LAMARTINE
h r<niise de ce lierre. » Et Dieu lui répond : « Tu pleures sur le lierre qui ne l'a coûté aucun travail , et que tu n>.s point feit croître : en une nuit il est né , et en une nuit il a péri. Et je n'épargnerais pas Ninive, cette grande cité , où se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer entre la main gauche et la droite, et un grand nombre d'animaux 1 »
L'histoire et la prophétie de Jouas finissent par cette touchante parabole, si encourageante pour le repentir, et qui semble déjà, dans l'ancienne loi elle-même, rapprocher le ciel de la terre. Vienne maintenant le Sauveur du monde , il devra être compris de ceux qui auront médité les Ecritures , lorsqu'il apprendra aux hommes à s'écrier : « Notre Père, qui êtes au ciel 1 »
Le récit de Jonas est remarquable par cette abnégation qui sacrifie Thomnie tout e.itier à la gloire de son maître, par le sen-
timent de la solidarité das hommes devant Dieu et de la réversibilité des {tardons ou des cliAtiments, principe du dévouement do Jonas le désobéissant , principe aussi , plus tard , du dévouement de ce juste par excellence , qui est ici représenté par Jonas en sens inverse , quant a la culpabilité de ce dernier. C'est pourquoi sans doute l'histoire du prophète englouti par la mer a inspiré à l'art chrétien plusieurs de ses premiers symboles , comme on peut le voir dans les ouvrages sur l'archéologie ciirétienne. Ce type de l'homme conservé vivant dans les e'^ritrailles de la mort , et bénissant Dieu du fond même de l'abîme, est du reste assez sublime pour avoir mérité le rire stupide et les sarcasmes méprisables du xviir siècle. Comment Jonas aurait-il échappé à la vervo plaisante de ces infortunés qui ont pu rire de Jésus-Christ?
KLOPSTOCK. [Voy. Poksie èpiQLE.)
LACTANCE {Lactantius Firmianus) , l'un des plus savants homrn(;s du iV siècle, s'était livré avec ardeur pendant sa jeunesse à la culture des lettres profanes; aussi jjarlet-ii le latin du siècle d Auguste, et donne-t-il à ses ouvrages des formes cicéroniermes ; ce qui n'est fias une qualité au point de vue de la littérature religieuse. Lactance n'en est pas moins un a[)ologiste distingué, et il a réfuté avec force l»;s erreurs du [jaganisme. Son traité de la Mort des persévuteurs est .surtout remarquable. Son ouvrage principal est le traité drx Institutions divitics, h la lin duquel on trouve une curieuse prédiction des choses quidoiveut arriver h la lin des teriqis.
LA MENNAIS. — L'abbé Félicité de La Mennais, f|u'on ijcuI a[)[»eler le Tertullien du XIX' siècle, a écrit le premier volume do V lndiff(' retire en matière de reiKjion , la traduction de Vlmitntion de Jesiix-Cfirist, et un fictit livre intitulé le Guide du premier dfje. Nous devons nous abstenir de rncntionrier ses autrf-s ouvrages. Sous le rapprit t du style, c'est un des premiers écrivains do .son siècle. Il traite seulernenl un peu trf>() la ))hilosophie en poêle et la théologie' en pinlosrtphe. La sirrqJicilé clirélieruie lui a riianqiié, et «[très avoir éloquemrnent réfuté Kousseau , il a marché dans la même voie de rationalisme chagrin et d'égoisme senlifuenlal (Jégui/^é en nhdanlhropie. (/est une brillante étoile éclipsée, et un [»auvrc homme de génie rpii a survécu Ji sa gloire en même temps rpi'a sa foi. Que Di';u fasse paix à ses dentiers loursl
LAMAKTI.NK. — M. de Lamartine est une iU'% plus grandes r<;nomrriées jioétirpjes d(! iKilK; é(io(pie , il so'i nom mr'fite une place
des plus honorables dans notre Dictionnaire, si nous avons seulement égard «^ ses tendances excmsivement religieuses, à ses belles études sur l'Ecriture sainte et au caractère chrétien d'un grand nombre de ses poésies. Sa versification est d'une harmonie qui va peut-être jusqu'à l'excès, et l'on jteut facilement s'enthousiasmer pour ses œuvres. 11 personnitic, en l'idéalisant encore, le côté romanesque du génie de ChAleaubriand , mais nous trouvons dans ses rêveries trop séduisantes quelque chose de dangereux j)Our la jeunesse, <'t dans sa forme brillante, qui déguise souvent un fond peu solide, (juelque chose de préjudiciable au bon goût. Mettons h part le pi<'.sligo du talent, que nous resle-t-il de ses (nivres?
