DEUXIÈME ÉTUDE
Les Mystères de llarie.
Elle est venue, enfin, la consolatrice du monde, et Dieu va révéler à elle seule les secrets les plus intimes de son cœur. Que le ciel descende tout entier pour admirer maintenant les merveilles de la terre, et que les splendeurs de l'empyrôe s'embellissent à l'envi pour préparer un trône à la reine des anges ; que les j)lus belles étoiles de l'espace sidéral entrelacent leurs diamants pour sa couronne, car le soleil sera son vêtement sj)lendide, et la lune s'ofl'rira à ses pieds comme un escabeau d'argent; que la terre prodigue devant elle toutes ses richesses et qu'elle jette sous ses pas un luxe merveilleux de verdure et de lleuis, qu'elle fasse entendre tous ses murmures, qu'cîlh» soupire tous ses parfums pouraccueillir le |)assage de la mère de Dieu, (juela mer aplanie sous un ciel pur frémisse et étincelle, cl (jue le pilote perdu sur l'Océan ne redoute plus l'approclni de la nuit ; car voici (pi'est apparue la belle éUàle de la mer. La beauté des fables anti<|ues étail sortit; de l'écume des Ilots, Marie descend du ciel pour calmer les Ilots, et leur écume ne souillera pas même le bord de son vêtem(;nt immaculé comme elle. Son sourire fait la sérénité du ciel, dissipe et chasse les temnêtes, fait taire les orages du c<eur et répand lo silence de la paix dans la nature et dans les Ames... O ^irofond Océan I cberclio dans tes ablin(!S, visiteh; secret de tes anlifiues trésors, et si tu trouves parmi les richesses onloui(!s dans ton sein un or pur comme sa charité, um; i)erle sans t.iche crjnnne son cojur, frémis do joie, bouillonne d'omprossfMiient et d'orgiKiil, «;t viens étaler ton trésor aux pieds de la reiiuî du inonde; elle pn-fi-ci-ia /i tout cela un pau- VI (r naulragé prèl ii pi'-iir (pi»! tu j<!lteras h ses pjeds et qu'elle sauvera (îii lui tendant la main. O terre! tes Meurs sontbislles ei les murmures priiilaniers .>>ont doux; mais Mario
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aimt' mieux les prières des l'aiivres : les larmes qu'elle essuie lui sont plus douces (|ue ta rosée, et elle ne fait pas attention 5 tes chants, ni h tes murmures, parce qu'elle prête l'oreille aux soupirs des petits enfants qui apprennent de leurs mères h bégayer son nom t
Dès avant sa naissance, Marie nous apparaît, dans les peintures de l'Eglise, entourée d'une gloire si merveilleuse, que le cœur en palpite éperdu et que la raison s'en étonne : revêtue du soleil, elle foule au\ pieds le monde, sur lecjuel elle écrase la tôle du serpent ; la Trinité la couronne, le Père lui sourit en la bénissant, le Fils s'incline déjh respectueux devant sa mère, et le Saint-Esprit l'enveloppe de son souille de lumière et d'amour. Seule au milieu de tant d'éclat dans sa douce et modeste simplicité, elle est i)lus belle que sa gloire ; et les cantiques des anges qui se prosternent devant elle disent au ciel ce qui sera bientôt répété par toute la terre : Marie a été conçue sans péché.
Au moyen Age, des âmes extatiques ot jalouses à l'excès de la pureté du berceau de Marie voulaient la faire participer d'avance au privilège unique de son divin fils. Selon ces pieux mais trop hardis légendaires Anne cl Joachim ne connaissaient de leur union sainte que le mariage des ilmes par la prière, et un saint baiser do paix, présenté par Joachim h sa chaste épouse dans l'enceinte sacrée du temple cl au seuil môme du sanctuaire, eût été le seul signe humain de la conception de Marie. L'Eglise, attentive au dép«)l sacré de la tradition, a rejeté celle fat)le peut-être touchante, mais elle ne nous défend pas d'être attendris du zèle si ardent, quoique peu éclairé, de ceux ((ui l'ont si naïvement et pieusement inventée.
L'Eglise a mieux accueilli la tradition selon la<pielle Marie a été enfantée sans douleurs. En elTet, un enfantement exempt du péché originel ne devait en éprouver ni les chàtiiiuMits, ni les souillures. Le berceau de Marie fut donc tout immaculé, et ne connut d'autres larmes (pie celles do la reconnaissance et du divin amour. Les peintures naïves des siècles crovants nous otfrent (l'une manière bien touchaiile ce mystère si doux de la naissance de Marie : c'est vers l'aube du jour, à l'heure où ap|>arail l'étoile du malin. Joachim qui, sans doute dans l'attente des merveilles de Dieu, a veillé près de sa sainte épouse, vient de se laisser aller au •>ommeil. Sa tète paisible et vénérable repose inclinée sur sa main, et son coude est appuyé sur le lit nuptial. Cependant Anti(> re(;oil dans ses bras cl presse sur son c«eur cil extase sa tendre enfant (pii vient do nuire, et, comnu' Marit> ne lui appnît(^ que de la joie sans douleur, pas un seul cri, pas un seul gémissement n'a troublé le léger sommeil du juste (pii dort auprès d'elle.
Le» premières pensées de Mariesont pour Dieii, ses premiers regards [lonr le ciel, s(\s premiers (lésirs pour la retraite et le sacrifice. El voici un nouveau mystère qui se prépare. Une enfant de trois ans à poinc se
détache sans regret des bras de sa iiière pour marcher vers le sanctuaire. La jeune reine des anges se sent attirée vers h; sein de Dieu d'un attrait plus puissant que toutes les douceurs de la famille ; et ses nieux parents, qui adorent les desseins de la Providence, versent en la (piittant des larmes mêlées de regret et de joie. Le grand prêtre re(;oit avec attendrissement cette enfant d('jà s*i grande en céleste amour, et il songe peut-être h la colombe qui revenait vers l'arche parce qu'elle ne trouvait pas où poser ses pieds sur la terre. Le temple s'ouvre avec respect, et son sanctuaire a frémi sous les pas légers de Marie ; comme s'il pressentait (juc celte enfant est plus grande cl plus sainte que lui, cl que Dieu va l'abandonner pour habiter désormais en elle.
Ici se laissent seulement pressentir aux âmes aimantes et contemplatives les mystères de la vie intérieure de ^Lirie. C'est dans la solitude du temple, dans le silence de ses longs jours de travail et de prière, que son cœur s'ouvre aux douces émotions de la grâce et qu'elle voue à son Dieu un éternel amour !
Cette mystérieuse alliance, cette sainte et ineffable union du Verb(> avec les âmes pures, dont Salomon avait chanté les délices dans son cantique, s'accomplit pour la première fois entre le ciel et la terre : la ieune vierge entend au fond de son âme son époux céleste aspirer «i devenir son enfant et lui demander ses caresses maternelles avec des larmes de pieux désir : Osculetur me osculo oris sui, quia meliora suut ubera tua viiw. Oh ! que je sois ton enfant 1 puis tu me prendras par la main, tu m'apprendras à former mes [premiers pas sur la terre, tu m'entraîneras après toi, et nous courrons ensemble h l'odeur do tes parfums! Et la jeune vierge, étonnée du ravissement de son âme, s'enivrant sans les comprendre encore des caresses du bien-aimé, lui répondait avec l'épouse du cantique : Le roi m'a fait entrer clans le cellier de ses délices, il m'a offert toutes les joies et toutes les ivresses, et j'ai préféré ton amour.
O le bien-aimé de mon âme, dis-moi où tu conduis le troupeau candide de tes élus? dis-moi où doit être ton repos sur cette terre que tu visiteras au milieu île son mauvais jour, alin que j'adore d'avance le tabernach» (jui doit prêter son ombre h ton niystéri(Mix sommeil ? — Tu ne te connais donc pas toimême, (^ la plus belle entre les femmes? lui répondait le bien-aimé. Ecoute, écoute dans l'avenir ce (jue disent de toi les pasteurs des petiphvs; écoute ce qno disent de toi les anges I — J(> ne suis(prnne obscure et simple enfant, disait Marie ; mais je n'envie ni la beauté de Jérusalem ni Itïs splenileurs de Salomon : car vous êt(>s beau, mon bienaimé! — Et toi, tu es belle, d Marie! ton regard est pur comme celui de la colombe 1 - Je suis belle parce que je sui.s tout à vous, ('» mon Dieu I Oh! soyez le bouquet de ma virginité : que je vous attache sur ma poi-
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trine comme un bouquet de myrrhe, et restez à jamais sur mon cœur I Votre nom est plus doux 8 ma lèvre que les raisins des vignes d'Engaddi; vous serez mon unique épouï, et mon lit nuptial sera jonché de lis I Oh 1 qui me donnera de vous voir naître sur la terre? qui me donnera de te rencontrer, petit enfant I de voir en toi mon frère et le fils de ma mère? Je te prendrais dans mes bras, j'oserais te donner des caresses de sœur ; et alors qui oserait mépriser cette humble fille d'Eve, heureuse maintenant du péché de sa mère ?... Il me semble que je te vois; tu descends rapidement les collines éternelles ; tu franchis les vallées qui te séparent de la terre ; j'entends la voix de mon bien-aimé qui me dit : Hâte-toi, lève-toi, ma colombe, ma bien-airaée ; car déjà l'hiver a passé, la pluie s'en est allée et s'est retirée, les fleurs sont apparues dans notre terre, le temps de l'émondeur est venu, la voix de la tourterelle a été entendue dans notre terre, le figuier a montré ses fruits nouveaux, et les vignes fleurissantes ont donné leur odeur. Oh 1 venez, mon bien-aimé! sortons ensemble de ce monde, dont le bruit fatiguerait mon amour; allons aux champs de l'éternité, demeurons dans les solitudes. Au point du jour, lorsque vous visiterez la terre, nous sortirons ensemble ; je descendrai avec vous du ciel, et nous irons voir si la vigne de votre Eglise est en fleurs, si les fleurs sont en travail, si les grenadiers sont fleuris.... Alors, ô époux de mon amour, enfant chéri de mes désirs ! quand tu naîtras pour le salut du monde, oh ! si j'étais ta mère, avec quels frémissements d'adoration et de joie je te présenterais le doux aliment de l'enlance ! Mais je suis devant toi comme un jardin fermé et comme une source close. Je ne serai pas mère, puisque je suis indigne d'être la tienne.... Seulement, 6 mon Dieu, montre-moi celle que toutes les générations doivent appeler bienheureuse , afin (pie je puisse la servir <'» genoux et baiser la trace de SCS pas !
Cependant le jour est venu où Marie doit choisir un éfjoux parmi les enfjints des hommes, car Dieu veut donner un gardien h son arche sainte. La \'ierge connaît ifitéricureiiient les desseins du Seigneur, et elle s<; confie tout à lui. Ici se [iresenle h' type du mariage selon Dieu, du mariage enrélif.'n dans toute sa |>ureté et sa blanfh<!ur céicsti! : un homme juste et irréprochable rr;roil, en présence du prêtre, la main confianle dr la Vierge immaculée. L'innocenc*; et la piirclé présideMl h leur union ; ils se promettent df; servir Dieu ensemble, de s'aimer et d<; se servir mutuellemr^nl, fie n<; se séparer jamais volontairement dans celle vie, afin (l'être encore unis dans une vie |»!ii,s Ixlle et plus heureuse. VoiHi l'fjssenliel du niariage chrétien, et c'est tout ce ({ue le monde doit en savoir; le resto est h; secret de Dieu et de la sainte riK^iestie, Le divin lils de Marie aura devant les hommes un gardien et ni niui qu'ils appelleront son ftère. Mais Marie, iou*i>h et iosns . unis ensemble dans la
Êrière, diront tous trois, en s'adressant à lieu : Notre Père, qui êtes au ciel t
Une gracieuse légende, reproduite par les anciens tableaux, suppose que douzeMeunes gens choisis des douze triblis d'Israël aspiraient à la main de la plus belle des vierges; que Joseph, désigné par le sort et averti secrètement par le Seigneur, se trouvait parmi eux au nom de la tribu de Juda : tous ils demandèrent à Dieu un miracle pour désigner celui qui devait avoir pour épouse la merveille de la terre, et l'épreuve qui avait fait donner autrefois à Aaron le souverain sacerdoce fut renouvelée pour connaître quel serait le gardien du nouveau tabernacle de Dieu. Douze verges furent déposées sur l'autel de Dieu, et celle de Joseph, bien qu'ancienne et desséchée, reverdit et poussa des fleurs d'une blancheur éclatante sur lesquelles une colombe merveilleuse de pureté se reposa en battant des ailes : les rivaux de Joseph se retirèrent confus en brisant leurs verges stériles, et les deux célestes époux se donnèrent la main en présence du prêtre et de Dieu.
Mais nous pouvons laisser ici les traditions populaires et leur naïve poésie. Nous entrons dans le récit évangélique. Voici que l'esprit de Dieu raconte lui-môme ses miracles : Gabriel est envoyé à Marie ; te Verbe éternel va se renfermer dans le sein d'une femme. Tout le ciel est attentif et regarde la terre.
Ici se présente à l'âme contemplative un tableau plus magnifi(jue encore que celui de la conception imina(;ulée de Maiie.
