‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 115 sur 233 · Mi:RVEILLEt · texte numérisé non relu

Mi:RVEILLEt

prits. La prcmii'n\ la pins fanionso ot la plus fatale ;ippnriliori de Salan, Psl rcllo de ce niaiivais ('S[)rii h Kvo, la première fiMiuno, sous la figuro du serpent, (pii servit d'orjinno h ret esprit séducteur pour la trnni x'r et l'induire au péché {Genra. m, 1, 2. 3j. Depuis ce tenips-lh il a toujours nllecti; Ui» paraître sous cette forme plutôt que sous nie autre : aussi, dans l'Ecriture, il est assez, souvent nommé Vanricn sn-prnt {Apnc. xii, 0); et il est dit que l(> dra^o-i infer'ual combattit contre la femme, oui li^^urait l'Eglise; (jue l'archange saint Micuel le vaimpiit et le précipita du haut du ciel iApoc. \\, 2). Il a souvent apparu aux serviteurs de Dieu sous la (i,u;uro d un dragon, et il s'est fait adorer [<nr les infidèles sous celte forme en un ^:uuiil 'lomhre (l'endroits : h lîahvlone, par exemple, on adorait un dragon vivant, à qui Dan el donna la mort en lui faisatit avaler une houle composée d'ingrédi(>nts mortels {Dau. xiv, 25, 2(5). Le serpent était consacré h Apollon, dieu de la médecine et des orac'os. Les païens avaient une sorte do divination par le moyen des serpents, qu'ils nommaient ophiomantcin.

Les Egyptiens, les (Irccs et les Romains ador.tient les serpents, et les regardaient connue queîipie chose de divin (Sap. xii, IG). On lit venir à Home le serpent d'Epidaure, h qui l'on rendit des honneurs divins. Les Egyptiens tenaient les vipères pour des divinités [OEUan., Ilht. ariiwnl.\ Les Israélites adorèreiit le serpent d'airaui que Moïse avait élevé dans h; désert [Muin. \\i), et qui fut dans la suite mis en pièces par le saint roi Ezéchias {IV lieg. wiii, ^i.}. Saint Augustin assure que les manichéens t'.-naient le serpent pour le Christ, ot disaient que cet animal avait ouvert les yeux i\ Adam ot h Eve par le mauvais conseil cpi'd leur donna. Ou voit presque toujours l.i ligure du serpent dans les figures magiques <ï'Abra.Ta.<< et (ÏAhrnchadnhrn (L, cpii étaioîit en vénération parmi les anciens héréticpies hnsilidiens, qui, de mémo que les niani- < hé'ons reconnaissaient deux [principes do iftules choses, l'un bon, l'autre mauvais. Ahrurn en hébreu signifie ce mauvais pritiripr, on h; père du mal. ah-ra-acliad-ah-ra, fr pirr (lu mal, le seul père du mal , ou le seul mauv.nis primipe.

Saint Augustin {Dr Gcn. ad lill. 1. ii, c. 18) remarque <pie mil animal n'a étc' plus sujet à éprouver les efTi^ls des enchanlonKMits et de la magie, que le serpent, comme pour le punir d'avoir séduit la première femme j>ar ^on imposture.

Pour l'ordinaire, toutefois , le démon a pris la form(> humaine pour tenter les hommes : c'est ainsi qu'il apparut à Jésus-Christ «ians le di'-serl, fju'il le tenta et lui dit de changer les pierres en pain pour se rassasier; qu'il le transporta au haut du tcnijile, t"l lui lit viiir tous les royaumes du monde, dont il lui promit la jouiss.nnee Maltb. iv. !). Il . Lange qui lutta contre Jacf>b ?» M i-

(I) Al» r.u .1. piAcT mnli, ni! f^nUr iii:tliis.

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na-viïm au relour de son voyage do ?\îésopotamie (^f>f?. \x\iii, 2V, 2:>;I estait un mauvais ange, selon quehpies anciens : d'autres, comme Sévère Sulpice (///.<r. sar.) et (piel- (pies rabbins, ont cru (pu; c'était Tango dEsaiï qui était venu ponr mmbaltre Jacob; mais la plupart croient que c'était un bon ange : et comment Jacnl) aurait-il voulu lui demander sa biîm-dictio'', s'il TeOt cru mauvais ang(^'.' Mais de ([uelque manière qu'on le prenne, il n'est pas douteux que le démon n'ait apparu sons la forme humaine.

On raconte plusieurs histoires anciennes et modernes, qui nous apprennent que le démon a apparu h ceux qu'il a voulu séduire, ou (pii ont été assez malheureux pour l'iivoquer et pour faire pacte avec lui, sous la figure d'un homme d'une taille au-dessus ùk\ l'ordinaire, vêtu de noir, d'un abord disgr.icieux. faisant mille belles promesses ?i ceux h qui il se manifestait, mais promesses toujours trompeuses, et jamais suivies d'un ofTet réel : je veux môme croire qu'ils voyarent ce ([iii no subsistait que daos leur idée troublée et dérangée.

On voit h Molsheim (I), dans la chapelle de Saint-Ignace en l'église dos Pères Jésuites, une inscription célèbre, qui contient l'histr)ire d'un jeune gentilhomme allemanci , nommé Michel Louis, do la famille de Boubonhoren. (]ui, ayant été envoyé assez joum; j)ar ses parents à la cour du duc de Lorraieo pour apprendre la langue fran^-aiso, perdit au jeu de cartes tout son argent. Uéduil au désespoir, il résolut de se livrer au démon, si ce mauvais esprit voulait ou pouvait lui donner d(> bon argent : car il se doutait qu'il ne lui en fournirait que do faux et do mauvais. Comme il était occupé do cette pensée, tout d'un coup il vit paraître devant lui »'omme un jeune homme (U^ son Age, bien fait, bien couvert, qui, lui ayant demandé le sujet do son inquiétude, lui présenta sa main pleine d'argent, et lui dit d'Oprouvor s'il était bon. Il lui dit de le venir retrouver 1(> l(>ndemain.

Michel retourne trouver ses compagnons qui jouaient encore, regagne tout l'arginU {(ii'il avait perdu, ot g^gne tout celui de S(>s coiufiaguons. Puis il revient trouver s(ui démon, rpii lui demanda pour récomponsi! trois gouttes de son sang iju'il reçut dans une coquille do gland; puis, offrant ui o plume à Michel, il lui dit d'écrire ce qu'il lui dicterait. Il lui dicta quelques termes inconnus (piil lit écrire snr deux billots difft'-rents i'2\ dont l'un demeura au ponvoir du démon, (>t l'autre fut mis dans le bras ^\^' Michid,au même endroit don le démon avait tiré du sang. El le (h'inon lui dit : Je m'engage do vous servir pondant sej't ans, après lesquels vous m'a|»parliondroz sans réserve.

1) Potito ville (le l'électoral de Cologne, snr une rivière <lr même nom.

(•i) Il y ;«v;»itrn lonl fiiv lelires, \:\ plupart u-roc- (pn's, in.iis qni ne lormaienl numn srns. t)ii \>s \ov;>il a MiiMieim ci.«n> le laMcamini M-proenlo n; uui.itio.

MERVEILLEUX

MERVEILLEUX

Le jeune liommcj couse lîit, quoiqu'avec horreur, et le démon ne manquait pas de lui apparaître jour et nuit sous diverses formes, et de lui inspirer diverses choses inconnues et curieuses, mais toujours tendantes nu mal. Le terme fatal des sept années approchait, et le jeune homme avait alors environ vingt ans. Il revint chez son père. Le démon auquel il s'était donné lui inspira d'empoisonner son père et sa mère, de mettre le feu h leur château, et de se tuer lui-môme. H essaya de commettre tous ces crimes : Dieu ne permit pas qu'il y réussît, le fusil dont il voulait s^' tuer ayant fait faute jusqu'à deux fois, et le venin n'ayant pas opéré sur ses père et mère.

Inquiet de plus en plus, il dérouvrit à quelques domestiques de son [)ère le malheureux état où il se trouvait, et les | ria de lui procurer quelques secours. En ce même temps, le dénjon le saisit et lui tourna tout le corps en arrière, et peu s'en fallut qu'il ne lui rompît les os. Sa mère, qui était de l'hérésie de Suenfeld et qui y avait engag'' son lils, ne trouvant ilans sa secte aucun secours contre le démon qui le possédait ou l'ohsédait, fut contrainte de le mettre entre les mains de quelques religieux. Mais il s'en relira bientôt et s'enfuit h l'Isladn, d'où il fut ramené h.Molsheim par son frère, chanoine de Wirsbourg, qui le remit entre les mains des Pères de la Société. Ce fut alois que le démon fit de [)lus viol(;nts elforls contre lui, lui apparaissant sous la forme d.inimaux féroces. Un jour entre autres, le démon, sous la forme d'un honunc sauvage et tout velu, jeta i)ar terre tine cédule ou pacte différent du Trai qu'il avait extorcjné du jeune homme, [tour t;if:hfr, sous celle fausse np[)qrence, de le tirfrdr;s mains de ceu\ qui le gardaient, et pour r<Mnpècher de faire sa confessirjn gi'-iiérale. Knlin on prit jour au 20 octobre KiO'l l'our se trouvei en la cha- I)elle de Saini-Ignace, et y faire, rapporter la véritable «:édule contenant le jincle fail avec le «lérnon. Le jeune houHue y lit proO'ssion de la foi catholique et orlhf)doxe, reu^nça au démon, et r>»;iil la sainte 'Micharistie. Alors, jetant des ( ris horribles, il dit qu'il vovait comuie deux boucs d'une grandeur démesurée, *pii, nyanl les [iieds de devant en haut, tenaient entre leurs ongles, char un de leur côlé. Vmw. ries ci'-dides ou paelf;s. Mais des qu'on eut cormtiencé les r;xorcismes et invoriué le noiri de saitil Ignace, l(!s deux bouc» s crif tirent, r-t il sortit du br.is ou de la main gaurhe du jeune liounn»-, jnes(pie sans douleur ri sans laissr-r de cicalrice, h; parle rpii lofidji aux pieds de l'exorciste.

Il ne jtiaiifpiail plus que le second pacte fjiii était resté au poiivrtir flu démon. On recofomeriga les exoreisrties, on iiiv(»qua saint Ignace, et on promit de rlire WM: messe eu rnorifieur <iu saint. Ku même temps parut une grande cigogne dillorme, mal faite, qui laissa lorrdier de son bec celle seconiJe cé-dule, cl on la tr'^uva sur l'autel.

Le pape \'ivt\ V li». i ilVjnuer de la vérité de t'Mif ce» fiiils (tar 'vs commissaire» députéfl.

savoir : M. Adam, suffragant ae Strasbourg, et Grégoire, abbé d'Altorf, et un grand nombre d'autres témoins, qui furent interrogés juritli(]Uoment, et qui assurèrent que la délivrance de ce jeune homme était duc principalement ajjrès Dieu h l'intercession de saint Ignace.

La même histoire est rapportée un peu ])lus au long dans un livre intitulé : De Vita et Jnstituto snncti Ignatii Socirtatis fundntnris libri quinquc, ex italico li. P. Daniel is Bnrtoli S. J. Romœ edito , latine reducli a P. Ludorico Jnnin ex eadem Socictale. Lurjduni, sinnptihus Laurentii Anisson, an. m d c l x v , cum privileçjio

Mélancliton reconnaît {Lib. de Anima) qu'il a vu plusieurs spectres, et a discouru et conversé plusieurs fois avec eux ; et Jérôme Cardan assure que son père, Fassius Cardanus, voyait les démons quand il voulait, ajiparemment en forme humaine.

