XIII. LeSi paraboles
Jésus « selon le flfénie des Orientaux, se servait du voile de Tapologue pour dissimu- 1er à demi des vérités encore trop hardies dont il résie^rvait Kintelligenee à Tavenir, ou seulement aux hommes d*élite de son temps.
C est ainsi que, voulant peindre la misérieoide infinie de Dieu, il raconte la touchante parabole de Tenfant prodigue. Le père de famille , c'est Bien ; il a deux en- IkntSy dont Tun, docile et sage, reste dans la maison paternelle , tandis que Tautre, le plus jeune, s^ns doute le plus aimé, demande à son pèr^ ce gui lui revient de son héritage et va le dissiper dans la débauche sous un ciel étranger ; voilà Thomme avide de lionheur et de vie qui oITeuse Dieu en abusant de ses bienfaits, qui s*approche du banquet de la vie avec une faim que rien ne peut Sfatisfigdret. et qui consume en peu de temps tout ce qu'une époque a reçu de lumière et d'amour.
Puis vient la misère» le dégoût et la famine* Las de débauche, l'enfant prodigue a laim. d'amour. Lui qui.avéeu dans les délices, il se voit réduit à garder les pourceaux, et il regrette la maison de son père. Voilà l'initiation par la douleur; voilà l'audace du péché tout à la fois punie et pardonnée; voilà l'eD^fant qui devient homme dans le malheur. 1| se lève et il dit : Tirai vers mon vire 1 Ainsi l'humanité, lasse, va bientôt se lever de son abjection pour retourner vers Dieu. Ainsi nous devons espérer que les protestants, les hérétiques et [es révolution-
naires se convertiront dans leurs fils, et ii« luminés par le repentir qui suivra leur épreuve douloureuse , ils reviendront vers, leur père comme Tenfant de la parabole.
Aussitôt que le père vit de loin revenir son fils, il sortit transporté de joie, et se je tant au cou du pauvre repentant, il l'embrassa avec beaucoup de larmes; il ordonna à ses gens de lui faire fête, il lui rendit ses premiers vêtements, lui mit au doigt un anneau d'or et fit tuer le vrau gras pour se réjouir dans un festin. Cependant le fils sage, qui était resté près de son père, s'of« fensa et ne voulait plus rentrer. Mon fils, lui dit le père, tes reproches . sont injustes. Tu es reste près de mot, et tous mes bisM sont à toi : mats ne fallait^il pas- me réioulv du relieur de ton frère ? Cest mon fils qui était mort y et je Vax retrouvé vivant; il était perdu^ et il est revenu à moi. ilu«<t,' ajoute le Sauveur, te vous déclare qu'il y aura plus de i oie dans le ciel pour le retour d'un seul pécheur que pour un grand nombre de justes. Car Dieu ressemble au bon pasteur qui a cent brebis, et qui laisse sur la montagne les (]uatrevingt-dix-ueuf brebis fidèlf^s pour courir après la brebis égai^ée, et lorsqu il la retrouve, il la prend sur ses épaules et revient joyeux au bercail. Les pécheurs sont donc préférés aux justes, et c'est pour eux seuls que lo travail de la rédemption s'accomplit, selon cette parole du maître : Je ne suis pas venu appeler les justes j mais les pécheurs. Ainsi, dans la rédi'mption, la race d'Adam coupable est préférée aux anges fidèles, et Dieu,. t'aloux en quelque sorte de vaincre sa rébellion, abandonne le ciel pour s'associer à l'infortune de sa créature.