Le monde entier gémissant sous l'empire du démon, (jui s'inquiète malgré lui dans les ténèbres de sa gloire en sentant tressaillir la terre sous ses [)ieds; les âmes de tous les justes pleurant dans les limbes et tendant leurs mains vers le ciel ; l'enfer, au-dessus du(pi(;l le monde est suspendu, réclamant à grands cris sa proie ; le ciel ouvert, et Di(;u incliné vers la terre ; le Verbe impati(;nt de revêtir la fornuî (pii doit sauver h; inond(\ suspendu en (piehpie sorte entre le ciel et la terreaux rayons mystérieux (pii sont le souffle d(; l'esprit d'amour; et au centre de tout c(.'t infini, une chétive cabane et une jcîune fille en prière, uik; [lauvre enfant obscure et ignoré<!, la nouvelle épouse de l'aitisan Jose[)h, la (»etil(! Marie, comme on disait peutêtre alors. Un ang(î se prosteriK! devant rllo et la salue pleim; de grâce; puis il lui domaiidf; en (juehiiK! sorte, (ju'on me passe celte ex|>r(;'>sion, il lui demaiid)! de \i\> part d(î Di(Mi et de son N'erbe la [jermissioii de sauver le monde par elle 1 Marie se Ironbhî un instant ; elh; (pii a voué h Dieu sa virginité, connnenl dcviendra-t-ellc la mèio du .Sauveur? Elle ne doute pas, mais vWa no comprend pas d'abord, (;t elle se. sent troubl('e. I/ange la rassur(! (Mi lui disant que le .Saint-Ks|irit la couvrii-a di; son onibro et (luo sa génération seramerveillf;us(! et sans taclie. Alors Mario : Jo suis la s(!ivanl(' du Seigneur; (ju'il me soit lait selon votre parole l Le ( le] (.1 la terre alleiidai(;nl ce coiisculu*
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mcnl <le la Viergo divine; le Père fail un signe inolfaMe, la lumière du Saint-Espril entoure Marie comme un voile et la pénètre comme le diamant est pénétré par les feux (lu soleil ; le Verbe s'élance en elle revêtu de la forme humaine; un reflet de lointaine splendeur illumine les limbes, qui poussent un cri d'espérance ; le Irùne de Satan tremble, et l'enfer, que la lumière nouvelle menace jusqu'au lond de ses abîmes, pousse un rugissement de terreur et referme à vide sa gueule béante qui allait engloutir le monde.
Maintenant suivons Marie dans les montagnes où elle va avec empressement visiter Elisabeth, sa parente, celle qu'un miracle a rendue féconde dans sa vieillesse pour la faire devenir mère du Précurseur. Ici l'on ne voit que deui mères, qui disparaissent pourtant aux regards de la contemplation pour laisser agir deux enfants que l'on ne voit pas encore; Jésus, avant que de naître, vient sanctifier son précurseur et lui donner sa mission. Ici Jlarie n'est plus, c'est Jésus qui vit en Marie. Marie est comme la forme visible du \erbe incarné : c'est Jésus qui marche et qui se hâte d'aller trouver Hélie dans la montagne pour lui annoncer sa venue, c'est Jésus qui parle par la douce voix de sa mère; et saint Jean a si bien entendu dans cette voix l'accent duVerbe éternel, qu'à la salutation de Marie il tressaille de joie dans les entrailles d'Elisabeth, et s'incline pour adorer l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde. Oh 1 quand Dieu vieudra-t-il ainsi dans toutes nos actions ? Sainte société des enfants de Dieu, où une seule Amo divine conduit, rapproche et fait agir les membres selon la pensée unique qui régit tout le corps, quand donc nous serez-vous montrée ? Quand viendra le temjis où les mères pourront adorer dans la fécondité les unes des autres les chastes merveilles du Dieu trois fois saint, et où les hommes s'aimeront pour ainsi dire avant que do naître, et se reconnaîtront [>our frères en communion avec la divine humanité du Sauveur 1
Marie est revenue dans sa petite maison de Nazareth, et voilà qu'un édit do César- Auguste la contraint de partir pour Bethléem. Elle ne songe pas aux fatigues de son corps si délicat et si tendre; la volonté de Dieu se manifeste, et sa vie est de lui obéir. Voici donc Marie et Joseph qui s'acheminent vers Bethléem, et les anges de Dieu qui vont leur pré[)arer la crèche.
Prosternons-nous avec eux dans cette pauvre élable où Marie a été réduite à chercher un asile avec son saint conducteur, {)arce qu'il n'y avait point de place pour eux dans 1 hùlellerie; voyons-la immobile, à genoux, les mainsjomtes, contempler avec un céleste ravissement mêlé à létonnement de l'innoronce le doux Agneau (pii vient de naître : que son attitude est simple et belle ! que do majesté dans sa grâce 1 (pie do pureté et do grandeur dans ses traits ! que de virginité dans tout ce qui res|iire autour d'elle et jusque dans les plis de son vêtement, qui s'al-
longent en lignes si pures, se brisent et se répandent sur ses pieds en flots si harmonieux et si tranquilles l Que Joseph est b(5n et quelle joie pleine de douceur et de force dans la figure de cet homme juste 1 Et ce petit enfant qui est là couché dans la crèche : ô mon Dieu, c'est donc vous ! Quel temple que cotte pauvre étable! Un silence de ravissement s y répand comme de l'encens, silence au fond duquel on entend la musique des anges et l'écho de la grande voix qui, vient de crier dans le ciel : Gloire à Dieu dans les cieux les plus élevés, et paix aux hommes de bonne volonté sur la terre! Déjà commence à s'assembler le peuple juste autour de l'enfant qui sera le père du siècle futur; déjà arrivent les premiers soldats de cette milice sainte qui doit détr(5ner les Césars : ce sont quel(7ues hommes du peuple, de pauvres et simples bergers.
Après les simples viendront les savants et les sages, mais de bien loin, en petit nombre et comme en ambassade au nom de l'avenir. Ceux-là n'auront que le second rang après les pauvres : ce sont des rois. — Mais c'est d'un pauvre enfant nouveau-né qu'ils viendront se déclarer les tributaires : l'étoile de Jacob les amène de l'Orient, ils l'ont vue et ils ont tout quitté ; ils sont partis, ils viennent. Cependant le nouveau-né est soumis au couteau de la circoncision et reçoit, avec la marque du péché, le nom béni de Jésus, qui signifie sauveur, agneau désigné pour le sacrifice. Quelciues gouttes de son précieux sang coulent ti(Mà pour nous sur la pierre sacrée ; l'enfant ili vin y mêle quelques larmes qui, en tombant sur la terre, préludent au baptême du monde. Marie aussi apprend déjà à pleurer avec son divin lils et à le voir souffrir : mais maintenant du moins elle peut lui do'iner des soins et des témoignages d'amour maternel en essuyant religieusement ses larmes précieuses; plus laril elle ne pourra lui donner que des prières et des pleurs.
Les rois mages sont arrivés; Jérusalem est dans le trouble, parce qu'elle sait qu'Hérodo a peur et que les frayeurs du tyran sont des calamités publiques* Cependant les mages sortis de Jérusalem revoient l'étoile qui s'était cachée à cette ville déjà abandonnée du ciel , et trouvent sur un trône digne de lui, sur les genoux et dans les bras de sa mère, lo petit enfant de la crèche, le Hoi d(vs rois et lo Seigneur des seigneurs; la dignité simple cl modeste de la femme du peuple, qui ne s'étonne pas de voir des rois proternés devant son enfant, révèle aux mages tout un nouveau monde. C'est ici un des grands tableaux prophétiipies et symboliqu(^s de l'Évangile : (î'est le monde à venir 0{)POsé au monde pré- .«•ent; l'innoceiK e, unie à la divinité, donnant d(\s lois à l'Age, à la sagesse, à la puissance; le petit enfant, qu'Isaie avait vu conduire les lions aux pAlurages des agneaux, faisant déjà courber les têtes royales ; le monde, représenté parsesambassadcurs,adorantlefilsdu pauvre artisan; la hiérarchie des intelligences humaines, en qr.i se reproduit l'image de la Trinité venant recevoir la promesse de celte
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triple dignitd sacerdotale, qui sera bienlôt donnée aux gentils, et otlrant déjà à son Dieu et à son roi les symboles du culte pur que lui rendra toute la terre. L'or est le pur amour; l'encens, l'adoration et la crainte; la myrrhe, la tempérance et les vertus qui gardent l'âme nouvelle dans la foi contre les corruptions de la chair. Ainsi l'amour, l'intelligence et les sensations se soumettent au roi des âmes, et en môme temps, par un symbolisme plus connu et plus accessible à tous, l'encens est otïert à la divinité, l'or à la royauté et la myrrhe à l'humanité du 'S'erbe : l'encens, afin qu'il l'offrit à son Père en qualité de grand prêtre de la nouvelle alliance; l'or, afin qu'il le changeât en charité dans la main' des fiauvres, et la myrrhe, afin qu'il daignât l'employer lui-même pour nous préserver de la corruption. L'Evangile, enfin, tout entier, reftrésenté dans toute sa doucfur et dans toute sa grâce par un petit enfant qui sourit à des vieillards, et ce petit enfant présenté aux adorations du monde par une femme, répondant parla voix aux hommages qui lui sont adressés, se révélant tout entier par elle, et se montrant plus grand que Salomon sur son trône dans les bras et sur le sein de sa divine mère 1
Les mages, avertis en songe de se défier d'Hérode, s'en retournent par un autre cheluin ; et Marie porte son fils au temple pour se purifier st.don la loi, donnant ainsi l'exemple de la soumission et se montrant plus obéissante par cela môme qu'elle est plus éclairée et plus pure : tout l'esprit du christianisme est là. Marie est trop au-dessus de la loi pour cherchera s'y soustraire ; et tout son privilège consiste à ôtre exempte de la gène et de la crainte, et à accom(»lir toute chose avec amour. Ne faut-il pas que comme son divin fils elle commence ce grand sacrifice d'obéissance qui ira jusqu'à la mort, afin de faire comprendre aux enfants de la grâce ce que c'est que la liberté et la vie 1 Jésus avait déjà pris la rnarnue du péché originel ; ici il stî substitue à l'honinie pécheur, et en celte qualité il semble qu'il ail besoin d'être rach(;lé lui-même : deux colombes, symbole de i)ureté et de douceur, image de l'humaniterégénéréc en Jésus et Marie, sont offertes j»our lui ; et le divin enfant, qui médite son liolocausle futur, prêle en quelque sorte son âme 5 ces créatures innocentes, cl se sent mourir avec elles sous le couteau du sacrifice.
Ici les dfMix grands âges de l'Eglise se donnant la main : Siméon et Anne, symboles el dépositaires de la sainteté antique et de l'esprit des proj)lièles, semblent h-s défaites de (piatre mdle ans de désirs ; ils ont vu le Sauveur, maintenant ils peuvent mourir, afin de l'annoriceraux patriarches. Siméon rhaiile l'hymne d'actions de giâces rpii est la clôture de l'ancienne allianec ; et il prédit les fombals et les triomiifies de l'alliance nouvelle; il salue les deux viclirnes pures rpii s'offrent à Dieu pour abolir les saciifices sanglants devenus inutiles, la rédemption onéréo sur la croix et 5'achevaut dans le (veur de .Marie,
cl l'on peut dire qu'ici commence à se manifester le culte de ce très-saint cœur qu'un glaive doit traverser pour en faire couler tant de grâces et tant de paidon ; et Siméon, en saluant la passion du Sauveur du monde, console et rassure ceux pour les péchés desquels l'innocent va mourir, en leur montrant celte mère affligée, qui pour eux se résigne au glaive et leur offre son cœur blessé.
Marie ne tarde pas à sentir l'accomplissement de la parole du vieillard ; voici le glaive qui est levé sur son enfant ; un ange est venu : Vite, il faut traverser le désert, il faut partir, il faut fuir en Egypte I La tyrannie de l'Egypte avait chassé Moïse vers la Judée, voici que la Judée chasse vers l'Egypte celui que Moise annonçait : c'est ainsi que les oppresseurs forcent la vérité de marcher sans relâche et de faire le tour du monde ; ainsi les coups qu'ils dirigent contre elle retombent toujours sur euxmêmes. Pharaon était venu périr dans la mer Rouge pour voir Israël lui échapper; Hérode se baigne dans le sang innocent et met le comble à sa réprobation sans pouvoir atteindre l'enfant qui déjà l'épouvante. Cependant une légion d'anges nouveaux va porter aux limbes la nouvelle de la délivrance prochaine et les [irémices du martyre : ils vont, si cette figure m'est permise, baptiser leurs pères avec leur sang, et la sainte assemblée, qui bientôt va peupler le ciel, salue avec un temlre amour ces fieurs des martyrs que la cruelle épée a moissonnés comme un tourbillon moissonne les roses naissantes, ces enfants privilégiés, qui obtiennent la victoire sans avoir connu le combat el qui sur le sein de Dieu, pensant encore ôtre sur le sein de leur mère, se jouent, comme dit l'Eglise, dont nous citons ici la liturgie, avec leurs I)almes et leurs couronnes.
On dit (pi'à l'arrivée de la sainte famille en Egypte, toutes les idoles s'émurent et tombèrent. Ceci est pris dans le sens mystique : l'Egypte représente le monde, el lorsque Jésus arriva dans le monde, les faux dieux se renversèrent d'eux-mêmes, car leur règne était passé.
Hérode meurt, car les persécuteurs do l'Eternel sont mortels, et c'est pour cela quo Dieu leur laisse leur blasphème d'un jour ; la sainte famille revient à Nazareth y disparailif! dans l'obscurité des vertus de la familh;. El rpie faisait alors Marie? comment se-rvira-t-elle de modèh; aux fciinmes chréti«;nnes, si l'Evangile wt nous dit rien de sa coiifiuile ? L'Evangile nous dit tout en un rnol : Marie conservait toulfîs hîs narohîs qui étaient dites de son divin fils cl s en (iiitrelenail dans son cfenr. y\insi la retraite, les soins de la famille el l'oraison, voilà Marie dans son intérieur, el voilà aussi la i'umme rlirélienruî.
Cn seul iiicid(;nl lravers(; el révèle en même temps celb; admirable vie cachée de ia sainte famille : dans un des voyag(!S (pj(! l'fin f;iisait tous l(;satisà Jérus;ile(n pour la l'âipie, renf'anl Jésus, âgé alors d(; dou/.e ans, jaissi; éclinpjier le Verbe éternel renfermé en lui.
