PREMIÈRE ÉTUDE
Ètc et Hlarlo.
De même ([u'Adaiu, en qui tous ont péché, est pris symboliquement et théologiquement |>our i'humanilé tout entière, avant
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la rédemption , le Christ peut et doit ôtre pris pour toute rhuiuaiiité , qu'il régénère, en sorte que l'on peut dire très-légitimement que Jésus-Christ, c'est l'homme selon Dieu, et c'est aussi en ce sens que nous sommes tous les membres de Jésus-Christ. La grande œuvre du christianisme est de faire mourir le vieil homme pour accroître la vie de l'homme nouveau , c'est-à-dire détruire, soit dans les individus, soit dans les peuples, les habitudes delà vie animale, personnifiée dans Adam, pour augmenter la vie de l'homme spirituel, dont Jésus-Christ est le type. Ceci est connu de tous les catholiques quelque peu instruits de leur religion.
Or , l'homme pris collectivement est un être complexe , il comprend l'homme et la femme. La femme d'Adam , c'est Eve qui sort du côté de son mari pour le séduire et lui donner la mort. Jésus-Christ n'a point d'épouse selon la nature, mais il a une mère, et Marie est opposée à Eve par toute la tradition : ainsi la femme animale sort de Ihomme ancien et rampe sous lui en lui tendant des pièges suivant les leçons du serpent qu'elle a pris pour maître ; l'homme spirituel , au contraire , est le fils de la femme, et honore dans sa mère celle qui écrase la tôte du serpent. Sous l'empire de la chair, la femme est nécessairement la servante de l'homme, parce que la loi des sens , c'est la force brutale , contre laquelle on ne proteste que [jar les mensonges de la ruse : sous la loi de l'esprit, la femme est la servante du Seigneur et la mère de l'homme.... Que dis-je î l'Eglise n'a-t-elle pas déclaré, aux grands applaudissements des peuples, que .\Iarie est mère de Dieul
Or, de même rpie tout ce qui se dit de Jésus-^vhrist fjeut se dire de son corps mystioue, qui est l'Eglise, et de sa vie nouv(;lle dans l'humanité, ce qui se dit de .>L'irie peut s'appliquer 'i la femme régénérée, (^ar .Marie étant dans Jésus comme Jésus est dans Marie, et ces deux lyi»(;s réunis formant ensemble le type de rriomme parfait, l'humanité ne [(eut communit-r à l'un sans s'unir h la vi«; de l'autre ; et l'homme ru; j)eut [)as se sauver sans la fermne, parce (ju'iia aimé ses séductions jusqu'à se perdrij pour elle.
Il y a [ilus : dans les symboles sacrés c'est avec la femme seule qiie se traite l'affaire «Ifj salut, rrt l'homme lui obéit comme l'cnfanl a sa mère. C'est 'i Eve que le déniori s'ariresse pour insinuer h l'iiiimanité primitive l'étrange idée, l'idée litanique et colossale dans sa itAm, de lutter conlrfj Dieu en lui désobéissant ; c'«'St .*i Marie que l'ange tiflbriel propftse la nouvelle alliance, et il semble fpie Dieu et son Verbe attendent }>our accomplir leur n;uvre (pie la jcuik; vierg/; ait bi«:;n voulu y consentir. C'est que Marie, nar un (»rivilége »|)é(;ial, est conçue sans péché ; une brusque trarisition s est faite dans la (loslérilé d'Eve. La femme imm»cu!ée succède, sans aucun effort de «a part, mais (lar la bienveillanc»! gratuite et la l»ré(|ej»linalion éfeinrlle de Dieu, h la femme
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mère du péché ; et celle-lh non-sculemeni n'est pas la servante de l'homme pécheur, mais c'est volontairement qu'elle doit se dire la servante du Seigneur, lorsque Dieu^ par un ambassadeur glorieux et solennel, lui enverra signifier qu'il a besoin de son concours pour sauver le monde I
C'est que, si l'homme est le chef de l'humanité, la femme en est le cœur, et que la tète suit toujours les entraînements du cœur. Dieu ne l'a pas tirée du front d'Adam, comme la Minerve antique sortit du front de Jupiter ; il l'a tirée de son côté en lui ôtant une de ses côtes, sans doute pour laisser plus de place à la dilatation de son cœur ; et il n'ignore pas qu'en lui donnant une compagne il lui a donné un guide dont il suivra toujours les doux entraînements ; car luimême il dit par son prophète : Je t'ai attiré à moi par les chaînes d'Adam, par les liens de l'amour! Jn vincuîis Adam, in funiculis charitatis !
