‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 108 sur 233 · I.YIUQCE G · texte numérisé non relu

I.YIUQCE G

oole dAviTroès ; il prit sa route vers .\lger, où, ayant fait encore un grand nombre de conversions, il lut battu, mis en prison, b<1i!lonné et privé de nourriture pendant (pjatorze jours, puis livré à la populace, traîné par les rues et banni enlin du royaume, tant la vie chez lui était forte, et lait il lui était difficile de mourir,

D'Alger il se rendit à Tunis, d'où il fut encore chassé ; mais il y revint, et f)assa de là à Bougie, où il osa prè(;her Jésus-Christ hautement sur les places publiques. « Ceux qui vous gouvernent m'ont chassé de ce paj.s et de Tunis, de peur que je ne vous éclaire ; mais je suis rev 'iiu, afin que vous sachiez que la religion de Jésus-Christ est la seule véritable, et que pour ell 'je suis disposé à mourir I » On s'étonne d'abord, et on feint de ne pas l'entendre ; mais comme il insiste et élève toujours de plus en plus la voix, on s'assemblî autour de lui, on murmure, puis une sédition éclate. Raymond Lulle est poursuivi à coups d'épée et de bAton jusque sous les murs (le la ville ; il fait quelques pas vers le port, et chancelle accablé sous une nuée de pierres ; bientôt la place où il est tombé en est couverte, et le corps du martyr a disparu sous ce tombeau.

La nuit suivante, quelques marchands génois, entre autres un nommé Etienne Colon et un certain Luis de Pastorga, venant du côté de Tunis, aperçurent de loin une pyramide de lumière qui semblait s'élever audessus d'un monceau de pierres. Ils trouvèrent la chose assez intéressante pour se détourner de leur chemin, et ayant jeté l'ancre et pris terre, ils allèrent déblayer co monceau et trouvèrent Raymond Lulle entièrement brisé, mais encore vivant : ils le portèrent dans l^ur vaisseau et liront voile vers Majonjue, pour ramentT le grand ilocteur mourant dans sa patrie ; mais la pénitence de Raymond touchait à sa fin : il expira tranquilleinent, deux jours après, en vue de l'ile, le 3* des calendes de juillet, la veille ou le jour mémo de la fôle des saints apôtres Pierre et Paul.

Les Génois, arrivés au port de Palma, voulurent cacher les restes du martyr, afin de li!s remporter avec eux ; mais (piand ils furent prêts à repartir, les voiles étendues, leur navire ne put avancer : ils furent obligés, pour o!)tenir un vtMit fivorable, de déclarer leur pieux larcin. Alors le vice-roi, accompagné de toute la noblesse ot du clergé de l'île, vint chercher processionnollcment les reliques du saint docteur, (pii no devaient pas reposer dans une terre étrangère, et que la Providence Ciinsontit enlin à ra|iprocher, après une si longue otsi éclatante expiation, dos ossonionls d'Ambrosia di Castollo.

Celte l 'gonde. bien qu'un peu longue, est tellement empreinte du génie du moyen Ago et de la poésie merveilleuse de cotte é[)0(pie, qu'on nous saura gré sans doute de l'avoir racontée on entier.

LVillQLE (PoÉsit). Voy. Poksie.

MAISTRE

MAISTRE

MAISTRE (Joseph de),— Le comte Joseph de Mâistre, dont nous n'avons pas à juger ici les opinions, est un des plus hardis penseurs et récrivain peut-être le plus incisif et le plus énergique du siècle. L'audace de ses assertions les fait ressembler souvent à des |)aradoxes, mais sa logique serrée et la profondeur de ses aperçus énouvantent. La croiï lui a révélé la grande loi du sacrifice; rhtiraanité lui apparaît assujettie aux infirjuilés de la femme; elle expie sa maternité ar le sang. Le supplice est une prière, et e bourreau un sacrificateur providentiel , ou, si Ton veut, un chirurgien social. C'est {K>ur cela que les assassins ont souvent conspiré contre le bourreau. Marat avait ëcrit pour l'abolition de la peine de mort.

Ces doctrines du comte de Maistre ont quelque chose de terrible et d'effrayant , et il est difiîcilf* de lire certains passages des Soirées de Saint-Pétersbourg sans avoir le cœur serré. On a accusé de Maistre d'avoir fait du catholicisme une application de lidée russe ; on s'est trompé , car en défendant avec autant d'énergie qu'il le fait l'autorité pontificale, il élève contre l'ambition des héritiers de Pierre le Grand la seule digue qui pourra jamais les arrêter.

Na[»oléou avait dit : « Dans cinquante ans J'Kiiropo sera républicaine ou cos.Kpie, >» 4:1 un autre penseur a ré[)Ondu : Il est déjà trop tard pour l'alternative ; l'Kurope s<Ma cosaque, parce qu'elle sera républicaine. Achevons la iiensée, en ajoutant : A moins qu'elle ne reuevienne sincèrement et fortement calholioue.

