‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 14 sur 233 · APOLLONIUS · texte numérisé non relu

APOLLONIUS

UO

qui vous opprimaiotit sont vaincus pnr les (li)ul(Miis nuMnes dont vous avez tiiiiinplu' ; ])uis il sôiùvo h travers la nuil rlornollc vers ios n'-i^ions du divin soleil, et une ascension (iMines, revôtues de la lumière qu'il (*[)anrlie sur elles, s'élève h sa suite ; les prophètes chantent la délivrance des saints; oii entend tour h tour la harpe de David, les canii(iucs d'Isaic et la puissante voix d'K- Zi^chie! ; Habaciic et Michée se font entendre tour h tour : Tu es norti pour le salut de ton peuple, pour la délivrance de tes élus ; et tous les saints répondent : Béni soit celui qui rient nu nom du Seigneur ! Quel dieu est semhlchlc à toi. Seigneur! reprend Michée, ^/la' est comme toi étant les iniquités et effaçant les péchés des hommes? Tu as comprimé ta colère et tu t'abandonnes à ta miséricorde ; lu nous as délivrés des ténèbres pour nous prendre dans ta lumière , et nos péchés seuls restent engloutis à jamais dans les abîmes de la mort !

Voilh certainement des tableaux empreints de la plus brillante poésie et des sources où les amis de la littérature rcli^neuse peuvent puiser les ins|)irati()ns les plus heureuses. Klopstock et Alexandre Soumet, l'un dans sa Messiade, l'autre dans sa Divine Epopée, ont richement développé ces scènes majestueuses, qui du reste rossortent si naturellement des mystères de notre foi , ([uc ces grands poètes ont pu en trouver la première idée sans avoir consulté pour cela l'Evangile de TNicodème.

APOLLINAIRE , — évoque d'Héraclée vers la tin du second siècle, fut une des lumières de son temps. Il fut l'un des premiers 5 protester, au nom de la raison, de la justice et de la science, conire les odieuses persécutions dont le christianisme était l'obj(,'f. Son Apologie, adressée h l'empereur Marc-Aurèle, était un ouvrage excellent, nu jugement de saint JérAme, qui devait s'y connaître. C'est aussi saint Jérôme ([ui nous apprend qu'Apollinaire d'Héraclée avait romposé cniff livres contre les païens et df-ux sur la A'érité. Ces ouvrages existaient encore du temps tie IMiol us, {|ui en fait reloge et quant aux idées cl (juant au style.

Saint Apollinaire avait laissé d'autres ouvrages (jui sont qualiliés de très-précieux par les anciens auteurs ecclésiastiques, mais dont les titres ne smt pas parvenus jusipia nous, et un traité plein de force conire riiérf'sie des montanistes. Il ne nous reste nen de tout cet héritage littéraire, et tout le bien (ju'en ont dit les écrivains contem- ,)orains ou subséqm^nts no |)eut servir (pi'à nous les faire regretter davantage.

Il y eut aussi deux autres Apollinaire, le père et le his, professeurs d'élo(|uence h Laodicée. Le (ils, qu'on appelle Apollinaire le Jeune pour le tJistinguer de son |>ère, fut (vèque de Laodicée et honoré de l'amitié dn siinl Uasile et de saint Alhana.'-e; mais so'i caraclèiu inquiet et superbe le sépara bientôt de ces grands houuni's : il voulut sonder la urufondeur des mystères et crut mieux éiablir la divinité de Jésus-Christ en anéan-

tissant sa nature humaine, du moins quant à l'Ame. Ce blasphème fut répété par la secte des apollinaristes, (pii l'augmenta des rêveries de plusieurs hérésiarques. Mais nous n'avons à parler ici que des œuvres littéraires de cet évè(pie. Il avait mis les Evangiles en action dialoguée ; et une tragédie sur la mort de Jésus-Christ, qui nous reste encore, semble avoir fait partie de cet ouvrage. On y trouve peu de beautés, beaucoup do longueur et une forme indécise entre ia stérile abondance des rhéteurs et la n)ajestueusc simplicité des livres saints. Quoi ([u'il en soit, on peut faire remonter jus- (pi'aux dialogues évangéliques et à la tragédie d'Apollinaire le Jeune l'origine de* mystères représentés au moyen Age par les clercs de la basoche et les confrères de la Passion. [Voy. Mystères.)