Considérons en outre que, dans la création telle que les livres saints nous la racontent. Dieu procède toujours du moins parfait au plus parfait, épurant toujours la matière et la rap[)rochant de lui par une organisation plus parfaite. L'homme est son chef-d'œuvre et son dernier ouvrage; mais, pour finir l'homme et lui donner son complément et son bonheur, il en fait sortir la femme, et croit pouvoir se reposer après avoir ainsi pourvu au bonheur de celui qu'il n'était pas bon de laisser seul : J\on est boniim hominem esse solum.
Cependant cette puissance d'amour et do bonheur donnée «M'humme devient une i)uissance de péché (jui le |)récipite dans la mort. Le feu impur de la convoitise s'allume par la femme, et l'homme est entraîné : son innocence, son [)aradis, son Dieu, son immortalité, tout est oublié, tant est puissante la séduction de cette redoutable compagne I Mais elle va ètn; [luuie |)ar le péché même dont (.'lie est cause. La concupiscence, en régnant dans riiomiiH!, y éteint le llambeau do la raison ; il regarde coinnu; une proie ollorte à ses mauvais désirs cell(Mpii h.'s a fait naître. La liberté de la fiMiime, <pii avait cédé h l'attrait du mal, succombe; maintenant h la force (}u'ell(;-mêine a rendue sans frein; et elle enfantera désormais avec d(iul(!ur, souniis(; ,'i rem|iir(! de celui (pii ram|)e en mangc-anl la terre jusqu'au jour où, tiioiiipliaiit par la douleur des tristes attraits du plaisir, après s'être librement et volontairtMiient dévouée îi Dieu , (pii l'a fait renailie innocente, ^'\U^ doit écraser la tête du serj»(!nt au pie(| de la croix où son fils, en mourant, détruira c(!lto mort (jiie la jinMiiière femme avait inlroduito dans le monde.
(^esl alors (pie la voix niourante d'un Dieu réh.'ibilifa sohîniKîlleinent la resiimio, en disant d'elle il son disciple le plus aimé : Voilà ta mère.
Maintenant, depuis l'.ve jiisfpi'ft Marie, suivons d'un (vnip dO-Jl la femme h travers lliistoin; du monde religieux, en a(w-eiitant,. selon les régies du symbfdisme calholiquo,
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Ips faits rétîls pour dos figures prophéliiiues qui sortent li>s iinos des autres jusiju'à leur entier ncroniplissement.
