ISAIE
Ceasex, remportez-les, reprenez ces hosties ;
Je hais et vos sabbats et vos nëoménies ;
Le eri (tes opprimés, le sang des innocents.
Se niAlent dans mon temple anz vapeurs deTenccns,
Et, prenant en borrenr une épouse adultère,
De ce temple souillé j*ai fui le sanctuaire.
(Teoest fait, tout commerce est détruit entre
[nous. Je Tai répudiée et tu n*as pins d*éponx ; Et, dans ces mêmes lieux, témoins de mes menreil*
[les.
Je n*aurai plus pour toi des jeux ni des oreilles.
Sortez, sortez du crime où vous êtes plongés, Témoignez en effet que vous êtes changés ; Arrachez de vos cœurs Torgneil et Tavarice ; Aimez la vérité, recherchez la Justice, Protégez, secourez la veuve et Torphelin, Fit, sans plus rc 'outcr de m*invoqiier en vain. Si, d*an vrai repentir In flamme vous pénètre, Revenez, à mes pieds hâtez- vous de paratlre ; Tos péchés fnssent-ils rouges comme le sang, l^affneau sons sa toison ne sera pas plus blanc * El (Tclivrés du joug de la race étrangère. Vous mangerez en paix les fruits de votre ferre. Mais si, persévérant dans de noirs attentats, Tos cceiirs incirconcis ne se repentent pas. Si, lorsque ma bonté vous offre votre grâce. Votre fureur s^accrott et jamais ne se lasse, Mon glaive, de carnage et de sang enivré, Ne s'arrêtera plus qu il n^ait tout dévoré.
Comment oette cité, liPe de la justice, Esl-elte devenue un repaire de vice?
S4S enfan*s, dans ses murs Tnn par Tautre égorges. En impurs assassins ont tous été changés. Ton argent est du plomb, ta gloire de la rouille ; Tn répands jusqu'à moi le venin qui te souille ; Tes roîs sont des tyrans sans honneur et sans foi ; U mensonge est leur dieu, ravariceleur loi. r^mme une marchandise exposée à la vue, devant leur tribunal la justice est vendue ; I.a veuve et Torphelin n> trouvent point d*accès, El le pauvre est cliassé du seuil de leurs palais.
Cesttrop longtemps souffrir leurbmtale Insolence; Je répandrai sur eux les feux de ma vengeance, Snr eux, snr leurs forfaits, j'étendrai cette main Hnnt ils ont blasphémé le pouvoir souverain ; JMrai, j'arracherai de cette ville Impie Tont ce qu'elle a d'orgueil, de luxe et de folie. Elle redeviendra ce qu'elle fut jadis, Pleine d'un peuple pur à mes ordres soumis; La jnstice et la paix rempliront son enceinte ; Ses rois seront mes fils ; son nom, la ville sainte. Ascun des déserteurs de ma divine loi, Aucnn ne trouvera de grâce devant moi ; Je les inonderai des flots de ma colère. Ces idoles de bois, d^or, d^argent et de pierre, Ces jardins où leur cœur dans la.honte perdu Brûle aux pieds de Baal un encens qui m'est dâ. Comme mi cèdre où ma main vient de lancer la fou^
|dre.
Disparaissent d^à séchés, rédinls en pondre; Il n en reste plus rien, et leurs adorateurs Ont eux-mêmes éprouvé le poids de mes fureurs. Ils sont morts, et leur vie impure et criminelle A duré ce que dure une ardente étincelle.
Après ces terribles invectives viennent les plas magnifiques promesses et les peintures les pins ravissantes du siècle à venir, lorsque les glaives seront changés en contres de charrues et les lances en faux, époque de paix universelle, prédite aussi dans les livres sibyllins» Âge d*or que nous attendons
toujours» mais auquel le monde ne croit plus.
