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des entraves? Otezces perles et eau émeraudes, débarrassez votre cou, faites de la place pour l'épée 1 Voilà de bien affreux compliments à laire à des dames ! Mais les chrétiennes de ce temps-là n'étaient pas des dames, c'étaient des saintes, et elles comprenaient Tertuilien.
Revenons à son Apologie, ou Apologétique, comme on l'appelle ordinairement.
Ce chef-d\ruvre de raison et d'éloquence doit faire époque dans la littérature chrétienne et dans l'histoire de l'esprit humain. C'est une sublime protestation contre les lois et les hommes d'un jour, au nom de la juslice éternelle et souveraine; c'est un appel à la conscience de l'humanité tout entière, au nom de sa propre inviolabilité ; c'est une réaction toute-puissante delà vigueur intellectuelle contre la force brutale. Tertuilien rejette au front des persécuteurs et de leurs dieux le sang et la fange dont ils voulaient souiller leurs victimes. Spectacle étrange ! l'accusé se fait juge à son tour ; l'opprimé llagellc son maître pris en flagrant délit d'iniquilé et d'imposture. Tel est le pouvoir dont Dieu arme le génie, au nom de la justice outragée, que la voix d'un prêtre africain fait chanceler la fortune de Rome et change en i)iloris les trônes et les autels du vieux monde. C'est que ni le sceptre ni le glaive ne peuvent rien contre le Verbe de vérité ; c'est que la pensée échappe aux entraves des lois humaines ; c'est que le Dieu fait homme avait déjà allranchi les Ames en disant à ses disciples : Ne craignez pas ceux dont le pouvoir finit A la mort delà chair, et gui deviennent impuissants contre vous lorsqu'ils vous ont tués; craignez celui qui dispose pour l'éternité et de vos corps et de vos âmes !
C'est d'abord au nom du droit comnmu (pi'il interpelle les Césars. lié quoi 1 on juge les chrétiens sans les connaître ! on I(>s condamne sans les entendre, on agit tout autrement avec les criminels; mais il est évident que cène sont point des crimes qu'on pouisuil en nous ! il y a un nom (pi on ne i)ardornie pas : se dire chrétien, c'est provoipicT une s(;ntence. Aveugles rpie vous êtes 1 vous faites de c<î nom une tache à ceux-là mêmes chez nui vous reconnaissez les vertus dont il est la cause. Ce serait un honnête homme;, dites-vous, si cv. n'était pas un chrétien; mais c'est précisément pour cela (ju'il est si homiêtr; : sa vertu même le dénonce. Mais (pje peut-on poursuivre dans un ikuu'i se d(!- Miaiiile T(!riullien; quelle est donc la puissance magirpie de ces syllabes (!xécrées ? Kst-cc le mol lui-mêtue (pi'on proscrit ? sontc.; les chr)ses rpi'il signilie, ? Mais ni dans le mot ni dans le sens (lu mot on ne peut rien trouver de criminel ; et bien (pie lignorauce niême des vertus (pi'il caclu! en ail fait un épouvantail pour h; vulgairi;, n-t-on jamais vu les df'-posilain.'S dc's lois condaruii(!r des lionmi(!s satis les (;iiteiidr(! pour un nom [»ros( rit du vulgaire; ? On obje( le (pu; ce nom est délen'lii par les lois ; m/iis la loi ne <>;iMr;iil èlre ahsurde : çl si on hn di'iii.in(Nt
ArOLOCIE
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pinirqiioi, ellr doit avoir quelque chose î\ rt^pondre. Y a-t-il des lois contre la justice ? y a-t-il dos lois contre les droits imprescriptibles de la raison et de riiumanité ?
D'ailleurs les lois humaines n'ont - elles jamais cédé au mouvement de l'opinion ? ne changent-elles pasavcc le temps? ne meurentelles pas avec les préjugés qui les ont (luelquefois fait naître? Ce qui rend les bonnes lois immortelles, ce n'est ni ranti(|uité de leurs usages ni le nom de leurs auteurs ; c'est la vérité et la justice. Les lois de l'emj)ire font un crime du nom de chrétien ! inais la flétrissure de ces lois sanglantes, c'est le zèle ((u'ont montré h les faire observer les empereurs les plus ennemis de la justice et les plus abhorrés de la nature entière ; les bons empereurs ont si bien senti toute la barbarie et toute l'absurdité de ces lois, qu'ils n'ont pas eu le triste coulage d'en poursuivre l'exécution: c'étaient les Caligula et les Néron, ces tigres impériaux, qui pactisaient le mieux avec les tigres de l'amphitliéûtre pour livrer les chrétieus aux botes.
Prenait-on pour prétexte aux persécutions le zèle pour les anciens dieux de l'empire? Mais au fond, dans l'empire même, (piidonc croyait encore h de pareils dieux ? Pourquoi uc pas remettre plutôt on vigueur les lois qui proscrivaient le luxe et qui condamnaient l'adullère? Si tel était le respect des Romains pour les souvenirs du passé, pourquoi ne revenaient-ils pas à l'austérité do uiœurs et h la frugalité de leurs {)ères, plutôt que do protéger des simulacres devenus impuissants et dépopularisés par l'association à leur divinité banale des plus grands monstres couronnés qu'avait jamais vomis l'emjiire? Ici l'orateur chrétien s'arme sans [)itié du fouet sanglant de Juvénal, et poursuit la main haute toutes les turpitudes publiques : VA ce sont de i)ar(Mls hommes qui osent ])oursuivro lescnvéliens au nom de la morale I T)e sont h>s adorateurs de Saturne qui nous récusent de manger les enfants ! Ce sont de pareils dt-bauchés, pAles enfants do l'incesiueux Jupiter, qui font de nos agapes des ()rgi(!s no( ti/riKvs et des contlits d'inceste 1 (Juoi ! les chrétiens sont de pareils monstres et leur nombre s'augmente tons les Jours 1 Quoi 1 cet attrait caché qui en- Irahic la nudiilude et lui fait braver vos bourreaux, ce .'■ont des festins do Thyesie et des noces d'OICdipe? Ouoi 1 pour attirer ^ nous un prosélvte, nous lui dirons : Viens à nos agiipes ; auiène ta femme , tes sceurs, ta mère, pour l'orgie ; apporte ton enfant pour le reste et prépare du pain que tu tremperas dans le sang 1... VA les prosélytes vientu-nt h nous, et nous reinplissons déjh l'empire, cl vous 'ne Iremble/, pas, inq)rudenls (pii nous perséaile/. ! Mais non, vous savez bien ([iie ( e sont dinf.lnu's ealoniiiies ; mais ces calouuiies, vous les protégez, parce qu'elles servent vos fureurs !
