‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 100 sur 233 · JOU · texte numérisé non relu

JOU

dans l'amcrluinc de ràine/Qui allondciil la mort et elle ne vient pas, comme s'ils déterroient un trésor. Leur joie esta son comble, lors(iu'ils ont trouvé un lomheau !

Ce |)assagc a dû inspirer à Malherbe son plus beau vers :

El colui qui, cliélif, aiiv inist-res siicconilie S^iis avoir d'an ire espoir ([iie celui de la tombe; N'ayanl qu'un jour à vivre, il ne peut l'achever!

Toute analyse de pareilles beautés serait froide ; il faut lire, il faut se laisser pénétrer par le charme de cette tristesse prescpie divine, et livrer son cœur surtout à l'espérance cachée qui soupire à travers ces plaintes vers dos biens inconnus encore ; Job aj)pelait le Rédempteur do tous ses vœux et de toutes ses larmes; aussi plus bas l'entiMidrons-nous s'écrier : « Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu'au dernier jour je me lèverai de la terre 1 » La douleur sans espérance n'a ni plaintes ni larmes ; elle doit être morne et silencieuse comme le découra.mMiient éternel : si Job se plaint, c'est qu'il croit h. un juge suprême qui l'entend ; il I)leure parciî qu'il espère, et son espérance même a déjà tempéré s.i plainte : il pleure parce que, semblal)le aux enfants, il a peur dans les ténèbres ; aussi dit-il que Dieu l'a cnvirormé d'ombres et a caché devant lui le sentier où il marchait ; il ne doute pourtant ni de Dieu ni de lui-même, mais il ne comprend plus les voies de la justice suprême, et il crie pour que Dieu l'éclairé : sa plainte est une prièro, et no i pas un blasphème ; il demande pour obtenir.

Kiiphas prend la parole pour répondre h Job, et les paroles de ce faux ami soit amôres et poignantes. Il re|)roche h laliligé d'avoir été; autrefois le consolateur de ceux qui sonlfraient ; il lui fait un crime de ses vertus qui éclataient dans la prospérité, et il exagère, pour lui en faire un opprobre, l'accablement de sa douleur. 0:i peut rapprocher «les discours d'Eliphas les paroles que [)lu> lard les pharisiens et les sc.r.l)es adressaient nu Dieu crucifié : « Il est venu sauver les autres, et il ne peut se sauver lui-même, qu'il descende maintenant d'jla croix, cl nous croirons en lui 1 »

La cruautt'' du discours de ce prétendu ami de J(jb alllige l'Ame, en lui révélant tonli; la |)crversité des faux sages. Eliplias triomphe dans son orgueil di; l'abaissement de son ami, et voudrait ôier à tant île mailicur le reluge delà vertu : l'adversité, selci lui, est la conséipicnce du crime, et le soulll.j brûlant des tlé-aux de Dieu ne consume (jue les pt'cheurs ; la voix qui pleure est le ru^^'is- .scment du lion blesse, et 1 1 clameur des lionceaux à «lui l'on a brisé les dents; les sanglots de la misère sont les cris du tigre (pii pleure sa proie : c'est ainsi «pie ce prétendu sage, ((ul semble avoir été un des patriarrlu's du pharisaismc , jusiilie la dureté do .son c«Bur : les malheureux pour lui sont vouC's h l'anathème; inf utuné v«Mit dire coupaUie ; mais pour accabler son interloculjmr, il cruil devoir appeler l'Ii y[iocrisic à son aide;

il veut effrayer Itîsprit déjà troublé de Job, en lui racontant des visions, et ici se trouve cette célèbre vision d'Lliphas, «hmt M. le vicomte de Chateaubriand fait ressortir les beautés dans son Génie du christianisme, en la comparant à un passage d'Homère {Voij. les articles Ciiatkalbriam), Génie dl christianisme) : « Dans l'horreur d'une vision nocturne, quand le sommeil ordinairement tient les hommes enchaînés , la peur me prit et le tremblement, et tous mes os furent ébranlés d'épouvante. Et comme un esprit en ma présence passait, tous les poils do ma chair se hérissèrent d'horreur. Quelqu'un s'arrêta dont je ne reconnaissais i)as lo visage , une image fut devant mes yeux , et j'entendis une voix comme un soullc léger. »

iMais pourquoi Eli[)has évoque-t-il ainsi des fantômes? C'est |)Our leur faire débiter «les sentences vagues et désespérantes ; l'homme comparé à Dieu sera-t-il j.im.iis trouvé juste? Le Seigneur a trouvé la perversité parmi ses anges, que sera-ce donc des chétifs habitants de nos demeures d'argile, héritage promis d'avance à la corru|)ti«)'i et aux vers? Du soir au malin ils seront fauchés comme l'herbe; et morts, sans avoir compris la vie, ils seront la pAture du trépas éternel. Du reste les paroles du faux ami ne manquent ni d'habileté ni de pom[)e; le luxe de l'élociuence orientale est em|)loyé tout entier à [)allier la pauvreté du so|)hisle : ses maximes erronées sont entremêlées de seiitoncos pleines de sagesse, telles par exemple que celle-ci : « L'homme est né pour le travail, comme l'oiseau pour voler. » Puis vient un éloge delà Providence divine, «lonl les inspirations semblent empruntées à la piété la plus sincèn;. Voilà donc le martyr de la résignation qu'on accuse «l'être un impie; des hommes sunerbes et jaloux s'arrogent le droit de lui ilonner des li'(;.ons et «le prendre contre lui les inlérêls de Dieu mên\e 1 Ouelle profondeur de [)hilosophie , «lucllo sagacité d'observation ne révéleraicîit pas «h; semblables j)ages, si elles pouvaient être attribuées à un homnit;! Quelle oi>posili«)n entre la fausse [)iété et la véritable vertu ressort de ce magnirKiuc dialogue auquel bien- U)l vont so mêler de nouveaux inlerlocu- U'urs !

