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Dainase. Sainl Jérôme fait un gran 1 élo^e do cet ouvrage, et lo donne comme la source de tout ce qui a été publié depuis sur le môme sujet. On reproche à Didyme de s'être perdu dans une métaphysique trop abstraite, en cherchant à justifier Origène d'avoir avancé des erreurs sur la très-sainte Trinité. Ce n'en était pas moins un personnage considérable dans la science et dans les lettres, et saint Jérôme, qui fit en 386 le voyage d'Alexandrie pour le consulter, se glorifiait d'avoir été son disciple. On dit que rien n'épalait le charme de son éloquence ; et comme il était aveugle, on le comparait au rossignol qui chante mieux lorsqu'il est privé de la vue. Cet Homère de la philosophie et de l'éloquence chrétienne, mourut vers l'an 3&9. Il ne nous reste du grand nombre d'ouvrages qu'il avait composés que le livre Du
Saint-Esprit et un Traité contre les Hajiichéens ; le premier surtout mérite d*étre lu et profondément médité.
DISCOURS. Voy, Éloquence.
DRACONCE. — Prêtre espagnol et poëte chrétien du v* siècle, Draconce a Iaiss(s ou« tre une élégie assez faible adressée à Théodose-ie-Jeune, un Hexaméron ou poëme des six jours de la création, espèce de résumé d'histoire naturelle fantastique et mystique tel qu'on pouvait le faire de son temps : ce poëme fut augmenté et corrigé par saint Eugène II, évoque de Tolède. Lo P. Siroiood, jésuite, en a donné une édition ; on le trouve aussi dans la Bibliothèque des Pires et dans le Cours complet de Patrologie^ publié par M* Tabbé Migne.
DRAMATIQUE, DRAME. Voy. Mystère, Tragédie.
ECCLESIASTE, ECCLÉSIASTIQUE. Voy.
Sàpibntuux (Livres).
EDUCATION (Livres d'). — Les livres d'éducation sont une brancne des plus im-
fiortantes de la littérature chrétienne, tout e monde le sait suffisamment ; mais il en existe peu d'excellents, et un trop grand nombre de médiocres et de mauvais. L'art de bien élever les enGants n*est pas facile, et il faut, pour y réussir, une grâce de Dieu toute particulière. 11 faut écrire pour les enfanls comme on leur parlerait, et pour savoir leur parler il faut les aimer et les comprendre, se mettre à leur place, rapetisser, en quelque sorte, son esprit à la mesure de leurs jeunes intelligences, comme le pr>
f^hète s'elforçait d'égaler sa taille à celle de 'enfant qu'il voulait ressusciter. Ecrire des livres d'éducation, c'est élaborer en quelque sorte le lait dont s^abreuvera le premier Age. Combien donc ne doit pas être saine et sainte tout à la fois une intelligence qui se dévoue à la fonction de nourrice et de mère 1 Dans les livres d'éducation on ne doit pas trouver des fleurs, mais du miel ; point de beautés affectées, mais la grâce, plus belle encore que la beauté, comme a si bien dit La Fontaine. Quel choix exquis de pensées, quelle méthode dans leur arrangement, quelle douceur et quelle facilité d expression ne faut-il pas pour rencontrer toujours et suivre sans les devancer jamais les opé^ rations mystérieuses de la nature dans le réveil des jeunes intelligences I La foi, l'espérance et la charité sont les trois grâces qui sourient à l'enfance chrétienne, et qui doivent la conduire par la main. Instruisez l'enftuU à croire, afin que plus tard il sache ; à espérer, afin que plus tard il ait du courage; )k aimer, afin que plus tard il se dévoue! Mais rappelons-nous bien que l'enfance est le paradis terrestre de la vie ; éloignons des yeux de notre jeune élève tout ce qui pourrait lui rapfjoler l'arbre funeste de la science du bien et du mal. Ne laissons approcher de
lui que les anges ! Le serpent ne se plîssera-t-il pis d'ailleurs assez tôt parmi les fleurs de son Eden ?
L'enfance est essentiellement poétique; elle aime tout ce qui sourit, tout ce qui rayonne, tout ce aui chante. Les fictions merveilleuses la séduisent, les récils étranges l'attachent. Le pressentiment des destinées éternelles n'a pas été éteint en elle par les déceptions de la vie. Pour elle il n'existe encore que de beaux rêves ; ses larmes mêmes sont riantes comme les gouttes de rosée où. brillent les feux du matin, et ce bonheur pur, cette confiance en l'avenir, ce sommeil enchanté de l'âme, tout cela est de Vinnocence, toutcela estsaint et respectable, tout cela est, pour ainsi dire, la fleur arrosée par le saint baptême ; il faut la cultiver avec soin. C'est alors qu'il faut émerveiller ces âmes naïves par le récit des prodiges de la religion, prodiges de sagesse et d'amour que les soins de leurs mères leur fei^ont mieux comprendre; c'est alors qu'il faut les initier à la connaissance delà nature, comme on leu» expliquerait les richesses du palais des fées, ou plutôt à quoi bon les fées? en leur disant tout simplement que ce sont les trésors du roi leur père, et qu'ils sont les héritiers de Dieu. Avec quel soin ne faut-il
f>as les préparer aux premières leçons de 'histoire, en rattachant tout ce qu ils aj)firendront plus tard à ces idées divines ^ue a Bible place au berceau des temps î Qu ils s'habituent à voir en Dieu un père, et dans le genre humain une famil'ede frères : ils sauront assez tôt que l'undes deux premiers frères a été Cain 1
On a beaucoup ri dans ces derniers temps des livres d'éducation des Révérends Pèn*s Jésuites, et particulièrement de ceux du P. Loriquet, parce que cet excellent homme supprimait dans ses abré^jés d'histoire tous les scemdales historiques, et ne racontait que le bieo. Ceux qui ont ri de cette fraude maternelle étaient pères peut-être; mai$
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une mère en sera toujours touchée, et regardera avec pitié ceux qui riront.
Les Jésuites seuls ont bien compris Téducation, parce qu*ils avaient, pour aimer les enfants sans faiblesses, Taustérité du reli- ^eux et la tendresse de la piété. Ceux même des incrédules de nos^ tristes jours qui ont eu le bonheur d*être élevés dans leurs collèges, s'en souviendront toujours avec attendnssement. Où retrouver ailleurs cette discipline sévère, tempérée par une charité si douée, cette touchante émulation de vertus sous les auspices des saints anges, cette piété si tendre envers Marie, cette poésie et cette lumière que la foi communi(iuait aux études les plus ingrates I Belles fêtes de Saint-Acheui, de Forcalquier, de Montmorillon et de Sainte-Anne, qu*êtes-vous devenues? Où sontmaintenant ces maîtres plus intègres que Socrate, et au'on a osé accuser comme lui de corrompre la jeunesse? Mais du moins le nom du philosophe calomnié est maintenant réhabilité et glorieux, tandis que les vénérables Pères Jésuites, pour prix de leurs services et do leur dévouement, ont recueilli la haine du monde et les injures d'uue tourbe de publicistes imbéciles ou corrompus.