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oublie la moison inat<>rnelle pour le tein|)lc, qui est la maison do Dieu, son Père ; reste au milieu des docteurs pour s'entretenir avec eux et les confondre; laisse passer le temps comme un songe et reste perdu pour sa sainte famille pendant trois jours. Marie et Joseph le chercnent avec anxiét(^, et le retrouvent enfin dans le temple, assis parmi les docteurs, les interrogeant, leur réjiondant et les laissant confondus de sa sagesse. Marie a tant souiïert qu'elle ose se plaindre, non pas d'abord en son propre nom, toutefois comme si elle craignait de laisser voir quelque chose de trop humain dans une si pieuse et si léj^itime tlouleur : Mon fils, dit-elle, pourquoi nous avez-vous traités ainsi ? voilà que votre père (et elle ajoute timidement et moi), voilà que votre père et moi nous vous cherchions avec douleur 1 La réponse de l'enfant est sublime et révèle d'un mot tout l'intérieur divin de la céleste famille : Pourquoi mecherchiez-vous? Il semble s'étonner d'un soin trop empressé, comme d'un doute de la part do celle à qui rienn'estcachédesprofondeurs de Dieu : Pourquoi me chcrchie/.-vous ? — Vous ne saviez donc pas, ou plutôt ne saviezvous donc pas ? Question qui équivaut à ceci : Vous saviez pourtant... — Et quoi ? Tout ce
3U0 l'Homme-Dieu savait lui-même ; c'est-àire qu'il fallait qu'il fût tout entier aux choses qui regardaient son Père ; et pour savoir cela ne fallait-il pas que Marie connût Jésus comme il se connaissait lui-même, et que tout le cœur de son fils fût une seconde fois vivant en son cœur ? Quid est quod me quœrchatis ?
L'enfant revint à Nazareth avec ses augustes parents, et il leur était soumis ; ce mot achève d'un trait le sublime tableau de la vie cachée. Voici un Dieu qui obéit à ses créatures, et des créatures assez simples, assez pures et assez abandonnées h Dieu pour le connaître dans la I)ersonnedeleur fils et se sentircapablesdelui commander. Voici la femme dans toute sa gloire : non pas la femme selon Eve, la mère, mais la femme selon Dieu et la mère selon son cœur. Toute-puissante dans la retraite et le silence do sa maison, l'Evangile a tout dit sur elle en n'en disant presque rien ; car la femme vraiment active pour le bien est celle dont le monde ne parle pas ; sa puissance est toute cachée et mystérieuse, comme tout ce qui vient du cœur, qui est le sanctuaire de rûme;onnela voit nulle part et l'on ressent partout ses bienfaits : douce et discrète comme la Providence, attentive connue elle h multiplier ses bienfaits en cacliant leur source comme par une céleste pudeur, la fenune doit être l'ange de la vie intérieure, la douceur secrète de la vie, l'ange gardien du foyer; sa gloire à elle, c'est d'être reine en servant ceux (pi'elle aime et do paraître leur servante en régnant sur eux par ses vertus pour Inur ronnnunicnier .son Ame et son c<eur. Voilà Marie, voilà la mère, voilà la femme selon Dieu ; voilà la cnnlidento du Sauveur du tuonde, celb- qui le lient dans ses bras, qui est admise à ses caresses les plus tcr.dros, qui passe avec lui tous sns jours et
qui le soir, en ^'entretenant avec lui du salul des hommes, le voit incliner doucement vers elle sa tête vénérable et chérie et s'endormir on paix sur son cœur.
Trente ans s'écoulent dans les mystères de cette admirable vie intérieure comme une minute de l'éternité bienheureuse; la vie publique du Sauveur va commencer, et celui que Marie s'aflligeait d'avoir perdu pendant trois jours va lui être ravi pendant trois ans pour lui être rendu ensuite sur le Calvaire... et comment rendu, ô sainte Mère de douleurs!
Mais avant de se séparer de son Jésus, Marie assiste avec lui aux noces de Cana, et c'est à sa prière que le Sauveur fait son premier miracle : ici tout est mystérieux, l'Homme-Dieu et la femme toute sainte assistent à des noces pour régénérer le mariage et sanctifier la génération dans sa source. Marie avec son cœur et sa sollicitude de mère voit ce (lui manque aux unions des hommes... Ils n'ont plus de vin ! c'est-àdire : Ils n'ont plus cette charité, qui est îc véritable et saint amour; car le vin en est le symbole, comme le savent ceux qui sont versés dans l'esprit des Écritures. — Femme, répond le Sauveur, car c'est la femme qui vient de lui parler, qu'est-ce que cela fait à vous et à moi? comme s'il disait : Y'ivonsnousdans ces pauvres enfants que ma mort doit faire gramlir, et les promesses de Dieu pour la race à venir ne sont-elles pas déjà réalisées et vivantes en nous? Que nous importe donc un mal qui déjà n'existe plus pour nous, puisque nous possédons déjà Je bien qui est dans l'avenir ot auquel le mal l>assager a dû préparer la race humaine? Pour eux mon heure ncst pas encore venue; mais pour nous elle existe, cette heure, et nous savons qu'elle vieiulra. Marie a compris, et que lui reslc-t-il à faire pour ceux dont elle s'établit dès lors de plein droit la médiatrice et l'avocate? elle leur montre son admirable fils en leur disant : Faites tout ce qu'il vous dira. Jésus, tout en paraissant résister à sa mère, est comme entraîné i)ar elle; son heure semble être avancée au gré de l'amour de sa sainte mère, et le prodige s'accomplit. Ainsi se révèlent le commencement et la fin de l'apostolat de Marie.
Cependant Jésus a commencé la prédication, et Marie rentre dans le silence comme dans un mystérieux tabernacle, d'où elle suit intérieurement les œuvres merveilleuses de son fils; le Verbe éternel, qu'elle a renfermé dans son sein, parle maintenant au monde : que pourrait-elle avoir de plus à dire ? Cette voix qui instruit les pauvres n'esl-elle pas aussi la sienne? n'est-ce pas la voix de son sang, le nnirmuro de son ccrur, le cri de ses entrailles? n'est-ce pas ello qui a formé ciMte bouche divine à articuler des sons et à proiioncor des parohvs ? rfivangile n'esl-il pas sorti tout vivant do son sein, et ne raccompagnc-l-elle }>as encore de tous les élans de son (œur?Oh!
l'crnivre de la femme, qu'on le comprenne
MYSTERES
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bien, n'est pns l'œuvre des places publiques; sa parole uoit être tout intérieure comme celle de l'esprit d'amour. La femme doit, nous le répétons, ressembler à cette Providence qui fait le bien avec mystère, et sa pudeur doit étendre un voile jusque sur ses vertus. Ce n'est que lorsqu'il y a des douleurs à partager ou à soulager, des œuvres de martyre à accomplir, des outrages à recevoir pour la justice, des justes abandonnés de tous et condamnés par le monde à accompagner au supplice, ce n'est, dis-je, qu'alors que la femme ose se montrer, et c'est aussi sur le Calvaire que nous allons retrouver Marie.
Voici le tableau qui correspond à celui de la chute originelle : ici sont expliqués et accomplis les mystères d'Eden. A la naissance de la mort dans uu jardin de délices par un acte voluptueux, s'oppose ici la renaissance de la vie sur des rochers affreux, sous un ciel sombre et terrible, par une dftuhle agonie et par une mort sanglante. Ici se révèlent les profondeurs de la philosopiiie religieuse et de la nature intime de l'homme; ici sont résolus tous les problèmes : l'harmonie qui est dans l'éjuilibre de la chair et de l'Ame, ol dans le règne de l'Ame sur la chair, se rétablit par une réaction égale à la chute; la chair pour vivre avec excès avait engendré la mort, il faut qu'elle meure volontairement pour recouvrer la vie. Ainsi le délicieux tableau d'Eden avec toutes les séductions de la nature si belle, du serpent et de la femme, ne vous V trompez [)<').s, c'est l?i le symbole de douleurs! c'est ici qu'il faut trembler et pleurer I car tous nos maux et ceux du monde entier sont re[)résentés en germe sous cette voluptueuse image; c'est ici que se prononce l'arrêt de mort de Jésus, et que se i)réparent les tourments du fXfcur de sa mèrel Mais sur le Calvaire!... je n'ose dire : Héjouissons-nous en présence d'un [tareil sang et de pareilles larmes!... qui pourrait voir Jésus en travail de notre délivrance et ne I»as souffrir avec lui ? qui [)Ourrait voir Marie au [lied fie la croix et ne pas pleurer avec elle? — ïMeurons donc; mais celte fois pleurons des larmes de reconnaissance et d'amour, et eml^rassons de toutes nos forces le pied de cr;t arbre salutaire. Demandons h la nouvr;IIe Evr; fju'elle cueille [tour nous ce fruit de douleur dont la première elle a savouré toute l'ainertume. Qu»; la femme* répare ainsi la séduction de ses eriiiiinelles délices [»arla séducti'»n nouvelle de se» maternelles et imprisantes douleurs ! I.a voyez-vous debout nu nicd de la croix comm»; un [»rèife devant l'autel ? I.a v.e divine de sof» (ils sembif; passer en elle fiour la Soutenir et lui faire acconi[tlir un sacnlier; jtius inouï que celui d'Abr.iliaui ; Dieu, qui avait eu pitié du père et qui avait reletni son gJaive, en plonge sf;()t dans le co;tir di- Marie et le» retourne dans ses défliirements ! Il •crnhle reiiallre sa justice avide fl<-s sacrifie*-» do l'amour des souflrancs ineffables de M bien- aimée, fiarre que l'ambition de sa
tendresse pour elle, si je puis parler ainsi, ne peut se rassasier de gloire.
Il sait que le temple du bonheur éternel, pour la nature humaine, doit jeter ses fondements dans le travail du sacrifice, et c'est pourquoi, plus il aime, plus il creuse. Mais il soutient sa mère d'une main toute-puissante, tandis que de l'autre il la frappe ; la terre frissonne et chancelle, le soleil pâlit et éprouve une défaillance ; Marie est debout au pied de la croix, elle ne voit rien, elle n'entend rien ; elle se plonge avec de cruelles délices dans l'océan d'amertume qui inonde le cœur agonisant de son fils ; il y a ]h deux corps, mais il n'y a qu'une âme : Marie ne vit plus en elle, elle meurt en Jésus ; ses membres se roidissent , ses pieds froids comme du marbre sont cloués à la terre, ses mains se contractent, ses yeux pleurent sans larmes dans une fixité terrible, sa poitrine haletante se soulève et se brise, sa bouche est brûlée de la soif de Jésus et sent l'amertume du fiel dont on J'abreuve... Mais quand il pousse les derniers cris de l'agonie, lorsqu'il se plaint à sou Père d'être abandonné, oh ! comme l'âme de Marie s'élance vers lui pour lui dire que sa mère du moins ne l'abandonne pas 1... Enfin, quand l'âme du Sauveur s'arrache victorieuse de son corps , Marie reste comme sans vie; toutefois un effort puissant comme la mort môme d'un Dieu l'arrache à son Jésus et la fait redescendre sur la terrre; ce fut l'i sans doute la plus grande et la plus sublime de ses souffrances, et il lui fallut plus de force pour survivre à son fils que pour le voir mourir.
Mais elle avait de suprêmes devoirs à lui rendre; et d'ailleurs n'avait-ellc pas sou testament h accomplir? Jésus, (pii semblait, dans l'institution de l'Eucharistie , avoir é|»uisé la puissance do rami)ur d'un Dieu et ne pouvoir |)lus rien donner h son Eglise, Venait pourtant de lui léguer sa mère, il revivait comme fils de Marie dans la pcrsoime du disciple bien-aimé , selon la pensée' du |)ieux M. Olier, et dans saint Jean étaient représentés les enfants de l'Kglise catholiipie, dont Marie est la mère et la figure, .\insi la société nouvelle était constituée en Jésus et Marie : en Jésus, cpii revivait dans son disci|)le; et en Marie «pii (h'venait , selon r(!S[)rit et selon la vérité, la mère du nouveau Jésus-(>hrist oui iloil denieur(T dans l'Eglise jusipi'ii la lin. Ainsi, la tète du sr>rpenl est brisée, et celle (jue Jadis, au ()ied d<; l'arbre d(; la science^ Dieu avait présentée .') riiomiiM! innocent en lui disant: Voici ton épouse , du haut de l'arbre de la croix, il la présente de nouveau en une personne nouvelle; .^i Ihomnie absous et régénéré itarsoti sang divin, en lui disant : Voilii ta inere ! car tant (pie la femme avait enfanté dans le péché elle n'é-tait pas vt'rilablenient mère : engendrfM' la mort , c'tist iiimj m.iIrTnilé négative; mais Marie, (îl sous sou nom la sainte Eglise; , étant airranchies du péché oii>.'inel, erifanfeninl désormais la vie; la gi'-nér.itioii selon Dieu vient donc seule-
MYSTERES
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ment d'wlro révéléo , cl Dieu , pour la première fois, peut dire h l'iiomme sans ironie en lui montrant la femme : Voici ta môre; rccr inciter tua.
