‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 12 sur 233 · AMPLEUR · texte numérisé non relu

AMPLEUR

j'en fouillerai les cavernes et je les enlèverai ; et s'ils se dérobent à mes yeux dans les profondeurs de la mer, j'enverrai le serpent des abîmes et il me les rapportera dans sa gueule béante. »

Nous sommes forcé de paraphraser un peu pour traduire les beautés du texte. Plus loin, dans le même chapitre, nous voyons le Seigneur qui touche la terre et la fait fondre sous ses doigts ; les hommes se dessèchent et tout leur sang se change en larmes, et la création tout entière s'écoule devant Dieu en noyant toutes ses beautés, comme le fleuve de"^ l'Egypte lorsqu'il ensevelit les campagnes. « Celui qui élève dans le ciel les degrés par où il monte sur son trône, celui qui appuie sur la terre le faisceau des colonnes du ciel, celui qui appelle les eaux de la mer et les épanche sur la face de la terre, le Seigneur est son nom I » Cette image de la toute puissance de Dieu ne le cède en rien aux peintures des plus grands maîtres de la poésie sacrée.

Les menaces du prophète Amos finissent, comme toutes les prophéties, par des consolations et des promesses ; un avenir heureux se dévoile à ses regards, il voit la terre consolée et les campagnes rendues fertiles par le règne de la justice; le moissonneur et le laboureur se donnent la main , et celui qui biboure et nui sème se rencontre avec le vendangeur ; les moissons succèdent aux moissons et les fleurs remplacent les grappes sur la vigne ; les montagnes distilleront la douceur et la {);iix, et la culture envahira tous les déserts et toutes les collines ; le pf'Uple reviendra de sa captivité; les villes désertes seront rebâties et se rern()liront d'habitants; les vignes qu'ils rejilanteront ne tromperont jdus leur espérance ; ils boiront le vin de leurs [)ressoirs f;t mangeront les fruits d'î leurs jardins. La terre ainsi se transfigure aux yeux d'Arnos en un paradis de délic<;s ; la fraternité, la paix, le travail |)aisil)le et fructueux , y ont établi leur demeure : Lcn exilés seront replantés sur la terre natale et je ne les en arracherai plus, dit le Seigneur. C'est ainsi que la [)arole sainte tempère ses amertumes par des i)romcsses con- .solantes sur lesquelles nous n'avons |)as h nous arrêter ici. Hemarquons seulecnent rpj'au seul [)oinl de vue litlérairr; ces p(!intures douces el ces irriag<;s pleines de sérénité ref)Ose'il Tr^spril et détendent riniaginaliori iiltrislée par des tableaux d'exicnriin.ition et de d(Mjil. Il y nurail benucou|j d'art dans celte rnanièie de finir, si rjlle était étudiée, puisque l'art n'est autre chose que l'étude lie la vérité fpi'ftn veut reproduiri; ; mais lo Dieu des prophètes en est le grand maître, fl quand c'est lui qui narle, l.i bourbe la moins éloquente , .si elb; lui sert d'organe,

f»eiit donner dr.-s le»;onH .lux |)arb;iirs les plu» lahiles ; nous en trouvons la iireuve dans \c% belles ins[>iratif)ns du ganleiir de troiifj^îaii rpii ohC résilier aux rois r-t rpii leur

{larle avec loiile-puissanco , comme un «mnnniiiUut de Dieu.

APOCALYPSE 110

AMPLEUR DE STYLE. (Voy. Style.) AMPLIFICATION. {Voy. Style.) ANALYSE. (Voy. Style, Philosophie.) ANECDOTES. {Voy. Légendes.) APOCALYPSE. — De grands et savants écrivains se sont occupés de l'Apocalypse, considérée comme livre proi)hétique et divin. Il nous reste ici à l'étudier comme poëme oriental et monument littéraire des premiers âges de l'Eglise.

L'Apocalypse résume évidemment toutes les grandes prophéties de la Bible et leur donne un magnifique complément : c'est , si l'on peut s'exprimer ainsi, le plus magnifique et le dernier chant de la divinq épopée des prophètes.