La taquinerie chagrine des jansénistes a reproché aux Jésuites leurs efforts pour rendre la piété aimable : on a pu accuser' ces hommes si stoïques dans leur vie d*être indulgents dans leur morale. Ah 1 sans doute, s*ils eussent été vicieux, qu'ils se seraient drapés comme tant d'autres dans un rigorisme impitoyable : ce sont les plus coupables qui pardonnent le moins, on le sait. Mais qiie nous importe la mauvaise foi du jansénisme ou le puritanisme des gens sans foi? Les Jésuites ont toujours parlé comme J'Eglise, pardonné et aimé comme elle; en vain ceux qui sont le moins sans péché leur ont présenté la pierre qui devait frapper la femme adultère, aQn que cette pierre, soit acceptée, soit repoussée par eux, leur relombât toujours sur la tête. Nos républicains modernes ne les accusaient-ils pas de vouloir la mort des mauvais rois ? Vous verrez que les socialistes les accuseront de pratiquer le communisme 1 Mais leur crime véritable, le savez-vous? C'est d'être où est TE glise catholique ; c'est de tenir les raraès de la barque de Pierre, c'est d'effrayer et d'humilier les passions orgueilleuses et brutales par une vie toute d'obéissance et d'abnégation. Du temps de Voltaire on désignait la religion elle-même sous le nom de superstitiou, et de nos jours tous les prêtres sincèrcûienl attachés a leur devoir et au centre de l'autorité religieuse sont des jésuites.
^ Jamais personne cependant n'a su rendre l'éducation plus facile et plus aimable que ces hommes si noirs et si furieusement proscrits. Nulle part les belles-lettres n'ont été cultivées avec plus de soin et plus de succès que dans les maisons dirigées par ces prétendus apùtres de l'obscurantisme. On sait ({ue Voltaire et bien d'autres furent leurs élèves, indociles sans doute, mais rarement
ingr.ts. Voltaire dédiait un de ses premiers ouvrages au P. Porée, son professeur, et Gresset, qui avait le^^, comme on dit, le froc aux orties j leur témoignait du moins par des adieux remplis des éloges les plus sincères sa reconnaissance et ses regrets. Combien n'ont-ils pas travaillé pour 1 enfance ! Avec quelle patience n'ont-ils pas étudié cet âge que le Sauveur du monde entourait luimême de tant de soins et de tant d'indulgence ! Aussi est-ce chez eux qu'il faut chercher les vraies traditions de l'éducation chrétienne; c'est à leur exemple, sous leur inspiration et en s'éclairant de leur avis, qu'il faut dresser des plans d'enseisnements et écrire des livres d éducation ; ils savent avec guelle méthode les scienr.es doivent être disposées et présentées successivement à tous les âges ; ils ont surtout ce tact, nous disons presque maternel, pour éloigner de Tenfant tout ce qui pourrait faire passer une ombre sur la blancheur de son innocence; ils ont entin cette vertu indulgente qui déride la sévérité des leçons ; ils savent dire des mots qui plaisent et colorer des récits qui amusent, parce que l'éducation n*est pas pour eux un métier, c'est un dévouement, et par conséquent un bonheur.
Beaucoup de livres d'éducation sont écrits
[)ar des dames, et c'est en effet le genre de ittérature qui convient le mieux à leur sexe. On trouve assez généralement la mollesse et l'afféterie à la place de la douceur et de la sensibilité dans les œuvres des personnes dont les principes religieux n'ont pas dirigé les pensées ; il y a donc un grand^ choix à faire, et les mères de famille ne sauraient trop se montrer sévères pour l'admission d'un livre dans la bibliothèque de leurs enfants.
C'est surtout parle cceuç que les enfants
Eeuvent comprendre ; mais il ne faut pas se orner à développer chez eux le sentiment ; il faut le soumettre d'avance à la raison, en leur faisant sentir ce qui est vrai et aimer seulement ce qui est juste. Nous avons entendu soiivent le vénérable M. Boyer, directeur au séminaire de Saint-Sulpice, dire qu'un des fléaux de la religion et des mœurs en notre temps est la sensibilité niaise, c'està-dire le sentiment dépensé*au hasard et surexcité sans objet raisonnable. Dans quel livre trouve-t-on plus de vraie sensibilité, plus de tendresse même que dans l'Evangile? Mais dans quel prosateur ou dans quel poëte le sentiment est-il plus motivé et plus sage? Voilà l'exemple dont il ne.faut jamais se départir; voilà de quel merveilleux, de quelle mordle et de quelle raison il faut nourrir l'esprit des enfants. L'Evangile est le livre de tous les âges ; mais souvenons-nous que le Sauveur dfu monde aimait particulièrement, bénissait et embrassait les petits enfanrs : le premier ûge n'est pas ingrat; les enfants devinent par une sorte d'instinct et chérissent ceux qui les aiment : faites-leur donc aimer le divin Sauveur du monde ; il suffira pour cela de le leur faire biin connallre.
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Jean Gerson, ce chancelier de TUniversité de Paris qui mérita d^ètre appelé tri$^krétien comme les rois de France, ne trouva rien de
1)Ius beau et de plus méritoire à faire, vers a fin de sa yie, que de se consacrer tout entier à réducation des enfants : il se fit donc le maître d*école des pauvres, et il ne réclamait de ses écoliers, pour tout salaire, que cette simple prière adressée à Dieu tous les Jours : « Mon Dieu, prenez pitié de votre
i)auTre serviteur Jean Gerson I » Or, parmi es écrits de Gerson, nous trouvons un petit traité de l'éducation en quelques chapitres très-courts, qui trouveront naturellement leur place ici, et pourront servir à la fois de préceptes et de modèle.
Ce traité est intitulé : De partulis ad Christum ducendis. « Des moyens de conduire les enfants à Jésus^hrist. >
Jésus-Christ, ce divin fondateur du christianisme, auquel nous devons tant de bons exemples et il'excel!ents préceptes propres k guider les personnes de tout rang et de tout état, disait à ses disciples, en parlant des petits enfants oui venaient h lui : Laissez-les ê'approcher ae moiy car les récompenses celestes sont acquises à leur innocence. Ainsi, considérant que la jeunesse était la plus belle et la plus intéressante partie de Thumanité, il d!'*fendait qu'on la laissât privée d'instruction et blâmait ceux qui, par un respect mal entendu, une rudesse déplacée, ou par le sot orgueil d'un peu de savoir, éloignaient de sa personne les jeunes créatures qui accouraient vers lui. 11 s'indignait de cette rigueur et répétait : Laissez-les m" approcher; puis il les caressait et les bénissait.