Telle était la jKinsée du comte de Maistre, dont le coup dieil était siVei l'intuition [>rf)fonde. lin ellet , la république n'a d'issu-e (pie dans le socialismf; communiste et é;^aiilaire. Le communisme est iiiqio.ssiblo sans la dictature, et cette dictature ne |)eut Aire imposée et maintenue que parla foret;. Nous voici donc sous le knout d'un auUxrale des (>>sar|ues. Qui résistera .'i cette force brutale ? l'inldligence. (Comment? jiar l'union e\ l'aulonlé. Où l'union el l'autorité sont- /•lles [K»vsibles? dans le calliolicisme. O^mloenl 7 par lirifiiillibilité du itape. Il est im- (»<*ssiblr' de sortir de celle allernalive , el de .Maistre était de r;es lirjmme.s rpii m; savent pas \ouv(>yr eiilr»; le oui el le non. De Maistre ii'fM donr; pas un ami dr; l'absolulisnii! UMposé par la force brul<iie; iiutis il ne voit de reuiede eoiitre r.nilocralMî du rua! qun <tans la souveraineté absolue du bien. Il esA impossible de e/Oiicilier enseiiible l'ordre et le désordre, «l la liberté de l'un implique la servitude de l'AulrQ. I^i vraie lilxiilé du inonde, la civilisation, le, progrès, Uiul ce ({ui lient enfin h ri(ile||i^(;iiee n'a de sauve- ;//«rde rpie dans l'autorité relii^ie.use. De M««iH»re rav.ut roiiipris : aussi e;<l-re nu ooui de la liberté qu il émet ses f'rt'te» doc-

trines. "Voyez le second chapitre du troisièrae livre de son traité du Pape.

« Nous avons vu , dit-il , que le souverain pontife est le chef naturel , le promoteur le nlus puissant, le grand Démiurge de la civilisation universelle ; ses forces sur ce point n'ont de bornes que dans l'aveuglement ou la mauvaise volonté des princes. Les papes n'ont pas moins mérité de l'humanité par l'extinction de la servitude qu'ils ont combattue sans relâche, et qu'ils éteindront infailliblement, sans secousses, sans déchirements et sans danger, partout où on les laissera faire. »

M. de Maistre établit ensuite qu'à cause des vices de sa nature , l'homme al)andonné h lui-môme est trop méchant pour êlre libre. Vérité niée opiniâtrement par Rousseau , qui s'est suicidé dans un accès de misanthropie , et par Lamennais , qui a écrit des boutades semblables à celle-ci :

« On dit qu'il y a eu des anthropophages ; mais en tout cas cela n'a pas duré longtemps : ils ont dû mourir empoisonnés. »

De Maistre montre ensuite le catholicisme seul, c'est-à-dire l'Eglise ou le pape, c'est tout un , consacrant la fraternité des hommes ((ui est la destruction de l'esclavage , et relevant la nature liumaine par l'émancipation morale de la femme. Ecoutons-le parler :

{Du Pape, liv. m, ch, 2.) « Partout où règne la servitude, il ne satirait y avoir do véritable morale, à cause de l'emijire désordonné de l'homme sur la femme. Maîtresse de ses droits et de ses actions, elle n'est di'jà (jue trop faible contre les séductions qui l'environnent de toutes paris. Que sera-ce lors(]ue sa volonté même no [)Ourra la défendre? L'idée même de la résistance s'évanouiiM ; lo vice deviendra un devoir; et l'homme, graduellenient aiiK-jlli i>ar la facilité des iilaisirs, ne saura |ilus s élever audessus des iiiOMirs de l'Asie.

« M, Hucbanaii... a fort bien rcMnarqiié (jiie dans tous les pays où le cliristi.iiiisiiie no règne jtas, on observe une cei laine tendance à la dégradation des feinmes.

« Rien n'est plus évidemment vrai ; il (îsl |)Ossible iiièiiwe d'assigner la raison (h; celte dégradalioji, qui ne peut être (oiiibaltiu! qim par un principt* surnaturel. Partout où noli(! sexe peut crxnmander le vi(^e , il ne saur.iit y avr)ir ni vérilable morale, ni véritable digiiilé de iiueurs. La l'cmme, qui p<Mit tout sur le co-iir de riiomini\ lui rend toute |;i |»erversité (jij'elle ne r(;(;oit, et l(!s nations croupissent dans cr; cercle vici(!ux dont il e<sl radicalement impossibb; qu'elles sortent |iar bîurs projires forces.

« Par une opération loub; contraire et tout aussi natui(;lle, le moyen le plus ellicace do (leriecdoniiei riioiiimo , c'est d'en-

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noblir et d'exaller la femme ; c'est h quoi le christianisme seul travaille sans relAche avpc un succès iii<aillibie , susce|)til)le seulement »le plus ou (le moins, suivant le ^enrc et la nMiIti|)li(il('î (les obstacles qui peuvent contrarier son act'on. Mais ce potivoir immense et sacré du christianisme est nul, dès (|u'd n'est pas concenlr(; dans une main unicpie qui 1 exerce et le fait valoir. 11 en est du christianisme, dissèmin(5surle globe, comme d'une nation (jui n'a d'existence, d'action, de j)Ouvoir, de considération et de nom môme , (|u'en vertu de la souveraineté qui la représente et lui donne une personnalité morale panni les peuples.

