‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 46 sur 194 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

encore avec plaisir et étudier avec fruit. Il a laissé, indépendamment de ses ouvrages sur la religion, une traduction de Florus, suivie d'une histoire de Tempire romain depuis Auguste jusqu*à Constantin, qui fut regardée de son temps comme un des chefsd'œuvre de la langue française. Vaugelas cite cet ouvrage comme un modèle. Son mérite

Ï>rincipalaétéd*éviter les locutions vicieuses, e néologisme et les tours surannés, mérite considérable sans doute à une époque où le goût n*était pas encore formé, et où il fallait en quelque manié: e le pressentir.

COFFIN (Charles). Yoy, Hymnbs.

COMÉDIE. Yoy. Mystères.

COMPARAISON. Yoy. Allégorie.

COMPOSITION. Yoy. Invention, Style.

CONFÉRENCES.—Il y en a de trois sortes. 1* Les traités de thi^ologie faits en forme de dialogues. 2* Les discours prononcés dans des assemblées de religieux ou d^ecclésiastiques. 3* Les discussions publiques sur les vérités de la religion où un ecclésiastique se charge du rôle des adversaires et présente les objections pour donner occasion à Toretour de les réfuter. Les deux dernières espèces de conférences sont du ressort de la littérature sacrée, surtout la dernière, où Ton doit frapper l'esprit du peuple par une réfutation vive, saisissante, et qui puisse se graver dans son esprit, de ces oi^ections banales, de ces sentences de carrefour qui |)araissent invincibles aux hommes dépourvus de science et de réflexion.

II fiiut dans les conférences que les objections soient présentées de bonne foi, avec toute la prétendue force qu*on leur attribue : elles seront toujours assez chétives ; autrement l'auditeur croirait en savoir plus long (|uc le prêtre et roulerait dans sa pensée l'objection qu'il supposerait irréfutable au lieu d'écouter ce qu'on lui dirait. Donnons quelques exemples de ces objections si victorieuses et de leur solution.

Lavocct du diable. ( On appelle ainsi vulgairement celui qui propose les doutes.) — En me créant, Dieu a prévu ce oue je ferais, il sait d*avance si je serai sauve ou damné ; donc, quoi que je puisse faire, il n'en sera que ce qu*il sait.

Réponse. — Sans doute. Il savait mémo que vous feriez un aussi pauvre raisonnement, mais il ne vous a pas forcé è le faire. Ce que Dieu sait de votre avenir, vous n'en savez rien; mais ce que vous savez certainement, c'est que, si vous faites le bien, vous serez sauvé. Screz-vous moins heureux alors en pensant que Dieu l'avait prévu? Ce n'est pas parce que Dieu les prévoit que les choses arrivent, mais c'est parce qu elles arrivent qu'il les a prévues. Comment peut-il les

R révoir ? Ce n'est pas ce qui nous regarde, ous comprenons seulement qu'il doit les prévoir, parce que rien ne peut échapper à sa providence infinie.

Lavoeaîdu Diable. — Mais si Dieu a prévu en me créant que je me damnerais, de deux r.hoses Tune : ou il n'a pas voulu s'abstenir de me créer et alors il n*est pas bon ; ou il

ne Ta pas pu, et alors il n*esl pas tout-paissant.

Répome. — A quoi alors pourrait penser Dieu en s'abstenant de vous créer? A rien, puisque de fait vous ne deyriez jamais être. Aurait-il prévu aussi qu'il s'abstiendrait? Hais de quoi, et pourquoi? L*idée même de votre individualité, de votre volonté personnelle , de votre liberté en tant qu'appartenant k vous, ne saurait exister dans sa pensée. Il pourrait se dire seulement : Je vais créer un homme de moins. Mais pourquoi? 11 lui serait impossible de se le dire, puisque votre existence, ne devant jamais être, ne saurait être prévue par lui. Vous venez donc tout simplement de dire une absurdité, une chose qui implique contradiction dans ridée de la manière la plus complète. Vous faites dire à Dieu ce qu un spirituel caricaturiste fait dire k un vieillara ridicule : Je n'aime pas les épinards et j'en suis bien aise ; car si je les aimais, j'en mangerais : et je ne peux pas les souffrir.