Puis, sans répondre autrement à d'infAiue« iuqiulalions , il parle do la cliaxiel)'; cluOlicnuc. Ces hommes et c^b f'jmmc^
qu'on accuse d'une abominable promiscuité, tiennent à honneur et h vertu de conserver jusqu'il la vieillesse et jusqu'il la mort l'innocence du premier Age ; et ces choses dont on les accuse qu'y répondraient-ils ? ils n'en savent pas mémo le nom. A ceux qui inventent de pareils forfaits, la honte do les connaître ; à eux seuls, si de pareilles monstruosités existent, le remo:ds de les avoir commises.
Puis, cessant do s'occuper de ces méprisables calomnies, Tertullien en vient aux crimes prétendus dont les chrétiens étaient ouvertement coupables ; car ils ne s'en défendaient pas, ils n'adoraient ni les Césars ni leur fortune; ils n'olfraient point d'encens aux dieux protecteurs de l'empire ; en deux mots c'étaient des impies et des mauvais citoyens ! des impies, parce qu'ils avaient î» dégoût les fangeuses bacchanales, les mystères immondes de la Bonne-Déesse et les débauches de Jupiter le parricide ! des im- I)ies, parce f(u'ils ne vouaient pas leurs vierges au culte de Vénus sous la lampe de la fornix ou du lupanar. Quels dieux en etTet qu'un Mercure voleur, un Jupiter incestueux, usurpateur et assassin, une Vénus prostituée ! Et nous nous inclinerionsdevaiit des autels que vous souillez par de semblables images I Comment nous forcerezvous h honorer des divinités que vous déshonorez ainsi vous-mêmes? Ah I ce n'est pas de nous que vos dieux doivent se plaindre, c'est de vous qui les avez faits infAmes et qui vous étonnez ensuite qu'on les méprise I
Mais quel est donc le Dieu des chrétiens ? Les païens le savent -ils ? veulent -ils même le savoir ? Les uns disent que nous adorons le soleil, parce (jue dans nos prières nous nous tournons vers l'Orient; d'autres prétendent que nous avons pris pour idole le gibefduCrucitié.w J'ai vu, dit Tertullien, une j)einture grossière exposée à la risée publitjuo: elle représentait un homme ayant la tèti; d'un Ane, le corps dra|)é dans un manteau, et tenant un livre h la main ; au-dessous de co chef-d'(PUvro on lisait : Dcus christianontm onf»r/(a'/r.< ; Lo lils de l'Ane, dieu des chrétiens. J'ai ri moi-même de cette sottise. » Maintenant écoutez, vous (pii êtes de bonne foi et qui désirez sincèrenuMil être instruit, voici quel est le vrai culte des chrétiens.
« Ce (pic nous adorons, poursuit Tertullien, c'est le Dieu uniciue, créateur de l'univers et de tout ce (pi'il renferme. S'obstiner h l'ignorer etieore c'est le comble do l'imjtiélé et de la folie, lui dont ses ouvrages |)ro('Iament si haut l'existence, lui îi (pii vous nnidez un téMioignag*^ involontaire, malgr('' les préjugi's de l'éducation, des passions et d'u'ie religion mensongère, lors- (pie du fond mémo de votre conscience sortent journelieiuent ces locutions exprimant la foi en un seul Dieu: Grand Dieu ! Bon lUcn ! DicH le voit ; Je le recommande à Dieu ; Dieu me Ir rendra : témoignages d'une Auic nalurclleme'it chrétienne; et tiuanJ
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vous dites ces paroles, ce n'est pas le Capilole que vous regardez, c'est le ciel ! »
Dieu s'est manifesté à nous par des Ecritures miraculeuses, car elles prédisaient l'avenir et révélaient à l'iiorame les mystères mêmes de son propre cœur. Puis il les a visités dans la personne de ses saints et de ses prophètes : il a répandu son esprit sur des âmes d'élite et les a envoyées annoncer au monde que lui seul est Dieu, et 3u'à lui seul est réservé pour l'éternité le roit de récompenser et de punir : car tous les hommes qui ont vécu doivent ressusciter un jour. Ces élus chargés de la révélation divine ont été appelés prophètes, et les joifs en lisent publiquement les livres dans leurs synagogues. L'antiquité de ces livres rend leur authenticité incontestable, et Moïse, qui en est le premier auteur, a vécu bien lorigtemps avant qu'il fût question ni des Grecs ni des Romains. Les derniers de nos prophètes sont plus anciens eux-mêmes (pie vos premiers législateurs, et l'accomplissement de leur parole nous en démontre assez l'inspiration divine ; aussi croyonsnous aussi fermement celles de leurs prophéties dont l'événement est encore dans l'avenir que celles qui sont déjà justifiées par le passé ou parles choses mômes qui se jwssent encore sous nos yeui , puisqu'elles viennent de la même source.