L'œuvre des prophètes, résumé et en quelque sorte synthétisé dans l'Apocalypse, est en effet la plus gigantesque et la plus glorieuse épopée que jamais l'esprit humain ait osé concevoir. Dieu lui-même en est le héros; le but de l'action, c'est la gloire éternelle de celui qui est; le moyen, c'est le salut de l'homme; les obstacles, c'est la liberté humaine séduite par l'enfer, ce sont les puissances du monde unies aux puissances des ténèbres; le drame, c'est la mort du Fils de Dieu; la péripétie, c'est la résurrection glorieuse de celui que les prêtres de Jérusalem avaient condamné à mourir du supplice des esclaves. Ici le merveilleux est de l'essence môme du sujet, et toute fiction devient impossible, car elle pûlirait devant la réalité infinie, et pensez que cette poésie, d'autant plus sublime qu'elle est toute vraie, nous donne la raison de tout le mouvement des nations et explicpie d'une façon lumineuse les grandes énigmes de l'histoire. Donnez à saint Jean Bossuet pour commentateur, et ajoutez le Discours sur l'histoire universelle pour corollaire aux prophéties; voyez les rois aller et venir comme des comnarses sur la scène du monde où Dieu leur lait représenter son a.'uvre, et le bruit d'une société qui s'écroule, et le râle d'un empire <^ l'agonie faisant silence [tour nous laisser écouler le cri victorieux de la victime du (iolgotlia ; jiuis la moit enfantant la vie, le sang faisant germer la paix, les bourreaux détrônés par le pardon des martyrs, el les Césars découronnés [)ar la gloire des pauvres (lui; la résignation (!xalU! : tout cela, considéré seulenuMit au point de vue littérair(s donne l'enseujble le plus grandiose , le plus coini)!et (pi'oii puissr; imaginer, av(!C l(!S détails les plus ricb«!S, l(!S f)pposilion.s les plus saisissantes; il y a \h de (|uoi subjuguer tous les esprits ; ceux mêmes qui craignent le plus de so laiss«;r convaincre ne peuvent s'empêcher d'êlro étonnés et d'admirer, s'ils ont le goùl des grnnd(!S choses. 0"''l nous soit donc pf.'rmis d'étudifM- ici |)lulôl en arti.ste (pi'en chrétien celle ndmiial)le |»oési(! dont lo Saint-lvsj)rit est l'aiileur, et «pii so résume tout entière dans b) livre de saint Jcian. Nous n'avons pas ii nous o»;(;u}»er ici des mystères de la prophétie, mai.i seulement des l)eaulés du poéino j nous laissons h d'autres les clefs du

APOCALYPSE

APOCALYPSt

sanoluaire, cl nous tUiidions sculomcnt la belle anl.ittM'luie du lomjile.

Indc^ixMKianimoul do l'ordre un pou nrlntrnire dos chapilics , TApoi-ai ypse so diviso iiatuiellomoiU ou plusieurs p'arlios : l'apparilioi du Verbo divin ot les exiiorlafio'is qu'il adresse aux sept Kglises de l'Asie servent d'iuvuealion ot d'exorde; puis vient le tableau du ciel, où l'Kvangilo est représenté sous la tifiure du livre fornié de sept sceaux que personne ne peut ouvrir; les siècles appellent l'initiatoir divin, le ciel et la terre attendent, et les prophètes [)leurent en la personne de saint Jean : c'est alors que se l)vést>nto le Rédempteur sous ra[)parence d'un agneau égorgé, mais toujours vivant; il ouvre le livre, et l'univers l'adore. Ici ti-iit le premier chant.

Les chants suivants sont consacrés à l'histoire des révolutions du vieux monde, boulev.M-sé parla doctrine nouvelle. Chacun des sceaux du livre en s'ouvranl fait naître de nouveaux prodiges :1a domination, la guerre, la famine et la mort passent tour à tour montées sur des coursiers terribles; les montagnes s'écroulent, les étoiles tombent, les continents s'unissent et la mer fuit en bouillonnant, et ce n'est Ih que le commencement des douleurs. Viennent ensuite les sept trompettes qui ébranlent cl renvecscnt les murailles de la cité des hommes, puis les sept coupes où Dieu présente aux nations sa colère comme un remède amer aux maladies morales qui les dévorent, puis vient un cataclysme de sang; la u\oisson et la vendange se font en même temps , et les pécheurs sont foulés comme des grappes dans le pressoir : ces grands ot lugubies tableaux nous préparent h une catastrophe encore plus terrible.