Les mauvais esprits apparaissent aussi quelquefois sous la tigure d'un lion, ou d'un chien, ou d'un chat, ou de quelqu'autro animal, comme d'un taureau, d'un cheval ou d'un corbeau : car les prétendus sorciers et sorcières racontent qu'au sabbat on le voit de plusieurs formes diiréi-entes, d'hommes, d'animaux, d'oiseaux ; soit qu'il prenne la forme de ces animaux, ou qu'il se serve des animaux mômes comme d'instiumenls [lour trom|)er ou pour nuii-e ; ou (pi'il allecte simplement les sens et l'imagiiialion de ceux (pi'il a fascinés, et qm se sont donnés à lui : car dans toutes les apjiaritions du démon, on doit toujours être en garde, et se délieid" ses ruses et de sa malice. Saint Pierre (/ Petr. m, 8) nous dit que Satan est toujours antour de nous comme un lion rugissant qui cherche à nous dévorer ; et saint Paul, en plusd'unen(lroit(/:'/>/jr.«. VI, 11 ; r/m.m,7), nous av(;rlit de nous défun- des pièges du diabl '. elde nous tenir eu garde conlie lui.

Sidpice Sévère, dans la Vie de saiiU Martin r. l.'i], rapporUï fpielqurs exemples diî personnes trompées par des apparitions du démon, ([ui se transformait en ange de lumière. U • je\me homme de Irès-graude condition, nommé Clarus, et «pii fut dans la suite élevé 'i l'ordre de prêtriscî , s'étanl donm' à Dicni dans un monastère, s'imagiîia d'avoir commerce ave:: les anges ; et comme on ne voulait pas l'en croire, il dit que la nuit suivaiil<> I)ieu lui donnerait un habit blanc, avec lequel il paiaitiail au milieu d'eux. Kn elfel, sur le minuil, tout h; monastère' fut c<»iniim ngilé cb; grands trcnubleiiwnits, la cellule du jeum^ liommi; parut toute; bi'illante de Inmièi e, et on ouit coiiiiik; le bruit de plusiini;s p(Msonnf!S (pii allaient, (pii v(!nai(nil et (pii | arlaient.

A|»iès cela, éla it sorti de sa c(dlule, il iiio lira aux frères la tuniipK! dont il était ( ouvi rt : c'é'Iail une éloll'i! d'iiiu! blaiich(Mi:' adiiiiiable, brillante coiiiiiie I i pruirpre, et d'une linesse si (.-xlraordinaire, (pi'oii n'avait rien vu de seniibiable, et (pie persoiiiu; ne jiouvaildire de (pnd le matière elle ('-lai 1 1 issue.

On 4>a-si le rt'bte de l.t iiiiil n ( iiiiiil<n' des

MEUVEILLKLX

nsaumos on aclion de gr*ircs. Le iiiatiii, on le voulut mener à saint Martin; il résista tantqn'il put, disant (ju'on lui avait expressément défendu de paraître en sa présence : comme on le pressait d'y venir, cette tunique disparut auv yeux des assistants, ce qui lit juger (luo tout cela n'étail (Qu'une illusioQ du démon.

Un autre solitaire se laissa persuader qu'il était Elie, et un autre qu'il était saint Jean rKvangéliste. Un jour, le démon voulut séduire saint Martin lui-môme, s'élanl a})paru h lui sous un habit royal, portant en tète un richediadèmeornéd'ofetde pierreries, ayant la chaussure dorée et touV-l'appareil d'un grand prince. Adressant la parole à Martin Jl lui dit : « Ueconnais-mai, Martin; je suis Jésus-Christ (jui, voulant descendre en terre, ai résolu premièrement de me manifester h toi. .) Saint Martin se tut d'ahord, craignant (luehpie suri)rise,et lefantAme lui ayant répété (ju'il était le Christ, Martin répondit : « Mon Seigneur Jésus n'a pas dit qu'il viendrait vêtu de la pourpre et orné de diadème ; je ne le reconnaîtrai pas, h moins (lu il ne paraisse en la forme dans huiuelle il asoullert la mort, et à moins que je ne le voie avec les stigmates de sa croix et de sa passion. »

A ces mots, le démon disparut ; et Sul^icc Sévère assure qu'il tient de la bouche même de saint Martin ce (pi'il en raconte en cet endroit. Il dit un peu au[)aravant que Satan se montrait quehinefois à lui sous la forme de Jupiter, ou de Mercure, ou de Véiuis, ou de Minerve ; et on l'entendait ([ueNiuefois qui faisait de grands reproches h Martin, de ce (ju'il avait converti et régénéré |)ar le ba})lème tant (le grands pécheurs. Mais le saint le méprisait, le chassait par le signe de la croix, et lui réi)li(iuait que le l)aptème et la pénitence ellacent tousics pèches dans ceui (jui se convertissent sincèiement.

Tout cela prouve, d'un côté, la malice, les fraudes, l'envie du démon contre les saints; et de l'autre, sa fad)lesse et l'inutilité de ses etforls contre les vrais serviteins de Dieu, et qu'il n'est (juc troi) vrai (pi'il apparaît souvent sous uneformiî sensible.

On voit dans les histoires des saints (ju'il s'est quel(piefois caché sous la forme il'une femme, |)our tenter des solitaires, et les engager dans le désordre ; (pn-lquefois ftons la ligure d'un voyagenr. d'ini mèlre, (l'un religi«!nx, d'nn «»7f dr Inmirrr il (or. *i, Hj, pitur séduire les jlmes sinq)les et les induire dans l'erreur : car tout lui est bon, poiu'vu (pi'il ex(;rce sa malice et sa haine contre les hommes.

L(»rsquc Satan parut devant iC Seigneur au milieu des saints anges, et qu'il lui demar)(la la [«ermission detenler Job [Joh, i, G-H) et dï'prouver sa [>alience dans ce (jne le saint hounne avait de plus cher, il s'y présenta sans df)Ule dans son état naturel connue w.\ siin(ile esprit, mais rempli de rage contre les saints, et dans toute la dillormilé de son péché et de sa ré; vol le.

Mai> lorsqu'il dit dans les livres des Ilois qu'jï sera un c$pri( de ;«r«Jonj/c dans la buurhe

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des faux projthrlcs {III lirg. wii, :21) ; et que Dieu lui permet d'exécuter sa mauvaise volonté : Vecipir.s et prœralebi.f; eejredcre tt fac ita ; on ne doit pas s'imaginer qu'il se soit fait voir corporellement aux yeux des faux prophètes du roi Acliab : il leur inspira seulement le mensonge, ils le crurent et le persuadèrent au roi.

On peut mettre parmi les apparitions do Satan les mortalités, les guerres, les temj)ètes,. les calamités [)ubli(pu.'s et paiticulières que Dieu envoie aux nations, aux provinces, aux villes, aux familles, <i (}ni le Tout-Puissant fait ressentir les elfels terribles de sa colère et de sa juste vengeance. Ainsi l'ange exterminateur fait mourir les premiers nés des Egyptiens {Exod. M, G). Le même ange fiap[>e d(> imut les habitants des villes criminelles de Sodoine et ("lomorrhe (^'rn. xvin, 13, 1'»). Il en use de même envers Onan, qui commelljiit une action abominable {(ïen. xxwiu). Le méchant ne cherche que la dirision et les querelles, dit le Sage; et l'onge cruel sera envoijé contre lui i^Prov. xvii, 11). Et le Psalmisie parlant des plaies dont le Seigneur fraftpa l'Egy[)te, dil qu'il envoya contre ce pays des anges malfaisants : Imwissiones per ungclos matos (Psal. i.wvii, VO).

Lorsipie David eut fait faire par un esj)rit de vanité le dénombrement de son peuple, Dieu lui lit voir un ange | lacé sur Jérusalem , disposé à la fiapper et «i la pi rdre (// lieg. XXIV, IG). Je ne décide |)as si c'était un bon ou un mauvais ange, puisqu'il est certain cpie (luehpiefois le Seigneur emploie les bons anges pour exercer sa vengeance contre les méchants. Mais on croit que ce fut le démon (jui mit à mort cent (lualre-viiigtcinq milh* hommes de l'armée de Sennachérib {IV Reg. xiv, 35;. Et dans l'.Vpocalypse, ce sont de même îles anges malfaisants qui ré|)andent sur la terre des lioles remplies du vin delà colère de Dieu, et y ca isent tousles Iléaux énoncés daus^cc saint livre (.l;)or. viii,7, 8» etc.)

Nous mettons au nombre des apparitions et des opérations do Satan les faux Christs, les faux prophètes, les oracles des païens, les magiciens, les sorciers et sorcières, ceux cpii sont inspirés par l'esprit de Python, les obsessions et possessions des démons ; ceux ipii se mêlent de prédire l'avenir, et dont les prédictions sont ([uehiiiefois suivies de l'elfet ; ceux qui font des [«actes avec le démon pour découvrir des trésors et pour s'enrichir; ciMix (pli usent de malélices pour faire un(> diligence extraordinaire; les démons incubes et succubes, les évocalions par la voie de la magie, les enchantements, les dévouements îi la mort : les supercheries des prêtres idolâtres, tpii feignaient(pie leurs dieux buvaient et mangeaient, et recheirh.iient le commerce des femmes. Tout cela ne peut être ipie l'ouvrage de Satan, et doit être mis au rang de ce que l'Ecriture api)ellc 1rs prnfandrurs de Satan.

C est dans ces traditions bibliipies, chrélieiines, et même Ihéurgiques, lors'pul s'agit

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d'esprits infernaux et de magie, que les j)oëtes chrétiens doivent chercher les sources de leur uierveillcux, et non dans cette persouiiiûcation si froide et si ennuyeuse des vertus ou des vices, ou même d"ôtres encore plus métaphysiciues et plus abstraits, qui a fatigué l'engouement français de la Henriade de Voltaire. Mais Voltaire était le poëte le plusanlipoétique et le plus ennemi du merveilleux qu'il soit possible d'imaginer. Son esprit n'était fertile en fictions que lorsqu'il s'agissait de bouffonneries contre les croyances les plus saintes. Aussi son Ciel, son Enfer, et même son temple de l'Amour sont des fictions sans terreur comme sans attraits. Son sacrifice magique des Seize est absurde, raconté par un écrivain qui ne sait mettre de magie nulle part, et qui ne veut d'ailleurs enchanter que les incrédules.

Cette grande époque de la Ligue si merveilleuse par elle-même gênait les haines de Voltaire, aussi bien que les exploits de Jeanne d'Arc, et il n'entreprit de les chanter que pour leur ôter systématiquement toute leur poésie chrétienne. Quelle épopée, en effet, que celte guerre décisive de l'hérésie, c'est-à-dire de l'orgueil humain révolté contre l'uni té catholique, c'est-à-dire contre l'autorité divine, et Paris, le centre civilisateur du monde à venir, devenu le prix du combat ! D'un côté Satan, avec le cortège des enfants de Cau), de l'autre, Jésus-Christ lui-même, suivi de ses apôtres cl de ses martyrs ; le eiel attentif à cotte lutte ; Marie, protectiice de la France, éplorée, aux pieds de sou Fils, qui, de la droite du Père où il se repose à jamais, dirige les efforts des c^nuballants ; j>ainte (jeneviève, envoyée du ciel à la terre comme une messagère d'espérance et de pardon; les âiues rebelles de Luther et de (>alvin errant sur les champs de bataille , jiour accueillir de leur bienveillance amère les Ames de ceux (pji meurent pour eux : (piels motifs iné[)uisabli'S de lerrc-uret d'espérance, quelles beautés du premier ordre eût tiré d«; loul(;s ces fictions irdiérentes ()our ainsi dire au sujt;t, un ()Oète vraiment chrc;lienîCar rjous ne voulons et nous m; pouvons

Itarler ici que de la Henriade : le poi me sur eaniie d'Arc n'a pas de non» (pi'une plume honnêlf- sache écrire.

