METHODE
certitude de la mort le contriste, la promesse d'une future immortalité le console. Un chrétien ne meurt pas, il ne fait que changer de vie; et pour une habitation terrestre et périssable, la religion lui en assure une éternelle dans les cieux : Ut dum naturam contristat certa moriendi conditio, fidcm consoletur futurœ immortalitatis promiasio. Tuis enim fidelibus, Domine, vita mutatur non tollitur, et dissohita terrestris hu- JHs habitat iotiis domoy œterna in aelis habitatio comparatur.
Supposez rhomme pénétré de c^s vérités, les ayant continuellement sous ses yeux, quelle admirable société un peuple vraiment chrétien ne formerait-il pas? Mais nous sommes descendus dans un temps où les cérémonies de la religion sont presque tout, ses dogmes et sa morale presque rien.
La préface de l'oftice de la Toussaint, celle des Apôtres et de saint Denis sont également remarquables [tar le choix et la beauté des I>ensées. Dans Tune, le prêtre invoque Dieu au nom de cette société de saints, dont il couronne le mérite dans le ciel, en ne couronnant toutefois que son propre ouvrage ; car tout nous vient de Dieu : Qui glorificaris in concilia sanctorum, et eorum coronando mérita, coronas dona tua. Il le remercie de nous avoir donné, dons l'exemple de ces chrétiens vertueux, des modèles (Je sainteté, dnns leur intercession un appui firécieux, et dans leur nouibieuse réunion, une multitude de témoins qui nous encouragent à combattre comme eux, pour mériter, comme eux, une couronne de gloire incorruptible.
Dans l'autre, le [»rêtre invoque la prolectio'i de Di<'n pour sou Eglise. C'est [)ar les apôlrf.'S qii' il \'i\ fondée; ils ont été les |)asleurs du tiou(»e<'iu, [tuissenl leurs successeurs suivre leurs traces gloric.'usesl
Dans cclh; de saint J)enis, Dieu no s'est pas contenté de nous aUtanchir du joug de l'enfer, de nous choisir pour ses lils d'adoption; il a voulu e'icore faire servir à noire salut les travaux des martyrs; c'est de leurs mains (pjf sa miséricorde et sa gnk;*; se sont .s»Tvi»'s |)Our semer la foi dans nos co'urs; c'est de leur sang uH'nje qu'il a vf>ulu f<''conder ce germe |>ré(;ieii\, av.int d'ollrir le sa- < rilice ; le ministre de JéNUS-(;hiisl lu conjure d'alfermir son ouvrage, da conserver le lroij|(eau sacré rju il a (onlié .'i son lils unique, et de h; re( evoii dans les cieux, après I avoir sanclilié sur la tt.-rre
On ne connail |rf>inl h-s dilférenls auteurs de ces |»réfa(r-s; m/jjs il est éviuenl (pie c'élaienl des horiuiies d'une foi élevé»; el d'une haute pensé", d'un co.ur fécond en généreux sentiments. Hépélons ici rpn; les préf.ices sotit un des plus louchants el dr-s plus nobles ornements de l'oflice d.; la messe.
I^î canon, 'pii hs «uil iimnéduiiemenl, est reriifili de beautés du mèitie genre; cr- sont d'admirables prières pour la c(»nservalir»n de l'Kglisi; chrélienrir-, (lour celle ries lidèles qui assistent présenletrient nu sacn(i( <•, ou qii l'ont olP.rl aulrefoj», et qui doiment
maintenant du sommeil de paix. C'est une suited'invocationsàDieu pourlesupplicr d'agréer les offrandes qui lui sont présentées, de jeter sur elles un regard doux et favorable ; de les accepter comme il a daigné accepter les dons du juste Abel, le sacrifice d'Abraham, et ToITrande pure et sans- tache de Melchisédech. Tout ce qui peut toucher Dieu, le prêtre le lui rappelle : la passion de Jésus-Christ, sa sortie glorieuse du tombeau, sa céleste ascension : l'hostie qu'on lui [)résente est une hostie pure, une hostie sainte; c'est le pain sacré de la vie immortelle, c'est le calice du salut éternel.
Toute l'Eglise se joint au ministre de cet adorable sacrifice, et supi)lie l'Eternel d'ordonner que ces divins présents soient portés à son autel sublime, par les mains de son saint ange, atin que tous ceux qui auront participé au divin mystère, soient comblés de grâces et de bénédictions.
