JOB H'G
lo faux zèle de ses hypocrites amis : « Mvs jours ont été plus rapides (ju'un courrier ; ils ont passé sans avoir vu le bonliour : ils se sont enfuis comme les vaisseaux (pii portent des fruits et comme l'aigle qui vole vers sa proie. » Job parla ici de ses premiers jours, des jours de sa félicité, et cette pensée lui rappelle le souvenir de ses vertus.
Il semble que Dieu ait voulu, par les douleurs de Job, détacher d'avance l'humanilé des charmes trompeurs de la vie mortelle, et la préparer h ce combat dont l'immoi talité est le prix et dont le héraut à la fois et le commandant devait être cet Homme-Dieu plus affligé que Job et plus résigné que lui, et dont le cri suprême devait résumer à la fois toutes les angoisses des siècles passés, toutes les espérances d'une génération nouvelle, et toutes les joies d'un glorieux avenir. Le dégoût de la vie n'est pas une impiété dans le saint Arabe, car il ignore encore le prix d'une minute de souffrance endurée iiour Dieu ; il devine i)0ur ainsi dire la résignation, cette admirable patience delà foi, cette longanimité de l'espérance, cette preuve de la charité. Job n'est pas chrétien, mais il })ressent assez le Sauveur pour être mis au rang des plus grands prophètes. 11 ne se justifie pas, mais (.l.ans la sincérité de son cœur il demande justice, car il a la conscience pleine de bonnes œuvres, et la paix de son Âme lui renri encore témoignage do la jtureté de ses désiis. Pourquoi donc le ciel send)lerait-il juslilier hs sarcasmes des inq)ies? Tant île calamités n'ont pas ébranlé sa constance, mais elles l'ont étonnée, en aflligeanl sa fui; il a peur de douter, il craint le niasphème plus (|ue la mort, et au prix de soulfranccs plus cruelles encore, s'il était possible, il voudrait s'e\pli(pier à lui-même l(!S voies de Dieu pour prévenir le blas- ])hème sur les lèvres des ignora'Us; en un mol, il brûle de zè!e plus encore (|u'il n'est dévoré par l'horrible plaie dont il est frappé. Tous ces sentiments adndrables se traduisent jtar des chants de douleur et d'amoin-, (pie I oreille humaine n'avait pas encor(! appris h écouler. Ici se révèle dans an plussu- |jlim(; mission la po('sie (|ui vient du ciel, el (jui remonte vers Dieu avec les soiq)irs et l(;s prièriîs desjustes. Job send»le avoir é(<V envoyé de Dieu pour a|)pren(lre au monde la science d(;s laruics. Ilcurvux rvux (/ui i>lrurenll devait s'(''crier plus tan! un Dieu l'ail honuni! ipii venait mettre les douleurs, si jd puisiti'evprimer ain.si, à une borU; di; fulle enchère; mais dé'jà, dans le.»» siècles con- I 'm|)oraitis mu beau livre dont nous analysons seulein(!ul les b(!autés litléiviires, les - /^mes amoureuses de tout ce (pii est divin dans les choses humaines pouvaient dire : Heureux ceux qui .tavent phtiu'ei- ainsi 1
Il i'.iuihail transcrire le livre de Job dans so'i entier si l'on voulait en faire reniarcpier toutes les pensée.s sublimes ou pi'ofondes» toiiles les expressions pilloresipies et justes dans la hardu'sse de leur primitive beauté. Les discour ' fies faux amis eux-mêmes ont de l'énerijic cl de la grandeur. Li* [io<de di^
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tïrt ii'n pas voulu luenaj^or h son scrvilcnr une vicloiro trop facile : il sciiilile, cm les (''Coul.iiU, <{ii(î leur pnrolc; est sn^o, et souvent 01 nié(lit^> (lueliiue jurande maxime (|ui vient (le leur i^ehappor, comme on méditerait la parole de Dieu même; et en eir(;l c'est Dieu (jui fhit p.irler nihnirahlement rinsuflisance des hommes, pour faire comprendre combien il y a de néant dans tout ce (}ui parait grand sur la terre, niémt! dans la sagesse ap{)arente, même dans l'élfxjuence (jii'une vraie pi(''t<! ne dirige pas.
