‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 81 sur 194 · HABACUC · texte numérisé non relu

HABACUC

qui peut vous ôtre utile, et fuyant, de Tau* tre, tout ce qui est pernicieux. Imitez en cela la prudence de TaDeille qui, sans autres leçoDS que celles de la nature, apnrend (l'elle-uiénie à bien choisir les fleurs ou elle se pose, et à n'y recueillir que ce qui lui est nécessaire avec un merveilleux instinct.

Puisque vous avez la raison pour vous conseiller, prenez de la lecture des livres profanes ce qui vous est avantageux, et quand TOUS y trouverez quelque suc dangereux, . faites comme Tabeille : volez ailleurs. •

Les œuvres théologigues et les sermons de saint Grégoire de Nazianze ne sont pas inférieurs à ses poésies, et l'on y trouve amplement de quoi justifier la haute réputation de sainteté, de science et d'éloquence qu*il s*est acquise. Ses lettres sont des chefsd'œiiv.e de charité, d*élégance et d*urbanité, surtout dans sa correspondance avec saint Basile le Grand.

Aux charmes d'un esprit cultivé saint Grégoire savait unir l'austérité des doctrines les plus sévères. Toute sa vie ne fut qu'une longue pénitence et dans son épitre canonique à Aléthius, évéquc de Mélitymne ea Arménie, il pose des règles de pénitence qui effrayeraient môme les personnes les plus vertueuses de notre époi^u^. Pour la simple fornication, par exemple, il impose une pénitence de neuf ans. Trois ans a être entièrement exclus de la prière, trois ans à être auditeur, trois ans prosterné. Pour Tadultère fe double avec la même distribution; pour rhomicide, vingt-sept ans. La sainte rirfiniié était la vertu préférée lu chaste ami de saini Basile, et il en a écrit un traité où Ton trouve toutes les qualités aimables

et sérieuses qui distinguent sa manière. Vers la fin de sa vie saint Grégoire se démit de révêché de Constantinople auquel on Tavait promu malgré lui, et se retira dans la solitude d'Arian/e, où il ne s'occupa plus que de son éternité. Une de ses plus grandes douleurs avait été de survivre h son ami saint Basile ; et il exprime vivement ce regret dans une éh'^gie que lui inspira la mort du saint évêque de Césarée.

«0 Athènes! ô doux souvenirs de nos premières études I combien de fois n'avionsnous pas promis de ne nous séparer jamais? Tout était commun entre nous, et l'un ne pouvait être heureux sans l'autre. Pourquoi donc suis-je seul à souffrir? Pourquoi Basile a-t-il pris pour lui le ciel et ne m'a-t-il laissé ici-bas que la tristesse et que les larmcsl»

Dieu exauça enfln les prières de son apôtre et de son poëte. Saint Grégoire mourut k Arianze en 390, Agé de soixante ans.

GRÉGOIRE de Tours (saint). — Chroniqueur et légendaire. La Chronique et les Miracles de saint Grégoire de Tours appartiennent à la poésie encore plus qu'à l'histoire. Ces ouvrages contiennent pourtant des renseignements importants : on y trouve une foi ardente, un grand cœur et peu do critique, mais d'admirables traditions et de merveilleuses histoires. On a pensé avec raison que les œuvres choisies de saint Grégoire de Tours pourraient fournir au premier âge une lecture utile et amusante, et l'on a arrangé une traduction des Chroni-

aues pour la bibliothèque des enfants. Saint régoire de Tours vivait dans les v* et vi* siècTos.

HABACDC— S'il était permis de considérer les prophètes comme de simples poètes lospirés de Dieu, on pourrait dire qu'Habacuc est un des premiers lyriques de la Bible.

En effet, si l'enthousiasme de la conception, la grandeur des idées, la majesté des images et la hardiesse de l'expression constituent la perfection du genre lyrique , on ne peut en «refuser la palme au prophète» ou pour aiieux dire, on ne peut s'empêcher de reconnaître que le Saint-Esprit lui a dicté, pour transmettre ses inspirations, les formes les plus magnifiques, et l'élocutioa la p/u5 ponipeuse.

