IV. Le my^ire de VEpiphanie
Voici un des pins gracieux tableaux de TEvangile. Sur les ruines de l'ancien monde représentées par les débris d*un palais qu'on a transformé en étable (car les puissants de Tancien monde étaient devenus semblables à do vils animaux ), une vierge est assise : reine par la majesté de sa grflce et de sa pudeur, et riche d'un bel enfant qui tend les roains avec un naïf amour, les trois parties du monde connu alors viennent, en costume de rois et avec des figures de sa^es, se prosterner devant l'homme de l'avenir, le Christ naissant, l'Homme-Dieu, qui doit sauver le monde. Une étoile non encore vue dans le ciel plane au^essus de la misérable demeure où l'univers vient de renaître, et les mages qu'elle a guidés reconnaissent dans ce faible enfant l'explication et l'incarnation delà vérité cachée dans leurs dogmes astronomiques et mvstérieux. L'hiver de l'humanité fait place a un printemps céleste, et la constellation de la Vierge voit sortir de son sein le doux soleil do la nouvelle saison. Les mages offrent à Jésus l'or de la royauté, l'encens de la divinité et la myrrhe de l'humanité, et reconnaissent ainsi en lui l'unité du peuple à venir pour une puissance souveraine et divine, quoique toujours humaine. La myrrhe servait à embaumer les morts; c'est pourquoi elle est ici le symbole de l'humanité, parce qu'elle représente la conservation dans la mort. En effet, l'humanité meurt et vit toujours : le souffle divin qui Tanime est en elle comme ui baume oui l'empècho de se corrompre, et lorsqu'elle parait immobile et sans vie au fond d'une tombe, elle ne fait que dormir, t^ demain, éveillée avec une beauté nou- Yelle, elle racontera et expliquera au monde les longs rêves de son sommeil et les mystères du cercueil.
Cependant Hérode se trouble et Jérusalem avec lui. Quel est ce nouveau roi que l'on vient adorer des extrémités du monde? 11 interroge les savants , et leur science adulatrice ne sait que lui répondre; il appelle à son secours la violence, et veut tuer dans sa terre natale le fruit de la liberté ; mais le génie de Dieu veille sur son Christ. Joseph est averti en songe, et fuit dans le désert i^vec Marie et son Jésus, tandis que la tyrannie, se montrant dans toute sa laideur » se
rue sur les enfants à travers ics cris cl les malédictions des mères, et va traînant sur le marbre de ses palais les cadavres des innocents. Alors est réalisée cette parole touchante du prophète : Une voix dans Borné s'est fait entenare , pleine de fleurs et de lamenlalions : c'est Rachel qui pleure ses enfants^ et elle ne veut pas être tonsoUe^ parcs qu'ils ne sont plus,