‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 118 sur 233 · MOSCHUS · texte numérisé non relu

MOSCHUS

MOSCIIUS

Puis il maudit tout haut la santé de son père ; El mérae encore enfant, plein du lait de sa mère, Sa première pensée, au sortir du maillot Est pour lui souhaiter de l'enterrer bientôt! Tant la cupidité le travaille et le mange; Tant l'or, ce Dieu de boue, emplit son cœur de fange; Tant le venin de l'or sur sou front abattu Avant le premier poil fait tomber la vertu !

La prophétie de Michée contient encore des menaces et des promesses qui diffèrent peu de celles qu'on retrouve dans presque tous les autres prophètes. Son style a des beautés assez inégalement réparties. C'est à lui que l'ollice de la Semaine Sainte doit ces paroles qui, dans la bouche d'un Dieu souffrant pour nous sauver, sont faites pour arracher des larmes : Mon peuple que t'avaisje fait? Popule meus, quid feci tibi?

MOSCHUS. — Jean Moschus, surnommé eviratus ou l'eunuque, était un moine de Palestine intimement lié avec saint Sophrone et avec saint Jean l'Aumônier. Ayant fait divers voyages pour visiter les plus célèbres monastères et les solitaires les plus illustres, il se rendit à Rome avec douze de ses disciples et rédigea un recueil de tout ce qu'il avait entendu dire et raconter d'édifiant pendant ses visites au désert. Son livre qu'il intitula le Pré spirituel et qu'il dédia à saint Sophrone auquel il emprunte plusieurs de ses récits, est un précieux monument des jjremières traditions de la vie monastique. On y trouve l'esprit du christianisme dans toute sa première énergie, des visions consolantes ou terribles, des traits d'angélique charité, une âpre poésie de mortifications terribles mêlées 5 des prières pleines d'amour et exprimées avec des paroles toutes de simplicité et de douceur. Les récils de Jean Moschus sont de véritables peintures de l'école es[)agn<jle, plein<;s de lumières vives et d'ombres vigoureuses. .M.iis combien de grandtjur d^ms la simplicité même de ces figures toutes hah-tanles d'un enthousiasme; surhumain 1 Les grandes guerres de la chair contre l'esprit y sont racontées sans le moindre ménagement jjour l'ennemi; la délicatesse niondaine de nos oreilles trouverait maintenant de la crud;té dans les ex[»ressions dont \\ se sert pour humilier la nature et stigmatiser le vice. D'ailleurs, à la manière des Orientaux, il met sa morale en récits et raconte plus ouil n'enseigne ; il laisse parler les exemi»les des saints et 1rs le(;ons (h; rexpéri»Tic<', et la f;hos<! h lafpielle il pense cerlainetnent le moins, c'e/ït <i l'rtlfet littéraire de ses récits. On pourrait les orner en les traduisanl, mais ils y [terdr/iienl : il faut lf;s lire dans toute leur naïveté native, et rifMjs préférons de beaufoup à cause; du cela le» trafiijclir>iis ancieiiiM-s aux nouvelles. Nou.sie citerons donc en vieux frari(;ai.s. Kcoulons-le ri'rtbr>nJ nous dire coiiiinenl un moine devint lépreux, et reiiuMcia Dieu de celle f;laie terrible, comme d'une, faveur siun/ilée, car elle avait sauvé sa verlu." L'abbé P<»lychroriius,'litSf>(»hioniiis, nous a raconté, que au elr)islro de l'eriliirjile, y auoil vn MCie, lequel e»loil fort cii<i}>le et alleiitif<i

soy-mesme. Vn iouraduint qu'il estoit vexé et tourmenté par l'esjjrit de fornication, et n'y pouuant résister ni soustenir cette forte guerre, sortit hors du monastère, et s'en alla en Hierico, afin de satisfaire à sa concupiscence. Or tout aussi tost qu'il fut entré en la chambre de quelque pécheresse, deuint du tout ladre. Iceluy donc apperceuant sa lèpre, retourna tout soudain au monastère, en remerciant Dieu, et distint : Dieu ma voulu punir et frapper de ceste playe afin que mon ame soit sauuee, et glorifioit Dieu magnifiquement. »

