FONTANES
Toutes les beautés que vient de décrire le célèbre auteur du Génie du christianisme, sontdesbeautés de sr-ntiment : on n'y trouve aucun dos ornements, aucune de ces figures éclatantes nui caractérisent les prnduclions de l'espiit riumain ; tout y est simple, mais tout y est touchant, tout y est attendrissant. Les c^^'iéinonies de la messe, les [trier» s, h; chant f}ui h-s accompagne, trans|)orl('nl[)Oiir ainsi dire l'âme dans un monde idéal, dans ces régions céh.-stes qui sont promises à l'homme, et dont la confjuête est la pins belle h laquelle il puisse aspirer, puisfiu'ille ne demande de combats que contre le vice, (!t d'autres armes que des vertus. L'auleur de VEmile lui-môme était profondément [lénétré de ces sentiments : « Autrefois, fait-il dire \\ son vicaire s/ivoyard, je dis.iis la messe avec la légèreté (pj'oii met <i la longue aux «dioses les plus graves, quand on les f;jit trop souvent. Depuis mes nouve;iux prin(:i|ies, je la célèbre avec plus de vénéralirni; je me pénètre d<; la majesté de rKlre-Suprème, de «a présence, de l'insunisanc*; de l'ijsprit humain, qui corifoit si peu ce qui se rajtporte .'i .son auteur. L.'i, songeant que je lui pnile les va-Il X du peuple sous uin; l<>rine prescrite, je suis avec sr»iM Ions les rils; je récite allenliveifienl; je m'applique h n'omettre i/)inai.s ni le. moindre mol ni la moindre c/;réinonie. (Juarid j'ap|)roehe du monienl de la consécration, je me reeueille prjiir la faire avec toutes les dispositions qu'exigent l'I*^glise et la grandeur du sarreiiM;ril; je lArhe ij'anénntir ma raison devant la suprême Inl/'llig»'fire; j.- rue di«- : <Jui es lu, pour nn;-
surer la puissance infinie? Je prononce avec respectles paroles sacramentelles, et je donne à leur effet toute la foi qui dépend de moi. Quoi qu'il en soit de ce mystère inconcevable, je ne crains pas qu'au jour du jugement je sois puni pour l'avoir jamais profané dans mon cœur. » •
a Heureux, trois et quatre fois heureiix ceux qui croient 1 s'écrie l'homme de génie quia tracé celui du christianisme; ils ne peuvent pleurer sans penser qu'ils touchent à la fin de leurs larmes : leurs pleurs ne sont point perdus; la religion les reçoit dans son urne, et les présente à l'Eternel. Les pas du vr li croyant ne sont jamais solitaires ; un bon ange veille à ses côtés : il lui donne des conseils dans ses songes; il le défend contre le mauvais ange, Ce céleste ami lui est si dévoué, qu'il consent pour lui à s'exiler sur la terre. »
Cependant, les beautés de sentiment qui distinguent Toffice de la messe ne sont pas les seules qui s'offrent h notre admiration ; On y trouve aussi ce charme des beautés naturelles, qui nous touche, qui nous séduit, qui élève pour ainsi dire 1 homme au-dessus de lui-môme. La religion chrétienne a aussi ses David, ses Isaïe; et si ce n'est pas l'Espril saint, c'est au moins l'amour de Dieu qui les ins[)ire. Ses proses, ses préfaces, les prières qui précèdent et qui suivent le saint sacrifice, nous forceraient à l'admiration, quand môme elles n'auraient pas pour objet Dieu lui-môme. Qne de sujets d'éloges dans ce Gloria in excclsis, dont les preiuières paroles viennent du Ciel; dont les secondes viennent de l'homme! Quand l'amour, le respect, la reconnaissance, se manifestèrentils d'une manière plus animée, plus rapide que nar ces mots : Laudaimis te,bcncdicimus te,aàoramus te, glorificamuste? L'Ame, fraj)née des grandeurs de KKlet nel et de