Kvo criiuinelle est ehassco avec son trop failtic (^poux du paradis de délires ; elle enfante dans la douleur Caïn et la mort. Le premier fruit de son pérlié est l'homme, violent et brutal, qui abusera de sa force contre elle-iut^me; puis, comme pour expier le premier enfantement, elle met au monde le doux Aboi, (pii est tué par son frère et qui devient la cause de l'exil de Gain. Ainsi dans Kve, mère d'Abel, se fait déjà pressentir Marie, et l'enfant d'amour ex|)iant le péché de sa mère la |>uritie par la plus cruelle des douleurs humaines, celle de la mère pleurant son fils, et cause par sa mort la ruine el le bannissement de l'enfant d'orgueil. Eve repentante devient ensuite la mère de Seth, (pli fut le type de l'homme juste, et dont le (îescendant Hénoch mérita d'être enlevé vivant au ciel, figure de la seconde maternité de Marie dans la justification et la glorification des fidèles. Mais l'œuvre de la réparation, figurée dans la pénitence et la seconde maternité d'Eve, finit avec elle et laissa régner dans le monde le péché qu'elle y avait apporté par sa faute. Les filles d'Eve, séduisantes comme leur mère et comme elle oublieuses ou jalouses de Dieu, séduisent les enfants de Seth. Les fils de Dieu se perdent, entraînés par les filles des hommes. Les lois de la création sont enfreintes par une convoitise que rien n'arrête plus, et des naissances monstrueuses épouvantent la jeunesse du monde.
La chair révoltée s'étend et s'agrandit outre mesure. Les géants [)araissent sur la ferre. La violence devient la loi du monde. Les faibles deviennent la {)Ature des forts. La femme perd ses prérogatives de mère et n'est [dus ([u'une proie; elle se venge de sa servitude en semant la division entre ses maîtres, et le meurtre; contracte avec la débauche imi; alliance horrible que bénit la mort. Dieu se détourne avec dégoiU et se repent d'avoir fait l'homme; ; le déluge universel en finit avec la dissolution de cette race maudite, et lave les souillures du monde.
Cependant le péché originel avait tellement infecté foule la génération des hounmvs (|ue Noé 1(! juste n'en est pas exempt et en nMilli[)liera h; venin sur la terre avec une race nouvelle. On voit encore dans son histoiie rof)probre attaché a l'origine de la vie humaine. Deux fils pieux couvrtMil Noé en ilétourn.int la vue de sa houle, et le mauvais enfant qui rit en regardant avec ellrontiMie l'ivresse el le sommeil de son père est maudit dans sa propre ge-nération et devi(>nt le père des esprits iid'.imes ipii, en étalant les souillures «le leur naissance, rient stupidement.h la face de Dieu contristé, et semblent vouloir en eux-mèiues im{)rimer à son imag»; tin stigmate éternel de honte.
C'est du souvenir du péché et de l'espérance du [)ard(»t> promis h la femme, espérance qu'elle gardait mystérieusement au fond de son cœur comme Pandore dons sa
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boîte symboli((ue; c'est du sentiment de ce double mystère que se forma dans la femme el dans quel([ues hommes justes celle discrétion céleste louchant les mystères du berceau, discrétion qui respecte surtout l'heureuse ignorance des enfants et que nous appelons pudeur : instinct de la honte des filles d'Eve, vague pressentiment de la gloire des filles de Marie sous la loi chrétienne. Ce sentiment est devenu la blanche vertu do modestie ; et le monde même, en l'appelant honneur, a élé forcé de respecter en lui le culte de la Vierge-Mère.
Cependant les enfants de Cham perpétuent dans le monde nouveau la postérité de Cain. Les fils de celui qui avait ri de son père devaient méconnaître leur mère : la femme est de nouveau punie de sa chute par des outrages. Les hommes en qui vivait encore le souvenir du déluge se sentent aussi criminels que leurs pères, et ils veulent bAtir une tour pcmr se défendre contre Dieu. L'Eternel sourit de pitié en se baissant pour voir leur amas de poussière ; il confond leur langage en les appelant à l'égoisme qui divise jusqu'aux formes de la parole : ainsi le colosse de l'orgueil humain, dont Babel eût été l'image, se brise en retombant sur lui-mèmo de tout son poids; cl les fables grecques elles-mêmes, sous la figure des Titans foudroyés, conservent le souvenir de sa chute.
La corruption humaine dispersée sur toute la surface de la terre semble être comme un engrais qui prépare une race nouvelle. Dieu songe aux promesses qu'il a faites à la femme; il plante cet arbre où doit, après plusieurs générations, germer la fieur do Jessé. Il veut donner des ancêtres dans une famille de justes à celle cpi'il a d'avance choisie pour sa mère : Abraham vient au monde.