Les chants cpii viennent ensuite nous mo-itnînt sous les attributs de deux femmes, l'une prête à devenir mère, l'autre prostituée et stérile, les deux sociétés qui sont eu |)résenee dans le monde, el dont l'une détruira nécessairement l'autre. L'Eglise, revêtue des splendeurs de la vérité et couronnée des étoiles du malin , apparaît dans le ciel; la Babylone des rois de la terre se montre assise sur la bête dont elle protège les instincts. Ici commencent les dennors combats du bien contre le mal :d'un côté la souveraine beauté, <le l'autre la su[)rèmo laideur. ï.e dragon aux se[)t têtes personnilie le |>('ché,régoisino brutal et l'idolAtri»' soit des faux dieux, soit des richesses, et pour le combattre le Verbe de Dieu a|)porait lui-même, la tiare au front, monté sur tui cheval blanc et conduisant la milice du ciel. Le combat est long et opiniAtre, la bêle semble se multiplier : vaini-ue sur la terre, elle renaît du côté do la mer; les prirjces ilu monde lui servent d'auxiliaire el les peuples l'ailorcnl. Llle a ses ministres el SOS faux prophètes , ot il lui est donné de pcrsoculer et do tuer les ministres de Dieu; uiais tout h coup une grande vnix se fait entendre d.uis le ciel, el les deux téu)oins res- Busiilenl; celte guerre cruelle a servi pour l'épreuve des sainls, el les élus de Dieu sont

marqués du signe de la victoire. Voici l'ange de l'Evangile (jui pose un de ses p eds sur la terre et l'autre sur la mer; une de ses mains touche I • ciel, et son autre main présciite un petit livre ouvert. Colle grande image nous prépare au tableau de la chute de Babylono, sombre |)einlure qui a inspiré le pinceau de John Martyn. Cette puissance souveraine , précipitée tout à coup du faite des grandeurs comme une meule (le moulin qu'un ange laisse tomber du haut du ciel dans le fond de la mer, cette nuit de fumée qui ensevelit soudainement le luxe de la grande ville, le reflet de ce gigantesque incendie illuminant la sombre étendue de la mer, le sanglot des nations (pii pleurent et des commerçants (|ui se frappent la poitrine, et cette suprême lamenialion du prophète : Elle est tombée, elle est tombée celle grande Babylone : on n'y entendra plus la voix de l'époux et de l'épouse, el la clarté des lampes n'y brillera plus pendant la nuit; tout cela est marqué d'un caractère surhumain qui fait palpiter le cœur et dresser les clieveux sur la tôle. On se sent pénétré de celle profonde horreur si bien décrite dans le livre de Job à propos du songe d'Kliphas; mais ici ne se lernnno pas le drame divin : la consolation doit venir après l'épouvante, la paix après la guerre; après les combats et la défaite des enfers, la joie el la sérénité du ciel. Le dragon vaincu est enchaîné et replongé dans l'abîme, cl voici la cité de Dieu, belle et parée comme une liancée pour son époux, qui descend du ciel sur la terre. Le cnanl d'amour de la nouvelle Jérusalem termine ainsi ré})Opée des triomphes du Verbe el clôt magniti([uement la plus profr)nde des prophéties ot le [)lus sublime des poèmes.

A cette idée de rensend)le ioignons (|uelques études sur les détails; cherchons ù découvrir les moyens dont se compose la manière du grand maître, ce sera étudier la poésie dans sa source la [)lus abondante el la plus i)ure.

Le symbolisme i]i'i^ nombres el l'allégorie des ligures donnent f.iciloment la clef do la poésie dos prophèies, comme le savent d'ailleurs ceux (Jui sont versés dans la litli-rature orientale. vSaint Jean lui-même nous avertit ipi'il faut chorclur un sens mystérieux aux nondues (piil tnnploio, et (pie ce sens n'est pas au-dessus (h; rinlolliginice de riiomme : (Jui habrt intclligeuliam, suppulet numcrum bcstirr , nwncrus enim /lominis est. En ollet, ce nombre do la bêle demande un cal( ul plus compliipié cpie les autres nombres exprimés dans la proi)liélio. Ainsi, par exemple, il est clair que le nond)re un représente l'unité divine : « 11 y avait un Irôno au milieu du mol, et sur ce trône (juel»|u'un semblable h une pierre do ja.<[)e. »

Ia' nombre r/n«j figure l'alliance. Dieu envoie deux témoins pour so réconcilier les lionnnes. L'époux el l'épouse sont deux qui appellent le règne du Seignewr.