-Mais laissori'* Voltaire et ses fautes systéinaliquc-s, et cherchons ailleurs les rîxerliples du merveilleux que nous avfjus à étudier. Hftournons h la ljd)le, retournons à nos vi»'ux lég('ndair<;s «M. aux naïves croyances du moyen A^e , Vo}/. ('noy Kx.y.s I'oim i.AHiivs; ; r<lisons J'admiiable épopée de Dante, tonte com(iO'ée de choses merveilleuses et fpi'on jiourrail apf»eler la Somme i\\i riierveillein et de la |»oésie chrélienne. l'oy. Dantkj; elierclioris, dans le» plus belles jMges du Tasse, le«« inspirations qu'il doit aux croyances chrélieiines, rt r;eH images f haiideuiéiit r;oluréesrpi il .joit à la foi lU- l'Ii/ilie. ("est siirloiit dans le fiierveilleiit (pu; |i; l/isjje excelle, narce rpj'il puise loiijoiiis aux bourres t^ntuii*:S de la IrndilifMi efllh'»liqiie. Son Fiiltr, par exemple, n'a rien de païen et

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étonne par des touches fortes, sombres et unissantes d'effet dont aucun des anciens ne lui a fourni le modèle.

« D'un son lugubre et rauque, l'infernale trompette appelle les habitants des ombres éternelles ; le Tarlare est ébranlé dans ses gouffres noirs et profonds : l'air ténébreux répond par de longs frémissements. Tel et moins bruyant encore, le tonnerre gronde, éclate et tombe. De moins terribles secousses font trembler la terre, quand les vapeurs amoncelées de son sein s'agitent, s'allument et s'embrasent.

« Soudain accourent les puissances de l'abîme : ciel ! auels spectres étranges, horribles, épouvantables ! la terreur et la mort habitent dans leurs yeux : quelques-uns, avec une figure humaine, ont des pieds de bêtes farouches; leurs cheveux sont entrelacés de serpents : leur croupe immense et fourchue se recourbe en replis tortueux.

« On voit d'immondes harpies, des centaures, des sphynx, des gorgones, des scylles qui aboient et dévorent; des hydres, des pythons, des chimères qui vomissent des torrents de flamme et de fumée ; despolyphèmes, d.'S gérions, mille monstres nouveaux, mille formes plus bizarres que jamais n'en rêva l'imagination, mêlées et confondues ensemble.

« Ils se |)lacent, les uns à la gauche, les autres à la droite de leur sombre monarque. Assis au milieu d'eux, il tient d'une main un sceptre rude et pesant : son front superbe, armé de cornes menaçantes, surpasse on hauteur le roc le plus élevé, l'écueil le plus sourcilleux : Cal[)é , rimmense Atlas luimême, ne seraient auprès de lui que d'humbles collines.

« Une horrible majesté empreinte sur son farouche aspe(;t accroît la terreur et redouble son orgueil : son regard, tel ([u'une funeste comète, brille (\v. l'éclat des poisons dont ses yeux sont abreuvés. L'ne barbe longue, épaisse, hideuse, enveloppe son menlonetdescend sur sa poitrine velue; sa bouche dégoûtante d'un sang impur s'ouvre comme un vaste abinl(^

« De cette bouche empestée s'exhalent un souffle empoisonné et des tourbillons do llamine et d(! fumée. Ainsi l'Ktna, d(! ses flancs embrasés, vfjinit avec un bi nil alVioux de noirs torrents de soufre et d(! bitume. Au son de sa voix terrible, Cerbère si; tait épouvanté : l'hydre est miKilte, le Cocytii s'arrête iiiriiiobile, rahiiiH! Irembh;, et s(!S goulfros téiiébreiix répètent ces sinistres accents :

« Divinités de l'enfer, vous (\u\ méritiez miiMix d'être assises au-dessus du soleil, dans ces régions d'où vous tirez vf)tre origine; vr)us (pu; la graiide révolution piéeipila jadis avec moi du séjour du bonheur dans (-es liorriJiUvs eaeliols : ji; ne vous rappellerai point les soupçons jaloux et les cruels dédains (lu tyran qui nous opprime, ni nf^lre ulorieuse et Iroj) tiinesle entreprise. ArJutre de. tout, il règiu; aujourd'hui sur les étoiles ; »'t nous, révéneinenl a décidi^ que nous étions des rebuiles.

MIT.VEILLKIX

Mî RVLll.LtUX

« Au lieu de, ce jour pur cl scri'in, au liou (le cr soleil, au lieu (U; ces i^lohos luniiiu'ux. qu'autrefois mous habitions, lo barh'.ro nous a renfortnés dans rcl abîme obscur : il ne nous permet plus d'aspirer h nos premiers honneurs, à notre f(''licilé première. Et encore, ah I cruel souv(Miir 1 souveuir aiïreux ((ui aifirit mes peines et mes sufipliecs ! dans cet immortel séjour sa haine aj)[)el.i l'homme, Ihoumie sa créature, cet insecte aussi vil que la l'an^je dont il est né !

« C'était trop peu pour sa vengeance : afin (le mieux nous punir, il a livré à la mort son (ils nu''me. Il est venu, ce (ils; il a brisT' les barrières du Tartare : il a osé porter ses |)as dans notre empire, et nous arracher des Ames (|ue le sort nous avait dévouées. Uicho de nos ilépouilles, il e>l retourné dans les deux, et l'enfer v.iincu a servi d'oincment ù son triomphe.

n Mais pourquoi renouveler encore nos profondes douleurs? (pii ne connaît pas et ses injures et les ad'ronts ([u'il nous a faits ? Vax qiiel temps, en (pud lieu le barbare a-t-il suspendu le cours de ses outrages ? Mais oul)lions d'anciens ressentiments; de nouvelles olfenses doivent enllammer notre courroux. Kh I ne voyez-vous pas connue il tente de rappeler toutes les nations h son culte?

« Et nous, engourdis [)ar nos malheurs, nous traînerons dans linaelion des moiiients inutil(,'s!uri généreux (^ourroux n'enllammera p,is votre couiage? el nous soulfrirons ([ue chacpie jour le peuple soumis h ses lois s'agrandisse dans'l'Asie, qu'il subjugut; la Palestine, que le cjlt(;, (pie la gloire de notre ojijiresseur s'étendent eni'ore, (pie son nom retentisse dans de nouvelles langues, qu'il soit chanté dans de nouveaux hymnes, (pion le grave sur de nouveaux bronzes et sur des marbres nouveaux ?

« Nous souHrirousquc nos idoles tombent anéanties , (\no nos aut(ds deviennent ses autels, (pi'h lui seul on adresse des v(Lnix, que pour lui S(Mi1 l'encens brûle, (ju'h lui seul on otfre de l'or el des parfums? Et nous, pour qui jaujais temple ne fut imiténélrable, nous n'ain-ons plus un asile sur la terre : el ])rivédu tribut accoutumé, errant au milieu d'un empire s(dilaire, voire roi régnera sur des déserts ?

« Non : j'en jure par celte aiiti(iue valeinqui res|)ire el (jui vit encore on nous. Ne sommes-nous pas tids (pie nous étions, lors- (pie, armés du fer el de la llauune, nous disputions l'empire descieux? Nous su(;- (•oud)Am s, je lavoue, dans ce combat ; mais le courage ne ui.impia point h nos pr-ojcls : la palme fut au plus heureux; il nous resta il gloire d'inie audaee invaincue.

« Mais pounpioi vous arréb'-je encore ? Allez, ('» mes liièles conqiagnonx, *.ua force el nu)n appui ! Allez, volez, an(;anlissez dans .son l>erceau une puissaui c enn«Mnie : éloignez celte llanune naissuite avant (|U(îlIeail embrasé la Palestine : mêlez-vous pa ini eii>., el pour les perdre, eu'.ployez tour à b^ur et |<l ru>n el la f(»rce,

• Uuc ma vid(ijilé soit l-dolin. (,) le les

uns errent dispersés; (pie les autres lond)ent sous vos coups : que daulres, idolâtres d'un doux regard, esclaves d'un sourire, languissent plongés dans la mollesse et dans do honteuses amours : (pie rebel es vi divisés, chrétiens contre chrétiens, (Mix-mèm(>s iis se d(''chircnt el ségorgenl. One tout le lamp périsse exterminé, et (jue les derniers vestiges en disparaissent.

n II j)arlail eiu^ore; el i\i\\h les esprits infernaux se sont élancés avec furie du sein de la luiit profond(i vers le séjour de la lumière. Ainsi les vents mutinés et les b'.uyanles temf)Ctes s'écha[)pent de leurs prisons, vont obscurcir le ciel, et [tortent sur la terre et sur la mer le ravag(> el la destrucl on. »

Le sévère Despréaux, (pii comprenait la religion connue un janséniste et la poésie comme un auteur du siècle d'Auguste, n'a point ap|)rouvé le merveilleux du Tasse :

Fa (\m'\ spcclarlc^ onfiii :i pn-seiilor .niix ycnx Q[iti le (tialile toujours liiirlaiil coiiUo les cicml

Boileau parait avoir même ignoré complélemenl ou méprisé profondément la Dil'bic Comédie de Danle, el ne voulant voir dans la poésie qu'un jeu élégant de l'esprit, il uuirmurail avec l'accent chagrin des larmoycuis de Port-Royal :

Do la fol i\cs. chrélions les niysI('TOs tcrrilJcs fVoraomonls ('pnvtis ne suit i):is siiscrplililes. I/Kvangil(i à l'espril n'ollVf do Ions rôles Que péiiilciioe à faire el louniieals iiiérilcs.

Il en coneluail qu'il fallait laisser h Neptune l'empire des eaux ; h Flore celui des zéi)hyrs et autres nouv(>autés. La Bible avait donné tort d'avance h Des[)réaux; mais dans ce lemps-lh on ne paraissait pas se douter encore qu'il y ei\l une grande littérature toute faite et une poésie toute parfaite dans la BiMe. Le sens mysti pie faisait tort à l'intelligence poéii(]ue, les nuHaphores des éTivains sacres passai ni pour des énigmes théologiques, et ce qu'on lisait en trend)lanl, ce dont on cherchait péniWemenl l'cxplicalion dans des in-folio ennuyeux, on no s'avisait pas encor(> de l'admirer.

Les siècles de philosoi)lne n('galive que nous venons (h; traverser se sont elforcés, connue Voltaire , de détruire dans la raison humaine toute conliance au merveilleux el toute croyam-c h ce (lui esl surnatinel : on a voulu fermer ainsi la porte de communication des deux nu)ndes, et rtdéguer la vie humaine dans sa prison matérielle. Mais \ • pioi bon refouler l'Ame s(n' la lerri> |)our la sevrer de miracles? ICst-ce que la terre aussi n'est pas la patrie du nuTveilhiix ? Empècherez-vous le soleil d'a|)i)araitre , dans la c.ainte (pi'il ne révèle aux honunes les splendeurs de Dieu ? Et si le jour cesse (Ki proclauKT les prodit;es de sa lumière, coniniMit ferez-vous taire dans nos C(Eurs le silence môme de la nuit?

0'nl silpnro profond rogne snr h nature ! (,»Molle main tic ces corps éleva la stature? (,»iicl un isiWIo liras, par la r.irie «on-loil. Niua (!(» Cl (le feu* Ica ilciorls Me l.i kh"..

757 MERVEILLEUX

De ces aslres roulants élciulit la surface,

Kl versa leurs rayons au milieu de l'espice,

l'iiis iioiniiieiix mille fois que les saliles dos !-.:ers.

Les perles du malin, les flocons de!>i;ivers,

El liius ces (lois qu'au soin des viles co:.su;ii,'cs

Promène l'incendie aux; ailes en!lain;néês.'

C'est eu vain que l'impie ose cleNcr la voix,

El dépouiller encor l'Elernel de ses droiis,

O.ii, la lleligio:! est iille d'Lranie,

Toul d'un Dieu créateur atteste le génie

11 est sans doute un chef qui, sous ses pa\illo:;s,

De ce peuple étoile range les halailloiis.

(Guerriers ilu Tout-Puissant, Uiinislrcs de sa gl lire,

L'urs mains à ses drapeaux allaciier-l la Vicloire,

Oiiel œil jiourrail les suivre en 1 -ur hriilaul essor.'

