‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 92 sur 194 · JEAN DE LA CROIX · texte numérisé non relu

JEAN DE LA CROIX

Où vous cachez-vous , mon amour , Loin des pleurs de votre compagne T M*avez-vous donc fui sans retour Comme le cerf de la montagne !

Après m*avoir blessée au cœur Vous m*avez ainsi délaissée , Et je cours comme nue insensée Sans rien trouver que ma douleur.

Pasteurs, vous tous qui mVntcnilez , Si vous passez par le village Et si bientôt vous vous rendez Aux collines du voisinage , Vous trouverez parmi les fleurs Celui que mon exil adore ; Ditesrlui que je me dévore , Que je languis et que je meurs !

En le cherchant j'irai pleurer

Le long des eaux et des montagnes.

Sans la cueillir pour me purer

Je verrai la fleur des campagnes

Et je ne craindrai ni les our

Ni les autres bêles cruelles ;

J'affronterai les citadelles.

Les ponts, les remparts et les tours.

Des ombrages qu'il a planlés, 0 forêts, épaisseuxs firofondes, Prés par le zrphf r nabiiés , Campagnes mouvantes et blondes»

Si vous le cachez à mes yeux , A ma douleur daignez le rendre , Ou du moins parlez pour m*apprendre S'il a passé dans ces beanx lieux !

Il a passé par nos forêts En y répandant milles grâces ; La beauté qui suivait ses traces Les revêtit de mille attraits.

11 s*est miré dans leur fraîcheur Et le regard de son visage A tout rempli sur son passage De Temprcinte de sa douceur.

Hélas ! qui me pourra guérir !

Venez, ô Dieu que mon cœur aime !

Pour que je cesse de souffrir , Venez et parlez-moi vous-même; Car ceux qui me parlent de vous Ne font que redoubler ma flamme , Ils ne peuvent dire à mon âme Ce dont mon amour est jaloux.

Ceux qui ne t'ont vu c^u'en passant Ont vanté ta grâce divine.

A mon cœur triste et languissant.

Qui les prévient et les devine , Ils me disent je ne sais quoi Qui me laisse toute mourante !

Ah ! leur parole est ignorante Et bégaie en parlant de toi !

Mais comment puis-je vivre encore Puisque ma vie est mon trépas ?

Ma langueur ne vient-elle pas De celui même qu'elle implore?

Qui peut te sauver, ô mon cœur, Si la flèche qui te déchire Vient de la main que lu désire Et si tu chéris ton vainqueur !

Pourquoi donc m'avez- vous blessée Si j'étais indigne de vous ?

Si de moi vous êtes jaloux.

Pourquoi m'avez-vous délaissée ?

Dites pourquoi vous m'oubliez Apres m'avoir 6té ma joie , Et pourquoi vous laissez la proie Qui tombe mourante à vos pieds?

6tt

m JEAN DE LA CROIX ^

Éteignez reiuiuï qui consume Ce cœur qu*<m ne saurait Ruërir :

Vous seul pouvez le secourir iDt tempérer son amertume.

Venez, oh! venez éclairer Ces yeux éteints sous ma paupière Qui, privés de votre lumière , Ne s'ouvrent que pour la pleurer*

Découvrez-moi votre présence , Afin que j*ezpire d'amour.

Vous savez bien que sans retour J*ai perdu toute autre errance.

Le mal d'amour ne se guérit Qu'auprès de la personne aimée :

La fleur mourante est ranimée Lorsqu'un beau soleil lui sourit.

Fontaine pure et cristalline, Ob ! si mes yeux pouvaient le voii Se dessiner sur le miroir De votre surface argeulinc !

Dans votre claire profondeur.

Que ne peut son brUlant vidage Termioer la vivante image Commencée au fond de mon cœur l

BECXiftMB PABTIS,

Le bien-aiméy qui ne se cachait à son amante que pour la puriQer dans l'épreuve, estaltenari de ses inoicibles tourments. Il lui apparaît tout à coup au milieu de ses larmes, il lui apparaît plus beau qu'elle n'a jamais osé se rimaginer, et, si elle n'avait pas repris de nouvelles forces dans le sacrifice, elle ne pourrait supporter tant de bonheur. Qui dira les ei^tases de son cœur, les murmures amoureux de sa joie, le ravissement (le ses larmes, le bégayement de son délire 1 C'est aux Ames qui ont aimé l'époux dans la douleur et qui 1 ont possédé ensuite dans la paix de bien entendre toutes ces choses, et il n'a été donné qu'à Salomon et à saint Jean de la Croix de les exprimer dans leurs myst<^rieux cantiques.