Le nombre trois ne doit pas être oxpli<pié. C'est le mystérieux ternauc qui reprosonto le dogme de la Trinité; aussi le dragon,

ils

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lorsqu'il veut blasphémer Dieu, vo;nit-il de sa gueule trois esprits iramondL'S en tonne di greaouilles.

Le nombre quatre représente !a manifestât oi divine par la création , par la révélation et par la vertu , trois œuvres de Dieu qui se correspondent. Ainsi les quatre animaux symboliques dont il est |)arlé dans l'Apocalypse, d'après le prophète KzéL-hiel, représentent à la fois ou su'icessivemrMit les quatre points cardinaux di ciel, les quatre grands prophètes, les quatre évan^jélistes et les quatre vertus cardinales.

Le nombre cinq et ses composés représentent le péché et ré,)reuve, la loi et l'expiation, parce qu'il a oui 3 une unité au quaternaire, ce qui indi jue un désordre ou une réparation. En etfet, cette unité qui s'ajoute et se sui)erp )Sj en quelque façon à l'œuvre de Dieu, c'est le démon ou l'homme révolté, à moins que ce ne soit Dieu lui-mAme manifesté par la rédemdion et la pénitence, ces deux compléments miséricordieux de la révélation et des vertus.

Le nombre six représente le temps ; multiplié i)ar deux, il donne le duodénaire, qui U.^jre le cycle céleste au sens pro,)re et au sens mystique. Les douze mois de l'année et les douze signes du zodiaque correspondent aux douze [tatiiirchL-s, aux douze apôtres, aux douze fruits de l'arbre de vie, aux douze pierres précieuses des fondements de la cité sainte et aux douze porte? de la nouvelle Jérus de.n , co.nme l'a judicieusement remar jué l'athée Dupuis, ()our en c;>nclure stupidement ipie la religion a été inventée d'après les [)remières notions de l'astronomie, au lieu de confesser que la création et la révélation sont d'accord , et fjue Dieu a écrit sa pensée d i «s le ciel pour invil*;r les hommes de si;ienc; et de home foi h comparer la nature avec la Bible et h comprendre l'une par l'autre.

Le nombre xrpi, qui se compose du ternaire et du quaternaire divin , représente Dieu révélé cl considéré h la fois et en luimême et dins st-s («livres. Donc, en tant fpi'il exprime l'être de la manière la [dus comjdèle et la plus absolue, le septénaire e.^t l'allirmation du vrai et du bien, et i)ris ainsi allirmalivemfînl , c'est le ciel ; i)ris au contraire négativement, c'est h? mal, le mensonge et l'enfer. Aussi les vertus dogmatiques sont-elles au nombre di; sept, el .'i ces sej»! a'Iirmalions du lji<ni ci'deste corrcsprindentauta'il de négations infernabïs, rpii sont les péchés capiliux. Ainsi dans I Apoi^.dypsc nous voyr»ns le septénaire divin représenté par les sept étoiles qui sont dans la main du V'erbe éternel, (»ar les sejd chandeliers d'or, qiii sont la lumière des Kglises, [tar les sf-pt esprits qui sont en i)résence de Dieu, par les Ht}\tt couleurs do l'arc-en-ciel rpii est au nied du Irôrif; , jiar les sept Icunierres, par les nepl Irompfîlle.s et [)ar les sept coupes. Le tepleniire, infernil y est ligure par le» w-pl »<;eaiix du livre en tant qii ils se rap- (lorlenl h l'ignorance huniainr; , Ijlle du (léciié; |t/ir les »efit lèl;.> de h h';le, par le^ sf:pt

montagnes de la Babylone spirituelle et par les blasphèmes qui ié[)ondent sept fois à i'eîfiision des sept lléaux.

Le nombre huit n'est que le quaternaire multiplié par deux, et représente la création, la révélation ou les vertus sanctifiées encore ou amplifiées par l'alliance.

Le nombre neuf est la multiplication du ternaire par lui-même; c'est donc aussi un nombre divin.

Le nombre dix est, comme nous l'avons dit, celui du péché ou de la loi, multiplié |)ar celui de l'alliance. Le Décalogue s'oppose aux dix désobéissances, figurées par les dix c jrni'S de la bêle.

