‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 122 sur 233 · I.a prophétie est advenue · texte numérisé non relu

I.a prophétie est advenue

Partant je parle ici à tous :

Ainandez-vous ! amandez-vous !

Amandez-vous, povres nieschants,

Amandez-vous, bourgeois, marchands,

Sans tant amasser biens mondains ,

Eh ! êles-vous tant incertains

Du chemin que devez tenir ?

Mettez peine de retenir

Mes bons et saints enseignements.

Se vous avez deux vêtements

Et de richesse qui vous point ,

Donnez à ceux qui n'en ont point...

Vous autres, seigneurs, gentilshommes

Juges, commis, odicicrs ,

Qui df'bvez estre les piliers

Soustenant la chose publiiiue ,

Ne soustenez débats ne pique

Envers aucunes simples gens :

S<nez de vos gaiges contents ,

Sans violence ne rapine ;

(ihacun t-n équité chemine...

El vous obtiendrez sans doulancc

La gloire qui toujours durera

In sœculorum sœcula.

Dans une variante de la br-lle sc^ne entre Notre-Seigneur et sa sainte mère, dont nous avons déjà narlé , la sainte Vierge supplie son divin Fils de ne [)as la rendre témoin de sa rnorl. Nolrc-Soigneur lui répond :

Ce ne S'Toit pas voslro honneur

Que vous, nure laiil «loiilre <l tendre,

Vt:issiez voslre vray lils cs'.fiidn',

En la croix et le meltie a mort

Sans en avoir aucun remord

De douleur et compassion.

Et ainsi le bon Siméoii

De vos douleurs prophétisa

Quand entre ses bras mendirassa ;

Dit que le (.daive de doideiir

Nous |K;n croit i'ànie et le cirur

Par conqias^iion trop amere.

Pour ce, ( onleiilez-Miiis, ma mère

Et confortez en Dieu \r)>,lre àme ;

Soyez forte, rar oiir|ues femme

Ne Miuffrit tant que \ousfrrei;

Mais en soiilTrant, riM-r lierez

l>a launiole du niart)ie.

La Vierge.

0 mon fiU , mon Dieu et mon hin; !

Eicum; ma fragilité! ,

Si jMr humainen p.iHsioriH

Ai laid U:lU-s requél4.-s vaines.

Jénos.

Elle* «ont doidcen et humaines, Prfx éd.«nU-<» de charité ; Main la divine volonté A prévu qu aullrencnt -««^ face.

MYSTEIŒS 818

La Vierge.

Au moins veuillez de vostre grâce Mourir de mort brève et légère.

JéSBS.

Je mourrai de mort trcs-amcre.

La Vieriîe.

Doncques bien loin, s'il est permis?

Jésus.

Au milieu de tous mes amis.

La Vierge Soit doncques de nuit, je vous pry.

Jésus.

Non, en pleine heure de midy.

La Vierge.

Mourez donc comme les barons.

Jc^us.

Je mourrai entre deux larrons.

La Vierge.

Que ce soit sur terre et sans voix.

Jésus Ce sera hault pendu en croix.

La Vierge.

Attendez l'âge de vieillesse.

Jésus.

En la force de la jeunesse.

La Vierge.

Ne soit vostre sang répandu !

Jésus.

Je serai tiré et tondu Tant qu'on nombrera tous mes OS...

Puis perceront mes pieds, mes mains Et me feront playes très-grandes

La Vierge.

A mes maternelles demandes.

Ne donnez ipie rcsponses dures.

Jésus.

-Vccomplir fault les Escriplures.

Ce dialogue nous semble admirable : ]o. rr)mbat entre une tendresse bumaine et uur. U'iulfts^a divine, celte mère (jui di'bal avec son lils les circonstances dti supplice dont elle doit être lémo:u , ces cris de la tendresse m.ilcrnelle (jui lutte en (piehpu^ sorte contre J)ieu même, et ces réponses vw ajiparence impitoyables d'un Dieu (pii n'épargne I)as sn mère, parce qu'il est jalcux de la gloire qu'il veut lui donner, (!t la sait assez forl(î d(; sa gr.lco pour tout (Milendre; vvs senlimefits divins, celti; foi terrible, cvAU) itivin(il)le espéraiice , cet amour surnatur<'l de la iiièr(; et du (ils, Ifjiil cela constituii un merv(.'illeux et une |)uissaiice dramati(|ue (pii ne saiiiai(Mi( être; méiiu! (:omi)ii.s de; notre siècle sceptique et railleur, mais adonné surtout .'i la sensibilité niaise de l'égoisme sentimental. Lscliyb;, dans son J'rotmHhrr, ne pouvait avoir de beautés |iareill(!s, et le mystère clirélien , rien (pie par um; scèm; pareilU; , s'élèv(î au-des.siis d(î la Iragé'lii; grecque et du mv.slère antique, autant (pio ri'vangilc e.sl nu-(i(;ssus de l'Odyssée, et (pjo llaciiK!, (\nus Alhalir, est supérieur ^ tout ce (pToMl nu faire de [tius beau les Sopliode (!l les Ijinpidc!.

