‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 119 sur 233 · MOSCHUS · texte numérisé non relu

MOSCHUS

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fait pénitence , et qu'il n'eut gardé le serment qu'il auoit iniusteraent fait et proféré, certe iamais il n'eut commis et perpétré ce meschant acte de decoler le précurseur de nostre Seigneur S. lean Baptiste. Ce qui est conQrmé par la sentence de monsieur S. Basile, laquelle il a extrait et puisé de l'Euangile, lors que nostre Seigneur voulut lauer les pieds à son apostre S. Pierre. Au commencement il le refusoit tout à plat auec pertinacité, et après il changea de propos. »

On a répété souvent que les Pères du désert étaient de grands égoïstes d'abandonner le monde à la perdition et de chercher dans la solitude le salut pour eux seuls. Ceux qui ont parlé ainsi travaillaient eux-mêmes fort peu, soyez-en sûrs, à la conversion du monde. Mais les austérités de ces anachorètes prétendus si égoïstes é[)Ouvante encore la mollesse de ceux qui ne supportent pas de pareils exemples. Que ne disent-ils aussi que Noire-Seigneur était un égoïste lorsqu'il souffrait seul ^ur la croix? Loin d'aller s'éteindre dans la solitude , les vertus chrétiennes y prenaient une nouvelle force et une nouvelle chaleur : l'amitié même n'y était pas étrangère si nous en croyons Thistoire attendrissante que voici :

« Nous lisons de deux hermites , qui auoient iurélun à l'autre deviure tousiours ensemble sans iamais se se[)arer. Auec le temps l'vn d'eux fut tenté de retourner au monde et prendre ses plaisirs : l'autre le suit afin de le ramener à l'hermitage, pour le moins lors qu'd auroit satisfait à sa volupté. Or aduint qu'il le trouua et embrassa sortant du mauvais lieu, et le pria de retourner auec luy : mais comme il persistait en son j»eché , l'autre aussi demeura en la mesme cité. Journellement trauailant des mains nour dofiner le fruit de son labeur if>urn<.lier à sofj compagnon ainsi desbauché : il ieusnoit et s'aflligeoit soy-mesme [)Our le salut de son frère. »

Certes, on ne saurait raconter [dus simplement et [)lus brieverjrient une plus admirable b'gfMide. Quel sijp{)licede .Mézencf, qu»; celui d<i ce saint atlaclié ainsi h ce pécheur et IravailKint [lour le noiirrir, supjjortant peutêtre ses mauvais traitements et ses mocpieries 1 On sent venir les larmes lorsqu'on songe h des hommes [tour f}ui fie [tareilles vertus n'avaient rien d'étrange et <pii vous racontr:nt tout bonnement (jt-s traits d'un pareil héroïsme.

La charité de ces hommf;s d'un autre siècle ti'avail |)as toute la vaine prudence et tous les calculs iniér<ssés de la nôtre. Ils se «lévouaicnt d'abord, ils donnaiint tout, ils se do'iriaii-iil eux-mêmes »;t lais.sni(,'nl a Dieu )•• soin d.r faire le coiri|)l*'. Ils ne croyaient [.as qu il fiU [)Ossible d«^ se |»erdre |»ar suilt; d'un excès de c .arilé, et iU croyaient mn! les miracles du (lévouemcnl [)Ouvaienl s attfj'idre aux miracles de la Prr»vi<lence et de la miséricorde. La légende qui suit est la mine »'ii action de celte généreuse [)onsée :