Détournez ces jeux que j*adoro, Amant trop doux et trop cruel !

Car Je m^envole vers le ciel Qui ne m*aUendait pas encore.

Revenez, colombe «ramour !

Le cerf blessé qui vous appelle Veut se rafralcûr sons votre aile Des feux de sa course et du jour! ^

n est beau comme les monUKnes El les creux valions ombrages Dans un frais silence plongés Et les merveilleuses campagnes, Comme les Iles de la mer, Comme une rive murmurante.

Avec la douceur enivrante Des molles caresses de Tair,

Il est comme une nuit paisible Qui s*approcbe du point du jour.

Comme une musique d^amour Dont le murmure est Insensible C*est on désert qui parle au cœur Dans sa solitude éloquente ; C'est comme un soupir qui m'enchanta Et qui prélude à mon bonbeur^

Les fleurs que son regard fait naître Couvrent notre Ui bienheureux.

Et les lions sont amoureux D'y donnir aux pi^s de leur maître.

DlGTlONff. DE LlTTÉUATURB CHAÉT.

JEAN DE LA GBOiX

La pourpre l'enrichit encor, iia paix le porte et renvironne« «)t la charité le couronne De ses mille boucliers d'or.

De vos pas en suivant la trace Les âmes tendres ont couru ; Votre nom leur est apparu Comme une étincdle de grâce ; L'étincelle a touché leur cœur ; Et pour leur tendnesse enflammée Du vin la sève est parfumée, Le baume a donné son odeur

J'ai pris la coi^^e des délices Dans le cellier du hien-aimé.

D'un vin par ses mains exprimé Ma lèvre a goûté les prémices ; Puis mes pas, de joie enivnés, Erraient au hasard dans b plaine;.

Et loin de ma vue incertaine Mes troupeaux se sont égarés.

Là j'ai puisé sur sa poitrine Les secrets d'un chaste bonheur « J'ai savouré les proibndeors D'une science humUe et divine:; Puis, toute à son amour jaloux.

J'ai donné mon âme «t ma vie Et j'ai contenté inoo envie Des secrets de Dieu mon époux

Lui aeul lemplil ma destinée :

Je ne garde plus mes tro^)eau.\« Lui seul dirige mes travaux Depuis que je me suis donnée.

Mais, heias ! pour mê conformer' A sa volonté souveraine, il ne m'en coûte aucune peine 11 ne m'ordonne que d'aimer.

Si donc mes compagnes x^héries Sont tristes de ne me plus voir, % 5i l'on me cherche en vain le soir Pour fouler l'herbe des prairies.

Dites que je suis, sans retour.

Perdue au sein du Dieu que j'aimcu J'ai voulu mY perdre moi-même Pour me trouver dans aon amou^

D'émeraudes et de fleurs belles Qu'au matin nous irons choisir Nous ferons pour votre plaisir Toujotirs des guirlandes nouvellea.

Votre amour, fidèle â mes vœux, Les trouvera touiours écloses :

Nous ferons des bouquets de roses Liés de l'un de mes cheveux.

tJn seul cheveu que le zéphyre Sur mon front faisait se jouer Naguère a suffi pour nouer Des nœuds doht vous aimez l'empire^ 11 n'a fallu qu'un de mes yeux Pour blesser et brûler votre âme« La charité qui vous enflamme Du néant vous rend amoureux.

Savez-vous pourquoi je suis belle ?

C'est qu'un regard délicieux M'a de la ^ race de vos yeux Imprimé l'unage fidèle ; C'est pourquoi d'un amour si dou|:

Vous nattez en moi votre ouvrage Mes yeux, remplis de votre image« Ne sont pas indignes de vous.

J'étais brune comme une Maure ; Pourtant ne me dédaignez pas :

Vos yeux m'ont donné des appas Qui changent ma nuit on aofore.

«Fi JEAN DE LA CROIX

A vos vœux je D*osais eédcr

Suand mon &ine élait aviliCt ih vos regards m'ont embdlie.

Et vous poiivc» me regarder.

Notre vigne est d^ fleurie.

Prenez ces renard» ravisants Qui rongent les pampres naissant»

l>c notre vendange cbérie.

Tandis qu'en bouquet doux et frais Nous lions les roses divines,.

Sue personne de nos colline»

e vienne interrompre la paix !

Arrêtez, morteNes haleines Du septentrion menaçant!

Viens du midi, souffle innocent, Kcveiller les lis dans nos plaines ; Képands les suaves odeurs De nhon parterre de délice, Et que le bieu-aimé jouisse De son repos parmi les fleurs!

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