Oue manqiie-l-il d'ailleuis au mystère du

M VST LUES

la Pits.oinn |if)ui iMre un imnx'iise inmmnioi r lilU^rniie? L'n»; langue plus l'orniéc ot le ?lyle lie Racine ou de Corneille. (Jnoi qu'il en soit , ees reprc-^entations vraiinenl religieuses, auxquelles assistait tout un peupUs celte scène (pii représentait l'univers , ce drame surnaturel , grand et merveilleux «"onnnc une épopée, terrihle comme une tragédie, vrai connue un sacritice, ce théiUre h plusieurs étages, élevé dans une plaine d'où une immense nudlilude peut assister au spectacle , tout cela rend bien misérables et bien mesquines nos plus belles salles de spectacle avec leurs loges étroites , leurs idanches resserrées , leur lustre fumeux , leurs toiles peintes el leurs orii>eaux. Puis, <iu'est-ce donc, je vous prie , que tous les mauvais romans tragiipies ou comiques dont s'amuse notre public civilisé, auprès de ces nia.;nitiques émotions lliéàtrales qui taisaient palpiter à la fois tant de poitrines dans les })lanies ou sur les immenses plac(>s que remplissait autrefois, dans des siècles réputés i)arbares, de ses terreurs et de ses pompes surhumaines le mystère de la Passion?

A ce grand mystère, clef de voûte de tout rédilice de la dramatirpje chrétietuie, se rattachèrent bienlùl une foule de mystères empruntés, soit à la Bibîe, soit à la légende d- s martyrs. Les miracles de siint Nicolas, la belle allégorie de saint Christophe, les combats des vierges célèbres , telles (juc sainte Agathe , sainte Agnès , sainte Ursule, sainte Catherine, et surtout sainte Marguerite avei; sa terrible gargouille, fur.-nt successivement mis en scène. Le plan et le style de ces tragédies primitives étaient tout simplement dus aux traductions got'.iiques et rimées de la Léf/ende dorée et des autres vieux légendaires, traductions ([u'il ne faudrait pas mépriser sans examen , car elles sont d'une grande exactitude pour le sens et d'une atlinirable simplicité pour la forme : deux caractères de beauté. Pour que nos hMteurs puissent com|)arer le stylé des mystères avc(î celui des légendes riin(''es, et jusiilier [ileinement ce que nous avons dit de l'iihMitité des deux manières, nous donnerons ici tout entière la légende de sai?ite Marguerite, (pic nous avons retrouvée dernièrement snrcjuelques feuilh.'ts détachés d'un vieux livre. Il ne nous a pas été dillicile (1(> rétablir le vieux texte, altéré en (pielques endroits par utkî impression plus moderne. Voici cette légende dans toute son intégrité :

La vie de Madame sainrtr Maryucrilc, vierge et marti/re.

Apr(''<i 11 «..\in( le p.Tssion

!>(' Ji'siis ri l'nssnisinn.

Kl <|ii°il fut aii\ s.iiiicls rioiix inoiilo ,

l'Iiisiciir*^ fiironl dr prnmr Itoiilé ,

l>p mo'iirs »l do n-ii^ion.

Après la pri'dir.ilion

l>i's ap<isiros , rnminr rst rsrripl,

Tiinflrm! la loy <!<" Jlu-Mis-CIni»! .

I>fs ^ iiMix, dfs jciini's. d)>s nilaiil> .

bi'piiis Irs prlils jiis*pi'aii\ grandi» ;

•••s dainrs, aiissi drs p'ici-jli > .

ym rNloyciil dr JlicodS aiitclic!» :

MYSTKRES

rinlro lfst|nt'llrs mic avoii •Jiio M.irgiirrilo od appcllnil , Lacpifllc fui b'wu ailvi>«e Si vnnliil osUr liapliséc , Fît laissa la loy snrrasinc Sorrclomonl pour la divino.

Sans le révéler a son perc , A SCS amis ny à sa mère.

Kl rlès lors mit tout son plaisir A Dieu hion aimer ol servir.

Premièremenl promis liiy a Oiio jimais ne se mariera , Mais vir^inilc panleroil.

DAnlioi lie n.itifve esloit Killc de ïliéodosion , l 11 grand palriarelie paye», Kt S.urasine osloit sa mère , Qui monli l'aimoil ot loiioit ohorc.

Son peio, (jui pas ne laimoit , A niorvoille la liaï-soil.

Tionlo de corps el i\o visape, lioniicto, vcruiense ol sapo ; Ses diis parents p;Mi Iny (Imvront, Tons do(i\ en iina; lenips lii'passcreoL Donc domoura jonnt! orpheline i>e sa nourrice la moscliinc, {}n\ l'avoit nourrie on onfancC- K!l(> lui apprint s;i croanc" , Kl la loy (le chrélieulé.

I^lie savoil sa voulenlc El la cofçiioissoil do jeunesse :

.\ussi l'appcloit s;\ niaitressc.

Kilo gardoit de sa nourrice Les liroliis, pure de loiit vice, Los nienoit de jour eu paslure, Kl do vo siècle navoil cure.