Dieu le laisse grandir dans une patrie idolAlre; puis il l'appelle par son nom pour le tirer de cet exil, et lui donner la terre oij il doit passer comme un étranger. Le père des croyants devient la figure de tous ceux h qui plus fard le monde sera donné comme un lieu de passage, et qui seront les citoyens de la promesse divine, n'ayant de demeure et de repos (|ue dans l'avenir.
Abraham le juste est accompagné d'une épouse (pi'il honore du nom de sa sœur, el il est forcé de cacher celte chaste union pour échap(»er h la violence des rois idolAlres ; car l'homme, fomlx' comme avant le déluge dans la corruption de la chair, avait pris la matière pour son Dieu et la force brutale |)our sa loi : c'est, aux yeux de ces honunes (le rapine et de sang, un crime digne do mort qu'une légitime allianct> avec la femme. Abraham voyageur confie à la garde de Dieu son épouse cl sa sirur, et deux rois qui osenl p(»rler la main sur elle sont épouvantés pa" les menaces de leurs songes el peut être aussi par la majesté d'une femme libre et juste; ils la rendent?» son époux, (pu s'afflige de n'avoir pas d'elle au moins un fils: car Dieu, dit l'Ecriture, avait fermé son sein. La femme régénérée et affranchie, dont Saia
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était la figure, ne devait pas encore enfanter gur la terre, où il n'y avait pas encore de place pour ses fils ; il faut donc le sein d'une esclave pour peupler cette terre d'esclaves. Sara elle-rûême, comprenant les œuvres de Dieu, détermine Abraham à l'approche d'Agar, et le sauvage Ismaël naît pour peupler les déserts. Mais bientôt voici que trois anges qui se tiennent parla main, images d'un Dieu en trois personnes, viennent marquer la fin de la stérilité de Sara ; Dieu rencl au peuple de son adoption une mère légitime et lihre : Marie est annoncée et figurée vierge dans Sara qui est stérile, et sera féconde comme elle par un miracle. Tous les Pères ont reconnu dans Isaac la figure du Sauveur. A peine est-il né que le fils de Tesclave le prend en haine; mais l'enfant persécuteur est déshéiité et chassé avec sa mère : la sainte liberté chasse la servitude, la génération pure proscrit la génération animale, l'Eglise abolit la Synagogue, et les eaux du salut s'épuisent pour la servante exilée et pour son indocile enfant. Cependant Dieu, qui veille à la conservation de tous et qui regarde dans l'avenir, fait jaillir une source dans le désert et sauve la vie d'Ismaël.
Cependant Isaac est consacré à Dieu par le sacrifice que son père allait consommer; un bélier, figure du céleste Agneau, est immolé à la place de l'enfant , et l'humanité est sauvée avec Isaac. Les ombres de Moria préludent à la grande nuit du Calvaire, où le soleil du monde s'éteindra et où resplendira seul le sang du juste pour illuminer tous les cœurs lorsque le Verbe, triomphant de la mort et de la chair, poussera ce grand cri qui i'fiidva la terre, fera voir le ciel aux abîmes, et brisera la pierre des touibeaux.
Isaac ne doit point trouver d'épouse dans l'exil. Dieu lui en réserve une dans sa patrie. Tout le mystère de la sainte virginité du Christ et de ses prAtres est figuré et ex|»lirjué par ce syinl)olo. Rébecca, la femme digne du juste, nouvelle figure de Marie, est reconnue par sa douce et laborieuse charité, qui non-s<.-ulement accueille et rafraîeliit le voyageur, mais qui a même pitié des animaux et leur donne aussi <'i boire. Elle aban- «ionne sans regret sa famille pour s'en alli-r où Dieu ra[)[x;lle, et baisse son voile avec une sainte modestie lorsqu'elle aper<;oitson époux; aussi le Cbrist, vivant f>rophétiquemenl en Isaac, se réjouit-il dans son cojur h la vue de celle rpii représente son JCgIise bicn-airnée, et il sfnl en lui-même (pje le nouveau [peuple de Dieu, (lancé a la gt;lce, oublir-ra un jour l'ancienne loi qui fut sa rnère, et dont la mort ne sera plus (lOiir lui un sujet do douleur.
