‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 98 sur 194 · JOËL · texte numérisé non relu

JOËL

JONAS

de Job. On-cn 4Poave uno du docteur ¥oiii|g à la suite de son poëme des Nuitê. H. Baouf- Lormian de TAcadémie française a traduit assez heureusement les passades les plus remarquables du discours de Dieu à Job. Il y a dans le livre de Job le sujet d'un drame admirable qiù n*a pas encore été traité ; le moyen âge seula pu hasarder quel<}ues mystères où Dieu et le démon venaient jouer leur rôle; mais Tépopée dramatique de Job reste dans sa simplicité primitive, et découragera toijjours les imitateurs. Le syjet en est, pour ainsi dire, éternel. La lutte du bien et du mal, le combat de la vie, la vertu triomphante des douleurs et de la mort; voilà ^histoire morale du monde, que Dieu n*a créé que pour ses élus ; et en effet la vertu seule est quelque chose: Satan et ceux qui parlent pour liy ne sont que des ombres qui font mieux resplendir Tauréole de Dieu autour de la tête du juste.

Le livre de Job étant un des livres poétiques de la Bible^ <et le i>lus important peutélrc de ceux de TAncien Testament, nous avons consacré un long article à son analyse Ci nous regrettons que les bornes de cet ouvrage ne nousaienlpas permisde suivre page à page, phrase par phrase et mot à mot, une œuvre uui serait un des obefs-d'œuvre de Tesprit bun^in, s*il n'était {Mis une des plus éclatantes manifestations de l'esprit de Dieu.

JOELu — La prophétie de Joël tout en* tière peut êtreprise pour une image du jugement dernier et des événements qui doivent le précéder, c'est la prophétie des derniers temps : des malheurs comme on n'en avait pas encore entendu raconter, une succession de fléaux qui dévornnt les biens de la terre et répandent la famine dans les campagnes ; les cités désolées, le sacrifice perpétuel interrompu, une horrible sécheresse qui tarit les sources des eaux et brûle toute la verdure. « Sonoez de la trompette dans ^ion, hurlez «ur la montagne sainte, que tous les habilflcnls de la terre soient dans le trouble, car le jour du Seigneur arrive et le voiiè tout près de nous ! »

Joël voit apparaître alors ces armées innombrables et mystérieuses qui plus tard dcvaieDt remplir d'épouvante les sombres visions de saint Jean : cette cavalerie qui souille le feu et qui laisse après elle des traînées de flammes, ces chevaux à tôtes de lion et à (jueues de serpents : c'est la milice du dernier dévastateur, c'est l'Antéchrist qui passe comme le simoun au désert : il trouve la terre cultivée comme un jardin de délices et la laisse aride et dévastée ; les soldats courent sur les remparts, ils montent sur les murs, ils entrent dans les maisons par les fenêtres : la terre tremble et les cieux sont ébranlés, le soleil et la lune s'obscurcissent et les étoiles perdent leur clarté. Convertissez-vous, dit le Seigneur, et peutêtre la colère s'artiêtera et votre Dieu vous pardonnera. Oieu arrêtera en effet dans sa course celui qui vient >du nord, et il le refiiuuaseradÉns^es déserta ^ il tm refleurir

la campagne aride et llabonâance reviendra dans le monde. Il y aura :eatr<e les calamités qui annonoevont ia fin pioobaf m cA les dernières catastrophes no temps de repos et de félidté. L'esnnt 4e Dieu se répandra sur toute chair, k {)rop'hétie deviendra en quelque sorte oomraune, 4es songes alors seront lucides «et il y aura des pvodrges ^i apparaîtront comme des signes, et oessign^s, dit Joël, seront le sang, le 'feu, (K k vapeur, étrange prescience des inventions modernes t

{mis le soleil deviendra noir dt la lune ooueur de sang, et Bîea rassemblera KMMes les nations dans la vallée de JosafÂiat. Le ciel et la terre seront changés, et l'on^saura qui est le Seigneur.

Alors Jérusalem sera sainte et il n^y jpassera plus d'étrangers. Les montagnes distilleront le miel, et le lait coulera 4ans les nïVlées. Ces peintures d^ne félicité cfiii devra Atre éternelle se reportent h 4a Jérusalem céleste et i l'éternité Judenheunease

La prophétie de Joël n'a c(ue trois chapitres, tnaîs elle est citée plusieurs fois dans ie Nouveau Testament, ce tpi pro«rve son îm* portauce. Plusieurs des imegesdeJoël sotùi répétées dans l'Apocalypse, et c'est è différents passages de ce pFophète qu'on a emprunté tes traditiORs sur le j^rgement dernier.