Illle osloil mise pauvremonl.

Mais le corps avoii iiol ol geot .

Los yeux Aords et claire la face, (ionniie celle ipii de la grâce Nosiro-Seigneur osloit garnie Kt de sou amour sy remplie.

Kl l'aynioit si nos ard nimeul rue navoil d"aultro pensomenl.

A le servir mettoil sa cure, l u jour advint, par aihonliire , (^•iiflle ;iiloil se:> luoMs gasilanl, iMiliriiis par là passant Soigneur ilu pays, sy larda, Au visag(> la regarda :

Uiitro passe, mais sans séjour , Tant fui esprins iio son amour , Sans pieiiiire garde au Mlomonl Mais an corp^ (]ui osloit iros genl , ^iiTincoiiliiieiil \a envoyer Vers la pueell • nu messager.

Pour mieux s;ivoir (|ui elle esloil, l'>t si aimer elle vouloil.

Le messager y est ail»', l']l à la pucolle a parle , Kl Iny a conuneuco do dire :

l>am()iselle, mou maislro ol sire, Qui nagiieros par cy passa l'ar devers vous ounovo ma Savoir commeul \<ius axe/ imuu , l.l si \ous l'aimere/. ou non :

Qui xous oies, do ipielles gens , Kl aus.si ipii sont xo> païens.

Quelle est la loy ipie vous lene/. lU'vaiil ipiel Dieu vous prosioruo?., Quelle loy garde/, ol créance ?

- Sire, dil-elle, des l'oufance •t • suis eliiesli<'uuo el baplisec Kl de Jiiivsus-C.lirisl ripiiisée , Qui ne (piieis aiillre amy avoir.

- IJoll •. je vous lavs a>saxoir.

Que bi vuub aimez nmii seigneur,

8il MYSTERES

Il vous eu viendra grand honneur ;

lia chevance , auclonle ,

Crovez qu'il est l»ien hente

El possède grand seigneurie :

Donnez-vous à luy, je vous prie ;

Il vous aime de tout son cœur.

— Vous direz à votre seigneur

Que suis ancelle à Jhésns-Clinsl ,

Qui pour nous mort en crois soulînl ,

Et quautre je ne veulx aimer.

\donc s-en va le messager

Vers son seigneur, el luy raconte

Que de lui n avait tenu compte

,.a pucelle, mais luy a «lit

Qu'elle est espouse a Jhesus-tlinsi.

Lors le tvian la faict quérir ,.

\ celle lin de la punir.

Devant luy elle est amenée

Et l'a présente arraisonnée

En lui disant : Belle pucelle ,

Es-iu, dv moy, franche ou aneelle .'

Quelle est ta loy ? le veulx savoir ,

Et sy te fays rementevoir

Sy à mov ne veulx consentir ,

Tu l'en pourras bien repentir.

Croy-mov, et tu feras que sage,

Si te pr.'ndray eu mariage.

Lors r. pond , comme bien slylec ;

Marguei ile suvs appelée.

Je cVovs en Dieu lomnipolent

Qui tous les siens de mal défend.

El en Jliésus-Chrisl, son seul b ils,

Qui nous sauve de grands périls

Où nous estions par mauvaisUe

Que fil Adam le dévoyé.

le prévôt dit : Tu n'es pas sage

De meure à celiiy ton courage

Que les Juifs si fort maltrailèrenl,

El après le crucifièrent.

Elle répond : Ce fut folie,

Toute leur genl en Cbl périe.

Quand le pr<;vot vit qii'.ll.; esloil

Ferme eu son cas et persi-ïloit

A pou qu'il ne se voiilust pendre.

Adonc lisl la pnrcll.: prendre

El mellre en priMjii bien fermer,

l'uis (iii;irid survint laiilio journée,

DevMiil sov la lit amener

l'our la \a"incre ou la romlamner.

Lors luv a dit : Enleiids a moy

Laiss<; ion Clirisl cl prends ma loy,

Aiitrenienl l'en reiientiras :

Car plusieurs touniienls sf)uflriras,

El après en feu seras arsc

El la poussière au >enl esparse.

La viert-'C répond brièvement :

Sy mon corps lu mets en louriiienl,

Mon àniesera bienlieiirée

El parmy les vittiges parée.

Quand le prevol si l'entendit

Il c.uida ( rêver de des|»lt.

I»rs (ouimanda (pie lonle nue,

De fortes ver;çes lu->l balliin :

Telleinenl ilevant et derrière,

Qn il ny denieurasl |ieaiie entière.,

AOonc Uiiirreaux plus n alleiidirenl,

El UmiU; nue liant la peu liieiil;

Sa Idanehe cbair et delié<;

Ont Uni l»;illiie el flagellée

Qu'ils ee laisviil cuir ne, peau suuiC,

Mais aïnvy que d'une fontaine

Heii va le san^ aval courant

El telleinenl la vont liallani,

Que rrM\\ «jui la aiilour esloyent

I'lii% regarder ne la fMuivoyent,

i;inl |KMir le vuix qui d elle, yss<ul

y.n: |»<»ur douleur qu'elle soulTioil.