Des cas(jues Je rulii> pressent leuis clieveux d'or ;

De sapliirs iminonels r.:\'onne leur j-.rmure;

Leurs rangs aérieiss, saiis trouîile, saiisnmri::ure,

S'élenùeul par milliers dans léliicr radieux,

El veillent, en silciice, à la garde des cieux. >

El rbo:i!me, inccssammenl lénioi:i dec s specacles.

Pour croire à l'EteriicI demande des mirai.ljj! ...

Des miracles! ingrat, contemple l'univers.

Mais au brillant aspect de ces globes divers. Je ne sais quel délire a pas^é t!ans mon auif ; Je me crois eidevé sur des ailes de ILiuime, Et, du sein de la lerr.;, élancé vers 1 s cieux, Le gloix; des vivants di^par^il a mes yeux. J'ai fra:iclii de la nuit 1 a^tre mélauculi^juc ; Je louche au voile d'or, au voile magnilicjue, Qui des mondes lointains me cachiil la graiidcur. Perdu dans ces r.yons d'éternelle spL'uicnr, Je m'égare à travers. les soleils innoinluajles, De vie el de chaleur foyers incpui^al les. Que vois-je? un 1 »ng espace, un dcserl enflammé !... Sans doute du grajul roi le troue aci ouUun; S'el've dans ce.-) lieux .... Vain ospoir (pii m'abuae ! A se montrer déjà 1 Eternel se refuse : il est encor phis haul, par-del i les soleils. Par-delà tous les cieux et leurs palais \eri;;c:Is. Arrèloas un moment. . . . aussi »;ii:.'i ma pau;iierc .Ne s'ou\re qu'à regret cl fuit tant de 1 imiere. Connnaridoris, s'd s^; peut, à mes sens cilrayes. (Jn<;l aiiLis d uiiivius so:i-> mes pas di-ploy •;>! Que d"as:res radi,-ux,de sphères vagalM»nd«s! ilc V(»i(:i seul, dcuoul sur le sommi-i des mon les. Invisible"» lémoms de mon Secret effroi, ILibilaiils de ces bords, p.irl;:/., rassurc/.-nu/i. Dans ce inonde où bii-iitol dormira ma pou;,siére, L'homme ne vil qu'un jour de Intubb; el <lr miscrc; Les yeux a peine ouverts, il gemil et pri's>fnl l><'S ennuis du s jo:ir qu'il baiiile i-n passant. Vous qui; déjà mo.i cœur chérit sans M)U!> conuai-

|lre, Si loin (lu grain mouvant où h; ciel me lit nailie, J'arl;ige/.-\ous, lnlas ! notre funeste sort'/ i><; do.diurs en douleurs m nhc/.-\ousa li luorl? .Mais sans doulc, élran;,'crs aux pavsio.;s hu.nai;ii-», L'i sang a -rien fail palj»ili;r vi,s veines. Vous ne < onn isscz pas no«> bes:):ns renaissa:;U, Tou!» ces b»ii;,'ii(ux di'Sirs. oragi-s dr nos se.is. A issi pur qui; 1 • ciid qui vmh vrl dr « eiain.-e, iAt.ivMi» i!e \ous n-spire el nage a I a\cnlurr, En lie» flou hiiiiinirux, dont l.i loudie el le> \e ils h;'»|»ecUriil le cristal et les liésor;;iiiouvaiils . , Lli(;uoi! '.ouH inenliiidc/. el no cz me r |i»ndrc' Qk; voire voix s't b-^c cl >ii:ini • me co.ifoiitir •, M dans ma fo le erreur, iiiulliiiliarit le> cit-ux , J* l';iid». Vers l'inhiii, mon wil ai !acitnx. yiiK ili^je? ri qui p »uriail, Mans crime et mii bla»-

Iplienn*, A»*:gii'T qiiebpu; borne h l'arlisan suprénn/ S'il erra d ii.i sriil mol luloiiie el I ini viTs? *''a-uil p 1 « eiilouii-r de cent moit Ic.h di>er»»? lli'ii .'iiiir aime ii l.r i roire : iri-baH « sil e, Klje »i»|,; cri cnjKÛr dans l.i Hjiheie étudie, */«rti» te» t crcf ux ;!V.,"jr, ii Ir.oer» ici j .r iins

MERVEILLEUX 7Î

Où rayomr'iit la pourpre et l'or des s. rapîiiiiS.

-Moilel ([iii, dans la imil majestueuse cl sombre, Conteuiples, loin de moi, ces jjiodigessaiis nombre. Tous ces milliers de cieux, miroir éblouissant Où vient se réfléchir le iront du Tout-Puissant, Oh ! que le grand destin promis à ta .'lohlesse. Fasse battre ton caMir d'une sainte allegres.^e; Reconnais du Très-Haut le bienfait paiernel; Ces mondes passeront, loi seul es é:cri)cl. Oui toi seul .... Mais où suis-je'/ et quel riiyon

[m'éclaire.

L'avenir se dévoile à mon œil téméraire; Toul s'cmeul .... tout frémit .... dans l'espace

[arrei.-, Le temps suspend son vol précipité.

^oici l'heure derni^-re ; usie voix qui menace, La voix du Dieu vivant lonne au sein ce l'espace :

I Fils des homme.% sortez de la jjrol'onde nuit; Le grand jour est \enu; l'eteriiité vous luii. t Alors au loiid des bois, des eaux et des vailles. Les g-Miéralious se lèvent désolées;

Et deux rideaux de flamme, au même insiaul ouverts, Ofl'renl, dans sa splendeur, le roi de Innivers. Sur un troue llottanl, où l'or purélincelle,

II repose, entouré de sa gartie lidele;

Dans sa main resplen.lit le g!ai\e lumineux;

Vingt soleils, à ses pieds, rassem lenl ïouà leurs

[léux ; Ses habits soûl semés d'élolles flamboyantes; El l'elber réfléchit leurs clartés oa ioyaules •Mais le f.ital arr t est déjà prononcé De la cnalion le prodige a cessé.

L'homme seul, des tombeaux se.ouanl la poussi Jre , Superbe, revêtu de force, de himiere, S'eL've et va s'asseoir dans le p.dais divin ; Sur sa tète imaiorlelle éclate unjoir sans lin. Tandis i^i'à son bo.iheur les ha:p.'s apidau.iisseii:, Que del liymiie d'amour tous les cii-ux retentisse.. t ; Quel spectacle ici-bas ! .Mille sombres vapeurs Des aslres de la nuit c clipsenl 1 s lueurs. L'Océan mutine soulève les orages Gronde dans tous ses flols, franchit tousses rivages. Les mont. Ignés, les tours, I 's temples, le» cites. Dans l'ubime des eaux croulent de Unis cotes ; Les cieux sonl des volcans; mille éclairs en jailli, -

[sei.t; Mille fo.i.Ires rivaux se croisent el rugissent; Tous l.'s enfants de l'air, luibulenls, \agabonds, SéchapiM'nl, à la f lis, de leurs anlres profonds, Se heuili-nl en courroux, el d'une aile hardie Aux plus lointains » limais vont purter liiicendie. Les astres, arrai lies d ■ leurs axis biùianis, Du soiiitnet de l'elhei lun sur r.iulre i oui. mis, .Nourrissent de leiii.s b-iix la ll.immtr uni\ersellc" D.-ja brille et s'eleint la dernière elineelle. Fuyons, fiiyoïisla mort. . . . .Maisl.. mortesl parloul ; Sur l'iiitiM-fs détruit son fanlome est d(S)oul. Dans l'aiilique i haos la nature retombe; Toiile une eternit:' va peser sur s.l tombe. Dieu chasse dcNanl l.ii, eouiine de vains l.rouill.irds, La poudre des sobil;, l'issous de toules paris • El, |iurlé sur nu char uù ha cob-ie gronde, 11 p-a»>ie, el, dans ttU couibC, il elbuc le mondi;. (IJaocii-Loumian.^

C csl niri.'^i que le .sjk!, lai le do l.i ii.-iliiic iiuii."» l'Ii'Vij C'ino.c uiix xé.ilc's élciiiellcs , qu'il iioii.s facile lomiiio un voile Iimii.sm.iicdlMiii lic l'iiil f|iri.'i"ilL'ciMlrc (Ji'sir di; linliiii. OiiviT^ (l>»i(; iiiio |.(>;l.' .'i l'ciilljou.sia.siiic ! Enis.se/, à la l'il si:h luiraclcs , |mi,s(|iio la iiahirc n'a pas iiicon* c'.xjili(ji;(j |»!.s .sii-ns i\ la lai.'O'iI J.i! lijti v«-i||cux nous iiivi-slii, iioii.s prcs.sf! (le luuli'S iiarl.s, m; iioii.s lais.S(5 |ia.s ij'k; placr où iioscr li" jiii'il sans (|ij(.' non» fou.'ion:} un miracle ; çl (iii.'in<l lo ilui^^l du

MKllVEIl.I-KlJX

MKIIVFKJ.KIIX

Dieu los nvouglc, ([uaïul sa voix los nssourdit , (los pliilosDiilies d'un jour viendront ' liaussor les é[»a\ilt'S et souiiic en nous entendant rùiK^ler (|ue Dieu se eoinniuniiino qn(>l(|uefois h ses saints par des visions et par des songes I

Nous venons de nommer les songes , et voiv;i tout un noiivel ordre de prodiges qui se présente jV notre pensée. Qu'esl-re donc que cette vie farlire ([ui se révèl(> h nous pe-idant que nous dormons? Quel est l'auleur des snectarles (jue la pensée se donne alors à elle-même, tandis qu'elle siîmble être passive ? I.cs illusions du sonnneil sontellt s un mensonge brill.mt ou une vérité voilée ? Poun(uoi présentent- elles souvent h notre Ame des tableaux (jue jamais nous n'avions ménie rêvés dans l'état de veille'/ Les anciens avaient fait des songes un essaim de génies diaphanes et plus légers que l'air, avec des S('e[)tres de tlcurs et des ailes de papillon, et de ces fantômes fugitifs nous avonsfaitlessyl|)fiesde nos fé(Mies, brillantes phalènes au visage eid'antin ipii doimaient dans les roses et se glissaient , les mains pleines de trésors fantasti(iues, au chevet des jeunes filles et des enfants.

I/t«nf;in( du Nord, orranl au sein dos bois profonds, Dfs esprits luniiiioux, des sylphes vagi»l»oiids, Hois au seepuo de llcnrs, à lécliarpe lcîî«''re, Voit dc-icendie du cii'l la foule mensongère. Dtns [a ccHipe, rrini lis tout le jour enfeiinés, El le soir, s'eeiiapp.tnt par groupes end)auniés, Aux rayons de la lune ils viennent en cadenee, S M' l'émail des gazo;<s entrelacer leur danse; Kl de leurs Itlonds «lirveux, dégagés de liens, Les zéphyrs l'ont rouler les (lois ai'iieus. 0 surprise! Hieuiol dans la forèl anliciue S'élève, se prolonge un pahiis fanlasli<pie, Immense, raynmi;inl du ciistal le plus pur. Tout le penpii! lutin, siuis ces parvis d':i/.ur Vient déposer des luths, des roses pour tntphé'es , Vi>nt m;tri(!r ses pas aux pas lu illaiils des Ices, Kt hoire l'hydromel ipii pcliilf d.in-. l'or, Jusipi'à l'heure où du jour l'cclal, douteux cncor, Dissipiint cette troupe in< onslante et folâtre, La r;unène (Mplivf en sa jtrison d'alhàlre. Plus loin, au pie I d'un nioiil ohscuroi de vapeurs, Sous le eiiéne d'Oliu. les Irois fatales soMirs, Mcmslres que le iKiuois en frein issaiil adcue, Au fracas du torn.Mil, aux feux du metécue. D'un lireuv;r.'(' fal;d eommeiuent les appit-ts. Oiirl est le roi piiissnnl que meicieent leurs traits? Lu pi>ignard ii la m:iiti, |)al<'s, eeheveh'es, Kllf^ rlMnlcnt. Leur voix rugit ihuis 1rs v;illt'os; Kl l's spccirrs. du fonii di-s soudtres monuments Aecourt'ut evedlis p;ir leurs cn'haulrmi'iils. yuedisje? Ah! des tondteaiix fram•lMs^anl la har-

[riere, Si les moits, en effei, rendus ;"» la lumière, l()'\i<>mi<-nl ipiclipiefois errer autour de nous, 0 ma uu-r<' ! 6 ma soMir ! spectres eli;irmants et doux, A reUe hmrc d** p:)ix ipi:tnd ma voix V(his ap|>ell«\ i*oiinpioi rcpo>e/,-vous dois la miil el<-rm>tle?