Après ce chant d*espérance, la harpe du prophète gronde de nouvelles menaces, et sa prophétie tout entière n'est qu'un mélange de joie et de larmes : les souflhinces du peuple surtout Tirritent, et il maudit de la pîart du Sei^eur Tinsolente prospérité des heureux du siècle. « Pourquoi écrasez-vous mon peuple? leur dit-il. Pourquoi broyezvous sous la meule la tète de mes pauvres? » a dit le Seigneur, Dieu des combats. Puis Dieu maudit le luxe des filles de Jérusalem, qu*il va dépouiller de toutes leurs parures. « Leur chevelure bouclée et brillante sera rasée, leurs vêtements de pourpre et de soie seront remplacés par un cilice, leurs ceintures et leurs bijoux par une corde. Jérusalem, privée de ses défenseurs, va s'asseoir veuve et désolée à ses portes désertes. Dieu est las de cultiver une vigne ingrate ; elle va être arrachée et foulée aux pieds : malheur à vous, qui vous levez le matin pour chanceler à la poursuite de Tivresse, et qui vous plongez jusqu'au soir dans les excès du vin, pour que l'iniquité bouillonne ensuite dans vos veines 1 Malheur h vous qui vous attelez au char du vice avec les chaînes de la vanité, et qui traînez le péché comme un joug 1 Malheur à vous q&i appelez mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal I qui faites de la nuit le jour, et du jour la nuit, de l'amertume la douceur, et de la douceur l'amertume I Malheur à vous qui justifiez l'impie pour des présents, et qui ôtez au juste sa justice I L ennemi se lève, il ne se reposera plus; ses flèches sont aiguisées, ses arcs sont tendus, les on^es de ses chevaux sont comme des c^iiiloux, les roues de ses chars tourbillonnent comme la tempête. Il rugira comme le lion auquel ses lionceaux répondent; il grincera des dents et saisira sa proie; il l'enserrera dans ses griffes, et per« sonne ne pourra la lui arracner. 11 bruira comme la mer ; et quand nos yeux chercheront la terre pour nous y réfugier, nous la trouverons couverte de ténèbres, et la lumière du ciel sera perdue dans cette nuiti »
Plusieurs commentateurs croient que le commencement de la prophétie d'isaïe a été transposée et se trouve au chapitre sixiomo. Là en effet nous trouvons la vision que Lamartine traduit en ces termes :
Ozias n*était plus. Dieu m'appamt ; je vis Adonai vêtu de gloire et d^épouvante.
Les bords éMouissants de sa robe flottante Ri^mplissaient le sacré parvis.
C'est alors qu^un chérubin prend sur Tautel un charbon ardent et vient purifier les lèvres d'isaïe. Il semble en effet que cette vision devrait être comme le frontispice de la prophétie : quoi qu'il en soit, les promesses et les menaces, les chants de triomphe et les lamentations continuent : le prophète chante les victoires et la chute de Sennachérib. Rien de plus^nergique a)ors que les figures de son style. Sous la figure d'Rzéchias, dont la piété doit triompher, il rcpré-
ISAIS
sente le roi jMiciûque et fort, le roi de l'avenir, le Messie. La description de la marche des Assyriens, qui se trouve à la un du dixième chapi're, est d'une rapidité de style qui fait image. « 11 viendra dans Acath, il passera à Magron : il laissera ses bagages à Machmas. Ils ont traversé Gaba au pas de course : Rama est dans la stupeur, Gabaath, la ville de Saiil, est déserte. Fille de Gallim,
Eousse un cri d'épouvante 1 Prends garde, aïsa?... Malheureuse Anathothl... Medémena s'est exilée : courage, habitants de Gabim 1.. Encore un jour, et il est à Nobé, et de là il étendra la main sur la montagne sainte contre la fille de Sion. Mais voici (^ue Dieu, le dominateur des armées, va briser ce vase d'argile rempli de terreurs, il va cou- )er les géants par la racine, et mettre à b:is es tôtes superbes. Le fer passera dans la forOt, et le Liban tombera avec ses grands cèdres. »
Jamais l'enthousiasme lyrique ne s'est élevé plus haut : ce n'est pas une description, ce sont des cris arrachés de l'âme par le spectacle môme de la dévastation : le prophète voit et nous fait voirSennachérib qui court de ville en ville : la poésie est rapide dans les formes comme dans l'idée ; ou arrive palpitant jusqu'aux portes de Jérusalem : là le style change ; le torrent dévastateur se brise; Dieu apparaît dans sa majesté, et quelques phrases calmes et simples représentent l'anéantissement et le silence éternel de cette multitude si audacieuse et si bruyante.
La ruine de Sennachérib a été regardée par les interprètes comme l'image de la der* nière délivrance des justes, qui doit arriver à la fin des temps : en effet le prophète annonce ensuite une ère de félicité dont il avait déjà esquissé précédemment le tableau, le loup alors habitera aVec l'agneau, le veau, le lion et la brebis demeureront ensemble, et un petit enfant les conduira. Le mal et le meurtre auront cessé partout sur la montagne sainte, parce que la terre sera envahie par la science du Seigneur comme par les eaux de la mer
Transporté de joie à la vue de celle époque de charité parfaite, Isaïe chante un cantique d'action de grâces; puis il s'éveille comme en sursaut, se retrouve dans le présent et recommence ses chants de deuil et de colère. Malheur à tous les peuples qui (participent à la perte d'Israël 1 L'ange du Seigneur rassemble les iniquités de chacun d'eux comme un fardeau, et les leur jette sur les épaules. Voici la charge de Babylone, voici la charge de Moab, voici la charge de Damas, voici la charge de l'Egvpte. Le chant funèbre sur la moit du roi cfe Babylone est assez célèbre, et Louis Uaciue en a donné une traduction digue de son |)ère :
Comment est disparu ce maître impiioyaMe ? Et comment du tribut dont nous fùnics chargés
Sommes-nous B0ul:igé8?