Les Méditations poétif/ues sont les migraines d'un génie fatigué à force d'entuii. Les Harmonies sont des airs de pastorales d'opéra-conu(jue carillonnés avec des cloches garnies de coton <;t de salin rose. La Chute d'un an(je est une parodie sérifMise du Pcntayruel do R.ibelais en si} N; de la /{elle aux cheveux d'or. Le Jorrti/n est h; sublime du genre niais, Irailé en beaux vers, (yest l'histoire d'un jirêtrc! malgré lui, qui se fait le martyr des croyances (ju'il n'a |>as, et se dévoue par aniour-pr<t[»n; s(!ul(!metit (puisrpio la foi et, par conséipienl, la cliarilé lui man- (pjentj <i des sacrilices (pj(! son cceur réprouve;, et dont il n'(;sl [tas la seule victime. On pleure en lisant Jocrh/n, et l'on hausso les épaules loiscpi'on (lierclu! .'i l'analyser.
Ses rjuvrages en pros(! ont l"s mêmes quab tés et les mêiruîs défiuts. Son Voi/aije rn(Jrirnl est une ;ipologi(! du m.iliomélistUe ; son Histoire de» (iiiondins, un élo^o contie-révolu-
i.F.r.KNOFS
UXEiNDES
es.)
lidnii.tir^ «lo la r.'voliilion, vi un |il.ii(loyor ni faveur ^\os. virtiiuos ijui conilul <mi f;ivciir lies hoiurca IX. Co CDUlrc^-scns liistori- (|iio n (Me roccasion (ruiio révolulio;!, ([ui a ôlé ollo-inèmc un autre poiilrr-sons liistori- (jiio dont M. '.le Lainarlino a été le paravloxo vivait.
On pourrait dire do ce pnëte au génie malad(>, en imitant son style : M. de Lamartine est un ontaU t;.Ué de la gloiro, qui s'adore vaguement lui-môme. Dédaigneux dos complaisances de la terre qui lui prodigue toutes ses séductions, il se mirecontinuellcment «lans le ciel comme dans un lac d'azur sans rivages. Sa propre image, (ju'il croit voir se refléter dans rintiid, aspire continuellement et attire à elle toute la sève, de son génie, (pli s'étiole et maig'il sous l'action de ce vampirisme imagindiro , mais céleste 1... Lorsipie sa tige se sera desséchée ici-bas, cette belle plante exoti pie revivra sans doute dans le ciel vague des rêves romantiques, sous la forme d'une fleur de lumière ayant la corolle d'un narcisse et le diadème d'uni^ étoile.
LÉON (saint). — Le pape saint Léon, surnommé le Grand, résuma dans sa personne toute la sainteté, toute la science el toute l'éloquence de l'Eglise au V siècle. Ce fut lui (|ue Dieu ojiposa au débordement dos barbares connue celte marque de son doigt qui dit aux vagues de la mer : C'est jusqu'ici que vous viendrez. Léon osa marcher seul au-devant d'Attila, el le Fléau de Dieu eut peur devant la majesté du [)rèfre. Il crut voir les saints af-ùtres marciier, réi)ée nue, aux côtés du jiapc; il baissa la télc et tourna bride. Celle magnilique victoire d»; liiilluenee morale sur la force physique a four:ii h Ua[)haél le sujet d'un de ses plus beaux tableaux, el pourrait être le l)lus bel orncmenl d'un beau poëmc.
Saint Léon est le premiin- pai)e qui nous ail laissé un cori)s d'ouvrages; nous avons de lui 0(> sermons, V^i lettres el un livre .sur la vovntion dcsqcntils. Le style de saint Léon est faciNî et élégant; on sent partout qu'il avait fait d'excellentes éludes; mais l'v, qui l'ail le nrineipal mérite de son style, c'est 1 énergie île la loi qu'il y manifeste et les SL'nlinnnits d'une véritable piété.