Nous n'entrerons pas dans l'examen des autres paraboles, car l'Eglise seule s'en étant réservé l'explication, nous ne pourrions en admirer la justesse et la beauté sans entrer dans cette explication même, ce qui serait en dehors de notre mission. C'est dans les paraboles en effet que sont contenus tous les mystères de la doctrine évangélique; c'est là qu'on trouve quelquefois des paroles qui sembleraient oures à la raison insoumise, telles, par exemple, que celles-ci : // sera donné à celui qui a déjà, et à celui qui n'a pas il sera rtprts même ce qu'il semble avoir. C'est là que se trouve formulé le dogme terrible de l'exclusion et de la coodaranation aux ténèbres extérieures; mais là aussi est mise en action cette divine parole de la prière du Seigneur : Pardonnez^ pour quil vous soit pardonné. Dans les paraboles aussi sont indiqués les deux plus grands mystères de la doctrine chrétienne, celui de la prédestination et celui de l'existence du mal. Nous renvoyons nos lecteurs aux admirables interprétations des saints Pères, et nous relirons en pleurant Ja parabole de l'enfant prodigue I
Enfin le Sauveur, après avoir enseigné ouvertement et en secret, se prépare à son sacrifice : il s'y prépare {^ar des œuvres de miséricorde et de pardon, il relève la femme adultère en invitant à la condamner» ceux-
ETANCILE
EVANGIUB
î^ seulement dont la tîb est parfaitement irré[)rochable ; il guérit les malades* il rompt et multiplie le pain pour la nourriture des multitudes aflf^mées* et révèle à ses disciples et au monde qu*il est doux et humble de coeur. II n^achèye point te roseau brisé, et ne met pas le pied sur la mèche qui fume encore. Il ne dédaigne même pas, lui la chasteté sans tache et la pureté sans ombre de souillure, il ne dédaigne pas les larmes et les parfums d'une pauvre femme livrée au mépris public par les erreurs de sà vie passée. Cette femme aima le Christ d*un saint et douloureux amour. C'était la Madeleine, qui avait été Glle de débauche» et du corps de laquelle il avait chassé sept esprits impurs. C'est-Mire aue les sept vices capitaux avaient fait place en elle aux sept vertus, qui sont comme les couleurs prismatiques de Fa lumière morale, et qu'elle avait été intérieurement illuminée de cette blanche et douce clarté évangélique qui chasse toutes les ténèbres et eukce toutes les souillures. Quel touchant spectacle que la pécheresse aux pieds de Jésus dans la maison du pharisien I Les piètres, couverts d'habits splendidos sont là sur des lits magniQques; ils se repaissent de faste et d'orgueil» et daignent admettre à leur table, par une sorte de curiosité insolente» Jésus» le prophète du peuple, le pauvre docteur de Ualilée. Personne ne lui a oflbrt de |)arfums, parce que ses vêtements sont grossiers , et l'on n'a point versé de Peau sur ses pieds couverts encore de la ftnge des villes et de la poussière des chemins. Mais une femme entre tout éperdue dans la salle du festin, elle n'y voit qu*un seul homme, elle se précipite aux pieds de son Sauveur, lui baigne les nieds de ses larmes et les essuie avec ses beaux cheveux. Les Pharisiens murmurent de ce que cette femme est entrée » car ils l'ont reconnue» pour l'avoir vue ailleurs sans doute. C'est la pécheresse de Magdalé. Cet homme se dit prophète, disent-ils en murmurant, et il ne sait pas par qui il se laisse toucher. — Simon, dit alors Jésus au maître du logis, vota nCavex reçu avec mépris^ et celle-ci me glorifie. Personne^ quand je suis entrée ne m'a donné te baiser fraternel ; personne n*a répandu de parfums sur ma tête ; personne ne m*a offert une eau hospitalière pour laver mes piedSf et celle-ci tes a baignés de ses larmes^ les a couverts de ses baisers^ les a embaumés de ses parfums et les a essuyés de ses cheveux!.,. 0 femme! ajouta-t-îl en se tournant vers elle» Uieu vous pardonnera beaucoup^ car vous avez beaucoup aimé!