JONAS. — L'histoire tle louas e^ iin de ces merveilleuii récits qui font de la Bible le livre le j)lus attachant qui soit au monde : c'est une de ces ligures touchantes comme la parabole de reniant prodigue, «t qui font aimer Dieu en ie rapprochant des hommes; car la vétité histoHque de la Bible ne l'empêche pas -d'être tout entière une représentation et un symbole de l'avenir. Il y a^ns la nanration du prophète tout un drame pal« (Sitant d'intérêt et plein d'un enseignement sublime. Jonas le prophète 'reçoit i^dre d'aller prêcher à Ninive, mais au lieu d'o-« béir il veut se^uiclier et se dérober aux fa-« tigueset au péril du saint mtnistèi^. 11 s>m«« banque donc a Joppé pour aller \ Tarse ;' mais voici une horritke tempête qui assiège le vaisseau en pleine mer: cette tempète^paralt surnaturelle, ou en concktt que )a Ten-^ geance du ciel pounmit quelque grand coufiable oacbé {larufi l'équipage, on itre au sort pour comiaitre celui aue Dieu "veut punir et le sort tombe sur louas crm dor-> mait.

On peut rapprocher de ce somrmeil de Io« nas pendant la tempête celui dé Jésus^ Christ un instant avant qu'il ne calmflt la mer. Jonas aussi va rendre la tranquillité aux flots en leur livrant leur victime : il reconnattsa faute, il l'avoue et insiste pour qu'on le jette à la mer ; les gens du vais-t seau ont peine è y consentir, mais la tem-* pète augmente et ils disent : « Seigneur, ne nous punissez pas h cause de la mort de cet homme : c'est vous qui avez ftiit ce que vous avez voulu 1 » ils le prennent 'donc et le jettent à la mer : aussitôt la tourmente s'apaise. Tel est en quelque sorte ie pro^ mier acte de ce drame prophétique.

JONAS

JONAS

Cependant Jonas, devenu victime pour le salut de tous, et représentant ainsi le rédempteur du monde, Jonas ne doit pas périr oans les flots. Dieu ne veut pas la mort de son envoyé désobéissant, mais il ne sourfre pas qu'on lui désobéisse, et il veut le renvoyer à Ninive : un poisson monstrueux se trouve prêt par les soins de la Providence et engloutit Jonas tout vivant dans ses entrailles. Du fond de cet abîme Jonas élève vers Dieu ses actions de grâces et ses prières. Il serait intéressant de rapprocher du cantique de Jonas Télégie de Danaé exposée dans un coffre à la merci des flots, telle que nous la trouvons dans les fragments de Simonides : il y a dans les plamtes de Danaé quelque chose de plus numaioement touchant, car elle pleure et elle prie pour son enfant endormi près d'elle sur la poupe ; tandis qu'autour d'eux mugissent les mers et qu'au-dessus d'eux se jouent et se brisent les vagues, elle prie les dieux de prolonger le sommeil de son enfant et d'endormir aussi l'abîme et les angoisses de son cœur...

Dormez, vagues ; dormez, souffrances maternelles.

On s'attendrit pour la coupable Danaé lorsqu'on l'entend prier pour son enfant , et le sommeil de cet innocent, puni des fautes de sa mère , donne à ce tableau , à la fois touchant et terrible , un intérêt des plus dramatiques. Jonas se dévouant pour le salut des matelots qui ne peuvent se résoudre à le sacriQer, Jonas précipité dans les flots , et recueilli par un monstre de la mer , n'est déjà plus le prophète pusOanime qui fuyait les devoirs sacrés de sa mission. Il est devenu l'image du Rédempteur, auquel le faisait ressembler d'avance son sommeil si plein de résignation au milieu de la tempête. Et ici nous ne pouvons nous empêcher de remarquer la même image répétée trois fois dans des circonstances si différentes et dans deux littératures si opposées : le sommeil de l'innocence , celui cTe la Divinité et celui du repentir. Au milieu de l'orage, le Persée de Simonides est moins touchant que Moïse exposé sur les eaux; car il dort du moii.s auprès do sa mère , tandis que Moïse est abandonné , seul dans son berceau , flottant sur le Nil. Jonas ne peut exciter la même pitié que Persée , et cependant on le plaint lorsqu'on l'entend demander la mort; on tremble pour lui lorsqu'on voit le monstre prêt à l'engloutir; mais quand du fond mên;e des entrailles du iéviathan son cantique s'élève vers Dieu, on ne craint plus pour le prophète , on admire les merveilles de la toutepuissance divine, et Jonas nous paraît aussi en sûreté dans cet épouvantable asile que le Sauveur lui-même lorsque nous le voyons dormir plus tard sur la barque battue des flots.

