I.E LÉPREUX
PardoniK»/, comnalissant étranger l vous savez, (pie les malneurcux aiiutînl à parler de leurs infortunes.
LE MILITAIRE
Parlez. |Kirlez, homme intéressant 1 Vous m'avez dit «pi'une so'ur vivait jadis avec vous, et vous aidait à sup|»orter vus souf- Iranceé.
105 MAISTRF
LK LÉPREL\.
C'était le seul lien par lequel je tenais encore au reste des humains. 11 plut à Dieu de le rompre et de me laisser isolé et seul au milieu du monde. Son âme était digne du ciel qui la possède, et son exem[)le me soutenait contre le découragement qui m'accable souvent depuis sa mort. Nous ne vivions cependant pas dans cette intimité délicieuse dont je me fais une idée, et qui devrait unir des amis malheureux. Le genre de nos maux nous privait de cette consolation. Lors même que nous nous rapprochions pour prier Dieu, nous évitions réciproquement de nous regarder, de peur que le spectacle de nos maux ne troublât nos méditations , et nos regards n'osaient plus se réunir que dans le ciel. Après nos prières , ma sœur se retirait ordinairement dans sa cellule ou sous les noisetiers qui terminent le jardin , et nous vivions presque toujours séparés.
LE MILITAIRE
Mais pourquoi vous imposer cette dure contrainte ?
LE LÉPREUX
Lorsque ma sœur fut attaquée par la maladie contagieuse dont toute ma famille a été la victime, et qu'elle vint partager ma retraite, nous ne nous étions jamais vus : son eiïioi fut extrême en m'apercevant pour la première fois. La crainte de l'aflliger , la crainte filus grande encore d'augmenter son mal en l'approchant, m'avait forcé d'ailopler ce triste genre de vie. La lèpre n'avait attaqué que sa poitrine, et je coiiservais encore quelque esftoirde la voir guérir. Vous vovez ce reste de treillage que j'ai négligé : c'était alors une haie de houblon que j'entretenais avec soin et qui {)artag(*ait le jardin en deux parties. J'avais ménagé de chaque côté un j»etlt sentier, le long(luquel nous pouvions nous promr;ner et converger ensemble, sans nous voir et sans trop nous a[jprocher.
LE MILITAIRE
On dirait que le ci(;l se jdaisait h empoisonner les tristes jouissances qu'il vous laissait.
LE LÉPREl. X.
Mais rlu moins je n'étais pas seul alors; la présente de ma .su-ur rentlait cette retiaile vivante. J'entendais le bruit de; ses pas dans ina soliturle. Quand je rev(;nais ?i 1 auljc du jour [»ruT Dieu sous fcs arbres, la porte de la tour s'ouvrait «lou<:enn;nt , et la vriix df! ma îML'ur se mêlait insensiblement .'i la iui»;nne. Le soir, lorsque j'arrosais mon jardin, elle se promenait qudqufd'ois au solt-d couchant, i<,i, au riiême endroit oii je vous parle, et je voyais son ombre passer et repa».ser sur mes tlrnrs. Lor^ iiiêiiM; ii\u- je ne la voyais pas, je trouvais p/utout (les traces (le sa |irésenc(;. .Mainleuafit il ne m'arrive plus de refief)fiirer sur mon chemin une Heur clfeuiilée ou qiielrpies braiM hes d'arbrisseau qu'elle y laissait tomber en passant; je suis seul : il n'y a plu« ni mouvement ni vie autour de moi, et le «entier rpii toidiiisail ii
MAiSTRE
son bosquet favori disparaît déjà sous l'herbe. Sans paraître s'occuper de moi , elle veillait sans cesse à ce qui pouvait me faire plaisir. Lorsque je rentrais dans ma chambre, j'étais , quehiuefois surpris d'y trouver des vases do Heurs nouvelles , ou quelque beau fruit qu'elle avait soigné elle-même. Je n'osais })as lui rendre les mêmes services, et je l'avais môme priée de ne jamais entrer dans ma chambre; mais qui peut mettre des bornes à l'atfection d'une sœur? Un seul trait pourra vous donner une idée de sa tendresse j)Our moi. Je marchais une nuit à grands pas dans ma cellule, tourmenté de douleurs affreuses. Au mil eu de la nuit, m'étant assis un instant pour me reposer, j'entendis un bruit léger à l'entrée de ma chambre. J'ap- })roche , je prête l'oreille : jugez de mon élonnemeni 1 c'était ma sœur qui priait Dieu en dehors, sur le seuil de ma j)orte. Elle avait entendu mes plaintes. Sa tendresse lui avait fait craindre de me troubler; mais elle venait pour être à portée de me secourir au besoin. Je l'entendis qui récitait à voix basse le Miserere. Je me mis à genoux près de la porte, et, sans l'interrompre, je suivis mentalement ses ])aroles. Mes yeux étaient pleins de larmes : (|ui n'eût été touché d'une telle alfection? Lorsque je crus que sa prière était terminée : « Adieu, ma sœur, lui dis-je h voix basse; adieu, retire-toi, je me sens un peu mieux; que Dieu te bénisse et te récompense de ta piélé ! >' Elle se retira en silence, et sans doute sa prière fut exaucée , car je dormis eniin (juel(jues heures d'un sommeil trai. quille.