Des paroles si belles, des prières si touchantes, ont elles-mêmes quelque chose de divin; tous les artifices de l'éloquence ne réussiraient point à les inspirer. 11 faut être persuadé pour s'exprimer ainsi. C'est la foi de l'antiquité chrétienne, c'est l'âme des a[»ùtres et des martyrs, c'est l'unité catholique elle-même qui, formant une seule voix de toutes les voix du ciel, de la terre, des siècles passés, présents et futurs, adresse à Dieu cette touchante pi'ière. Nous ne connaissons rien en dehors des saints Evangiles (pli porte un caractère de divinité aussi frappant. La [)r;èie collective n'est-elle pas en effet une sorte de révélalio!i divine? n'est-ce pas Nolrc-Seigneur lui-même (pii prie dans les assemblées des lllèles? et le Saint-Esprit, (pii procède du Eils aussi bien (|ue du Pèri', ne ressemble-t-il [tas alois h CCS anges (lui montaient et ([ui descendaient sur l'échelle lumineuse de Jacob ?
La messe telle (^u'on la célèbre aujourd'hui dans nos églises est toujours le sacrilict! mystérieux des Catacombes : lien n'a changé (pie notr(; co-ur devenu indifférent à tant (le beautés. Si l'on [«iuvjvit su|)poser (pie 1.1 hiérarclii(; calholi(|U(' ail pu changer (piel- (pie chos(! h la simplicité des anti(iues agaiies, il faudrait dire (pi'elle en a perfectionné le rite et complt'-té les cérémonies : mais rien n'est alt<-ié ni dans le fond ni dans la forme. On sait donc ce (pu; veulent dire ceux (pii pr('t(;ndent ramener l'Jîglise à la simplicité (h.vs lenq)s [irimilifs : ils veulent alxdir sous j»i<'-l(\te de réformer. D'ailleurs ceux (pii accusent tani l'Eglis»; d'avoir change'; ses {irali(pjes et ses doctrines dans le passé ne sont-ils pas les mêmes qui lui reprocluml dans le [)i-('-serit inu; orgauisaiion (rinnn(jbilisnie (|ui la r(Mid invariablejusque dans les plus petites choses, cl la i(M.d clraiigèr(! /i toutes les idées d'aveiiir (pii n'ont pas leur infaillible raison d'êlre dans rimmuabli! lidt'lilé (h; son piéseiil el de son passé 1 'J'eiirlr Inidilioiirs.
WiAWnUV). — L'espiil d(; la religion calliohqiK! est un es|iril de ni<Hliodi>, jiarco que c'e>' un esprit d ordre el d».' logifjue. Le
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divin fondateur du christianisme étant la raison «^tomelle, le logos nar excellence, nulle part, sinon dans lEi^lise eatliolifjue, on ne trouve une logique nifaillible, nulle part aussi on ne trouve une raison plus forte. Aussi l'Kglise s'est-ellc etnp;ir('>e do toutes les con((uiMes de la raison et de la philosophie aiili(iue résuniùes dans les ouvrages d'Aristote, et a-t-elle façonnt^ l'esprit humain à la méthode par les exercices et môme par les tours de force de la scholasliaue. La scolastique a été la gymnastiaue de l'esprit humain : elle lui a donné de la souplesse et de la vigueur ; et les services qu'elle a rendus ne sont pas encore tellement dans le passé qu'on doive l'en remercier en la quittant. La forme scolastique est encore conservée dans les études ecclésiastiques, et les maîtres de théologie de la Congrégation de Saint-Sulpice y tiennent avec raison comme ils tiennent à toutes les traditions pieuses et à tous les bons usages. En ell'et un homme qui ne sait pas renfermer sa pensée dans la forme rigoureuse du syllogisme ne saura jamais ni parler ni écrire avec justesse. Si l'on perd le til de l'argumentation logique et serrée, la discussion devient un labyrinthe d'où il est impossible de sortir. Celui-hà d'ailleurs ne fera jamais ni un bon discours, ni un bon livre, qui n'a jamais su faire une thèse. La scolasticjue est, si nous pouvons nous exprimer ainsi, la géométrie de la pensée. Avant de savoir peindre, il faut étudier les lignes de la géométrie (jui donnent les proportions et Ta perspective ; il en est de môme en littérature. Nos plus puissants orateurs ont été d'abord de sévères théologiens scolastiques ; et à l'esprit do méthode qui distingue Bossuet, on sent qu'il étaye sa grande éloquence sur des bases rigoureuses, et qu'il la sait d'autant plus forte (pi'elle est contenue dans des limites {)lus exactes.
