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}usqu*k ce quelle soit instruite* i>ar son créateur inAme* de son rang qu'elle ignore ; la menaçant* si elle gronde, de la mettre audessous de toutes; ce qui lui paratt aussi facile que le contraire ; et ne lui donnant pouToir d*agir cependant que pour reconnaître sa faiblesse arec une humilité sinoèret au lieu de s'élever par une sotte vanité. On ne peut voir sans joie dans cet auteur la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes, et cette ré- Tolte si sanglante de Tbomme contre Thomme, laquelle, de la société avec Dieu où il s*élevait par les maximes de sa faible raison, le précipite dans la condition des bâtes; et on aimerait de tout son cœur le ministre d'une si grande vengeance, si, en suivant les règles d'une bonne morale, il portail ces hommes qu'il avait si utilement humiliés à ne pas irriter par de nouveaux crimes celui qui peut seul les tirer de ceux qu'il les a convaincus de ne pas pouvoir seulement connaître. C'est ici le faible de Montaigne : voyons sa morale.
De ce principe, que hors de la foi tout est dans l'incertitude, et considérant combien il y a de temps qu'on cherche le vrai et le bien sans grand progrès vers la tranguiliilé, il conclut qu'on en doit laisser le soin aux autres ; demeurer cependant en repos, coulant légèrement sur ces sujets, de peur d'y enfoncer en appuyant; prendre le vrai et le bien sur la première apparence, saus les presser, parce qu'ils sont si peu solides que, quelque peu que l'on serre la main, ils s'échappent entre les doigts et la laissent viiJe. Il suit donc le rapport des sens et les notions conimu es, parce qu'il faudrait se faire violence |)Our les démentir, et qu'il ne sait s'il y gagnerait, ignorant où est le vrai. Il fuit aussi la douleur et la mort, parce que son ii^tinct l'y pousse, et qu'il n'y veut pas résister par la même raison : mais il ne se Qe pas trop à ces mouvements de crainte, et n'oserait en conclure que ce soient de véritables maux : vu qu'on sent aussi des mouvements de plaisir qu'on accuse d'être mauvais, (juoique la nature, dit-il, parle au contraire. « Ainsi je n'ai rien d'extravagant dans ma conduite, poursuit-il, j'agis comme les autres ; et tout ce qu'ils font dans la sotte pensée qu'ils suivent le vrai bien, je Je fais par un autre principe, qui est que les vraisemblances étant pareilles de l'un et de l'autre côté, l'exemple et la commodité sont les contre-poids qui m'entraini^nt. » Il suit les mœurs de son pays, parce que la coutume l'emporte; il monte son cheval, parce que le c leval le souffre, mais sans croire que ce soit de droit; au contraire, il ne sait pas si cet animal n'a pas celui de se servir de lui. Il se fait môme quelque violence pour éviter certains vices; il garde la fidélité au mariage à cause de la peine qui suit les désordres ; la rède de ses actions étant en tout la commodité et la tranquillité. Il rejette donc bien loin cette vertu stoïque qu'on |K)int avec une mine sévère, un rcganl farouche, des cheveux hérissés, lu Iront ridé
et en sueur, dans une posture pénible et tendue, loin des hommes dans une morae si* lence, et seule sur la pointe d*un rocher ; fantôme, dit Montaigne, capable d'effrayer les enfants , et qui ne fait autre chose avec un travail continuel cpie de chercher un re- )K)s où elle n'arrive jamais : au lieu que sa science est naïve, familière, plaisante, enjouée, et pour ainsi dire folâtre : elle suit ce qui la charme, et badine négligemment des accidents bons et mauvais, couchée mollement dans le sein de l'oisiveté tranauille, d'où elle montre aux hommes, qui cnerchent la félicité avec tant de peine, que c'est là seulement qu'elle repose , et que l'ignorance et rincui iosité sont deux doux oreillers pour une tète bien fiiite, comme il le dit lui-même.
Comparaison d'Epictête et de Montaigne.