EnOn il va commencer cette manifestation toute paciQque dont il prévoyait d*avance le résultat pour lui-même» cette révolution impossible avec les éléments viciés de la société d'alors, et qui eût pourtant épargné au inonde entier bien du sang et des larmes. Voicif dit-il à ses disciples, voici que nous allons à Jérusalem^ où le fils de Vhomme sera livré entre les mains des étrangers: ils foutragérant^ ils le flagelleront et ils le crucifieront, mais il ressuscitera le troisième jour. Pierre
aTors s'épouvante pour son maître, et veut le détourner de marcher à une mort certaine. — Retire-toi de moi^ Satan^ répond !e sacrificateur sublime, tu es pour moi um scandate ! Car tu ne comprends pas les wunmements de V esprit de Dieu t
Prêt à entrer dans la ville sainte» il envoie deux de ses disciples emprunter pour lui une modeste monture : DitcM à ceux qui voudraient vous empêcher de la prendre aue le maître en a besoin. II entendait par là (pic cet animal étant utile à l'œuvre de Dieu, pouvait être» comme toutes choses , réclamé au nom de son véritable maître U fit donc ainsi son entrée dans Jérusalem, monté tour à tour sur un ânon et sur une ânesse, ek une foule curieuse et enthousiaste qui avait entendu f^arler des prodiges de sa doctrine et de sa vie» se porta au-devant de lui arec des cris de ioie et de triomphe; les palmes jonchèrent le chemin; plusieurs même étendirent leurs vêtements sur le passage du Sauveur, qui» triste et recueilli dans sa grande pensée de sacrifice» fixait ses regards du côté du Calvaire, et croyait déjà entendre, à travers les acclamations de ce:te population volage» les voix haineuses qui huit jours plus tard devaient crier devant Gabbatha : Qu'il soit crucifié l
Toutefois il ne voulait pas que l'enthousiasme populaire» no durAt-il qu'un jour,, restât infructueux pour la sainte doctrine qu'il annonçait ; il osa entreprendre de purger le sanctuaire d'un ramas de trafiquants et de vendeurs qui sy étaient établis. Le Christ, à la tête du peuple» entre dans le temple de Salomon» et voit avec amertume
au'on en a fait un vaste marché; il s'arme 'une corde pour chasser tout ce bétail humain ou autre qui infectait la maison sainte; les tables des changeurs sont renversées» l'argent est jeté sous les pieds du peuple : Otez tout cela cTict» s'écrie le maître, car Dieu a dit : Ma maison est une maison de prière^ et vous en avez fait une caverne de voleurs! — Quelques prêtres osent s'opposera Jésus, et lui demandent de quelle autorité il fait de pareilles choses ? — Le peuple courait après Jean-Baptiste dans le désert » répondif» et Jean les instruisait et les baptismt. De quelle autorité agissait-il ainsi f — Les prêtres comprirent fa parabole» ils sentirent guo s'ils ne reconnaissaient pas Jean-Baptiste pour un prophète» ils choqueraient l'opi* nion du peuple, et que s'ils reconnaissais nt Tinsniration du précurseur» ils devaient céder à celle du Christ. Ils balbutièrent donc Jtu'iîs n'en savaient rien. — Eh bioi! dit ésus» restez dans votre ignorance^ je n'ai rien à répondre à vos questions. Cependant les enfants» conune s'ils pressentaient l'avenir qui était promis aux races nouvelles • criaient sous les voûtes du temple : Salut et gloire au fils de David I béni soit celui qui vient au nom du Seigneur t Faites donc au moins taire ces enfants^ disent en désespoir de cause les Pharisiens confus et ialoux. — Pourquoi les ferais-je taire? dit le àlaltre; cest dans la bouche des enfants que Dieu a
EVANGILE
EVANGILE
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placé la vérité f pour être glorifié par elle^ et je vous dis en vérité que si ces enfants se taisenif tes pierres crieront. Puis il se mit à enseigner dans le temple , et il disait : Ne ressemblez pas aux scribes et aux pharisiens 7ttt aiment à prier au coin des rues et à être salués sur les places publiques. Malheur ^ maU heur à vous^ pharisiens hypocrites, qui faites la loi religieuse insupportable pour les autres et facile à vous seuls J Vous mettez sur le dos du pauvre peuple des fardeaux qui Fécrasent, et vous ne voudriez pas vous-mêmes y toucher seulement du bout du doigt 1 Malheur à vous qui détruisez la loi de Dieu
Kiur établir vos traditions humaines ! Malur à vous, docteurs^ qui prenez la clef de la science et qui empêchez les autres d'y entrer, sans y entrer jamais vous-mêmes ! Malheur A vous qui tuez Ifs prophètes et qui la-pidex les envoyés de Dieu, car Dieu vous redemandera le sang de tous les justes depuis Abel ; vous égarez le peuple, et vous perdez Jérusalem : aussi je vous dis en vérité que hientôi elle sera déserte.
