‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 51 sur 194 · EGLOGUE · texte numérisé non relu

EGLOGUE

vous devez ôtre humble. » Qnanlo major es^ humilia te in omnibus. Et Jésus-Christ, vou* bnl graver profondément cette règle dans le cœur de ses disciples, leur dit en plaçant un enfant devant eux : Le plus grand (Ventre tous sera comme le plus petit, et s'il ne se rend pas digne des récompenses célestes par sa sim~ plicUé et son innocence^ il ne les obtiendra iamais.

Je n'ai que peu de mots à répondre au reproche que l'on m'adresse de me livrer à une entreprise tout à fait nouvelle, et à robservation qu'on me fait qu'elle pourra m'exposera la malveillance et à la calomnie. S'il n'était pas permis, en effet, d'introduire quelquefois des améliorations dans l'état de la société, la chose publique commençant bientôt par tomber en langueur, irait ensuite en se détériorant iusqu au jour où eiles'écroulerait enfin sous le poids de sa décrépitude et de sa caducité. II y donc de temps i autre nécessité d'innover, mais je le confesse, à la condition d améliorer. Quant à la malveillance et à tout ce qu'elle pourra m'attirer, je m'y résigne. Quel est l'homme un peu en évidence, dont les actions les plus iniliiïérentcs ne soient pas méchamment interprétées ? Quel droit aurais-je plus qu'un aulre d'être à l'abri de la malignité ? L'im-

Eorlant pour moi, c'est de tâcher de faire le ien hautement, et au grand jour. Celui-là teul peut être soupçonné de mal agir, qui recherche les ténèbres. C'est, enfln , d'être un jourjugé selon que mes œuvres auront mérité de l'être.

Je termine en adressant de nouveau les plus vives instances à tous les pères de famille, à tous les instituteurs de la jeunesse, de se bien pénétrer de tout ce que je viens d'exposer ; il n'y a pas un seul de mes conseils qui ne soit le iruit d'une longue expérience, de méditations profondes et du p us sincère amour de l'humanité. Et vous, jeunes enfants, renoncez pour jamais à la folie du premier âge, au mensonge, à l'orgueil, è la cupidité. Il n' v a point d'embûches à redouter dans le chemin que je vous montre. Soumettez-vous et accoutumez-vous à la pratique journalière de quelque acte de piété Qui vous porte au recueillement, à l'examen de vous-mêmes, à la connaissance de vos défauts, à vous en inspirer la haine en même temps que la ferme volonté de vous en corriger à jamais. C'est alors que vous pourrez espérer d'être véritablement heureux dans ce monde et dans l'autre ; car c'est aussi le l>onhcur que de pouvoir puiser dans une conscience sans reproches les consolations . dont l'homme a besoin, lorsque par les décrets impénétrables de la Providence, il tombe dms une infortune qu'il n'a pas mfrfitée pj\ ses débordements. Nulla noeebit (^àvnsitatk , si nulla dominetur iniquitas, Conservez enfin précieusement votre innot»'rice et votre pureté, car, ne l'oubliez jaunis, c'est à elle que vous avez dû d'être 3:>p<*lés auprès de Jésus-Christ, votre divin »»«îitre.

^e petit traité dit tout ce que nous pour-

rions dire, et 1a dit mieux que nous pourrions le dire. Hien de plus sage, de plua simple et de plus gracieux à la fois. 11 serait à désirer que toutes les personnes qui veulent s occuper des enfants, soit pour leur parler, soit pour écrire des livres à leur usage, fussent bien pénétrées des maximes du bon chancelier Gerson , dont le petit traité sur l'éducation n'est pas assez généralement connu.

On pourra consulter aussi sur le môme sujet un petit ouvrage du oienheureux de la Salle, fondateur de la communauté des frères des Ecoles chrétiennes. Cet ouvrage est iniituié : Les douze vertus d'un bon maître, et si nous ne le citons pas ici après Gerson, c'est qu'il entre moins dans le cadre que nous nous sommes tracé, et ne se rattache que très-indirectement à la littérature religieuse, tandis que le livre de Gerson nous paraît non-seulement un recueil de préceptes utiles, mais encore un modèle de netteté, d'élégance et de concision bien digne d'un auteur auquel on a attribué longtemps V Imitation de Jésus-Christ,

EGLOGUE. — L'églogue est, comme on sait, la repi ésentation d une action champêtro, dans un poëme auquel on peut donner la forme dramatique, ou qu'un peut renfermer dans un simple récit.