L^:(iKNDKS. — Les légendes sonl l'histoire piiétique du ehrislianisme. On ()eut les pai-Inger eu trois classes : l" 'es légendes rtuthenliques el liturgiiiues adoptées pour le bréviaire; '2" les légendes allégoriipie>; 3' Ie5 légendes traditionnelles el populaires.
Le proleslanlisme a fait la guerre aux légendes, comme aux images, connue aux eirémonies, comme aux eostumes religieux, connue h tout ce ipii charmait l'imaginaliou el parlait nu cieur. Une raison sèche el jalouse a dépouillé, dans toules les régions frappées du soul'll.; aride de la réforme, les aulels do leurs llambeaux cl de leurs Heurs, le lit des pauvn s de ses images bénites, el les veillées de Nocl de leins mei veilleuses histoires. On n fait f\v^ crimes ji l'Kglise de fcoii in lulgencc mulernolle, de soi luxe de
poi'sie pour attirer vers Dieu les ;1mos .'limantes, de Ses livres cnloriés d'or et d'azur, de ses naïfs et admirables légendaires. Qu'ini csl-il advenu? Ilélas! C'est que l'ennui ofliciel a |)ris la place de 1 1 j)iété, et qu'on a substitué <\ la religion j(> ne sais quelle hyj)Ocrisie froide, roide el guindée, qui i)ayè à Dieu ses prières h l'échéance, et se fornialiserail l)Paucoup si ce créancier mal satisfait réclamait encore, en sus de son tribut de paroles, (piehjues soupirs et quelques larmes.
Sans doute qu'il ne faut pas confondre av(M', l'histoire authentique i!es saints les miracles souvent bazardés de la légende allégorique ou fabuleuse; mais il ne faut proscrire sans pitié ni ces allégories qui sonl des poi'ines dans la manière des prophètes, ni ces traditions du foyer embellies, de génération en génération, par une pii té crédule. Les unes, en eiïcl , sont des créations de l'esprit; les autres, les rêves du cœur; el les unes comme les autres réalisent l'idéal de la vraie poésie chrétienne.
Les chroîiiques sont la légende de l'histoire; la Légende dorée est la poésie de li vie (les saints, et la somme des anecdotes chiétiennes, transmises de bouche en bouche, commentées, embellies, ornées de circonstances merveilleuses, formant une espèce ilo catéchisme en images (pii a été recueilli et mis en ordre par les collecteurs de la lleur cl du miroir des exemples.
Parmi les légendes allégoriques, quelquesunes s'élèvent h la grandeur de l'épopée, et même de la prophétie. L'histoire symboli(]ug du Juif errant, par exemple, pourrait servir de thème» une épopée universelle du christianisme. M. Eugène Sue a mal compris cette idée, dont il a cependant pressenti la grandeur. Seulement, ayant des passions à caresser el des pnMugés à ménager, il a fait un long pamphlet au lieu d'une éi)0|)ée. ALiis tout le monde n'est |)as capable d une épo[>ée, el il suflil d'avoii- un peu de méchant esprit pour réussir dans le pami)hlet.
La légende de saint Christophe, dont nous avons })ailé ailleurs, est une ligure digni' du génie des|)rophètes ( Voij. Am.éuouifJ. L'idée en était giganlesipie, conune la statue qui en rappelait le souvenir. Celle allégorie magnilique contenait tous les myslèics de l'iniliation chrétienne : aussi disait-on ipie pour èlre en silreté il fallait avoir vu saint Christophe, c'est-.'\-dire avoir compris le sens de celle parabole.
Les Evangiles ont aussi leurs légendes dans le cyclo ihîs apocryphes ( Voy. Apocuyrui'.s), el ces récits, ipie Voltaire a cru devoir traduire [)(>ur décrier |.ar la comparaison les Evangiles aulheniiques, ajoutent un nouveau charme à la simplicité des récils du livre divin, el peuvent, si on les emploie avec choix, fournir les sujets les plus louchants h de nouvelles cl délicieuses iioésies.
Chaipie pays chrétien a ses h'giMidcs partii ulières, conformes à ses antiijues traditions et au génie (jui lui est propre. Celles du Nord sont plus sombres, celles du Midi plus gracieuses. C'est au Nord ([uc le démon