Ayant ainsi rapidement indiqué les preuves de la religion véritable, il examine les origines des cultes idolûtriques : tous ont eu pour princifte la superstition et l'erreur fomentées f)ar des esprits ennemis du salut des hommes. 11 [larle de ces génies tentateurs que rA{)otre appelait les princes de l'air et qui f)roduisent les illusions des faux miracles et des prophéties mensongères ; il décrit leurs artifices et combien ils sont jaloux de se faire adorer et avides du sang dfs sacri(i«;eg ; il les montre assujettissant les idobUres h leurs caj)ric<;s, tandis q\i'ils tremblent devant le moindn; des chrétiens. Kn voulez -vous la preuve ? ajoule-t-il : quon am< ne un possédé du démon, le premier chrétien venu le forcera d'avouer ce qu'il est ; et si ceux qui passent pour être agités de rpjebpje dieu et qui rendent des oracles, n'avouent pas au premier chrétien qui les interiogera qu'ils sont des démons sédueleiirs et trompeurs des hommes, je vfMisaljaudonne le sang de ce chrétien, vous avez droit de le répandre. » Quant nu r;rime de lèie-majeslé humaine nous respect'>ns l'empereur, dit Tertullien, et c'est pourquoi je ne le nonnnerai jamais dieu, parce jue jf; ne .sais jjas mentir »rtquf; ji; l'honore lro(» sincèrement pour vouloir me moquer dr; lui. Le» chréliens .sr;raient-ils «les rmneini» publies uniquement parée fpj'ils célèbrent les fêtes de la patrie fdulùt \>nr la sérénité d'une conscience j»ure et les#.sentimenls éle.vés du eo;ur, qu»; par les |oies i;rf)»n:i:rf% d»; In loble et do la débauehr; ; "tunnr si e'ér.iil donner de grandes mar- • pie<j d'/fMV'< lion aux (^'sars ri h la p.itrie •je; ili' r-niiplii b.'-i rues d" feu\ ei i\<- tylde^
dressées qui changent la xille en taverne ! On regarde les chrétiens comme de mauvais citoyens ; et qui donc rend au pays des services plus desintéressés ? Ils se dévouent, et pour récompense on les proscrit ! Ah ! si nous voulions être dos séditieux, si la loi de notre maître n'était pas une loi d'obéissance et de paix, nous n'aurions pas même besoin de prendre les armes, il suffirait de nous retirer pour vous épouvanter de votre solitude. Nous ne sommes que d'hier etdéjk nous remplissons vos villes , vos campagnes, votre sénat et votre armée ; nousne vous laissons que vos temples ! » — Dans de pareilles remontrances on sent déjà sans doute percer la raison du plus fort : moralement et môme matériellement, le christianisme avait vaincu ; mais c'est une grande et sublime raison que celle du plus fort qui obéit et se résigne, parce qu'il a confiance dans une force plus grande encore que la sienne, celle de la vérité, de la justice et de la raison. Nous pourrions nous faire justice, disent les chrétiens par l'organe de leur apologiste, mais nous aimons mieux vous la demander. Voyez si vous avez le droit do nous traiter de séditieux et de nous imputer les malheurs de l'empire. Partout ou la grandeur se trouve unie à la force, il faut que la force sans grandeur soit terrassée ou se soumette. C'est ce qui arriva dans l'empire dont Tertullien avait publié l'agonie : quelques années plus tard les Césars furent jaloux de joindre le nom do chrétien à celui d'Auguste, car la fortune de Homo avait changé, séduite ou effrayée pcut-ôtre par l'é-» loquence de Tertullien.
Apologistes des temps modernes.
Maîtresse du monde, la religion n'eut plus. à justifier son existence , mais il lui fallut défendre S(!S dogmes contre les efforts toujours renaissants de l'hérésie, et sa morale contre les invasions du luxe et le relAchement des mojurs. Les Pères de IKglise, de- I)uis Tertullif^n, ne sont [dus des apologistes d'une Kglisr* jirfjscrite, ce sont des déff;nseurs d'une Kglise réguniite, mais conlro lafjuolle on cons|iire. Toutes les cons|»irations successives avortèrent, mais m) transmirent de l'une à l'autre un ferment do haine qui souleva enfin contre le centre do l'unité plusieurs grands empires du morubv et contrf! le jrjug du S(;igrM!ur l'orgueil entier de la liberté humaine. L'esprit des derniers siècles sembla vouloir imiter la lutlodo Jacob cfMdre l'auge, lors((ue, [lendaut une nuit entière, Isracd se montra fort eordro Dieu même: mais l'angr; avait béni Jaeob (îu le fpiittant, et Dieu, (ui s(! retirant des siècles de négation et do douf(?, leur laissa, comme un sligmalede malédiclion, le si^no du néant sur la tèl(! et sur b; ((eur. Les hommes, après avoir essayé des luttes corps ,'i corps cf)nlre la vérité, se VfUigèn^nt en la niant du chagrin de n'avoir pu la vaincre. L(! culte d ! I.i n.'iture, (;'e+.t-'i-dir(! des passions et des appétits sensuels, fut subslilué encore une fois h la religion du vrai Dieu,
APOLOGIE
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non par CMiiviclion nouvelle de l'erreur, mais par lassitulc de I<i vérité. On appela plnloso[)hie celte négation téméraire des lails accomplis dans la psycholoj:;ie et dans riiisloire. Pour avoir le droit dn [)roscrireles vraies croyances , on les calomnia, et les apologies devinrent do nouveau nécessaires.
Les apologistes modernes ne datent donc véritablement que du xvnr' siècle. Pascal, JJossuet, Fénclon et même La Bruyère, dans le siècle de Louis XIV, avaient plutôt ébauché une tracé dos apologies, parce (juc ces grands hommes pressentaient l'avenir j)ar la puissance de leur génie. Bossuel , qu'on a appelé le dernier Père de l'Eglise, avait laissé ses œuvres imposantes comme une digue do grani* au flux prochain des idées désorganisatrices. Pascal, déjà travaillé par le mal du siècle (jui s'approchait, mais trop intelligent pour pouvoir devenir incrédule, préparait sur les ruines de la raison individuelle qu'il attaquait avec les armes do ^lontaigne, le triomphe de l'autorité et de la foi. Exailé par le travail et par les veilles, on dit qu'il croyait loujours voir un abîme auprès de lui : c'est qu'il avait beaucoup médité sur le vide de la raison abandoiuiée à elle-même et sur les li'nèbres du doute, et sa [lensée tixe se traduisait eu une ell'rayanle vision. Les apologistes du xvni' siècle ne firent guère qu'amplifier et commenter les idées laissées par ces grands maîtres; il y eut alors sans doute d'honorables et sérieux Iravailleurs, mais comment se mesurer avec un ennemi comme ^'oltaire? Ce n'était })as avec des raisons qu'on atla([uail surtout l'Eglise, c'était avec des sarcasmes, et cpie l)ouvait-el!e répondre? Que dire d'ailleurs h un homme qui pcrsillle la Bible en se justifiant seulement par le ridicuh; des traductions (ju'il en a faites? La défection était presque généi-ale et se faisait avec toute la passion et l'entêtement du parti pris. Que pouvaient contre ce délire les raisonnements des défenseurs de la religion, |)uisqu'aux yeux de la plupart des apostats le tort réel, le tort irré|)aral)le de la religion de leurs pères , était d'avoir eu trop longtemps et trop invincibli'int'ut raison?