Si nous méditons , comme elles le ro'^ritent I ces quelques paroles, nous n'hésiterons point a blAmer avec énergie et conviction toute négligence apportée à l'éducation de la jeunesse, ne^igence d'autant plus cou-
Fable qu*elle entraine à la fois la perte de âme et du corps. Nous ne mettrons cependant aucune amertume dans nos conseils.
nous en bannirons l'âpreté et l'orteil ; ayar!t k parler de l'enfance, nous en imiterons la simplicité et la candeur ! loin de nous l'esprit de dispute et d*animosité. Suivons en cela l'exemple de Jésus-Christ, qui , ayant à reprendre ses disciples de leur dureté , se bornait, malgrérrindignation qu'il éprouvait intérieurement, à leur dire avec bonté : Laissex ces enfants tenir à moi.
Ayons donc aussi pourla jeunesse un lan> gage plein de douceur, et, s'il en est besoin pour être compris de sa faible intelligence, ne rougissons pas de descendre h lui parler comme le feraient de bonnes et tendres mè* res, car il faut surtout et avant tout se faire comprendre, ne se proposer d'autre but, ne rechercher d'autres succès que celui d'instruire, de furmer l'enfance è la pratique de la vertu, en mettant le plus grand zèle à écarter d'elle tous les sujets de scandale qui pour» raient la corrompre.
Nous exposerons les considérations auxquelles nous allons nous livrer. Nous tâcherons d'abord do démontrer de quelle impor-
tance il est pour la société que les enfants soient religieusement et vertueusement élevés ; nous signalerons ensuite les écueiîs k éviter pour Tes diriger sûrement dans It bonne voie ; dans un troisième article, nous traiterons de la manière de régler le zèle des personnes qui se dévouent à l'enseignement; et enfin dans la quatrième partie nous présenterons la sanction et comme une sorte d'apologie de tout ce qui aura précédé , en môme temps qu'une exhortation à la jeunesse de se laisser conduire par nos conseils et nos préceptes, tout indigne que nous nous regardions de cette grande mission. Nous soumettons d'ailleurs nos doctrines à l'examen des personnes qui nous sont supérieures en vertus et en lumières , et nous subordonnerons toujours nos propres idées, notre prudence et nos jugements a leurs conseils. Notre zèle, ainsi tempéré par une juste modestie, nous n'aurons pas a craindre de nous égarer. Puissions-nous mériter leur approbation I Quant h ce que pourront dire la légèreté, la malvt illance et ceux qui n'aspirent à rien de bon, nous sommes résolus à ne pas nous en émouvoir, pensant avec un sage que, si quelquefois on«arrive à la verlo par un chemin glorieux , quelquefois aussi on n'y parvient qu'abreuvé de dégoûts et et d'humiliations {Per infamiam et bonam famam pervenitur ad Christum), .
Combien il est important que les enfants soient élevés dans la pratique de la vertu.
C'est un grand bonheur pour l'homme lorsque dès son bas âge il a été habitué à i)orter le jouç de ses devoirs, joug facile H léger 9 selon le divin auteur de l'Evangile! La vérité de cette sentence éclate surtout dans Ips âmes qui ont conservé toute leur pureté par de constants efforts. Cette innocence est la vraie nourriture des coeurs, elle les ennoblit et les fortifie. Lorsqu'on la né-
§lige ou qu'on s'en écarte, lorsqu'on abuse es dons de Dieu et qu'on ne remplit pas avec scrupule les obligations de père de famille, obhgations si douces et si faciles lors* qu'on s'y prend dès le principe , il devient alors presque impossible de conserver ou de recouvrer cette innocence. Et cependant sans elle, que deviendront les enfants? Dans qiiel^ abtmes, dans quels malheurs sa perte ne les entraînera-t-elle pas ? Si dans la première jeunesse, encore exempte de fautes et de vices, il est douteux qu'on puisse jamais s'élever jusqu'à la vertu, que sera-ce, lorsque l'ennemi paraîtra? Lorsque les mau]rais f>enchants de l'humanité viendront assaillir 'âge mûr et l'accabler de leur poids? QtJi^c sait que l'enfance a toute la fragilité des jeunes plantes, que ses grâces riàturelles I eiposent à des dangers dont la vieillesse e>t affranchie, abandonnée qu'elle est des passions plutôt qu'elle ne s'est soustraite k leur empire {^on titia deserunt senes^ sed a vitiis reitnquuntur). Hélas I ces premières années, les plus belles de la vie, s*écouleut rapidement Si l'on considère alors quelle est la force de l'habitude, si l'on pense avec aa
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ancien philosophe que cette force est si grande» qu*elle devient en quelque sorte une seconde nature (1), on restera profondément convaincu qu*il n'y a rien de plus à craindre et de plus amer dans leurs suites que les mauvaises coutumes, quand au contraire il n'y a rien de plus doux, de plus satisfaisant pour la conscience que les bonnes.
Aussi les philosophes , les poêles et les théologiens sont-ils tous d*accord sur ce pointy qu*t7 est de la pliu grande nécessité de ne jms laisser la jeunesse se livrer indifféremment à ses goûtSy à sa légèreté. Tous recommandent de la former de si bonne heure à la vertu, que la pratique lui en devienne facile h force d'habitude (2). « L^éducation , dit Horace, accoutume un jeune cheval dont la bouche est encore tendre à suivre la main du cavalier. Un jeune chien aboyé longtemps après une peau de cerl dans la maison avant de faire la guerre aux habitants des forêts. Jeune LoUiuH, que votre âme encore neuve et pure se pénètre de ces leçotis; recherchez les maîtres les plus sages. Un vase retient l'odeur de la première liqueur qu'il a reçue (3). »
C'est à l'empire de l'habitude qu'il faut attribuer les mauvaises lois, les superstitions sacrilèges, la dépravation des mœurs. Quelle heureuse impulsion ne recevrait donc pas la société , si les hommes conservaient dans l'âge mûr la pureté de cœur qu'ils avaient plus jeunes? Aussi ce n'est jamais sans effroi que nous entendons ces paroles vraiment infernales : « L'homme commence par être un ange et finit par être un démon (4j. » Certes, nous ne voyons pas ce qu'il y aurait à attendre de la vieillesse de ceux qui auraient été corrompus dès leur enfance, quand i des inclinations naturellement perverses seraient venues se joindre ensuite des habi-
(\\ Consuetttdo^ altéra natura. Pensée d^Âristote , no des plus grauds philosophes de rauli(|uilé , qui par ses vertus et son prodigieux savoir mérita d'être dioîsi par le roi de Nacéiloiiie pour être le prcceplear de son lils qui devint plus tard Alexandre-le- Grand. H est curieux de voir en quels termes Arisloie fal prié par Philippe de se charger de Féducatioo de 1 héritier du troue : i Je remercie moins le « ciel, lui dit- il, du ÛU qu'il m*a donné que de l'avoir < fait nalire dans un temps où je puisse le donner à i un maitre tel que vous. »
(2) Quùd mole fers^ assuesce , feres. 11 faut s'habituer insensiblement au fardeau que l'on doit porter.