En multipliant ces nombres les uns par les autres, on aura tous les nombres exprimés dans l'Apocalypse avec leur signification respective. Ainsi les vingt-quatre vieillards r.q)résenlent le ciel tout entier, parce qu'ils figurent l'alliance des deux tesiani'Mits ; les douze mille élus de chaque tribu d'Israël nous donnent le nombre de la religion multi[)liant celui de l'éfireuve ou de la sanctification |)ar la loi, le nombre dix multiplié deux fois par lui-même pour exprimer une alliance progressive ou plutôt les deux grandes alliances de Dieu avec sa créature.

Le nombre G66, (lui a tant exercé la sagacité des commentateurs, représente le péché multiple par le temps, mais s'anéantissant par lui-môme. Cent, c'est dix multiplié |)ar dix; six c(!nts. c'est donc la puissance du péché m dlipliée [)ar le temps, et c'est par là que comme ice le chilfre de la bête lors- ([u'ellc apparaît dans sa gloire : mais a|)rès la cent une vient la dixaine, el après la dixaine l'unité, toujours mulli|)liées par six, ligure du temps, après le(|uel il n'y a plus rien pour liespérance des [)écheurs.

En inditpia it ces explications toutes littéraires nous ne tfjuchons pas aux interprétations du sens théologiiiue et nous ne prétendons pas (jne cette clef de rA|)ocalypse en ouvre toutes \v.s profondeurs, mais elle sullira pcmt-ètie pour rpi'on puisse lire co divin poiMiK! sans être arrêté |»ar des dilficullés (pii rebute il ou des répél. lions (jui fatiguent lorsqu'on n'en pénèlri! pas le sens. Maintenanl, el pour en venir à l'allégorio des ligures, nous ferons i(nnarquer soiniiiaireinenl (pie l'homme représente Dieu, la feiiirne rciprésente l'ICglise ou la société des méchants s(;lon la dillei(nice de s((s attributs. L(! soleil est l'image du Verbe divin: la lune représ(nite l'Kglisij enseignante parce qu'(dle rellel(! la lumière du sohnl. L(js éi(*iles sont les docteurs; la terre ligure les inslitulions sociahis ; la uw.v représente les iiiuUilud(!S. HabyloiK! esl la cité d(!S méchants; la bêle c'est le péché; les chevaux rei»ré>.(!nlinil l(Miiouv(nii(!nl, la force malériolle, la guern; el la co i<piêl(! ; le lion, c'est l'éiKîigie, le boMif la |)ali(nice courageuse el le sacrilici;; l'aigle, ta co itemplatiou el la justice. Oricompnnidia fainleiurnt les autres allégories, III os il l'aul éliidim- proloiidéiiMnit avant de pouv(Mr lire avec fruit ce livro» tout .'i la fois ( oii^oln it el Unriblc; mais ulnf.

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on est subjugiu* par son iinposajile bonulé. Que sont les lictions d'HonK're comparées h (le telles images? des contes de petits enfants. Ici la j)lus haute philosopliie et l'initiation reli:;ieuse la plus profonde unissent leurs calculs au luxe des plus imposantes images. vS\int Jean résume toute la science et toute la poésie des siècles passés et futurs dans son poëme universel. Le dogme y consigne ses mystères, la contemplation y révèle ses ravissements, l'avenir tout entier s'y déroule et s'y explique parle passé; Dieu en un mot s'y révèle avec tant de puissance et de grandeur, que la seule étude littéraire de cette œuvre surnaturelle doit subjuguer les esprits Jes plus incrédules et leur faire confesser une puissance supérieure au génie humain. La poésie de saint Jean est, si l'on peut s'exprimer ainsi, une poésie essentielle et qui ne doit rien aux artifices du langage ou aux

Cuérilités du rliythme, elle saisit tout d'aord l'âme avec tant de puissance qu'elle n'a pas besoin de s'adresser à l'oreille. Mais en présentant l'Apocalypse comme sujet d'étude et comme un objet d'éternelle admiration, nous nous garderons bien de la présenter pour modèle à nos jeunes littérateurs. L'étrange abus qu'on a fait des formes bibli(iues et apocalyptiques depuis la publication des Paroles d'un croyant doit les avertir assez du danger qu'il y a de parodier la parole sainte en voulant l'imiter, et de la témérité qu'il y a pour l'homme de vouloir écrire dans un style inspiré et divin.