Cela explitpie comment h' xvui' siècle, (jui renouvela les travaux ihvs apologistes, ne nous en montre aucini brillant d'un éclat victorieux au-dessus de la renommée et des .succès des tMu\yclopédistes. D'ailleurs il n'é- Uiit pas temps encore de reconstruire, car la pr(''ti'n(lu(! philosophie n'avait pas terminé sf»n (euvre de destruetioM. Il fallait ([ue la révolution française renouvelât 1ère des martyrs, pour faire renaître encore le temps des Aihénagore et des Terlnllien; il ne fallait pas moins (pie les cris d'angoisse d'une s<»riélé h 1 agonie, les sanglots des mères et les malédictions du monde entier, pour faire (lublier le bruit des risées du patriarche d(> l'erney. La sfKif'-té française, crnelleinent punie de sa légèreté el de sa gaieté impie par tant de terreurs el de larmes, afipril eiihu luiubien il est doux d'espérer quand ou
pleure, et une inmnmse acclamation de sympathie et de repentir accueillit à son retour dans l'ancien mr)nde le génie de CliAteaubriand, de ce ChAteaubriand qui aurait dû respecter son propre tombeau et ne pas le rendre responsable, après un si brillant el si ))ieux début dans la carrière des lettres, des dernières amertumes de sa vie et du découragement de ses derniers jours.
Presque en môme temps que le Génie du christianisme parurent les Conférences de INIgr Frayssinous et le premier volume de VJîssai sur l'indifférence.
Mgr Frayssinous ue fil guère, dans ses Conférences, (pie traduire dans le bon français, (lu'on appelait dans le grand siècle la langue (les honnêtes gens, les enseignements classi(pies du séminaire de Saint-Sulpice. Son ouvrage reproduit, h peu de choses près, le Traité de la religion , qui fait partie du cours de théologie enseigné parles disciples de M. Olier. Cet ensemble de raisons parut nouveau à une société qui avait désappris même le catéchisme. La parole de Mgr Frayssinous unissait d'ailleurs l'autorité de la bonne littérature à celle de la saine théologie; ses conférences furent suivies avec em[)ressement et firent événement dans co Paris qui avait vu naguère spolier les églises et renverser les croix. Mgr Frayssinous frappait d'une conviction nouvelle les esl)rits d(^jc» fatigués de doute el de blasphèmes, tandis que les œuvres de Chateaubriand réagissaient sur les imaginalio'is ci sur les ccKurs. {Voy. CnvTKviBRiANn.) L'A'ssai sur l'indifférence vint à son tour ébranler les Ames ^'iidurcies, parles traits d'une éloquence qui rappelait en même temps les grandes pensées de Bossuel et l'énergie de Terlnllien. Le iiremier volume do cet ouvrage fut généralement admiré comme un chef-d'u'uvre, et reçu dans l'Eglise comme un excellent livre. L'auteur y poursuivait le doute dans ses derniers retran- ( hements, en prouvant que, dans une guerre semblable li celle (pie se livrent dans ces derniers temps la vérité et le mensonge , la neutralité est impossible. Puis commençait l'apologie du catholicisme, dont l'éciivain faisait magnititpuMiienl ressortir la vérilé exclusive el les majestueuses grandeuis.
Il nous semble (ju'nne apoiogic (pu réunirait à forlhodoxie irré|)ro(;hal)le ou, |)0ur mieux dire h l'exaclilmie ihéologiqm' de Mgr Frayssinous , l'éloiiuento énergie de Lamennais el les grAces allendrissanles du style de C-hAleaubriand, pourrait être un admirabh> ouvrage. Peut-être est-ce trop demander à un seul écrivain : c'est une (piestion ipfil ne nous appartient pas de Iran eher el dont il faut renvoyer la solution au révérend P. Lacordaire.
Les motifs dune apologie de la religion doivent varier avec les Ages ei les personnes; car la religion, étant également vraie sous tous les rap|)orls, doit se prouver de tontes les manières. La sagacité (le rorateiir ou de l'écrivain lui fera choisir l'oidre de
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jtreiivcs le plus convenable pour les esprits dont il veut faire la contjuôle. L'examen ou même l'indication des preuves théologiques ne sont pas de notre ressort ; les preuves historiques sont tellement évidentes et ont été si souvent ré[)étées sans rien perdre pour cela de leur force, qu'il n'est pas nécessaire de les rappeler ici : d'ailleurs, au siècle où nous vivons , l'esprit de système s'attache à dénaturer l'histoire, et la fausse science interprète à sa manière les prophéties et les miracles; et avant d'entrer au champ clos pour briser une à une toutes les lances des adversaires , peut-être pourraiton, par des preuves d'un autre ordre, encore essayer de les ébranler. Nous allons indiquer rapidement quelques-unes de celles qui rentrent le mieux dans notre sujet, c'esth-dire les preuves qui, en s'adressant plus spécialement au sentiment et à la raison, sont du ressort de la littérature plutôt que de la théologie.
Voici comnient nous voudrions procéder : La seule religion véritable est la religion catholique, apostolique et romaine, et en dehors de celle-là il n'y a pas de religion possible, parce que les hérésies sont des branches mortes détachées du tronc vivant, et parce que la philosophie, loin de pouvoir constituer une religion , n'a jamais su que les détruire. Je prouve la première partie, c'est-à-dire, la religion catholique est la seule religion véritable.
La seule religion véritable doit être celle qui seule donne un fondement certain à la foi; celle qui donne à Ihomme d(;s moyens sOrs et garantis f»ar une autorité infaillible de savoir s'il remplit son devoir dans ses relations avec Dieu ; celle rpii peut supplé(T, pour les ignorants et les faibles, à la science et au raisonnement qui leur manquent ; celle où l'on trouve h-s princi[)es constitutifs do la meilleure société |)Ossible, les règles de conscience les i)lus assorties au besoin des individus, les dr)gmes les [dus sujjérieurs à tous les caprices de la raison, les inspirations enfin les jilus grandes et b-s plus belles jiour attirer et pour grouper autour d'elle Itrs sciences et les arts.