LE MILITAIRE
Combien ont dû vous paraître tristes les premiers jours qui suivirent la mort de cette sœur chérie 1
LE LÉPREUX
Je fus longtem|)s dans une espèce de stu-
Feur oui m'ôtait la faculté de sentir toute étendu(; do mon infortune ; lorsque enfin je revins h moi, et que je fus h même déjuger de- ma situation, ma raison fut t)rête h m'abandonner. Celle éporpie sera toujours doublement triste pour moi ; elle me rap- ])elle le plus grand de mes malheurj; cl le crime (jui faillit en être la suite.
LE MILITAIRE
L^n crime ! je ne puis vous en croire capable.
LE LÉPREUX
Cela n'est ({uo. tro[) vrai, et en vous racontant cette ép(>(pie de ma vie , je s«!ns trop que je perdrai beaiiroiq) dans votre eslime; mais je ne veux pas me peindre meilleur cpio je ne suis, et vr)iis nu; plaindrez peut-être en me condamnant. I)éj/i, d;iiis «piehpies accès d«; méj.'Hicoiie, l'idét! de (piiKer celte vui vr*lonlaii'ement s'était présentée à moi : c(>pendant la crainte de Dieu me l'avait toujrmrs lait r(!p»ujsser, lorstpie la circonstance la plus Simple et la moiiis faite en a[ip,-ireric(> pour me troubl(!r pensa mo perle pour l'éternilé. Je venais d'éprouver un nouvenii chagrin. De/mis ipichpies aimées, un petit
MAISTHE
MAISTIIK
chien s'tH.iit doniiô h nous : ma sdMir lavnit nim*', f't jo vous avouo (jiic tlcpuis (|ii'<'ll(» n'existait plus, ro pauvre aiiiiual était une vériliible ronsolalion pour moi.
Nous «levions sans doute à sa laideur le rhoi\ (ju'il avait f a t de notre demeure |)Our son refuse. Il avait été rebuté |)ar tout le monde; mais il était eiieore un trésor itour la niaison du Lépreu\. Kn reconnaissance de la faveur (pie Dieu nous avait accordée en nous donnajit cet ami, ma s«eur l'avait appelé 3/in/r/r, et son nom , qui contrastait avec sa laideur, ainsi que sa gaîté continuelle, tiens avaient souvent distraits de nos chagrins. Malgré le soin que j'en avais, il s'échap[)ait quelquefois, et je n'avais jamais pensé que cela pilt être nuisible h personne. Cependant (lueliines habitants de la ville s'en alarmèrent, et crurent qu'il pouvait porter parmi eux le gernu; de ma mala<lie; ils se détermineront h porter des plaintes ati commandant, (fui ordonna que mon chien fût tu6 sur-le-cl>amp. Des soldats, accomi)agnés de quelques habitants , vinrent aussitôt chez moi pour exécuter cet ordre cruel. Ils lui passèrent uiu; corde au cou en ma présence, et l'entraînèrent. Lors(iuii fut i^ la porto du jardin, je ne pus m'empôcher de le regarder encore une fois : je le vis tourner ses yeux vers moi [)Our me demander un secours que je ne pouvais lui donner. On voiilait le noyer dans la Doirc; mais la populace, (pii l'attendait en dehors, l'assomma à cou|)s de pierres. J'entendis ses cris , et je rentrai dans ma tour plus mort que vif; mes gpnoux tremblants ne pouvaient me soutenir : .;c me jetai sur mon lit dans \ui état impossibU; h tiécrire. Ma douleur ne me permit de voir dans cet ordre juste, mais sévère, (pi'unc barbarie aussi atroce (pfinutile; et (|uoi([uc j'aie honte aujourd'hui du sentiment «pii m'animait alors, je ne puis encore y penser do sang-froid. Je passai toute la journée dans la [)lus grande as^italion. C'était le dernier être vivant ([u on venait d'arracher d'auprès de moi , et ce nouveau coup avait rouvert toutes les plaies de mon cceur.