« La femme est donc, plus que l'homme, redeval;le au christianisme; c'est de lui qu'elle tient toute sa dignité. La fenmie chrétienne est vraiment un être surnaturel,

fiuisqu'ellc est soulevée et maintenue par ni h un état qui ne lui est pas 7Jof urc/. Mais par quels services immenses elle paye cette espèce d'ennoblissement 1

« Ainsi le genre humain est noturellemcni en grande [)artie serf, et ne p(!Ut être tiré de cet état que surnaturellement. Avec la servitude , point de morale |)ro|)rement dite ; sans le cnristianisme, point de liberté générale ; et sans le pape , point de véritable christianisme, c'est-h-dire, point de christianisme opérateur, puissant, convertissant, régénérant, conquérant, prrfrctilisant. C'était donc au souverain pontile (ju'il appartenait de proclamer la liberté universelle ; il l'a fait, et sa voix a retenti dans tout l'univers. Lui seul rendit cette liberté possible en sa qualité de chef uni([ue de cette religion Seule capable d'assouplir les volontés, et (jui ne pouvait exercer toute sa puissance que par lui. Aujourd'hui il faudrait être «veugh; pour ne pas voir que toutes les souverainetés s'affaiblissent en Europe. Elles perdent de tous côtés la confiance et l'amour. Les sectes et l'esprit particulier se niulti()lient d'une manière efrrayant(>. Il faut ))urilier les volontés ou les enchaîner, il n'y a pas de milieu. Les princes dissidents qui ont la servitude chez eux , la conserveront ou périront. I>es autres seront ramenés à la servitude ou h l'uiiitc''. » ♦

Ainsi doiK" le pape ou un autocrate des Cosaques : il n'y a pas de milieu pour la société (pii veut sortir de ses angoisses. C'est la libertt' durable et fondée sur un principe, ou la domination aveugle de la force (ju'il faut prendre : voilh p.ourcpioi de ftLiislre, en servant la cause du pape, est le clja[iq4,on de la liberté.

Supposons ipie demain l'idée révolutionnaire triom|>he dr, toutes les monarchies de l'Europe, I«î pape sera ird'adiiblement exilé et proscrit avec les autres souverains, et ne Sera plus (pje le chef du catholicisme opprimé, (.ependant la révolution enfantera son César, et ce sera un Napolt-on (pit>lcon(pie , nioins le sacre ; un résumé vivant du paullu'isrne, un hounuo (pii se fera Dieu. Cet homme proclamera le droit aux jouissances ilu la viu et rém.uicipation pli}>iquecl «ou-

tre nature des femmes, avec la sanction des échafauds et des baïonnettes ; il reconstituera la servitude viniverselle, en abolissant la propriété et la famille. Cet hormne sera l'Antéchrist, et, peu importe par quelle nation il soit vomi, ses sujets seront des ("osanues. Qui protestera alors? et qui poijrra le laire elhcacement, sinon le re|)résentanl immortel du christianisme divin, le pape, successeur de saint Pierre, crucifié connue Jésus-Christ? Et qu'on ne s'y trompe pas, tous les éléments chrétiens perdus dans la démocratie moderne se rallieraient alors au souverain pontife, ou se perdraient dans lo panthéisme matérialiste, parce que la logique des faits est plus forte que celle des hommes. Entre de Maistre et Proudhon il n'y a pas de fdace pour Lamennais.

« O sainte Eglise de Rome I s'écrie de Maistre , en terminant son beau livre du Pape, tant que la parole me sera conservée, je l'emploierai pour te cé-lébrer. Je le salue, mère immortelle de la science et de la sainteté 1 Salve, mag>a parens! C'est toi qui répandis la lumière iusqu'aux extrémités de la terre, partout où les aveugles souverainetés n'arrêtèrent pas ton influence, et souvent môme en dépit d'elles. C'est toi qui fis cesser les sacrifices humains, les coutumes barbares ou infûmes, les pr éjugés funestes, la iniit de l'ignorance; et [lartout oii tes envovés ne purent pénétrer, il maïKjue (piehpie chose à la civilisation. Les grands hommes t'ajipartiennent. Magna virlm! Tes doctrines purifient la science de ce venin d'orgueil (jui la rend toujours dangereuse et souvent funeste. Les pontifes seront bient(5t universellement proclamés agents suprêmes de la civilisation, créateurs de la monarchie et de l'unilô européennes, conservateurs de la science et des arts, fondateurs, prole«teurs-nés de la liberté civile, destructeurs de l'esclavage, eimemis du despotisme, infatigables soutiens de la souveraineté , bienfaiteurs du genre humain. Si quel(]uefois ils ont prouvé (pi'ils étaient des hommes : Si fjuid illi.s humatiitus aceiderit, CCS momenls lurent courts : «71 X'aisse(tu qui frnd les eaux laisse moins de traces de son passaf/e, et nul IrAiie de l'univers ne porta jamais autant de sagesse, do science et de vertu. \n milieu de tous les boulevers(Mnenls imaginabl«>s. Dieu a constamment veillé sur toi, ('i \ii.i.e ktkr^jk.i.i.k 1 Tout ce (pii pouvait t'anéantir s'est réuni contre toi, et tu es debout; et coiimie tu fus jadis le centre de l'erreur, lu es depuis di\huit siècles le centre de la vérité. La puissance romaine avait fait de toi la cil.idello du paganisme, (pii semblait invincible dans la capilah^ du monde connu. Toutes les erreurs de l'univers convergeaient vers loi, et le premier de les empereurs, les rassemblant en un seul })oiMt resplendissant, les consacra toutes dans le PANTuéc». Le temple de TOI s iKs niEi \ s'éleva dans tes murs, et seul de tous ces grands monuments il subsiste dans toute son intégrité. Toute* la jiuissaru (' (hs empereurs chreMiens, tout \v zèle, tout renthoubiasme, et, si l'on vei.t même,