L'<^'ologue ditlère de l'ioylle par son action et par la forme ordinairement dialoguée.

Nous avons peu d'églogues religieuses.

M. Godeau, évêque de Vence, a essayé de créer ce genre et l'a fait sans succès, non que le genre eh lui-même soit plus ingrat qu'un autre, mais pour avoir trop voulu calquer ses nouvelles compositions sur celles des anciens, et peut-être un peu aussi, faute du talent nécessaire. Nous ne parlerons pas de quelques essais en poésie italienne par un écrivain dont les productions ordinaires sont de telle nature que son nom même n'est pas convenable à prononcer.

Les bergeries de Ronsard, de Racan, de Segrais et de Fontenelle en France, les pastorales de Gesner en Allemagne, voilà à peu près tout ce que les modernes ont produit de remarquable pour continuer les traditions de Virgile et de Tbéocrite. Puis le céladonisme de d'Urfé et les pastorales d'opéra ont aSadi complètement et même ridiculisé dans l'opinion le genre de l'églogue. André Chénier, qui entreprit de le relever à la fin du dernier siècle, remonta directement à la source, et fit des pastiches fort savantes de Théocrite et de Virgile ; mais il ne créa pas pour cela l'églogue française, qui semble impossible parmi nous, faute de bergers. Les seules pastorales chrétiennes que nous ayons, réelles, populaires, mais encore informes, ce sont les vieux noëls de nos campagnes. Là on trouve de véritables ézlogues, auxquelles il ne manque rien que d être écrites et versifiées avec un peu de cette science qui ne nuit pas à la simpli^ cité.

EGLOGUe

L*é loguG , parmi nous , est donc encore dans son enfance • et c*est pour les poètes chrétiens une création qui reste à faire. Combien de swets d*églogues ne peut pas fournir le mystère touchant de la Nativité I En combien de façons ne peut-on pas varier }es entretiens des anges avec les pasteurs I La Genèse tout entière est aussi une source iuéputsable de pastorales , et quelles riches descriptions fournirait à ces poèmes la nature de rOrient, embellie encore par tout ce Sue rimagination peut supposer des magnicences des premiers jours 1 Gain et Abel, Abraham et les patriarches , Joseph et ses frères, Gessen et sa fertilité, la simplicité de Jacoh mise en contraste avec les splendeurs de TEgypte ; puis Moïse dans le désert protégeant les tilles de Jélhro , la vie nomade des tribus sous la tente , les combats de la religion disraël contre les séductions des elles de Madian; puis encore David et ses premières armes, David poëte et pasteur, jouant de la harpe et terrassant les lions; enfin Salomon et son Cantique des cantiques, admirable el'dangereux modèle.

Indépendamment des églogues de la Nativité, le Nouveau Testament nous fournirait encore ses paraboles touchantes : le Bon

IMisteur qui cherche la brebis égarée, l'Enànt prooigue et ses regrets. Après les livres sacres , n*aurait-on pas , pour s*y inspirer encore, la poésie inépuisable des légendes ? Marie, la divine bergère, conduisant parmi les lis les blanches brebis de son fils; sainte Agnès , la jeune martyre au nom plein de douceur, qui fait entre ses bras un lit pour le céleste agneau; sainte Madeleine, visitée dans la Sainte-Baume par les an^es et chantant avec eux les louanges de Dieu sept fois le jour; tant d'autres encore. Ne pourrait-oi pas aussi, dans les analogies des devoirs du

{urètre avec les fonctions du pasteur, trouver es allégories les plus touchantes ? Tels peuvent être les suiets de l'églogue religieuse, et Ton voit qu*ils ne font défaut ni par le nombre ni par la richesse.