Après lîaldad, c'est Sopliarcjui prend la parole, et connue les d"U\ autres il semble accuser Jol) d'orgueil et de témérité. Pas plus (pi'eut il ne peut admettrctpi'un homme malheureuv soit juste et puisse trouver encore de lacontiance dans la pureté de son cœur : le saint patriarche é|)rouve alors tout ce (|u'il y a de tourments <i n'être pas compris lors- (lu'on s'ed'orce de rendre témoignage <i la vérité : « Eh (pioi! dit-il à ces trois infatigables parleurs, vous seuls vous êtes des iionnnes et la sagesse doit mourir avec vous! J'ai pourtant un cfcur comme vous, et les choses (jae vous savez, (jui donc les ignore '? »
Job sent la vanité cl la jalousie secrète de ces hommes opposer dans leurs Ames un obstacle insurmontable à la vérité, et c'est h Dieu ([u'il en appelle. « Le juste, dit-il, est \nie lampe méprisi'-e par les riches, et dont la (;larté resplendira plus tard <lans les ténèbres du monde. » 11 va plus loin, et, rétorquant les arguments erronés (rEli|)has, il adirme h son tour ((ue l'abondance se i>lait <la'is la tente des v(jleurs. Ici se préparent <lé)à les malédictions contre les riches, (pii .sortiront plus tard de la bouche de Jésus. Ne sent-on pas, dans les tortures de Job, <'OMnne une sorte d'enfantement des huit béatitudes? Les heureuv de la terre ne sont-ils pas déjh assez condamnés par cette épo|>ée «le la soulfrance, <iui fait triompher Dieu njême dans les alllictions d'uîi simple mortel? Ht que disons-nous, un mortel 1 Un .s<'ul jour de douleur pour U!i juste prouve l'éternité ipie Dieu lui pré'pare; aussi toutes l(vs plaintes de Job so'it-elles |)leines de toute la mi'Iancolie de la mort. Le patriarche do Hus ne peut croire que Dieu lui |)renne ainsi, pour les changer en su|)|»lices, les heures <|ui lui restcmt entre le néant de son ber(;eau et celui de sa tombe; il ne peut adniettre (ju'a(>rès avoir tant soulVert il doive h'rw aller pour jamais dans celle région de b'-nèbres et de nnsère où s'élen I l'ombre «le la mort et où mil ordre ne peut n-gner, mais où habit(! l'élenielle horreur; les bittes intérieures de son es|)(''rance et de sa foi doivent li lir (vilin p.w ce cri sublime : Je sais
révélation nouvelle, car c'est parmi les sanglo's de Job (pu; se trouve dans la Hible pour la première fois lo dogme tout chrétien do rimmorlalilé de l'Ame.
Ainsi la vraie grandeur de l'homme se manifeste dans la peinture même de ses |)lus profondes misères. Quoi de plus tristement vrai (|ue le tableau de la vie humaine (pii commence avec le (piatorzième chapitre par C(îs paroles : Homo natus de mulirrc, brevi tirens temporc , replctnr mullis miseriis ? lA il semble douter de cette résinrection même (}u'il appelle de tous ses vœux, et l'on trouve un mouvement tout h fait semblable dans la prophétie d'Ezéchiel , lorsque Dieu dit au i)rophète , en lui montrant une plaine couverte d'ossements desséchés : — Pcnses-tu que cette poussière puisse revivre?