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tout le ressentiment des chrétiens, se déchaînèrent contre les temples. Théodose ayant donné le signal, tous ces magnifiques édifices disparurent. En vain les plus sub'imes beautés de l'architecture semblaient demander grâce pour ces étonnantes constructions; en vain leur solidité lassait les bras des destructeurs. Pour détruire les temples d'Apamée et d'Alexandrie, il fallut appeler les moyens que la guerre employait dans les sièges. Mais rien ne put résister à la proscription générale : le Panthéon seul fut préservé. Un grand ennemi de la foi, en rapportant ces faits, déclare par quel concours de circonstances heureuses le Panthéon fut conservé jusqu'au moment où, dans les prc-mières années du vii° siècle, un souverain pontife le consacra a tous les saints. Ah 1 sans doute il l'ignorait; mais nous, comment pourrions-nous l'ignorer? La ca[)itale du paganisme était destinée à devenir celle du christianisme ; et le temple qui , dans cette caj)itale, concentrait toutes les forces de l'idolâtrie, devait réunir toutes les lumières de la foi. Tols les saints à la place de TOUS LES dieux! quel sujet intarissable de profondes méditations {)hdosophiques et religieuses! C'est dans le Panthéon que le paganisme est rectifié et ramené au syslème primitif dont il n'était qu'une corruj)tion visible. Le nom de Dieu, sans doute, est exclusif et incommunicable ; cependant il y a plusieurs dieux d/ms le ciel et sur la tcire. Il y a des intellig(;nces, des natures meilleures, des honuiies divinisés. Les dieux du christianisme sont les saints. Autour de Dieu se rassemblent tous les dieux, pour le servir à la place et dans l'ordre qui leur sont assignés.

« O s{jectacle rnervr;illeux, digne de celui qui nous l'a préparé, et fait seulement i)Our ceux qui savent le conlem|)ler 1

« PiERBE,avec ses clefs exfiressives, éclipse celles du vieux Janls. Il ost le pr(Miiier [)artout, et tous les saints n'entre-nt rpi'à sa suite. Le dieu de l'iniquité. Pu ti s, cède la jdace au i»lus grand des thaumaturges, h l'huirible Fhax^ois, dont l'ascendant inouï créa la [tauvrelé volontaire, [lour faire équilibre aux «rimes df; la richesse. Le iniracu- Jeui Xavier « liiss»; devant lui le fabuleux conquérant de l'Inde. J'our si: f;iire suivre par des nnilions d'hommes, il n'ajipela point à son aide l'ivresse et In licence; ii ne s'entoura point de bacchantes impures : il ne montra fpj'iiiie croix; il ne prêcha que la vfjrtu, la |iénilence , le maityre des sens. Jka'i dk Diki,, Jein de M\Tn », Vincent dk Paul (que l'<ute langue, qu<; tout âge les bénissent!], r»r<;oivent l'enecMis rpii fumait en riionneur de l'hrunicide M*)h, de la vindir.ilive Juioi. La Vierf/e imwacutér, la plus excellente de toutes les créatures dans l'ordre lie la jrçrâce et de la sninlelé, (liKccrnée mire If» Kfiint» r.omnip le Motcit mire Im (mtrrn ; lu prf.nufrf, de la nature humaine r/ui prononra le nom fie )i*f,iT; rrlle (jui rorinut (Inun m monde la f^tinti'. dm atiffm et Irn raj innemevts du ciel iur la rouit- du toathcuu . celte dont

l'Eternel bénit les entrailles en soufflant son esprit sur elle, et lui donnant un fils qui est le miracle de l'univers ; celle à qui il fut donné d'enfanter son Créateur; qui ne voit que Dieu au-dessus d'elle, et que tous les siècles proclameront heureuse ; la divine Marik monte sur l'autel de la Vénus pandémiquk. Je vois le Christ entrer dans le Panthéon, suivi de ses évangélistes, de ses apôtres, de ses docteurs, de ses martyrs, de ses confesseurs, comme un roi triomphateur entre, suivi des grands de son empire, dans la capitale de son ennemi vaincu et détruit. A son aspect, tous ces dieux-hommes disparaissent devant I'Homme-Dieu ; il sanctifie le Panthéon par sa présence et l'inonde de sa majesté. C'en est fait, toutes les vertus ont pris la place de tous les vices; l'erreur aux cent tètes a fui devant l'indivisible vérité. Dieu règne dans le Panthéon comme il règne dans le ciel, au milieu de tous les saints!