Maintenant contemplons les merveilles de la foi , de l'espérance et de la charitô dans Marie au pied de la rroix. La foule a abandonné le Calvaire ; elle est seule et recueillie dans sa profonde douleur,et le corps inarlinxé de son fds , détaché de la croix , est étendu devant elle, la tôle posée sur ses genoux, Jésus a cessé de souiïrir dans sa chair, mais il achève dans le cœur de sa mère la rédemnlion du monde. QwMxi h Marie , elle est à la fois morte et vivante : morte dans son Jésus et se préparant avec lui à une résurrection glorieuse, vivante encore cependant à cause de ce qu'elle sent vivre de lui en elle-même, vivante pour aimer et pour soulTrir 1 Les sept glaives de la douleur plongent et cachent leur j)ointe dans son cœur béni, et les douze étoiles mystérieuses se rassemblent en couronne autour de sa tête vénérable : dépositaire, comme l'Eglise, du corps sacré de Jésus immolé, et disposant ce germe de vie h être confié pendant trois jours à la terre d'où il sortira comme un palmier chargé de palmes et de fruits pour nourrir et récompenser ceux qui viendront s'asseoir sous son ombre: Sub umbra illius qucm desideravcram sedi, et fructus ejus dulcis gutturi mco ; ou comme le cep de cette vigne nouvelle dont nos cœurs boiront la sève et dont nous serons les rameaux : Ego sum vitis vcra, vos palmites.
Du Calvaire Marie nous conduit au cénacle, et du cénacle nous la voyons, après un peu de temps , s'en aller vers un tombeau qui ne peut la gnr 1er et d'oiî elle s'élève glorieuse vers le ciel. La femme revêtue du soleil est montée au-dessus des nuées pour donner un nouveau printemps au monde ; l'étoile de la mer s'est élevée comme un phare pour sourire aux matelots du haut du ciel : mais la terre la possède encore en quelque sorte; elle revient vers ceux qui la prient, et son assomi)tion glorieuse ne sera consommée que lorsque l'Eglise tout entière accomplira au ciel son mariage avec le céleste époux.
T1\0ISIK>IE ÉTUOE.
flni'ir et l'l-:gli»e.
Lorsque Dieu créa la première femme, il créa la société : Non est honum lioniivcm esse solnm. Eve fut non-seulement la mère , mais h' type de l'ancicniu' association humaine ; et en effet , la société , dans sa formation , dépend d«; la femme. 11 sentMe ([ue le mot famille soit formé de son nom , ronmie niaria^f a pour racine le titre de mère, ('/est h la mère (jue se rattarh«Mit le plus directement k'S rameaux de la généalogie humaine; aussi par elle la société |)rimilivc a été perdue ('t infectée dans sa source; par elle la sociélé nrtuvelle a eu pour fondateur le Verbe . qiii s'était fait chair dans son sein.
Si Eve a été le ly|)e de la société rorronipue cl adultère, et si la synagogue n'a otferl
que l'image d'Eve repentante el courbée sous la peine de sa faute , Marie e<!t le type de la société fidèle et nure que Jésus-Christ appelle à la liberté de l'esprit ; Eve n'était cju'unc femme , Marie est une mère, et elle est môre de Dieu 1
Jésus , en promettant h ses apôtres d'établir son Eglise et en confiant ses agneaux k la fidélité de Pierre, avait annoncé la sociélé Tiouvelle. Dans la dernière cène , il avait donné, à cette société à peine naissante, j)Our loi son amour, et sa propre chair jiour nourriture; mais ce que serait un jour cette Eglise et quels trésors d'amour et de miséricorde seraient renfermés en elle, il ne le découvre qu'à saint Jean, h celui qui pendant la cène avait été digne de reposer sur le c(eur de son maître; et c'est lorsqu'en la personne de Marie Jésus crucifié lui fait voir l'Eglise future et qu'il lui dit : Voici ta mère !
Aussi saint Jean, initié aux mystères du cœur sacré de Jésus et du très-saint cœur de Marie , ftit-il le grand voyant de la loi nouvelle et le prophète de l'Eglise catholique.
Jésus avait trois disciples qui l'accompagnaient partout et pour lesquels il n'avait rien de caché; et ici se retrouve le mystère symbolique des nombres sacrés : les ai)C)tres sont douze, comme les patriarches et comme les étoiles de la couronne de Marie; mais trois sont choisis pour voir de plus près le Verbe incarné : Pierre, que l'on représente sous les traits d'un vieillard , l'apôtre des Juifs, le symbole de la loi ancienne régénérée par la foi, celui qui tient la chaîne de la tradition, la pierre sur laquelle sera fondée l'Eglise, celui qui comprend peu afin, pour ainsi dire , de croire davantage ; son vêtement traditionnel est bleu , la moins claire des couleurs vives, la couleur la plus négative parce que le noir n'en est pas une; mais sou manteau est couleur d'or, symbole de la pureté de la foi el de la sincérité (te son amour. Jacques, l'aîné des fils (\v. Zébédée , est l'homme d'intelligence et de désir ; on l'appelle le frère du Seigneur, et son attribut spécial est l'espérance ; il ne prêche guère (pic par son martyre, (jui suit de près la mort de Jésus. On le représente avec une robe verte , emblème de l'espérance , parce que le vert est l'alliance du négatif et du positif et comme un milieu entre la nuit et la lumière ; c'est la teinte crépusculaire de la végétation; son manteau est couleur de sang, souvenir du martyre. Enfin, saint Jean, surnommé le fils du tonnerre, pinit-êfre parce que l'esprit de (iouceur succède , par une réaction nécessaire, au fracas de la tempête, ou bien parce (jue la voix de la révélation est puissante en lui et écrasante comme le tonnerre ; il a pour symbole l'aigle qui plane au-dessus des orages, afin (lu'on sache bien (|ue le tonnerre de saint Jean éclate plus haut (jue tous les nuages do la raison humaine ; l'aigle ipii fixe le soleil avec un cri de triomphe parct^ ([ue saint Jean, l'œil intéiieur lixé sur le Verbe, a cric d'une voix
MYSTERES
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de tonnerre : In principio erat VerhumUl est jeune d'une jeunesse symbolique et immortelle comme celle des anges, parce qu'il est l'apôtre de l'amour, qui seul survit à toutes Jes choses qui vieillissent et ne saurait jamais vieillir. Pierre vieillira , et alors il étendra Jes bras , un autre le ceindra et le conduira où 11 ne voulait pas aller. ^lais si celui-ci doit rester jusqu'à ce que le Sauveur revienne, que nous importe ? Pour nous , suivons Jésus crucifié. Le bruit se répand donc que saint Jean ne doit pas mourir ; et en effet, le saint Jean mystique ne meurt point, car ce qui est exempt de la vieillesse est par là même exempt de la mort, La charité restera sur la terre jusqu'à la fin pour attendre la venue du Sauveur ; et si la foi , eu s'éteignant de toutes parts, la refroidit et la rend plus rare, elle veillera du moins dans la nuit comme ces lampes du sanctuaire qui conservent le feu pour le sacrifice du matin. Saint Jean tient en main un calice qui contient un serpent. C'est le calice de la passion du Christ, rempli de la malice du démon, que le Christ a bue en douleurs et en angoisses pour la détruire ainsi à jamais. Saint Jean devait boire son calice et être baptisé de son b<'jptême ; aussi parlage-t-il en quelque sorte avec son maître la gloire d'absorber la mort et de rester vivant, de boire le venin de Satan et d'en détruire le principe de mort [)nr la force du [trincipe de vie qui habite en lui jiar la charité. Sou nom, en hébreu, signifie la grâce, la miséricorde et la [)iété. Sa robe est couleur d'émeraude, et son manteau de pourpre, c'est l'espérance de la chasteté comblée et satisDiile par la rovauté du divin amour. A lui est révélé ral|)ha et l'oméga , le commencement et la fin : au commenceuient était le Verbe; la lin de toutes choses, c'est la charité. .Mes petits enfants, aime/.vous les uns les autres, car c'est le préce|)te du Seigneur; et celui (jui aime accomi»lil la loi , mais celui qui n'aime pas demeure dans la mort.
Voilà fKjurquoi tous les trésors de la vie pré.vnle et future ont été confiés à ra[»Otre de la charité. On peut dire (pi'il a été le preniif-r dépositain; des secrets du c(f:ur sacré de Jésus, iMsé(taral>le du très-saint co;ur de .Marie; et son ;lme a été tellement unie à ces ca-urs glorieux , qu'il semble n'avoir été que b'ur organe, et que llivangile selon saint Jean (»ourrait élr»; app(;lé avec raison et vérité l'évangiN; du Sacré-CoMJr.
C'»;hI dans le ca;ur de son divin maître, »ur lequel j| avait reposé durant la cène, 'jUfc saint Jean puisa hs révélations sublimes dont il fut l'oracle. C'est la qu(; l'amour lili.il de Jésus pour sa mère |»assa et s'étendil , comme par s>mii«lliie,daris le disr iple bienam»é qui , dans In persoruie de Marie, <;oiiiprit l'emblème touchant et l.i ligure vivante (ie l'Kglise future lorsrpje Jésus la lui donna fKjur mère du haut fie la croix , |Hiis s'écria que tout était rf>nsoffiiijé, et rnn<iil le dernier soupir.
AuMj l'A(>or;alyp.sn , celtrj dernière des r;f«nde«j proj»héfies,qui ferme si magnifique-
ment le cycle des livres inspirés , est dominée par deux grandes idées : la destruction du règne du mal, et le triomnhe du bien ; et par deux grandes images : la société antique et dépravée , sous la figure de la prostituée de Babylone ; et la société nouvelle, sous la figure de cette femme en travail d'enfant, qui est couronnée de douze étoiles et qui a la lune sous ses pieds. Cette femme, c'est l'Eglise , tous les Pères l'ont reconnu ; mais tous les mystiques ont vu que l'Eglise est représentée ici sous la figure de Marie , parce que, sous le point de vue du symbolisme, tout ce qui peut être attribué à l'une convient également à l'autre. Développons rapidement cette pensée.
Le nom de Marie signifie mère par excellence, étoile des mers, amertume ou sel des eaux, et myrrhe pour embaumer. Or, la mère par excellence, c'est aussi l'Eglise. L'Eglise est le phare de tous ceux qui sont égarés sur l'océan du monde, plongés dans la nuit de l'erreur. L'Eglise, par l'amertume de ses lois disciplinaires et le sel de ses enseignements, préserve de la corruption la masse des eaux qui, dans l'Ecriture, représentent toujours les peuples ou les connaissances humaines; enfin l'Eglise, comme une myrrhe précieuse, embaume et conserve pour l'avenir toutes les traditions et toutes les reliques des saints. Voilà [)our le nom de Marie.
Marie sort de la race juive, comme l'Eglise de la synagogue, em[)ortant toute la noblesse divine de sa race sans en avoir contracté les souillures ; c'était le péché , dit saint Paul, qui avait été la cause de la loi-, (t le néché vivait par elle; mais l'Eglise est née (le la réujission mémo du péché ; elle a eu pour origine l'accomplissement du mystère de la rédemption; elle est fille de Davui, mais non pas de David pécheur. Jésus- Christ est le David nouveau , dont l'autre n'était rpie la figure; et sur le Calvaire , sa iriontagne sainte, qui succède à la montagne de Sion , il transmet un sang j)ur h sa fille bien-aimée : l'Eglise, connue Marie, a été conçue sans péclié.
Les premières années de l'Eglise , comme celles de .Marie, se passent à l'ombre de l'an cien temple; les [)remiers fidèles, disent les Actes, se réunissaient pour piier dans le portique d«î Salomoii , et pei.soniie u'osail so joindni à eux, mais tous admiraient leur recueillement et hîur ferveur.
La virginité de .Marie est confiée! h Joseph, (pji sera en ajtparencf; son époux , et en réalité son gardien. Ainsi la pureté de l'Eglise est conlié(! , dès l'.lge de sou adolescence, aux soins vigilants ih; I»ieii(î, qui lui représentera son céleste éi)oux, et la protégera aux jours de son (uuantement mystérieux. 0)iutu(t à .Marie, l'avnir est annon<;é à l'Eglise par les apôtres, (lui remplissent l'rdlice d(;s ang<.'S ; comme Niaiie , elle, deviendra mère sans cesser d'ètrc! vierg»; , «-ar le fruit (pTelle mettra au mondi' germera «DUS un soufile du Saint-Esprit, et plus (;llo sera mèr«; , plus r-lle a[)pafaltra vi«!rge (il pure; l'esprit nscélique desEsséniens sem-
MYSTKHES
MYSTEUES
Ml" ùUv le pn'cMirscur (l(;ses snintosausléri- I6s, et tressaillir dniis les montagnes h l'approelic tic cotte divine mc^ro, qui porte l'avenir et le salut dans son sein. Knfin , c'est dans retable , c'est-à-dire aux derniers degrés de l'ordre social , parmi le pauvre peuple, parmi les pùcheurs et les pAtres , que l'Kglise enfante comme Marie le Verbe qui doit combler les vallées et abaisser les montagnes. C'est l'Eglise qui tient Jésus enfant sur ses genoux pour l'oiïrir aux adorations des rois et des sages de la terre. C'est elle (jui le dérobn h la persécution des tyrans, en conservant, malgré tous les efforts de ses ennemis, l'intégrité de sa parole. Enlin le Verbo éternel lui obéit comme il obéissait h Marie; cl lorsque Jésus vient régénérer l'humanité on consacrant sa nouvelle alliance, lorsqu'il vient (changer les eaux froides du siècle en un vin pur, le vin de son calice, le vin (le la charité, le vin do l'ivresse du ciel, c'est h ri-lglisc, comme <i Marie, qu'il appartient de dire aux hommes, en leur montrant le Rédempteur : Faites tout ce qu'il vous dira !
Fnlin, comme Marie au pied de la croix, rf'^glisc e^t continuellement debout devant l'aulel du sacritice, olfiant comme mère celui ([ui s'offre comme f)rôtre et comme victime, et |)articipant h son martyre aussi bien qu'h son sacerdoce. C'est elle qui persévère toujours dans la foi au milieu des commotions et des épouvantes du monde, et qui, les yeux tixés sur la croix, laisse le soleil s'obscurcir, le voile du temple se déchirer et les tombes se fendre en laissant échapper leurs captifs. C'est elle qui ensevelit avec amour celui que l'enfer se flatte d'avoir vaincu, celui (pic les Pharisiens prétendent avoir tué, et (juidort doucement du sommeil j)rérurseurde la résurrection; h l'Eglise; a(>pnrtiennenl aussi le linceul, l'épong*; rougie de sang et l'eau pure pour laver l(»s plaies du Sauveur.
