JOËL
JONAS
(le Job. On en trouve une du doct(Mjr Young h la suile de son pooiue des Nuits. M. îîaour- Lorinian de TAcadémie française a traduit assez heureusement les passages les plus remarquables du discours de Dieu à Job. Il y a dans le livre de Job le sujet d'un drame admirable qui n'a pas encore été traité ; le moyen âge seulapu hasarder quelques mystères où Dieu et le démon venaient jouer leur rôle; mais l'épopée dramatique de Job reste dans sa simplicité primitive, et découragera toujours les imitateurs. Le sujet en est, pour ainsi dire, éternel. La lutte du bien cl du mal, le combat de la vie, la vertu triomphante dos douleurs et de la mort ; voilà l'histoire morale du monde, que Dieu n'a créé que pour ses élus ; et en effet la vertu seule est (juelque chose: Satan et ceux qui parlent pour lui ne sont que des ombres ((ui iont mieux resjjlendir l'auréole de Dieu autour de la tèt(; du juste.
Le livre de Job étant un des livres poétiques de la Bible, et le plus important peutôtre de ceux de l'Ancieu Testament, nous avons consacré un long aiticleàson analyse o; nous regrettons que les bornes de cet "ouvrage ne nous aient pas permis de suivre page à page, |)hrasepar phrase et mot à mot, une œuvre qui serait un des chefs-d'œuvre de l'esprit humain, s'il n'était pas une des plus éclatantes manifestations de l'esprit de Dieu.
JOËL. — La prophétie de Joël tout entière peut être prise pour une image du jugement dernier et des événements qui doivent le précéder, c'est la [irophélic des derniers temps : des malheurs conmic on n'en avait pas encore entendu raconlf;r, une succession (le fléaux qui dévorant les biens de la terre et réftandentia famine dans les campagnes; les cités désolées, le sacrifice perpétuel interrompu, une horrible sécheresse rpii tarit les sources des eaux et brûle tr)ule la verdure. « So'inez dt; la tronqtelte dans Sion, hurlez sur la mo;it;ig[ie sainte, que tcms h-s habilants de la terre soient dans le trouble, car le jour du .Seigneur airive et le voi à tout piès de nous! »
Joël Voit ajtparattre alors ces armées innombrables cl mystérieuses rpii plus tard devaient remplir d'épfiuvante les sombics visions de s.iint Jean : celle c.ivaleriu rpii «ouille le feu rttqui laisse après elh; fies traînées de llannrios, ces chevaux à lètes di; lion et h queues <Ui 8<,Tp(;nls : c'est la milice du dernier dévastateur, c'est l'Anlcchrist qui passe connne le simoun au désert : il trouve la terre cultivée comme un jardin de délices* cl la Idisse aride et dévasu-e ; les soldais courent sur Un remparts, ils monbî'it sur les murs, ils eniifiril dans les maisons par les fenèlres : la terre tremble et les cienx »ont ébranl ''.s, le solei! et la lune s'obscureissenl f;t les étoile» perderii b.ur clarté. Co'iverlissez-vous, dit le Seigneur, et |>eul- Mre la colère .s'arrèl«-ra <;l voire Dieu vous pardonnera. Dieu arrêtera en f)(lV;t dans sa ctmrnu relui (|Ui vient du nord, et il h; rehaussera dans se» déscris ; il fera refleurir
la campagne aride et l'abondance reviendra dans le monde. 11 y aura entre les calamités qui annonceront la Un prochaine et les dernières catastrophes un temps de repos et de félicité. L'esprit de Dieu sr- répandra sur toute chair, la prophétie deviendra en quelque sorte commune, les songes alors seront lucides et il y aura des ]irodiges qui apparaîtront comme des signes, et ces signes, dit Joël, seront le sang, le leu, et la vapeur, étrange prescience des inventions modernes! puis le soleil deviendra noir cl la lune couleur de sang, et Dieu rassemblera toutes les nations dans la vallée de Josaphat. Le ciel et la terre seront changés, et l'on saura c|ui est le Seigneur.
Alors Jérusalem sera sainte et il n'y passera plus d'étrangers. Les montagnes distilleront le miel, cl le lait coulera dans les vallées. Ces peintures d'une félicité qui devra être éternelle se rapportent à la Jérusalem céleste et à l'éternité bienheureuse
La prophétie de Joël n'a que trois chapitres, mais elle est citée plusieurs fois dans le ISouveau Testament, ce qui prouve son importance. Plusieurs des images de Joël sont répétées dans l'Apocalypse, et c'est à dill'ércnls passages de ce piophète qu'on a emprunté les traditions sur le jugement dernier.
