quels principes ils s'appuient, et il les presse de les lui montrer. Il examine tous ceux qu*ils peuvent produire, et il pénètre si avant par le talent où il excelle, qu*il montre la vanité de tous ceux qui passent pour les plus éclairés et les plus fe.mcs. il demande si l'âme connaît quelque chose, si elle se connaît elle-même, si elle est substance ou accident, corps ou e^^prit, ce que c'est que chacune de ces choses, et &H1 n y a rien qui ne soit quelqu'un de ces onircs ; si elle connaît son propre corps, si elle sait ce que c'est que matière ; comment elle peut raisonner, si elle est matière , et comment elle peut être unie à un corps particulier, et en ressentir les passions, si elle est spirituelle. Quand a-t-^lle comuiencé d'être ? avec ou devant le corps l Firiii-ellc avec lui ou non ? Ne so trompe-l-

elle jamais ? Sait-elle quand elle erre ; vu que l'essence do la méprise consiste à la méconnaître? Il demande encore si les animaux raisonnent, pensent, parlent : qui peut décider ce que c'est que le temps^ Vespace^ Yétenducy le mimvement^ Yuniti^ toutes choses qui nous environnent, et entièrement inexplicables ; ce que c'est que santés mala^ die^ mort^ vt>, frten, mal^ justice, pécké^ dont nous parlons h toute heure; si nous avons en nous des principes du vrai, et si ceux que nous croyons, et qu'on appelle axiomes, ou notions communes à tous les hommes, sont conformes à la vérité essentielle. Puisque nous no savons que par la seule foi qu'un Etre tout bon nous les a donnés véritables, en nous créant pour connaître la vé« rite, qui saura, sans cette lumière de la foi, si, étant formées à l'aventure, nos notions ne sont pas incertaines, ou si, étant formt^es par un ôtre faux et méchant, il ne nous les a pas données fausses pour nous séduire ? Montrant par là que Dieu et le vrai sont inséparables, et que , si l'un est ou n'est pas, s'il est certain ou incertain, l'autre est nécessairement de môme. Qui sait si le sens commun, que nous prenons ordinairement pour juge du vrai, a été destiné à cette fonction par celui qui Ta créé ? Qui sait ce que c'est que vérité, et comment on peut s'assurer de l'avoir sa^is la connaître ? Qui sait même ce que c'est qu'un ôtre, puisqu'il est impossible de le définir, au'il n y a rien de plus général, et qu'il faudrait pour l'expliquer se servir de TËlre même, en disant c'est telle ou telle chose ? Puis donc que nous ne savons ce que c'est aii'àme^ corps^ temps, espace^ mouvement, vérité, bien, ni même Vétre , ni expliquer l'idée que nous nous en formons , comment nous assuronsnous qu'elle est la même dans tous les hommes? Nous n'en avons d'autres marques que l'uniformité des conséquences, qui n'est pas toujours un signe de celle des principes ; car ceux-ci peuvent bien ôtre différents, et conduire néanmoins aux mômes conclusions, chacun sachant que le vrai se conclut souvent du faux.

Enfin Montaigne examine profondément les sciences : la géométrie dont il tâche de montrer l'incertitude dans ses axiomes, et dans les termes qu'elle ne définit point, comme d'étendue,(le mouvement, etc. ; la phy-* sique et la médecine, qu'il dépnme en une infinité defaçons; l'histoire, la politique, la morale, la jurisprudence et le reste : de sorteque, sans la révélation, nous pourrions croire, selon lui, que la vie est un songe, dont nous ne nous éveillons qu*à la mort, et pendant l(*quel nous avons aussi peu les principes du vrai que durant le sommeil naturel.

C'est ainsi qu*il gourmande si fortement et si cruelleme it la raison dénu'ede la foi, que, lui faisant douter si elle est raisonnable, et si les animaux le sont ou non, ou plus ou moins que l'homme, il l'a fait descendre do rexcellence qu'elle s'est attribuée et la met par grâce en parallèle avec les botes, sans lui permettre de sortir de cet ordre

CHARRON

Page 1