A ces mots, des murmures commencèrent à s'élever : une partie du peuple se retira, les prêtres et les pharisiens entraînèrent le reste. Des cris de mort se Grent entendre, les faibles eurent peur et sortirent, le Christ se dérot)a dans la foule à la faveur du tumulte. On était arrivé au soir de cette journée do triomphe, et la popularité du juste était à son déclin. Le lendemain Jésus sortit avec ses disciples hors des murs de la ville sainte, et s'étant assis sur une hauteur, il reganla Jérusalem en pleurant. Jérusalem, »*écridit-il avec des sanglots, pourquoi n'astu pas compris la visite de Dieu I J'ai voulu rassembler tes enfants autour de moi comme la poule rassemble ses petits sous son aile, et tu n*as pas voulu! Ses disciples, cependant, voyant le Maître livré à la tristesse, s^étaient un peu éloignés et contemplaient d*èn haut le^ immenses bAliments du temple qui couvrait toute la montagne de Sion comme une cité merveilleuse : Maître, s'écriaient-ils, voyez donc ces masses de pierre et cette gi-r
Santesque structure ! que de puissance et e travail ! Le Christ, alors, sortant de sa rêverie : vous voyez tous ces bâtiments, leur dit-il d*une voix sombre, mais forte : t7 nen restera pas pierre sur pierre, tout sera détruit I Les disciples ne le comprirent nas, mais ils furent tristes, et en descendant ae la montagne, personne n'osait interroger le Maître, qui prévoyait déjà sa mort et la ruine de sa patrie.
XVL La transfiguration.
L'Evangile nous raconte que, peu de temps avant sa mort , le Christ s*étant retiré sur une haute montagne avec trois de ses disciples, se transfigura en leur présence. S ;n visage devint comme le soleil, et ses vêtements prirent la blancheur éclatante de la neir^e, et Ton vovait Moïse et Elie qui s*entrclenaient avec fui 'des mystères de sa mort ivocliainc et de sa résurrection. Hors deluiméinc, et comme transporté, saint Pierre
s'écrie : // nous est bon dêtre ici : faisons^^ s il vous platt, trois tentes : une pour Molse^ une pour Elie et une pour vous. Ces paroles du chef des apôtres expriment admirablement la grandeur et l'esprit du dogme catholique, qui devait résumer toutes les prophéties et concilier toutes les manifestations de la religion révélée à ses différentes époques. Dans son extase, le chef des nouveaux croyants exprime d'un seul mol toute la félicité des élus, et cette béatitude surtout que procure l'intuition de la vérité : Jl nous est bon d'êtr^ ici!
Cette paçe de la transfiguration qui précède le récit des douleurs de IHoranie-Dieu est du plus çrand effet au point de vue littéraire , et lorme un contraste splendide. Raphaël en a traduit les beautés sur une toile qui est le chef-il'œuvre de la peinture, et dont le plan a quelque chose de hiérarchique. En effet, l'intérêt y est gradué de bas en haut, et les personnages y sont groupés en trois séries : en bas on dispute et on lutte contre le mauvais esprit; plus haut on se
Srosterne et oa adore ; plus haut enfin [oïse et Elie, les deux grands types des voyants, s'élèvent de terre et nagent dans des flots de splendeur. Raphaël a voulu exprimer ainsi les trois états de la vie spirituelle, et faire de son tableau un résumé de théologie mystique, ce qui était merveilleusemeit comprendre le beau sujet de la transfigura. ion.
XVII, La dernière cène.
Nous ne cherclierons pas à analyser les beautés qu'offre à Timagination des chré» tiens le plus auguste de leurs mystères : c'est la roi seule qui doit parler ici, et nous craindrions de profaner , en les admirant d'une manière trop humaine, des mystères (ju'il faut adorer. Devant ces prodiges de 1 amour divin, le recueillement et le silence peuvent seuls prouver qu'on les apprécie, et au lieu de paroles pour les exprimer, on ne doit trouver que des larmes.
XVIU. La passion.
Ici se déroule dans l'Evangile le grand drame lugubre qui depuis dix huit cents ans fait pleurer le genre humain tout entier : la justice et la vérité condamnées au dernier supplice parlapuissancehypocriteoubrutale ; la société tout entière complice du meurtre d*un Dieu, selon la profonde et symbolique
f)arole de la foi; les prêtres et les rois, avec eurs flatteurs et leurs satellites conjurés contre le Verbe de vie et travaillant h faire un cadavre, puis ce cadavre se dressant tout sanglant dans la tombe et étendant ses mains percées pour demander justice, parlait au ciel et au monde par le sanglot de toutes ses douleurs, et criant vengeance par toutes ses plaies comme par des bouches implacables, le peuple à venir tué dans un homme, et cet homme ressuscité dans le peuple que sa doctrine identifie à sa personne ; le gibet devenant un trône, et les palais des rois, avec les temples de leurs