‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 68 sur 194 · Le pasiage de la mer Rouge · texte numérisé non relu

Le pasiage de la mer Rouge

Ils avaient multif>lîé, et leur nombre était égal à celui des grains de sable de la mer.

Ceux qui se disaient leurs maîtres en avaient peur; et pour les affaiblir, ils Irs faisaient travailler sans les nourrir, et ils leur défendaient d'élever des enfants mâles.

Alors la souOhince de ce {»e»ple poussa nn cri, dont la plainte douloureuse s'éleva jusqu'au ciel.

Dieu alors ordonna à cette multitude de se lever et de se rassembler pour la grande Pâque, parce que l'Exterminateur allait passer. Le hanquet de la Pâque fut le signal de la délivrance : cette foule, qui avait parlé par la voix de son défenseur, eut une tête et devint un peuple dont les tyrans n'osèrent plus arrêter la marche.

Us sortirent de la servitude en emportant les dépouilles de leurs maîtres, et le pouvoir interdit les regarda passer.

De qui parlons-nous ici? Faisons -nous de l'histoire ou de la prophétie ? Racontonsnous ce qui arriva aux Israélites, ou annonçons-nous ce qui doit arriver à l'immense ramille des catholiques, quand sera venu le jour de ses pâques universelles, et quand les fléaux de Dieu seront venus frapper à la porte des impies ?

Elnfants persécutés de l'Eglise, mes frères, qui vous découragez et qui n'attendez plus rien en ce monde de Dieu ni de sa justice, écoulez la parole de Moïse et voyez ce qui se prépare : car, je vous le dis en vérité, ce n'est pas une histoire du passé c^u'il vous raconte, c'est une vision de l'avenir.

Un cri de désespoir s'est élevé des bords de la mer Rouge; le peuple nouvellement affranchi, mais poursuivi par ses anciens mai*

très, est arrive près de la mer D'un côté

le glaive, de l'autre le gouffre : plus d'issue qu'à travers les cadavres ou les abîmes I

La triple immensité du ciel, du désert et

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de la mer, semble attendre aiec époinrante le résultat de cette lutte suprême; le crépuscule blanchit à peioe Thonzon ; la multitude des proscrits t)orde le rivage, et larmée des persécuteurs s*ayaBce comme un long serinent tout étincelant de casques et de boucliers, et tout hérissé d*épées et de lances.

Les fugitifs lèvent les mains vers le ciel et poussent des cris de désespoir ; ils pleurent comme des enfoots I et voilà que Moïse indigné se dresse de toute la nauieur de son f;éoie ; et se plaçant debout entre les Israéites qui tremblent et les Egyptiens qui sV vaiicent, il semble abriter derrière lui un peuple entier.

Debout, $*écrie-t-iU debout I esclaves qui retombez aux pieds de vos indignes maîtres ; regardez-les encore une. fois, si vous les regrettez , car demain vous ne les verrez plusl

Qui vous arrête? Quand vous nuirchez avec foi, n*est-ce pas Dieu qui passe? Avezvous peur des flots de la mer ou des rochers du rivage ? Marchez ! C'est la mer qui doit céder I Ce sont les rochers qui doivent vous craindre I... Marchez, vous dis-je, et la nature entière vous obéira.

Ne voyez-vous pas la colonne de lumière

J|ui vous précède s'avancer sur les flots qui rémissent et se séparent?... L'intelligence vous trace une voie audacieuse, marchez 1 et malheur aui aveugles qui oseront vous poursuivre !

L'enthousiasme de Moïse a électrisé tout le peuple. 11 se lève, il croit, il sent sa force, il marche..... et les flots de la mer reculent et s'ouvrent devant lui I

Eclairé par les reflets terribles de la colonne de feu. Moïse est immobile et tient

ses deux mains étendues L'une protège,

l'autre menace Les Hébreux traversent

la mer Rouge, et les Egyptiens approchent.

Cependant la merveilleuse lumière qui guidait le peuple affranchi devient sanglante et tourmentée : elle revient se ranger près du |)rophète comme un auxiliaire terrible, et s'élevant jusqu'au ciel , elle éclaire au loin le peuple qui se délivre et menace les bourreaux qui osi^nt courir après lui. Elle éclaire les uns et aveugle les autres, car la vérité qui brille aux yeux des hommes libres n'est qu'une nuit profonde pour les tyrans et leurs esclaves.

Déjà les assassins du peuple se sont engagés sans le savoir dans les abîmes, ils ne voient pas qu'ils ont quitté la terre ; leurs pieds s enfoncent dans un sable mouvant ; et des montagnes d'eau, semblables à la colère du Seigneur lorsqu'elle se contient encore, pendent sur leurs tètes et les pressent de toutes parts.