C'est après ces peintures funèbres, dont la tristesse est prise par Eliphas pour du découragenKMit , (pjc cet ancêtre du pharisaisme ose essayer (l(î parler encore. Semblable à tous les (orgueilleux qui s'écoutent et n'écoutent jamais qu'eux-mêmes, il ré[)ète pres(pie dan^ les mêmes termes cetpril a déjà dit, et n'ajoute à son premier discours que de nouvelles amertumes : Job est abreuvé de vinaigre et de (ici, (;omme doit l'être sur la croix celui qu'il représente : il ne [)eut s'empêcher de laisser éclater sa ré|)ngnance et son dégoût : ■( Je n'ai ([uo tro[> entendu de pareilles choses, vous êtes tous des consolateurs insup[»ortables : plût h Dieu que vous fussiez h ma place ! je vous consolerais |)ar de bonnes paroles, et ma tête s'inclinerait compatissante vers vos douleurs. » Ici Job est au comble de ses alllictions, la [)atience même semble lui é(ha|)per, sa soutVrance est une véritable agonie, et celte mort (pfil redoutait comme l'enfer, il la salue maintenant comme une amie :
Oiivroz-iiioi mon tlomier .isilc :
Li( j'ai ilaiis l'oiiihre un lit lr:int(nillc, Lil prépare pour mes doiiliMirs :
0 tonilicad ! \(»ns »Hos mon père, El j"ai (lil aux vors île la Icrre :
Vous clés ma nièro ol mes sicurs!
C'est M. de Lamartine (pii traduit ainsi .a triste espérance du malheureux réduit au déses|)oir, et sa traduction est d'autant plus belle (pi'elle est plus littérale et reproduit dans toute son énergie les oittorcs([ues expressions de l'original.
Ilaldad, à son tour, répond h Job. et laisse percer tout ce (piil y a d'orgueil dans h; faux zèle (jui le porte h allliger loujours de plus en plus son saint ami. En ellet, il s'indigiuî d'être !né[)rise, et croit voir dans la (léfens(; d<> rinno(^ent (pi'ils accus(Mit un outrage pour ses amis et pour lui. « Pourquoi nous sommes-nous avilis aies veux, et sommes-nous
que won Hrtlnuptriir est riront, et (fuuu (1er- devenus pour loi comme des animaux sans nier jour je me tirerai de la terre! et c'est à raison? » Etrange })rofondeur de l'écrivain
(0 niomenl surtout (pie répr(mv(; de l'IiumaiMl»'-, ligurée par Jol», s'e\pli(pie tout entièrr?. Nous savons maintenatU h (pioi ont ^ervi les angoisses du juste : il a lutté contre la mort, et d l'a vaincue; il a enfanté au UJilicu des geuiisMuncnts et des l,trme> une
sacré, et comme il connaît bien les hommes! Ils s'irritent d'avoir tort et les noms que, dans leur propre conscience, ils sont forcés de se donner h eux-mêmes, ils les renn)chent couiine autant d'iniures.M'homme droit cl juste qui a essayé de les convaincre. C'cil
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JOB
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les outrager que d'avoir raison, et l'or com- |irend déjà, en entendant parler Baldad, la fureur de ces hommes qui plus tard répondront aux douces paroles du Sauveur tout empreintes du calme de la vérité éternelle : // o blasphémé : Quen pensez-vous? — il mérite la mort J
Job est accablé et ne cherche plus à se faire comprendre, mais il fait un nouveau tableau de toutes ses douleurs et implore un peu de pitié. 11 lui semble que l'orgueil de ses persécuteurs devrait être désarmé devant ce lépreux qui se tord sous la main de l'ange que Dieu a déchaîné contre lui : Ayez pitié ae moi, ayez pitié de moi, dit-il, vous au moins qui étiez mes amis, car la main du Seiytieur m'a frappé !
Selon le cœur de Job déjà si chrétien dans ses aspirations , on doit admettre cette maxime formulée par un de nos poètes :
Et c'est être Innocent que d'être malheureux ;
mais le pharisaisme haineux et superbe ne juge pas ainsi, et telle n'est pas la pensée des accusateurs de Job ; toutefois Sophar, le j)Jus hypocrite des trois , feint d'être accessible à la pitié, et ftrétend que les discours de Job ont fait de l'impression sur son esprit. Il ne l'accuse plus en effet directement, mais il recomm';nce une peinture terrible du tthAtiment des im[)ies et de la vanité do leur gloire sur la terre. Le discours de Sophar est [)lein d'énergie , et l'on sont qu'il f.iit passer sa colère contre Job dans la force de ses expressions, et dans la terreur de ses images.