Telle était ma situation, lorsque le nu'^me jour, vers le coucher du soleil, je vins m'asseoir ici, sur celte pierre où vous êtes assis mai'itenant. J'y réiléehissais depuis quehpie fenqts sur mon triste sort , lors(pie là-bns, vers cos deux bouleaux (pu teiininent la haie , ji; vis paraître deux jeunes épovix qui venaierit de s'unir de|)uis peu. Us s'avancèr.-nl le long du sentuîr, h travers la prairie, et passèrent près de moi. l-a délicieuse tran- (piillité «piinsuire un bonheur certain était (•uq)rcinle 'ur leurs belles physionomies ; ils marchaient lentement; leurs bras étaient entrel.icés. Tout h rou|) ie les vis s'arrét(>r : la jeune fennue pencha la tète sur le sein de son époux , (pii la serra dans ses bras avec transport Je sentis mon ruMir se serrer. Vous l'avoiierai-je ? l'envie se glissa pour la |>remière fois dans mon (-u'ur : jamais l'unage du b'udieur ne s'était présentée h moi avec tant de ft)rce. Je les suivis des yeux jus(|uau bout du la prairie, cl j'allais les perdre do
vue dans les arbres, htrstpie dos cris d'allégresse vinrent lrap[)er mon oreille : c'étaient leiu's familles réunies (pii venaient à leur rencontre. Des vieillards , des fenunes, des enfants les entouraient : j'entendais le murnuue confus de la joie; je voyais entre les arbres les couleurs brillantes de leurs vêlements , et ce grf»iq)e entier seml)lait environné d'un nuage de boidieur. Je ne pus supporter ce spectacle; les tournu'uts de l'eil'er étaient entrés dans mon cd'ur : je détournai mes regards, et je me précipitai dans ma cellule. Dieu 1 qu'elle me parut déserte, sombre, ell'royable I C'est donc ici , me disje, (pie ma demeure est (ixéc pour toujours; c'est donc ici où, traînant u'ie vie dé|)lorable , j'attendrai la lin tardive de mes iour> ! L'Eternel a répandu le bonheur, il l'a répandu h torrents sur tout ce qui respire; et moi, moi seul! sans aide, sans amis, saos compagne... Quelle alTreuse destinée !
Plein de ces tristes pensées, j'oubliai qii'il est un être consolateur, je m'oubliai moiinômc. Pourquoi, me disais-je, la lumière me fut-elle accordée'? Pounpioi la nature n'est-elle injuste et marâtre (jue pour moi '? Semblable à l'enfant déshérité, j'ai sous hvs yeux le riche patrimoine de la famille humaine, et le ciel avare m'en refuse ma part. Non ! non ! m'écriai-je enfin, dans un accès de rage, il n'est point de bonheur pour toi sur la terre ; meurs I infortuné, meurs 1 Assez longlenqis lu as souillé la terre par la présence; puisse-t-elle l'engloutir vivant et ne laisser aucune trace de ton odieuse existence ! Ma fureur insensée s'augmentanl par degrés, le désir de me détruire s'empara d(> moi et lixa tontes mes pensées. Je conçus C'iilin la résolution d'incendier ma retraite, et de m'y laisser cfuisumer avec tout ce (lui aurait pu laisser quehjuo souvenir de nu>i. Agité, furieux, je sortis dans la campagne; j'errai (piehpie lem|)s dans l'ombre autour de mon habitation : des hurlemenls involontaires sortaient de ma poitrine oppressée et m'ell'rayaient moi-même da'is le silence de la nuit. Je rentrai |ilein de rage dans ma demeure, en criant : Malheur h toi, l,éj>reu\! malheur à loi ! Kl comme si tout avait dû contiibuer h ma [ktIc, j'entendis l'écho (pii, du milieu des ruines du château do Bramafan , répéta distinclemenl : Malheur h loi I Je m'arrêtai, saisi dhorreur , sur la place de la tour, et l'écho faible de la montagne répéta longtiîinps après : Malheur h loi !