L'âme oppressée du spectacle de la prospérité de rioipie, Habacuc demande au Seigneur : « Jusques à quand durera l'épreuve et se prolongera le scandale ?w La gloire des Cbaldéeas lui apparaît comme un sinistre météore. Dieu les a laissés s'élever pour le châtiment de son f)euple : cette race cruelle, aax conquêtes rapides, s'étend insolemment sur toute la surface de la terre, et s'empare des habitations qui ne lui appartenaient pas. ^lais elle £K>rte en elle-même les causes de

sa perte prochaine, sa ruine à venir la travaille comme un mal rongeur.

« Ses chevaux sont légers comme des léopards, ils s'élancent comme les loups du soir : ses cavaliers franchissent l'espace, ils volent comme des aigles qui ont faim.

« Ils courent tous où les attire la proie ; leur face est comme le vent qui brûle, et ils rassemblent les esclaves comme le Simoum rassemble des amas de sable.

ff Elle triomphera des rois, et les maîtres du monde seront ses bouffons : elle rira de toutes les murailles, elle emportera les forteresses et prendra les villes.

« Puis le vent changera : elle passera^'elle tombera comme la tempête Cfni s'apaise.

Telle est toute la force de son Dieul »

Cette magnifique image de la force aveugle se trouve drms le premier chapitre. Nous ne chercherons pas & en faire ressortir la beauté. Cette nation comparée au vent du désert, rassemblant des esclaves comme do la poussière, renversant les remparts, remplissant les villes, puis tombant tout à coup comme le vent qui change, présente une de ces images qu on chercherait vainement

HABÂCIC

UARDOUIN

dans les auteurs profanes. Il fout être élevé bien haut par l'inspiration pour voir tourbillonner et mourir ainsi les grands agitateurs de la terre!

Dès le premier verset du second chapitre nous voyons eneffit que Tesprit du piophète se place sur des hauteurs et que là, comme une sentinelle, il écoute les ordres de son Dieu. Du haut de cette élévation, il laisse tomber sur les oppresseurs de 5on peuple les sentences i^ne lui dicte la justice suprême. « Non! l'injustice ne triomphera pas à jamais sur la terre. La vérité qu'on s'efforce de tenir captive se fera jour et parlera par toutes les voix de la nature. La pierre des murailles criera, et le bois uni com|X)se la charpente des édilices répondra aux clameurs de la pierre. Malheur a ceux qui cimentent avec ciu sang TédiGce de leur orgueil ! Les nations conjurées contrel» justice s'épuisent en vains efforts; elles travaillent dans le vide et le néant sera la palme de leur triomphe... » Que de grandeur et de vérité dans ces images!

Mais écoutons comment le prophète com-

eare la vanité des idoles à la grandeur du lieu vivant : «r Malheur à celui qui dit au bois : Réveit!e-toi, et qui dit, lève-toi, à la

fnerre muette! Est-ce que la pierre pourra ui enseigner quelque chose ? Voyez ce simulacre : il est tout couvert d'or et d'ar- 8ent, mais dans ses entrailles, pas un souille e vie! Cependant le Seigneur est taus son saint temple : que devant sa f^ice se taise l'univers entier! » Il semble que l'enthousiasme lyrique no puisse s'élever plus haut et cependant il reste un chapitre encore.

Ce chapitre est intitulé dans la Vulgale Oratio Habacuc prophetœ pro ignorant iû ; prière du prophète Habacuc pour les péchés d'ignorance. C'est un chanta la manière des psaumes, composé en grands vers et sur le nindt tyrien. Là se trouveut peut-être les plus grandes hardiesses de langage qui soient dans la Bible tout entière. On y voit le Tout-Puissant qui se lève comme le soleil dans toute sa splendeur ; il tient sa force cachée dans ses mains, la mort fuit devant lui, et l'esprit du mal est chassé devant ses pioils. Il s'arrête cl il mesure la terre. Il reganlo et il dissout les nations; les montagnes du siècle sont é^xasées, lus collines <lu monde s'inclinent sou$ les pas de son éiernilét... Les fleuves de la terre se déchirent et séfiarent leurs eaux: les montagnes le voient et sont en travail... le goutfre des