« Quinze siècles avaient passé sur la ville sainte, lorsque le génie chrétien, jusqu'à la fin vainqueur du paganisme, osa porter lo Panthéon dans les airs, pour n'en faire que la couronne de son temple fameux, le centre de l'unité catholique , le chef-d'œuvre de l'art humain , et la plus belle demeure terr(,'Stre de celli qui a bien voulu demeurer avec nous, plein d'amour et de vérité. »

Ajoutons ti ce magnifique passage, qui est une des ])lus belles pages dont puisse se glorifier la littérature cnrétienne, une citation des Soirées de Saint-Pétersbourg , qni complétera la pensée de Joseph de Maistre dans sa portée prescjue prophélitpie :

« 11 faut nous tenir i)iéls pour un événement immense dans l'ordre divin, vers letiuel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit fra[»|ier tous les observateurs; des oracles redoutables annoncent d'ailleurs que les tejiips sont arrivés. Plusieurs prophéties contenues dans rA()Ocalyi)se se rapportaient h nos temps modernes. Lin écrivain est allé jusqu'«'i dire (pie l'événement avait dijà commencé, et (pie la nation fran(;aise devait être le grand instrument de la plus grande des révolutions. Il n'y a peut-(Mre pas un honimo véritablement r(!ligieux en Kurope (je parle d(; la classcï inslruit(!j (pii n'attende dans ce moment «pielqiie chose d'extraordinaire. Or, n'est-cc! rien iiw rv. cri général (pii <innonee de grandes clioses? Itemonte/. aux siè(;les j) issés, transporte/.-vous h la naissance; du Sauv(!ur; h celtc' épo(pie, une voix haute et inystérieus*,', partie des régions orientales, ne s'é«hait-(,'ll(! pas : L'Orient est »«r le point de triompher ... Le raingueur partira de la Judée... in enfant divin nous est donné; il va parailrr : il descend du plus haut des ci eus ; il ramènera l'dge d'or sur la terre... Ces idé( K étaic'iit univeis(îllc'ment i(''pandiies, et c(;mme elles |)rètaiei)l infiniment h la |H)ésii*, le plus grand poète; latin s'en empara , et les revèlil des couleurs |(!S plus liriliantes dans son Pollion. Aiij<»urd'hui, coiniiK! nu temps de, Virgile , l'univeis est dans l'allente. Comment mépiiserions-iWMis celte '^la ide peisuasiou , et de quel droit

fm

MAISTRB

MAISTRfi

ct>ni1aninoriorLs-iuius les hoiunifs (jui.avcriis par ces sigics divins, se livniil à de saintes recherehes?

« Vonlez-vous une nouvelle prouve de ee qui se prépare : cluTclie/-la dans es sciences : considère/ bitMi la marche dv. la chimie, de l'aslronomic m^^me, et vous verrez oiî elles nous conduisent. Croiriez-vous, par exemple, (]ue Newton nous ramène à Pylha- {^ore. et (pTincessamment il sera dé'montré que 1rs corps crlrstcs sont mus prr'cisr'incnt , comme le corps humain, par des inlrlUgences qui leur sont unies sans qu'on sache comment : c'est cefXîndanl ce qui est sur le j>oint de se vérifier, sans qu'il y ait bientôt aucun moyen de disputer. Celte doctrine pourra sembler paradoxale sans doute , et même ridicule, parce (pie l'opinion environnante en impose; mais attendez que l'aflinité naturelle de la religion et de la science les réunisse dans la tète d'un seul homme de génie. L'apparition de cet homme ne saurait être éloignée. Alors des opinions qui nous paraissent aujourd'hui ou bizarres ou insonsées seront des axiomes dont il ne sera pas permis de douter, et l'on parlera de notre stupidité a(;tuell(î conmic nous |)arlons de la su|)erstition (Ju moyen dtje. » (Kxtrait des Soirées de Saint-Pétersbourg, par Joseph de Maistre, ouvrage publié en 1821, p. 308.)

Commiî on le voit, Jose[)h de Maistre croit nu progrès, à la synthèse des sciences (|ui doit soumettre la raison h la foi, h me révolution immense qui favorisera le triomphe défulitif de la religion, dont ell<î agrandira le domaine et augmentera les conquêtes.

Nous n'avons pas ici h discuter cette idée, et nous constatons seulement que Joseph do Maistre est un de nos plus profonds pcmseurs, un de nos plus forts logiciens et un de nos écrivains les plus éloquents.