L'élégie de Simonides , gue nous venons de citer , n'en est pas moins un des chei'sd'œuvre de l'antiquité ; nous n'avons pourtant comparé la prière de Danaé h celle de Jonas que pour faire ressortir par ce con-

traste tout ce que la grandeur du Dieu qu'ils adorent donne de supériorité à ceux qui invoquent l'Eternel. Jonas n'est pas inquiet , il ne se plaint pas de son sort ; il chante, au contraire , les louanges du Seigneur, qui le sauve en le punissant, tandis que Danoô n'ose ni espérer ni attendre son salut de ce Jupiter qui est son complice, et qui méritiirait d'être plutôt châtié qu'elle-même. Le vrai Dieu seul pouvait avoir de vrais adorateurs, et seul il peut donner à ceux qui croient en lui une foi plus forte que les tempêtes , plus profonde que la mer, plus invincible que la gueule béante des monstres de l'abîme. La foi de Jonas n'est pas vaine ; le poisson gigantesque qui l'avait recueilli, plutôt que dévoré, le rend sain et sauf au rivage, après trois jours et trois nuits passés au fond du gouffre : nouvelle image de la sépulture de Jésus-Christ et de sa résurrection. Cette fois Jonas obéira sans retard aux ordres du Seigneur : il se rend immédiatement à Ninive. Le prophète marche pendant tout un jour dans cette cité immense , puis il élève la voix, et crie au peuple qui se rassemble autour de lui : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite I »

« Les hommes de Ninive crurent en Dieu, dit le texte sacré, et ils annoncèrentun jeûne, et ils se revêtirent de sacs , depuis le plus grand jusqu'au plus petit. El la parole parvint jusqu au roi de Ninive , et il se leva da son trône , et il jeta ses vêtements loin de lui; il se revêtit d'un sac , et s'assit dans la cendre. »

Ainsi, voilà tout un empire en deuil parce qu'un prophète a parlé. C'eût été un triomphe assez grand pour le zèle d'un apAtre ; mais les zélateurs de l'ancienne loi comprenaient mieux la justice de Dieu que sa miséricorde. Jonas se retire de la vnle, et attend Taccomplissement de sa menace.

Les quarante jours se passent , et Ninire subsiste toujours. L'orgueil du prophète en est blessé. « N'est-ce pas ce que j'avais prévu, dit-il, lorsque je voulais fuir à Tarse? Je savais combien vous êtes un Dieu porté h la miséricorde et à la clémence. Maintenant, faites-moi mourir; car la mort serait pour moi meilleure que la vie î »

Dieu ne lui répond qu'une parole, dans laquelle respire toute la sagesse de l'éternité et toute la compassion de Tinfini pour les imperfections humaines : « Penses-tu que la colère soit bien raisonnable ?» Et il abaodonue le prophète à ses propres réflexions. Cependant il veut frapper son esprit par un signe. Jonas s'était fait un abri contre l'ardeur du soleil pendant qu'il priait : une touffe de lierre y croît dans l'espace d'une nuit , et procure à Jonas un ombraae épais; puis un ver pique la racine de h plante, et elle meurt. Alors l'irascible i»»' nas , ou plutôt l'enfant déraisonnable du Seigneur, se désole encore , et souhaite ei)core une fois la mort. « Penses-tu , lui répète TEternel , que ta colère soit bien raisonnable ? — Oui , ose répondre Finsensfî ; j'ai raison d'être irrité et de désirer h taon

LAMAUTINE

LAMARIINE

à cause de ce lierre. » Et Dieu lui répond : « Tu pleures sur le lierre qui ne fa coûté aucun travail , et que tu n*as point fait croître : en une nuit il est né , et en une nuit il a péri. Et je n'épargnerais pas Ninive, cette grande cité» ou se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer entre la main gauche et la droite, et un çrand nombre d'animaux ! »

L histoire et la prophétie de Jonas finissent par cette touchante parabole, si encourageante pour le repentir, et qui semble déjà, dans Fancienne loi elle-même, rapprocher le ciel de la terre. Vienne maintenant le Sauveur du monde , il devra être compris de ceux qui auront médité les Ecritures, lorsqu'il apprendra aux hommes à s'écrier : « Notre Père, qui êtes au ciel ! »