Apollinaire avait aussi mis en vers les livres historiques de l'Ancien Testament jusqu'au règne de Saiil, et en avait fait un poëmc en vingt-quatre chants, exemple imité depuis par {)lusieurs auteurs dont le succès n'a pas couronné l'œuvre , et spécialement parmi nous, par Guillaume de Salluste sieur du IJailas dont l'ouvrage, qu'on ne lit plus, eut un grand succès dans son temps. {Voij. Dubautas.) Les autres ouvrages poétiques d'Apollinaire étaient d(;s odes pindari(]ues, des imitations d'Euripide et de Ménandre, des comédies et des tragédies. Tous ces ouvrages sont perdus, à l'exception tle la tragédie de Jésus-Christ soulfrant, qui, comme nous l'avons déjà dit, se trouve conservée |)armi les poésies de saint Grégoire de Nazianze : encore n'est-on f)as sûr que cette tragédie soit certainement l'ouvrage d'Apollinaire, évoque de Laodicée.

APOLLONIUS. — Apollonius vivait à la lin du w siècle et au commencement du m', sous les règnes de Conunode et de Sévère. C'était un écrivain habile, et saint Jérôme en parle con)me d'un homme trèssavant. Sa polémiciue était ardente et son style avait (juclque chose d'incisif et de mordant, qui devait plaire au rigide solitaire de IJetldéem. Nous pouvons en juger par un fragn)ent de son Traité contre les absurdités de "Montai! et de ses prophélesses Priscilln et Maximilla; il reproclu' aux sectateurs de ces rêveries mystiques leur mollesse et leur avarice.

« S'ils se tiennent assurés de leur innocence, dit-il, qu'ils paraissent pour sejustitier {\(ts erreurs dont on les accuse; ou s'ils en sont convaincus, (|u'ils aient honte de retomber dans la même faute. Faites-les convenir (]ue les prophètes ne se vendent pas pour des présents, et prouvez-leur qu'ils en re(;oivent ; seront-ils encore des prophètes? On juge larbre par le fruit, et le prophète pai' SCS a'uvres. Oi'^'H'^''^ -^ont les a'uvres d'un prophète? est-ce de teindre ses cheveux et de [xindre ses sourcils? Quels sont les goûts d'un prophèt(>? est-ce le luxe des vêtements, sont-ce les jeux de dés, les [irêts usuraires ? Qu'ils se (Jétlarcnt sur le mérite ou la honto

APOLLOMLS

APOLOGIE

de pareils actes, je me charge de les en convaincre I »

D'après ce passage on peut conclure qu'Apollonius était un auteur éloquent et un rude antagoniste. Saint Jérôme appelle son livre un long et remarquable ouvrage, longum et insigne volumen. On croit qu'il le composa vers l'an 213 de l'ère chrétienne.

APOLLONIUS CALLOT ou Callomls , prêtre de Novarre, vivait au vu* ou au v;n' siècle, si l'on en croit Margarinde la Bigne et quelques autres, mais n'a vécu qu'au XV' siècle, si l'on doit en croire Moreri, d'après les démonstrations deBarthius, deVossius et d'autres savants.

Cet auteur, au jugement de M. du Pin, est un des meilleurs poêles chrétiens que nous ayons. La lecture de son poème du siège de Jérusalem ne confirmerait pas aujourd'hui le jugement de ce savant. Les vers d'Apollonius Callot sentent, il est vrai, l'étude, et l'on y trouve des imitations des anciens, parfois assez heureuses; mais le nom de poêle chrélien ne peut lui convenir, d'abord, qu'à cause des sujets qu'il a traités et non pour sa manière : il envisage la prise de Jérusalem comme l'accomplissement do la prophétie de Notre-Seigneur, il est vrai, mais il croit devoir se servir encore du merveilleux des auteurs |)rofanes, et ne craint point d'invoquer Ai)ollon et les Muses. Bien n'est si triste, à notre avis, que les essais de poésie chrétienne qui, en s'écartant de la naiveté des légendaires et des formes grandioses de la Bible, ne piésentent plus que des réminiscences d'un culte auquel le poète lui-môme ne croit plus : nous les comparerions volontiers à ces peintures soidisant religieuses, où les artistes de l'école de David nous représentent le Sauveur du momie sous les furujes païennes de Juj)iler.