JONAS. — L'histoire deJonas est un de ces merveilleux récits qui font de la Bible le livre le nlus attaciiant (jui soit au monde : c'est une de ces ligures touchanles comme la parabole de l'enfant prodigue, et qui font aimer Dieu en le rapprochant des honnucs; car la vérité hisloi i(pie de la Bible ne l'empôche pas d'èlre tout (intière une représentation et un symbole de l'avenir. Il y a dans la narration du |iropliète tout un drame palpitant d'intérêt et plein d'ini enseignement sublime. Jouas le piophète reçoit l'ordre (i'aller prêcher ;i Ninive, mais au lieu d'obéir il veut se cacher et se dérober aux fatigues et au |)éril du saintministèie. Il s'embarqin; donc h Jopjté jiour aller 'i Tarse ; mais voici une hr)rrible tempête (jui assiège lo vaisseau en pleine umm- : cette lempêbî parait sinnaturelle, on e i conclut <]\U' la vengeance; du ciel poursuit quelcpie grand coupable caché parmi rtWpiipage, on lire au soit pour connaître (;elui (lue Dieu veut [)unir et le sort tombe sur J(jnas oui dormait.
On piMil ra[i|>iocher do ce sommeil de Jouas pendant la lem|»êlo celui do Jésus- Christ un instant av.int (lu'il m; calm/ll la mer. Jonas aussi va r«Mi(lre la traïKpiillilé aux Ilots en leur livrant leur victime : il rrr-onnalt sa fanli;, il l'avoue el insiste pour (pi'on l(! jette ,'i la mer ; les gens du vaisseau ont peine <i y consentir, Jii.iis la tempêl»; augiiKMitf! el ils disent : « Seigneur, no nous punissez [»as a cause de la mort de cet homme : c'est vous qui av(!z fait ce <pj(i vous avez voulu 1 » Ils le, prenn(!nl doni; el le jellent h la mer : aussilAl la tourmente s';ipnis<î. 'I(!l est en quelqim sorb; le [l' cmier acle do ce drame prophcliquc.
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JONAS
JONAS
Cppondnnt Jonns, devenu virtiine pour l(« sailli ilo tons, et représentant ainsi le lù- (lenipttMir du monde, Jonns ne doit pas périr dans les Ilots. Dieu ne veut pas la mort de son envoyé désobéissant, mais 11 ne souffre pas qu'on lui désobéisse, et il vent le renvoyer à Ninive : un poisson monstrueux se trouve prêt par les soins de la Providence et engloutit Jouas tout vivant dans ses entrailles. Du fond de cet abîmer Jonas élève vers Dieu ses actions de grAces et ses prières. Il serait intéressant de ra{)proclier du cantique de Jonas Télégie de Danaé exposée dans un colfre à la merci dos flots, telle que nous la trouvons dans les fragments de Simonides : il y a dans les plaintes de Danaé quelque chose de plus lunuainement louchant, car elle pleure et elle prie pour son enfant endormi près d'elle sur la poupe ; tandis qu'autour d'eux mugissent les mers et (ju'au-dessus d'eux se iouent et se brisent les vagues, elle prie les dieux de prolonger le sommeil de son enfant et d'endormir aussi l'abîme et les angoisses de son cœur...
Dormez, vngues; dormez, souffrances maternelles.
On s'attendrit pour la cou|iable Danaé lorsqu'on l'entend prier pour son enfant , et le sommeil de cet innocent, puni des fautes de sa mûre , donne à ce tableau , h la fois touchant et terrible , un intérêt des plus diamatiques. Jonas se dévouant j^our le salut des matelots qui ne peuvent se résoudre à lesacrilier, Jonas précipité dans les Ilots , et recueilli par un monstre de la mer, n'est déjà {)lus le prophète pusiJanime qui fuyait les devoirs sacrés de sa mission. 11 est devenu l'image du Rédempteur, auquel le faisait ressembler d'avance son sommeil si plein de résignation au milieu de la tempête. Kt ici nous ne pouvons nous empêcher de remarquer la même image répétée trois f(»is dans des circonstances si dillérentes et dans deux littératures si opposées : le sommeil de l'innocence , celui de la Divinité et cebii du repentir. Au milieu de l'orage, le Persée de Simonides est moins touchant <]ue Moisi» exposé sur les eaux; car il dort du moi. s auprès de sa mère , tandis (pie Moïse est abandonné , seul dans son berceau , flottant sur le Nil. Jonas no peut exciter la même pitié (|ue Persée , et ce[tendaiit on le |tlaiiit lorscpi'on l'entend demamler la mort ; on treml>le |»our lui lorsqu'on voit le monstre prêt h l'engloutir; mai> quand du fond même di'S entrailles du it-vialhan son ( antiipie s'élève vers Dieu, on ne craint plus pour le [mophète , on admire les merveilles de la toutepuissance divine, l't Jouas nous parait aussi en siUeté dans cet épouvantable asile (pie le Sauveur lui-même lorsipie nous le voyous dormir plus lard sur la barque battue des Ilots.