Vavocat du Diable. — Comment cela ?

Répome. —Selon vous. Dieu dirait : Je ne veux pas créer cet homme, et j*en suis bien aise ; car si je le créais, il pécherait : el je ne veux pas le créer. L'absurde même va plus loin ici que dans la [phrase des épinards, car au moins les épinards existent. Mais de quel homme, je vous prie, Dieu pourrait-il parler ainsi, puisque réellement vous ne devriez jamais exister, et que par conséquent dans sa pensée vous n existeriez pas? Son idée en ne créant pas devrait donc être vague et générale; il devrait dire: Un individu qui n'existe pas doit m'offenser, donc il n'existera jamais ; enthyméme dont la majeure est fausse, le conséquent absurde, et la conséquence ridicule. (Perchez quelque chose de plus fort.

Cet exemple et mille autres qu'on pou^ rait (lonner et citer sont du çenre qui convient k la conférence populaire qui est en usage surtout dans les missions. Le style doit en être généralement simple, familier même, sans descendre jamais au trivial, mais ne doit manquer ni d'énergie, ni de couleur, ni de vivacité dans la répartie. Le questionneur ne doit pas affecter la bêîise; au contraire, il doit faire de l'esprit, et celui qui répond doit tellement écraser cet esôrit à force de bon sens et de raison, que le faiseur d'objections paraisse d'autant plus ridicule qu'il aura 1 air plus prétentieux. Ces nuances du dialogue ne doivent cependant pas être marquées au point de faire dégénérer la conférence en scène de haute comédie. Il faut garder toujours la gravité et la décence qui convient au saint lieu et aux vét^ ments sacrés dont les interlocuteurs sont couverts. Seulement si les auditeurs sont des enfants, on peut être plus simple et plus familier, afin de se mieux mettre a la portée de leurs jeunes intelligences.

CONTE. — Un conte est un récit inventé dans le but d'amuser ou d'instruire. La pe^ feclion du genre serait d'îustiuire et d'anwser tout a la fois.

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Les contes peuvent être ou faolastiques , ou allégoriques, ou seulement moraux. Les contes purement et simplement fantastiques peuvent avoir une certaine valeur comme poi^sie ou comme style, mais ne sauraient appartenir à la littérature religieuse , ni même à la littérature sérieuse. Les contes allégoriques sont à proprement parler des paraboles et To'i en trouve beaucoup dans jps anciens légendaires. (Voy, Légendes, Paraboles.) Les contes moraux ne sont guère qu'à rusage des enfants, car les exemples de vertus religieuses et les histoires édifiantes ne manquent pas pour les jeunes gens et les grandes personnes.

La littérature orientale est fertile en contes merveilleux , et le génie particulier à rOrient est naturellement enclin aux flexions et aux prodiges. Les Evangiles apocryphes conservent des traces de ces tendiinces et font comprendre pourquoi saint Paul recomnuandail aux fidèles de son temps do ne pas s'arrêter aux contes de vieilles dont il sîgnaîe l'ineptie. Le goût des petits enfants est assez semblable en c^la même au g^nie des Orientaux : les contes les plus invraisemblables, les prodiges les plus absurdes, les métamorphoses les plus étranges plaisent particulièrement à leur ignorance de la vie réelle et à l'activité inquiète et frivole de leur imagination. Cependant un mora-

liste peu profond, mais estimable, Berquin, a su dans le siècle dernier substituer aux contes d'ogres et de fées des historiettes