MYSTERES

Olibrius, fier et despit

IMus (lu'un lyon ne un aspic,

Luv crioit : Fausse Marguerite,

Escoute-moy, plus ne m'irrite.

Croy-nnïy et fais ma volonté,

Tu peux revenir en santé.

ri ceuK qui estoyenila autour

Luy disoyent tous : Croy mon seigneur.

Le croys, et lu feras que sage :

C'est un moult riche mariage

Que mon sire t'offre el présente.

Ne te perds pas, belle jouyante

Ou par enfance, ou par fohe-,

Saulve ton corps, saulve ta vie.

Ha, ha, dit-elle, folles gens

Qui me vovcz cy en lournicns,

€uidez-voûs que je me vay rendre

\ qui par bourreaux me veut piendio

El que Jhésus, mon seul soucy,

I\Ie laisse à pareille mercy ?

De grand folie mesprcnez.

Vous qui tels conseils me donnez.

De perdre pour vostre seigneur

L'amour de mon Dieu créateur.

Si me vovez cy en tourment,

Mon âme ira plus prompiement

En paradis avec les samcts;

Pourtant ce martyre ne crams :

Laissez vostre folle créance,

Ayez en Jhésus-Cbrist fiance,

Qui donne joye à ses anus

Et les met en son paradis.

\ luy se vous ne vous donnez,

A lousjours mais serez damnes.

Or, ainsy qu'elle remonsiroil

Au' peuple qui présent estoit,

Olibrius va pourpenser

Comment mieux la fera cesser,

Aux bourreaux dit : Qu'on la despendo.

Et qu'en la chartre on la descende

Où n'y reluit nulle clarté,

Ains est pleine d'obscurité.

Si la der.pendent et la memenl

El de la tourmenter se peinenl

Dour avoir grâce à leur seigneur.

D«> gène est entrée en grigneur.

M'huysde la chartre esl^cnuo

Toute sanglante et toute nue.

Mais avanl que ded.-.ns s incline.

Du signe de la croix se sine.

Donc en ceste chartre on 1 avalle.

Toute noircie, et devinl pasle Qnand le lieu vit noir el •.'l;.^^'"' Moult au cd'iir lui lut gnel et dur Ne se peut tenir de plourer.

Quand < eaiis luy eonvinl entrer.

Oiiand fut l^ dedans sans lumière Elle simlina contre terre \ deux genoux devolement :

Dieu réclama mouU tloueenient.

Eu luv |uiant (pu; par sa gia<e, Il lui mmistiMst en teste place Celui «pii gr.;v<r la voiiloil î-'l 'i elle se eoinballoil.

l-il ipiiuid ell.î eut fait sa pricrc Suliiteuient une lumière Si entra dedans la prison :

|,orsadvisa un lier dragon l'ii eesle charlre ou elle e:>l(»l ' Qui par la gueule feu jelKut l'.r les yeux el par lesoieilles I,;, i.-sle a voit grosse a inervCiIlCS Des pu;tnteurs de smi baleine IsU.il la ebarire. tonte, pU-ine.

I)uand le vil vers elle venir |:||.. lie seeiit que devenir, M lis elle prinl en !»ieu fiance.

82S MYSTERKS

Si luy priîi sans dciiHMirai.rc :

\ rav HitMi (jni formas paradis Kl (rnifor ganii^ los ainis, «lanio mon corps do ccslo Itoslc, Qu'elle inc face ancun moleste.

(Jiiand enl son oraison finie, 1,0 lier dragon la Iransgloiilic, Mais en ce danf^ier se signa, Kt le dragon parmy creva»

Si que la vierge pn-venne De iamour de Dieu est yssue Hors du dragon cnlière el saine, Hc l'amour de Dieu pins certaine (,)irelic n'eusl éli' paravant l'anjuoy elle va Dieu louant.

Adonc vint à elle un gran I dyable Par trop laid et espoinanlahie, Kn forme d'homnio semldoit (v-tre; Mais quand r.-ïpperccut en eest e>tic, Kn oraison se prosterna Kt dévotement Dieu pria, Kt quand elle fut relevée, Par la dexire la empoignée Kny disant que elle cessasl Kt jà plus lie le lonrmcnlasl, El (|ue sullire luy devoil Ce qu'à son fr, re faiet avoit.

Kllc. par les clievtux le happe Kt contre-ment lejelle et frappe.

Le pied sur le col mis luy a Et le liallant Iry dit cela :

Estans toy snus moy cnncniy.

— lia ! dil-iljje te cri morcy; Pucelle je me liens vaincu.

— Or me dy doneques qui es-tu Et qui t'a faict icy venir?

— Dame, puisque c'est ton plaisir.

Tout mainlenanl te sera dict :

Mais lève Ion pied un pelit.

Et lotit mon crime te diray.

D'un mot jà je ne meniiray.

Eors un pelit l'a desserré Et lors luy a lonl d('claré Que IJeelzeltuI) nom avoit El que illec venu e^loil Pour la grever cl dommager Et pour son compagnon vangcr, ()ui en semldance de dragon K'enploulisl; mais le fauK glouton Qui s'esloit contre elle levé.