(3) Fin^ii equum docilem tenera cervice magister Ire ttam quam monstrat eaueê; venaticus ex quo Tempore eervinam pellem latraverit aula MitUiU in sUvis catulus : nunc adhibe puro Pectore verba^ puer^ nunc te melioribus off'er, Quo semel est tmbuta recenSy servabit odorem Testa diu,
TEADOCTION DE DABU.
Domplex vos passions, soumettez-les au frein, Soogex qu'il faut en être esclave ou souverain. Le coursier obéit à la main <|[ui le suide ; Contre la peau d'un cerf, le hmier intrépide Exerce sa fureur, animé par ses traits , Avant d'aller poursuivre un cerf dans les forêts. Conserve ces leçons dans ton âme affermie , Comme un vase retient l'odeur de l'ambroisie.
(4) Angelicus jncenis senibut salhanizat in annis.
tudes plus perverses encore. Qui donc a pu inventer cette détestable sentence, vérilable blasphème, sinon des personnes profondément ignorantes y n'ayant d'ailleurs aucun souci de leurs devoirs et cherchant à s*excuser à leurs propres yeux du peu de soin qu'elles avaient de leurs entants? Cette classe n'est malheureusement que trop nombreuse 9 et ce n'est pas cependant avec do telles idées au'on obtiendra l'extirpation du
flus petit défaut 1 Qu'elles demeurent donc jamais l'objet du mépris et du blftme de tous les gens de bien , et surtout de cette partie saine de la jeunesse dont l'instruction et les mœurs sont soigneusement cultivées.
Qu'arrive-t-il aussi? C'est que nous entendons quelquefois louer stupidement dans un enfant la hardiesse de ses regards ou Tinconvenance de ses paroles; on rit en te voyant s'emporter. A quoi seront bons, je le demande, des hommes dressés à une pareille école? J^ société ne souffre-t-elle pas tous les jours des suites désastreuses de semblables erreurs. Celui-là ne se trompait donc pas, qui disait (}ue pour réussir à réformer les mœnrs, il fallait commencer par l'éducation de Tenfance , qui» moins corrompuct moins incurablemeut infectée de mauvaises doctrines , se trouvait plus disposée à recevoir aisément de saines notions.
C'est aussi ce au'avait remarqué le sage Aristote et ce qui lui avait fait dire que, pour
S[ue les leçons de la sagesse et de la vertu ructi fiassent dans déjeunes cœurs, il fallait au'ils y eussent été préparés d'avance par e bonnes habitudes et que déjà leurs mœurs fussent en rapport de conformité avec les bons enseignements ; qu'ils ne recherchassent enfin que ce qui est honnête, fuyant par un heureux instinct et comme par inspiration ce qui est honteux et bas.
La Jeunesse est d'autant plus apte à recevoir des impressions salutaires, qu'elle ne peut encore être imbue de fausses opinions, que Terreur n'a pas encore poussé des racines profondes d&ns son âme. Les vases neufs sont les plus convenables à recevox* les meilleures liqueurs, et les jeunes plantes obéissent plus facilement à la main qui les cultive. C'est tout le contraire chez les vieillards : on les briserait plutôt que de les faire plier sous un autre joug que celui auquel lis sont accoutumés. Il y a longtemps que cela est écrit (dans Jerémie) : On ferait plutôt changer de couleur à un nègre, et perdre au léopard les taches de sa peau , avant que de conduire à bien celui qui n'auiait reçu que de mauvais enseignements dans boti eu lance.
Si donc, comme nous le pensons, il reste démontré que l'œuvre de la réforme des mœurs et du retour sincère aux sentiraen.s religieux doit être entreprise sans retard et
f poursuivie sans relâche, n'est-ce point par 'éducation de la jeunesse qu'il faut se hâler de commencer? n'est-ce pas surtout dans le pays qui marche à la tête de la civilisation
aue ce noble et utile travail doit être celui e tous les instants , de tous les gcàiS do
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bieii? Les savants sont sans doute d'escdlents guides, de très-bons instituteurs pour une certaine classe de personnes; mais l'éducation domestique, au sein et dans Tintérieur de la famille, est la plus nécessaiic, la plus féconde en bons résultats. Nous no saurions donc trop rc^péler que rien n'est plus funeste à la société et ne peut la conduire plus promptemei t è sa perte que l'absence vie cette éducation domestique, qui consiste à ne mettre que de bons exemptes sous les yeux de la jeunesse et à ne lui faire entendre que des cfiscours dont sa pudeur cl son innocence n'aient point à soutfrir.
Dm mauvais exemples et de leur danger pour
la jeunesse.
Le divin fondateur du christianisiçe mettait un si haut prix à l'innocence des enfants, qu'il maudissait les parents qui lui portaient la moindre atteinte par leurs discours ou par leurs actions (Corrumpunt bonos mores eolloquia prava). Il serait mieux, disait-il, de leur suspendre une pierre au cou et de les précipiter dans le fond de la mer. Il voulait
au'on éloignât de Tenfance tous les dangers e ce genre, convaincu de leurs funestes et inévitables suites à l'égard de faib'es créatures qui, ainsi qu'une cire molle (1), peuvent recevoir aisément une impression vicieuse que plus tard il devient diliiciie d'eiîacer. Un ancien nous a également transmis cette erave et belle sentence : qu'on doit porter jo nlus grand respect aux enfants (2), c'esth-uire qu'il faut s'abstenir devant eux de proférer des paroles ou de commettre des actions qui, en lilessanl leur pudeur et leur chasteté, les détourneraient aes voies de la vertu pour les rngager dans celles de la perdition, k laquelle ils étaient loin d'être destinés.
Nous allons examiner les différentes manières de donner des sujets de scandale à la jeunesse. On peut la corrompre soit par des discours, soit par des actes, qui lui donnent directement ou indirectement l'occasion de faillir, il y a scandale toutes les fois qu'on l'expose à mal faire, à s'écarter de ses devoirs, et tout cela ne peut manquer d'arriver à la suite de paroles inconvenantes, d'actions répréhensibles.
La personne qui pouvait s'opposer au
scandale et qui ne l'a point fait, quoiqu'elle
eu eût le droit et le devoir, devient coupable
elle-même. C'est ainsi que la négligence du
^ pilote entraîne la perts du navire.
Il y a des individus qui, avec la bonne volonté d'éviter tous sujets de scandale, n'osent cef»ondant pas se livrer à cette louable inspiration, poussés par une fausse honte ou par la crainte pusillanime de je ne sais quelle opinion. C'est par un motif de ccîtlo espèce que les disciples de Jésus- Christ chassaient durement de sa présence les enfants qui voulaient l'approcher : conduite irréfléchie, n'ayant rien de conforme
l\) Tnlîs quilibei et cereui in vitium fiecli, Hor. (t) Mnxhna debctur puero revercnùa, Juvôiial.