Voici quelque chose encore de plus dramatique et de plus terrible : « L'abbé Helias nous a raconté, dit le mesme autheur, disant : Quand ie demeurois autrefois auprès du fleuve lourdaiu en vne cauerne près le monastère des Eunuques, afin que ie ne communicasse auec l'archeuesque de lerusalem, vn iour aduint enuiron sur les six heures (c'est à dire â midy) faisant vne chaleur tres-extreme, auec vn air très-chaud et bruslant (car c'estoit au mois d'aoust), quelqu'vn frappa à la porte de ma chambrette, et moy estant sorti dehors, ie vis vne femme, à laquelle ie dis : Que fais-tu ici? Elle me respoiidit, disant : Mon père, ie suis de mesme conuersation et vie que vous, et ma demeure n'est distante de la vostre, ([ue d'vn iect de pierre, et elle montroit le lieu vers le midy; et dit encore : l'ay circuy toute ceste grande forest, et pour la grande ardeur ie suis trauaillee de soif : laites moy donc charité, mon père, et me donnez vn peu d'eau. Et lors ie luy [)resentai vne cruche d'eau, latjuelle ayant |)rinse, elle beut, et la laissay aller. Mais [)artie qu'elle fut de moy, le diable me commença h tenter, me suggerantdes mauuaises et sales pensées sur icelle. Me trouuant donc en i\n vaincu, et ne |>ouuant plus auanl supporter l'ardeur do la concu|)iscense, ayant prins mon basloii en la main, ie sorti de ma chambretti; à la grande chaleur du iour, lors (lue les pierres iettoient feu embiasees (le chaleur, et m'en allay a[)res elle, afin d'accomplir ma concupiscence sab; et vilaine. Mais comme ie fus enuiron distant une stade de sa cauerne, l'ardeur d(; concu[)isc(;nce bruslant, ie fus subilement raui en extase : le vis la terre ouu(;rtc, et un grand grjuH'ri! (pii m'engluulissoit, et lors i'a|»p(;rcu dedans des corps morts, cbaroignes plaines d'vne inero.yablo j)uanteur , et aussi me s(!iiiblait voir vu iiomine veslu honorablement, lerpn;! nu; monslroit et disoit : Voy, c'est h cet état que s<!ronl réduits les objets (h; ta convoitise : ftrens maintenant [)laisir auec iceux si lu veux, h exercer ta passion el coneupiscenci; d(;sordoniu;e, tant (pj(! lu voudras; toiilesfois regarde (Jik; |»our ceslo volupté tu as perdu tant di; labeurs (;l (i;uur(!s meritoir(!s ; voy (;l conleinpb; (jue [lar le (Mïclié lu t(! veux priuer du royaume descieiix. Malheur sur la misère di; riiommo (pli pour la volupté el plaisir d'viK; lieurr; s(; pnin; d'vn si grand loy(!r ib; la painc; el ldb(;ui (fu'il a prins. Mai« moy ne pouuant

MOSCIIIS

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plus eiulurcr ni nie contenir pour la gramJo puanteur, ie toinhay par terre. Alors cest nomme vcnerablts qui s'estoit apparu à luoy, me rrlinl, et en reiulant grâces h Dieu, ie suis retourne^ en ma denx'ure. »

On serait tenté, si l'on n'était pas chrétien, (le s(! demander en lisant de pareils récits, h (|uelle espèce appartenaient donc les hommes ((ni livraient à la nature des combats si terribles. Ouelle scène (piécette tentation dans la solitude! Cet homme exténué, haletant sous le soleil, briilé par les feux intérieurs de la co-ivoitise et arrêté dans sa course insensée par les images de la corruption et de la nir)rt éternelle I Dinfernales Dudités guérissant les ardeurs de la convoitise, les horreurs de la mort guérissant par le dégoiU les derniers ass.uits de la vie mortelle, et rimmortalilé triomphante dans l'agonie des derniers désirs de la nature. Combien de pareilles batailles sont plus grandes (jue celles d'Homère 1

Voici maintenant une nouvelle Marie Madeleine, qui se laisse gagner aux séductions du saint Kvangile. «Deux anciens pères allèrent, dit So{)hronius, de la ville de Ega en Th.irse, et entrèrent dans une estable pour se reposer (car c'estoit en la chaleur du iour) et |)ar permission diuine Irouuerent \h dedans trois ieunes iouuenceaux avec vne courtisane. Or les anciens pères se tirèrent h (lart, et s'assirent : l'vn d'iceux print et leut le liure de l'Iùiangile. La femme si tosl (pi'elle apper(;eut l'ancien lire, rjuittant sa compag'iie, s'en vint au vieillard, et s'assit auprès de luy. Lq nere ancien la reietlant et répudiant, luy dit : O malheureuse, tu es fort imjiudenle, (jui n'a eu honte ni vergogne d'approcher près de nous le vous prie, pcr(! S., lui dit-elle, ne me répudiez pas ainsi : car ia(;oil (pie ie sois pleine de tous péchez, toutesl'ois le Seigneur et Sauueur le- Mis Christ n'a reietté lîe soy la pécheresse s'approcha-it d'iceluy. L'ancien luy respotidit : Voire, mais cestc femme n'a |)ersisté en son peclié. A (pioy repli(pia, disant : lespere au Dieu vivant, cpie dés auiourd'huy ne (lemeureray |)lus en mon péché. Délaissant donc les ieunes hommes, et (juittanl tout son bien, suiuit les pères, et ils la mirent dans vn monastère près de la ville de Kga. l'ay vin; cesle ancienne mère femme de gran(h* |)riid(Micc, ayant aprins ces choses de >a propre bouche ; elle s'appelle .Marie.»