Dans un poème sur la prise de Jérusalem, les- divinités de Borne ()euvent intervenir san.s doute, pourvu que sous leur f(jrmo le poète chrélien nous fasse voir des ang(fs de ténèbres, déjà forcée d'exécuter les ordres de celui qui vient re;iverser leur empire. Ce eonllil de deux religions dont le règne est passé, f>our venger l'auteurdu christianisme, e.sl sans dout<; quelque chosi; de bien grand dans l'histoire ; et, considérée comme sujet de poésie, cc*Ue lutte intestine des puissance» du vieux monde , tourmentées parle iifowUi nouveau nui veut naitie, r:st certainement quelrpic- cli/>se de beau <;ldr; gigantesque.Dansie ciel il iaudrail iiir;;ilrer la ligure lerriblcde Jéfiova.sombie et atlcislée du dernier rnomeril de son peuple, mais inq>l;«cabl(! toutefois, car entre lui et Jérusalem s'élève pour j.'i nia JH j'onibre de cette croix où le .Sauveur a ex[)iré; et celle croix, signe <Je itardwn (»<;iir tous, n'rist (tour Jérusalem rjue le Hyr/d<olf:de l.i réprr>b.'itio/i sans espérance. Le Sauveur du monde, tout fjéchiré r)e [ilnies, H'interjK»sera désormais enlre h; ciel et la l'-rre, fjijjifid Jéhova vf>udr/i fHirur ; niais enl.'«;lc ciel et Jérijs.ileiii, rinlrrveiilioii de l.i xcliriie du liolgotha ne peut arrêter que le p irdon. hon suiig, qui hjvc les péchés du

monde, ne tombe sur le front des Juifs que pour leur imprimer des taches ineffaçables, car ce sang est leur crime, et ils ont crié : quil retombe sur nous et sur nos enfants!

La grandeur des images , la pompe des descriptions , les épisodes émouvants, ne doivent donc pas manquer à un poème ayant pour titre La ruine de Jérusalem. L'Apocalypse surtout doit fournir de sublimes couleurs, et la vision rayonnante de la nouvelle Jérusalem pourrait clore magnifiquement cette épopée en relevant l'âme du lecteur, abattue par les désolantes images de la plus horrible destruction qu'il y ait eu jusqu'à présent au monde. Dante eût parfaitement compris et dignement rendu un sujet pareil ; mais on peut, au-dessous de Dante, occuper encore, comme poêle chrétien, un rang justement mérité, pourvu qu'on s'inspire toujours à des sources purement chrétiennes et qu'on se serve utilement des anciens sans les suivre servilement.

Ces réflexions nous sont suggérées par le poème du Siège de JcVusa/cm, auquel nous reprocherons de n'avoir pas le caractère assez franchement chrétien, ce qui est un défaut capital pour une œuvre de celte espèce : il contient du reste des morceaux assez travaillés et des pages qu'on peut lire avec plaisir, sans qu'ils nous paraissent entièrement dignes d'èlre cités.

Jean de Ganay, chancelier de l'université de Paris, et aumônier de François I", a publié, dans le xvi' siècle, le j)Ocme d'AjJollO' rnus Callolius, et Adrien Vandeibuge , de Biuges, en a fait faire depuis, à Anvers, chez l'Ianlin, une édition beaucoup plus correcte.

APOLOtîIL. — D "Atto et de ioyo»-, discours en faveur dequehpi'unou de(iuel(|ue chose; éloge ou juslilicalion.

Attaquée dès son origine, la religion a toujours eu à se déf(;ndre contre l'ini(piité et les mensonges des hommes ; persécutée par les maîtres du monde, elle a dû d'abord leur faire entendre cour.igeusenKirit le langage de la vérité et de la justice; déchirée par les hérésies, elle a dû défendie son dogme ; niée [lar l'incrédulilé, elle en a réfuté les blasj)hèmes, et n'a pas dédai^^né de discuter des calomnies dans l'intérêt (h; ses erd'ant.s.