à la saine raison, et dont il fit bonne et
f>rompte justice. A voir riodignation qu'elle ui causa, on ne peut douter qu'il ne la regardât comme très-blâmab!e ; car, un instant, elle troubla son inaltérable sérénité, et il ne parait pas s'être aussi vivement ému dans aucune autre occasion. £n effet, il supporta avec plus de patience et reprit avec plus de mansuétude d'autres fautes que les orgueilleux et intolérants pharisiens relevaient avec aigreur, s'emportant contre l'indulgence du Christ, qui recherchait particulièremeut la compagnie des pécheurs, aGn de les ramener à la vertu par ses prédications. Evitons donc de donner de mauvais exemples à la jeunesse, si nous ne voulons pas nous souiller d'un véritable crime aux yeux de la Divinité , et si nous reJoutons la colère des grands de ce monde, gardons-nous à plus lorte raison de braver le courroux du ciel.
Quant aux mauvais exemples qui se donnent jouiiiellement à la jeunesse, tout le monde les devine et les comprend. Nous entrerons néanmoins dans quelques détails. Il y a des personnes qui non-seulement se glorifient de mal faire, mais qui, non contentes de se complaire dans leurs mauvais penchants , s'efforcent , par une perversité vraiment infernale, d'entraîner d'autres victimes avec elles. On dirait qu'elles n'ont pas d'autre but que celui de ne pas périr seules. C'est ainsi que fitCatiliua, à Rome, lorsqu'il associa tant de jeunes et illustres Romains à sa criminelle entreprise. C'est ainsi que font tous les hommes corrompus. Leurs séductions perfides aveuglent tellement ceux à qui elles s'adressent, qu'ils en restent comme privés des lumières du simple bon sens, et que même ils deviennent dans la suite plus vicieux, plus dépravés que leurs corrupteurs eux-mêmes. Ceux-ci ne se contentent pas seulement de leur propre perte, ni de celle de personnes qui leur sont étrangères , ils finissent même par ne tenir aucun compte des liens du sang, des charmes do l'innocence et de la pureté de la jeunesse. Ils empoisonnent tout du souffle infect de leurs détestables suggestions. Le déchaînement de leurs excès dégénère alors en une sorte de frénésie qui confond tout dans son égarement, le juste et l'injuste, le bien et le mal, le crime et la vertu. Il semble, conime dit Origène, gu'ils soient plutôt possédés par un mauvais génie qu'en proie à leurs propres penchants; mais cotte obsession continuelle de désirs insatiables, de tentations sans cesse renaissantes, n'est-elle [>as déjà nne sorte de châtiment anticipé ?
Ëtonnons-nous donc, si de notre temps et
rlus que de coutume, les pensées de homme se tournent vers le mal lorsqu'il sort à peine do l'adolescence, quand à la corruption de notre nature vient se joindre celle que les enfants sucent en quelque sorte avec le lait de leurs nourrices; car le nouibre desparentset des instituteurs qui n'ont aucun soin des mœurs des enfants est incalculable. Abandormés et sans guides, comment ces êtres faibles ne s'engageraient-ib p.'^s
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iiiis ta route du vice et du liberlin'tge où ils finissent par trouver leur perte? Plût au ciel qu'on ne fît encore que les négliger; mais on expose à leurs regards, on fait entendre à leurs oreilles toutes sortes d'infamies ; pourraient-ils ne pas se dépraver en présence de t'^lles turpitudes? Aussi, c'est un ancien qui nous le dit encore : « Les mauvais exemples que nous recevons dans l'intérieur de la famille nous corrompent d'autant pins facilement qu'ils ont en quelque sorte lepoidsderautorîtépaternelIe(l).»Quc veut-on que fass9 un enfant, si ce n'est ce, qu'il voit faire h ses parents ? Il su vra toujours leurs traces (2). De Ih il arrive qu'il n'y a plus aucun espoir de réforme chez beaucoup d'individus, parce que ce qui en eux n'avait d'abord été qu'une disposition vicieuse, est devenu plus tard une habitude invétérée et insurmontable f3).
Ces scandales, je le répète, sont les plus dangereux et les plus propres à amener la perte des mœurs chez les enfants. Malheur donc à ceuT cjui les donnent !
Je ne décide pas si ceux auî, par des voies indirectes , détournent l'enfance du sentier de la sagesse, sont plus coup-^bles que les personnes dont nous venons de parler. Celte autre espèce de corrupteurs ne jettent pas précisément le mauvais exemple aux regards de la jeunesse, mais ils en amènent les déplorables effets par les ob^îtacios cachés dont ils embarrassent la tâche des maîtres, détruisant comme ^ plaisir et en quelques instants le fruit des leçons les plus assidues et les plus répétées. Cette pernicieuse influence est d'autant plus à redouter, qu'il est prescjue impossible de la combattre et qu'on ne peut que s'écrier : « N'empôchez pas de faire le bien, si vous ne voulez pas le fnire vous- même I » Le moyen de réduire ces Atres dangereux qui empoisonnent , sans qu'on puisse découvrir l'auteur du mal, le plus heureux naturel ? On ne s'aperçoit de leurs ravages qu'aux traces qu'ils laissent après eux, lorsque tout remède est devenu inutile, et quand ils ont llélri et dévoué à la mort les plus tendres et les plus belles fleurs ! Il arrive ensuite qu'on accuse injustement le malheureux et innocent instituteur.
Que dirai-je des ^)ersonnes secrètement poussées par le mépris de la morale et de la vraie piété? de ces gens qui regardent la religion comme une véritable niaiserie et ï-omme un signe certain de la caducité de rint«îlligence Y de ceux enfin qui sont en proie à une criminelle indifférence pour le bien? Si ce n'est que de tels Ctres font le malheur et la honte des sociétés, au'ils sont respf>nsables de la perte d'une foule de ieunes cœurs dont la corruption n'est que leur Ottvraçe, et qu'on ne saurait trop désirer de les voir connus et appréciés comme ils le
(1) Yelodus et cUius no$ corrumpvnt exempta dO" fiteuica. Prœterea quid agel filius, nisi quod viderit patrem facientem ?
[i) Patrem sequetur sua prolei.
(3) Quia qnœ fuerant vilia, mores puni. Sénèqiie.
méritent. Heureuses les contrées où Ton parviendrait à paralyser leur malfaisante et mortelle influence.
Combien h zèle des personnes qui se consa* crent à Véducation des enfants e.t louable.