M.MSTUH (X\viEi\ i)k), frère du précéi\ynl, est loin d'être un écrivain aussi sérieux (pi(> le comte Joseph; mais c'est un litléraleur aimabh; , connu par quelques nouvelles écrites avec beaucouj) de gnke. Quelt[ues-nns de ses opuscules ne sont pas exempts d'une légèreté mon lain(' (jni nous empêche de les citer dans ce Dictionnaire. La lilléralure chrétieiuie le reverxliqne cef)en(lant, à cause du louchanl dialogues intilidé Le LrpreuT de la cite d'Aoste, ouvrage que nous citerions ici tout entier si l'i'space nous le permellait, niais dont mtus détacherons seulement les pages les plus intéres- N.intes. Le bnt de ce dialogue est de montrer combi(M) la religif)n peut apporter de soulagement aux maux les plus d<'s<'spérés , et conunent le souvenir de Dieu peut peupler «•l rendre loh'-rable la plus alfreuse solituile.

Voici le sujet et les persotuiages de ce. «iialogue : PendaiU la guerre des Al|>es, en 1T!I7, un nnlilaire. voyant prc^s des anciennes inuradies de la riti- d'Aoste une sorte d'hal)ilalion solitaire et mi polit jardin, dont la porte était enlrouvei le, a la curiosité; d'y ••nirer, et se trouve bienliM en présence d'un lépr«'UT,(pn lui parle en cach.uit son visage. L.I I onvirsalion s'engage, cl bientôt la con-

fiance s'établit. Aiirès les prcnders compliuients, quelques demandes et (luehjues réjio'ises sur la position du malheureux solitaire; après que les deux interlocuteurs ont échangé cpielcpies observations sur la campagne, sur les tleurs, le dialogue se r»oursuit ainsi :

LE MILITAIRE

Avez-vous toujours vécu seul ?

LE LÉPREUX

J'ai perdu mes parents dans mon enfance, et je ne les connus iamais ; une sœur qui mo restait est morte depuis deux ans. Jo n'ai jamais eu d'ami.

LE MILITAIRE

Infortuné I

LK LÉPREUX

Tels soniles desseins de Dieu.

LE MILITAIRE

Quel est votre nom. je vous prie?

LE LÉPREUX

Ah 1 mon nom est terrible ! je m'appelle le Lépreux 1 On ignore dans le monde celui que je tiens d*; ma famille et celui que la religion m'adonne le jour de ma naissance. Je suis le Lépreux; voilh le seul titre que j'ai .'i la bienveillance des hommes. Puissentils ignorer éternellement qui je suis 1

LE MILITAIRE

Cette su'ur que vous avez perdue vivaitelle avec vous ?

LE LÉPRELX.

Elle a demeuré c'uu\ ans avec moi dans cette même habitation où vous me voyez. Aussi malheureuse (lue moi, elle partageait mes peines, et je tAcliais d'adoucir les siennes.

LE MILITAIRE

Quelles peuvent-ôtre maintenant vos occupations , dans une solitude aussi prchfi)nde?

LE LÉPREIX.

Le détail des oc-cupalions d'un solitaire tel que m(»i ne pourrait êtrc^ (pio bien monotoïK^ponr un hommedu monde, (pii trouve son bonheur dans l'activité de la vie sociale.

LE MU.ITAIRE.

Ah ! vous comiaissez peu ce inonde, qui ne m"a jamais donné le bonheur. Je suis souvent solitaire^ par choix, et il y a peutêire plus .l'analogie entre nos idées (pie vous ne le pensez ; cependant, je l'avoue, une solitude éternelle m'épouvante ;j'ai de lajteiiw i\ la ciMicevoir

LE LÉPRELX.

Cl lui qui chérit sa cellule q trouvera la paix. L liintation d(> Jésus-Christ nous l'apprend. Je comnuMice par éprouver la vtTité de ces paroles consolantes. I>e senliment de la solitude s'adoucit aussi par le Iravai . L'honnne (pii travaille n'est jamais complélemenl malheureux , et j'en suis la preuve. Pendant la belh^ saison, la culture de mou jardin cl de mon F'arlerre m'occui^e

701 MAISTRE

suffisamment : penJant l'hiver, je fais des corbeilles et des naites : je travaille à me faire des habits ; je prépare chaque jour moimême ma nourriture avec les provisions qu'on m'apporte de l'hôpital, et la prière remplit les heures que la travail me laisse. Enfin l'année s'écoule, et lorsqu'elle est passée, elle me paraît encore avoir été bien courte.

LE MILITAIRE

Elle devrait vous paraître un siècle.

LE LÉPREUX

Les maux et les chagrins font paraître les heures longues ; mais les années s'envolent toujours avec la même rapidité. Il est d'ailleurs encore au dernier terme de l'infortune, une jouissance que le commun des hommes ne peut connaître, et (^ui vous paraîtra bien singulière, c'est celle d'exister et de respirer. Je passe des journées entières de la belle saison, immobile sur ce rempart, à jouir de l'air et de la beauté de la nature : toutes mes idées alors sont vagues, indécises ; la tristesse repose dans mon cœur sans raccal)ler ; mes regards errent sur cette campagne et sur les rochers qui nous environnent ; ces diirérents aspects sont tellement empreints dans ma mémoire, qu'ils font, pour ainsi dire, j^artie de moi-même, et chaque site est un ami que je vois avec plaisir tous les jours.