Tout par le ventre cstoil crevé.

Je nie délecte en tous les teins A guerroyer les chrislians ; Je les fay leur foy démentir, El quand au licl doiliviMil dormir.

Je les faicl de leur licl lomlier Pour les voisins aller rolier.

Ou pour anslre péché comnu'llre Kn quoy je les sens enclins esire :

Et quand en peux aucuns leuir Kn enfer, je les fays bouillir.

KoTaumenl m'a servi Ion pi^re.

Pareillement aussi la mère, Ainsy a fait (ont Ion lignagi*, Slais ne peux vaincre ion courage; Jlieiix as faicl que ta parente, r,ar tu as prins chrelitulé, Parquoy je n'ay pouvoir sur loi.

Mais nonoltslanl tpiaud est de moy.

Je l'ay toujours élé conlraire.

Kl des lourmenis je lay fail faire Prendre te fis, lier cl pendre.

Encore tu peux |>is allendre, Sy ne fays hienlol le \ouloir noiihrius qui a pouvoir t>c le dclixrer du mai lyre.

Vlnand la Niergc l'cubl oiiy dire

MYSTKUES

Toute sa harangue el son conU:",

Klle n'en (il mise ne compte.

Mais pria nosire Seigneur Dieu

Que mettre le fisl en un lii-u

Que jamais à nul ne im-sfil.

Lors nosire Sei:;neur Jhésus-Christ

Si fist tanlost ouvrir la terre.

En laquelle s'enfuit graml-errc.

Quand il eut la vierge laissi",

Tanlost le tyran a pensé

Faire le peuple rassembler.

Si a faicl la vierge amener

Devant luy rigoureusement:

Si luy a dit piibliquemenl.

Pense en ton cas. enlens à mo>,

Laisse ton Dieu et prens ma loy.

Autrement le feray mourir

El en tourments les jours finir.

Pille répond que pour menace

Ne pour tourments qu'on luy en face,

J I son Créateur nelairra,

Ains toujours toute en luy croira.

Adone, quand si ferme l'a veiic

La fit despouiller toute nfie,

Kt brandons ardens fort soiifller

Dont les côtés luy fil brûler.

Puis luy dit qu'elle le reccust,

Laissast Jésus, et Maliom creusl

Kllc respou'l (pie non feroit

Pour tout l'or qui au monde esloil.

Alors se prinl à forcener

Vu grand vase a faict amener

D'eau bouillante l'a fai<t emplir.

Pour dedans la faire mourir.

Mais luy a faict premièrement

Lier pieds el mains fermcmeul.

Quand dedans a élé plongée,

De prier Dieu s'est elToreee,

Et dit ainsi : Père puissant,

Confort de tout l'.on Christian,

Par ta vertu romps ces liens

Dont la mort a sauvé les liens.

Desquels yssit ne partir puy

Si ton saiiict nom n'est mon appui.

Quand eut liné son oraison,

La terre trembla environ.

Le ciel s'ouvrit soudainement.

Duquel un ange clairemeul

Une couronne a déposée.

Qu'il luy a sur le chef posée;

Puis luy a dit : Viens t'en, amie.

Tu auras perdiirahle vie.

Ne l'esbabis, sœur Marguerite.

Car Dieu t'aime d'amour d'eslile*

Aves en luy bonne fiance :

La couronne est signiliaiiec

Que je t'ai préseule donnée

Dont Dieu l'a si bien coiiionnee.

Qu'avec nous viendras par martyre :

Ce te mande Dieu nosire sire.

Kl quand l'ange si lui euUlil,

Incontinent s'esvanonit.

[,a vierge Marguerite alors

Hompanl liens yssit dehors.

Dont Vi'ux (]ui esloyenl environ

Kiirenl con\erlis par r.ison.

Le nom de Jlu'sus-Christ louèrent.

Kn lui crenrenl, leur loy laissèrent,

Kl y en eut plus de ciiui mille

Qui furent menez hors la ville

DAnlio<he où par le prévosl

Kveciitcs furent la losl

Kii grand douleur el grief lourmer.t.

Puis commanda qu'en ce moment

Marguerite fnst amenée.

Kl (|iie tanlost fnsl décollée,

pour ce qu'clU' convcrlissoii

31\STERES

Chacun el cliaciinepresclioit

\ croire en la foy Jhcsiis-Clirist.

Alors un Loiirrorsi Ta prit

(Jui, sans plus braire ne tancer,

Liiy voulut la teste trancher :

Ains la vierge si luy requist

<Jue un peu attendre il voulsist

Qu'elle eust faicte son oraison :

Kt voyant que c"esloit raison,

Il lijy respoiid de son bon gré

En disant : Fais ta volonté.

Donc à deux genouils s'est placée.

Et sa prière a commencée ;

0 Jhesus-Chrisl, mon rédempteur,

Chacun te doit porter honneur.

Te louer, le craindre et servir,

Car pour nous as voulu souffrir.