Voyons maintenant s'il existe une religion qui réunisse tous ces caractères.
Nous n'avons [tas à clnTrher dans les religions du [lassé, puis(pi'ellcs ne sont plus. Le christianisine a envahi le monde, c'est un fait rjii'il faut subir. MaintrMiant, si nous examinons les diverses commuriifMis chrélienne», nous trouvons une ortliodoxir et (les hérésirr.H : lisons Vllixtoire. dca taruilionn dm F.(jlinp.n prolentanteii, par llossuel, et nous en finirons vil»; avec les hérésies: h; mahomélisfiie et le bouddhisme rif; conqttenl [»as dans h- monde civdisé;il nous restedonc lo catholicisme.
Or nous disons dabord : La religirm catholique donne seule un londmieiil certain ^ la foi par In constitution durable d'une hiérarchie dé()Osilaire de l'IOcrilure et de la tra- • iilioii et irilaillible dans son onseigrnMiKint : iiiiaillibh-, fiai ce que Dieu ne saurait man-
quer à la réunion de la charité, de l'obéissance et de foi; infaillible, sans qu'aucun homme en particulier puisse s'attribuer cette divine prérogative. Assis sur la chaire de saint Pierre, le pnpe n'est plus considéré comme un homme isolé et responsable de ses actes individuels, il est le chef de l'Eglise, et c'est l'Eglise entière qui parle par sa bouche ; rentré dans son oratoire, il prie, il interroge sa conscience, il s'accuse humblement de ses fautes comme le dernier d'entre les fidèles : où donc est l'usurpation des attributs divins dont l'accusent les protestants ? L'infaillibilité du pape , n'est-ce pas celle de l'Eglise entière qui le reconnaît et qui l'écoute? Quoi de plus nécessaire qu'un pareil frein aux écarts de la raison? Quoi de plus beau et de plus divin qu'un môme symbole expliqué à tous d'une manière uniforme et devant lequel s'abaissent les intelligences supérieures, tandis que par lui les intelligences débiles croissent et s'élèvent au niveau des plus grands génies? Trouvez, si vous le pouvez, dans les utopies des socialistes, une loi d'égalité plus im()osante et plus sage que cette unité do la foi, de l'espérance et de la charité pour tous? Mais, direz-vous, l'autorité infaillible immobilise les croyances et les empêche de se transfigurer en suivant la loi du progrès. Objection peu raisonnable ! Et pourquoi voulez -vous donc que l'édifice de notre éternité repose sur des fondements toujours mobiles ? Les sciences et les vertus peuvent et doivent reconnaître un progrès , parce qu'elles marchent toujours vers le but montré par le dogme; mais le dogme luimême, quelle confiance vous inspirera-t-il, s'il peut changer? qui ne se lasserait pas de courir vers un but qu'on déplacerait et (lu'oii reculerait sans cesse? Voulez-vous faire du la religion une science humaine? combien vous la rapetissez pour en faire le patrimoine exclusif et incertain de (pielqucs hommes, au détriment de tous les autres; car si tous peuvent croire de môme, tous ne peuvent jias égalenieril savoir: vous établirez donc des castes dans rintelligeiicc do Dieu (!t de sa loi, et vous olfiinz une prime <lo divinité à l'orgueil en décourageant la faiblessitl L'autf)rilé infaillibh; de riy^lisi!, au contraire, donru; à ri.-;iioianl la bonne vie, qui est h; résultat le plus préci(!U\ de la science, et au savant la modestie, cpii guérit Tr-nllure du savoir. La foi v.u l'autorité infaillibh) est la vraie coinmiinaulé des enfants de Dieu; et par elh; l'IiomiiK; apprend à ne rien s'approprier dans l'ordre spirituel (pie ses (-rreurs et (pie ses fautes. I^a foi est donc la chose la plus populaire, la plus sociahî, la plus progressiv»;, par (•ousé(pi(Uil, (lui soit au monde, s'il nous (!sl permis do (ioiiner, au nom d(; In vérité calboliipM;, un S(!fis raisonnable à ces grands mots (pii nutreriMMil n'(.'n auraient pas; et nous disons en parlant de In foi, la foi en une autorité infaillible, ajoutons et visible à tous sur In Icrie : car si l'autorité iiifailliblo n'est pas vi<«iblu et acci'ssibic ù tous, où est l.i rè^io
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APOr-OGIL
ilo In foi? Cotte ri^gle, une seule relij^ion so ViuUe (le la |K)s,s<i(lcr, cl les sectes qui la lui ctinti'slent n'ont p:i.s niônu; os<^ y prétendre. Appuyée sur dix-huit siècles et demi do luttes et de viel'iires sur toutes les erreurs» \i\ main étendue sur lo symbole qu'elle a ronipiis et qu'elle cousiTYe iutnrt et inalti'r.iUle, raulorité ralholitpie seule oiïre h la rniso'i qu'elle soumet sans l'avilir une garantie suHîs<inle contre les surprises du «liarlalanisme el des préjugés humains. La religion (•.■!lholi(jue est donc seule, |>ar la farce même de son autorité, une religion ■vraiment libérale, vraiment jwpulaire, ac- <^essible ■» tous et certaine pour tous, parce i]UQ si'ule elle donne à la foi de tous une J)as(i imnjuable et certaine : la religion catholitpje. apostolitpieel romaine, est donc la seuil! véritable.
Nous disons de plus que la religion catholique donne seule la règle certaine des devoirs et les moyens sûrs do communiquer flvec Dieu.