On a essayé plusieurs fois de traduire l'Apocalypse en vers. C'était h notre avis une tentative assez téméraire, car dans ce livre divin la poésie csl tout entière dans la pompe et la vérité prophétique des images : l'harmonie des mots ne saurait y ajouter que I)eu de choses, et les entraves de la mesure ne pourraient que gêner les gigantesques allures de cette poésie inspirée. On peut faire sur un seul texte de l'Apocalypse de longs et terribles poèmes sans é[)uiser tout ce qu'il y a dans un seul mot de création et d'épouvante : une amiililicalion poétiipie de l'Apocalypse serait donc possible et aurait plus de chances de succès ((u'une sim[)le traduction. Pour bien faire comprcMidrc h nos lecteurs ce que nous entendons par ces amplifications [)oétiques nous citerons ici quelques morceaux détachés d'un travail de ce genre rpic nous aurions publié si les orages de la politique eussent pendaiit ces derniers temps [)ermis h queUpi un de déclamer publifpiementdes vers sans 6trc soupçonné do folie. •

Les quatre petites pièces détachées que nous choisissons sont une glose de ce nassago de l'Apocalypse, où il est dit (\uh I ouverture des (juaîre pr<imiers sceaux du livre mystérieux, (piatre chevaux de couleurs dllférentes apparurent, montés par des cavaliers dont les attributs étaient divers. Le premier cavalier, monté sur un cheval blanc, représente Jésus-Christ lui-môme, suivant un grand nombre de cooimentatcurs.

APOCALYPSE HG

LES QLATRE CHEVAl X DE SAINT JEAN.

Le cheval blanc.

Oh ! qu'il csl beau d:ins sa course, Le ciieval cblouissaiil !

Tel un fleuve de sa source S'élance et court l)ondissant :

A son onde souveraine , Des rivières qu'il entraîne Tous les remparts ont cédé :

Le roc sous ses pieds se creuse, Et sa crinière écuineuse Flotte sur son dos ridé !

Je le connais, fils de riiomnie :

Je l'ai vu dans mes désirs !

Je sais comment ot» le nomme Dans la langue des soupirs !

Ko! de paix, viens sur la terre, Porte le glaive et la guerre Au sein de tes ennemis!

F'rappe ces lions avides , Et que les agneaux timides A ton amour soient soumis !

Il vient, celui que j'adore , Il vient, léternel guerrier !

Il vient, pins heau que l'aurore , Sur l'aiie do son coursier!

Son carquois plein de victoire.

Lance la vie et la gloire Sur le néant qui s'enfuit; Et de l'enfer qui s'étonne, Son arc lumineux sillonne Perce et déchire la nuit!

Vois- tu le monde qui roule Sous les pieds dominateurs?

Vois-tu le temps qui s'écoule Emportant ses dieux menteurs!

Les génoralions passent, Les grandes cités s'elTacenl ; Où sont-elles, 6 mon roi?

Mais tu rends la mort loconde, El je vois un nouveau monde Se lever derrière loi !

Amen! Finis Ion ouvrage; Délruis ce qui doit passer!

Le désort est i'hérilage Que tu dois ensemonoor.

Tes armes seront lidolcs.

Epuise sur les rohollos Les fillos do ton carquois , Parle aux nifauls des nuages, El la foudre cl les orages Obéiront à les lois !

Amen! que ton règne arrive :

Jo l'espère, il n'est pas loin.

Mais que nïon Ame revive Et puisse en èiro témoin! , Alors le ciel . Ion empire , Aussi doux ((ue le sourire D'une mère après ses pleurs,

Tendra h-s bras i» la terre

El la voix qui dil : Mon père ! Te béJiira dans nos cœurs.

Le cheval roux.

Ses pieds sanglants volaient comme des saulcrelies :

Il renversait tout en courant :

El sa voix hennissait comme h;s éclats grèlcs.

Sortis du clairon (h'chiranl.

Sa crinière semblait une flamme agitée

Par les ouragans de la nuit , De ses naseaux ardents l'haleine tourmentée

SoufTlaii la terreur et le bruii ;

Ul

APOCALYPSE

ArOCRïPlIF.S

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