‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 105 sur 233 · LULLE 68S · texte numérisé non relu

LULLE 68S

Jacciues I", roi d'Aragon, entreprit de chasser les Sarrasins des îles de Majonpie et de >Iinorque , et, ayant réussi dans cette campagne contre les infidèles, vint se lixer dans une des îles qu'il avait reconcpiises h son roi, et y amena sa femme, dont il eut, dii ans après, un fils auquel il donna son nom do Raymond, et qui fut noire Raymond Lulle.

Ouand cet enfant, qui manifestait une intelligence extraordinaire, fut en Age d'étudier, on lui donna dos maîtres, mais il ne put rien apprendre. Son génie èiaït comme ces belles perles de la mer qui ne s'ouvrent qu'à la rosée du ciel, et le ciel n'avait pas encore parlé pour lui. Son père l'envoya donc à la cour de Jacques II, qui, plus tard, fit le jeune Lulle sénéchal des îles et grand prévôt ou maire de son palais. Ayant acquis une grande faveur et de grandes richesses, il fit un mariage de convenance, et eut trois enfants, deux garçons, nommés, l'un Guillaume et l'autre Raymond comme son père ; mais le cœur inquiet de Raymond Lulle ne trouva la paix ni dans la faveur de son prince, ni dans les honneurs qui accompagnent les richesses, ni dans les joies de la famille. 11 aspirait à quelque chose d'immense et d'éternel , qu'il ne savait pas définir , et son Ame était malade de ce vague désir (Je l'inconnu. 11 vit un jour une dame dont la piété extraordinaire augmentait encore l'éclalante beauté; l'expression angélique de cette figure, où se révélait d'avance la béatitude infinie, trompa les aspirations de Raymond ; il crut trouver dans une passion criminelle le bonheur qui le fuyait toujours, et il se mit à importuner et à obséder même celte dame, qui était de Gènes et se nommait Ambrosia di Castello. Cette sage personne ne crut pas devoir combattre rudement et ouvertement la passion de cet insensé, en qui elle devinait un grand homme, et peut-être un jour un grand serviteur de Dieu. Elle lui dit seulement que jamais elle ne se livrerait à des sentiments que la crainte de la mort empoisonnerait toujours pour elle. « Je sens mon cœur fait pour aimer toujours, et c'est pourquoi il se retient d'aimer dans ce monde où tout doit mourir. >Lais, ajouta-telle, on dit que la science peut trouver un élixir ([ui prolonge indéfiniment la vie. Cherchezle secret de cet éfixir, ù Raymomll et (piand vous l'aurez trouv'é pour nous deux, peut-être alors pourrai-je vous aimer cl vous appartenir. »

Ambrosia di Castello ne parlait ainsi (pie pour gagner beaucoup de tem[)s, espérant (jue pendant cet intervalle, l'étude, le temps et la ferveur de ses prières éteindraient la passion de llaymond Lulle. .Mais cette parole d'unejiersonneaiuiée frappa l'imagination du chercheur. La science 1 il n'y avait pas encore pensé. Le voilh qui se livre h l'éUide de l'alchimie avec persévérance, avec ojiiniAtrcté, avec désespoir ; les années se succèdent, il devient veuf, Ambrosia di Castelloi»erd ellemême son époux : Raymond semble avoir oublié celle qu'il avait voulu rendre coupable ; la science l'absorbe tout entier, il

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