LE MILITAIRE

J'ai sotivont éprouvé quelque chose de semblable. Lorsque le chagrin s'a[>[)<'saiitit sur moi, et que je ne trouve pas dans le c<fcur des hommes ce que le mien désire, l'aspect de la nature et des choses inanimées me console ; je m'aireelionrK; aux rocluMS et aux arbres, et il n;e semble que tous les êtres df; la création sont des amis que Dieu ma donnés.

LE LÉPREt'X.

Vous m'encouragez h vous ex[)..quer à mon tour ce qui se fiasse en ujoi. J'aime véritablement les f)bj»'ts ipii sont, [)Our ainsi (lire, mesconqiagnons de vie, cl que je vois chaque jour : aiisvi, tous les Sfjirs, avant de n)e retirer dans la tour, je viens saluer les glaciers de Iluitorts, les bois sf)mbres du mont Saint-Bernard, f;t les pointes bizarres qui dominent la vallée de lUième. (Quoique la puissance de Dieu soit aussi visible; dans la création dune fourmi que dans celle de l'uiivers entier, le graid speclaele des montagne» en imf»ose cependant davantage h mes sens : je ne [diis voir ces mass(!S énorifies recouvertes de glaces ('•lernelles, sans /■prouver un élonnemenl reli^if;ux ; mais, <Jan» ce vaste l;d*leau qui m'tmtoure, i'ai des sites ffivoris el que j aime de iiréfrtrence ; de (■(•. nombre est l'ermitagr; que vous voyez la haut sur la soinmilé dr: la rrKXitagnr; dr; Clliarvensod. Isolé au milieu des bois, auprès d'un champ désert, il rer;oil les derniers rn:ttn% du soleil coueha'il. (Quoique je n'y ni« jamais «jlétj'/'prouvu un idaisir singuli(;r ti le voir, Lor^qu*,* le jour tombe, assis tUns

MAISTRE

mon jardin, je lixe mes regards sur cet ermitage solitaire, et mon imagination s'y repose. Il est devenu j)Our moi une espèce do propriété ; il me semble qu'une réminiscence confuse m'ajjprend que j'ai vécu là jadis dans di^s temps plus heureux, et dont la mémoire s'est etfacée en moi. J'aime surtout à contempler les montagnes éloignées qui so confondent avec le ciel dans l'horizon. Ainsi que l'avenir, l'éloignement fait naître en moi le sentiment de l'espérance, mon cœur opprimé croit qu'il existe peut-être une terre bien éloignée oii, à une époaue de l'avenir, jii pourrai goûter enlin ce honneur pour lequel le soupire, et qu'un instinct secret me présente sans cesse comme possible.

LE MILITAIRE

Avec une Ame ardente comme la vôtre, il vous a fallu sans' doute bien des ellorts pour vous résigner à votre destinée, et pour ne pas vous abandonner au désespoir.

LE LÉPREUX

Je vous tromperais en vous laissant croire que je suis toujours résigné à mon sort ; je n'ai point atteint cette abnégation de soimême où quelques anachorètes sont parvenus. Ce sacritice complet de toutes les alfections humaines n'est point encore accompli : ma vie se passe en combats continuels, et les secours puissants de la religion ellemême ne sont pas toujours capables de réprimer les élans de mon imagination. Elle m'entraîne souvent malgré moi dans un océan de désirs chimériques, (jui tous mo ramènent vers ce monde dont je n"ai au;une idée, et dont l'image fantastitjue est toujours présente pour me tourmenter.

LE MILITAIRE

Si je j)Ouvais vous faire lire dans mon «Ime, et vous donner du monde l'idée (pio j'en ai, tous vos désirs et vos regrets s'évanouiraifiMt h l'instant.

LE LÉPREUX

En vain (juehiues livres m'ont instruit do la [lerversité des hommes et des malheurs ins<''parables de l'humanité , mon cteur se reliise à les croira. Jr. mo représenl(i toujours des sociétés d'amis sincères et vertueux ; des époux assort's, rpu! la santé, la jeiiiHjsse el la fortune! réunies cfiiidilent de bonheur. Je crois les voir errants ensendde dans des bocages plus V(;rts el plus frais (JU(î ceux qui me prêt(!nt leur ombre, éeJairés par un srjleil plus brillaul (pie celui «pii m'éclaire, el leur sort me semble plus digne d'envif!, h mesuri! (pii; le mien est plus mi- .sérnble. Au corruneneemenl du printemps, lorsque le vent du Piémont souille d-uis notre v/dié.', je me sens péuétré p.ir sa chaleur vivili.uilf;, el jr; tressaille malgré moi. J'éprouv(! lui désir inexplieable el le sentiment confus d'u'ie félicité; immense (huit j(f pourrais jouir el cpii m'est r(;l'usé('. Alors je lui.v (](! ma cellule, j'r'rre dans la campagne pour respir<;r plus lil)remenl. J'évibi d'êlre vu par ce.s nK''mes hommes que mon oeur brôlt; de

