FRANÇOIS
ston conquérir une couronne bien plus belle que celle dont votre front est par(^, car vous la devrez à vous-même» et non aux volontés d*uD autre ; vous régnez sur Tempire par le choix de votre prédécesseur ; régnez sur vou5-m6me paria puissance de vos' vertus. Des malheureux ont abattu des statues de pierre ou d^airain , mais vous pouvez les remplacer, dans les cœurs de vos sujets, par des images durables ; chacun de ceux que vous pourriez frapper, et que vous laisserez vivre, sera une statue vivante érigée à votre clémence. » Puis il rappelle à Théodose Texemple du grand Constantin, qui, en apprenant qu'on avait jeté des pierres à ses images , se contenta de passer la main sur son visase, et de dire en souriant : Je ne me sens pas blessé. « N'écoutez pas, seigneur , ajoute le saint évèque , ceux qui vous disaient que le pardon accordé à Antioche encouragera 1 insolence des autres villes; vous le pourriez cniindre si vous étiez hors d*état de punir, si vous aviez quelque chose à redouter en frappant los coupables ; mais , hélas , Antioche tremble devant vous , et c*est elle seule qui a tout à craindre. Ah ! si vous pouviez les voir , les malheureux I vous les trouveriez déjà assez punis : la crainte de la mort est sans cesse devant leurs yeux, et ils n*ont, ^ur se défendre contre votre justice , que' leurs larmes et leurs prières. Pardonnez, prince , et Ton dira un jour qu'une grande ville étant si coupable, que ni juges, ni magistrats , ni
Î;ouvemeurs n'osaient ouvrir la bouche pour a défendre , vous avez été touché des prières d'un pauvre vieillard, parce qu'il se présentait à vous revêtu du caractère sacré de prêtre et de ministre du Dieu de la miséricorde. Aussi la ville qui m'envoie a-t-elle bien compris votre grande Ame lorsqu'elle a pensé qu un ministre de Dieu aurait plus de pouvoir sur vous par la sainteté de son caractère que les personnages les plus brillants et les plus nabiles. » Ce discours, modèle accompli de mœurs oratoires , arracha des larmes à Théodose. Il pardonna, et saint Flavien fut reçu . à son retour à Antioche , comme un véritable sauveur.
Le discours de saint Flavien est un des plus beaux morceaux d'éloquence chrétienne t|ui nous ait été conservé par les annales du Bas -Empire; non-seulement les idées en sont belles, l'arrangement parfait et les mouvements admirables , mais la diction même en est pure comme celle des meilleurs classiques grecs. Quelques auteurs prétendent 2 ne ce discours a été rédigé par saint Jean hrysostome, et en apportent des preuves Îui ne paraissent pas convaincantes. Saint lavien mourut en (^M.
FLECHIER. — Esprit Fléchier, évêaue de Ntmes , s'est illustré surtout par de belles Oraisons ^nèbres^ qu'on peut lire encore avec plaisir après avoir lu celles de Bossuel lui-même. Il y a entre Bossuet et Fléchier la diOérence qui existe entre le ^énie et l'esprit aidé par le talent. Fléchier a moins d'inspiration , moins de verve , mokis de
grandeur , mais plus d'art , plus de correction et un style plus travaillé. On doit étudier Bossuet pour s'instruire , pour élever son Ame , pour s'inspirer de belles et sitblimes pensées, et Fléchier pour se jierfectionner dans la véritable élégance ce diction ; car c'est un des auteurs qui aient le mieux
Earlé ce qu'on appelait , sous le règne de .ouis XIV, le langage des honnêtes gens.
Indépendamment de ses Oraisons lunèbres, Fléchier a laissé un assez erand nombre d'ouvrages. Il sut toujours allier la culture des lettres aux soins pénible:! de l'épiscopat, dans un diocèse agité plus gue tous les autres par les dissensions reli^euses. La beauté de son caractère et la majesté de ses talents le firent toujours respecter des protestants comme des catholiques, et Ton vit même plusieurs fanatiques des Cévennes déposer h ses pieds leur férocité. Il avait établi à Nimes une académie , et avait fait de son palais une brillante école de hautes sciences littéraires , de belles mœurs et d'éloquence sacrée. Les charmes de sa conversation, l'éçalité de son humeur et la politesse exquise de ses manières , le faisaient aimer et estimer de tous ceux qui le connaissaient. On dit que ses beaux ouvrages étaient péniblement travaillés, et qu'il cherclîait quelqueiois des inspirations dans les vieux auteurs. Gela peut être , et n'ête rien à Id gloire d'un écrivain qui savait si bien s*approprier les pensées des autres et les renouveler par les richesses de son beau style. Fléchier mourut à Montpellier en 1710.