Ainsi l'histoire de l'iiumanité se répète, et renouvelle ses figures dans la vi»;fle chaque f»atriarche. Av«;c Isaac et Uébocca (;r)m- :fience line nouvelle série d'images. Cam et Abej renaissent en Jacol) et Esau ; mais, cette fois, l'IiOfjiffie charnel sera sijf)planlé par l'homme sf)irituel devenu fort jiar la (ireférerice de sa m*'-re.
Ks^ii (iiïfi h Jnrjiïi son droit rralnesse pour
Dl«.riO^:«. I»K Ijflï.BAT» BK CMRp.T
une vile nourriture, et n'en espère pas moins les bénédictions d'isaac ; mais la femme, inspirée, trompe les mains du vieillard, et les fait reposer sur la tète préférée de son Jacob. En vain Esaii, de retour, pousse-t-il des cris de fureur : le patriarche mourant reconnaît l'œuvre de Dieu dans ce qu'a accompli le cœur d'une mère , et soumet Esau à la primogéniture adoptive de Jacob.
Isaac meurt, et Jacob fuit devant la jalousie de celui qu'il a supplanté; mais l'exil et l'épreuve doivent lui faire acquérir des vertus et des richesses immenses. Les visions de Dieu descendent vers lui lorsque, dans sa fatigue, il dort sur la pierre du désert : une échelle mystérieuse rattache au sein de Dieu la terre où il repose, et les anges montent et descendent le long de cette chaîne d'amour. Plein d'une force nouvelle, il continue son voyage... Et où va-t-il ? il va chercher une épouse, afin de se faire une famille selon les desseins de Dieu; et ce n'est pas une servante qu'il doit posséder, car luimême sera esclave pendant sept années pour obtenir la main de Rachel. Après cette grande semaine d'épreuve, qui doit, comme celle de la création, se terminer par le mariage d'un couple béni du ciel, Jacob est trompé par le père de sa fiancée comme Adam par le séducteur de son épouse; le serpent substitue la pécheresse à !a femme innocente, ei Laban donne à Jacob Lia à la place de Rachel.
Jacob se plai'it ; mais l'injustice est consommée, il faut encore un septénaire de travail et de douleur pour obtenir celle qu'il aime. L'amour véritable triomphe de tout, et Rachel est h lui, — comme Marie, avec toutes les grAces et toutes les vertus de Dieu qui la rendent si belle, sera donnée au Christ I)Our mère sur la terre et dans le ciel, et pour é])Ouse spirituelle dans l'Eglise.
Rachel, la plus douce et la plus belle des grandc'S ligures de la femme dessinées dans la Rible, est digne en tout d'être comparée de loin à .Marir;. Elle réunit, pour ainsi dire, en elle seule toutes his douleurs et toutes les joies de la mat<M-nité: elle n'a que deux (ils; Hjais l'un est Joseph, qui sera ajipelé le Sauveur, et l'autre est Renjamin, ie lils de la douleur et de la ()rédil<!cli()n. Joseph est symbolimi(!m(!nt h; Christ (pii S(!fa vendu par S(;s hères; Renjamin est l'c'snrii d«! juslice et d'amour cpii sera, dans Illgiise, la consonnnatioii de l'ieuvre de Dieu. Rachel ne sr; contente pas de dotuier la vie/i cet enfant trop ctiei-, il faut (pi'elle hii donne la sieruie, et elle expire consolée en le mettant au monde.