I<c Seigneur a brisé le sceptre redoutable Dont le poids accablait les Imniaiu!» languissants.
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Ce sceptre qui frappait d*une plaie inounble Les peuples gémissants.
Nos cris sont apaisés» la terre est en silence; Le Seigneur a dompté ta barbare insolence.
Cruel et superbe tyran.
l^es cèdres même du Liban
Se réjouissent de ta perle :
Us est mort, disent-ils, et nous ne verrons plus
Corn nu autrefois la campagne couverte De nos tristes débris par le fer abattus \
Roi cruel, ton aspect fit trembler les lieux sombres; Tout Tenfer se troubla : les plus superbes ombres'
Coururent pour te voir.
Les rois des nations, descendant de leur trènc,
T'allèrenl recevoir :
Toi-même, dirent-its, 6 roi de Babylone, Toi-même, comme nous te voilà donc perce,
Sur la poussière renversé ?
Des vers lu deviens la pâture.
Et ton lit est la pourriture!
Comment es-tu tombé des cieux, Astre brillant, ûls de Taurore ?
Tyran cruel, prince orgiscilleux, Là terre aigourd'bui le dévore :
Comment es-tu tombe des cicux. Astre brillant, fils de Paurore ?
Dans ton cœur tu disais : à Dieu même pareil, J'établirai mon trône au-dessus du soleil. Et près de Taquilon, sur la montagne sainte,
J'irai m'asscoir sans crainte :
A mes pieds trembleront les humains éperdus*
Tu le disais, et tu n'es plus.
Les passants qui verront ton cadavre paraître Diront en se baissant pour te mieux reconualtre : Est-ce là le mortel qui troubla Tuuivers? Qui laissa ses captifs soupirer dans les fers? Qui perdit tant d^Etats, détruisit tant de villes; Qui ravageant nos campagnes fertiles.
Les changeait en déserts?
Tous les rois de la terre ont de la sépulture
0 'tenu le dernier honneur ;
Toi seul privé de ce bo.nbcur.
En tous lieux rejeté, Thorreur de la nature, Homicide d'un j^uple à tes soins confie. De ce peuple aujourd'hui tu le vois oublié.
Préparez à la mort ces enfants misérables; La race des méchants ne subsistera pas : Courez à tous ses fils annoncer le trépas : Qu'ils périssent . Tauteur de leurs jours déploral>1(*s
Les a couverts de son iniquité.
Frappez, faites sortir de leurs veines coupables Le reste impur du sang dont ils ont hérité.
C'est ainsi que la justice de Dieu parcourt en cercle les nations ; puis elle revient h Jérusalem. Ici le prophète pousse un cri d'angoisse : il voit une ville livrée au carnage et à répouvante ; il parle à ses concitoyens effrayés : « Qu'avez-vous «ionc |H>ur monter ainsi sur les toits, ville pleine d' bruit, ville pleine de monde, ville pleine dt^ joie? Tes morts n'ont pas été frappés par lo glaive, et ne sont pas morts à la guerre ; tes princes ont fui ; tous ceux qu'on a Irouvé^i sont enchaînés.,. » Voilà le siège et ses horreurs. Mais les grands et les princes ne se repentent pas de leurs crimes : « Buvons et mangeons , se sont-ils écriés , puisque demain il faudra mourir 1 »
Le pjophôte nous laisse sur celle éjK)u-
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vante, et tourne ses menaces du côté de Tyr. Sa voix se prolonge ot expire dans un chant funèbre. « Malheur au temple 1 malheur à vous, qui faites le mal en pensant qu*on ne vous voit pas I malheur à ceux qui espèrent du $ecoiu*s de J'Ëgypte et qui se confient dans la multitude de ses chars! Les bètes sauvages vont bientôt trouver leur repaire parmi les débris de ce beau temple ; des bètes hideuses y allaiteront leurs faons difformes, et des voix lamentables s'y répondront pendant la nuit. » Quel abaissement , ô Jérusalem! mais ensuite, quelle joie et quelle gloire 1 Les chapitres suivants, à partir du trente-quatrième ^ ne sont plus de la prédiction ; c'est de l'histoire , l'histoire du saint roi Ezéchias, dont le cantique a été interprété avec tant de sentiment et d'harmonie par le premier de nos lyriques sacrés.