Le zèle de ceux qui se dévouent è élever la jeunesse dans la pratique de la vertu, est d'autant plus méritoire, d'autant plus digne d'estime et de louanges, qu'il assure le bonheur, dans ce monde et dans l'autre, des âmes dont on aura pris de bons et tendres soins. Il n'y a point d'œuvre plus utile en soi et plus agréable à fa Divinité que cette attention continuelle è former l'esprit et le cœur de l'homme, à les épurer, à en bannir tous les mauvais penchants. Et quand je pense à ce que cotite de soucis, de travaux, de périls, la recherche, quelquefois même infructueuse, de biens périssables, aux éloges que nous voyons prodiguer à l'intelligence de ceux qui arrivent à la fortune, je me demande ce que l'on doit penser et dire delà négligence à cultiver l'âme humaine qui est immortelle? Ne trouverons-nous pas dans cet oubli du premier, du plus important des devoirs, quelque chose de vraiment criminel, puisque son résultat inévitable n'est autre que la perte de la jeunesse? Quoi! les hommes se livrent en tout temps et avec ardeur aux soins de leurs intérêts matériels; on^s'empresse de retirer l'animal du bourbier où il est tombé , de le remettre dans le bon chemin , et l'on n'apporterait pas le zèle le plus constant à retenir les enfants dans les voies de la vertu, à les soustraire pour jamais à l'empire du vice ? Efforçons-nous au contraire à ne pas les laisser tomber dans le dur esclavage des passions, et surtout hâtons-nous d'accomplir une œuvre si utile et si sainte. Ce que l'on peut faire, il faut, dit le roi Salomon, l'exécuter sur-le-champ. Semons enfin de bonne heure, car nous ne savons pas ce qui arrivera plus tard.
Les libertins, en général, ont fort peu do soucif de l'opinion et de ce qu'on clira de leurs personnes et de leur conduite, pourvu qu'on ne les trouble pas dans leurs jouissances ; et, par un inexplicable contraste « nous voyons quelquefois les justes s'émouvoir et trembler au seul murmure do quelques voix malveillantes î L'iîme de l'homme cependant, lorsqu'elle n'est point le sanctuaire de la divinité, est sans cesse et de tous les côtés en butte aux attaques des passions : Comment donc alors ne pas veiller incessamment à la préserver de toute souillure ? Que d'éloges ne donne-t-on pas au médecin généreux qui consacre son art au soulagement de l'humanité souffrante; à l'avocat qui défend avec désintéressement la cause du malheur; à l'artiste qui, dans ses travaux, recherche plutôt l'utilité publique qnefon intérêt particulier ? En présence do ces faits, n'y aurait-il pas une injustice révoltante à refuser aux personnes qui se vouont h l'éducation de la jeunesse les encouragements et là considération qu'el-
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les méritciil ? Ne serait-ce pas le comble de l*iniqijité que de susciter des obstacles à i'accoraplisseraent de cette noble et utile tâche? Tous les jours cependant, on ne peut le nier, nous voyons la jeunesse excitée au Tice par les discours les plus inconvenants et les plus coupables ; on le sait, et néanmoins Ion ne s'inquiète guère de combattre les funestes effets de ces indiscrètes paroles, en leur opposant de bons exemples; on ne tient aucun compte du besoin pressant qu'ont de jeunes cœurs d'une nourriture vraiment morale et religieuse.
Ce n'est point ce que Jésus-Christ a ensei-
Sé et encore moins ce qu*il pratiquait; car, ns son zèle à éclairer, et à purifier les Ames, à les réunir par un lien commun, il se comparait à une tendre couveuse qui étend ses ailes $ur tous ses petits, les y rassemble, les y réchauffe, songeant plutôt à leur sûreté et à leurs besoins qu'à prendre soin d'elle-même. Et nous, qui nous disons les sectateurs de Jésus-Christ, nous négligeons les devoirs auxquels il consacrait sa vie, nous temporisons, nous n'agissons pas enfin! Il ne doit pas en être ainsi.
Il ^ a plusieurs moyens de donner Tinstruction morale et religieuse aux enfants ; la prédication, les instructions particulières et l'enseignement dos maîtres , enfin la confession, qui est une pratique particulière à la religion chrétienne. Chacun pensera de ce dernier moyen ce qu'il voudrS ; mais moi, dans ma simplicité et dans ma conviction, je jure que la confession, lorsqu'elle est faite dans des dispositions convenables de part et d'autre, est la meilleure et la plus sûre manière de diriger les âmes. Par elle, si le confesseur a tout à la fois le savoir et la prudence indispensables, les plaies les plus secrètes du cœur humain peuvent être sondées et soulagées ; elle peut le délivrer de toutes les souillures, de tous les mauvais penchants , qui par leur présence et leur séjour finiraient par fermer à jamais à la jeunesse le chemin de la vertu et du bonheur, en la retenant pour toujours dans la fange du vice. Elle croupirait alors dans cet état de dégradation et serait morte à tout bien. Quand un trait est demeuré longtemps dans une blessure, il envenime et corrompt la masse du sang; il en est de même pour la conscience lorsqu'elle se complaît dans les attaques des passions et dans les assauts d'une multitude de coupables désirs.
J'ajoute qu'il n'y a pas de meilleur moyen pour donner de bons avis que la confession, et qu'elle est un excellent remède pour TAme. Plût à Dieu que les enfants accom-
Flissent sincèrement ce devoir! qu'une fois année seulement ils passassent une revue scrupuleuse de leur conduite antérieure et uu'ils en fissent un examen recueilli ! Que (le bien il résulterait de cette attention sur soi-même I quelle garantie pour un avenir meilleur ! en effet, Tenfance, entraînée par sa légèreté naturelle, se livre à une foule d'irrégularités et de fautes dont il est indispcusaLle qu'elle connaisse le démérite et
la gravité. Elle a donc besoin d'être affectueusement avertie et prudemment soudée.
Alors seulement elle commence k s'amender, à concevoir l'horreur du péché, à goûter le charme d'une conscience tranquille et h devenir capable enfin de la ferme résolution de bien faire.
Ces résultats sont d'autant plus désirables que personne n'ignore la tyrannie que la honte peut exercer sur certains esprits, et
3ue, lorsque l'&me et le corps se sont livrés epuis longtemps à des habitudes perverses, on rendrait plutôt la parole à un muet que d'obtenir les aveux et la réforme des coupables. Est-il à dire pour cela que tous les avertissements donnés à l'enfance daus le confessionnal soient inutiles? que plus tard elle aura recours k la fraude au mensonge, et qu'enfin elle retombera dans toutes ses erreurs? A cela nous répondrons que personne, hélas! n'est exempt de commettre des fautes; que l'enfant, que l'homme fait, quels que soient son état et son rang, y succombent tous quelquefois. Est-ce le cas alors d'abandonner le navire quand il fait eau? Serait-il sage de ne pas la rejeter, sous le prétexte qu' elle revient toujours? L'important, ce nous semble, est de ne pas être submergé; car, ainsi que le dit Sénèque, nos efforts réussissent moins à nous débarrasser entièrement de nos vices, qu'à n'en pas être exclusivement et tyranniquement possédés (Pugnamus contra vitia^ non ui vincamust sei ne vincani), La propreté enfin n'est-elle pas un soin de tous les jours, et devrait-oo y renoncer pour cela ? Assurément, c'est tout le contraire; car, en la négligeant, le corps ne serait bientôt plus qu'un réceptacle d'immondices qu'on ne pourrait faire disparaître qu'à force de temps et de neine.