Je pris une lampe, et, résolu de mellre le feu à mon habitation , je descendis dans la chambre la plus basse , emportant avec moi des sarmenls et i\rs bianclies sèches. Ciétait la chambre (juavalt habitée ma sœur, et je n'y étais |)lns rentré depuis sa moil: son fauteuil était encore placé comme lorsrpie j(^ l'en avais retirée j)our la dernière fois ; je sentis un frisson de crainte en voyant scui voil(> «t (pichpies parties de ses vêlenu tils épars dans la chambre : les dernières |>arolis fpi'elle avait prononcées avant d'en sortir ve retrarèrciit à ma pens(''e. n Je ne l'abandonnerai pas en luouianl, nio disait-elle;
MAISTRB
MAISTRE
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s<,mriens-toi que je serai présente dans les angoisses. » En nosanl la lampe sur la table, j'aperçus le cordon de la croix qu'elle portait à son cou, et qu'elle avait placée ellemême entre deux feuillets de sa Bible. A cet aspect, je reculai plein d'un saint effroi. La profondeur de l'abîme où j'allais me précipiter se présenta tout à coup à mes yeux dessillés; je m'approchai en tremblant du lirre sacré. Voilh, voilà, m'écriai-je , le secours qu'elle m'a promis ! Et comme je retirai la croix du livre , j'y trouvai un écrit cacheté que ma bonne sœur y avait laissé pour moi. Mes larmes, retenues jusqu'alors par la douleur, s'échappèrent en torrents: tous mes funestes projets s'évanouirent à l'instant. Je pressai longtemps cette lettre précieuse sur mon cœur avant de pouvoir ta lire, et, me jetant à genoux pour implorer la miséricorde divine , je Touvris et j'y lus en sangiottant ces paroles , qui sei'ont éternellement gravées dans mon cœur : « Mon frère, ie vais bientôt te quitter; mais je ne t'abandonnerai pas. Du ciel, où j'espère aller, je veillerai sur toi; je prierai Dieu qu'il te donne le courage de supporter la vie avec résignation jusqu'à ce qu il lui plaise de nous réunir dans un autre monde : alors je pourrai te montrer toute mon affection; rien ne m'empêchera jjjus de t'approcher, et rien ne pourra nous séparer. Je te laisse la |)etite croix que j'ai portée toute ma vie; elle m'a souvent consolée dans mes [)eincs , et mes larmes n'eurent jamais d'autres témoins qu'elle. Ranpelle-toi , lorsque tu la verras, que mon uernier vœu fut que tu {)usses ▼ivre ou mourir en bon clirétien. » Lettre chérie ! elle ne me quittera jamais : je l'emporterai avec moi dans la tombe; c'est elle qui m'ouvrira les i)orles du ciel , rpje mon crime devait me fermer à jamais. En achevant delà lirr;, je me sentis défaillir, é()uisé par tout ce que je venais d'éprouver. Je vis un nuage se répandre sur ma vue , et ()en- «lant quelque temps je perdis à la fois le souvenir de mes maiix «-t le sentiment de mon existence. Lorsque je revins à moi, la nuit était avrincée. A mesure qiie mes idées s'éclaircissaierit, j'éftrouvais un sentiment de ftaix indéfinissable. 'Jout ce qui s'était passé dans la soirér; me f)araissait un rêve. Mon [tremier mouveruf-nt fut de Irvcr les y(!ux vers le ciel pour le remercier do m'avoir préservé du phjs grand fies malheurs. Jamais le firmam»;rit ne m'avait [)aru si serein et si beau : une élfiib; brillait devant ma fenêtre; je la contemplai longlernps nvee un I>lflisir inexjtrimable, en remereiant Dini d<! ce rpi'il maccord;iit encore le ()lrtisir de la ▼oir, et j'éprfjuvais une secTète consolation fl penser (pi'un de .se.s rayons était ce(»endnnl destiné pour la triste cellule du Lépn;ux.