En la présence de ta mère,

.Mort et passion trés-amére,

El au tiers jours ressusciter,

El puis après au ciel monter.

Pour nous ouvrir ton paradis

Duquel nojis estions interdits

Par le péché de nos parents :

Humblement grâce je le rends

Des biens que m'as l'aicts en ma vie,

El outre plus je le supplie

(Jue mon âme tu veuilles mellre

En ton royaume et en ton estre,

El que la veuilles préserver

Des lacs de Ir-nnemy d'enfer,

El par mériU's el tourments

De la mort qu'endurer j'atu-nds.

Tu pardonne a ces gens icv,

El lu leur en face mcrcy ; '

Car ils ne savent pas qu'ils font.

Pareillement ceux qui feront

Mémoire de ma passion,

El qui, par grand dévotion

Aie querront en nécessité,

Que tu les gard' d'à Iversilé-.

Et après le prie et requiers

Que lu ne veui.'lei ouidier

Ecs /emmes quand me rcipiernml

El en peine d'enfants seront.

Quant feront ma passion lin;

.Mon griel lourmenl et mon martyre,

Que leur m;il far e tost fiiier,

M leur fruit Ijaplèuie gaigner.

Quand l.i pueelie liienheuree

Eusl dit cesle oraison lioréc,

Lue voix du ciel deseendil

Qui luy a resjioridu et dicl.

Dieu a ouy ton oraisiin,

Si fera la pétition,

F'uis eneoie t'a octroyé

Plus que ne l'en avois i»rié,

i.ar qui lie ca-ur l .ppelier.i,

Jhé»us-(>lirist pardon lui Tera :

El tous ceux (\m le re(|iierrriiil,

El Ion sairKl nom .'i|>pelleroMl,

I)e^ ennemis auront \i(ioire,

El enfin paradis et gloire.

Or va et reeoy ton marlyre,

Si u- mande Dieu noslre sire,

Car IfH anqes hi s<»nl lranftuii.4

A la fiorle du (laradiH,

Qui aliendecil ion Hainel enprit.

AdoiM au j.oiirel elle ;, (|,rt

Que il fil d'elle a son idaisir,

El qu'il en a>oil hoii loisir :

U' chef baisse, le «ol esleiid

El vrluy (iert, plus n'y attend,

A un viil coup la dérollée,

El lime loiil droi<:l est volé-e

En paradis rlonl est c(Micier((e

Ea ».iinctc el hiciilieurcusc Vieryc.

MYSTERES 826

Or ainsesl finée Marguerite Dont icy la vie est cscrile.

Les anges l'emportent chantant El nostre Seigneur Dieu louant.

Théodore fui un preud'hoin

Qui luy livroil en la prison

Pain et eau dont elle vivoit.

Et de jour en jour escrivoit

Pour l'honneur de Dieu, sans mentir.

Ce qu'il Iny voyoit advenir.

El puis après secrcltemont

Le corps a mis honnêtement

Luy et plusieurs bons chrislians

En terre pleine d'oignemens.

Puis sa passion envoya

L'espace de temps qu'il alla

Aux églises et dévols lieux.

Et lors vissiez jeunes et vieux

Venir pour giiérison avoir

De mal et sa'nté recepvoir.

Lesiiuelspour vray i's s'en alioyer.i

Tous sains quand jls s'en relouiiioyenl.

Or prions la génie pucelle

Marguerite, de Dieu ancelle.

Que pour nous prie au Créalour

Que il nous doini la sienne amour.

Et en ses onivres maintenir

Par quoy nous puissions tous venir

En parailis la saincle vove.

Amen, el que Dieu nous i'oltroyc.

On peut voir, par los vers de cette légendo, comme par nos citations du mystère de la Passion, (jue la poésie française, tout informe qu elle d'iail alors, n'était cependant pas dénuée de toute grâce et de toute harmonie. Plusieurs des vieux mots qu'on employait alors ont un charme et une euplionie tout particuliers. Le récit est simple, le style e.st sans prétention el presque sans ornements, si ce n'est pas un très-bel ornement que celte suiif.licilé mèiiK!. On trouve dans les dialogues de .Marguerite avec ses bourreauv ce sublime (pie Pierre Corneille a si bien su emprunter aux actes des martyrs. Nos lecteurs ont i)u remanpier que la célèbre réponse de .Mirabeau à M. de Hré/.é : Allez chrc à votre mnUrc, (\n\ f)assc pour un beau trait (i éiorpienee moderne, se retrouve dans la légende de sainte .Marguerite, lorsqu'elle répond aux envoyés d'OlilMius :

Vous direz à voslre seigneur Que suis ancelle à .Ilicsus-Clirisl Qui pour nous mon en croiv soulfrit, El qii'aiilreje ne veiilx aimer.

Telles sont donc les premières .sources des beautés du lliénire moderne, qui nous semble èlre fîMcore dans renf.uiee. Les m\ stères du moyen A^^e en ont jiosé les priii("ipes el en ont déterminé les motifs; la Ueiiai.ssanee, |)ar so'i retour vers l'éléiiuînl anliijiie, a préparé un .synr:rélismo des belles l'oriiKîs anciennes el des grandes idées nouvelles, Les tragédies imitées de Soplidch; (!i d'Kunpide n'oiil étérpjo des exercices et dis versions grecfpies , roinine nous l'avons déj/i dit, el n'ont mis en progrès (pie la grammain! du llié;Ur«'. Mais ijin; nous importent hja Pélopide.s ?