« L'abbé 'l'hoinas et 'I liéndoie nous r>nl racoiilé qu'eu Ab-i^indiio du lemjis du |'a-

triarche Paul, certaine fille estoit demeurée orpheline de père et de mère, qui luy auoient laissé de grands biens, et icelle n'estoit encore baptisée. Vn jour comme s'estoit allée promener en vn vergier, qui estoit dans la ville, qu'elle auoit eu par succession de ses prédécesseurs elle apperçeut un homme»

qui apprestoit des cordes pour se pendre. Elle y courut incontinent, et luy dit : Que fais-tu, panure malheureux? Laisse- raoy : luy dit-il, car ie suis accablé de trop grande tribulation et fascherie. Que l'en sçache l'occasion, dit-elle, peut-estre que je te pourray aider. 11 luy respond, disant : le suis extrêmement pressé de debtes,et mes créditeurs me tourmentent tous les iours grandement : De sorte que i'ayme mieux vue lois finer ma vie, que de mourir ainsi tous les iours. Lors elle luy dit : le te prie, mon ami, prens tout ce que i'ay de moyens : paye ce que m dois, et ne te i)erds pas ainsi toy -mesme. 11 le print donc, et paya toutes ses debtes. Mais la pauure fille n'ayant personne qui eut soin d'elle , commença depuis k auoir nécessité. Laquelle estant ainsi destituée de parens et de conseil se détermina de tenir boutique ouuerté à tous venans : et de fait s'abandonna, pour auoir de quoy viure. Les gens de bien })ar compassion disaient: Qui la cognoit sinon Dieu? sçauoir est comme il |)ermet qu'elle soit ainsi délaissée pour vn temps, et pour des raisons, que luy seul cognoit. Peu de iours après ceste fille deuint malade : la-

3uelle reuenanlà soy,eut grande repeiilance e ses fautes, et pria l'euesque de la faire chrestienne. Mais personne ne tenoit conte d'elle, disant : Qui voudroit tenir sur fonds vne pécheresse, comme elleest? Ce ([ui l'aflligeoit intiniment. Or (;omme elle (istoit en ceste angoisse, vn ange la vint assister en forme de cest homme, auquel elle auoit fait miséricorde, h; secourant en son besoin : auquel elle dit : le désire fort de receuoir le ba[)tesme, mais personne ne veut parler ni resfioudre |)Our moy : Lst-il vray, dil-il, ([ue vous ayezenuie dec(da? Ouy cerlauiemeiit, monsieur , dit-elle, et vous supplie d(f me faire tant dtî bien, (pie im? le vouloir impe- Irer. Il luy dit : Ne vous fâchez |)oint , l'en ameneray fiu('l([U('s vns,(jui vous receuioiit. Il en amena deux autres: et iceux estoii'iil aussi d(;ux s.iints ang(,'S,(|ui la menèrent en l'église. Kt derechef s'eslans transformez en [)ersonnes illustres , honorables et cognus jiour getitilshommes d(! la lamilh! de l'em- [)ereur, ils a|)|)ellereiit le clergé, h srauoiile [treslre et le diacre, ipii estoient oi'donne/ j)Our (elle allaiie. Les gens d'église Unir demandèrent : \ oiis , messieurs , respondezvous jiour elle? Ouy, dirent-ils, nous proiiielîons (;n son nom. Alors ils la |)riiidieiil et la bafitiserenl. Puis estant reueslue de blanc, ils la ramenèrent en sa maison : où l'ayant laissée ils disparurent. Mais les voisins la voyant ainsi vesliie d(; blanc, après que ces an^es fiiKuit retirez, ils luy demandèrent, (pii l'aiioil bajdisée? l'illiî Unir en (il |(! discours 'Mitier : et leur i'('-eil,i , comiiK; quel'jiios vus estant venus , lu muiièreul eu

Mosr.nis

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l'église: lcs(HK'l,s parurent aux prt'.slios,(|ui la baptisèrent. Ils luy demandèrent, (jui estoient ceux-I.V? Mais ne pouna'is respondrc qui ils ostoient, allèrent aduertir l'euescjuc : Iequ(d demanda h ceux (]ui auoient la charge de baptiser, s'ils l'anoicnl baptisée? et conl'esserent qu'ils l'aunicnt baptisée par la prière de deux gentils hommes de la maison de l'eujpereur. En lin l'euesqiie les ayant fait appeller, leur demanda s'ils est«)ie!it constituez pleiges pour ceste tille? A (luoy respondirent, qu'ils ne la cognoissoient [)as, et niesme que telle chose n'auoit esté faite de leur consentement. A donc reu(vs([ue cognut