Il inarcne encore, ce bétail de la mort 1 Tout à coup le tonnerre éclate, et ils se

voient aux lueurs de la foudre ils lisent

leur arrêt de mort sur le visage livide de leurs conducteurs; ils poussent à leur tour un cri de désespoir qui expire écrasé par les vagues... L'abîme s'est refermé sur sa proie, et le soleil qui se lève n'éclaire sur la mer

qu'une immensité morne et paisible, sur la-

auelle flottent, dispersés comme des brins e paille, quelques débris de chars et d'armures, tandis qu'un flot vient jeter aux pieds de Moïse le cadavre de Pharaon.

Sombre et magnifique tableau des destinées humaines I Allégorie pleine de meriares pour ceux qui oppriment) et d'es|)éraiice pour ceux qui souffrent 1

Que les fidèles se réunissent , qu'ils mangent.ensemble la Pâque symbolique en com* muniant au même amour et à la même {)en sée, et qu'ils sachent bien que l'ange des fléaux est debout avec eut.

Qu'ils marchent ensuite ; qu'ils marchent ensemble et qu'ils ne doutent pas ! La lu^ niière étemelle marchera devant eux, le Verbe lui-même les accompagnera : c'est la colonne de feu qui aveugle, les oppresseurs et qui illuminera toujours la fuite triomphante des proscrits l

Oui, je vous le dis, au nom de la véri é éternelle, à vous tous qui souffrez : Tant que vous serez ensemble, tant que vous aurez une tête pour vous conduire et une voix qui parle pour vous, sachez que vous serez alors un grand peuple et que la toute-puis*> sance de Dieu sera avec vous. Quand tous vous lèverez, on ne vous fera pas plier les genoux ; quand vous parlerez, personne ne vous fera taire; et quand vous marcherez, ni les tyrans, ni leurs satellites, ni les bo^^ reaux, ni les déserts, ni les abîmes ne pou^ ront s'opposer à votre passage, et ceux qui vous poursuivront auront cherché la mort, car le ciel, la terre et la mer sembleront combattre pour vous.

IL Le peuple au désert.

Ce n'est pas tout d'échapper aux oppresseurs, il faut savoir être libre. Avant u'avoir une \mtrie , il faut qu'un peuple soit vraiment peuple.

C'est ce que Moïse nous enseigne en laissant périr tout entière dans le désert une race indigne encore de la terre promise.

Etudions les leçons contenues dans le récit du livre sacré.

Le peuple périt misérablement dans le désert à cause de son ignorance qui le rend défiant envers ses amis, et confiant pour ses ennemis ; de son matérialisme grossier, oui lui fait regretter la servitude ; de sa pusilW ntmilé, qui Tentraine sans cesse au doute, au murmure et à la révolte.

Au moment même où Moïse, sur le Stnaî, pose sur deux tables de pierre les bases de la vraie liberté humaine et de l'égalité des iustes devant Dieu , cette odieuse populace se prosterne devant le veau dor et veut se créer des chefs pour retourner en Egypte.

Tandis que la foi du prophète dispute au désert la vie de tout un peuple, fait jaillir l'eau des veines du rocher et arrache au ciel un pain miraculeux, les Israélites sont a$>is cl pleurent en songeant aux aimons de TEgypte et aux marmites pleines de viandt

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qui repaissaient la faim des cscla?^ de Pharaon,

Moïse pleure et prie. Seul à l'entrée du tabernacle, ses entrailles sont torturées comme celles de la femme qui enfante ; il est en quelque sorte en travail de Tunité divine; il va» en révélant au monde Tesprit suprême, proclamer la loi hiérarchique des

esprits et leurs destinées éternelles Que

fait le peuple?... il danse avec des femmes impures autour des autels de Madian ou va s'initier furtivement au culte immonde des idoles de M oab I

Sans cesse Moïse est forcé de remédier avec le fer et )e feu à la çaTigrène de cette chair malade ; la terreur lui soumet cette race d'esclaves, qu'il fatigue de ses miracles et de ses enseignements sublimes, sans pouvoir élever leur pensée et agrandir leur Cœur.

O solitude cruelle du génie I 6 agonies des pensées qu'on exile, inexprimables amertumes d'une volonté sainte qui se dévoue toujours et que toujours on brise, quand donc le ciel, qui vous comprend seul, mettra-l-il un terme à vos douleurs ?

Non» jamais le peuple ne s'affrnnchira crue par l'intelligence de ses droits et de ses aevoirs ! Pour se rendre libre , il faut agir : pour agir il faut vouloir; pour vouloir, il faut savoir; et pour savpir, il faut comprendre.