FLEURY (L'abbé). — Claude Fleury, judicieux et sévère, écrivain , a laissé plusieurs excellents ouvrages qui sont devenus classi-
3ues dans l'éducation chrétienne. Les Mœm e$ Israélites et des chrétiens et le Catéckism historique auraient suffi pour lui faire un nom estiiuable. Son Histoire de VEglite, savamment et sévèrement écrite , commence admirablement, et rien dans ce genre ne su^ passe la peinture qu'il fait des six premiers siècles. Hais le mérite du reste de 1 ouvrage est justement contesté, tant sous le rapport du style, qui devient quelquefois traînant et ennuyeux, au jugement de Lenglet, que sous celui de la pensée , empreinte d'une partialité trop évidente pour les tendances jansénistes
FRANÇOIS D'ASSISE (saint).— Saintemenl amoureux de la pauvreté et de la folie de la croix, saint François d'Assise est une des plus poétiques figures du xiii* siècle. François n'était pas le nom qu'il avait reçu au baptême ; il se nommait Jean , et ne fut appelé François que pour sa facilité à apprendre la langue française. Ainsi le glorieux patron des plus héroïques vertus est pour la France, aussi bien que pour l'Italie, «■'^ gloire patriotique. ^. . .
Saint François d'Assise , fervent discip e de la perfection évangélique , avait I «wenic charité d'un séraphin et la simplicité d ip enfant. Il aimait avec tendresse non-scuiement tous les hommes, mais toutes lescrettures de Dieu, et faisait ses délices de vifrc
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crucifié arec le Sauveur du inonde 9 afin de
partager les joies do loureuses d'un Dieu ((ui s'immole pour ceux qu'il aime. 11 donnait le nom de frères et de sœurs à tous les êtres et è toutes les créatures ; car il sentait dans son cœur que la nature entière n'existe que pour bénir Dieu. Il eût {lansé en pleurant les blessures d'une biche atteinte par le chasseur; il eût porté dans ses bras une pauvre brebis fatiguée , et Ton dit dans sa légende que ses douces paroles désarmaient Jes bêtes sauraKes de leur férocité ; il fit même plus , il força un jour deux factions ennemies à déposer les armes, et les rivaux i s'embrasser. Or, il s'agissait d'une de ces haines de race qui ont si tristement immortalisé les crimes de cette belle Italie » où il semble qu'on ne doit vivre que pour bénir Dieu et s entr'aider.
Cette réconciliation fut un miracle de la sainteté et de la poésie réunies ; car saint François d'As<ise était poète et composait pour le divin enfant Jésus et sa chaste mère de délicieuses chansons de louanges et d'amour.
Le cantique improvisé par lui le jour où il réconcilia deux familles rivales nous a été conservé dans, ses œuvres 9 du moins quant aux pensées, dont voici à peu près le sens*
« Seigneur, je Toudrais vous louer et vous bénir, mais je ne suis rien devant vous ; ▼eus ne m'ayez pas donné l'éclat de vos belles créations qui annoncent votre gloire ; TOUS ne m'avez pas donné cette sagesse qui resplendit dans toute la nature; vous ne m avez donné qu'un pauvre cœur pour vous aimer : aussi j^ime de tout mon cœur cette Bature qui tous chante, qui vous glorifie et (pi vous aime , et dont tous les êtres sont Tos enfants comme moi.
< Soyez béni, mon Dieu, par mon frère le Soleil, parce qu'il est beau et bienfaisant dans sa splendeur. II donne ég^alement sa lumière à tous les êtres ; il éclaire avec miséricorde le pécheur que vous attendez et le juste qui est toiyours avec tous. Il est riche, mais c est pour faire du bien ; il mûrit les moissons qui donnent du fh)ment pour votre divine eucharistie ; il réjouit ceux qui sont tristes et réchauffe les pauvres dont res membres sont mal rèCus.
« Soyez béni, mon Dieu par ma sœur la Lune, parce qu'elle est vigilante et sitencieuse, et parce qu'elle passe les nuits devant TOUS comme une lampe, vous contemplant ^ans un recueillement profond et luisant oouceiuent pour encourager le pilote et remettre dans son cbemin le pèlerin qui s'égare pendant ta nuit.
• Soyez béni^ mon Dieu, par mou frère le
Feu, parce ou'il est actif, impétueux, plein d'ardeur et de force, et aussi parce qu'il est charitable et ranime en hiver les membres défaillants de vos orphelins et de vos vieiN lards.
« Soyez béni, mon Dieu, par ma sœur l'Eau, parce ou'elle est chaste, diligente et amie de la sobriété ; c'est par elle qu'on se purifie, et elle coule sur nos fronts avec la grftce de TOtre saint baptême.
« Soyez béni, mon Dieu, par tout ce qui Tit, par tout ce qui pense, par tout ce qui aime, et surtout par les cœurs qui pardonnent. Soyez béni par ceux qui oublient les injures pour se rappeler seulement qu'ils sont frères sur cette terre, où il leur restes] peu de temps pour s'entr'aimer, mais où ils n'ont jamais le temps de se haïr. Soyez béni par le temps, soyez béni par l'espace, par le ciel, par la terre, par la joie, par la douleur dans le temps et dans l'éternité : d mon Dieu, soyez béni ! »
Pendant que saint François chantait ces choses dans le bel idiome de l'Italie, aux inflexions si caressantes et si douces, des lar-mes coulaient de tous les yeux, et lorsqu'il eut fini, il n'eut plus rien k dire aux deux
fiartis qui s'étaient réunis pour combattre : es deux troupes étaient mêlées et les ennemis s'embrassaient.