Maintriiant le plan d'allatiuf; est chaiif^é, mais la persécution est toujours la inèiui!. On ne du jilus à la icligion qu'cdh; célcbio dans l'ombre dinf.hnes agajies avec le sang des imuxents; on ne discul(;plus .s(jn dogme. on s'incline mèiiK; d(;vanl sa morale ; mais ces resjtecls hypocrih.'.s dont on l'cinloureaffecl«;nt les formes d'une oraison funèbre, cl si l'on convient assez volontiers que la religion a été grande,', c'est pour faire entendre qu'elle n'est plus.

L'afiologii! doit donc être dans l'Mgliso un genre d(! littérature Iftujours étudié et dont les hirnuis doivenl su renoiivehîr h toutes les éiHxpies de sa vie militante, dont la lin ser.i m lin même du monde.

iNoiisdevon.sijfjiic liailei ce sujel avecqiiel- (jin s détails. Nous considérerons l'apologie 'l'ab(n'd en général, et nous en établirons le*

t \7, APOLOr.IK

ivgles; nous chorcliorons do combien do pnrtiesollosocoinposo; nous onoxnmitiorons \os lundoh^s, «oit dos toinps anciens, soil des épo- (piosniodcrnos; puis nous nousdcmandoi'ons (piol but doit so proposor uncnpolOr^iodo la roHgion h li^poquo nrlucUo, et (picllcs peuvent on ÔIro les (lillV'rontfs formes.

I/apologic en u;én('ral a pour règles celles menus do l'éloquence, mais ce doit ôtrc une élocpionce qui aille au C(Bur par la raison. Il no s'agit pas ici do cette science canto- Icnso dos avocats, ({ui leur apitrend h colorer les mauvaises causes d'une apparence de justice, ot h montrer sous un jour favorable ce qui a souvent besoin d'cMre caclié ; raj)oIogiedontnonsavons h nousoccuporn'estautre cliose que ladôfiMiso delà véi-ité.Or la vérité n'a[)as besoin rpi'onla déguise ni qu'on l'excuse. Une logi([nc rigouiouso,|)leiMc de franchise et do fermeté, doit donc être la première qualité d'un apologiste do la religion, et toute son habileté, dans l'emploi de ses preuves et dans l'usage de ses moyens, ne peut ôlre que do l'indulgence.

Nous disons do l'indulgoîicc, parce que la vérité ne se défond pas [)our elle-m(>me : que lui importe en olfet qu'on l'atlatiuo? Elle se défend |)0ur éclairer les simiilos, pour soutenir les faibles et pour sauver, en détruisant leurs préventions, les honnnos do bonne foi ([ui peuvent se rencontrer parmi ceux f[ui lui font la guerre. L'apologiste doit donc l)référer la lumière douce et insinuante du soleil (pii dissipe les nuages h l'éclat de la foudre (pii les déchire ; il doit éclairer et non jtas briller; désarmer ses ennemis, les terrasser mémo s'ils ne se rendent pas, mais il no doit pas les écraser. Le glaive do sa parole doit briller plus qu'il ne frappe, à moins qu'il no s'aj^issc de l'erreur elle-même, pour laquelle il laut se montrer sans pitié. Un apologistes doit toujours so représenter pour modèle le Sauveur lui-même, si injustement accusé et ne parlant pas pour se defondro, juais mourant on silence |)Our sauver ses accusateurs. C'était une sidtlime apologie que celle-là! A ceux (pii niaient sa royauté, il s'est monti'é roi (mi pardonnant ; ;\ ceux (jui le blasphémaient, |),u"C(; (pi'il s'était dit le l''ils de Dieu, il s'est montré Dieu même en sauvant bî monde. Sa mort, silenciouseuuMit acceptée, a répf)ndu auxJuils((ui l'accusaient d'amJ)ition terr(>stre; sa résurrection ot son triom|the ont rébité les blas[)hèmes contre sa b)i en 5on Père ot les doutes mêmes de ses disciples. Il a fait de l'éloipuMice ei\ actions, et re sont ces actions divines rpio nous ilevons imiter dans nos paroles. Il n'a pas ou besoin do parler devant ses juges, parcocpril lui sullisait d'agir devant rélernilt! et devant les siècles. Parlons-en, nous souvenant de sa mo:t ol de s«)n triomphe, et rappelonsnous toujours cpTen mourant sur la croix il criait à son Père, (>n p.nlant do ses bourreaux : Mon Prrr, pai(lojincz-lcui,Hs ne sarmt pas ce (/u'ils font.