Mais où Rachel déploie surtout la grandeur du carat tère de la himme spiritiKîlh;, c'est lorsque, fuyant aviic son époux, elle dérobe i)ar zèle les faux dieux de son père. Ici la fille agit en mèr(;, «;t le pèie est un enfant. Laban s'irrit*! et j)Oursuil s(!.s idoles; mais Dieu étend |,-i main sur Jacob, et l^-iban, désarmé, s'(!xhal(! en |»l.iinles. Jacob ignore |(! pieux larcin des fiiiix ilieux : Rachel ne l'at-elle pas jugé assez fort prnir lui conlier son dessein, ou vr;ut-(.'lle courir seule lesdaiigei»
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(In zèle? Le danger, en effet, est pour elle seule; la morl la menace, et elle s'assied tranquillenient sur les idoles (lu'elle a cachées. Son calme en impose; la paix est conclue, et le père idolâtre s'en retourne, pleurant peut-fitre ses dieux plus (jue sa liile, qu'il devrait bénir de les lui avoir dérobés. Rachel meurt; mais, sur son tombeau, les enfants de Jacob verseront bien des larmes. Son souvenir et son âme veilleront encore sur la famille d'Israël, et, lorsque le glaive d'un tyran moissonnera plus tard deux saisons de tleurs innocentes, on entendra dans Rama une voix et des gémissements, et l'on dira : « C'est Rachel (jui pleure ses fils, et ne veut pas être consolée parce qu'ils ne sont plus I »
Les privilèges de l'esprit excitent l'envie des hommes de chair. Joseph, que Dieu inspire, est vendu par ses frères pour aller ea Egypte y triom|iher d'une fille d'Eve qui veut corrompre l'enfant de Rachel, et y conquérir le triomphe parla douleur. 11 devient le prophète de l'Egypte, et annonce les sept années d'abondance et les sept années de famine, symboles des règnes opposés du bien et du mal. Figure nouvelle de Jésus-Christ, il est élevé h la souveraine puissance et s'en sert pour sauver ceux qui l'ont vendu et pour leur pardonner lorsqu'il revoit son frère Benjamin et qu'il se jette h son cou en pleurant.
Toutefois Joseph, par ses bienfaits mômes, prépare un ctiAtimcnt à la race de Jacob; il leur fait recevoir en propre la terre de l'étranger, et ils possèdent la servitude. Joseph est mort, et les Pharaons, (jui ne se souviennent plus de lui, le vengent à leur insu en faisant esclaves les enfants de ses frères ; ils les voient courbés pour s'approprier un héritage profane, et ils leur mettent le pied sur la tète. Israël, comme un vil bétail, est abandonné au bAtoii des exacteurs, parce (ju'il oublie la [)romcsse faite à ses j)ères; enfin l'oppression devient si excessivequ'clle va exciter et produire la réaction, comme cela arrive toujours. Pharaon, ellVayé de la multitude de ses esclaves, fait jet(!r dans le Nil tous l(;urs enfants niAles. Sa propre fille, alors, sent frémir ses entrailles de femme; elle désobéit h son père, et sauve elle-même des eaux celui (jui, |>lus lard, y ensevelira Pharaon au milieu d'une fuite victorieuse et des soulèvements de la mer Rouge.
A (|uel(pies années de \h, voici le roi ([ui pAlit sur son trône h la voix d'un proscrit venu du désert. Voici rEgy|»te cpii frissonne dans une nuit horrible el [)ro<ligieuse, ou(iiii fuit [)oursuivio |)ar des lltMives de sang. Voici les cris portants des mères et les cadavres des enfants nnmolés prr l'ange. Voici deux multitudes (jui vont se heurter entre deux mers, l'une d'eau, l'autre de s.ible. L'eau se divise sous un coup de la baguette do Moiso, une vallée profonde se creuse entre deux montagnes |)endanles. Les Juifs sont passés. les Egyptiens les suivent de |)rès... Moïse étend In main; le sillon s'iîllace, la mer s"aiilanil on b.il/iiiraiit molleniiMit ses vagues... roui e>t dil pour ri'lgyple 1... il faut quelle
recommence h peupler lentement ses opulentes solitudes.