Et loi, triste famille, .i qui pieu lakse paix Uacc (l'Agamcniiiun qui m liuiii jaiiiaiu,

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I>«)iU jt* >oy:iis nartonl les aUtntals claNsi(jiics El les assassinais mis en vers hrroiijues !

Rarino cl Coriicill»', los deux tarauds mnitrt'S (lo l'art (.lramali(|U('. oiU du iiuiins connu cl touché le but de leurs cllort.s ; chacun do ces deux pères du lhéAtr(> français nous a d(Min6 un admirable mystère, (pii a été le dernier mol de son talent. Ainsi Racine n'a recueilli l'héritage harmonieux île la poésie antique des (Irccs, et (',orneille n'a ressuscité toute l'énergie des vieux Romains quv i)Our en embellir le style de la tragédie chrétienne , et inaugurer dans toute sa j)erfection la poésie dramatique dos mystères du moyen âge.

Alhalir et Poh/enctr, telles sont pour nous les colonnes «rHcrcule de l'art dramatique : mais il mampiait encore ^ Racine et h CoriK'ilIcnn théâtre (ligne de l(>ur génie. Lorsque Cornedh; écrivait le Tù/^l croyait travailler })Our une svfink) multiple, comme on en voyait aux théâtres du moyen Age , et prenait toute une ville pour unité de lieu , comme les auteurs du mystère de la Passion prenaient l'univers tout e"ntier, et même plus (pie l'univers, puis(jue leur spectacle embrassait le ciel et l'enfer. Dans nos IhéAtres, où resi)ace maïKpie, on supplé(î h cette sorte (rubi(iuilé par les cliangemenls à vue, qui ont toujours quehjue chose de grotesque et (rim[)Ossible. Mais enlin l'on fait comme ou peut.

De nos jours on a senti la nécessité d'intéresser le drame en mettant sur la scène les grandes catastrophes dont la tragédie classique permettait seulement le récit; et en cela on s'est encore ra[)pr.)ché des mystères du moyen Age. Il est h croire (jue si Corneille eilt vécu dans ce temps-là ou de nos jours, il eût accompli la conversion de Pauline et de Félix sur le corps sanglant du martyr; Racine, dans Alluilic, a pressenti ce besoin des grandes scènes el des coujjs de llK'Atre : le ( ouronnement de Joas est un tableau magniliipie, cl pini s'en faut que la marAtr(.' ikî soit nnmolée sur la scène.

Le drame moderne, (pii s'adr* ssc aux [tassions des masses, n'est (pi'une parodie des anciens myst('res au | rolit des doctrnies fliilichrétiennes; maison S(! Lissera bient('it dt^ tous r.rs meurtres, do ces adultères justifiés, de CCS |)roslitiitions (pi'on excuse. Nous avons vu d(Mà reparaître sur la scène iWs boulevards (ms mvslères poitant ce litre, el oil'ranl une imitation bien MU|iarfaito «nicoro du théâtre d«! nos pères. C'est ainsi (pi'on a joué le Frstin de /fallhtiznr, le Juif-h'rranl (non pas celui de M. KiigèueSue). Dnn Juan (U Mnrana ou la (liiitr d'un Ant/r, le Mirnrlr des Roses, imité de la h'-gendiî de sainte Kli- .sabcth, d(! M. de Montahnnbert, et (|u'au moment mémo où nous écrivons on j(tue sur le théAire (l(î l'Ambigu une jiièce lir e d'une légen<l(; brolonne, (jui porte pour litre : in Ml/stère.

Mais nous no croyons pas (pie des pièces rM)uvelles , composées sur \o. niodèb) «les nijiblùrcs du moyen Age, puissent jamais

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réussn- tant qu'on ne leur rendra pas leurs magnilicpies accessoires: un théAlre immense et h plusieurs étages, des décors féeriques, des etfets de scène gigantesoues, et surtout, mais ceci est le plus diflicile h obtenir, la sympathie croyante des spectateurs. Il faudrait en outre réunir dans cette œuvre si diflicile le style de la belle tragédie, le mouvement et la terreur du drame rou\anti(|ne, et tout le prestige du grand Opéra. Le théAlre où de semblables pièces poinront être jouées n'est certes |)as encore bAti.

Le mystère est, h nos yeux, une synthèse dramali(pie, et comme nous ne doutons pas (jue la foi catholi(iue, victorieuse enfin dans ses derniers combats, ne doive accomplir son œuvre en régénérant le monde autant dans ses beaux-arts (pie dans ses lois, nous croyons qu'une littérature nouvelle et parlaiteinent calholi([ue remi^lacera tous les essais informes cpi on a tentés, so.t pour galvaniser le cadavre de la tragédie j)aïenne, soit j)Our aninuT des larves et des cauchemars, avortons du drame romantiipie. L'Eglise alors reprendra la direction et la censure du IhéAire, (pii lui appartiennent de droit, luiisipie le théâtre est une chaire d'enseignement public, et que l'Eglise seule au monde est l'héritière légitime de ceux auxquels il a été dit : Allez et cnsci(jncz.