A rftglise, enfin, appartient la place de Marie au cénacle, et les langues de f(>u descendent d'abord sur elle pour se tlistribuer ensuite aux apôtres; h l'Église (juehpies jours encore d épreuves, de travaux et de larmes, et h elle aussi bientôt une transfiguration glorieuse et une rayonnante assomption 1
Jo vous salue, Marie!
Église de mon Dieu, Je vous salu(» I
Maintenant, le litre de Mère dtî Dieu apliartienl-il moins à l'Église (|u'à Marie? Marie a enfanté une fois l'Honnue-Dieu . l'Eglise Tf-nfante nulle fois tous les jours par le >'erbe et |)ar le sacrement.
L'Église n'est-elle pas, comme Marie, la reine des anges, des jialriarclies et des martyrs, les délices du ciel, la consolation du purgaloire, l'espérance de la terre"? Oui. l'on p(ut dire (pie si le grand peuitlede l'univers, lors(pril sera régénéré par la grAce, ne fera qu'un avec Jésus-Christ, la so<i(''lé nouvelle, ] Eglise, ne lait ipi'un ave(^ Marie et se personnifie en clic; car elle aussi est pleine de grAce. Avr, gratin pirna.
L'un doit presjcnlir ici cond/ien Marie est
essentiellement catholi(|ue. Retournons à saint Jean, le fils de Marie et h; pro()hètede l'Eglise, et entrons avec lui autant que Dieu nous le donnera dans la révélation de l'avenir.
La première figure qui se présente au voyant de Pathmos dans son extase, c'est la personnification humaine de ce Verbe dont il avait raconté l'éternité dès le commencement, revêtu de lumière et de pureté, ceint de charité pure et foulant la terre sous ses pieds d'airain brôlant. Le Verbe lance di'S éclairs partout où il regarde, porte dans la main sopt étoiles et marche au milieu do sept chandeliers d'or, triomphant par la vertu du glaive qui sort de sa bouche.
On sait ce que signifie le nombre sept, composé de trois, le nombre de Dieu, et do quatre, le nombre de la création, et la lumière (les étoiles corresr)ond h celle des chandeliers. L'Église est le refiet du ciel sur la terre : c'est une forme de l'unité divine, c'est comme une extension de "la divinité communiquée aux hommes; c'est le temple de la Sagesse que la Sagesse a construit elle-même en taillant sept colonnes pour le soutenir : 5apicnlia œd\(\cavit sibi domum, excidit columnas scptem.
Par la puissance du Verbe, le prophète s'élève au ciel et voit le centre mystérieux de l'Être, un trône au milieu du ciel, et sur ce trône quelqu'un (piil ne nomme pas, qu'il ne définit pas, parce que la langue luimaine lui man([ue ; il nous représente seulement cet inconnu divin, immobile comme la pierre et transparent comme le jaspe: un arc-en-ciel est sous ses pieds , un océait de cristal est autour de lui. C'est la création où il se mire et où nous pouvons entrevoir son image, et vingl-(iuatre vieillards sont autour de lui, les deux Teslaments chacini avec leurs dou7.(! lumières, le temps de répr(Miv«î multiplié par la révélation de Dieu dans l'humanité, six par (piatre les six jours de la création, par les (piatre relations divines, par les quatre effusions créatrices, par les <|uatre fleuves du paradis, par les cpiatro animaux symboli(pi(\s dEzécliiel, qui se retrouvent ici manjuant encore les quatro points cardinaux du ciel mysti(pi(» et figurant les quatre vertus cardinales. Ces figures étaient familières aux premiers chrétiens et ne peuvent étonn t (pie ceux qui ont fait une étud(^ p(>u approfondie île ranti(piité religieuse. Voilà la graïuhi image du mystère de Dieu (pie nous a donnée sauil Jean, mais ensuite sa révélation devient |)lus claire : il voit distinctement, sur les genoux de celui dont il ne pouvait regarder le visage, un livre, et ce livre est fermé de sept sceaux. \()\\h le Verbe écrit (lui doit servir do médiation entre Dieu et les hommes; mais co livre »>st fermé (lour eux, et une se|)tu|>lo ignorance les eni|)èche de connaître les sept vérités (pii n'en sont (pTune, Dieu en luimême et dans ses lelalions, son essence et ses (iMivres, la trinité et l'univers, trois et quatre, comme nous l'avons indiqué.
PerM)iiMe, ni dans le ciel ni sur la tcnc.
MYSTERES
ne peut ouvrir le livre, et saint jean pleure amèrement. Mais voici qu'un agneau égorgé et vivant se présente devant le trône : il brise les sceaux de Tignorauce humaine, et tous les siècles et toutes les lumières , et toutes les voix et toutes les couronnes se réunissent, s'inclinent et se prosternent devant lui. Voilà comment s'établit la légitimité du règne de Jésus-Christ dans le ciel et sur la terre
Le livre éternel, en s'ouvrant, ouvre une nouvelle époque, annonce un nouveau monde et condamne l'ancien à la destruction. Le règne du Fils de l'homme doit s'élever sur les ruines de celui de la bête; aussi un tourbillon d'images terribles se succèdent devant saint Jean avec la rapidité du temps qui passe et des destinées qui s'accomplissent. La destruction, sous les quatre formes opposées aux quatre formes de la création, foule et pétrit la terre sous l'ongle de ses quatre coursiers terribles ; sent trompettes retentissent; sept coupes pleines de colère sont répandues. Nous ne répéterons [las ici les analogies du nombre sept : le soleil change de couleur, les étoiles tombent du ciel, le ciel se roule comme un livre, les montagnes tremblent et descendent dans les vallées ou sont précipitées dans la mer; la terre est moissonnée et vendangée par les anges exterminateurs , et les âmes des martyrs crient vengeance sous l'autel. Voici la prédication de l'Évangile, les révolutions qu'il opère et le jugement qu'il annonce, puis voici maintenant I Église.
Ud prodige nouveau apparaît dans le ciel : Une femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds et sur la tète une couronne de douze étoiles, et elle criait dans les douleurs de l'enfantement. Ainsi voila l'Église, et la prière qui est le cri de so'i travail. La voilà revêtue de la splendeur même du Verbe, ayant sous les pieds la loi ancienne et son p;lle rellet du jour éternel, et autour de la tête, comme un diadème de gloire, toutes les lumières de la révélation ; les étoiles des patriarches et des apôtres, les douze fruits célestes de l'esprit d'ijitelligence et d'aniour, et f;lle est en travail de J'homme nouveau : Clamahnt quaxi parturieng.
Maintenant regardez la société animale qui est assise sur la bête, et qui règne [)ar bs dix puissances brutales du|)éclié sur les sept vices canil/iux. Contempb'Z cette prostituée assis»; à la sourc»; des eaux et infectant les générations humaines; sa tête, chargée de diadèmes, chancelle d'uin; horrible ivresse. Elle a bu le sang des martyrs, (;t elle offre aux nations, dans une cour)è d'or, ses immondices h boire; elle se fiAte do jouir du peu de lemps qui lui reste, parce qu'elle sait bien que son règne est passé. Déjà s'élève la fumée de son incendie, déjà les rois qu'elle a couronnés se révoltent contre elle, déjà un ange formidable soulève et balance en l'air une pif rre immense qu'il va |»récipiter flans la mer en s'écrianl : Ainsi tombera Babylone!
KoiH et lra(ir[iiants de la terre, pleurez
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maintenant et couvrez vos têtes de cendre. .4 Hélas! hélas I qui fut semblable à cette grande cité? Maintenant la lumière des fêtes n'y brillera plus pendant la nuit, on n'y entendra plus les chants de l'époux et de l'épouse y elle est tombée à jamais, la cité ennemie de Dieu! Mais voici que descend du ciel sur la terre la cité des élus, la Jérusalem nouvelle, la grande Église catholique triomphante et glorifiée, sainte société universelle, car voilà ce que veut dire Église catholique : tous les hommes constitués dans l'unité, et l'unité humaine constituée en Dieu par la transfiguration de son Verbe fait chair! La société, maintenant est une mère, et l'homme est l'enfant qui repose sur son cœur. Or le cœur de la société chrétienne et catholique, c'est le cœur sacré de Jésus vivant pour nous dans le très-saint cœur de Marie. Voici la grande assomption de la vierge-mère, voici le règne de la mère de Dieu dans le triomphe de son Eglise : Ecce tabernaculum Dei cum hominibus.
Maintenant si, pour voir se réaliser la prophétie de saint Jean, nous parcourons l'histoire de l'Église qui semble être le commentaire de l'Apocalypse mise en action, nous verrons le culte de Marie naître pour ainsi dire avec la puissance de l'Église, se développer avec le principe catholique et s'accroître avec cette société maternelle dont Marie est tout à la fois la reine, la mère, le type céleste, le doux emblème et le symbole glorieux; nous verrons toutes les hérésies ennemies de Marie comme de l'Eglise, tous les enfants de l'orgueil qui déchirent le sein de leur mère s'indigner dos privilèges de la mère du Sauveur, et Marie toujours douce dans son triomphe, faij-e mourir toutes les hérésies par la vertu de la grâce dont elle est [)leine, ré()ondre à ses ennemis en leur montrant le petit enfant qu'elle tient dans ses bras , et écraser toujours la tête du ser|)('nt tant de fois renaissante : Quœsola intcremisti omncs hivrrsrs in universo inundo.
Aussi les saints ont-ils en quehjue sorte confondu ensemble Marie et l'Église lors- (ju'ils se sont écriés (ju'on ne pouvait être sauvé (|U(! [)ar elle et (|uo Dieu ne voulait nous uonner aucune grAce (pn; par elle; Ujrsque.au grand scandale des héréticpies, ils ont adoré Di(;u vivant en Mario et ont vu eelte vierge sainte si remplie do Dieu et si absorbée en lui, (pie souvent les prièiesd'adoration ({u'ils n'adressaif.Mil (pi'à Dkmi scmiiblaient s'adnîsser à elle et ne craignaient pas de s'égarer. Ici, à l'exemple de Jésus- Christ, lors(ju'il révélait pour la première fois les mystères de la sainte eueharistie, l'Église ne craint pas de scandaliser et d'éloigner les orgueilleux (^aitharnaites; et, [»ar la douce voix de Marie, lorsi^iie des enfants ii^rats se scandalis(;nt d»; son culte, elhî semble nous dirr; oncor(! : Et vous, ne voulez-vous pas aussi me (piiller? — ICb ! où irions-nous? n'avez-vous pas les i)aroles do la vie? Vnha rilœ a-lrrriir fuihcn !
Aussi, d(!sque le erjiicilede Nicéw eut établi l'autorité m.ilirnelle de l'Église et cous-
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lilué runit<5 dans la soumission do la foi, l'espril, qui luUc et qui nie en se repliant ronnne un serpcnl, cliercha d'abord à tarir son autorité dans sa sourco, en niant la divinité du Saint-Esprit, et attaqua indirectement la maternité divine de Marie. L'Église prouva son autorité divine on l'exerçant une seconde fois, et Macédonius fnt condamné au premier concile de C()nslantino|)le. Alors le génie murmurateur attaqua lÉglise dans la personne même de Marie; et, en lui refusant le titre de Mère de Dieu, il le refusa en même temps h l'Église, qui n'eût plus été dépositaire que d'un verbe humain, d'un sacrement sans réalité et sans force, et d'une autorité faillible. A cette grande attaque du démon contre le ciel, l'univers s'étonna et les peuples attendirent avec anxiété le résultat de la lutte.
Le succès de l'Église ne se fit pas attendre : Marie fut proclamée k Éphèse Mère de Dieu, OjoTÔ'o.-. Et l'instinct divin (jui est dans le peuple lui fit comprendre que cet arrêt lui donnait, à lui aussi, une mère nour le guider et le sauver. Le triomphe ue la Vierge fut pour les Éphésiens et pour le monde entier une fête populaire; car Dieu restait ains4 parmi les hommes réellement présent sur l'autel avec la chair du Sauveur, et l'Église aussi venait indirectement d'être proclamée mère de Dicul L'hérésie n'avait pu séparer Marie de Dieu, elle tenta de la séparer des hommes en refusant au Christ une volonté humaine, et d'affaiblir encore ainsi l'autorité de l'Église en éloignant Dieu de la terre. Eutychès, auteur de celte nouvelle im[tiété, fut condanmé h Chalcédoine, et ses sectateurs furent poursuivis dans plusieurs autres conciles.
Elfrayé alors de cette grande image de la mère de Dieu, (jui symbolisait d'une manière si admirable les caractères, les |)riviléges et les devoirs de la société nouvelle, l'orgueil humain essaya de briser la chaîne du symbolisme et d'empêcher le Verbe de parler aux veux [)ar des images, dans l'espérance qu alors les masses échapperaient k son action, et (jue l'Église étendrait plus dif- IJcilement sa puissance maternelle lorsque rens(Mgnemont (h; la plus grande partie dos hommiîs lui serait devenu presque impossible. Des tyrans hypocrites, sous prétexte (le zèle, j)roscrivirent le culte des images, comme si Dieu parlait aux hommes autrement (pie par des images et comme si tout l'univers n'était [)as lui-même une grande imago do Dieu. De la proscription des images h celle de louto la liturgie, ai onlin dos sacrements eux-mêuies, il n'y avait (piun pas. On détruisait ain>i tout ensoignonuînt et tout lien social dans l'Église; l'Église n'élait plus more et n'avait plus le droit d'apprendre à lire h ses enfants. Le second concile de Nicée abaltilco nouvel olfort de lancien serpent, ordonna d'honoror les imagos •taintes et détermina ou parliculior «luols hommages devaient être rendus h l'image do la mère de Dieu, honorée doj?> dans l'Église d'un culte d'hypordulio, continu»' riepuis et
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augmenté par les fidèles enfinUs catholiques de Marie, qui l'honorent en faisant mention d'elle avant tous les saints et immédiatement après Jésus-Christ, et en lui donnant le titre de très-sainte, qui l'élève au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu.