eaux se dessèche et tarit L'abhne fait

entendre sa voix : l'immensité étend ses mains... Arrêtons-nous ici .-dépareilles beautés ne s'analysent pas, et il faudrait bien se garder surtout de les proposer pour modèles. Le sublime se trouve el ne s'imite pas ; et d'ailleurs la jeune:>se est assez portée à admirer surtout l'étrang-^té des expressions et ce qu'il y a d'inattendu dans leurs rapprochements. Mais vouloir parler ainsi sans une ins,iiration pareille, qu'il serait bien téméraire d'espVer, ce serait tomber dans Teiiflure et par suite dans toutes les exagéra-

tions du mauvais goût. C'est du reste contre cet écueil que sont venus se heurter tua de jeunes écrivains de l'école dite roraanlique, et qui ont vou'u par engouement pour le Génie du christianisme de M. de Châteaubiiand imiter la littérature delà Bible. (Voy.

Ch4TEAUBRUND. )

II faut lire en entier la prophétie d'Uabaeue, en suivre toutes les pensées, en étudier toutes les images, pour admirer d<ui$ toute sa pompe la r chesse du langage que l'esprit de Dieu nn^t dans la boucn»*(ie ses prophètes. C'est un éblouiss^ment d'image>, grandes, terribles, ravissantes. On enleud le f. émissement des peuples que le pied du Soigneur écrase, le soleil et la lune s'arrêtent et so cachent dans le ciel comme dans leurtenti'; ils sont illuminés par les éclaiis des llèclies, du guerrier éternel, ils marchent à la splen deur de sa lance, les coursiers célestes font une voie à travers les flois de la mcj leurs pieds labourent le fond de l'Océan en pétrissent le limon comme de la fang( on reste étonné devant des traits aussi ^i gantesques et le monde uaralt bien petit! dans 1 immensité -de cette lumière.

Le but de la prophétie d'Habacuc parait avoir été de faire rentrer les Juifs en euimêmes et d'humilier l'orgueil des Cliildéens. Il annonce la délivrance prochaine des Juifs parCyrus, et celle du monde entier par cet humble Gis d'une Vierge qui sera plus grand que tous les rois et que dans la Vulgate il nomme déjà par squ uoiii en l'appelant son Dieu i.Eço autem in l>omino qaudebo; el exultabo m Deo Jesu meol

HARDOULN. ^ Le P. Hardouîn, savant jésuite du xvii* siècle , s'est rendu célèlnv par son érudition et ses paradoxes lit'éraires. 11 avait cru découvrir que tous les auteurs anciens dont nous possédons lo ouvrages n'étaient une des |i6eudouyme> . et que leurs prétendus écrits avaient ét>' forgés au xiii* siècle par une société secnti» d'atliées, qui se prop saienl par \h d'anéa »tir le christianisme. Il n'exceptait de cet étrange jug« ment que les ouvrages de Cicéron, l'Histoire Naturelle de Pline, \^^ Georgiques de Virgile, les Satires et les Epltres d'Horace, et quelques autres du même genre. 11 croyait avoir tr(»uvé u^c clef de tous ces ouvrages prétendus sui^- |)Osés, et les expliquait à sa ^manière p^r d'incroyables atlégori> s. Ainsi dans l'Eiiôid^'. Troie aurait été JéiUsulem, et l'établisî^^ ment d'£née dans l'Italie, représenterait le triomphe de la religion chrétienne. Je nt* sais trop ce qu'il en concluait dans riiit<^r<^i des atliées , auteurs de cette suppositi<>u. Mais que ne trrmvorait-on pas dans u'ituporte quel livre airec un système jwreil d'"»* terpréiation ^ On aurait pu facilement ssti^ doute, au moyen des mêmes preuves et de similitudes tout aussi concluantes, lui prouver à lui-même qu'il était un P. Hardomn supposé, et que les athées avaient inventé son système pour arriver adroitement ^ l< négation de l'authenticité des livres saints. Les athées étaient Tidée fixe de ce pauvre

HARDOUin

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