Je remonlfti ( liez moi plu« tranquille. J'employai le reste de h nuit à lire le livre de Jof>, et le saint enlliousinsme (pi'il (it passer dann uidti .line finit [)ar <jissi(»er enlièrenjent \*:% noires i<)ées qui m'avaient fjfjsédé. J»- ri'avais jamais éprouvé de cci moments affreux
lorsque ma sœur vivait; il me sufllsait de la savoir près de moi pour être plus calme, et la seule pensée de l'affection qu'elle avait pour moi suffisait pour me consoler et me donner du courage.
Compatissant étranger! Dieu vous préserve d'être jamais obligé de vivre seul 1 Ma sœur, ma compagne, n'est plus, mais le ciel m'accordera la force de supporter courageusement la vie; il me l'accordera, je l'espère, car je le prie dans la sincérité de mon cœur.
LE MILITAIRE
Quel âge avait votre sœur lorsque vous la perdîtes ?
LE LÉPREU"X.
Elle avait à peine vingt-cinq ans; mais ses souffrances la faisaient paraître plus âgée. Malgré la maladie qui l'a enlevée, et qui avait altéré ses traits, elle eût été belle encore sans une pâleur effrayante qui la déparaît : c'était l'image de la mort vivante, et je ne pouvais la voir sans gémir.
LE MILITAIRE
Vous l'avez perdue bien jeune.
LE LÉPREUX
Sa complexion faible et délicate ne pouvait résister à tant de maUx réunis : depuis 2uelque temps je m'apercevais que sa perte tait inévitable, et tel était son triste sort, que j'étais forcé de la désirer. En la voyant languir et se détruire chaque» jour, j'observais avec une joie funeste s'approcher la lin de ses souffrances. Déjà, depuis un mois, sa faiblesse était augmentée; de fréquents évanouissements menaçaient sa vie d'heure en heure. Un soir (c'était vers le commencement d'août) je la vis si abattue, que je no voulus pas la (piitter : elle était dans son faiit(îuil, ne pouvant plus supporter le lit de[)uis quehjues jour»;. Je m'assis moi-même auprès d'elle, et, dans l'obscurité la plus profonde, nous eûmes ensemble notre dernier entretien. \Fes larmes ne pouvaient se tarir; un cru<'l pressentiment m'agitait. « Pounpioi pleures-tu? m<! disait-elle? jjounjuoi t'allliger ainsi? je ne te (juillerai pas en mourant , et je serai présente dans tes angoisses. »
Quelques instants après, elle me témoigna le désir d'être transportée hors di; la tour, et de faire ses [irières dans son bosquet do noisetiers : c'est là (prelle (lassait la i)liis grande partie de la belle saison. « Jo veux, disait-elli;, mourir en re^aidatil le cifH. » Jo ne croyais ccftendant pas son heun; si proche. Je la pris dans mes bras pour l'eiih-vcT. « Soiilieiis-moi seulement, me dit-elh;; j'aurai peiit-êtr(; encore la force de marcher. * Je In conduisis leiiliMiient jiis(pie dans les noiscîliers : je lui frirmai un coussin av(!c des f(;uilles sèches (pi'elh^ y avait rassemblée.'» elle-même, et, l'ayant couveile d'un voile, afin d<! la jtréseï ver de riiumidilé de la nuit, je me [tl/içai auprès d'elle; mais elle désir/i être seule dans sa dernière méditation : jo m'éloignai sans lu perdre de vue. Je voyais
MAISTHE
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