Aussi, depuis cette époque, voyons-nous le culte de Marie s'étendre avec la puissance de l'Eglise et la piété des fidèles, multiplier ses images et ses temples. Voici le temps dos légendes merveilleuses et des glorieux miracles. Marie se montre revêtue de toutepuissance pour le pardon ; elle guérit tous les malades qui l'invoquent, obtient de Dieu les grâces les plus inespérées, touche les cœurs les plus endurcis et change les loups en agneaux. Elle semble avoir en main l'autorité divine pour l'exercer à son gré ; elle touche, elle brise, elle siuve tout ce qui lui résiste : elle voit tondjer à ses pieds ses plus farouches ennemis. Elle poursuit Satan jusque dans son triste royaume et lui ro[)rend les âmes jusque dans sa gueule béante. — Quelle douce et sublime philosophie religieuse dans toutes ces images populaires, si l'on songe que Marie représente aussi l'Eglise catholique, et que ses miracles sont les œuvres habituelles et comme familières de celte Eglise qui enfante Dieu tous les jours ! Car il faut voir l'Eglise catholique dans la personne de Marie, et Marie dans le corjis mystique de l'Eglise, non pas, et je ne le répète ici que pour les simples, non pas dans ce sens que Marie ne soit qu'un symbole et (ju'une fiction , aucune personne bienveillante et sensée ne nous soupçonnera de ce blasphème ; mais connue deux réalités dont l'une est la figure exacte de l'autre, et qui sont tellement' inséparables qu'on ne peut les com[>rendrt? que l une par l autre, et que Marie, mère de Dieu, est aussi essentiellement catholique que l'Eglise catholique est dévouée sincèrement au culte de .NLirie. De là ces deux formules également catholiques : Hors de l'Eglise noint de salut ; et : Un vrai serviteur de .>Iarie ne périra jamais ; et celle-ci encore : C'est par Marie que Dieu veut nous donner tout ce quil nous donne , ce qui équivaut h dire : Hors de la confiance filiale en Marie il n'y a point de salut.
Aussi voyez quelles prérogatives l'Eglise recoMuall h cette mère du Verbe dont elle sent bien (jue le culte est toute la force sociale. Aucun ministre de la parole n'annonce l'Evangde au peuple sans avoir d'abord salué Marie, et sans lui avoir, comme l'ange, demandé sa coopération de la part do Dieu |)Our montrer le Verbe à la terre ; tout le peuple fidèle la salue trois fois le jour au son des cloches consacrées au souvenir de la |)rièro ; on lui consacre un jour de chacpie semaine et le plus beau mois de chaque année. Tout est plein de son culte, tout est oml)aumé do son liom. Le catholicisme tout entier semble tleurir à l'ombre de son voile. Sa grâce inolTable retient encore dans nos temples les faibles cœurs dont la foi chancelle, y attire malgré eux les pécheurs et les
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irouble souvent par son parfum de piété, d'innocence et de paix. Quel orgueil ne serait désarmé à la vue d'une mère si douce et si modeste, quel cœur sauvage ne se laisserait attendrir à son sourire de miséricorde et à ses chastes paupières qu'elle abaisse si raiséricordieusement vers les pécheurs I Qui n'envierait le calme de ce petit enfant qui dort si paisible entre des bras si purs et sur une poitrine si aimante, surtout lorsque la voiï secrète de cette grâce qui veille toujours aux pieds des autels de Marie dit au cœur de l'enfant du monde : Voilà la paix dont jouissent les enfants soumis de l'Eglise ; tu peux redevenir semblable à ce petit enfant et reposer auprès de lui sur le cœur de sa mère ! Sans doute plusieurs résistent à cet entraînement de la grâce, mais ils emportent dans leur âme une tristesse, un désir vague, peut-être une espérance ; et Marie, qui les connaît déjà, attend avec mansuétude le moment de les reprendre et d'achever son œuvre de salut et de pardon.
Les prières solennelles que l'Eglise adresse à Marie sont merveilleuses de confiance et d'amour, et attribuent à cette reine du ciel une puissance sans borne et un empire sur le cœur de Dieu qui ne connaît pas de limites. Je vous salue, ô m\re reine, ô mère de la miséricorde ! Je vous salue, ô uoire vie, notre bonheur et notre es[)érance ! Nest-ce pas là de quoi scandaliser les raisonnements superbes et les cœurs sans amour qui sont jaloux du bonheur des simples et qui blasphèment ce qu'ils ignorent ? Ne parlonsnous pas à Marie comme il convient de parler a Dieu seul ? Mais l'Eglise, sans répondre à ces rnurmurateurs de mauvaise foi , continue et dit encore à Marie, dans une autre prière: Brisez les liens des coupables, donnez la lumière aux aveugles I Donneznous une vie pure, rendez-nous doux ot cliastes comme vous ! L'Eglise sait bien à qui elle narie, et Marie compnnid bien le langage de l'Eglise. Ce que l'Eglise demande à .Marie pour ses enfants, Marie le demanda en nM";me temps à l'esprit qui vit dans l'Eglise. Prosf^-rnéf.'S en (pieUiuc sorte lune devant l'autre et n'adorant que Dieu, Marie et l'Eglise se donnent le saint baiser de la iustice et de la paix, fiuisrpie, comme nous rarons dit, il y a réciprocité, comriiuniou intime, correspondance parlaile entre l'E- Jslise et .Marie, enln; l'épouse de Jésus-^^hrisl. et .<»a mère.
C'est en ce sons qu'il faut interpréter ce fju'on serait trente d appeler l«-s [H(mix excès des saints et les extravagances de leur amour pour Marie, car |»lusieurs l'ont aimée iusrpi'à la folie m sont red(;venus, en quelque sorte, a la lettre de petits «mlants pour lui bégayer le doux nom de mère. C'est ainsi qu'il faut cornnrendre les paroles des docteurs qui ont le [>lus nirne Mari*-, [t-U que saint Ephr«-m, saint B<'rnard, saint Anselme, »«int Hfinav«nlure et d'autres moins célèbres; ils n'ont pas sf'j>aré .Marie de l'Kgiise ni l'K^^isedr Marie, et, fjans la mati-rnité fie l'Kglise et de .Vliuic, ils ont vu le propilij-
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toire de Dieu et le tabernacle od il demeure parmi les hommes ; ils ont vu Dieu même, enfin, et n'ont voulu voir que lui dans les merveilles de son amour. Faut-il donc s'étonner qu'ils adressent la parole au roi luimôme en parlant à son interprète ?
Le temps et l'espace nous manqueraient SI nous voulions rapporter au sujet de Marie toute la poésie des traditions populaires et toute la merveilleuse théologie poétique des légendes, il nous faudrait aller de Sainte- Marie-des-Neiges à Notre-Dame del Pilar, de Notre-Dame-des- Roses à Notre-Dame-des- Tempêtes pour retrouver toujours Marie guérissant toutes les douleurs, accourant à tous les dangers, veillant sur toutes les angoisses, adoucissant tous les hivers, sanctifiant toutes les saisons et bénissant tous les frimas comme toutes les fleurs.
Tout parle d'elle dans la religion catholique, tous les temples et toutes les chapelles sourient de sa douce peinture ! les vitraux en étincellent et colorent le soleil de l'azur de son voile, elle a gravi les plus âpres rochers et tend la main aux voyageurs errants dans la nîontagne, son souvenir vit sur les lèvres de tous les enfants et dans le cœur de toutes les mères. Les affligés l'invoquent dans leurs peines, les malades l'appellent auprès de leur lit de douleur, les matelots battus de l'orage murmurent aux tempêtes le charme de son nom ; la jeune fille cueille des fleurs pour elle, et lui olfre son innocence, en môme temps que le repentir ne crailll pas de lui présenter ses larmes, lui qui ne trouve souvent un asile qu'au pied de son autel. Toujours occupée au bien des hommes, elle bénit, elle console, elle relève, elle instruit! elle guérit, elle fortifie : ses mains toujours ouvertes |)0ur répandre des grîlces ne s'épuisent jamais, et semblent deux miraculeuses fontaines de lumière, de grâce, de pardon et d'amour. Image si vraie et si ancienne dans sa nouveauté (pie depuis quehiues années seulement qu'elle a été révélée à une pauvre âme obscure elle a déjà conquis le monde et (ju'elle est devenue vraiment catholique comme la croyance en Marie.
C'est du reste une chose digne de toute l'attention du c(eur de voir l'Eglise dans tous ses j)érils, opjjoser Marie à ses ennemis comme un bouclier qui la protège et (jui les désarme. Une légende raconte (}ue ('hartrrs assiégée |>ar les héréti(|ues dut son salut h une image de; la sainte Vierge; (pii arrôlail et amont )>lait dans son manteau tous les boulets (pii étaient dirigés contre les (h fenseurs des murailles ; c'(,'st ici comme dans presque toutes les légendes, une touchante image de ce que fait Marie [lour l'Eglise, qu'elle protège, et pour toute Ame (jui se confie en l'Eglist; et en elle.
C'est Marie qui, lorsque les pioteslants déchaînèrent contre elle et contre lunilécalliolirpie tous les orages ténébreux d'uno raisrjii révoltée, suscita dans l'Kglisc cette puissante Société «le Jésus (pii conserva l'esprit d'obéi' sanc(! et d'abnégalion, pour l'oppf^scr à toutfs les tentatives de la chair re-
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raissanlo, et qui fil treniljler la corruption du monde devant la vertu de la croix. Ce fut, dit-on, Marie ello-môme (jui, apparaissant à saint Ignace de Loyola dans la caverne de Manrèse, lui dicta les constitutions de cette association si glorieuse de plusieurs siècles de persécutions et de calomnies, honorée par tant de vertus, illustrée par tant de saints et féconde encore en ce siècle, où tout semble devenir stérile, en apôtres et en martyrs. Ils sont connus des puissances des ténèbres, ces hommes qui ont lutté si victorieusement contre la violence du lion et contre la ruse du serpent, les amis de l'enfer ne les nomment pas sans frémir, et la [jnine des méchants serait leur plus beau titre k la gloire s'ils cherchaient une autre gloire que celle de leur Dieu. Ce fut Marie enfin qui inspira le vénérable M. Olier, l'un des plus grands hommes de Dieu qui aient été montrés à la terre, et l'un des plus profonds écrivains qui aient révélé aux élus l'esprit intérieur de la religion de Jésus-Christ et les mystères de son adorable cœur. Marie lui donna le plan et les règlements d'une compagnie de nouveaux soldats non i)as précisément pour défendre, mais |)Our conserver l'esprit de la religion avec une abnégation et un dévouement qui ont quelque chose d'ellrayant pour la nature. Les sulpiciens étaient destinés de Dieu à opposer leur innnobilité aux mouvements désordonnés d'un siècle convulsif ; h protester contre les lAtonnements sacrilèges d'une vaine science par une ignorance volontaire du monde ; à veilk'r fidèlement sur l'arche sainte, pour em[>ôcherdes défenseurs téméraires d'y porter la main, et leur éjjargner le châtiment d'Oza. C'est uuelque chose d'admirable à voir que ces nommes, en qui toute chose humaine est morte sans retour, vivant du seul sentiment de leur devoir et vieillissant en silence h leur poste comme des sentinelles de Dieu, tandis que les vains systèmes qu'ils ignorent s'entrechoquent , so brisent, so succèdent et meurent ; tandis que e siècle court et s'agite jusiju'h l'épuisement pour revenir toujours dans le même cercle rt tomber découragé en se moquant de ces hommes qui ne marchent pas 1 et il ne sait pas, l'insensé, (juc. Dieu leur a dit d'all(Mitlre qu'il meure et (lu'une rapide! putréfaction ait débarrassé leur clurmin de son cadavre, alin (pie leur |)as grave et solennel comme les vérités qu'ils gard(!nl n'ait }»as 5 .se heurter inutile.ment contri; cet obstacle éphémère. Les sul[»iciens sont, si j'ose |»ar- 1er aifisi, les temnoriscur.s de l'iiglise, il y a en eu\ (piehpie cliose d'immobile, de calme el de fort comme l'éternité, vX c'esl dans l'esiail de leur société surtout que l'on comprend cette bflle |)arole de saint Augustin : Dieu est patient parce ([u'il est élornel, pnliftis quia œlerniix. Tout l'esjjrit de Sainl- Sulpice est \h : et les hommes vénérables «pli composent celte société sont heureux d'avoir, pour science principale et pour génie, l'esprit d'obéissanec , d'nl)négalion et de fidélité aux usages : Tvnric iradilionrs.
Le vénérable M. Olier, qui est resté fulèlo, même après sa mort, au principe de la vie cachée, car son génie élevé et ses sublimes écrits sont encore i)resque inconnus, M. Olier, dis-je, qui avait le don de vue en Dieu, fit de la dévotion à la sainte Vierge la base et l'avenir de sa congrégation. Il a écrit sur Marie des choses admirables, et a compris que tout le génie du catholicisme était dans le cœur de cette immaculée mère de Dieu. 11 fit faire par le peintre Lebrun deux images mystiques qui sont comme la prophétie de l'avenir de l'Eglise et aussi les conceptions religieuses les y)lus avancées, nonseulement pour son époque mais encore pour la nôtre : l'une, qui était le tableau du grand autel de la chapelle du séminaire, représentait le mystère de la Pentecôte ; Marie, élevée sur une sorte d'estrade au-dessus de tous les apôtres, recevait la plénitude du Saint- Esprit ; près d'elle, mais au-dessous, quoique plus élevé que les autres apôtres, saint Jean, vêtu de blanc, semblait assister Marie comme le diacre assiste le prêtre à l'autel, et Marie en prière faisait descendre le Saint- Esprit sur les autres apôtres prosternés autour d'elle.