Je n'ignore pas que quelques enfants cachent leurs fautes et mentent à leur directeur; mais par de sages avis, par des questions qu'inspirera toujours un zèle éclairé , charité et judicieux , la vérité pourra se découvrir, et dès qu'on sera parvenu à inspirer l'amour et la crainte du Père de tous les hommes, la haine de tous Tes mauvais penchants qui l'outragent, on peut être certain de la confiance et du repentir des coupables. Que s'il en est un petit nombre tellement abandonnés du ciel que personne ne puisse les réformer, il en est crautres qui deviendront meilleurs , et quand enfin par ses efforts , on n'en ramènerait qu'un seul à la vertu, ce serait encore une grande et suilisante récompense de son travail et de sa
[»eine, connaissant tout le prix dont Tâme de 'homme est aux yeux de la Divinité, et qu'elle doit avoir aux nôtres.
L'indulgence, d'ailleurs, doit jeter qu<*lquefois un voile sur des fautes légères ; qui ne se rappelle en avoir commis dans ^ou enfance? Mais avec cette charité qui les couvre de son manteau, il faut en mêin<' temps mettre tout son zèle à affranchir l'homme de l'influence des passions et à le préserver de sa perte.
V'jub surtout, i>ères de famille, maîtres et
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directeurs de Tenfance, observez bien eavers elle cette règle de conduite l Je vous la recommande avec conviction et de la manière la plus cordiale; car, en vous donnant cet avis, je ne prétends pas vous rien imposer, ni vous laisser croire que je pense que vous agissez diffëremment. Ne vous bornez donc pas» je TOUS en conjure, à détourner seulement la jeunesse des sentiers du vice, mais engagez-la pour jamais dans ceux de la vertu. Et comme ae tous les animaux Thomme est celui qui se trouve le plus naturellement enclin a se laisser aller a la bonne ou à la mauvaise influence des compagnies qu*il fréquente , veillez sans cesse a préserver Tenfance de tout contact avec les méchants. Il suffit d*une brebis malade pour g&ter tout le troupeau [Vnicaprava infcit omne pecus). Un seul enfant vicieux suflit de même pour en perdre beaucoup d'autres. Entin , ait le prophète, vous vous pervertirez en fréquentant les pervers {Cum perverso perverteris).
On apporte la plus grande activité à la recherche des maliaiteurs, on s'en empare, on les ch&tie. Qu'est-ce cependant que le vol des biens temporels en comparaison du larcin qui enlève les cœurs' à la vertu. Ce dernier D*est-il pas mille fois plus criminel? N'est-ce point un sacrilège? N'y a-t-il pas enfin une véritable inîfamie à corrompre des âmes neuves et innocentes? Puissent le mépris public et la réprobation générale atteindre Ctux oui se rendent coupables d'un tel forfait; c\st le châtiment le plus doux à leur infliger.
Peut-être me trouvera-t-on bien rigoureux, bien sévère; mais ie suis moins sensible à ce reproche qu'au désir et è l'espérance qui m*animent, de ramener les brebis égarées ; je n*ai pas d'autre but, et c'est dans cette pensée qui me préoccupe exclusivement que ]e puise mon zèle et les conseils que je crois utiles. Est-il rien en effet de plus aimable et de plus attravant que la vertu? N'est-il pas dès lors de la plus haute importance den inspirer le goût à la jeunesse, de lui inculqruer la connaissance et l'empire de soi-même. Négligeant de le faire, n'aura-t-elle pas plus tard le droit d'adresser ce reproche à ses devanciers : « Vous avez semé de pièges la carrière que nous avons à parcourir, vous ne nous avez donné que de mauvais excmplee, et notre perte est votre ouvrage. » Tel serait cependant le triste et inévitable résultat de 1 indifférence à remplir envers les jeunes gens les devoirs que la nature et la religion nous imposent l
Confirmation de tout ce qui a été dit précédemment.
Si quelqu'un est tombé dansl'erpeur, u'est k force d'indulgence et do bonté qu'il faut lâcher de l'en tirer. Ces sentiments seront toujours ceux des Ames pures et ^ensibles auxquelles le spectacle et la conviction de la fragilité humaine auront inspiré une juste humilité. 11 avait bieu observé le moral de rhoQime , ce sage qui disait que « l'art le plus difficile est celui do gouverner les
cœurs. » Et néanmoins il n'en est pas de plus négligé I On ne voit guère que des aveugles qui en conduisent d'autres; et l'on s'étonne de la dépravation générale I II semble qu'il soit au-dessousde la dignité decertaines personnes de s'abaisser aux soins de l'éducation des enfants. C'est un sentiment de cette nature qui fit que les disciples de Jésus-Christ repoussaient ceux qui voulaient l'approcher. Sans doute qu'ils trouvaient indigne d'un si grand docteur qu'il daignât condescendre à tant d'humilité ; son langage ne tarda pas à prouver le contraire. 11 enseigna dans cette occasion que les guides de la jeunesse doivent avoir l'esprit de douceur et de simplicité, et que, suivant les paroles de l'Apôtre, ils ontà veiller aussi sur eux-mêmes, si, comme tant d'autres, ils ne veulent pas succomber à leur tour. Mais hélas I qu'il est affligeant de penser au petit nombre de maîtres agissant de la sorte? Ah! s'il en est qui sachent reprendre avec douceur les faiblesses auxquelles nous sommes tous en proie, qui n'aillent à la recherche de la vertu
3ue pour la vertu elle-même et non pour es succès mondains, qui se livrent sincèrement à la charité, à l'humilité, sans aucun alliage d'orgueil ou d'ambition; dont les vues ne tendent que vers le bien sans se laisser subjuguer par l'espoir des louanges ou la crainte du blâme'; qui enfin sachent concilier tous leurs devoirs et se conservir intacts : qu'on me montre de semblables maîtres, je n'hésiterai point à les proclamer dignes de leur sainte mission.
De quelle utilité serait la possession de tous les biens de la terre à celui dont le cœur serait perverti , et qui aurait méconnu ce commandement de Dieu : « Prenez soin de votre Âme, si vous voulez m'être agréable {Miserere animœ tuœ^ ptacens Deo). » Si donc, au lieu de se conduire par des motifs purs et élevés, on ne se laisse toucher que par les objets extérieurs, on retombe alors dans la foule des êtres vulgaires et l'on devient complètement inhabile à gouverner et à former les cœurs.