Mais déjà nos jeunes littérateurs chrétiens pressentent Texpansion prochaine de tous ces trésors de poésie, et nous avons déjà vu dn beaux essais inédits, même dans le (çenre encore inexploré de Téglogue. Un jeune homme qui fait des vers comme André Chénier, M. Leconte de llsle , a fait une églo-

Î;ue où les deux muses , la muse antique et a muse chrétienne, chantent alternativement comme les bergers de Théocrite et de Virgile. Voici quelques fragments de ce beau poème :

La BOfe dirélieonc.

Dans ma robe à longs plis, humble vieive voilée, Mains jointes, l'œil au ciel, je viens de I Orient. Att rivage loinuin du lac de Galilée.

Sous \es larmes d*un Dieu je suis née en priant. Heureux qui se réchauffe k mon pieux délire ! Heureux qui s*agenouille à mon autel sacré * l.escieux sont un beau livre où tout homme peut lire. Pourvu qu*il ait aimé, pourvu qu*il ait pleuré !

EGLOr>UE Lamiiseiotiqiio.

Plus belle que Diane aux forêts d'Ortygie, Rejetant le cothurne en dansant dénoué, Sur les monts florissants de la verte Phi^^iet J'ai bu les vins sacrés en chantant Evohe.

La OMise chrétieue.

Les archanges de Dieu m*ont saluée en raine; Pâle comme le lis, à Fabri do soleil.

Je parfume les coeurs, et la vierge sereine Se voile de mon aile à Theure du somnieiL

La BiiiiaantiqM.

Dans TAttique sacrée aux sonores rivages. Dans la douce lonie aux souflles amoureux. Partout où le soleil éclaire un monde heureux, La volupté divine a reçu mes hommages.

La musa ebrétienoe*

Partout où Ton gémit, où murmure on adieu. Partout où Pâme humaine a replié son aile. J'ai fait ([ermer toujours Tesperaoce éternelle, Et j'ai guidé la terre au-devant de mon Dieu. Je suis Tamour sans tache, impérissable flamme, Aurore du seul jour qui n*ait point de déclin ; Les yeux ne m*ont pomt vue , et je veille dans rame, En y parbnt do ciel à ce monde orphelin.

On trouve dans Klopstock des dialogues qui sont du genre de régloguOt et qui peuvent mettre sur la traoe du beau et du vrai en ce genre. Alexandre Soumet, dans sa Divine Epopée, a esquissé aussi quelques églogues dans les campagnes du paradis, campagnes dont il a créé les richesses et qu*il embellit d*arbres dont les noms mémei nous sont inconnus sur la terre.

Au commencement du chant neuvième, Tftme d*une bienheureuse, nommée Séinida, soupire de Fabsence du Christ » qui est allé conquérir un dernier triomphe sur les en* fers; elle est assise sous un palmier céleste et converse avec sa viole ; car, suivant lo poëte , dans le paradis , les instrumenU de musique ont une Ame et répondent d*euimômes lorsqu'on leur adresse la parole.

Sénida.

0 ma viole ! pourquoi, ma douce viole aimante. Vous taire sur mon cœur, de tristesse donnante? J'appelle en vain votre âme, et Thymne commeooé Expire en votre sein comme un cynie blessé * I)e lilas couronnée, et si jeune, et bénie, Pourquoi me refuser vos haisers d^harmooie, Et vous cacher ainsi sous mes cheveus?

La viole eéleste. .

Pourquoi?

Regardex Madeleine aussi triste que mol. Clirist est absent, et moi, comme la fleur des pbtaes* En Fabsence du jour je retiens mes haleines, El je le redemande, et j'espère, et j'attends, El j'attends pour chanter, la vie et le printemps; Et veuve, et de lilas tristement couronnée. Je renferme ou pleurant l*àine qu*ii m'a donnée. Ne m'interrogez plus sous vos doigts Trémissant^; Pourquoi loin de l'autel vouloir brûler Penceos! Poète abandonné des souffles du génie.

Ne voyant plus l'amour, j'ai perdu l*harmonic; Et mes Uls lumlneui, des anges applaudis. Ont cessé de chanter aux fleurs du paradis ; El je ne verse plus dans leur coupe irisée De mes notes du ciel b suave rosée.

Sous votre chevelure, aux regards des élus Séinlda, cachez moi, ne m'interrogez piusi

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