aue c'estoit vne œuvre de Dieu. L'ayant onc appelleo, il luy demanda, disant : Vencz-yà, ma lUlc : n'auez-vous point fait autrefois quehjue bien, pour lequel noslre Seigneur vous ait voulu faire cesie grAce? Hélas! monsieur, dii-elle, conuuent pourray-ic auoir fait rien de bon, moy qui a.y esté do mauuais gouvernement, et qui suis fortpauure : l'euesque luy dit: Mais encore dites moy, n'auez-vous totalement rien fait pour l'honneur de Dieu? Elle luy fit response, disant. Quelque iour voyant vn honniie, (jui se vouloit pendre pour estre fort tourmenté de ses créditeurs, luy ayant baillé tout ce ouei'auoisdc bien, ie ledeliuray.(]e qu'aiant ait, tout à l'instant elle rendit l'âme à Dieu. Alors l'euesque, louant et bénissant nostre St'igneur, dit : Tu es juste mon Dieu, et tes jugemens sont droits et équitables. »

Nous ne comiaissons i)as de poésie qui puisse faire sur le c(Bur autant d"imi)ression que cette histoiie, si ressemblante pour le fond et pourla forme aux parabolesdc l'Evangile. Sans doute ils pouvaientdisposer en ipielque sorte de la miséricorde de Dieu ces hommes dont la foi était assez aniente pour forcer en quelque sorte les miracles. Lisons en effet ce qu'on raconte de saint EphriMU.

« Saint E[)hrem , patriarche d'.\ntioche , estoit homme fort zélateur et leruent en la foy. Icelui ayant entendu, (pie Styliies, ([ui residoit es (juartiers de Hierapolis, esloit enuelopé en l'hérésie de Seuere, et s'en alla vers luy, pour lui dissuader son erreiircl le retirer de ceste impiété et mal-heur. Donc là arriué qu'il fut, commen(;a le saint j)ersonnage h le reprendre et admonnestcr le prier (ju'il s'in(()r|)orast au S. siège Apostolique, et se ioignit à l'vnion do sainte Eglise (lalholique, Apost. et Uom. Mais ce Slilites lui lit réponse, disant : Ouand à nu)y, dit-il, ie ne connnunique entièrement h aucune synode. Or saint Ephrem luy dit : Comment viux-tu que ie ti; guérisse et rende [leine de finqx'trer la grâce de nostre Seigneur lesus r.hrist : car 1 i sainte Eglise est sans macule (pielcunque de mc-^chanceté d'heresie. Lors Stviiles dit au [taliiarche : Monsieur, dit-il, allumons 1(^ feu, et ««nlrons vous et moy dedans : et cestui de nous deux, <|ui ne sera «•ndonimagé de la llamnie du feu, sera orthodoxe, et sera cestiii-lh (pn^ nous deuons siiiure. Mais il mettoit ce jtropos en auant, alin d'espouuanler le palriarchc Neantnioins le saint ])ersonnaije lui res]>oiidil : Il losloil