« Quand I orgueil de l'impie se serait élevé jusqu'au ciel , et quand sa tête aurait touché les nuages , il sera dispersé à la lin comme du fumier sur la face de la terre, et ceux (pii l'avaifmt vu diront: Où est-il?
« On ne l«^ retrouvera |)as [>.us que lo songe (|ui s'est envolé ; il aura passé comme une vision de la nuit Ses os s'imprégneront des vic«;s de sa jeunesse, et ils dormiront avec lui flans la poussière. Le mal aura été doux h sa boiiche, et il le cachera sous sa langiie. Il le ménagera <;t ne voudra plus .s'e,n .sé|>arer; il le flissimuh'ra dans son gos'\i;r. Le pain fpi'il mangera devifMidra du linl d'as[»ie dans ses (entrailles ; il vomira les richesses qu'il a dévoré(!S, et Dieu l(;s arrachera d<; son ventre I... n
Quelles exprr.'ssions en [)rés(;ncf! d'unf; telle infortune 1 Ojmbien de haine se trahit ilaris ce langagrî, et combien sont tristement vrais h,'s caractères tracés dans ce grand dranio l Les iriéclifmts n'r)'il jamais pitié du juste, et plus il est fnalheureux, plils ils hj liaisserit , (»arce qur; la douleur le grandit, f»eiidant r|ue leur venge.niice les abaisse.
La flisciissiori «lontuine entre Jr»!» et les trois sophistes qui veulent faire d<! la Divinité une (luissance déilnigneuse et impitoyable pour l'homme, tandis (pie Jr>b, nu contraire, prétend que [dus l)ieu est grand, |»lus il rjoii être équitable, et <pje sa justice, si elle est toute- puissante , (loit pouvoir se |TO|Mjrlio:inLT a lu fa ble^ve de rhomm-.
L'idée de puissance lui révèle l'idée do bonté, et il ne doute pas du maître qui le frappe, mais il se plaint de ne pas comprendre les rigueurs dont il est l'objet. En un mot, la religion qui résulte des assertions d'Eliphas, de Baldad et de Sophar est une religion de servitude et de crainte, semblable à l'obéissance des esclaves de l'Orient. Job ne conçoit Dieu qu'avec son intelligence et son cœur ; il aspire d'avance à la loi d'amour et h la sainte liberté des enf;\nts de Dieu. Fort du témoignage de sa conscience, il expose sa vie entière aux regards de Dieu et des hommes ; il a fait un pacte avec ses yeux pour ne point outrager l'innocence des vierges ; il n'a jamais laissé ses serviteurs avoir faim , et la porte de sa demeure n'a jamais été fermée au voyageur ni à l'étranger. Il n'a consulté, pour faire le bien, ni la crainte de l'opinion des multitudes, ni les préjugés de ses nroches... « Ohl qui me donnera, s'écrie-t-il enfin , quelqu'un pour me comprendre? et puisse ma vie être écrite par celui qui méjuge ! Je porterai ce livre sur mon épaule ; je m'entourerai de lui comme d'une couronne, je le relirai à chaque pas , et je l'oITrirai à l'avenir comme à un prince.
« Si la terre crie contre moi , et si les sillons pleurent avec elle ; si j'ai mangé ses fruits sans les avoir achetés, et si j'ai allligé l'âme de ses cultivateurs ; au lieu de froment, qu'elle me donne des ronces, et au lieu d'orge, des épines. »
Ici finissent les paroles do Job, et il est remaripiablefpi'il résume ainsi rini(iuité dans ce «oui crime de manger les biens de la terro sans les avoir achetés, et de contrister l'Aiiuj des cultivateurs et des travailleurs. Jésus dc' vait dire plus tard : Malheur aux riches ! il est plus facile A un chameau de passer par lo trou d'une aiguille (ju'à un riche d'entrer dans le royaume du ciel. Job sendjle être le ty|»e |»riinilif du pauvre Lazare insulté par le mauvais ricin;; Dieu, en permeltant au mauvais esprit d'allliger le [ilus juste des hommes, voulait honnr(T la donleui*.