(^es vers inidancoliqiies de rauleur des Vcillérs f)o('li(fUfsrt morales proiiveiitiombieM d'analo^i-' il y a entre la rêverie et It-s rêves qui bercent également, soil dans la veille, soit pemiant li* sommed , notre imaj;inalio'i cl nos souvenirs (KMida'it les heures (roiildi et de repos de noire intelligence. Dieu s'est aueltjuefots servi des rùves pour manifester

ses volontés aux homnn>s : le limioignagc de rKcrilure sainte ne nous permet pas d'en douter. L'enfer pentaussi.pendantces heures où la volonté est désarmée, tendre des pièges h nos désirs ; et les prières de l'Eglise nous prouvent assez les embvlches dont elle cherche <i nous i)réserver. Les songes ont donc une aiitorile en liltérattire et surtout en I)oésie. Tout le monde sait par ca;ur le beau rèv(! d'Athalie, dans la tragédie de Uacine. Nous avons trouvé dans un livre publié en 1670, par M. de Cériziers, aumônier di\ roi, une dissertation assez curieuse sur les songes, et comme elle n'est pas longue, nous la transcrivons ici d'autant plus voionliers que le livre où elle se trouve est assez rare.

«MoNSEiOKVR, ptiis qu'il plaisth vostre excellence d'ouyr ce que i'ay autrefois ap()ris sur ce suiet, ic la supplie tres-humblcment de croire , que ma seuh; incapacité empêchera vostre entière satisfaction , et que si i'estoisplussçauant vous seriez j)lus éclaircy. Et pour ne me point diuerlir de vostre intention, l'estime qu'on ne peut dire que les songes, qui sont des mouuemens de l'ame qui se forme diuerses figures ou qui les reçoit, soient tous de fausses illusions ou d"in>failliblcs veritez. Quelque respect que les profanes ayent eu pour la veine science qu'on en fait, les plus sages se mocquent également des superstitieux et des incrédules. Aristote <lont l'humeur n'est pas de croire sans bonne caution, ne peut ap[>rouver le sentiment de son maislre, qui veut que toutes les resueries de la nuict, viennenî des dieux, et jiartant ipie ce soient des instructions célestes et surnaturelles aux hommes. Kt à dire le vrai (comme il remar(|ue) les chiens et l(>s autres bestes songeans aussi bi(m qtic nous, il y a i)eu d'apparence, que de si haute inajeslez se voulussent abaisser h faire leçon aux brutes. IMiilon (|ni s'est toiljours témoigne grand [)artisan d»s Platoniciens, fait naistre les songes dans l'ame, de la sym[)alhie de ses mouuemens au cours de l'ttinuers. Syncsc» reconnoisl vn certain esprit en nous, (|ue ie ne connoist pas, ijui leur sert de siège et de véhicule : de la mémo façon que les naturels et les vitaux conduisent la vigin'ur et la vie, dans toutes les partics de l'homme. D'autics les font couler des astres, et certains osent bien asseurer, ipie les resueries de noslre esprit ne sont (pu» (l(»s ressounenirs des cfumaissances, ((u'il app'ule (h; dehors dans nostre corps.

(T On ne peut nier qu'Ilippocrate n'en ait mieux trouiK' la sourci» et le princii)e, quand pour l'ordinaire il les attribue it fa nature, et (piehpu'fois h son authinn-. Il ain-ait tout, dit, s'il «Mist adiousl(\ (pie les démons so nnvslent bien soiiueiil dans noslre sommeil ; il l'st VI ay ipie n'ayant [).is distingue le maunais géiiie des bons, il a deu confondre ces deux diuerses causes. Qu'il nous vienne des son,.;es de la nature, rex|)érience de toutes les niiicts l'apprend ; (pie Dieu les eniioyo assez souueni, l'I'^scriture saincte nous l'enseigne. Qui seroil téméraire » ce poinct que de contester, ciuo ceux d'Abraham, d'isaac,

7ii

MERVEILLEUX

MERVEILLEUX

(fe lacof) et de Iose|>h ( sans parler de cet aulre loseph du Nouueau Testament) ne lussent des aduis du ciel <i ces illustres Patriarches, le ifentreprends pas de vérifier que les démons fassent resuer les hommes, et que par fois, pour leur donner quelque créance de leur diuinilé, ils ne leur donnent des pressentimens de leurs bonnes ou mauuaises fortunes. Personne de ceux qui connoissent tant soit peu l'histoire profane, niguore ce qu'on nous raconte du temple de Podalire en la Poiiille, de celuj de Seraph s en Alexandrie, etd'Esculape à Perj^ame. Qui n'a point ouy parler de la chapelle de cette Pasiphaé , que Ton adoroit aux fauxbourg de Lacedemone, et do la Venus de Gazp, où les ieunes filles alloient dormir, pour songer les auantures de leurs amours? Sans doute cet infâme commerce, qui se cont nue encore auiourd'huy auec([ue h's diables, sur Je succès de nopces, n'a po'nt d'autres conjniencement , que dans ces sacrilèges obserualions des idolâtres. On ne scait que trop rim[»uret6 deces dénotions; pour celles (|ui se proposoient d'autres fins (jue de connoistre les mariages, en voicy la cérémonie :

«Ceux qui consultoient les démons, après leur auoir sacrifié vn mouton noir, s'enuc- ]o[»[ioient de sa prau, et dormoient ainsi dans leurs temples, afin dt' les obliger et par leur confiance et par leur liberalilt'*, de leur découurir en songe ce qui leur deuoit arriuer. l'aduouë bien que ces fausses diuilutez naltendoient f)as toujours , que ces panures aueugles leur rendissent des hommages si ridicules; comme s'ils se fussent picquez de {jrcuenir leur uiirile, ils deuançoient quehpjefois leurs v(eux. Kl paitafit, quand S<^jcrate songea qu'il entroit dans la vdie de Phtihe, ce qui fut ex[)liqué de sa mort, à cause que ce mot signilie conuption, ses dieux vsoient de magnificence. Kt quand Odalis ayma son cher Zariadre, et Zanadnj sa biille Odalis, sans s'estre jamais vous (juCn songe ; et que <pjelfpio temps après cell<; infafile présenta la fiole d'or rpii luy deuoit choisir vn es|toux à ce ieune prince, cpii parut inconnu rians sa charidMc, c'esloil vn elfect de h-ur impulsion filiistost (pie de sa prudence. le ne parle point d'Alexandre, rpii songea la prise d»; 'l'yr pour auoir veu vue satyre en dormant, comme ces deuiiis linterprelereril ; parce que mlf/roit signilie en langag<'grec, Tyr est .'i toy. i:onslan(e ne receul-il |»as aussi vn aduis de sou désastre allant contre les Sarra/ins, lors rpi'il s'imagina, en dormant, (ju'il sot toit de lliessalorurpje, dont les sillabes diuisèes font ces trois mots , Thm olto nif/iirn , laisse la victoire h vn autre. Oii.ind Asliages vit .soilir ^iie vigne du ventre de .M.uirl.in/-, et que la n«ere u'Anguste creul rpi'ori eideiioit ses entrailles au ciel, les demorrs preleud«>ient de M: inellre en crédit par les presag«'S d'une grandeur, »|u'ils [»romeltf>ient en sringe, et que le vtay f>i(!U leur desliiM»ii (mi veut*''.

• .Mais atin que c«;seuenefriens et reu\ qui leur ressemblent, ne poitrMil | oint no«li(! e»i»rili» croire ipie toutes nos rcueries M)i( ni

véritables , il est h [)ropos de considérer quelles coniectures on en peut innocemment tirer. Et pour dire en peu de mots ce que i'en pense, il est certain qu'il faut aussi peu soupçonner la vérité des songes qui viennent de Dieu, que receuoir ceux qui viennent des diables , quoy que parfois ils soient exempts d'impostures. La raison est, que nous deuons nostrc créance à Dieu, et nostre mépris aux démons. Il n'appartient pas neantmoins à tout le monde de iuger de ces visions nocturnes ; la prudence nous oblige d'en laisser le discernement à ceux qui gouuernent nos consciences. Pour lo regard des songes naturels, soit qu'ils viennent de la reficxion que l'ame fait sur ses actions passées , soit qu'ils ayent leur principe dans l'habitude du corps, il est éuident qu'on en peut recueillir sans crime co qui nous doit arriuer; puisque l'humeur qui commande chez nous en est la cause nécessaire ; et que le reste de nos actions précédentes peuuent estre des signes de celles qui doiuent suiure. Voicy la liaison des accidens de nosire vie auccques nos songes , et en suilte le fondement qu'ils donnent aux présages que nous en tirons. Les songes naissent pour l'ordinaire du tenqierament ; le tempérament forme nos mœurs ; nos mœurs ont ascendant sur nc3 acticms en ce qu'elles les produisent ou les règlent, nos actirms iournalieres ont beaucoup de ra[)|)Oil et de pouuoir sur les efi'ects dont les causes nous sont secrètes. Il n'y a donc point de magie que l'esprit voye nos accidens dans nossong(îs, pourueu qu'on n'asseure pas celle veuë infaillible. Ainsi nous afturenons de la conduite des Pctcs s[)irilu( Is", (|u'on peut former de probables iugemens, non pas de l'acte, mais de l'inclinalicjn du vice onde la vertu des resueries d'une [lersoniu!. A'oilà sur quel f(Midement vn homim^ ((ui craint de pécher mesme en dormant, et cpii résiste aux sales imaginations du sommeil se peut asseurer qu'il aynie la pure é, et (prvn plaisirillegitime auroil de la |)eine de surprendre sa raison lors (pi'el'e veille. Les coniectures, qui ne regardent (loinl la liberté, sont moins susj»erles. Parlant l'on peut croire, tpie c(!lu) qui ne songe (|ue des choses agréables est d'humeur sanguine; (pie ceux en (jui lo I hiegmt; domine, n'ont en visiiMi (pie (h; l'eau, des nauf âges, (h; la pluye et des neiges. \i\('. colère fait pres(jue tousiours la guerre pendant la profonde paix de son repos, et le uielam lioli(pi(; iK- voit (pu; des objets tristes, et d'hornbles phant(')uie». Ainsi les mederiiis s(;auent piudenuneid iuger de l'intempérie *U' l'huiutiur, par l'assiduité de songer les nujsmes choses. Or la raison pour(|U(»y nous « oniKtissons mitnix r(!xcez du lemperamuKnit (h; (;e(piise passe la nuit (pu; h; iour, c'est (pio l'humeur im^ soulTro au( une diuersi(ui dans ses oiieralions tandis (pie lame rep(»se , et (pie n (tant point oc- ( iipée h ses plus im[)Oi tantes actions, (Mo ne suspend pas celles du corps, (pii suit ordinairement son application, le ne prelemls |i(U'it de niei' (pie la plus ramili(MO

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MEÎIVF.ÎM.EVX

M;:nvF.!i.i.î:r\

st)ur«'o (le nos songes, est dans les ontrclicMis el les ncjioocs du iour; parce •jin; Us espèces en estailt encore loules fraisclies , l'esprit qui esl de loisir s'amuse h les reuoir ; et j)nrre que la raison n'est i\ul\ moitié éiieillée, il les range si mal et les confond quelquefois anec(]ue tant de desordre, (jue des plus belles images du iour, il n'en rciissit (jue d'estranges grotesijues. »

On trouvera sans doute que les idées du sieurdeC 'ri/.ifrs.au sujet des songes, étaiefit trcs-philosophicpjes eî très-sages surtout pour son temps, car on était alors très-adonné encore à toutes les superstitions divinatoires. Entre la sui)erstilion qui voit partout des visions et des présages, et la prétendue l)hiloso[)liie qui méprise tous les mystères de l'Ame fauti; de pouvoir les expliquer, il y a de nombreux degrés. Quoi ((u'il en soit, les songes restent au nombre dos mciveilles inexpliquées de la nature, et sont par conséquent du domaine (b; la poésie. Mais comm.» la religion enseigne de ne pas trop s'arrêter aux rêves, la ijoésiecbrétienne do:t être c'igagée par là même ;\ se servir avec mo.lération et prudence de ce genre de merveilleux.