(l'est ainsi que l'apologie religieuse con- .^crvera la dignité (pii lui convient et no compromet Ira j;nn;!i<i la saiiilolé do sa cauNO par

APOLOr.lK HV

d(vs récriminations haineuses et par d'indignes colères. Il n'est pas permis h tout le monde de vaincre un adversaire avec^ ses propres armes ; il est dos armes, en olfet , qu'un honnête homme ne ramasse pas ; il en est d'autres qui, sans être précisé- •mont indignes d'un honnête homme, ne sauraient convenir <i un chrétien : la plaisanterie, par exemple, lorsqu'elle va jus- ([u'au sarcasme ou jusqu';\ la boulfonnerie. La religion et la vertu n'ont pas une bouclio qui se prête aux grimaces du liro morpiour, et elles ne sauraient trouver plaisant ce qui émeut profondément leur indignation ou leur ])itié. Que penserait-on, d'ailleurs, d'un grave magistrat qui s'arrêterait aux lazzis d'un arlefpiin et ne dédaignerait pas d'y répondre ? Ne mériterait-il pas et n'attirerait-il pas plus que son interlocuteur les huées do la foule? On ne peut, d'ailleurs, ridiculiser que les belles choses : comment mettrait-on la laideur on caricature? L'incréelulité et le vice peuvent donc plaisanter à leur aise. Comme on permet parfois aux gens contrefaits dose moquer (les hommes qui sont bien faits et qui marchent droit, ils savent que les gens bien élevés ne leur rendront jamais la pareille, et que, par égard pour les inlirmilés humaines, on ne hausse même pas les épaules des absurdités d'un bossu.

La dignité doit donc s'allier dans une apologie de la religion avec la force et la douceur. La religion plaidant sa propre cause , c'est Dieu se justitiant lui-même devant les hommes, pour qu'ils se repentent de leurs accusations et pour être dispensé do les punir. L'apologie est donc, h ce |)oint de vue, une œuvre de miséricorde en littérature, ot les moyens oratoires qui ont cpudipie chosi; de pi(iiiant et d'acerbe, comme l'art de rétor(jUor les accusations et de les tourner ox arguments fuf /jom/ucm contre ses adversaires, ne doivent y être employés (pi'avtM.' toute la (liscrélion d'un sage médecin qui fait entrer dans ses pré|>aratio:is îles substances aci(l(>s ou corrosives. 11 faut que la réaction so fasse sur le mal ot jamais sur le malade. Il faut (pie la charité tempère toujours le zèle pour le rendre salutaire. Le zèle amer p<'Ut confondre , mais il no co ivaincra jamais, parce tpi'il irrite, et ([ue la conviction ne saurait s'achever sans ni pou do piTsuasion; lors(pi'ii ^'agil îles choses ipii intéressent rinlelligenco |)eut-être moins ([u'olles ne touchent au cieur.

De la composition de l'apologie.

L'apologie so com^iosc de trois parties distinctes, négation, allirmation et obsécralion : négation ilu mal imputé ou du monsongo avancé par les adversaires; aflirmation du bien et de la vérité qu'on rétablit, ot obsécralion aux juges pour iju'ds aieit h faire ju^tice : c'est une sorte de syllogisme oratoire ayant les prémisses et sa conclusion, ot ipii peut se réduire à celui-ci : On doit donner lort .^ ce (Mii est mal ot raison à co qui est bici ; or, iians la cause qui nous occupe.

APOLOGIE

APOLOGIE

li;

l'accusation est le mal, et le bien appartient à l'accuse, donc c'est à l'accusation qu'il faut donner tort. Mais pour la religion le raisonnement ne finit pas là, et le syllogisme pourrait se changer en sorite. Si la religion a raison, on doit faire ce qu'elle prescrit. Voilà ce que redoutent surtout les adversai-res, et dans les etlorts qu'on fait pour les amener à la première conclusion, on doit sentir, à la vivacité de leur résistance, qu'ils redoutent surtout la seconde et qu'ils veulent l'éviter à tout prix.

Ainsi, réfuter le mal, établir le bien et solliciter la justice, voilà les ditlerenles parties dont une apologie se compose ; et cette division de parties est si simple et si logique, qu'on nous dispensera facilement de la justifier.