Cet admirable saint, dont le cœur s'était comme identifié avec celui du Sauveur des hommes, et qui partagea la gloire et la douleur de la passion et de ses stigmates, mourut d'amour pour Dieu et pour les hommes^ après avoir inutilement cnercbé le martyre chez les Sarrasins, qui admirèrent eux-mêmes sa foi et le respectèrent, et pratiqué de» Tertus que notre siècle n'est plus digne de comprendre, et ne sait même plus honorer d'une admiration stérile. 11 fut canonisé par Grégoire IX, deux ans après sa mort.
FRANÇOIS DESALES(Saint).~SaintFran' çoisde Sales est celui de tous lessaintsquia su revêtirla piété des formes les plus gracieuses et donner aux leçons de la piété le pi us d e suavité et d*attrait. Son Introduction à la vie dévote est un chef-d'œuvre de sagesse, de charité et d'amabilité chrétiennes. Ses Lettres sont admirables de bonté, de douce gaieté et de charité fraternelle, nous dirions presque maternelle, tant le bon et saint évêgue s'y révèle avec des entrailles de miséricorde pour tous ceux que ses devoirs d'évêque et de directeur lui avaient donnés pour enfants. Sou Traité de Famour de Dieu est d'une spiritualité plus relevée, et aussi d'un style moin» simple que ses autres ouvrages. Son vieux style ne manque ni d'élégance, ni d'imaKes, ni surtout de naïveté, surtout celû de 1 Inr Croduction à la vie dévote.
6AICHIEZ. — Le P. Gaicbiez^ de l'Ora- leur d'un excellent livre sur rélo9uenco s»* foirer bduime de lettresetlbéelogien, est au- crée, intitulé ; Maximeê sur le mnutirt de la
GENESB
cAatre(lT30,iii-lâ). Voici Icjugemoni qu'ca a porté le célèbre abbé Desfotitaines :
« Il serait difficile de rassembler en moins de mots et arec autant de goût et de discer* nement tout ce qui sert à bien connaître Tart de prêcher. L^auteur a reôueHU avec soin les préceptes les plus importants sur cette matiërOy et quoique distingués par des chiffres, ils ne laissent pas de former un tissu délicat et ingénieux. On yoit tout d*un coup qu*il n*a observé celte méthode que pour les rendre plus vifs et plus aisés à retenir. Il 7 a un art admirable à avoir ainsi fondu ses idées, et & les avoir exprimées avec un laconisme dont Ténergie ne nuit point à la clarté. On peut dire sans flatterie qu*un ouvrage si bien digéré* et dont toutes les parties tiennent par un fil presaue imperceptible, suppose la méditation ia plus profonde, la plus parfaite connaissance dos vraies beautés de 1 éloquence» et l'attention la plus sérieuse aux principes et aux conséquences qui en résultent. Rien n'y sent la sécheresse didactique ; le stvle est toujours plein d'agrément et de noblesse. Un grand éloge de ses Maximes^ plusieurs fois réimprimées, c'est que dans une édition faite à Toulouse^ on les attribua, sur un bruit assez répandu, au P. Massillon ; mais on se troni(»ait4 et le célèbre orateur dédara qu'il n'en était pas l'auteur, en marquant en même temps toute Testiipe qu'il en faisait. »
Le P. Gaiehiiez a laissé quelques discours
Îui ne sont pas indignes de l'auleur des laximes. On y voit qu'il a profité pour luimême des conseils qu'il donne aux autres. Ce savant oratorien, après avoir été théologal de Soîssofis» mourut à la maison de la rue Saffît-4Ionoré, le 5 mai 1731.
GENÈSE. — De tous les livres de la ftible, la Genèse est celui qui contient les scènes les plus riantes et les plus terribles, les images les plus imposantesy les paroles les l>ltts sublimes. Ce livre est le commencement de toutes choses, et la genèse du monde est aussi celle de la littérature et des artd. Ce livre est comme l'ombilic du- ^énie humain : c'est un si^ne mystérieux laissé à rhuroanité en mémoire de sa génération divine. In prUKifio : Au commencement^ bku tréOf tels sont les trois premiers mots do la Grenèse , mots qui embrassent l'élernité et qui expriment toute la divinité. In prtnctpio creavit Deu$^ qu'est-ce que le commeneement ou le priucipe, et qui nous donnera le commentaire de cette première parole de (a BUsIe ? — Ecoutez l'aigle de Patnmos : In prmcipi» ercU Verbum. <k Dans le princi[)e était le Verbe. » Le commencement c'est le Verbe éiernd, qui dit, en partant de luiuième : Je euis VAlpha et rOméga^ le com^ mencemeni et la fin. Voilà donc Dieu et son Verbe qui se contemplent dans ces deux mots placés en regard l'un do l'autre ; pui» entre deux, le verbe du Verbe même et do Dieu, leur fécondité, leur puissance, leuf oction, creavit^ action égale aux deux personnes du Père et du verbe, amour actif qui procède de l'un et de Tautre. Quelques