bien besoin, mon liis, que tu obeyses à moy comme à ton père, sans t'enqucrir d'autre chose, toutesfois, pour ce (pic tu fais vne recjueste qui surpasse la foico et capacité de ma petitesse, me confiant en la bonté et miséricorde de nostre Seigneur, ie te l'accorderay aussi pour l'amour de ton salut. Lors le patriarche dit h toute l'assemblée présente : Le Seigneur soit beny, apportez ici (lu bois. Quand l'on en eut apporté, le patriarche l'alluma auprès d'vn |)ilier, en disant à Stylites : Descens maintenant dedans 1(! feu, afin que selon ton ordonnance nous y entrions l'vn et l'autre. Stylites cstonné de voir la constance d'Ephrem n'y voulut |)as entrer. Alors Ephrem luy dit : N'as tu pas d(!siré qu'ainsi fut fait ? et comment maintenant n'y veu\-tu pas entrer? Le patrian^he deuestit sa robbe, et abordant près du feu pria en ceste manière : Mon Dieu, mon Seigneur lesus Christ, à qui il a pieu prendre chair humaine de nostre Dame mcre de Dieu tousiours vierge, et prendre naissance d'icelle pour l'amour de nous, qu'il vous plaise nous montrer la vérité. Et après auoir fait son oraison, il ielta sa robbe au milieu du feu. Et combien que le feu durast pres- (jue res|)ace de trois heures, et cpie le bois fust tout bruslé et consumé, neantnioins ils retireront du feu Ui robbe entière et sans estre en rien endommagée, en sorte que l'on n'y pouuoit appercenoir nulle marque de bruslure. Adonc Stylites ayant veu ce qui s'estoit passé, certioré do la vérité angitnematiza et abiura Seuere auec son hérésie, embrassant la S. Eglise Catholique, récent la communion des mains de S. Ephrem, puis loua et remercia Dieu. »

C'est ainsi que s'accomplissaient alors tous les jours dans l'Eglise ces j)aroles de Notre-Seign(nir : Ceux qui croiront en moi feront les œuvres que je fais et de plus étonnantes encore. Le désert en ce temps-lh était plein de prodiges : les corbeaux d'Elie et les lions de saint Paul ermite semblaient avoir instruit au culte des saints les bétes farouches du désert. Des moines suspendaient leurs manteaux aux rayons du soleil , ou passaient la mer sur leurs inantiNiux. Tout était possible. On cro>ait, on espérait, on aimait ; et la charité, réunissant tous les chrétiens dans une même (>si)érance, donnait un fondement inébranlaolo à h'ur foi. Car ils n'éiaient pas seulement chrétiens, ils étaient surtout catholi(pies et avaitMit en horreur le soup(;on nn'Miie do l'hérésie. Moschus raconte (|u"un moine so pendit de (h'sespoir pour élre entré seulement contre l'avis (h» son supérieur dans la chambre d'un hérétique, et voici un autre récit ([ui monlr(> jns(prà (|uel point l'horreur de rhérési«> était alors profonde dans les Ames de t mis les vrais chr(^tiens :

« Certain personnage ancien ncuiimé Cyriac. de grand mérite eiiuers Dieu, residoit en Taure deCalamon |)r(\s du lleuue loidain. \f\ iour entr'aulres, (piehjue pèlerin moine, appelé rheoj»hane, de la religion de Dora, vint vers lui , pour lui i>ro[)oser quelque

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difliculté qu'il auait touchant les pensées de fornication. Le bon vieillard soudain se meit a l'exhorter et donner bon courage auec propos de chasteté et pudicité. Au moyen desquels le pèlerin fut si bien édifié, qu'il vint à luy dire : Vrayement, mon père si ie n'auoye communication et accointance auec les nëstoriens de mon pays, ie serois content de demeurer auprès de vous. Quand Cyriac eut ouy ce mot de nestorien, il fut grandement contristé de la perdition de ce religieux : cause pourquoi l'admonesta d'abandonner cette pernicieuse hérésie, et soy mettre au giron de la sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, lui disant qu'il n'y auoit point d'espoir de venir au port de salut, si nous ne croyons (comme il est vray) la vierge Marie estre la mère de Dieu. Ôr ce religieux respondit au vieillard : Certes toutes sectes et hérésies disent comme vous: N'estqu'ayezcommunication auec nous, vous ne pouuez estre sauuez. O malheureux