L'homme seul peut être libre ; l'animal est esclave de ses instincts, et en les dominant on s'empare de sa force. Ainsi donc, toute inaltitude qui n'a pour loi que ses instincts brutaux, quelle que soit d'ailleiirs la figure des êtres qui la composent, n'est pas un peuple, c'est un troupeau ; et elle est fatalomeut soumise au bâton du pfttre et au couteau du boucher.

Vous tous, qui vous plaignez de vos mat- Ires, l'esprit de liberté n'a cpi'une parole à voua répondre t Vous êtes plus vils que ceux dont vous vous plaignez, puisqu'ils sont vos maîtres.

La tête seule distingue et fait reconnaître les hommes ; et l'on doit juger une nation d'après son chef. Conspirer contre un roi, c'est conspirer contre ses sujets. Jamais un vrai peuple ne conspire ; il approuve ou il condamne, parce que lui seul est responsable des actes de celui qui le conduit.

Mais tant que le peuple ne sera pas au moins aussi intelligent que ses chefs, le gouvernement arbitraire ne sera pas aboli, et les conducteurs du peuple pourront invoquer le droit divin. Tant qu'on pourra enivrer la multitude, on pourra Tenchatner; et tant que le peuple ne mettra pas les besoins de l'Âme au-dessus des nécessités du corps, il se vendra pour une vile pâture qu'on ne lui donnera même pas. Tant que le peuple n'aimera pas la liberté plus que sa vie, il aura peur : et la peur est la première servante des tyrans et la conseillère de tous les crimes.

A quoi servent de vaines déclamations, si vous ne voulez pas $ouffrir pour vous ra-

DICTI0N5. DE Littérature chrét.

cheter de l'esclavage f Pourquoi murmurei^vous, mauvais serviteurs, si vos ftmes ne sont pas libres ? Savez-vous quels sont vos premiers et vos plus redoutables tjrrans ? Ce sont vos erreurs et vos vices !

Un jeune Spartiate avait été vendu comme esclave ; arrivé chez celui qui se croyait sou maître, il lui dit avec un sourire de mépris : Tu vas savoir ce que tu as acheté I et se pré^ cipitant par une fenêtre, il se tue.

Chez les Juifs le vieux Razias, chez les Romains Caton d'Dtique, aimèrent mieux se déchirer les entrailles que de survivre à leur liberté l Qu'il vienne au monde un peuple animé de l'esprit de Razias et de Caton, puis qu'on essaie ae lui imposer des lois iniques et de mauvais maîtres 1 La loi des hommes intelligents, c'est la justice ; et les hommes libres ne reconnaissent qu'un. mattre, c'est Dieu. C'est à Dieu seul qu'ils obéissent dans la personne de leurs supérieurs. Les hom-* me9 libres n'obéissent jamais aux passions des autres hommes, parce qu'ils régnent sur eux-mêmes ; demandez aux martyrs si l'on peut contraindre la volonté I

Eh bien donc, vous tous qui aspirez à Vffir tomber les chaînes de la servitude, il faut vous le crier avec cette voix puissante qui ressuscite les morts, et c'est à vous de le comprendre et de croire que vous le pou«> vez. Soyez libres I Du jour où vous l'aurex voulu, vous aurez commencé à l'être 1

IH. Moïse sur le mont Nébo,

L'homme qui se dévoue au salut de l'humanité ne doit rien attendre des autres hom« mes. Tout initiateur est une victime du pro>

§rès humain. Malheur à lui s'il a peur e mourir I Trop au-dessus de son époque pour être compris par elle, il ne vit déjà plus dans le siècle qui s'achève; et ses aspirations l'emportent toijgours et tout entier vers un siècle qui n'est pas encore : aussi sa vie n'est-elle qu'une longue souffrance et qu une lente déception. Tout ce qui doit cesser d'être n'étant déjà plus pour lui, il lui semble qu'on l'a enchataé vivant à des cadavres; et il traîne comme un insupportable fardeau son existence orpheline et désolée. Il ressemble à Moïse sur te mont Nébo : d'un côté, il voit dormir à ses pieds les paresseuses caravanes d'Israël, auxquelles iJ n'a plus rien à dire ; de l'autre, il aperçoit la terre promise dans laquelle il n'entrera point; et il se sent mourir, seul au monde, sans que personne le soutienne et le console I

Le législateur des Bébreux, après avoir renouvelé le peu^Je dans le désert, voyant que l'exil et les tourments des siens étaient près de finir, jugea qu'ils n'avaient plus be^ soin de lui et que son œuvre était aceoni^ plie. Il déposa dans l'arcbe les tables de la toi et la verge du commandement , dans cette arche qui était la figinle du berceau de l'Eglise.

Puis il se retira seul sur une montagne, où il se mit à prier en attendant la mort. Combien de jours dura sa lente aj^oniel Combien de sanglots et de larmes laissa-t-il s'é-

Si»

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