La première, qui est la réfutation, est la plus difficile, comme nous l'avons déjà fait pressentir ; dans une cause où il s'agit nonseulement de convaincre, mais de persuader, il est certes facile de trouver des raisons IKjur défendre l'être contre le néant, le bien contre le mal, la foi contre le doute; mais l'art de les choisir et surtout de les bien employer n'est pas chose facile ni vulgaire ; uue raison plus que suffisante [)0ur vous peut n'en être pas même une pour votre adversaire : il faut vous mettre à son [)oint do vue et entrer en quelque sorte dans ses far;ultés pour l'amener ainsi à vous. Là , comme dans tous les discours dont la rhétorique nous enseigne le mécanisme, il faut des mo'urs oratoires et un eiorde insinuant: ne commencez pas par porter à votre antagoniste vos coups les plus rudes, car s'ils ne portent pas, le combat soia fini dès le connnencement, et fini à votre désavantage; ne l'écrase/, pas, dès le début [)ar des Jiégalions absolues qui ne laissent à son aiuourjiroprc aucun moyen de s'échapper. On no nie jamais les majeures lors<ju'on argumente contre des i)ersoimes honorables: on les dislingue. Or, quelque peu honorables (juc pui.s»«!nt être ceux qui altarpient la religion, les inoMirs oratoires consistent à paraître toujours honorer en f;ux rpielqu»; chose, et de tait un chrétien honore toujours l'image de Dieu dans h;.s honnnes, (,'tdoit révérer en eux la possibilité du salut étcnie!, qui est un dffjil h l'héritage du plus grand et du plus glorifMJX des K^yaurries. La seconde p.irtie de rajKilogie, c'est-à-dire l'assertion, deniandf; nioin» d'art jxMit-ètn', mais ne doit j)as cependant «Hre conduite sans beaucouf» de tact eld'habihaé.

Toute vérité n'est pas bonne h dire, à ce que [irélend le (troverbe, et le proverbe a raison en ceci : nue si l'hounne est fait |)Our la vérité, la vi;rilé aussi est faite pour l'horniiie, et c'est elle qui lui fait les avances, parce qu'elh; <-sl la plus forte ; elle (h)it donc M: présenter h lui avec des niénagcincnts maternels, lui car;hanl d'abord w. qu'il ne n.iurail iminédialement conqircfidr»! et l'dllirnnt par d«s grfice» qu'il soit eu ét;itdc si-nlir, ("est dan» (;el esprit que doit entrer l'al'olo^slc r»/iiir bien uie»urer le» élo^j'-s qu'il

donne à la vérité religieuse. Il ne faudrait pas pour ébranler des incrédules ou mémo pour ouvrir l'esprit à de simples catéchumènes, mettre à nu sans ménagement l'austérité de la doctrine ;ct les profondeurs du dogme, exposées tout d'abord dans les termes exacts, mais peu attrayants, de l'école, seraient sans doute pour une intelligence dévoyée et malade un remède peu salutaire. Sans doute que jamais, par condescendance, il ne faut s'écarter de l'exactitude théologique ; sans doute qu'il ne faut pas faire au mensonge; l'ombre même d'une concession; mais tout ce que la vérité peut accorder, pourquoi le refuserait-elle? La vérité est le médecin do nos âmes, et s'il faut qu'elle présente à nos lèvres un breuvage amer, elle peut l'adoucir du moins pai l'indulgence do son sourire; si elle doit approcher le fer ou le feu d'un membre gangrené, la légèreté de sa main et la pitié empreinte dans son regard doivent nous rassurer, en nous montrant combien elle nous aime. Nous personnifions ici la vérité, sans iigure et sans poésie, puisque la vérité éternellement vivante c'est Dieu.

L'oi)sécratioa ou péroraison de l'apologie doit être touchante, vive , modeste, mais toujours digne ; on doit sentir que la religion no demande jamais de grAce , mais (ju'elle en oll're, et cpie si elle descend à la [irière en s'adressant aux hommes, c'est (ju'elle pousse la sollicitude maternelle jusi|u'à hîs conjurer eux-mêmes de consentir à leur salut.

Des apoloijistcs anciens.