L'élégie de Simonides , (pie nous venons do citer, n'en est |ias moins un des cheisd'<euvre de l'antiipiité; nous n'avons nourt;ui( comparé la prière de Danai- à celle de Jonas (pie pour faire ressortir par ce con-
traste tout ce que la grandeur du Dieu qu'ils ador(>nl donne; de su[)ériorilé h ceux (pii irivo(pient l'Hternel. Jonas n'est j)as iii([uiel , il ne se plaint nas de son sort ; il chante, au contraire , les louanges du Seigneur, rjui le sauve en le punissant , tandis que Danoé n'os(.' ni espérer ni attendre son salut de ce Jupiter (pii est son complice, et qui mériti^rait d'être plut(*)t châtié (|u'elle-même. L« vrai Dieu seul pouvait avoir de vrais adorateurs, et seul il |)eut donner h ceux qui croient en lui une foi plus forte que les tempôles , i)lus i)rofoiide (pie la mer, plus invincible ([ue la gueule béante des monstres de l'abime. La foi de Jonas n'est |ias vaine ; le poisson gigantesque (jui l'avait recueilli , plut(>t que dévoré, le rend sain et sauf au rivage, après trois jours et trois nuits passés au fond du gouffre : nouvelle image de la sépulture de Jésus-Christ et de sa résurrection. Cette fois Jonas obéira sans retard aux ordres du Seigneur : il se rend immédiatement à Ninive. Le prophète marche pendant tout un jour dans cette cité immense , puis il élève la voix, et crie au peuple qui se rassemble autour de lui : « Encore quaranl»; jours, et Ninive sera détruite ! »
« Les hommes de Ninive crurent en Dieu, dit le texte sacré, et ils annoncèrentun jeiine, et ils se revêtirent de sacs , depuis le plus grand jusqu'au plus |)etit. El la parole parvint jusqu'au roi de Ninive, et il se leva do son trône, et il jeta ses vêtements loin do lui; il se revêtit d'un sac, et s'assit dans 1:» cendre. »
.\insi, voilh tout un emjureen deuil parce (pi'iin prophète a i)arlé. C'eût été un triomphe assez grand pour le zèle d'un apôtre; mais les zélateurs de l'ancienne loi comprenaient mieux la justice de Dieu que sa miséricorde. Jonas se retirer de la ville, et attend raccomplissement de sa menace.
Les quarante jours se ])asseiit , et Niniv«î subsiste toujours. L'orgueil du prophète en est blessé. « N'est-ce pas ce (pie j'avais prévu, dit-il , lorsque je voulais fuir h Tarse? Je savais combie i V!»us êtes un Dieu porté h la miséricorde et à la clémence. Maitilenanl, faites-moi mourir; (ar la mort serait pour moi meillcuie (pie la vie! »
Dieu ne lui ré[)oii(l (pTune parole, dans laquelle respir" toute la sagessi^ (h» l'éternité et toute la compassion de l'inlini pour les imperfeclions humaines : « Penses-tu que la colère soit bien raisonnable? » Kt il abandonne 1(! prophète h ses propres réflexions. Cependani il veut frapper son esprit pai 'un signe. Jonas s'élail fait un abri contre l'ardeur du s()l(>il pendant qu'il priait : un(> toiitVe de lierre y (noII (Jans l'espac»; d'une nuit , et procure h Jonas un ombrage épais; puis un ver pi(pie la racine de la plante, et elle meurt. .Mors l'irascible Jonas , ou plut(M l'enfant déraisonnable du Seigneur, se déS(de eiicori! , et souhaiter encore une fois la mort. « P»nses-tu, lui répèle l'Eternel , epie ta colère soit bien raisonnable? — Oui , ose répondre l'insensé; j'ai raison d'être irrité et de désirer la nioil