Il n'y a pas d'harmonie possible sans méthode : il n'y a jias de méthode arbi'raire, car la méthode, c'est l'ordre d«ns la disposition et dans la succession soit des parties d'un tout, soit des mouvements d'une force. Toutce (pii émane de l'intelligence doit donc, pour être vrai, C'iva fondé sur la logitiue et s'établir avec méthode Les beautés poéti- (pies elles-mêmes sont f tusses et par consé- ([iient nulles, si elles n'ont pas pour preuves des [irnposilions lngi(pies et des sortes d'é- (]iiations d'accord ou de désaccord entre les idées et les mots. Une expression n'«'st jamais bf^le (piand la pensée maïupio de justesse, et ce qu'on appelle le mauvais en littérature est le résultat des pensées sansiiislesse disposées sans mélnode et ren(rues sans pri'iision.
MIOM^iL. — C.t^ qui rend la prophétie do Wicti('e remarquable entre toutes les autres, e'esl d'abord la [)rédiction formelhMle la conversion linale des Juifs, prt'dictioiHiue saint Paul jjccepte comme nne promess»* et qui doit signaler le grand triomphe de l'Kghse a|>rès la persécution de r.Vntechrist et avant hi lin des temps. Les Juifs doivent être ronver'is par lilie e» Heiio.h. fpii ne sont pas
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morts, et qui doivent souffrir le martyre sous le règne de r.Vntechrist 11 y aura ensuite une ère de félicité merveilleuse déjli décrite par Isaïe et dont Michée renouvelle le poéti- (fue tableau. Alors, n'en déplaise aux sectaires qui veulent auloriserleurs rêves par l'Ecriture sainte, la propriété ne sera pas abolie, l'égoisme seul sera détruit et chacun se reposera en paix à l'ombre de sa vigne ou de soniiguier et personne ne viendra lui disputer sa place : tableau abrégé d'un ordre parf lit où la propriété de chacun sera sous la protection de tous. Alors Jérusalem redeviendra la reine des nations ; mais toutes ces choses doivent sans doute s'entendre dans un sens spirituel et la Jérusalem dont il est ici question ne peut être que la nouvelle Jérusalem, puis(iue l'ancienne a été détruite. Or on sait que la nouvelle Jérusalem dans la prophétie de saint Jean est la ligure de l'Eglise triompha!ite.
Michée est célèbre encore entre tous les prophètes pour avoir nommé par son nom la ville où devait naître le Sauveur du monde. « Et toi, Bethléem d'Ephrata, tu es petite entre mille parmi les cités de Juda, et c'est })0urtant de toi que je ferai sortir le dominateur d'Israël, celui dont la carrière va de l'éternité à l'éternité, ab initio a diebus œternitatis. » «Celui-là sera la paix (ch. v, v. 5), et il donnera à Israël sept pasteurs et huit primats ( Voyez aux articles Apocalypse et ALLÉGoniE la signilication symboli(iue des nombres ), et les restes de Jacob seront au milieu de la multitude des peuples comme la rosée sur l'herlx» qui n'attend [las le travail des hommes pour féconder la terre ( ch. V, V. 7).
Leseptièmechapitrede Michée commence par une satire plus amère que celles de Juvénal. « La race des saints est perdue sur la terre, le juste n'existe plus parmi les hommes ; toute la terre est pleine de machinations de sang : le frère est le gibier de son frère. L^' mal (ju'ils commettent, ils l'appellent le bien; le [irince mendie avec menaces, le juge solde avec ses arrêts la dette de ses vices... No vous liez pas h votre ami, craignez la trahison de celui qui vous commande, et même auprès de la femme (pii dort dans votre sein gardez les barrières do votrt! bouche ! car nous sommes au siècle ou le iils injurieson père et nù la tilh> se dresse contre sa mère. I.a famille d'un homme est la coalition de ses ennemis !..» Celle inexorable peinture d'une époipie de décadence nous rap|iclle les vers d'.Vuguste Barbier :
Plus (Je Dieu! rien aii rirl ! .ili ! mnlIicMir cl ruisèrc! Kt sans Oicii iii.ninlcti.ml (iii'c-.l ce donr que l.i icrre? L.1 IcrrcI ce n'csl pins (]n nn Irislc cl nKinvaib lieu. Un lrij»(>i i|cg(n"ii.uil iloii lOr ;i rliassc Dieu ; In r.U);ircl infinno, on \.\ fruo rongie
Ronio la ItniUî linniainc une cirroy.iliio ornic!
Là, sans frein, sans ivnionts.el prclc à lonl niclicr,
La fcninio s'.il)an(lonne à (ini vont la payer.
Qnanl .i i'iionnnc, il on ril ! il l>lasphcnn>, il parjure ;
Il jitl'- .1 tout visasio cl la Itoiie el l'injure;
Il lue, il démolit, il monte sur i'anlel,
Sur lor saint du raiicc il p.>rle un l>ras charnel ".