Les idées que nous avançons ici pourront sembler paradoxales à ceuxqui n'ont jamais com|)ris ipie la littérature profane, el nouvelles |>eut-ètre au grand nombre do nos lecteurs. Nous les |)rions de consi<lérer sans préoccupation les teu: lances littéraires de notre époque, et de tenir compte de toutes ces aspirations encore vagues, mais si ardent(!s, h des croyances fortes et h des émotions durables. Nous les prions de rélléchir sur les grands succès de notre siècle dans toute l'Europe, cl de comparer les travaux drainali(jues de Byron , de Shakespeare, de (îoétlie , et mèmti de Victor Hugo, avec les tiagédies grec(iues d'un coté , et de l'autre avec les mystères chiéliens , jinis de nous dire en conscience qu(>lles sont, h leur avis, les tendances de la littérature moderne, si elles ne sont pas plutôt chrétiennes (juo païennes, même dans leurs dout(>s et leurs lj|as[)hèmes: si le tourment de tous les c(eurs n'est pas le besoin d'un énergi(]ue retour h Dieu; si l'on ne siMit pas avec douleur un vide inmiense dans fout C(> (pii n'est pas lui, et si biiMit(')l on pourra trouver le moindre inl(''(èf dans ct^ monde, où tout passe si vite, et où l'esprit humain use si t('>l et brise si facilement tous ses jouets et toutes ses idoles, à tout ce (pii 110 .se rattache pas aux gratides (pieslions de la foi, (pii ne nnnirt |>as , (>t de l'éternité, dont le tr('tne est inéiiianlablo.

Ciueiho cl Shakespeare, les grands révolutionnaires du tlié;;tre moderne, sont devenus cié<iteurs en r» tournant tout droit h la grande et audacieuse [)oésic (les mystères. Le premier Faust est un vieux mystère chrélien. perp(''lu('' jusipi'.^ nous de siècle en siècle, et vulgarisé même sur les tréteaux dos

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spectacles forains en la personne de Polichineile, ce type dilformc de l'Iomme vicieux qui s'enivre, bat sa femme, résiste à Tautorité et flnit par ôtre la proie du diable. Lo second -Faust n'a été publié qu'après la mort de Goethe, et lui a valu une mauvaise réputation d'athéisme, qu'il ne méritait peutôtre que par induction. Dans son Rêve d'une nuit d'été, et dans la Tempête, Shakespeare met en scène les bons et les mauvais génies, et dans tous ses drames il agrandit prodigieusement les limites du théâtre. Victor Hugo ne nous a donné encore que quelques essais à tendances révolutionnaires et socialistes; la littérature de l'avenir n'est pas là. Nous attendons encore le vrai drame chrétien et catholique.

Un peintre anglais, John Martyn, a parfaitement compris quel doit être l'effet grandio<;e de la mise en scène dans les mystères bibliques. Ses tableaux sont eux-mêmes des mystères en peinture. L'Ecroulement de la tour de Bidjel, le Passage de la mer Rouge, le Festin de Balthazar, la Destruction de Babylone et do Ninive , représentés par le j»inceau titanique de ce hardi décorateur, sont bien capables d'inspirer le génie des poètes.

Dans les anciens mystères, on mêlait aussi léchant au récitatif. Nous voudrions ;Jonc nue les grandes ressources de la musique lussent, non pas [)rodiguées, mais employées pour augmenter l'etlet et la pomj)0 de co (ju'on appellera comme on voudra , tragédie chrétienne , drame biblique ou mystère , mais qui tiendra quelque chose do tout cela.

Nous faisons ici une utopie littéraire , nous le savons bien , et, comme tous les faiseurs d'ulopie, nous allons être mis en demeure d'essayer au moins nos propres théories, jiarco que c'est le devoir de tous ceux (jui indiquent un chemin nouveau d'y marcher les [ireriiif.-rs, dussent-ils y prêter h rire jtar leurs chutes. Nous ne refusons h personne cette preuve de loyauté, et soit [Kjur mieux exjdifpjer nos [iréceples [tar un cxemph;, soil ()our donner <'i pressentir tout re qu'on (jourrnit faire avec h; génie et le talent fpii nous manquent, nous oserons donner ici le lihretto d'un mystère bildirpuî tel qur; nous le lîoncevons , et qu'un plus habile pourrait f/icdcrnent l'exécuter. Nous avons pris [»our sujet l'origine des sociétés et d(;s pouv(»irs , N';mrf) I cl la Tour de f{.ibel , une lef;on (l()nu<'-(: à l'orgueil, (pii «;st hr viee capital de notre siècle. Mais dr»nnf>n.s notre ossai sans autre préambule ; il ne s'agit pas ici d Un modèle, mais d'un acte de bonne volonté.

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