Les trois amis de Job se taisent enfin. Les hommes n'ont plus rien à dire devant celui qui en appelle à Dieu s(;ul; mais voici (pi'un quatrième interlocuteur, dont on n'avait pas I)arlé (;t(pii se trouve là comme s'il n'y était ]»as, va trouver encoredans riii(!Xp»''rienc(!et dans rorgiieilleus(,' témérité de sa jeunessw le triste courage d'iusniler au\ larmes dit juste. Nous trouvons ici (pn-hpn; anahigio entre c(!lte donnée du livre saturé et l'ancien apologu" du lion nialad(;. Oui sait d'aiU leurs si cet apologue, transmis à Ivsopi! par Lockman, n'est pas une sfu'te de symboln hiéroglyphique de l'Iiisioiio du saint patriarche? Le lion de la Ijibb; ikî p<!Ut se rési' gner à l'outrage de l'animal (pji r(!prés(înto l'entêtement jfjint à la sinise, et Dieu luimême va s'interposer pour ne pas laisser sf»n serviteur sous h; couji des sar(Uism(!.i dr.lihu.
C.ii ijuatrjijiie paileur nous apprend hiimème qu'il est jeune, cl </ii le voit ussuis h
JOB
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r»Milliire (le s(\s i)ar()les et h l'in^énuit»^ ih; son sol oriiueil. Il traite av(;c le ['lus [)rofonJ mépris les vieillards qui viennent de parler, parée qu'il n'a pas trouvé dans leurs longs propos assez d'injures contre Job.
Le début d'Klilm est d'une enllure ridicule, et pourtant l'enthousiasme naturel à la jeunesse le oonduit ensuite plus près de la vérité (|ue n'ont pu en apiirocher aucun dos trois amis de Job. Il proclame la nécessité de la foi, et répète en termes plus juvéniles ce que le saint prophète a dit lui-même à la gloire de la Providence. Le discours d'Elihu est phMii d'expressions pittores(iues et d'un eil'et inatt(^ndu; les nuages (jui sèment la lumière. Dieu (lui cache le jour dans ses mains, les gonds des |)ortes de la mer sur lesrjuels la lumière de la foudre s'étend connue un voile ; on y trouve aussi les plus ^étranges notions de plivsi.pie; les eieux. solides et fabri((ués d'airain fondu, l'or ciui vie'U de l'aciuiloii. Ainsi Elihu eweloppeues sentiMices dans les discours inconsidérés d'un enfant, comme le déc'Iare Dieu même, 4]ui vi(."ilim|)Osersilcn(;eà ce |)résomptueux, ri qui vient clore ce co!lo()ue tita'iitpie par <lcs paroles aussi mag'iili([ues (jue la créalion dont il déroule les merveilles.
Le discours de Dieu à Job est plein de ces l)eautés surnaturelles ([ui sont familières aux écrivains sacrés, mais qui ne se trouvent juille part avec autant de profusion ([ue dans ces pages si puissamment colorées.
« Où étais-tu (juand je posais les fondements de la terre? Qui en a fixé les mesures? Qui en a jeté la pierre angulaire, ^ l'heure oh me célébraient ensemble les astres du matin, et([uand se réjouissaient tous les (ils do Dieu.
'■( Qui a refermé des portes sur la uier lorsqu'elle s'éLani^ail dans l'énergie de son enfantement? lorsque j étendais la nuée pour la vélir, et lors(]ue je l'ennuadlotais de ténèbres connue da-is les langes de l'enfance.
X J'ai tracé autour d'elle mes linntes, et je lui ai dit : Tu viendras jus(prici, tu n'iras pas plus loin; ici tu briseras lorgueil de les flots I... »
L«!s forces et les beautés de la nature, tel esl le double sujet di'S dc^scriptions (pii so .succèdent dans ledisc(mrs de l'Klernel. Dieu, ru elfet, n'a jias d'autre réponse à faire h l'orgueil ([ui se révolte à cause (hîrexistence du mal, (pie de montrer (piil e-^t fort et iju'il esl bon, mais (|u°à lui seul ap|)arlicnl le secret de ses œuvres.