Job répoiul ce|)endant avec douceur et «lignite aux Iristes exhortations «l'I^Iiphas ; et ces graves ei saisissantes beautés, (pii n'a[>|iarliennent «pi'anx livres saints, se mulliplienl eiicort; une fois «lans son discours. La réponse de Job est une n«)uvell«> plainte du genre «h; l'élégie; c'est une lamentation dont les soupirs s'exhalent en p«)ésie, c'est une mélodie toute de sanglots et de larmcîs : il reproche à ses faux amis leur «Tuelle pili»';, « Car, leur dit-il, je ne vous «lemandais rien.. Vous ai-je dit: Apporlo/-moi <'t «lonne/,-moi de votre ricluîssc? ou. Délivrezmoi des mains d«; l'eniu'mi? Inslruis«'Z-moi et je vous écouterai en silence. Mais pr)ur- «|uni vous faites-vous les détracteurs de la vérité, lor5t[UC pas un de vous uc peut me

JOB

répriinandor? Mais vous ornez vos discours pour vous complaire dans leur amertume, et vous jetez des paroles au vent. Vous précipitez votre colère sur rori)helin, et vous vous efforcez de faire tomber votre ami. Achevez ce que vous avez commencé! »

Quelle énergie de sentiments et quelle modération d'expressions dans cette réponse! Quelle supériorité elle laisse à Job dans l'éloquence de sa tristesse! il adresse aux hommes quelques mots pour apprécier leur conduite à son é^ard, puis bientôt il revient à Id pensée de Dieu, à ces aspirations vers l'immortalité qu'on sent tressaillir seules dans l'immobilité de ses rêveries sur la mort : « La vue de l'homme ne me regardera plus, tourne tes jeux vers moi, et tu ne me retrouveras pas. Comme la nuée se dissipe et s'efface, ainsi celui qui descend en bas ne remontera jjIus. U ne reviendra plus dans sa maison, et la place qu'il occupait ne le connaîtra plus. » Quelle mélancolie profonde, et combien ne sent-on pas respirer d'immortalité dans cette inconsolable tristesse!

L'homme ne se sent pas fait pour mourir.

Le premier interlocuteur de Job est confondu et n'a rien à répli(}uer, un second ami de Job prend h parole, c'est Baldad. Le discours de celui-ci est moins insolent que celui d'Eli[>hflS, mais il n'en est peut-être que plus cruel. Baldad affecte une foi sincère et une piété triomphante; il décrit en style f)ompeux l'inconstance des prospérités du méchant et la profondeur de la sagesse de Dieu, comme si Job en avait douté; aussi le saint arabe iriterromj»t-iI le sophiste : « Je sais bien <|u'il en est ainsi, lui dil-il, et que l'Iionnne comparé à Dieu n.; sera point juslilié; s'il veut disputer avec lui il ne [>ourra lui répondre un mot sur mille ('/est Dieu ((ui

ébranle la terre sur «es fondements et (pii f'Tit trembler Ir-s colonnes du mr^nde. 11 commande au soleil, et le jour ne se lève point, il imnrimeson sceau sur les étoiles. Seul, il étf-nd les cieux <-l mesure en les abaissant sous ses i'ieds les vagues immenses de la mer »

Le grand prophète dos douleurs humaines rend ainsi <ii lermt;s magnifirpies un hommage solcinol à la toute-puissance et à la sagesse de Dieu: « El qui sui-i-j'-. moi, j»our lui ré(»ondre, ajoule-I-il ; que pourraient lui ()rouver mes faibles paroles? Quand j'aurais ii dire quclijue cliost; de juste, je ni; lo diraii |»a.s, je nie prosl<;rnerais <.t ]"uu\>\(}rerais uniqm.iwenl la <;l(;men<;e (]<; irion jugi!. „

Ainsi, hîjusleallligé n a p/is préleidu être juslilié d.:v;iiii DuMi : il noïl avoir observé li'lèlfririenl lou.s h;.s pré«;<-pl(;s divins, mais ce n esl p;i.s mil} raison nour lui d'accuser son «Téati-ur; il veul seuliMuenl constater une ctiono, c'est f|iie J>ii;u frappe également fu ce morMJe \in bon» <;l fes méc.banl.s , t'I i;aris dispul»;/- ni se plaindre, il conjuni I arbjln: .Hupiêmc des bi» ns el d*:» /nau\ de Miellre nu l(;rrne .'i sr-s doulcurn : ainsi les artiifs de Job sont des nrières el non des 'dttflphèmt», coiuine vou'ir.iil le l'aire croire

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