Ode tirée du Cantique d'Ezéchias, {haie, chap. xxx'viii.)
J*ai yvL mes tristes journées Décliner vers leur peiichanl.
Au midi de mes années, le touchais à mon couchant. La mort, dt'ployant ses ailes, Couvrait d'ombres éternelles La clarté dont je jouis; Et dans cette nuit funeste Je cherchais en vain le reste De mes jours évanouis.
Grand Dieu, votre main réclame Les dons que j'en ai reçus :
Elle vient couper la trame Des jours qu'elle m'a tissus.
Mon dernier soleil se lève; Et votre souffle m'enlève De la terre des vivants, Comme la feuille séchée, Qui de sa lige arrachée Devient le jouet des vents.
Conime un tigre impitoyable Le mal a brisé mes os, Et sa rage insatiable Ne me laisse aucun repos.
Victime faible et tremblante, A cette image sanglante Je soupire nuit et jour ; Et dans ma crainte moiielle.
Je suis comme riiirondcUc Sous les griffes du vautour.
Ainsi de cris et d'alarmes Mon âme semblait se nourrir; Et mes yeux noyés de larmes Etaient lassés de s'ouvrir.
Je disais à ia nuit sombre :
0 nuit, tu vas dans ton ombre M'ensevelir pour toujours.
Je redisais à l'aurore :
Le jour que tu fais éciore Ebt le dernier de mes jours.
Mon âme est dans les ténèbres.
Mes sens sont glacés d'effroi :
Ecoutez mes cris funèbres, Dien juste, répond ez-moi.
Mais enfin sa main propice A comblé le précipice Qui s'en tr'ou vrai i s»ous mes pas :
Son secours me fortifie, Et me fait trouver la vie Dans les horreurs du trépas.
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Seigneur, il faut gue la terre Connaisse en moi vos bienfaits :
Voys ne m'avez fait la guerre Que pour me donner la paix, lieureux l'homme à qui la grâce Départ ce don eflicace, Puisé dans ses saints trésors ; Et qui rallumant sa flamme.
Trouve ia santé de l'âme Dans les souffrances du corps.
C'est pour sauver la mémoire De vos immortels secours; C'est pour vous, pour votre gloire.
Que vous prolongez nos jours.
Non, non, vos boutés sacrées Ne seront point célébrées Dans l'horreur des monuments :
La mort, aveusle et nmelle, Ne sera point 1 interprète De vos saints commaniiemenls.
Mais ceux qui de sa menace Comme moi sont rachetés, Annonceront à leur race Vos célestes vérités.
J*irai, Seigneur, dans vos temples Réchauffer par mes exemples Les mortels les plus glacés ; Et vous offrant mon hommage.
Leur montrer l'unique usage Des jours que vous leur laissez.
La prophétie d'Isaïe se trouve ainsi divisée, par l'histoire d'Ëzéchias , en deux parties bien distinctes, dont la seconde ne commence qu'au chapitre quarantième. Cette seconde partie est plus sublime encore que la première. Dieu s'y révèle dans tout son amour; il adresse à son peuple les reproches les plus tendres; il réitère ses promesses ; Il annonce la venue prochaine du juste, du grand Orient, de l'étoile de Jacob; il décrit d'avance toutes les vertus et toute la douceur de ce fils , objet de toutes les comolaisances du père ; il ne marchera pas sur le roseau brisé , ei il n'éteindra pas la mèche qui fume encore. Un nouveau pouvoir , celui de la miséricorde et de la paix, va renouveler la face du monde. La mer ouvre des chemins à la concorde universelle ; les torrents creusent des sentiers pour le zèle des apôtres : le mal est vaincu. « Monstres des déserts , glorifiez Dieu , car Dieu abreuve les déserts, et y fait couler les eaui vives du salut. Console-toi , mon peuple ; vaines idoles, disparaissez I Quoi I un bûcheron aura coupé un chêne ou un cèdre ; il en aura fait des planches et des instruments pour son usage , du bois pour son fojrer , et du reste, dont il ne savait que faire, il s'est fait un Dieu 1 Votre Dieu à vous n'est pas l'ouvrage des hommes; mais le ciel et la terre sont l'ouvrage de ses mains : qu'il soit éternellement béni ! »
Au chapitre quarante-cinquième, on trouve cette belle prophétie touchant le roiCyrus : « Je t'ai appelé par ton nom , lui dit le Seigneur ; je t'ai soumis la terre à cause de mon peuple, et tu ne m'as pas connu. »
P%ompez vos fers , Tribus caplives , Troupes mgîtives,