.Vprès les magnificences du ciel, viennent se résinner, dans la peinture de (jne^jucs animaux, les mystères d(! la nature, l'ibis el l'onagre du désert, h; ihinoeéros indomptabh;, raiilru('he (pii abandonne ses œufs ;\ riniuibalion du soleil, le cheval (|ui semble^ créé pour la guerre, et l'aigle (jui suspend son aire h la crèlo des montagnes, et (jui narlago des lambeaux sanglants à ses aiglons niramés. Tous les lilléraleurs (pii sesonloc rupc's do la IJiblo o'it parh' du discours de DiiMi h Job, el so sont complus d'une maluive, loulc particulière «idii^ la description
du cheval guerrier. Les amateurs du genre descriptif ont rapproché de cette belle élude do cheval plusieurs morceaux analogues extraits des poètes profanes; le résultat déco rapprochemenl a laissé la [)oésie du livre sacré au-dessus de toute comparaison conmio de tout éloge. Dieu seul, en elfet, peut faire sortir de la terre, connue des sauterelles, ces animaux doués de tant de force et de beauté; lui seul peut inspirer de gloire la terreur qui gonlle les naseaux des coursiers, el jeter autour de leur cou nerveux, qui s'arrondit et se replie, le tonnerre des lien lissoments ; brûlant el frémissant, le cheval absorbe l'espace ; la rapidité de sa course semble dévorer la terre ([ue creuse sou ongle ; il so jette au-devant (l(>s combnilants; le bruit de la trompette lui fait pousser un souffle de fierté et de joie qui ressemble à une parole ; il respire la bataille et semble savourer à longs traits cette odeur de poussière et de sang qui se mêle aux cris des capitaines et au mngis-ement des arméos.
Jamais, dans les S'ijels les plus simples, la parole humaine ne pourra dé[)loyer autant de [)uissance, parce (ju'ici l'audace ne saurait être de la témérité ; le Créateur esl le maître absolu des modificalio'is de la parole, et ([uand il crée en parlant, c'est lui ifui se révèle. Ici les plus grandes hardiesses (le l'ode sont calmes cl sim[)les, ou du moins semblonl t(>lles h cause de la grandeur infinie de celui (jui parle ; on sent <|uc, loin de s'exalter par l'enthousiasme, le clivin interlocuteur tempère la force de ses expressions pour ne pas briser, en les remplissant de sa gloire, les formes finies du langage di's hommes : Dieu parle d'une voix douce et lran(piille, et l'on se sent accablé, ébloui, étourdi. Comme il confond l'orgueil humain en lui opposant l'instinct même de ces animaux (jne riiomme tlomine sans i)ouvoir les comprendre !
Mais c'est surtout lorsqu'il en vient h la description de Léviathan el de Héhémoth, ces deux personnifications de la force animale dans ses propfirtions les plus giganlesfjues, loi-squ'il fait couler leslleuves dans les entrailles de Léviathan pour le désaltérer, et (lu'il endurcit la cuirasse de ce géaiil de la terre, sur les écailles duipiel glissera la foudre ; c'est alors, dis-je, (juc l'Iiommc, repoussé au fond di' son néant, se sent écrasé sous le |)oids de tant de merveilles, eldoil s'incliner devant celle nature, (|ui est si p-elilo elle-même devant limimMisité <le Dieu.
Le dr.nne de Job st> dénoue par (clte inlervention de la Divinité ; les calomniateurs du juste sont réd'.iiish le prendre pour médiat(Mir ; la nrolection manifeste du Trèsllaiil ramène a Job des amisavec des.'-ccour.N; il devient plus riche et plus heirenx (pi'il navail et(', et il ne lui resiede ses maux (puj 1 1 couronne d(^ la patitMicc et les admiiables prières (ju'il doit laisser vivantes i^ jamais dans la mémoire do Dieu cl des hommes.
Il existe un assez grand nombre de traductions ou de puraoluases eu vers du livr»;