Mais ces conseils ne seront-ils pas taxés à leur tour d'orgueil et de suffisance ? Ne trouvera-t-on pas que je manque moi-même d'humilité en me permettant de tracer ainsi la conduite des précepteurs de la jeunesse? Des personnes d ailleurs bien intentionnées ne s élèveront-elles pas contre le penchant qui m'entraîne à prendre soin de I enfance? On m'opposera la différence entre les mœurs et les habitudes de mon âge et celles d'un Age plus tendre; d'autres croiront la dignité de mon caractère compromise; enfin, on me dira quela nouveauté ae l'entreprise excitera l'envie et la malveillance de ceux qui, voués par état è l'éducation des enfants, pourront me regarder comme un rival dangereux. Je répondrai à ces diverses observations; et d'al)ord quoiqu'il soit très-vrai quil n'y ait aucun rapport entre les habitudes d'un vieillard et celles de l'enfance, il est plus vrai encore que, pour être utile à la jeunesse cl lui tendre une main sccourable, il faut se
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luettre à sa portée. La morgue et la bienveillance ne vont point ensemble {Non bene conveniunt^ nec eadem sede morantur maj estas et amor), et cependant sans bonté, sans douceur, il n'est point de succès possible. QuVspérer en effet d'enfants dont on ne sera pas docilement écouté , qui n'auront point do confian^^e en ce qu oa leur drra et dont on n*obtiondra pas la plus entière soumission? C'est pourquoi il faut se dépouiller de Tair dur et hautain et se faire enfant avec les enfants (Quare majestatem oportet omnem exueri, et pro parvulis parvtim se facere), non en ce qu'ils ont de léger et de défectueux , mais en tout ce qu'ils ont de louable. J'aioute que la nature est opiniâtre, et (ju'on réussit moins h la contraindre qu'à la diriger (Magis ducitur quam trahitur, Scn.). Les bons naturels ont cela de particulier qu'ils se rendent plutôt aux caresses qu'à la crainte; les animaux eux-mêmes sont soumis à cette influence. Comment d'ailleurs pourrait-0!i obtenir des sujets même les plus dociles l'aveu de leurs fautes, s'ils tremblent devant ceux à qui cet aveu doit être fait? Celui-là ne les persuadera jamais, qui ne leur montrera au'un visage sévère, qui ne répondra pas à leur sourire en leur souriant à son tour, qui ne partagera pas quelquefois leurs divertissements , qui leur épargnera les louanges qu'ils auront méritées, et mettra enfin de l'emportement et de la dureté dans ses avis, au lieu d'y apporter cette douceur et cette patience qui iont qu'on parait bien plus les chérir comme un bon père que leur commander comme un maître. Si donc on n'use envers eux d'aucune condescendance, si on ne leur parle qu'en maître irrité, n'attendez rien de bien des meilleurs conseils donnés de celte façon.
Telle n'était point la conduite de l'apôtre, car se faisant tout à tous, comme il le dit, pour conquérir les cœurs à la vertu, il commençait par appliquercette règle aux enfants en se mettant à leur portée. Il recommandait aux parents la bonté, la douceur; leur défendait expressément de donner l'exemple de la colère, moyen infaillible pour n'insnirer à Tenfance d'autre sentiment que celui ■de la crainte et lui laisser croire qu'on la déteste plutôt qu'on ne laime.
Le même esijrit animait le divin législateur des chrétiens, lorsqu'il prononça ces sublimes et consolantes paroles : « Venez à moi, vous qui éprouvez des peines, car je suis doux et humble de cœur. » Venitead me qui onerati estis. Discite a me quia mitis sum et humilis corde. Les témoignages des sages de tous les temps et de tous les lieux st réunissent également pour proclamer qu'il ny a rien de mieux que la douceur et la clémence pour réformer l'humanité. A7Ai7 melius ad correctionem et emcndationan hominum, facilitate ac clementia.
L'apôtre saint Jean, tel homme si versé dans lu connaissance du cœur humain , n]ignorait pas cette vérité, quand, pour obterir la conversion de grands coupables, il i.llail presque jusqu'à leur prodiguer des ca-
resses en les exhortant au repentir. Quel astre bienfaisant conduisit saint Augustin dans le sein de l'Eglise? Saint Ambroise. Par quel moyen? A force de bienveillance et de mansuétude. « Je commençai, dit saint Augustin, à l'aimer, non comme un illustre docteur enseignant la vérité, mais comme un excellent homme qui me témoignait la plus tendre amitié. » Ce saint évêque, plein de prudence et de l'esprit de Dieu, ne dit point à Augustin alors infecté des opinious les plus erronées : « Retire-toi, tu es un pécheur, un hérétique, un blasphémateur. » Encore moins aurait-il vomi ces injures aux enfants qui venaient recevoir ses instructions pastorales.
Que si, comme nous devons le pcnser,il n'y a rien eu d'indifférent ni de vain, rien qui ne portât l'empreinte de la gravité et de l'utilité dans les actions, dans les préceptes de Jésus- Christ, nous resterons convaincus de la haute importance qu'il attacha à appeler auprès de lui, à les rassurer et à les bénir, les enfants que ses disciples éloignaient de sa personne. Qui pourrait, après un tel exemple, ne pas faire usage de douceur et de simplicité envers la jeunesse? qui oserait, s'enorgueillissant d'une vaine grandeur ou de çiuelque savoir, mépriser la faiblesse et rigiKV rance des jeunes créatures, quand celui qui était animé de l'esprit de Dieu, qui participait de sa sagesse et de sa science, ne dédaignait pas de pousser la bonté jusqu'à les caresser, les bénir et les presser dans ses bras? Uejet<ms donc loin (^e nous la morgue et la rigueur. Socrate (1), ce sage si vanté, ne rougissait pas, après avoir donné SCS soins au bien public, de se reposer de ses fatigues en partageant les jeux des jeui es Athéniens. Cerles, l'exemple que donna plus tard le législateur des chrétiens est i)ius touchant encore que la bonhomie du philosophe grec ; mais les prétendus sagi's seront loin de sentir comme nous ce que ces fiiits ont Je beau, de grand et d'utile. Quoiau'il ei soit, rhumilité ne nous est pas seulement commandée par les livres saints. Cicéro'i,2) dans son Traité des devoirs, no js la pre>orit : « Plus vous ôtes grand, dit- il, plus
(I) Socrate , le pms vertueux des hommes , enseignait la philosophie à AUiéiies; non cviLe ^an'C philosophie qui ne tait que lorlurer riulelïignuv , intis celle science qui, éniananl de Tiil^e il«* n.<- 1 el de rimmortalilô de Tàine , procure à rhouuneia connaissance de ses devoirs el le rapproche do la \i'riic. So<Tate, pour avoir instruit ses oonlent|ioraiit$ de vérités qui port:ûenl atteinte aux croyances |N*ti épurées de son temps , fut condamné el mis à nmtt par ses ingrais compalrioli^s. Jl expira entoure de qnehfues amis AdeL:s, en leur conlffiuaAl ji»4|u*ati moinent suprême, et avec la plus grande Irauquiliiié d*:'ime, ses veitiicuses leçons.
(i) Ciccron, orateu.*, pliiloeophe cl consul romain, qui, en relie deriiièn^ qualilé , sauva sa |Kitric des entreprisi'S pai'rieic'.es m* C.a ilina , dont nous avons parlé p'«is liaut. H périt n'tme mort violente au lemps lii'S proscripiions d^Antoiiie el d\\n**usie • qui se dispuuient Pempire. Il n'èlail plus qarsimti alors dt's antiques vertus qui avaient Ktii d« Koibd la maîtresse dci nations.
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