Quant aux encliantcments et à la magie, il faut bien se garder de leur attribuer un pouvoir vraiment surnaturel, et de partager avec le démon la |)uissance de Dieu. Pour cecpii est de l'cvisle ice (U des bornes de l'art ruagi- ([ue, (|ucl(jues Pères même des[tremiers siècles ont eu des doutes à ce sujet. Saint Méthodius airirme que ra()j)arition de Samuel à Saiil ne fut (lu'unc jongi(>ric de la pytlionissed'Kndor; et il remaniue asse/judicieusement que Saiil lui-même ne vit pas le fantome, mais (jue la pytlionisse ayant jeté un cri, le roi linlei-rogea en lui diMuandanl ce qu'elle voyait, et (ju'elle ré(»ondil : « Je vois des dieux sortir de terre, et cidui (pie je vois a l'app-irence d'uu vieillard couvert d'un manteau. » Le crédule Saiil tomba alors la face coutre terre, et une voix sépulcrale 1 li jiarla. Nous ne protestons en aucune façon contre l'oijinion de sa.nt Métliodius, sans regarder toutefois la (piestio:i comme tranchée. On sait (pie les sorciers ont pullulé au moyen Age, et (|u'un grand nombre de ces mailieureux ont avoué les crimes dont on les accusait. La pensée (pie rKgli>c a de tous temps exprimée par ses exorcisines, c'est «pie dans l'intention de celui (pii se livri; à 1 1 magie il y a un crime réel : sa mission n'est pas de décider la question au point do vue de la science.

De tous les genres de merveilleux (pie nous vcTuis de parcourir, le |»lui incontestablement vrai et le plus fécond e i beauh's pour la litlMalure cbn'-tienne, c'est le d )n des mira;'les (pic Nolre-Seigneur a promis h la foi. « La loi Iransjiorle les mo itagnes, » d l l'Lvangile; elle fait plus : elle dispose du crurdi'S hommes cl change les loups ci agneaux. Les miracles de la foi sont de tous i(vs lem,is el s,; re louvellent loiis les jours. Non, la Légende Dorée n'est pas linie. Tous les j )urs cucore daiîs la paix des cloîtres,

dans l(>s fùeuses solitudes, el même au nulieu du fracas des alVaires tem[>orelles, la foi renouvelle parmi nous les miracles des anciens jours; la prière est encore toute-puissante, el lagrAce n'a jamais cessé ses mystérieuses conipiêtes. Combien d'épopées merveilleuses S(! cachent dans l'ombre où Dieu tient attacliécs les Ames, en altendant (]uil les fasse jouir de son ineU'able lumière 1 L'histoire seule de '^aint .Vug stin n'est-ell.' |Kis un admirable poi-me? On'csl-co qu'un mon le coiiiparé à une Ame? Et coml)ieii d'Ames sont vraiment plus grandes que le monde, (juand elles savent le fouler aux

I lied s?

Moiiarfino tin In'-pas, soleil do la naUirc; Aîbilro si)iiVL'raiii (le ma graiiilciir liiturc, (■."(•si pour me rciiiirc lieiire:i\ (pie in m'as anime! h' nrcl.tnce \ers IdI (riiii pio' /.ele oiillaiiuué. (il()iieii\ avenir! espoir oii Je me livie! Sûr (!e m'iiiiir a loi, (pie m'imporlc de vivre? lM.ii|,'iions tous ces mortels cpio rùj;e el le mallienr N oui point desaltiisés d'une conpalile erienr. Trop aveii|,'les mortels, vous, dont l'amc as>crvio Traiiie complaisammeiil los chaînes de la vie, Vous vena-l-oii l()u;ours, connue ces vieux ormea;i\, Dont les ans el i.i f lulio o.il bri^é les ramoa;i\ , Siir lin sol desséeli;', couvert de vos ruines, Pousser eiicor au loin de st('riles racines? Vous veira-l-on toujours daiij la vague de l'air, Pour saisir nu faiiioiiie eriaiil comme leeiair, Ktendie , promener vo^ mains i i p.ilienles , De vieilL'sse Cl d'ardeur loul à la fois liemida ilcs , l'>l toujours méconteiils de vous-m -me el tU\ soit, Dans vos lepioolies vains calomnier la mort, Jusipi'à llieureoii la lainbc, hélas! trop méeonaue, Vou> f.-ia iraverser sa f.mèhie avenue l'our vous eouduiie enfin , rayonnants de darU', Au leinpie de la Gloire cl de rtlcrnilé?

(YoiNC, traduction de Baour-Lormian).

Ainsi Dieu n'a pas besoin de moyens surnaturels pour nous inilier à ses miracles. H fait vivre son él"rnilé dans nos dé>irs, si toute-puissance se rell. l(> dans nolnï imagination, (pli crée sans cesse et démolil des mondes. Qu'on ferme le livre sacré de la révélai on, (pi'on étende un voile sur celui d(^ la nature, (lu'on enferme riiommc dans uiu! priso 1 p ot )iide, so i Ame s'é aucera encore dans li-ilini sur les ailes de la pensée, el ei se coilenqilanJ elle-niême, ell,^ verra l'imag • de Dieu. (](? mervei'Ieux raisonnable, celle poi'-sie philo>o;)hiipi.', celli» révélatio \ iialiirclle, iiniis les porlo is dais loules nos facull s. co.uine d vis le gland soil conlciius les racines i)ro!"o ides, le Irone vigoureux el les immenses ratueaux du cliê le.

Mais que serl an inorlel de pronn^ner ses yeux Sur l.'s \as.e-. lahleaiiv de la terre el des eieiix . Si, loiij:i.n"> i isensible à sa grandeur snpi èine ,

II connail II naine el s'igaore s (i-rnè'ine?

lil la lenc et I s eietix m- l"inslruiseal-ils p.is lia lie^iin (pii la'.len.l ai j >ar i\c s.m livpjs? >e lui pail.'iil-iU poii.l de sa haule origine , De son aine, rayim de la gloire divine; De s. m àaïc, pl.is liellc el p'ns subli.m' encan tj.ie ces as.res bornt's dans leur brill.inl fssir?

L'àiiie l.-nd vers les rieux : noire scui.; f iibles,c I,a (Ici luine d'un vol di^jne de s.i nibles-e. C.el li (| li . poar ni raag a grin Is Irais aehelê, bj colU' a.u? i.:i,aj:îelij a aisoj U l'urlo.

MORALE

MORALE

Me paraît aussi lâche , en son erreur profonde, Que Néron déposant la couronne du monde Pour aller dans le cirque , aux yeux du spectateur, Solliciter le prix d'un vil gladiateur.

Pleurons sur ces mortels qui, dans leur vain délire, Des puissants de la terre implorent le sourire. Moi-même, il m'en souvient, au pied du trône admis, El sous les dignités baissant un front soumis , Je traînai dans les cours, nourri d'inquiétude, ^a chaîne de l'opprobre et de la servitude; ^les yeux se sont ouverts; je respire, et mon cœur Renaît au sentiment de sa propre grandeur. Esclave si longtemps je m'appartiens encore. Homme , le seul trésor dont la pompe t'honore , Ne va point le chercher dans les flancs enlr'ouverls Ou des mines de l'Inde , ou des bruyantes mers : Il repose en ton sein : ce trésor, c'est ton âme : Que sa possession et t'éléve et t'enflamme : Par elle l'univers est rangé sous tes lois, El par elle tu peux ce que peuvent les rois.

Analvse tes sens : leur force souveraine De la terre et du ciel le compose un domaine; Tes sens prêtent aux fruits leur suc délicieux; Aux chanlres des forêls, leurs sons mélodieux ; A la plaine, l'argent du fleuve qui l'arrose; Ses perles au malin, ses parfums à la rose : Sans eux, tout l'univers muet, désenchanté, N'ofl'rirait qu'un chaos à ton œil attristé. Mais bénis du Très-Haut la sagesse profonde ; Tes sens sont les pinceaux qui colorent le monde.

Honnne ingrat ! qui te plains de la félicité , Connais lu de les droits toute l'immensité? Connais-tu les trésors promis à la puissance? Investi de bonh.'ur et de magnilicence.

As-tu bien mesuré tous ces présents divers Qu'en foule, à les genoux , dépose l'univers? Cette voùle d'azur, d'astres brillants semée, Chef-d'œuvre du Tn;s-Haul, et par ses mains for-

[ raée , S'élève sur ton front, comme un dais radieux. Pour écbiirer les pas le jour biil dans les cieux. Lorsque la sonilire nuit commence sa carrière, Pour toi la iun() épand sa douteuse lumière, Te conduit a travers les vallons embaumés, Te uniide sur les flots aplanis et cahnés; Kl prodiguant au loin ses darlés amoureuses , Adoucit <le> ol)jel> les leinles l<'ncbrcuscs. Quand un sommeil profond appesantit li-s yeux , Les riants souvenirs, les songes gracictuv Volfigenl sur ta tèl'r , amusent les pen^-ées : Des longs travaux du jour la terre est dt-lass^-c; Kl le zéphyr du soir, le calme, la fraiclieur, le berc»-nl sur ta couche, aiilc de bonheur. A peine le soleil a-l-il disperse I ombre, Tes yeux sont éblouis de prodiges sans nombre. Le monde réveillé proclame ton pouvoir; Le» champs s**nt les greniers; les mers ton rés<'r-

[ voir ; Les animaux domptés devant toi s'humiiicnl ; A 1<'S goùls, a tes V(iMi\ , les élémiMits se lient; Tu r^•glle^ sans partage, iie/ral! fl (cpudanl Tu bais»-*-) s<)us le ciimc un frfinl ind<'n.iidaul ; Tu flélris la nobles^;, cl w»us l'«ril de Dieu même, Tu k^Hiilles, dans les fers, Péclat du dia<ieme!