3ueiesuis,ie nescaycequeiedois faire, priez onc pour moi, qu'il plaiseàDieum'acertener de fait quelle est la vraye foy . Le saint homme recueilla avec ioye ces paroles du religieux, et lui dit : Seez vous ici auec moy, et mettez toute vostre fiance en Dieu, il le vous reuelera et fera cognoistre. Et ayant laissé le religieux en sa cauorne, le vieillard se transporta près de la mer Morte, priant Dieu pour cedit frère. Mais enuiron les neuf heures du lendemain, ce religieux veit vn homme debout, horrible de regard, luy disant : Viens, et vois la vérité , et l'appréhendant, le mena en vn lieu ténébreux, puant et ietlant feux et flammes : et en ce feu y apperceut Nestor, Eutyquos, Appolinaire, Dioscorus, Seuere, Arrius, Origene, et aucuns autres. Or celui qui apfiarul, luy dit : Voila la place pre[jaree aux hérétiques , et aux blasphémateurs, comme aussi à tous ceux qui ensuivent leur doctrine : si donc ceste |)lace te plaist, demeure en ta doctrine : mais si tu ne veux pas experimeritf-r cr; su[)[ilice, approche toi de la sain* te Eglise Catholique, Apostolique, que l'enseigne (■<'. vieillard. Car ie t'asseure que si l'homme vient h exécuter toutes sortes de vertus et ne^;roit jias droilement, sera iourmf;nlé en ce lieu. Par lesquelles paroles, ledit moine reuint à soiniesme, et recita tout ce (pi'il auoit veu au vieillard, estant r<'toiirrié en sa cauerne : et par ainsi rentra en l'union de l'Eglise Catholi jue. •

Nous ne voulons pas terminer l'article de. J'an .Moschus sans extraire encore du Prd Mpiriluel une bien louchanle histoire (iiie nous traduisons nous-mAiri<; j)arf;e qu ici notrf traduction gothique nous fait défflul. « L'n solitaire aynnl él/- mordu par un serpent s'en alla dans \n ville pro( haine pour faire panser sa blessure. Il y fut n-cueilli dans la maison d'une femnio pieuse et craignant Dieu, fpij se mil à le soigner elleinAni»-jus(pj'a ce rpiil enlr/ll en convahtsciîHce. Alors res(»nl du mal ins{)ira de mauraises pensées h ce solitaire, et un jour il cJierchail a prendre la main de sa bienfai-

trice. Celle-ci alors lui dit avec douceur : Mon père, il ne faut pas agir ainsi. Ayez la crainte de Dieu ; souvenez-vous de votre piété, de vos pénitences austères, de tant de larmes que vous avez versées devant Dieu. Songez aux regrets amers et aux pleurs qui suivraient votre faute. En entendant cette vertueuse personne parler ainsi et lui dire encore d'autres paroles aussi bonnes, le solitaire sentit sa mauvaise pensée s'évanouir; il eut honte alors de lui-même et n'osait plus regarder celle dont il avait si mal reconnu la charité ; il voulait même s'enfuir sur-le-champ de sa demeure, mais elle le retint en lui disant : Non, restez, mon père, vous avez encore besoin de mes soins. Cette mauvaise pensée n'est pas venue de votre âme pure ; elle appartient au démon qui est l'auteur de toute malice. Et ainsi elle le guérit doublement ; puis le laissa aller en paix sans être fâchée contre lui, après s'être privée de sa propre nourriture pour la lui donner. »

Jean Moschus mourut l'an 619. Son ouvrage a été traduit en latin par Ambroise, général des camaldules, et imprimé en grec dans la Bibliothèque des Pères de 1G24.. M. Cotelier a donné, dans son second volume des Monuments ecclésiastiques, le grec de Quelques chapitres qui manquaient. La traduction française d'Arnaud d'Andilly est assez estimée, mais ne rend pas assez fidèlement, du moins à notre avis, la simplicité et la naïveté du texte original,

MYSTÈRES. — Les mystères de la religion, tout en humiliant notre raison orgueilleuse, élèvent et agrandissent notre âme. Le génie de Bossuet n'a jamais été plus sublime que quand il s'élangail dans les proff)ndeurs de la révélation comme un aigle qui se plonge dans les splendeurs du soleil, et faisait entendre au monde ces Amen, })lusieurs fois répétés, ((ui étaient tout h la fois le cri de son admiration et riiommage d'une fui soumise. Les lîtévutions à Dieu sur les mystères sont un admirable livi(! où l'éloquence de l'âme et l'expression de l'enthousiasme s'fdèvent quehpiefois jusqu'au lyrisme. {Voy. BOSSLKT.)