Alhénagore , saint Justin (t Tertullien, sont les plus connus parmi les apologistes des ])remiers siècles (lu l'I'^glise, et ce sont à peu près aussi les seuls dont les ouvrages nous soient restés.

L'histoire ecclésiasticpio ne nous appr(Mitl rien sur la vie d'Alhénagoro : tout ce ({U'on sait de lui c'est qu'il était un de cesdcrnicis pliilosoiilies (jui prolongèrent, jus(|u'à la cliut(,' définitive! de la sagesse invo(jué(; au Parthénon, la gloire anti(jU(; di; l'écoh' d'Athènes ; mais cli'jà la parole d'un pauvre tisserand avait étonné 1 ;néop;ige, et les autels du Dieu inconnu avaient rehélé un nom nouveau. La persécutiiMi (pu! ce nom alluma en fit connaître toute la puissance : les grandes Ames eui-ent soif d'une vérité i)out' hupudlo il fallait soulfrir, car l'humanité .ivail surtout besoin de dévou(;m(!nl à ci'tl(! époque de di'courageiiient et d'(;nnui. Athénagfuc s(! fit chnUien et osa déh-ndre hautement la vérité jiroscrite. Il est vrai (ju'alors régnait AL'irc- Aiirèle lephdosophe, ce prince à (|ui st^s qualités personn(!lle.s eussent dû éjiargtu.'r la honte d'être un perséciitcMir.

<;<; lut vers l'an 177 qu'Alhé-nagoi e lui dédia son AjKili)</ir, assez seuddahie, (juanl au fond, à l.ipologie de saint .Inslin, (pii lui «;sl («rdinairement réunie dans un iiiêine vo- Iuiik;. Atliénagore termine son apologie (<n rcMiiontrant aux empc^reurs que; persoinie, plus ipie l(^s chréti<;ns, n'(!sl digne de leur attention , [luisqu'en leti servant avec une

ArOLOGIE

APOLOGIE

fidélité olunoalToction inaltérablos, les c.liréliens offri-nt au ciel dos vdîiix non intciioinpus pour la prospéiilé de reinpirc. (>'»//. ArnFNAr.onE.)

Saint Justin aussi fut un élève do la ]>lHloso|)liie antique, et rpiilta colle nourrice épuisée pour trouver dans l-i rtdij:;ion chrétionno une mère toujours aimante et toujours féconde. Son Apnloqie est pleine en mémo teu)p5 do liardi(>ssc et de mesure : on y se-it le disciple de celui cpii voulait (pi'on rcn lit à César ce qui est à César, ot h Dieu ce qui est h Dieu. 11 no laisse; pas éclater d'iniJignation contre des persécutions atroces; il croit aux gloires du martyre, mais il aime avant tout la justice. Il est un sujet fidèle des emper(>urs, et il veut les éclairer sur les crimes qui se commettento'i leur nom. Il commence par déclarer généreusement son nom, celui de son père, de sa ville et de sa province : il déclari» hautemiMit son titre do chrétien et ose nier ([ue le titre seul puisse (Mre un crime, .lugez-nous sur nos actes ot non sur un mot, dit-il aux Césars : si nous somutios trouvés coupables de i(uel(pjes crimes, punissez des malfaiteurs sans examiner quel nom ils prennent ; si nous sounnes innocents, laissez en paix les chrétiens ! On nous accuse d'athéisme, dit-il encore : oh quoi 1 nous sommes (les athées, narco que nous n'adorons que le Dieu véritable, réternol auteur de tout ce qui existe ! et parce que nous lui unissons dans un mémo culte la personne adorable de son Fils, qui a soutfert sous Ponce-Pilale, et le divin Esprit (jui a parlé par les I>rophètes? On voit par cette révélation de saint Justin que la connaissancede nos saints mystères commençait alors à se répandre, car certainement le saint n'eût pas divulgué ainsi le mystère de la sainte Trinité au milieu de gei)s entièrement incapables de comprendre ce qu'd voulait leur dire.