La seconde image, qui a été reproduite souvent par le pinceau et par le burin, représentait l'inlérieur de la très-sainte Vierge. Marie était représentée dans sa gloire céleste, ayant, pour ainsi dire , le Saint-Esprit pour cœur et toute remplie de sa lumière, les mains croisées sur sa poitrine, en signe d'offrande et de sacrifice, et les yeux fixés sur le nom divin de Jésus par lequel doit s'opérer le salutdu monde: calmeeldansuneimmobinté parfaite, environnée à demi de nuages que rej)Ousse lentement la lumière qui l'environne, la très-sainte Vierge représente également dans celte image, et l'Eglise (pii attend en j)aix le retour de ses enfants dans un siècle de trouble où elle ne peut leur faire entendre sa voix, et la Société des sul[»iciens cachés dans leur vie intérieure et agissant sur l'Eglise entière par leur silence et leur abnégation. Aussi cette figure, si caractéristique, est-elle comme le sigint et le symbole favori des prêtres de Saint-Snlpice (pii célèbrent tous les ans la fête de la vie intérieure de Marie et (pii e'i plac^Mit l'image dans toutes les cellules de h'urs s.'ininaires comme un ornement indispensable <;o\(:i.isioN.
Le Mnhit cotiir do Mnric.
Quand tout fui consommé sur le Calvaire, (piand Jésu.s eut inelim'' la tète pour rendre le dernier soupir, le voile intérieur du temple so déchira depuis le haut jus(|u'en bas, et un soldat, d'un coui) de lance, ouvrit le côté du Sauveur.
Ainsi, après avoir tout fait pour son Eglise, après avoir consommé et confirmé son enseignement divin et vaincu toutes les hérésies, Jésus, pour rappeler à lui Ions ceux (jui s'en étaient éloignés dnns les jours de lui te et de colère, leur révéla le eulie de la miséricorde et de l'amoir en leur j)rése:itaril son
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cœur e(, du culte de ce cœur divin, celui du très-saint cœur de Marie sortit bientôt naturellement, comme Eve jadis était sortie du côté entr'ouvert du premier homme.
La religion se résuma ainsi tout entière dans le plus touchant des symboles, le cœur d'une mère.
L'Eglise répond ainsi aux sophismes et aux crimes des derniers siècles en montrant à ceux qui souffrent loin d'elle son cœur maternel dans celui de Marie, comme si elle leur disait : Revenez, et je vous aimerai comme si vous ne m'aviez jamais outragée; ou plutôt : Revenez, et je vous aimerai davantage, parce que vous m'avez outragée.
Ces études sur les mystères de la trèsssinte Vierge et de son divin Fils sont bien incomplètes sans doute, mais nous ne lesdonnons que comme l'esquisse d'un travail qui [)eut et qui doit être immense.
La folie de notre siècle, dont nous voudrions nous être toujours préservé, est de prétendre expliquer les mystères. On n'explique pas ce qu'on croit et ce qu'on adore; et rinter[irétation humaine pour les choses divines serait la mort, si jamais elle était possible. .Ve révèle pas les mystères de ta nure, dit la Bible; et en effet, toucher au voile du sanctuaire, c'est se rendie coupable d'un crime plus grand que celui de Cham. Mais la lumière de Dieu, qui ne se dérobe pas en vain à nos regards, est plus inaccessible à notre intelligence charnelle que le soleil ne l'est à nos yeux : elle aveugle ceux qui la regardent, et, selon la inag-iifi |ue allégorie de Dante, ceux qui veulent lixer le centre divin n'y aperçoivent que leur profire figure, reflet d'une intelligen' e aveuglée qui se mire dans les ténèbres en voulant fixer la lumière !
MYSTÈRES fDRAMATiycKSy. — Le symbolisme religieux mis en action a produit les cérémonies du culte, et Dieu lui-même ne dédaigna [jas d'en révélfjr les formes. Le culte Cît la révélation écrite dans les signes qui accomi).'!gnenl le sacrifice; c'est l'enseignement religieux mis en spectacle pour l'instruction des multitudes. La [)om|)e (Jcs cérémorjies saisit l'esprit t-t parle au co;ur. Dieu, qui a voulu, pour l'épreuve de nos .'iffies, les em(*risorm»;r dans des corps dont les sens doivt;nt étr<; en (piel((ue sorte les geôliers, veut bien lui-méim.*, [)ar r(;s'tect pour ses [iroorcs lois, nous |)arlcr (»ar I entremise des sf-ns. Aussi la seule vc-rilable Kg ise, celle qui est inspirée de .'on esprit, ne pouvant méconnaître relie indulgence du Créateur, a-l-elle conservé avec sf>in, contre tous les efforts fie l'impiété et de l'hérésie, son luxe gracieux d'images r-t de cérémonies, qu'on rar:cusail deMi.runlr.'r an paganisme, elfpjj était au rirmiraiVe, dans le paganisme même, yirw. sf»ite d'iiislincl divin et de pressenliment catholique. Ainsi la philosophie, celle révélation naturelle, et la révélation, cell»; divine philosophie, s'acf:oident fKiur inslrmre r«nfance des nations et du monde avec des signes et des symboles, el pour traduire en images vivantes l'alphabeldu V«rbo éternel. L»;h cultes idrilAtrirpjes,
Dicifo^i. I»!', \.\\rh\sx\ \\\ ciini'.i.
qui se résumaient dans la philosophie de la nature, ont dramatisé leurs mystères dans les initiations d'isis et de Gérés Eleusine, et comme l'enseignement était doubld'ésotérisme a eu ses mystères secrets, et l'exotérisme ses mystères publicsi^et solennels. Eschyle est le grand hiérophante de la Grèce antique : il a créé le drame titanique de Prométhée enchaîné : rêve sublime de l'orgueil humain, si le faux pouvait être sublime ; expiation forcée qui glorifiait la faute, ou plutôt vengeance sans expiation, car le vautour céleste qui se repaît d'une colère sans cesse renaissante ( j'ecur ) symbolise plutôt la damnation éternelle qu'un châtiment salutaire et qui doit finir. Et cependant il est prédit qu'un jour Prométhée sera délivré et détrônera Jupiter. Le vautour tombera percé des flèches d'Hercule. C'est la rédemption par la force, l'antiquité n'en savait pas davantage; son rêve était grandiose, mais son explication de la douleur tournait à la honte du ciel : Prométhée enchaîné était plus grand que tout l'Olympe; aussi vovonsnous dans Eschyle toutes les personnifications poétiques"^ du Ciel, delà Terre et de l'Océan venir pleurer autour de lui. Ce spectacle donné à la Grèce entière était compris par les âmes d'élite, et sapait déjà par la base les grands temples de Jupiter. L'orgueil que l'homme prend pour son génie, telle était dune pour les initiés l'unique et dernière divinité qui devait survivre aux fables gracieuses et molles de l'hellénisme. L'orgueil était, à l'insu même de l'hiérophante, le véritable vautour de Prométhée ; vautour que la fièche d'Hercule ne tue pas, mais (jue le Sauveur du monde enchaîne à son tour dans l'enfer, en guérissant du sang de sa f)ioj)ro blessure la l)les.>>u/e de Prométhée. Ainsi le grand mystère de la Passion continue et ex- |»liqu(! dans la poésie universelle des symlioles le mystère de Prométhée. Le moyen âge recommence l'ieuvre d'Eschyle, et pour les chrétiiîus comme pour les Grecs, le tliéAtre [)rend naissance dans les initiations du culte pul)lic.
Peu importe r[iie la Renaissance nous ail rendu les fables sanglantes d'Atréc et de Th veste et les éternels assassinats do la famille d'Ag.imeinnon, avec tf)utesles imitalions dramatiques ipji firent dégénérer en (irèce la solennili; des grands mystères d'Eschyle. Les i-rudits ont pu avoir la jx-rmission de cultiver h loisir la ve;sion greo (pie et latine, la langue seule y a proliléj; niais la science draiiiali(|ui; n'y a pas fait wn pas. L'élude des belles formes d(! l'antiquité a préparé senlenienl des matériaux pour lu coiisti iK lion de l'o-uvre chréliiMine dont Corneille el RaciiMîonl donné |r;s modèles dans Poli/rurtr et dans Athdtir, et dont le plan (!t la base ont été préparés par le.-) myslèresdu inoven ;lge.
0,i se biileii général de ces représentations pieuses une assez fausse idé(! : on ponso(jue le grolesfpje d(!vail, dans ces ilr.unes grossieis oniprunlés l\ la Bible, h riCvangile ou aux légendaires, l'emporb r .sur lu sorioux.
Mt
MYSTERES
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el que l'igtiornnco seule et la bonne foi (Je ces siècles barltnres allémiaiont !(> scandale de ces prolaiialions naïves et consciencieuses. Ce jui;eiuent sévère, justili(> peut-être par (juehjui's e\enij)les de houlloiuieries et (le mauvais goiU*nc saurait s'appliquer au\ mystères dramali(iues en général, dont personne de bien intormé ne eonte»t!Ta, nous le pensons, l'utilité morale, la portée religieuse et la grandeur au point de vue de l'art.
I^ mystère delà Passion{cnr, ne l'oublions p«s, celait \h le grand et |)rincipal mystère, et les comédiens de ce temps-lù se nommaient les Confrères dr la Passion), le mystère donc de la Passion était représenté après la messe, et lui servait, |X)ur ainsi dire, de tToromenlairc. F>etli('';\tre était la succursale de l'église, (jui prêtait ses chapes et ses ornements encore tout parfumés d'encens pour les personnages des anges ou de Dieu le Père. Les personnes divines étaient ordinairement représentées par des prèlrcs, et la foi du peuple, voyant dans les jjrôtres les images de Dieu sur la terre, trouvait dès lors dans cette rei)résentatio'i une sorte de réalité. Le prêtre qui remplissait le rôle du Sauveur se montrait sur la scène pour combattre tous les vices de ce peuiue, figurés par les mauvais docteurs, la populace juive vi les bourreaux. Les trivialités mêmes étaient alors des enseignements; il fallait faire rougir la foule de ses propres grossièretés; il fallait dénoncer h la risée publi- «jue les sarcasmes et les blas[)hèmes des mal-pensants de ce temps-là; il fallait faire entrer dans la conspiration contre l'Hommi^- Dieu les sept péchés ca{)itaux sous des traits connus de la foule- Le rôle ingrat de Judas Iscariote était alors rude à rem|)lir, tant le peuple prenait au sérieux ces scènes au fond des(pielles il sentait tant de vérité. Souvent le malheureux actear était poursuivi h coups de pierre; d'un autre coté, le rôle de l'Homme-Dieu était rempli avec tant de «conscience par des prêtres dont la foi acceptait le sacrifice du Calvaire, (ju'on cite «[uelques exem|)les de prêtres acteurs qui expirèrent réellement sur la croix en représentant ilevant le peu[)le le mystère cle la Passion.
Sans doute ce sont \h des excès (pie la religi(m 6clairé(> de nos jours ne saurait approuver; mais ce sont des c\cès de piété et d(î /.èle (|u'on ne saurait lournt'ren ridicule. C'était une chose sérieu.^e et Irès-sérieusc (pie les mystères, jmisipK» c'était, comme nous l'avons déjà dit, une sorte d'appendice ♦•I de su[)plément aui cérémonies ila culte.
{Voy. CfcR^CMOMF.S.)
Rien n'était épargné d'ailleurs pour donner à ce 5[)eclacle de la magnilicence et de la grandeur : les décors étaient souvent réels, .t lo théAtre immense. On raconte (pie h; mystère de VF.nfrr fut un jour icpresenlé ««ur un pont au milieu d'un thsiive, afin (jue l'eau, en réll' chissant les tlammes, doniiAt h ce spectacle plus de splend(!ur et d'épouvinte. Les tlammes brûlèrent si bien (ju'el-
les se prirent à la charpente du f)ont sur laquelle ruisselaient h; soufre et la résine enllammés, et au milieu de la représentation h' diamo devint réellt-ment eIVroyable; car tout l'édifice embrasé, avec les damnés et les démons, s'abîmèrent dans le tleuve. On voit (pie le luxe et l'émotion de notre scène moderne sont bien peu de chose comparés aux moyens dramatiipies de nos pères.
Pour les représentations du mystère de la Passion , le théâtre était disposé à trois étages : l'étage supérieur , tendu de draps bleus à étoiles d'or, représentait le ciel; l'étage du milieu, orné d'arbres naturels et de maisons quehpiefois peintes, souvent artistement sculptées en bois , représentait la terre; enfin l'étage intérieur ayant pour ouverture une gueule monstrueuse garnie de dents et pleine do démons, figurait l'enfer. Dieu le Père apparaissait el venait tn'iner dans le ciel avec les ornements et les attributs d'un évêque; il annonçait aux anges (]ue les temps étaient accomplis et que son Fils allait mourir pour sauver les hommes ; il ordonnait à (iabriel do se tenir prêt pour aller annoncer à Jésus cette nouvelle. Aivdessous,Cai[)he et les prêtres s'assemblaient el conspiraient la mort du Sauveur; Judas Iscariote venait les trouver et leur vendait son maître; Malchus et les satellites préparaient leurs lanternes et leurs armes, et lout cela se passait tandis qu'au fonldu lhéi\tre, dans une maison ouverte aux s[)eclaleurs, O'i voyait Jésus faisant la Cène avec ses disciples. Cependasit Lucifer, de son C(jté, tenait conseil dans les région- infernales, el envoyait des messagers soit aux pharisiens, soit à Judas, pour les presser de faire ce (ju'ils voulaient faire. Cliacun sortait de son ct.')té pour triut préparer , et l'on entendait alors la prière de Jésus après la Cène, naïvement el scrupuleuseme'il traduite.