Les mvslèr<!s de grâce qui abondent dans la vie (le Notre-Seigneur et de sa sainte mère sont aussi des mystères d'éhxpience et de i»oésio. De tous les temps l'Lglise a entoure In mère de Dieu do toutes les beautés du (]ariti(pje des canti(pies, et l(!S t xpressions de son amour pour celle vv.'xne des nngf'S sont rassemblées dans de glori(;uses lil.inics coiiiiim; un chaprilel d(; louanges, (^'esl la rose myslicpie, c'est le vasi- d'or où Dieu conserve h; baumc! de la dévotion, c'est la cr)nsolalric(' des allligés, c'est le IiAikî vivant de la s/igcsse. Son liln; de; ifirolocos (I) ou mère de Dieu, était familier aux chrétiens des temps |»iimitil's, et est employé, parmi d'autres écrivains, par Origène, Kusèbe, saint Alexandre, saint Atliaiiase, saint

(I) Dévclopunntul de la ilorlrine rhn'tienne, <lii (loclciir Joliii .-••vMii.-iii ; Iraductioii de L. IJoycIdu-i» d'Au\igiiy, pîtj;. 37i.

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Ainbroise. sainKin'iîoirc dr Nazianzo, saint iliiV^iMic (le Nvssooï saint Nil. Kllii avait l'té apptlt'e toujours vicrye par saint KpipliaMc, Didvnio et d'autres; |)ar d'antres la inrre de tons 1rs virants, romnie étant l'anlit) ped'Kvc ; car, comnio l'ob-^orve saint Kpifthanc, la vie cllt'-inO'iiu' fut, non fn ll.^ure , mais en v6riti! apportée dans le inoudc |)ar Marie ; Marie pouvait produire des choses vivantes et pouvait devenir la in^re des vivants. Saint Augu^tin dit que to\is ont |)éché , excepté la sainte Vierge Marie, de laquelle, pour l'honneur de Dieu, ajoute-t-il, je souhaite cpi'il ne soit fait aucune mention quand nous parlons de |)éché. « Elle était seule et travailla au salut du monde, » dit saint Amhroisc , faisant allusion h la conception du Uédempteur. Elle est figurée par la colonne de nuée qui guidait les Israélites^ selon le même père ; et elle^ avait une si grande grâce, (jue non-seulement elle avait la virginité elle-même, mais quelle la donna à ceux vers lesquels eile vint ; « La verge de la lige de Jessé dit saint Jérôme, est la porte par iKiuelle le grand prêtre seul entre et sort; la femme sage , dit saint Nil, qui a revêtu tous les croyants de la toison de l'agneau qui est né d'(;lle , qui les a couverts de vêtements incorruptibles et les a délivrés de leur invisible nudité ; la mère de la vie, de la beauté, de la majesté ; l'étoile du malin, selon Antiochus ; le nouveau ciel mystique, le ciel portant la divinité, la vigne féconde par laquelle nous i)assons conduits de la mort h la vie, selon saint Eplirem ; la manne délicate, brillante, douce et pure, (pii, comme venant du ciel, a répandu sur tout le peuple de l'Eglise une nourriture plus agréable que le miel , selon saint Maxime.