Après avoir réfuté les sophismes des idolAlres, le philoso[the chrétien prouve la vérité de la religion chrétienne par ces prophéties nui accompagnent h^s siècles dans leur niarcne ot (lu'ils se transmettent en finissant comme un liéritage sacré ; il montre Jérusalem rui'K-e d'avance parla condamnation divine, les Juifs réprouvés par lt> fait mémo de leur déicide, et les nations appelées h la lumière qu'Israël n'a pas voulu voir. Les événements obéissent au V(^rbe divin, et la religion chrétienne n'est pas une opinion humaine, mais une nécessité imposée par la volonté providentielle, un fait accompli : il en conclut (pie les prophéties (pii concermiit lavetiir s'accompliront aussi bien (pie sc> 5ont accomplies colles qui regardaient le I)assé et le présent. Puis d com|)aro les divins oracles aux oracles |irofan(>s, (-t montre toute la vanité et toute l'impuissance décos «lerniors ; il mf)ntre |)our la prcndèro l'ois au grand jour linlèrieur des cénacles ot ne craint pas de divulguer les sciTOts dos catan)nd)0s. C/était désormais le seul moyen do faire to.nbor d ollos-mèmcs les impostures nudiipliées pnr la calomnie et encouragées parle mystèio. Il parle d'.-di^rd du sai-it bip-

lémo, qui est comme la porte de l'Eglise et du ciel ; on y prépare les catéchumènes par des prières et des jci"ine> que l'Eglise entière partage avec lui, puis au nom du Père, du Fils et du Sainl-Esjirit , on le plonge dans ce bain mystérieux d'où il sort purifié de toutes ses souillures. « Après cette ablution, continue saint Justin, nous amenons le nouveau fidèle au lieu o\i les frères sont assemblés, et là nous faisons en conmiun de très-ferventes prières, tant pour nous-mêmes et pour le baptisé, (pie pour tous les hommes en général. Les prières étant achevées, nous nous saluons parW baiser do paix ; ])uis celui qui préside, ayant reçu le pain et le calice où le vin est mêlé d'eau, il loue le Père par le nom du Fils et du Saint-Esprit, et lui fait une longue action de grâces pour ces dons que nous avons reçus de sa bonté. Le pasteur ayant achevé les prières et l'action de grAces, tout le peuple fidèle qui est présent s'écrie d'une commune voix : Amen, c'est-à-dire : Ainsi soit-il, témoignant par cette acclamation la part qu'il y prend ; ensuite les diacres distribuent à chacun des assistants le pain et le vin consacrL>-s et en portent aux absents. Celte nourriture est appelée parmi nous Eucharistie ; et il n'est permis d'y participer qu'à ceux qui croient que notre (loctrine est vérittible , qui ont reçu le baptême, et qui vivent conformément aux préceptes de Jésus-Christ. Car nous ne les prenons pas comme un pain commun et comme un breuvage ordinaire , mais comme la chair et le sang de ce morae Jésus-Christ, qui s'est fait homme |)Our l'amour de nous. (iOUX qui ont du bien assistent ceux qui sont dans le besoin. Le dimanche (qu'on appelle chezies païens lejourduSoloil),touscoux qui demeurent à la ville ot à la campagne s'assemblent au même lieu. On y lit les écrits des apAtrosou les livres des prophètes, ainsi «pie 1 on a le temps. La lecture finie , celui (jui préside fait un discours pour exhorter à la prati(]UO des vérités qu'on a lues ; nous nous levons ensuite tous ensemble ot nous faisons nos prières ; puis on olfre, comme j'ai dit, ie ])nin et le vin. Anrès la célébration, ceux (pii sont plus riches donnent libnMUont ce qu'ils veulent, ot leur auIn(^no est déposée entre les mains d(> celui ([ui préside, hupiel emploie cet argtMit à pourvoir aux besoins de tous les pauvres. >■.

Ce tableau du christianisme aux premiers siècles a (piohjue chose do bien imposant et {\i^ bien vénérable. La vérilé déjà ose so montrer tout entière ot relève la tête sous la hache des bourreaux. On voit que déjà le monde moral était conquis, et que les martyrs, même aux yeux (les persécuteurs, ne poiivai(Mit idns mourir sans gloire.

Dcjà la iloctrine de Jésus-t^hrist était publifpiement connue et discutée, du moins sans doute à la cour dos Césars, aux(]uels s'a'iresst» cet écrit. Saint Justin , dans une seconde .\poln<j\c, réfuie les objections (jue faisaient sans (loute contre h> dogme les sopliistos favorisés par les empereurs ; il croit devoir défendre surtout la terrible vérilé dos

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