La péniti'iKX! en ce temps là était contagieuse, et les pécheurs enviaient aux aiciens compagnons de leurs désordres les oxpialio'is du repentir. Kcoutons encore Moschus : « Y auoil en Tharse de Cjlice vti bateleur nommé Habila*. leipnd auoit deux <(>ncubines avec luy : l'vne tles(pielles s'apiielloil Cfunete, et l'autre Nicose ; viudit luxiirieusemenl adonné h ses plaisirs, fai- .«.ant tout ce (pi(> \i\ diable lui suggeroit. Vu «our aduinl (pi'(!stant eiilr('' en l'église par le V(niloir diiiin, t>l aya'it ony lire rKuangile, 4'1 ce (pie l'on lisoil alors esloit : Fnilrsprtiiinirr, car Ir mi/ninnr drs rirur f'npnror/ir : «>laiil çoinlril et doleni, ((.immeiK^a a plorer

et trembler de peur, se repntanl misérable jtour les péchez par lui commis. Sorti donc ([u'il fut de l'église, incontinent appellaàsoi ses deux concubines susdites, et leur dit : V(Tus scauez comnuî i'ay lubri(piement vescu auec vous, et ([ue je n'ay pas plusaimél'vno (pie l'autre : par(pioy ie vous laisse tous les biens (pie i'ai iainais acquis; prenez-les, et les départissez entre vous, cardes maintenant ie renonce au monde et me rends moine et pénitent, voulant estre solitaire. Or elles luy respondirent d'vne mesmc! voix auec larmes, disant : Nous auons jiarticipé avec toy en ini(|ui'é au grand détriment et dommage ût'. nos âmes : et maintenant quand tu veux faire pénitence et (X'uure h Dieu agréable tu nous (hdaisse, et veux estre seul en ceste œunre. CertaiiuMiient il n'en seraainsi: ainsconimuni(pieronsauectoy aussi an bien. » Etainsi les désordres de Kabylas furent changés en une sainte union; le libertinage dis|)arut seul, l'amitié resta, sanctiliée par le repentir : les trois nouveaux solitaires demeurèrent unis de C(Bur etd'es[)rit et allèrent [)leurer et prier séparément pour se retrouver un jour au ciel.

Ce qui vivilie surtout le livre de Jean Moschus, c'est l'ardente charité envers Dieu et envers les liomni(>s dont il donne partout les préceptes et les exemples. La pénitence qu'il enseigne n'est [loint cette austérité pharisaique |>ar laiiuclle de faux chrétiens se croieiit dispensés (l'aimer leurs frères. Dans l'esprit de Moschus comim; dans l'Evangile, la cnarité c'est la lin, les [iratiipies religieuses sont le moyen , et il montre (pie le précepte divin de l'amour fraternel et du pardon des injures est au-dessus même de la religion du serment , parce (piil n'y a pas de serment (pii puisse tenir contre le plus saint des devoirs.

« Vn iour (juc i'estois, dit Sojthronius, eu la cité, vint à moy vn homme de bien et hdele , me disant : F'arce (pi'il y a (pu^Kpie (juerelle suruenué entre moy et mon frère , et mon frère ne se V(Mit r(>concilier auec moy, levons prie parlez h luy, et l'exhortez h réconciliation mutuelle. Ce (pie ie listresvolonliers : car ie nra(;coslay de son frère , et luy lins propos conuenables h la charilé el concorde : et me sembla de prime-face , qu'il s'y ac(piies(;oit du tout , et (jii'il esloit ap|)aisé. Mais par après il me dit : le m^ me puis rcM'oncilier, parce (pie i'ay iuré et protesté auec s(Tment i.\o ne me reconcilier. Ce (pi'ayant entendu . ie luy dis en souriant : > Ostre seriiKMil es(-il de si grande vertu et poids, (pi'il soit irr(Miocable, comme si vous alliez dit : Par vosire croix précieuse lesiis Christ i(> iure (|ue ie n'obs(M'ueray vos commandemens : mais au contiaire ie feray la volonté de vostre emiemy le diable VNoi's !!(> (l(Mions tant s'en faut garder ce que nous aurons promis et accordé ini(piein(Mil, mais, (pii plus est , nous en deurions faire pénitence . el lions atilig(T de ce (pie nous aurions indiscrellement et malicieusement delermiiK' et arresié conlrc l(> salut de nosire aine, (^ir si Herude so fut repenti . ol eut

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