Le récit de Jonas est reifiarquable par cette abnégation qui sacrifie Thomme tout entier à la gloire de son maître, par le sen-

timent de la solidarité des hommes devanc Dieu et de la réversibilité des pardons ou des châtiments, principe du dévouement do Jouas le désobéissant , principe aussi , plus tard , du dévouement de ce juste par excellence , qui est ici représenté par Jonas en sens inverse , quant à la culpabilité de ce dernier. C'est pourquoi sans doute l'hi^ire du prophète englouti par la mer a inspiré à l'art chrétien plusieurs de ses premiers symboles , comme on peut le voir dans les ouvrages sur l'archéologie chrétienne. Ce type de l'homme conservé vivant, dans les entrailles de la mort , et bénissant Dieu du fond même de l'abîme, est du reste assez sublime pour avoir mérité le rire stupide et les sarcasmes méprisables du xviir siècle. Comment Jonas aurait-il échappé à la verve plaisante de ces infortunés qui ont pu rire de Jésus-Christ î

KLOPSTOCK. (Foy. Poésie épique.)

LACTANGE {Lactantius Firmianus) , l'un des plus savants hommes du iv* siècle , s'était livré avec ardeur pendant sa jeunesse à la culture des lettres profanes ; aussi parlet-ii le latin du siècle d Auguste, et donne-t-il à ses ouvrages des formes cicéroniennes ; ce qui n'est pas une qualité au point de vue de la littérature religieuse. Lactance n'en est pas moins un apologiste distingué , et il a réfuté avec force tes erreurs du paganisme. Son traité de la Mort des persécuteurs est surtout remarquable. Son ouvrage principal est le traité des Institutions divines^ à la fin duquel on trouve une curieuse prédiction des choses qui doivent arriver à la hn des temps.

LA MIENNAIS. — L'abbé Félicité de La Hennais, qu'on peut appeler le Tertullien du XIX' siècle, a écrit le premier volume de VIndifférence en matiire de religion 9 la traduction de Ylmitation de Jésus-thrist^ et un petit livre intitulé le Guide du premier âge. Nous devons nous abstenir de mentionner ses autres ouvrages. Sous le rapport du style, c'est un des premiers écrivains de son siècle. 11 traite seulement un peu trop la philosophie en poëte et la théologie en philosophe. La simplicité chrétienne lui a manque, et après avoir éloquemment réfuté Rousseau , il a marché dans la même voie de rationalisme chagrin et d'égoïsme sentimental déguisé en philanthropie. C'est une brillante étoile éclipsée, et un pauvre homme de génie qui a survécu à sa gloire en même temps qu'à sa foi. Que Dieu fasse paix à ses derniers jours!

LAMARTINE. — M. de Lamartine est une des plus grandes renommées poétiques do notre époque, et son nom mérite une place

des plus honorables dans notre Dictionnairey si nous avons seulement égard à ses tendances exclusivement religieuses , è ses belles études sur l'Ecriture sainte et au caractère chrétien d'un grand nombre de ses poésies. Sa versification est d'une harmonie qui va peut-être jusqu'à l'excès, et l'on peut facilement s'enthousiasmer pour ses œuvres. Il personnifie , en l'idéalisant encore , le côté romanesque du génie de Chateaubriand, mais nous trouvons dans ses rêveries trop séduisantes quelque chose de dangereux pour la jeunesse, et dans sa forme brillante, qui déguise souvent un fond peu solide, quelque chose de préjudiciable au bon goût. Mettons à part le prestige du talent, que nous reste-t-il de ses œuvres?

Les Méditations poétiques sont les migraines d'un génie fatigué à force d'ennui. Les Harmonies sont des airs de pastorales d'opéra-comique carillonnés avec des cloches §arnies de coton et de satin rose. La Chute 'un ange est une parodie sérieuse du Pentagruel de Rabelais en style de la Belle aux cheveux d'or. Le Jocelyn est le sublime du genre niais, traité en beaux vers. C'est l'histoire d'un prêtre malgré lui , qui se fait le martyr des croyances qu'il n'a pas, et se dévoue par amour-propre seulement (puisque la foi et, par conséc|uent, la charité lui manquent) à des sacrifices que son cœur réprouve, et dont il n*est pas la seule victime. On pleure en lisant Jocelyn, et l'on hausse les e(>aules lorsqu'on cherche à l'analyser. Ses ouvrages en prose ont les mêmes quaU tés et les mêmes défauts. Son Voyage enârient est une apologie du mahométisme ; son^ûtoire desGirondinSf un éloge contre-révolu-

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