ses bienfaits, tiouviî à peine dans la langue assez de termes jiour exprimer ce (pi'cîlU! éprouve; elle accumule ensuite les épithèles : Domine Drus, Jirx cœleslis, Deus palcr oinnipotcns. «Dieu, maître du monde, roi des cieux; « Di(;u,pèrede la nature; Dieu, dont la [)uis- « sancc est sans Imrnes. » Elle s'adresse ensuite h Jésus-Christ, généreux intercesseur (îutre le ciel et la terre, et s'écrii; : Domine, l'ili unigenite, Jrsu Christe, Domine Deus, (ignus Dei^ l'ilius Patris, gui toltis peccnta mnndi, miserere nobis. « Dieu, Fils uiiupic! do <« Dieu, Dieu vous-même, adorabli! victime, « agneau céleste qui vous êtes immolé itour « nous, (pii vous êtes chargé des pèches do « la terre, ayi;/ pitié de vos eiifanlsl » Ello redoubh; ses instances, elle multiplie les tilles de son divin Uédempletir, <'t répèle : (Jni tollis peerittn iitundi susripe depreralioueni nostrain. Qui sedes ad dejlennn Patris miserere nobis. Qiititiiani tu solus sanelus, tu hdIus altissiiniis, Jrsu Christe, euiii sanclo S]}iriluin glorin Patris. << Dieu, (jiii vous êtes « charge des péchés tle, la teri(>. Dieu cpii '( êl(!s assis l'i la dioih; di; votr(! l'ère céleste, " porlez h son liêiiie nos humbhîs snpplica- " lions; ayez pitié de vos enfiuits! 0 Jésusl
MESSE
MESSE
« vous ôtos le seul saint, le seul qui soit élc- « vé au comble de la gloire paternelle avec « le S,iint-Esprit I »
Ounn<l le prOlre prie les mains élevées vers le ciel, on s'unit à eelle prière per|)étuello tpii ujontt; sans cesse de la terre |»our enipOcher le Seij^i^eur d'en détourner à jamais sa face; h cette prière commencée par Moïse sur la |)ierre d'Horeb, continuée et sanctifiée \)av Notre-Sei^^neur Jésus-Christ sur le Calvaire. Aaron et Hur soutenaient les bras de Moïse, des clous sanglarits tenaient étendus ceux du Sauveur, et tous par notre ferveur nous devons en esprit soutenir les mains du prêtre qui sont en ce moment les nôtres et ijui implorent pour nous les grAces et les faveurs du ciel.
Après la lecture de la parole sainte dans le livre des E[)itres et dans celui des Evangiles, le prêtre, rc|)résentant de tous les siècli'S ciiréliens, récite le symbf)le de la communion universelle, cet admirable Credo que la philosophie avec ses plus profonds théorèmes ne |)0urra jamais surpasser, ce résumé d'une foi (jui précède la scinnce et qui guidera toujours la raison, tant (jue la raison sera vivante et pourra marcher. Après le Credo le prêtre dit la préface.
La prétacc est une des plus anciennes et des plus belles prières de l'ofiice divin. Elle est ainsi appelée, parce qu'elle précède les paroles de la co'isécration. La i)réfaco des sim[)les fériés est courte, mais noble et majestueuse dans sa brièveté. C'est une action de grAce olferte à Dieu, dans laquelle le prêtre, ministre de son tils uni((ue, fait intervenir toutes les puissances célestes : tes anges, qui ne cessent de célébrer Dieu dans leurs hymnes et leurs cantiques : les dominations, qui se prosternent aux [)ie(ls de son trône; les puissanc(;s qui ne l'abordent (|u'avec une religieuse frayeur; les séraphins, qui, réunissant leurs voix h celles de toutes" les vertus célestes, chantent ensemble sa puissance et sa gloire. Prêt h ollVirson sacrilice, 1<; prêtre de Jésus-Christ sup;ilie humblement le Très-Haut de lui pcrnïeltr(; d(! mêler les hommagtîs d(; la terre h ce:ix <lu ciel, et de répéter avec les sublimes hiérarchies, ces paroles sacrées : Sanctus, sanctus, sdnctii.t.