Cependant les Israélites continuent leur marche vers le désort, et, à leur tète, à côté de Moïse, conduisant un chœur de femmes inspirées, une prophél'sse nommée Mario chante le cantique de la délivrance ; et voici ce beau nom de Marie qui nous apparaît triomphant pour la première fois !
LaissonsrEgy|)te, alfaibliepourlongtemps, chercher dans les hiéroglyphes obscurs In science qui lui échappe avec Moïse; elle a pu briller encore depuis, mais sa grandeur n'importait plus à Dieu, si je puis parler de la sorte. Et maintenant elle n'est [)lu> qu'un nom, une terre dévastée, et queUpies montagnes de |)ierre faites de main d'homme, qui sont les tombeaux vides de son ancienne grandeur... Masses colossales, qui entament à peine l'horizon lorsqu'on les ajjcrçoit du fond du désert ; tels sont les plus grands ouvrages qu'ait pu laisser l'orgueil des hommes.
Le peuple, renouvelé par quarante années d'épreuves au désert, est enfin établi dans la terre promise. Nous sommes au temps des juges, et voici venir la prophélesse Débora. \jne femme est à la tète du peuple de Dieu, el le Seigneur est avec elle. En vain le géant Sisara accourt avec un grand fracas de chariots et un redoutable a()pareil de faux tranchantes ; Débora a prié, et l'armée ennemie se dissipe au souille de Dieu... Arrête, Sisara! entre ici, car c'est ici le pavillon de Jahel. — Le géant, fatigué, se couche aux pieds de la femme, s'abreuve d'un peu de lait et s'endort... Un instant après, Jahel est debout à l'entrée de la tente, calme et un marteau à la main ; Barac et les guerriers d'Israël qui poursuivaient les vaincus lui demandent : «Où est Sisara? — Le voici,»
dit-elle en se détournant. Ils s'approchent... le géant n'est plus, Jahel lui a cloué la tôle contre terre comme Marie, un jour, doit y clouer du pied la télé de l'ancien serpent.
Laissons passer Cédéon el Abimelech : ce fils de la prostilution, (jui tue les enfants légitimes, parcourt la terre comme un incendie, et meurt do la main d'une femme ; Jephlé, qui, (selon (piehpies inlerpréles) offre en liolocauste à Dieu la vii\^inilé tie sa fille ; puis ce temps d'iuiarchie où il n'y a plus (le juges en Israël el où l'outrage fait h une femme soulève le peuple tout entier el cause la ruine dune des douze tribus; partout Eve el Marie se révèlent dans les destinées de l'humanilé : Babylon»' s'élève par la puissance de Sémiramis, et une femme pour la |)reinière fi>is, du moins d'une manière aussi éi'lalanle, régit pnbli(|uement la force des hommes par l'ascendant de sa volonté. Di^ne lillc d Eve, elle semble revêtir ses fautes elles-mêmes decpielquechosededivin, elle réalise les rêves les plus audacieux et |)arail sublime jusque dans ses folies. L'empire des Assyriens commence, el le colossaux pieds d'argile va bienlAt porterjusfpi'au ciel sa tôle revêtue d'or el d'orgueil ; Nabuchodonosor se proclame dieu, el envoie Ho-
lopherne lui ramasser des adorateurs et des victimes. Ce pontife de la force insolente ne trouve pas d'hommes pour honorer son épée d'une résistance ; mais Judith, nouvelle figure de Marie victorieuse du démon, vient au-devant d'Holopherne sous les murs de Béthulie, l'enchaîne et le désarme d'un regard ; l'Assyrien s'enivre de vin et de convoitise impure, et sa tête tombe sous les coups d'une femme.