Que veut dire le mot religion, sinon réunion de l'homme avec Di(;u el des hommes f'ulre eux ? La religion est entre le ciel el la terre un pacte de miséricorde et d'amour, un échange de grAces et de prières, un lien ^'itre Dieu et I homme, une médiation entre iintini et le fini, un gage de l'éternité dans le tcm[»s, un moyen de rapprochement entre le ciel et la terre. Mais à (|ui appartient l'initiative, h Dieu ou à l'homme '.'Est-ce Dieu qui couuTience |)ar connaître et aimer l'homme, ou l'homme qui le |)remier parvient h connaître el aimer Dieu? S'il faut (jue l'inlinimcnt grand et rinfiniment petit se donnent la main, Ie(|uel sera le plus facile, ati grand de se baisser, ou au petit de segran- «iir? i;t si l'on suppose, comme on le doit, (pio rinfiniment grand est aussi l'inliniment l)on, n'est-il pas certain qu'il se baissera? /^•'est-€^-dire, [)0ur parler sans ligure, no devons-nous |)as croire que la vérité éternelle 50 manifestera d'elle-même h l'humanité?
Hans doute ([ue Dieu révèle assez son existence par ses nnivres : l'univers est un pro- Mèmc dont l'uiuipio solution est Dieu ; mais comment plaire à cet èlre suprême et inconnu, si lui-même ne se fait connaître et ne révèle sa volonté. I. 'impuissance de la raison ne d(''montre-t-elle [)as la ru'îcessilé d'une révélation ? et si celte révélation est nécessaire, ne devons-n(ms pas croire qu'elle existe, el si elle existe, doit-elle être caché«! ou douteuse? Non; elh; doit èlre inaltérable et accessible h tous. Connuenl donc doit-elle se faire? Ici doux nioycMis dilférenls s'offrent h l'esprit : ou Dieu interrompra l'ordre maiestueux de la nature et parlera surnalurellement h chacun (i iée cpii a ]o premier tort de renfermer nu cerch^ vi- «ieux d'absurdités, car les miracles ainsi prodigué'S (;esseraient d'être des miracles, et renirerau'iil dans la classt^ des phénomènes naturels auxrpu'ls on s'habitue, el «pii no font plus d'impression sur les es|)rits), ou bien il inspirera de .son Verbe quelques huuinies d'élite, el conlicra leur paiole h la
garde d'une hiérarchie organisée et conservée par sa ^u'ovidcnce : hiérarchie composée dhonnnes taillibles chacun en particulier et infaillibles par l'assistance de Dieu dans l'exercice collectif de sa mission divine; en sorte que le prodige du >'erbe fait chair, après avoir éclaté dans les miracles, la mort et la résurrection de Jésus-Christ, se perpétue dans la merveilleuse indéfeclibilité de son Eglise; il éi)argnera ainsi aux frayeurs du sexe et (h; l'enfaui'e lo bruit d'une voix surnaturelle et terrible ; il mettra un voile humain entre sa gloire v.\ le monde ])Our éclairer les honnnes sans les consumer; il no violera ni la nature ni la liberté humaine |)ar la [iression continuelle des miracles ; il ne veut i)as écraser le monde sous sa volonté toujours manifestée au bruit du tonnerre ; il veut nous amener h lui obéir et non pas nous y contraindre. D'ailleurs la révélation personnelle de Dieu h chaque homme détruirait l'association religieuse et dépouillerait la fuinlle de sa plus belle el de sa plus sainte prérogative. Quoi ! les mères n'appiendraient |>lus h leurs tils c» aim m- Dieu en les aimant, elles ne joindraient plus leurs petites mains pour la prière, elles n'auraienl plus le droit de leur montrer Itî ciel ! Qui, en ellet, oserait pailer avant ou après Dieu, si Dieu devait parler lui-même ! Ah ! sans (ioute il a été plus digne de Dieu d'appeler les hommes à se transmettre mutuellement les dons de sa vérité et de son amour, alin <(ue la religion non-seulement les unisse h lui, mais les unisse aussi les uns avec les autres, [)uis(]n'il a fait do leur fraternité une condition de son vrai culte. Sans doute elle est admirable cette hiérarchie, (fui don!)e ;\ la société une base immuable el à l'obéissance une raison divine, rpi agrandit el consacre le sanctuaire tle la iamille, en faisant du peuple chrétien tout entier la fimille du sanctuaire. Ainsi, avec sa hiérarchie infaillible (>t indéfectible, l'Eglise est toute la forc(> de la société: elle en est le cceur, elle en est la tête, elle en est la vie : et la j)reuve, c'est que partout où les croyances catholicpics no vivent |)as, germe et se développe rapidement un primnpe de mort ; c'est (pi'elle seule, par son organisalion providenlielle, peut mettre Ditni h la portée de tous, le faire goûter de tous, le faire en tpieNpn^ sorte toucher h tous. Ditesnou?, d'ailleurs, disciples de Jean-Jac(]ups, comment un enfant, ?\ (pii Dieu parlerait sans intermi'diaire, saurait-il que c'est Dieu (|ni lui parle, si la chose ne lui était d'ailleurs assun'o par sa mère? et (pii l'assurerait h sa mère elle-même? Sannud le prophète, dans son jeinie Age, entendit la voix nuraculense de Di(!U, (>t la prit pour celle du grand jirêlre ; trois fois il s'y trom|>a, et il eut besoin du grand prêtre lui-même et de son ordre exprès pour })rêter l'oreille h la révélation inunédiale; c'est (jue l'homme n'a reçu des organes que pour converser avec l'homme ; «'t de même que, dans son enfance, il faut (i^ue les aliments pris par sa nourrice lui soient présentés sous la forme
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plus ilouce du lait maternel, il a besoin de l'aiiiille et de fraternité dans la prière, il faut <|u'il soit allaité comme un enfant de croyances toutes faites et toutes prouvées; autrement, où en serait-il ? sa vie entière ne sufliniit pas à la recherche de ce qu'il doit croire pour bien vivre. Il faut, en un mot, qu'il aime pour ap|)rendre à croire ; et ce n'est pas UTie voix terrible soudainement venue du ciel, ce n'est pas un interlocuteur invisible, qui lui enseigneront toutes les saintes tendresses du cœur; il lui faut une bouche qui bégaie avec la sienne, des yeux compatissants h ses larmes, un sourire maternel enfin, qui encourage rinexj)érience de ses lèvres, lorsqu'il épèle pour la première fois le nom incompréhensible de Dieu. Eh bien, dans l'Eglise catholique, la grâce de Dieu s'est iàite visible, ses miracles se sont vulgarisés, ses mystères se sont humanisés, si l'on peut parler de la sorte ; il a donné une mère à l'enfance spirituelle des hommes; son Verbe incréé a parlé par la voix de nos meilleurs amis, et la Providence a veillé sur nous avec des yeux accessibles aux larmes. Il a mis au front de cette Eglise des signes qui ne sauraient écha[)[)er aux regards même des plus faibles, et il a attaché à ces signes la certitude de sa grAce; il s'est multiplié en quelque sorte pour mieux se rapprocher de nous ; il fait ses délices de demeurer parmi les enfants des hommes; il veut être leur docteur, leur[)ère, leur ami... et que dirai-je?... il est leur pain de chaque jour ! Dites s'il l>fMivait faire quelque chose de plus ; mais s'il devait faire quelque chose de moins, dites si vous consentiriez à perdre cette union si certaine, si visilile, si pal()able avec votre Dieu, vous tous que l'Ilglise Ciitiioliqu»; a r oirqttés au nombre de ses lidèles enfants : et vijus, poêles, rjui ùlcs amateurs de beaux n;ves, <iu'im.iginerie7.