Père, voici mon Ik^uic, glorifie Ton Fils, (niaiiisy Ion Kits le glorifie, Sur loiito clciir si liiy donnas pouvoir, Alin (jifà lotis ceuK y\\w. Iiiy lis .ivoir Il donne à eux vie el ijloiic (>iornollc Or cosle \ie cl gloire »|nolle csl-clle, Sinon loy seul adorer en e>|>iit.
Toy seul vray Dieu et Ion Fils llii-siis-Clinsl? J'ai Ion nom saincl iei-has faicl l)énir. Et j'ai voidn mon ouvrage finir, Que la idtnie moclroyoii à [tarfairo.
Et mainlenani lemls-moy, cher sire Cl pcrc, ('.»;slo elarli' iid'en l(»y lotile di\iiie J(; possédai depuis mon orii;ine , Onand lonl le monde cl l'eiiler n'éloycnl p.is. Or satd\e-nioy des imdires du Irepas.
J'ai ,iu\ Imm.iiiis niamlesU* Ion nom.
Les jiisles l'onl In'iii , les anlres non. (l«Mi\ (pie pour liens avois prodesliiiés. Dans ton amour lu me les as donni^s; Ils eioioiii liens, el tu les as lails miens. Min (pi ils soyenl el sauves et rliresliens : Ils savent bien (pie d(> loy suis y>su . Croyant en loy dès (jno croire ils ont su. Donc cest pour eux , el non pis pour It" monde, Que jo t'adjure en la lionto pKdonde ; Pour eux je prie el pour ce (pi'iis sonl liens Ces veiilx sauver, car les liciis sonl les miens; (lo (juas donnt; à nioy leur ay rendu, El j'ay pour eux faicl plus ipi • j(; n'ay du.
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Père divin , fais du moins par la foy Qu'ils soytiii unis comme suis avec loy.
Après cette prière, Jésus et ses disciples sortaient derrière le théâtre, et l'on voyait paraître madame ta Vierge Marie, pour nous servir des expressions du temps, quiien allait moult dolente à la recherche de son fils.
Mon doux enfant, cher fils et petit ange. Que j'enserrois blanchemeut en son lange. Après avoir, à la fontaine clère, Tjnt doucement pource qu'étois sa mère.
Baigné son corps tant délicat et beau.
Puis le couchois en son petit berceau , Et luy chantant, pour le faire dormir.
Me pourpensois qu''on le feroit souffrir; Par quoy pleurant je chanloys, et ryant. Le regardois vermeil comme orient, Cla»c comme lys et la paupière close.
Doux respirant comme senteur de rose!
Qu'est devenu? n'est-ce déjà ce soir Qu'il doit mourir? Ne doibs-je le revoir Que les yeux clos de nuict ensanglantée? Ne doibs-je plus sur sa tète abrilee. Mettre mon voile, et bellement veiller En doux espoir de le voir s'éveiller?
Jésus avait pitié de sa mère, et voulait bien venir à sa rencontre, en allant au jardin des Oliviers pour lui adresser ses derniers adieux; il la priait de ne pas le suivre.
Ne deman !ez où je vais, ô ma mère!
Je vais où veut la voiilenlé du Père; Ne me suivez, ains avec moy priez, El rassurez vos esprits effr:iyes ; Je reviendray vous voir en Galilée, Et vous serez de me voir consolée.
Marie.
Voudrais vous voir avant.
Jésus.
Eh bien! demain Vous rencontrer me convient en chemin ; Mjis n'ayez peur, en voyant mon visage Meurtri pt:ul-etre et suant u l'ouvrage. Car vais marcher pour ceux (|ue tant aimez, En des seniiers tout d'épines semés.
Marie.
A deux genoux veux marcher la première Pour les ùUiF.
Jésus.
Dieu ne le veut, ma mère; Ains app s UKty, si voulez, vims viendrez, Kt quand tous vont m<- liair, nr.iynien.'Z (^riaul pour eux, ai que Dieu leur pardo/mc, El du pardon u'excepiitrez pcrstunnc.
JUrip.
Ah! irton eh<T fils, panlonne/. aussi moy, Car tJ)Ul mon oeur «lelaiit en (;r.-ind émoi, El bien voudrois aux rbirU-h det étoiles Vous emporter bien eaclié dans mes voiles, • OiiiiKie auireloinen Egypte, ou plus loin. Las mon Dieu! bin! finil-il eslre U-moin i)e cesle mort que tant ai redoiiU'e!
JéMi^.
.Mère, avec itioy vivrez re.ssuscitiic llientot, et la , parmi tous le^ élus, .\urez un liU qu'on ne vous prr lidra plus.
Marie s'élr^ij^nflil enfin ,'i fi.is lr;nls en [.htiiraril el en joi^ruml les mains, et Jésus s'en allait en un coin du théâtre (|ui représenl/iil •« jnrdin (U'% Oliviers; car sur celle scène
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gigantesque on arrivait à l'unité de lieu par une décoration très-complexe qui contenait, comme nous l'avons dit, le ciel, la terre et l'enfer. Or, dans la partie du décor qui re- [)résentait la terre, on voyait la ville de Jérusalem et toutes les stations principales de la Voie Douloureuse. Ainsi tout se passait sur le théâtre sans invraisemblance, les acteurs passant d'un lieu à l'autre sous les yeux mêmes du spectateur, à peu près comme dans ces anciennes images oii une histoire est représentée tout entière avec toutes ses péripéties figurées sur les différents pians de l'estampe, où le môme personnage se trouve ainsi répété un certain nomb.e de fois. Ainsi sur le théâtre de la Passion, l'on voyait à la fois, pendant la prière du Sauveur au jardin des Oliviers, les princes des prêtres qui s'assemblaient. Judas Iscariote qui rassemblait les soldats du temple, et qui se retirait ensuite dans un coin pour compter ses trente deniers.
Or voyons mes deniers s'ils sont
De bon aloy, quel litre ils ont.
Si largent i icn et dûment sonne.
Car je ne suis vu par personne.
Vil, deux, trois... mais ils sont tachés,
Et les ecripls en sont cachés :
Est-ce verd de gris qui les souille
Ou peut-être ung petit de rouille?
M.iis plus je le vais elîaçanl
Plus s'estale... on diroit du sang!
Pendant ce temps le Sauveur va vers ses discijiles qui dorment, et revient prier son Père.
Dieu ! si m'entendre vous daignez De moy ce calice esloingnez Ains soit faiet pour (lue tout soit bien Voslre vouloir et non le mien.
T(,'lles sont les choses qui se passent sur la terre. Dans le ciel, le Père éternel couvre son visage de ses deux mains, et les anges qui S(jnt h genoux devant lui pleurent en silence. Dans l'enfer on se prépart! au combat et h la victoire. Cependant Uéelzébui) n'est pas entièrement rassuré.
Si par moy je vois terrassé (^'luy (|ui souvent m'a chassi'; J'ai oien paonr i|m; ne soit faincte, El ne |)uis le tuer sans (lainte.
J'apprehenile (jiie (est ellort N'esmousse le dard de la mort.
Il fl|)p<!lle donc un démon rusé, auquel il conlie II! .soin d(! siirvcilli.'r tout ce ({iii va se passer, et d'aller vilt- porter un song(! (;ifiviyanl dans rimaginalioi« de la femme de Pibite, nu'on voyait endormie dans hik; rti.nnbre liaule avec celle inscription naive ;iii-d<'ssns (h; son lit : 6'// est la femme de i'ihUr: car dans ces représentations la plupart des acteurs ne cessaient jamais d'être en .s(ène : c'est c(! qui evolupu; la manière dont b; dialogue est coiqte, el connnenl on etitend parler lour.'i lourdes acieurs (nii sonl <;ensés pat 1er dans des endroits abtiolunjeni séjjarés les uns des antres.
On suivait ainsi,du jardin <lesOlivicrscli()/ Onpbe , che/ Pilale et sur bj (wilvairc, lo
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• Irame sanglant de la Passion. La flagellalion, le cDuronneincnt d'épines et la })résentation do VKcce homo, étaient exprimés au vif, comme disent les auteurs du temps. Le portement de la croii était une procession (pie la foule suivait en pleurant , et qii faisait le tour non-seulement du tliéAtre, mais l'HCore de la place et ({uehiuefois de toute la ville. Nous voyons dans les mémoires du temps de la Ligue un dernier exemple de ces processions. La personne du Sauveur était représentée par le frère Ange de Joyeuse, capucin, qui traînait une grande croix, et qui marchait avec peine pendant que ses lonfrères lui battaient les épaules h coups lie discipline , et faisaient ruisseler le sang. Les auteurs de la satire Méninpee et les critiques protestants ont prétendu cjue la croix était de carton , et t]uc les disciplines étaient fie coton , impré^Miées d'un sang artificiel. Peu importe à notre sujet le plus ou moins de sagacité des inventeurs de cette malice.
Le crucifiement s'accomplissait sur la scène, que dominait la montagne du Calvaire, et les trois corps crucifiés demeuraient suspendus assez longtemps pour que ce leur fût une incommodité considérable. Pendant ce temps le ciel était en deuil et l'enfer en joie; les démons faisaient mille contorsions et mille bravades; la foule des Juifs et la tourbe des bourreaux éclataient en injures et eu moqueries obscènes et grossières , et ces grossièretés et ces moqueries mêmes, en présetice de ce spectacle de douleur qui consternait la terre et le ciel , étaient de l'efl'et <Jramati(iue le plus saisissant et le plus terrible; les rires alors faisaient pleurer, et les lazzis des bourreaux faisaient frémir.
Le grand mystère de la Passion se divisait non pas en actes, mais en journées ; on lui donnait pour prologue les scènes de la naissance et do la vie (lu Sauveur, et pour épilogue la grande scène triompliante de la résurrection ; rarement le même acteur pouvait rem[)lir jusqu'au bout le r^le de Notre- Seigneur Jésus-Christ, comme le prouve la Ohronicpic de Metz , dans le passage que nous allons citer :
n L'an lV-'37 , le ,3 juillet , fut fait le jeu de la Passion en la plain(> (U' V'eximil, et fut fait le parc ( théâtre] de très-noble faroii; car il était d(; neuf <''tag(\s de haut... Kl fut Dieu un sire appelé Ni(;(»le, curé de Saint-N'iclor de Metz , le(piel fiU pres(pie mort en croix, s'il n'avait été S(!couru. On convint (pie un autre prêtre fiU mis en croix pour parfaire le iiersonnage du crucifienuMit pour ce jour; et le lendemain ledit curé de Saint-Victor parlit la résurrection , et (it très-hautement S(m personnage... Lu autre prêtre, (pii s'.-^ppelait messire Jean de Nicey, cpii était chapelain de .Métrange, fut Judas, hMpiel fut nres(iue mort eu pendant; car le cour lui laillil , et fut bien liAlivcmetit dé|)(>ndu. »
Le mystère de la Passion , tel (juc nf)us lavons encore, rem()lit un volume in-folio, et un grand nombre de manuscrits en donnent de nombreuses variantes; on y a ajouté tous les prologues tirés tant de l'Ancien que
(lu Nouveau-Testament. Dans l'un de ces prologues la famille de Marie est visitée par un parent nommé Abias , qui s'adresse ainsi à saint Joachim et à sainte Anne, en leur montrant Marie :
Ksl-ce pas ici votre fille .Mai-ic, (jue je vois si habile Sage, courtoise et amyable A tous vos amis acceplal)ic ?
Puis , s'adressant à la très-sainte Vierge :
Que dictes-vous ?
Marie.
Ri(^n (jiie (ont bieu.
Avez n<3cessilé ?
Marie ^
De rien.
Abias.
Que voulez-vous?
Marie.
Vivre en simplessc.
Abiaj.
El l'eslal mondain:
Marie.
Jt; le laisse.
Abias.
Que souhailez-vous ?
Marie.
Dieu servir.
Abias.
Après ?
Marie.
Sa ^'ràce desservir (mériter).
Abias.
Voulez-vous pompeux babil?
Marie.
Non.
Alliais.
De quoi parée ?
Marie.
De bon renom.
Voilà bien le modèle de ces dialogues énergiques, simples et rapides, qui plus que toute autre beauté ont fait la réputation du grand (Corneille.
Salan lui-même, dans l'enfer, fait l'éloge de la saillie Vierge. Voici ce (ju'il en dit dans la même version du grand mystère :
Eili' (^st pins bolK» que Lucrossc ,
IMiis (|nf S;tra dt'voie et sape ;
('/(>sl uni" Jiitlitb on courage,
l'ne Esihcr en biiinilitt* ,
El Racbcl en lionneslcle : «
En l.uip:i(,'e eï.1 aussi licnignc
Que la sybille Tybnriine ;
IMiis (|iii' Pallas a de prudence ;
De Miin^rve elle a la l<)i|ncnce.
('■est la non paieiib' i\m soit,
El suppose que Dieu pensoit
R.icbcoler (ont l'hiunain lignage
Lursipi'il la fil....
Co mélange du sacré et du profane n'a rien d'étrange dans la bouche de Satan , (jui «si le génie de la confusion , et 5 qui l'on
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»)eut clirélieniienient attribuer riavejalion de 'toutes les fables du paganisme.
Le personnage de saint Jean le précurseur, qui paraissait au commencement du second prologue , était bien réellement un prédicateur qui s'adressait à bon escient à son nombreux auditoire , et l'exhortait à la pénitence.
Je suis venu pour vous le dire ;
Car ceiuy m'a voulu eslire
Qui fut. qui est et qui sera,
t]t pour nous tous en croix mouri'a.
Pour ce, préparez sa venue :