Ces nf)l)les pensées se reproduisent dans toutes les |)réf.(i"es ; mais le zèle, l'admiration, la piété, les f)nt agrandies aux prificij).nles lêfcs de l'Eglise. Ainsi, dans les mes- .ses de l'Avent, époque dCi l'on attend le libérat(>ur des nations, le prêtre, se rappelant, nvec une r«!ligifuse confiance, les promesses (|ne Dieu, dans sa miséricorde, a daigné faiie?) la terre, le co-ijure Innnblement d'«'nvoyer ce divin rédempteur, dont la vérité, cotnimMMijoiM- lunnneux, éclairera le monde, dont la sainlet('; confoiulra les impies, dont la force relèvera le faible 11 se livre h la jfiie pure cl sainte que lui inspire l'approche <le tant de boidicur; il voit déjh briller le jour de ncjtre salut, et, n^prenanl les paroles des prt'f;ices ordinaires, il dit : Ht iacn non Il II. If lis rt ftrrhnngrlis, etc.
La {(féface de Noël est l'exytression courte et animée d'une vive reconnaissance. Les promesses sont acconqilies ; le jour de salut a brillé, il a éclairé nos yeux et notre Ame. Le Verbe s'est fait homme. Dieu s'est rendu visible, et le bonheur de le voir augmentera en nous l'amour des choses invisibles : Per incarnait verbi mijstrrium nova mentis nostrœ nenlis lux luœ claritnlis infulsit : ut dum visibiliter Deum cognoscimiis, per hune, in invisihilium amorem rapiamur.
Mais les préfaces les i)lus riches en développenu.'nls religieux, sont celles de la Dédicace et de la Connnémoration des morts ; celle de la Dédicace surtout s'élève pour ainsi dire aux figures et aux formes de la poésie. L'auteur voit Dieu lui-même résider dans le temple que la main des hommes lui a élevé; il le voit rempli de sa présence et de ses bienfaits. C'est la maison de la prière, l'habitation glorieuse du maître du monde, le séjour de l'immuable vérité, le sanctuaire do l'éternelle miséricor le : Hœc est enim vere domus orationis, templnm hahitalionis gloriœ tuœ, sedes incommulahilis veritalis, sancluarium œternœ charitatis.
C'est l'arche qui nous a sauvés du déluge et qui nous conduit au port du salut : Hœc est arca qxiœ nos a miindi ereptos dituvio, in porlum salutis inducit.
De ces idées éminemment grandes, saintes et naturelles, l'auteur passe à des pensées d'un autre genre, et s'élève du simple au figuré. L'Eglise est l'Epouse unique et chérie que Jésus-Christ a payée de son sang, qu'il vivifie de son esprit, dans le sein de laquelle nous avons i)uisé une nouvelle vie, qui nous nourrit du lait de sa doctrine, qui nous fortifie du j)ain de vie, sur laiiuelle il répand les trésors de sa miséricorde : fin'c est iinicn ei dilectn sponsn, quam acfjnistvit Christiis sanguine suo, quam Spirilu viri/icat, cujits in sinu , renati per graliani tiinm, lacté rerbi pascimur, pane vitœ roboramur, misericovdiœ tuœ subsidiis confovcmur. C'est enfin cette Eglise ([ui , protégée par son céleste époux, combat fidèlement sous ses enseignes, et reçoit de ses mains la couronne immortelle : ffœc fideliter in terris, sponso adjuvante, militât, et prrenniter in coB' lis, ipso coronante,triumpli(it.'l'ou[r:^('CSi idées sontgrandes, éminemment religieuses ; cetio répétition : Ifœc est domus orationis, etc. Hivc est arca, elc. Ifœc est unica et dilecla sponsa, etc. Ilœc fideliter in terris, etc., annonce un c(cur vivement énui, une Aine pénétrée des grandeurs de la religion, et des espérances (pi'idle |)romet h riionune souffrant et malheureux. Ce n'est pas de l'éloipumce humaine, c'est de cette éIo([uence douce et touchante, (pii n'apparlienl (ju';\ la religion, et (pi'ou appelb' onction.
Lauleur de l'office {\^'S morts a répandu sur la préface de cette douloureuse soltninité une teinte de mélancolie, et je dirais presipuî de jihilosophie, (pii touche et attendrit. De (juels bienfaits la religion ne comble-t-(!lle jtas l'homnur.' Elle lui donne l'csl»érani'e d'une lunireusc résurreclion. Si la
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