-vr)us d(; [)lus sublime à la fois et rb; plus tendre? où chercheriezvous une liivihiti'; [tins humaine que J(''sus- (^hrist? où trouveiez-\ous une humanité plus divinf; que dans ce fticux troupeau qu'il nourrit de sa vie et rpi'il abieuve de lui-mèfiie? Ali ! cela dfMt être vrai, n'est-ce; pas ? puisrpje c'est si beau ! Oui, sans doute, <l cela csl beau, iiaree- que* cela (.si vrai. Mais loule c<;lU; s|tlerid<-ur du dogme, toute celte certitude d(! la foi, foute cette intimité des .liiioî avec Dieu n'existerait pas sans l'autorité inr;iilliblo des successeurs drs .saints a(»/M(<s. Otcz celle autorité, el la religion r^!ss<' d èlrr; une révélalif)n certaine, pour se traiisffjrnjer f;n un senlimenl vague; Dieu ne relire de nous «-l s'éloigne ; un espace infini nous «ti sépare; il rifjiis reste «Jts as(>iratio[i.s religifus»'s, mais nous n'avons [dus de religiofi réf-llc. Donr;, en deli »rH (if l;t religion cnthrdique, il n'y a [«as ; .n réclb;, et le culte tombe de lui- ;...,. i.ins l'ennui d<!S réunions ollicielles ; riioifiirie se sent loin de Dieu, «;t son coîur renl** froifj devant des autels sans consécraiio I, dans des leiiiftles snuH vénération et V :ii>t \iiyHU'.r(:$. Mois dans l'Kgliso enlholique, Dieu vsl toujours présent réelloujent
et subslantiellemeiit sur les autels ; les temples vivent, les autels parlent, les marbres mômes du sanctuaire ont des souveniis et des larmes ; donc la religion catholique est la seule religion véritable.
Continuons à développer les autres preuves du môme ordre.
La religion catholique seule peut suppléer, pour le pauvre d'esprit, à la science et à la philosophie ; elle seule tient lieu d'expérience au jeune homme, de génie à l'inlelligence bornée, et de raisonnement aux esprits faibles.
Dieu, dit le grand Apôtre, V03'ant que, par la sagesse de la philosophie, les hommes no parvenaient pas à le connaître assez pour le servir, voulut par la folie de la prédication sauver la foule des croyants. Et pourtant la philosophie des anciens était grande et belle: I*ythagore, au moyen des mathématiques transcendantes, avait presque deviné le mécanisme de l'univers ; Platon s'approchait de nos dogmes ; Socrate semble avoir deviné notre morale ; mais Socrate el Platon étaient de ces hommes que la foule admire quand ils sont moils, mais que de leur vivant on bafioue et on lue ; leur science était inaccessible au vulgaire, et pourtant ils n'avaient pas poussé l'héroïsme de leur vcitu jusqu'à cette charité qui commence par l'abnégation et le renoncement h tout orgueil. Que d'efforts de raison, quels prodiges de génie ne fallait-il pas faire avant d'en venir là, et jamais les hommes y fussent-ils parvenus par leurs propres forces ? Mais voilà «pie, par un symbole qui résume et précède d« bien loin et domicK! de bien haut tous les lliéorèincs de la philosophie la plus avan(;ée, le résultat i)rati(pie de la plus haute sagesse et de la science la plus profonde est mis à la portée de tous : les femmes et les enfants du peu[)le vont franchir d'un pas ccltc! barrière inaccessibh; (jui les sénniait du sanctuaire de la sagess(!, el plus heureux tout à coup et i)lus forts en même- temps (jue les savants les plus avançais (pii clierchcMil (!t doul(!nl encore, ils croiront I Les théorèmes vainement cherchés par Pythagore sont des dogmes que la foi d un enfant i)Ossède, et les consé(piences de ces dogmes a imis ()ar la foi sont plus claires et plus pialirpies (pie no S(;raieiit l(;s consé(|uences des théorèmes, s'ils eussent été trouvés et démontrés parla raison. Les homiiuîs les plus simples, soriis d(!S classes les plus obscures, neuv(!iit désormais prali(pu;r une morale plus pure (pu» celle de Sociatf!, et la jiistilier par des piiiici])es immuables, puis<ni'ils sont fondés sur la foi. L'aristocratie (Je l'iiitelligiMice est anéantie, car ce ne sont pas les dons, mai» l'usage des dons (mii lait la vérilalih! grandeur'; el tous les liomiiMjs, égaux devant la devoir el devant la vertu, s'élèvent par leur lidélilé dans la hiérarchie de la gr.'lce. (^iiel modèh; de ,soci(:té (pie c(!lui-là I monarchie par l'autorité, n''|tubli(pi(? par la consécration des droits i\r. vliacun el le resp(!cl des pauvres, le catholicisme résout seul tous les problèmes politi<iue3 cl sociaux de iiolro
1G3 APOSTUOriiE
l'poqdO.Qiiollo iloctri no est mieux opproprire aux besoins de l'Iioiume et sait nueux combler les vides et suivre les inégalités de son (•(pur; elle l'arrache h la soumission forcée l)ar l'obéissance volontaire, aux humiliations parla modestie, au désespoir par l'amour de '.a croix; elle a pour les enfants des images et des légendes, pour les hommes faits des enseignements graves et sévères, pour les femnies des grAces de poésie maternelle, pour tous des consolations et des couronnes; elle domie seule le repos à l'Ame fatiguée du savant, et h l'artiste des inspirations inlinies : Michel-Ange, Raphaël, Danle et tant d'autres, sont K'v pour l'attester, toujours présents dans leurs œuvres immortelles, et l'on dit que le catholicisme s'en val Non; c'est vous (jui vous en allez, enfants perdus du dix-huitième siècle ; le catholicisme est la d(!rnière coloime de la civilisation et du monde; tout tombe autour de lui, et c'est ce qui le fait paraître en ruines ; mais le lendemain du jour où il tombera lui-môrae, il n'y aura rien pour le rcml)lacer, et personne pour se lamenter ou pour raconter sa chute.