[deines d*intérêt et de naïveté, puisées dans es scènes de la vie de famille, et a remplacé avantageusement Perrault dans la bibliothèque des enfants. Avant Berquin le pieux archevêque de Cambrai avait composé, pour son élève le duc de Bourgogne, un recueil de fables et de contes dont la plupart ont sans doute servi au jeune {rince de sujets de thèmes ou d'analyses. On y voit que Fénelon n'a pas dédaigné d'appeler à son aide les merveilles des génies et des fées, mais il en fait un emploi plein de grâces. Son conte de La vieille reine et la jeune paysanne présente un contraste des plus frappants entre les biens de la nature et ceux ae l'opinion, et fait voir combien l'inconstance de nos désirs faiiguerait la Providence si elle se chargeait d'y satisfaire. Quelques-unes des pièces du recueil de Fénelon sont de véritables idylles à la manière antique, dont rien ne surpasse le charme, et sous le rapport du style et sous celui des pensées et des images. (Foy. LÉGENDES, Paraboles, Poésie, etc.) CONVENANCE. — Qualité essentielle du stvle et qui réunit presque toutes les autres. {Voy. Style.) CORRECTION. Voy. Style.

DAMASE. — LepapeDamasecutpoursecrélaire saint Jérôme qui l'appelle le docteur tierge de V Eglise vierge^ à cause sans doute d'un poërae Sur la virginité^ que ce souversin pontife avait composé en vers héroïques, et qui ne nous est pas parvenu. 11 ne reste du pape Damase que qiielqiies poésies et sept à nuit lettres dont deux se trouvent parmi les ouvrages de saint Jérôme. On lui attribue aussi des épigrammes et des épital'hes en vers, rapportées par Baronius et par Ciruter; tout ce qui est certain, c'est qu'elles sont d'un poëte espagnol, nommé fininasc, mais rien ne prouve qu'on doive les allr buer au pape de ce nom.

DANIEL (Le Père). — Le P. Daniel, jésuite, est un écrivain estimable, plutôt Ihéoloo'ien q^ue littérateur, mais qui eut le zèle mal inspiré de vouloir réfuter les Provinciales de Pascal en opposant les efforts de son propre style aux qualités inimitables de celui du grand écrivain. La plaisanterie est une arme bien difficile à manier; et d'une autre r^arlon fera lire difficilement une réfutation sérieuse d'un ouvrage léger; c'est ce qui a l^it l'avantage de Pascal sur le P. Daniel, uialgré l'absurdité du jansénisme et la souveraine injustice de ce mauvais livre que le B<^nie de son auteur a malheureusement rendu immortel.

DANIEL. — Le prophète Daniel est le pand historien synoptique de l'avenir. En

^ui le génie propnétique éclate d'une ma-

nière si surprenante qu'il va jusqu'à marquer les dates des événements ou'il annonce. £n le voyant tirer des ombres de l'avenir les fantômes des grandes monarchies, on dirait

3u'il évoque les souvenirs du passé et qu'il essine sur les tombeaux des nations ses allégories funèbres. Les douze premiers chapitres de Daniel sont consacrés à ses gigantesques prophéties ; les deux derniers contiennent l'histoire de Susanne, et pourraient être pris pour un ouvrage séparé.

Les prophéties de Daniel sont précédées d'une introduction historique où l'auteur raconte comment Daniel avec trois jeunes Hébreux remarquables par leur science, par leurs vertus et par leur beauté furent admis à la cour de Nabuchodonosor ou Nébuchad- Nésar, roi d'Assyrie. Ainsi les enfants de la captivité viennent exercer dans le palais des vainqueurs d'Israël la toute-puissance de ce Dieu qui triomphe toujours dans la faiblesse, et se sert de ce qui n'est pas pour anéantir ce qui est. Azarias, Misaëî et Ananias commencent à étonner le roi et ses serviteurs par leur abstinence; une force nouvelle, celle de la volonté et de l'esprit, se révèle supérieure aux attraits grossiers de la volupté, et se montrera bientôt plus forte que la crainte et inaccessible a la douleur. Que peut maintenant le grand roi d'Assyrie? Il est vaincu, il est désarmé par ses esclaves : voici quatre enfants pour lesquels et contre lesquels il ne peut rien ! Mais la visite de l'es-

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