Les événements ont marché dans laJudée.
Le peuple a voulu un roi : Saùl se perd dans ee rang si périlleux ; David, qui lui succède, se laisse entraîner au meurtre pour pallier un adultère ; la confusion et l'inceste entrent dans la famille, et, lorsqu'il va mourir pénitent, Bethsabé, à l'imitation de Rébecca, substitue le sage et pieux Salomon à l'orgueilleux Adonias, et lui assure le trône et la bénédiction de son père. Aussi Salomon, qui, par la magnificence pacifique de son règne et par sa sagesse inspirée, a été la figure du Christ ressuscité et triomphant, fait-il asseoir sa mère sur un trône à côté du sien, et lui dit-il cette parole que Jésus dans le ciel répète depuis dix-huit cents ans à Marie : « Demandez, ô ma mère I car il n'est rien que je puisse vous refuser. »
Cependant ce même Salomon, qui avait compris et chanté le céleste amour, laisse amollir son coeur par les filles d'Eve, et succombe aux trompeuses douceurs de la femme de péché : sous la fin de son règne Israël se corrompt et se divise après sa mort. L'ascendant de la beauté corruptrice hâte la ruine d'Israël et comble la mesure des iniquités de Judas : Jézabel et Alhalie osent lutter ouvertement contre Dieu même. Les prophètes errants et persécutés attirent par leurs plaintes et grossissent l'orage qui menace Jérusalem. En vain l'ange gardien d'Ezéchias brise-t-il devant la cité sainte l'armée puissante deSennachéribcommeonbrise un vase d'argile ; l'heure de la vengeance a sonné, et voici un nouveau tourbillon d'hommes conduit par Nabuchodonosor, qui passe sur la ville maintenant maudite : il se fait un fracas d'écroulement et une poussière de ruines ; puis, dans le sih.'nce qui succède à tout ce bruit, on n'entt;nd plus que les sanglots d'un vieillard ([ni verse de la |)oésie et des pleurs sur sa patrie changée en morne solitude.
Ici les grands desseins de Dieu se déploient, et du fond de sa captivité Daniel voit les principales puissances du monde s'élever tour h tour des tlots d'une mer orageuse, comme des bêles féroces qui s'attaquent et s'entre-dévoienl. La Perse a ou à peine le temps de se w>mf>laire dans son orgueil, et voici que le l>éiier de Macédoine accourt en bondissant [»oijr briser le front (»Alf; de Darius... Mais délournons les .yeux de toute c<:ttr; mêlée d'emj>ir(;s qiij l»jiiibent les uns sur les autr'-s, pour rontempler uin; iruAge de Marie dans la ctiasle Suzanne, dont la (Mireté sans tache triomphe proclamée et jiisliliée [»ar la sagesse d'un enf.mt. Cyrus a releva Jérusalem, dont les Ma-
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chabées ont vainement défendu l'indépendance : — Antiochus est mort rongé de vers, — Rome étend son empire sur la Judée et sur le monde, les temps sont accomplis, un grand événement se prépare, et l'univers est dans l'attente. C'est alors que, d'un prêtre nommé Joachim et d'une femme pieuse nommée Anne, naît une petite enfant obtenue par bien des prières et des larmes, après une longue stérilité. Des anges ont annoncé sa venue et s'empressent autour de son berceau : toutefois le monde l'ignore, et la fleur de Jessé ne s'annonce que pour les âmes pures de ses parents par un parfum délicat de suavité et de candeur; elle naît toute sainte et toute vierge, et Dieu, dont elle est le chef-fl'œuvre, semble l'entourer des voiles de son amour et des ombres de sa sainte jalousie. Sa mère, étonnée du respect qu'elle éprouve pour son enfant, demande au ciel quel nom il convient de lui donner, et le Saint-Esprit lui répond qu'elle doit être appelée Marie.