Cet essai d'a|)ologic, où nous avons indi^ que seuhîraent des preuves de senlnnent et de raison, sudira pour expli(iuer ce (jue nous voulons dire en })arlant, au connncncement de cet article, de l'indulgence et de la charité dont on peut faire usage dans la défense même de la vérité, selon les mœurs et les époques. Dans l'Age où nous vivons , l'humanité ressemble à un malade ({ui est dégoûté de toutes choses et se détie nu-me de ses médecins ; il faut le traiter avec douceur, et ne pas lui dire plus de paroles uu'il n'en pourrait entendre.
APOLOr.UK. iVoif. Pahaholk.)
APOSTOIJQUKS (Tkmps). Voy. ArAnu-s.
APOSTUOPHE. — L'anostronhe est une figure de rhétorique par fa(pieile on adresse directement la parole h (luehju'un en |»articulier ou mémo h (piehpie chose, car on apostro|)he queUiuefois les objets insensibles. Il faut distinguer ra|)Ostrophe de l'invocation. L'apostrophe so fait ordinairement, soit ponr applicjuor à une personne ou à un certain nombre de personnes l'enseignement qui fait le sujet du discours, ou même le rej)roche qui fait le sujet de la plainte, car l'apostrophe se fait surtout dans l'indignation et dans la douleur : on ne doit donc apostropher que ses inférieurs ou ses égaux; et, dans le ministère sacré de la parole, on n'a parmi les honunes «pie des égaux, sinon des inférieurs. On sait (iue Hourdaloue a|tostropha un jour le grand roi lui-même au milieu d'un sermon, et que le roi hit assez grand pour dire au sortir du sermon : Le prédicateur a fait son devoir, faisons le n<Mre.
Mais les élans vers Dieu, les paroles adressées h lui ou ;i la bienheureuse Vierge, ou h ses saints, ou à ses anges, ne sont ponit des apostrophes, ce sont des invocations.
Nous trouvons, dans le i)saumc cxxxvi, plusieurs beaux exemples d'aposlrophc et
APOSTROPIIIi:
ir.i
d'invocation : Jerusalnn, si je t'oublie, que ma nuiin droite soit livrée à l'oubli; voilà une invocation à la |)alrie. Souviens-toi, Seif/neur, (les fils cl lùloin au jour (le Jérusalem; voilà une invocation à Dieu. Fille de Babytone . misérable! heureux (fui te rendra tout ce que tu nous a faitlyoWk une a|iostrophe trèsvive, accompagnée d'imprécation.
Les lettres de saint JiTÔme sont pleines d'exemples de l'apostrophe sous les formes les plus saisissantes. Dans sa belle lettre! à llt'liodore, par exemple, il s'écrie : « Que fais-tu dans la maison paternelle, soldat sans vigu*eur?où est le fossé, où sont les retranchements , où sont les hivers passés sous la tente?» Ce genre d'a()ostrophe, par forme d'interrogation, est de la plus grande vivacité, surtout (juand les ([ueslions accablantes se succèdent et se pressent. Le diacre Sabinien avait poussé l'oubli de ses devoirs jus- (ju'à chercher à séduire, dans la grotte mémo de IJethléem, une vierge consacrée à Dieu ; saint Jérôme raconte cette j)rofanation, puis tout à coup il s'écrie, en adressant la parole à Sabinicn : « El tu n'as pas eu peur que du fond de la crèche il ne s'élevAt un vagissement? lu n'as jias eu peur tles regards de la Vierge-Mère? La voix des anges se fait entendre dans le ciel, les pasteurs accourent, l'étoile brille , Hérode est é[)Ouvanté , et toi, cependant, (jne fais-tu? » Celte a()ostrophe est une des |)lus belles (jue nous connaissions dans la liltérature sacrée.
On sait comment le P. Bridaine apostropha son auditoire dans ce fameux cxorde reproduit [)ar l'abbé Maury, et qui se termine par ces mots : « A force de remords vous me trouverez assez éloquent. »
Une des plus saisissantes et des plus terribles apostrophes qui se trouvent dans l'Ecriture sainte, est celle du prophète Nathan au roi David, lorsqu'après avoir eniendu la parabole du riclie qui a volé la brebis du pauvre, le roi s'est écrié : Vive le Seigneur, celui qui a fait cela est un fils de la mort! — ■ C'est vous qui êtes cet homme, lui dil simple' ment le pro|)hète : Tu es illc tir.
On se met à la place du roi en entendant cette sentence de sa |)ropre bouche se retourner ainsi contre lui-même, et l'on ressent ([uehpie chose de semblable à ce frisso:i dont il est ()arlé dans le livre de Job, lr)rs- (pi'un souille mysiérieux vous passe près du visage, et vous ]»orte l'épouvanle jusipi'au fonii dos os.
L'apostrophe étant une ligure d'un grand elîet, ou ne doit |)as en abuser en la rendant trop fréfpiente, autrement elle perdrait toulo sa iorcc.
Nous avons distingué entre l'invocation et l'apostrophe ; il y a ausai une espèce d'apostrophe (pion pourrait appeler évocation, c'est celle (pli s'adrosse aux objets inanimés ou aux m(»rts, ou même aux réprouvés et aux démons.
« Mai bres du sanctuaire, vous le savez : prene/, une voix pour le dire. » [Sermon pour le renouvellement des vœux du baptême.)
« boulé vc-loi, [lierre des tombeaux, laisse