En lisant Montaigne et le comparant avec Epictète, on ne peut se dissimuler qu'ils étaientassurémentles deux plus grands défenseurs des deux plus célèbres sectes du monde infidèle, et qui sont les seules entre celles des hommes destitués de la lumière de la relig on, qui soient en quelque sorte liées et conséquentes. En effet, que peut-on faire s.*ns la révélation, que de suivre l'un ou l'autre de ces deux systèmes ? Le premier : 11 y a un Dieu, donc c'est lui qui a créé l'homme : il l'a fait pour lui-même, il l'a créé tel qu'il doit être pour être ju.>te et devenir heureux : donc l'homme peut connaître la vérité, et il est à portée ae s'élever par la sagesse jusqu'à Dieu, qui est son souverain bien. Second système. L'homme ne peut s'élever jusc[u'à Dieu, ses inclinations contredisent la loi; il est porté à chercher son bouhcur dans les biens visibles, et môme en ce iiu'il y a de plus honteux. Tout parait donc incertain, et le vrai bien l'est aussi : ee-qui semble nous réduire à n'avoir ni règle fixe |)Our le> mœurs, ni certitude pour les sciences. 11 y a un plaisir extrême à remarquer dans ces divers raisonnements en quoi les uns et les autres ont aperçu quelque chose de la Térité qu'ils ont essayé de connaître. Car, s'il est agréable d'observer dans la nature le désir qu'elle a de peindre Dieu dans tous ses ouvrages où l'on en voit quelques caractères, parce qu'ils en sont les images, combien plus il est juste de considérer dans les productions des esprits les efforts qu'ils font pour parvenir à la vérité, et de lemarquer en quoi ils v arrivent et en quoi ils yen égarent? C'est fa principale utilité qu'on doit tii er de ses lectures. 11 semble que la source des erreurs d'Epictète et des stoïciens d'une part, de Montaigne et des é|iicuriens de l'autre, est de n'avoir pas su que l'état de l'homme à présent diffère de celui de sa création. Lus uns, remarquant quelques traces do sa premi(!^re grandeur, et i{j;noraiit sa corruption, ont traite la nature comme saine, et saus besoin de réparateur, ce qui h*s mène au comble de l'orgueil. Les autres, éprouvant sa misère nréseiite, et ignorant sa première dignité, traitent la nature comme nécessairement inlirme et irré-^
CHARRON
l>arable, ce qui les précipite aans le dësesj)oir d'arrirer à an véritable bien, et de là dans une extrême lâcheté. Ces deux états, qu*il fallait connattre ensemble pour voir toute la vérité, étant connus séparément, conduisent nécessairement è Tun de ces deux vices ; à Torgueil ou à la paresse, où sont infailliblement ploneés tous les hommes destitués des lumières ae la rérélation, puisque s*ils ne demeurent point dans leurs désordres par lâcheté, ils n'en sortent que par vanité et sont toujours esclaves.
C*est donc de ces lumières imparfaites qu'il arrive que, les uns connaissant Tinfirm té, et non le devoir, ils s'abattent dans la lâcheté ; les aulreSyCOanaissant le devoir sansconnaltre leur infirmité , s'élèvent dans leur orgueil. Ou s'imaginera peut-être qu'en les alliant on |K}urrait former une morale parfaite : mais, aa lieu de cette paix, il ne résulterait de leur assemblage qu'une guerre et une destruction générale : car les uns établissant la certitude, et les autres le doute, les uns la ^ndeur de Thomme, les autres sa faiblesset ils ne sauraient se réunir et se concilier , ils De peuvent ni subsister seuls à cause de Jeurs défauts, ni s'unir à cause de la contrariété de leurs opinions.
Conciliation dea deux systèmes.
Il faut qu'ils se brisent et s'anéantissent pour faire place è la vérité de la révélation : c'est elle qui accorde les contrariétés les plus formelles par un art tout d vin. Unissant tout ce qui est de vrai, chassant tout ce qu'il y a de faux, elle enseigne, avec une Sagesse véritablement céleste, le point où s'accordent les principes opposés qui paraissent incompatioles dans ces doctrines purement humaines. En voici la raison : les sages du moQde ont placé les contrariétés dans un même sujet; l'un attribuait la force à la nature, l'autre la faiblesse à cette même nature, ce qui ne peut subsister : au lieu que la foi nous apprend à les mettre eu des suiets différents; toute Tinfirmité appartient à fa nature, toute la puissance au secours de Dieu. Voilà Tunion étonnante et nouvelle que Dieu seul pouvait faire. C'est ainsi que la philosophie conduit insensiblement à la théologie : et il esl difficile de n'y pas entrer, quelaue vérité que l'on traite, parce qu'elle est le centre de touies les vérités : ce
Î|ui parait ici imrfaitement, puisqu'elle renerme si visiblement ce qu'il jr a de vrai dans ces opinions contraires. Aussi on ne voit pas comment aucun d'eux pourrait refuser de la suivre. S'ils sont pleins de la grandeur de l'homoie, qu*en ont-ils imaginé qui ne cède aux promesses de l'Evangile? et s'ils se plaisent à voir l'intirmité de la nature, leur idée n'égale point celle de la véritable faiblesse du péché. Chaque parti y trouve plus qu'il ne désire, et, ce qui est admirable, y trouve une union solide, eux qui ne pouvaient s'allier dans un de^ré inhuiment inférieur. (Pascal.)
En faisant cette comparaison entre Mon^ taigiie et Epiclète , qu il corrige ainsi l'un