Saint Proclus ra[)pclle la coquille sans tache qui renferme la perle de prix, le sanctuaire sacré de l'innocence, l'autel doré de Iholocauste , la sainte huile d>' l'onction , le l)récieux vase d'albàlre qui reid'erme le nard , l'arche dorée en dedans et en dehors, la génisse dont les cendres c'est-h-dire le corps immolé du Sauveur venu d'elle, j)urifient ceux qui sont souillés de la corruption du péché. La belh" liancéo des canti(iues, le soutien (TTnr.iyuo) des croyants , le diadème de l'Eglise, I exjjression de l'orthodoxie. Ailhiurs il l'appelle U) seul pont (pii con- Jluise l'homme h Dieu ; et ailleurs il s'écrie: « Parcoure/ par la pensée toute la création, et voyez s'il y a un être égal ou supérieur à la s/niite Vierge, mère de Dieu. »

Théodotc aussi, un des Pères de l'Eglise, ou celui «iont les homélies sont attribuées c\ saint .\mpliilo(jue i)arle ainsi : « l>omme tiébiltnirs et servittnirs de Dieu bien inlentionnés, honorons par des paroles, autant que nous le pouvons, Dieu le Verbe et sa mère. Salut , mère resplendissante de lumière , Uo la lumière qui ne s'éteint pas l salut, source j)ure du lleuve qui donne la vie l » Parlant ensuiln de l'inearnation, il continue : « La divine Vierge-Mère nous cntrahio toujours d.ins ses saints rayonnements ; car avec elle

est la fontaine de vie et les mamelles du lail spirituel le |)lus pur. Or, pour en sucer piomptement la douceur, nous avons couru rapidement vers elle , non comme |)ar oubli de ce qui était auparavant, mais comme par aspiration à ce (pii devait venir.

Saint Fulgence dit dans le même temps : « Marie devint la croisée du ciel, car par elle Dieu a ré[)andu sur le monde la vraie lumière ; l'échelle du ciel, car par elle, Dieu descendit sur la terre. Venez, vierge , vers une vierge ; venez vous qui concevez , vers celle qui a conçu ; vous qui soulfrez, vers celle (]ui soull'rit'; mères, vers une mère; vous qui donnez le sein , vers celle qui allaita ; jeunes femmes , à la jeune femme. » Et, en dernier lieu : « Combien, disait saint Pierre Chrysologue , est pleine de grAces celle qui comme une pluie féconde, peut se répandre dans toute la création I Celui-là ne connaît pas la grandeur de Dieu, dit le môme saint, (|ui ne selonne pas devant l'Ame de Marie et n'admire pas son courage. Le ciel craint , les anges tremblent , la création esl en défaillance, la nature cède , et voilà que seule une jeune fille reçoit, captive et chariuo Dieu à ce point en le recevant dans son sein, qu'eHe peut lui demander pour prix de sou lios[)italité la paix de la terre , la gloire du ciel, le salut de ceux qui étaient perdus, la vie des morts, l'adoption du ciel nour les enfants de la terre, et l'alliance de la divinité avec la chair ; tel est le loyer de cello maison sainte 1

L'auteur de ce Dictionnaire a publié en 18Vi un livre intitulé La Mère de Dieu , auquel il ne prétendait donner d'autre portée oue celle d'une étutle littéraire. C'était une liction poétique sur le jugement dernier, suivie d'une sorte d'utopie qui n'a pas obtenu l'assentiment de l'autorité ecclésiasti([ue. Enfant soumis, quoiiiue malheureux, do l'Eglise, l'auteur a su|)i»riraé son livre, qui ne fut point et ne sera point réédite. Il a même racheté en grande partie le reste de la première édition, et ne veut conserver do son travail que (|uel(pies études |)réliminaire» (]ui ont été trouvées convenables et orthodoxes par Mgr révê([ue dEvreux, qui a bien voulu examiner et juger lui-mêiiie l'ouvrage entier. Nous re[)roduisons donc iiù ces études, qui a|>j>artiendront désormais exflusivtMiient à ce hiclionnaire , dont elles formeront un aiticle. Nous espérons que la saillit» Eglise catlioli([ue voudra bien acce^)ter la sup|)ressiou »lu reste de notre livre, comme un éclataiit désaveu et une rétractation ex|)resse de tout ce (pi'il pouvait contenir de contraire ou de moins conforme 5 si's divins enseig.iements.

Etudes sur les mystères dr la très-sainte Vierge cl de son divin fils.

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