MORALK fl MORALISTES. — Los rnor.nlisles so fJivisorii en doux classe» : Ceux qui adinotlfTit (lour Ikisc le (Uf^mc. i\\i\)6iM origirif;!, (;t cf;ijx rjiii n«; r.irlmfntcril pas ; les jirerriiors sont f;hrr:lif/js, fl los seconds atilir;lir<';liefjs, L<;.s premiers otil pour ende IKvariKile el (»oiJr ukuU'Ac rHotnme-I>i(!ij. l.o ritor.ile pour eux c'est lex[)i.itjo:i 'pii nnU-liore lorsqu'elle e>l sanctionii»''»! p,'if |n gr;Ve. lU disent que l'indiviilu »;sl inauvais «t rjuf DlCTlo^x. nr I.i 1 1 ^ n A ri l'.r 'iiiii'i.

la société est bonne. La conséquence de leur principe, c'est le dévouement Je l'individu à la société. Leur morale est donc essentiellement sociale. Les autres croient que l'individu est bon, mais que la société le gâte. Jean-Jacques Rousseau est un de leurs chefs les plus célèbres. La conséquence do leur principe, c'est la résistance de l'individu aux lois de la société, et par conséquent la destruction de toute espèce d'ordre social. Avec le principe de Rousseau et une logique inflexible on arrive rapidement aux conclusions de Lacenaire. Si l'homme naît d'énué de toute lumière, de toute force et de toute vertu, et qu'il doive ensuite tout à la société, il est obligé de rendre tout à la société, et le dévouement devient justice ; si au contraire, l'homme n'a regu de la société que du mal, pourquoi en bonne justice lui rendrait-il du bien et à quoi servirait le bien fait à la société, sinon à perpétuer le mal ? Si la société corrompt tous les hommes, l'amour même de l'humanité doit nous porter à la détruire..., et cependant la société se compose de tous les hommes : il faut donc 'es détruire tous pour les sauver tous ? Quelle absurdité! Détruire la société, est-co seulement isoler les individus? Quelle abominable sauvagerie '.Ainsi do!ic le dogme du péché originel est la base non-seulement de la morale chrétienne, mais encore de toute morale. Ceux qui disent que les attractions sont proportioinielles aux destinées, disent vrai s'ils parlent seulement des goûts ou des aptitudes pour telle ou teHe profession, pour Ul ou tel art, [)Our telle ou telle science ; mais ils disent une énormité, s'ils parlent de tous les [)enclMnts même de la chair et des inslincls irréfrénés de la nature brutale. Ils protestent d'ailleurs qu'ils n'ont jamais voulu due cela, bien que leur maître Fourier l'ail mallieureusuinent assez fait entendre.

La morale est le frein des passions ; ce fini déchaîne les passions est au contraire 1 immoralité. On aura beau dire cl beau faire, on ne changera jamais le sens des mots au point d(î tiansj)oser celte double notion si simple el si naturelle. Kn d'autres termes, la morale c'est la comjiression, et l'immoralité c'est l'expansion absolue ; l'expansion absolue est la consérpience du dogmcî matérialiste : c'est le droit de la brûle; la comjiression libre et volf)nlairo est la conséqu(;nc(' du dogme siiirilualisle : c'est le devoir de riioiiiiiie.

.Maiiil(;nant disons que riiomme a des devoirs à remplir iiiêiiM' (Miveis la bnile, mais ipie la brute n'a [las de droils, cai- (clui-là seul a des dr.iils «pii peut faire valoir ('es titres. Or quels sont les titres d(! la biute?Ses appétits? — Dieu les lui a donnés,- direzvous. — Oui, mais Dieu a donné aussi à riioiiime un bAtoii de coiriiuandement pour les réfréner.

Avant Jésus-C.hrisl les moralistes (lui n'avaient I as pour liase le décaloguiî, n élaiiMil qiM! des cliailalans de vertu. Socrate dogmatisait chez Avjia-ie sur la science des cour-

M.m.vij:

MORALE

iiS

tisanes. Il parlait raisonnablement d'ailleurs des devoirs dos hommes, et les hommes f^ui n'aiment pas les raisonn.Mirs lui firent boire la ciguë, sans <}u'il soit rest<^' de Socratc autre chose qu'un nom célèbre, et cette épilaplie injurieuse que lui fit Lucien :

UxtBipoKTTnç t'tut y.ui irayôç ri spwrtxâ,

et qu'on nous dispensera de traduire.

Depuis Jésus-Cdirist les rrais moralistes n'ont élè que les commentateurs de l'Evangile. En ell'et toute la morale est Ih, parce que ]h se trouve le rcmèile au péclu'; originel, la sainte et immortelle doctrine de la croi\!

L'insuffisance de la morale naturelle est assez prouvée par les désordres qui ont amené la ruine de l'ancien monde. Le notre aussi menace ruine. Malgré l'Evangile, nous ,lira-t-on. — Oui, vous dites bien, malgré l'Evangile, et parce qu'il s'en est séparé. Mais séi)aré de l'Evangile, noire monde moderne n'est plus qu'une ombre du monde païen, un fantôme des vieux empires tombés, qui est revenu au jour h cette épo- (jue que vous ap|)el(>z la Renaissance, et qui le prédestinait h mourir encore une fois. Si le monde pouvait jamais être entièrement clirétien et catholique, le monde ne finirait jamais ; car sur des principes éternels on ne pourrait constituer autre chose que des institutions éternelles. L'ancienne société a péri par ses croyances ; les nouvelles ne périront jamais que parleur apostasie. Les moralistes du dix-huitième siècle, en essayant de ressusciter la religion naturelle et les dogmes moraux du temps de Socrate, n'ont fait que lapider les vivants avec les ossements des morts : ils ont fait comme ces médecins qui parlent de joie et de fêtes h des mourants pour les distraire des progrès de leur mal. On était las du régime des idées chrétiennes, et l'on s'est remis h celui des vieux charlatans (pii ont précijiité la mort de nos pères. Ce n'était pas le moyen de guérir.

Les livres de morale philoso[)hi(iues et doucereux (lui ne parlent pas de guérir d'al>ord par le ter et \v. fi'U la gangrène de nos vices sont des lectures dangereuses : ils assou|)isseiit la raison et nous font prendre pour de la vorlu le plaisir même ipTils nous causent [tar leurs nïolles condescendances. Co n'est pas avec des déclamations sentimentales et des rùveri(>sroinanes(iues qu'on réformera jamais lesimeurs; mieux valent après tout ces sectaires (jui ont le courage de leur cynisme et (jui se déclarent franchement les adversaires de la morale : h la bonne heure, au moins on sait h (pii [)arler, et l'on a soin de ne pas laisser tomber les livres de ces messieurs entre les mains des rnl'anls. Mais où les laisserons-nous tomber? Où ils voudront : (pie nous im[»orte?

Lr» dogme de l'homme bon et île la société mauvaise, c'est la religion de Cain et de Lucifer : c'est le protestanlisme le plus radical qui soit possible. (>est liiidividualismc déilié.

Dire qiio l'homme et la société sont bons.

ce serait nier l'existence du mal. Sans doute, ils sont originairement hons, mais ils sont déchus, et les vices de la société ne viennent (jue des vices de l'homme. Le christianisme est venu pour les sauverl'un par l'autre, en ordonnant que chacun fût prêt à se dévouer pour tous, et (}ue la sollicitude de tous pourvût h la conservation de chacun : voilh la vraie loi sociale.

Du reste, les doctrines de l'attrait et de rex|)aiision légitimes ne sont pas nouvelles dans le monde. Un auteur nommé Félicien, cité dans la Fleur des exemples, rapporte un fait (jui s'est renouvelé depuis sous mille formes ditférentes dans les sectes d'anabaptistes, rie chercheurs et d'illuminés dont la réforme a rempli le monde. Nous citons ici l'ancien texte de la Fleur (Us exemples :

« De nostre temps a régné vne secte d'heretiijues, lesquels proraettoient îi leurs complices et sectateurs vue telle alïïuence du S. Esprit, que tout ce qui leur viendroit en fantaisie de faire , prouenoil de l'opération d'iceluy. Et [)Our prouuer et confirmer leur dire , ils se seruoient d'vn passage de monsieur S. Paul , prins du Prophète leremie : par où il dit , que la loy de l'Euangile est la grâce mesme du S. Esprit : (]ui s'espand aux cœurs des Chrestiens. Voici les mois : le donneray ma loy escrite en leurs cœurs , et vn chacun n'enseignera point son prochain et son frère : disant : Cognois le Seigneur , car tous me cognoistront depuis le plus petit iusques au |)lus grand. Voilk, disent ils, que le S. Esprit enseigne et vient à esmouuoir les cœurs des Chrestiens sans aucune aide extérieure. Et confirmoieut leur sotize, d'autant que lesus Christ sans rien escrire , a dit : L'esprit de vérité, que ie vous eiiuoyeray de mon père, vous enseignera toute vérité. Donc , disent ils , la vérité de lesus Christ ne deftend poitit des liures ni des escritiires, mais du S. Esprit, qui est es cœurs des lidelltvs. Certainement ie ne sçay si l'on jiourroil trouu(>r secte plus meschante ni j)Ius peslilenfieuse, ni (jui face plus d'ouuurture ;\ librcnne d perpétrer toute sorte do maux, que cesle-là , car elle croit tout ce qu'elle veut, et ce qu'elle ne veut |)oint, no le croit point. Elle tait tout ce qu'elle veut , soit bien soit mal , et ce qu'elle ne veut point, elle ne le fait point : des (euures dimpieté en fait la pieté , et pense que le vice soit vertu , etc. Or il est aduenu en (piehjuo ville d'Italie , où ceste secte en au(jit pipé et gaigiié |)lusieurs, (pi'vn certain personnage voulant violer la tille dvn sien amy , vsa de telle ruse et tinesse. disant audit sien amy : Le S. Esprit me dit , q'ie ie dorme auec ta femme. I/amy croyant au S. Esprit, luy accorda sa demande : et retourné qu'il fut au logis , conuuanda h sa femme d'apresler le souper , et accommoder vne chambre et vn lict, brief de faire tout ce (ju'elle poiiuoit {)our vn amy lequel deuoit venir soupper chez. eux. Le mary cependant se retira vers quehpie sien amy. Or sur le soir vint resl amy impudic et méchant : l'on soupa plaisamment, et puis demanda, que la (ille.

MORALE

MESSE

qui estoit vierge , voulut dormir auec luy. L'vne et l'autre, tant la mère que la fille y consentirent, à cause (\\ie le mary l'auoit ainsi commandé. Le lendemain matin le mary reuint, et s'enquesta de ce qui s'estoit passé. Ayant entendu tout le discours de l'affaire, print vn poignart , et sortant hatiuement hors sur la rue, et y trouuant cestuy, lequel auoit corrompu et violé sa tille, luy dit : Ne ra'as-tu pas dit, que le S, E'^prit t'auoit commandé , que tu eusse la compagnie de ma femme ? Pourquoy donc as-tu memi au S. Esprit , ayant dormi auec ma fille? Sçache que tout à l'instant le S. Esprit me dit', que ie te vienne k oster la vie. Et après luy au^ir donné trois ou quatre coups, le rua par terre. Par le moyen duquel estant ceste secte descouuerte , fut abolie par les Princes Chrestiens. »

Cette histoire nous paraît contenir un grand enseignement philosophique à Tadresse de tous ceux qui voudraient substituer les attraits de la libre expansion à l'austérité de la morale évangélique.

Le plus beau livre de morale qu'on puisse ciler après le Nouveau Testament est 17mjtation de Jésus-Christ, ce livre souvent triste, mais toujours salutaire, qu'on pourrait appeler le miroir du solitaire chrétien ; car l'Imitation n'est pas un traité complet de morale chrétienne, et ne se propose pour but que de régler l'intérieur de l'homme qui se convertit et qui se retire du monde. Quant à la charité fraternelle, le christianisme tout entier nous l'enseigne par des exemples bien plus eflicaces que les paroles ; et c est dans la vie des saints qu'il faut en chercher les pi 14s solides enseignemeuts.

La morale en actions a toujours été l'idée dominante de l'enseignemt-nt catholique. Les histoires frappent f)lus vivement l'imaginalion, et gravent l'enseignement dans la mémoire avec plus de facilité et de force que les {)lus beaux discours. C'est dans ce but qu'ont été recueillies et m<^me inventées tant d'historiettes é<litianlesdont les recueils ont été rajrîunis fl'ilge «-n ;îge, et ont p(!rdu bien de la poésie en se soumettant successivem'nt aux censures de la critique , le Pré xpiriluel , l.i Fleur des exemples , le Miroir des exemples, etc.