MVISTUK

rencontrer ; et, du haut do la colline, caclu^ entre les broussailles connue une IxMe fauve, mes re'gards se j)ortent sur la vilh; d'Aoste. Je vois (le loin, avec des veux d'envie, ses heineux hahitanis (|ui nn; connaissent h peine ; jt: leur tends les mains en gémissant, et je leur demande ma jtorlion de bonheur. Dans mon transport , vous l'avouerai-je ? j'ai (}uel(|uefois serré dans mis bras les arbres de la forint, en priant Dieu de les animer pour moi, et de me donner un nmi 1 Mais les arbres sont muets ; leur froide écorce me repousse ; elle n'a rien de comnmn avec mon cœur, (lui palnite et qui brille. .Vccablé de fatigue, las de la vie, je me traîne de nouveau dans ma retraite, j'expose à Dieu mes tourments, et la [)riôre ramène un peu de calme dans mon ûmo

LE MILITAIRE

Ainsi, pauvre malheureux, vous soutTrcz à la fois tous les maux de l'àme et du corps?

LE Li^;pRKrx

Ces derniers ne sont pas les plus cruels.

LE MILITAIRE

Ils vous laissent donc quelquefois du relAche ?

LE LÉPREUX

Tous les mois ils augmentent et diminuent avec le cours de la lune. Lorsqu'elle commence à se montrer, je soiitfre ordinairement davantage ; la maladie diminue ensuite, et sendile changer de nature : ma peau se dessèche et blanchit, et je ne sens [)resque j)lus mon mal ; mais il serait toujours supportable sans les insomnies affreuses qu'il me cause.

LE MILITAIRE

Quoi 1 le sommeil même vous abandonne I

LE LÉPREUX

Ah I Monsieur, les insomnies 1 les insomnies! V^ousne pouvez vous ligJirercond)ienest longue et triste une nuit qii un malheureux passe tout entière sans fermer T'eil, l'esprit îixé sur une situation alTreuse et sur un avenir sans es[)oir. Non 1 personne ne peut le comprendre. Mes iinpiiéludes augmentent h mesure que la nuit s'avance ; et lors(]u'ello est près de fi-iir, mon agilatiot) est telle (pie je ne sais |»lus (pie devenir : mes [)ens('>es se l)rouillent ; j'éprouve un sentiment extraordinaire (pU' je ne trouve jamais en moi que dans ces tristes momenis. Tanl('>t il rii(> semble (pi'une force irrc'sistible m'eniraiiie dans un gouirr(> sans fond ; tant(M je vois des ta(dies noires devant me'* yeux ; mais pcn- <Jant »pie je l(>s examine elles se croisent flvee 1,1 ra|)idi1('' d(> 1 éclair, elles grossissent en s'approcharu de moi, et bienhU ce sont <les montagnes (jui m'accaldent de leur poids. D'autres fois aussi, j(! vois des nuages s'')rlir tlo. la terre autour de moi, comme des Ilots (|ui s'entlent. (pli snmoncellenl et menacent de m'engloutir ; et lors([ue je veux me lever pour me distraire de ces idées, je rue se,ns comme reteiui par des liens invisiblov qui mYitenl lo« forces. Vous croirez

MAISTIlIi 70A

peut-être (juc ce sont des songes ; mais non, je suis bien éveillé. Je revois sans cesse les mêmes objets, et c'est une sensation d'horreur (jui surjjassc tous mes autres maux.

LE MILITAIRE

Il est possible que vous ayez la fièvre pendant ces cruelles insomnies, et c'est elle sans doute qui vous cause cette espèce de délire

LE LÉPREUX

Vous croyez que cela peut venir de la fièvre ? Ah ! je voudrais bien que vous dissiez vrai. J'avais craint jusqu'à présent que ces visions m; fussent un symj)tome de folie, et je vous avoue que cela m'inquiétait beaucoup. Plût à Dieu que ce fût en effet la lièvre !

LE MILITAIRE

Vous m'intéressez vivement. J'avoue que je ne me serais jamais fait l'idée d'une situation semblable à la v(jtre. Je pense cependant qu'elle devait être moins triste lorsque votre sœur vivait.

LE LÉPREUX

Dieu lui seul sait ce que j'ai perdu par la mort de ma sœur. — Mais ne craignez-vous point de vous trouver si près de moi? Asseyezvous ici, sur cette [ùerre ; je me placerai derrière le feuillage, et nous converserons sans nous voir.

LE MILITAIRE

Pourquoi donc? Non, vous ne me ciuitterez point ; placez-vous j)rès de moi. (En disant ces mots, le voyas^eur lit un mouvement involontaire pour saisir la main du Lépreux, (jui la retira avec vivacité.)

LE LÉPREUX

Imprudent 1 vous allez saisir ma main?

LE MILITAIRE

Eli bien 1 je l'aurais serrée de bon cœur.

LE LÉPREUX

Ce serait la première fois que ce Donneur m'aurait été accordé : ma main n'a jamais été serrée [»ar personne.

LE MILITAIRE

Ouoi donc 1 hormis cette sœur dont vous m'avi'Z parlé, vous n'avez jamais eu de liai- .son, vous n'avez jamais été chéri par aucun de vos semblables ?

LE LÉPREUX

Heureusem(>'it pour l'humanito , je n'ai plus de semblabh sur la terre.

LE MILITAIRE

Vous me faites frémir 1

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