Le récit et les exem()lf;s sont encore la forme (\\ii convient le mie-iix aux traités de morab; destinés h l'éducation des e'ifants ou h l'instructif;!! du pr;uple. Les Prisons de Silv!o Pellico ont lait lire son petit livre Des betoirs, et sont un des livres modernes fpji aient pro<luit le plus dr; l)iei!. Un InHiime d'un bien moindre tali-tit, mais d'un /ele qu'on ne saurait trop louer, M. «i'Iixauvillez, a exercé avec ses petits livres d'histoires un véritable apostolat. iW, genre de littérature nom semble digne des f»liis grands encouragemenis, et il e»l ii désirer que, bs [lersonfie» chrétiennes .'1 qui Duru a dépaiti les dons si précirtux du talent, les consacrent •ou vent a ce modeste et saint usage, (^et eii- *eigfie(nen( , [»oiir ainsi dire pnm.'iire, de la luonile, ayant en lui-môme quelque chose

do vraiment maternel , convient surtout au génie des dames chrétiennes. Dieu leur ;i donné des grâces d'état pour s'approcher avec fruit des oreilles et du cœur de l'enfance. Elles ont d'ailleurs cette exquise délicatesse qui corrige sans blesser jamais. Nous avons lu de charmants ouvrages de mesdames ïarbé des Sablons, Elise Voyart, Louise Boyeldieu d'Auvigny , dont le talent et le mérite ont été justement appréciés. Le prix que l'Académie française accorde chaque année , d'après les intentions du vertueux Montyon, à l'ouvrage qui paraît devoir être le plus utile aux mœurs , est souvent mérité par des dames. Ainsi les noms de mesdames Elise Voyart, Louise d'Auvigny et Rose de Saint-Surin sont inscrits nonseulement dans les fastes de la littérature, mais encore dans ceux de la philanthropie qui, pour nous, est tout simplement la chanté.

La morale est, pour les hommes comme pour les enfants , un breuvage amer qu'on ne peut les décider à boire qu'en frottant do miel le bord de la coupe : or c'est à cela surtout que peuvent être utiles les abeilles du Parnasse chrétien, pour continuer notre figure. C'est ainsi que la charité peut sanctilier des choses, même en apparence, frivoles et profanes. Le Télémaque de Fénelon , par exemple , sous une forme païenne , cache beaucoup de christianisme. Les fables , les contes, les romans môme, tout peut être employé au service de Dieu et au salut du nos frères. Ainsi donc , soit que nous demandions nos ins[)iralioiis à la reine des pro- I)hètes et des apôtres, soit que , n'osant encore pi-ononcer son nom à des oreilles indignes de l'entendre , nous invocpiions , eu pensant h elle seule , h.' mythologique fantoiiu; de la muse piolano, ayons toujouis eu vue la morale chrélienne , l'instruction do nos frères , et répétons , dans notre invocation , CCS paroles (pu; le Tasse a placées au début d(! la Jérusalem délivrée :

« O .Mus(; ! o loi qui ih; ceins f)oint ta tête d'un périssable laurier cueilli sur l'Hélicon; <pii habites dans l'Olympe au milieu des cé- Ifstes ch(Kurs; loi d(jnl le fiont est couronné d'étoiles immortelles! ô muse 1 alliimo dans mon sein une ardeur divine , eiitlamme mes chanls; [)ardoniie, si j'oriu' la vérité de lleurs, et si je répands sur mes veis d'autres charmes encore <\ni' l(!s tiens 1

« Tu sais que l'homiiK! court s'enivrer dos mensonges flu Parnasse; lu sais (juo la vérité, parée des gi.lces de la poésie, entraîno f;t subjugue b-s co'urs les plus rtibelles. Ainsi nous présentons h un enfant maladr; l(!S bords d'un vasir abreuvés d'inie douce li(piour : ln'ureusenu.'nt lrom[)é, il boit des sucs amers, cA doit l/i vi(; à son erieur. »

MI'ISSK. — La communion des trois mondes , le (if'l U)ut entier d(;sceudant avec son Dieu sur un toinl)eau pour donner l'immorlalilé h ceux (jui vivent ; la cendr»! des mailyrs toujours préseiit(! au sacrilice de c(!liii (pu iiiel sa gloir(! h iiiourii' Ions les jours et h toute ht'ure pour ceux (ju'il aime; l'Eglise

MKSSE

luilitaiile coiisMinmaiil ce s.ncrilice (H se montrant mère de Dieu , fmisqu'en la personne ri par la voix du prôtre elle produit son Dieu ; Jésus-Christ victime et sacrificateur apparaissant sous les doubles apparences do la niort et de la vie, mortel et immortel tout à Ja fois, et dans le prôtre (pii est un autre Jésus-Christ, sacerdos nltrr Christus, et dans l'hostie qui est la chair du souverain prAtre, l'éternité donnant le baiser de paix au temps; la justice et la paix s'unissant par une iraternelle étreinte ; la fraternité du ciel réalisée sur la terre par un banquet royal, où le pauvre a la môme part que le riche ; Dieu rendu visible et descendant lui-môme au-devant de la prière; la matière spiritualiséc; lunité constituée par la foi , l'espérance et l'amour, la synthèse du symbolisme ; le ciel ouvert; l'incarnation rendue présente; l'humanité tout entière résumée dans un prêtre ; rAncicn et le Nouveau Testament réduits à une simple hostie : voilà ce que c'est •|ue la messe. Et combien de choses plus sublimes n'en pourrait-on pas dire encore ? La sainte messe est le dernier culte possible , car l'imagination , nous ne dirons pas d'un homme, mais d'un ange; car la pensée môme d'un Dieu no saurait rien trouver de plus divin et de plus humain tout à la fois : Dieu et l'humanité, le pain et le vin, un tombeau où germe l'espérance , un vieillard qui étend ses mains pour bénir, et qui se })lace sur les marches de l'autel, entre le ciel et la terre, comme un pro|)itiatoire vivant : où trouver quelque chose do plus grand à la fuis et de |)lus simple?

Qu'il me soit permis d'emprunter ici les sublimes pages de l'auteur du Génie du christianisme, pour peindre ce que l'ofticc de la messe a de grand, de magnifique, de véritablement digne des hommes qui savent apprécier les productions du génie et du goût.

« Su[)posons, dit-il, que la messe soit une cérémonie antique dont on trouve les prières et la description dans les jeux séculaires d'Horace, ou dans ipielqucs tragédies grec- (pies ; comme nous ferions admirer ce dialogue ({ui ouvre le sacrifice chrétien I

Verset. Je m'approcherai de l'autel de Dieu ;

Répons. Du Dieu qui réjouit ma jeunesse.

Verset. Faites luire votre lumière et votre vérité : elles m'ont conduit dans vos tabernacles et sur votre monta(jne sainte.

Képons. Je m'approcherai de l'autel dcDicu, du Dieu qui réjouit ma jeunesse.

Verset. Je chanterai vos louanges sur la harpe f 6 Seif/neur ! mais , mon âme, d'où rient ta tristesse, et pourquoi te troubles-tu?

Itép'ins. Espérez en Dieu, etc.

■ Ce dialogue est uti véritable poème lyrique entre le prôtre et le catéchumène. Le premier, plein do jours et d'expérience, gémit sur la misère de riionune, pour lecpielil va offrir le sacrifice; le second, rempli d'espoir et de jeunesse , chante la victime par (jui il sera rachel)'.

" > ii'iil eiisuile le Confiteor , prière admirable par .sa moralité. Le (•rôlre implore la

IIF.SSR 7.*.i

miséricorde du Tout-Puissant pour le peuple et pour lui-môine.

« Ce dialogue recommence :

Verset. 5eJ7n«?ur, écoutez ma pri'rei

Répons. Et que mes cris s'élèvent jusqu'à vous.

« Alors le sacrificateur monte à l'auleî , s'incline, et baise avec resf)ecl la pierre qui, dans les anciens jours , cachait les os des martyrs.

'< En ce moment , le prôtre est saisi d'un feu divin. Comme les prophètes d'Israël , il entonne le cantique chanté par les anges sur le berceau du Sauveur, et dont Ezéchiel entendit une partie dans la nue.

« Gloire à Dieu dans les hauteurs du ciel, « et paix aux hommes de bonne volonté sur « la terre 1 Nous vous louons, nous vous bé- « nissons , nous vous adorons. Roi du ciel, « dans votre gloire immense. »

« L'épitre succède au cantique. L'ami du Rédempteur du monde , Jean , fait entendre des paroles de douceur, où le sublime Paul, insultant à la mort , découvre les mystère* de Dieu. Prêt à lire une leçon de l'Evangile, le prêtre s'arrête, et supplie l'Elornel de purifier ses .lèvres avec les charbons de feu dont il toucha les lèvres d'Isaie. Alors les paroles de Jésus-Christ retentissent dans rassemblée : c'est le jugement sur la femme adultère ; c'est le Samaritain versant le baume dans les plaies du voyageur ; ce sont les petits enfants bénis dans leur innocence.

« Que peuvent faire le prêtre et l'assemblée, après avoir entendu de telles paroles? Déclarer sans doute (pi'ils croient fermement à l'existence d'un Dieu qui laissa de tels exemples à la terre. Le symbole de la foi est donc chanté en triom[)he ; la philosophie, qui se pi(iue d'applaudir aux grandes choses, aurait dû remaniuer (]ue c'est la première fois que tout un peunle a professé publiquement le dogme de l'unité de Dieu : Credo in ttnum Deum.

«Cependant, le sacrificateur préparel'hostie pour lui, pour les vivants, [loiir les morts ; il prés(>nte le calice : Seig-neur, nous vous offrons la coupe de notre salut. Il l)énit le pain et le vin : Venez, Dieu éternel; bénissez ce sacrifice.

« Tout étant préparé, le célébrant se tourne vers le peuple, cl dit : Priez, tnes frères.

n Le p(Miple répond : Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice!

« Le prôtre reste un moment en silence; puis tout il coup, aiinon(,ant l'éternité, il s'écrie : Per omnia sœcuta sœculorum (élevez vos C(purs h Dieu, Sursum corda); et mille voix ré|)on(lent : Uabemus ad Dominum (nous les élevons vers le Seigneur).

« La préface est chantéesur l'anticpie mélopée, ou récitatif de l'ancienne tragédie greccpie. Les Dominations, les Puissances, les Vertus, les Anges et les Séraphins sont invités A descendre avec la grande victime, et i\ ri'péler avec le choMir des lidèles le triple Sanclus et VIfosnnna éternel.

« iLiitin un louche au moment rodoulaLle.

MESSE

MESSE

Tii

Le canon, où la loi éternelle est gravée, vient de s'ouvrir ; la consécration s'achève par les paroles mêmes de Jésus-Christ : Seigneur, dit le prêtre en s'inclinant profondément, que Vhostie sainte vous soit agréable comme les dons (TAbel le juste, comme le sacrifice d'Abraham notre patriarche, comme celui de votre grand prêtre Melchisédech. Nous TOUS supplions d'ordonner que ces dons soient portés à votre autel sublime par les mains de votre ange, en présence de voire divine majesté.

a A ces mots le mystère s'accomplit; l'agneau descend pour "être immolé. »

0 moment solennel! ce peuple prosterné ;

Ce temple , dont la mousse a couvert (es portiques ;

CeUe lampe d'airain , qui , dans 1" antiquité ,

SvmlKjIe du soleil et de l'éternité.

Luit devant le Très-Haut, jour et nuit suspendue;

La majesté d'un Dieu parmi nous descendue ;

Les pleurs, les jeux, lencens qui monte vers l'autel,

Et de jeunes beautés qui, sous l'œil maternel ,

Adoucissent encor, par leur voix innocente,

De la religion la pompe attendrissante ;

Cet orgue qui se tait, ce silence pieux,

L'invisible union de la terre et des cieux,

Tool enflamme, agrandit, émeut l'bomme sensible.

U croit avoir franchi ce monde inaccessible.

Où sur des harpes d'or, l'immortel séraphin,

Au\ pieds de Jéhovah chante Ihymne sans lin.

Alors, de toutes paris, un Dieu se fait entendre;

Il se cache au savant, se révèle au cœur tendre;

H doit moins se prouver qu'il ne doit se sentir.

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