APOSTROPHE
APOTRES
parler le spectacle affreux de la mort ! » {Sermon sur la mort.)
« Omort ! où est ton aiguillon ?0 enfer! oii est ta victoire? »
« O mort, je serai ta mort ! » [Office de la semaine sainte.)
La plupart des apostrophes adressées aui ôtres malfaisants sont des conjurations ou des exécrations :
« Retire-toi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul ! »
« Princes de l'enfer, ouvrez vos portes 1 le roi de gloire veut entrer. »
«Retirez-vous de moi, maudits! car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à m.inger ; j"ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; j'ai été nu, et vous ne m'avez pas couvert ; j'ai été malade et en prison, et vous ne m/avez pas visité: allez au feu éternel. » D'autres apostrophes du Sauveur sont pleines de tendresse et de regrets : « Jérusalem ! Jérusalem! qui tues les prophètes, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfants autour de moi, comme une i)0'i]e rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu n'as pas voulu? »
Il y a dans l'Evangile des exemples d'apostrophes adressées à l'Homme-Dieu par ses bourreaux; mais ces apostrophes changent de nom et sont réellement dos blasphèmes, ce qui ne change rien à la règle que nous avons précédemment établie.
C't'st dans le sentiment de cette règle que saint Paul se rétrafte après avoir apostrophé le grand f-rètre Ananias, qu'il ne connaissait f»as. Ananias a commandé à un satellite de frapper saint Paul : « Dieu te frapftera toimèrne, muraille bl.inchie, lui crie l'Aitùlrc, car tu es assis pour méjuger suivant la loi, et tu ordonnes contre la loi que j<! sois frapfiéî » Les assistants lui disent alors: « C'est le grand prêtre ; » et saint Paul si- reprend en disant : " Je ne savais pas nue ce (Cil le grand f)rètre, autrement je ne 1 aurais pas maudit. »
On trouve d'ailleurs, dans les Ki)îlres du même saint Paul, de beaux exemples de tous les genres d*af)ostrof)li''.
Afiostropbe véliémenle : «O (ialates insensés ! fjiii donc vous a fascinés ?i ce f)oint que vous n'obéissiez [dus à la vérité, vous <'i <pji le Sauvf;ur a été si vivf;merit dép<îint qu'il est coirnne rrueifié parmi voiis?»
Afioslrophe touclianle : «.Ma bouche est ouverte prjur vous f»arler aver; franchise, ù Coririlhieus! Vous n'êtes pas 'i l'étroit dans notre cjrur, mais nous nous sfsntons h la gAri»; dans le vAlre. » Nos grands orali;urs (hréliens, pleins des levons de rKcrilurr; •«'tirile, ont su fairr souvent 'h; l'apostiophe I usage le plus saisissant. Tout le monde i.'tit que Massillon, d.ins sou sr-rrnon sur le p'-fil nombre des élus, lit a son .nidiloire une ftf»oslropbe si bien (»ré|nré(; (;i d'un sj gf.uid eir»t, rpje rassr;rnblée entière se leva h demi Ti fjous'ïant nn cri de terreur.
On ne doit faire d'a(>OHtrophcsque dans la f.Uihnr du 'ii»cours. Les apostrophes connuo
les exclamations sont insipides et ridicules lorsqu'elles sont faites à froid. Il faut se garder aussi avec soin des apostrophes de mauvais goût ou qui choquent en quoi que ce soit la bienséance ou la charité. En éloquence comme en style, le sublime man(|ué devient de l'absurde et fait rire. Nous terminerons cet article par quelques exemples de ces apostrophes de mauvais goût, qu'on trouve dans les sermonnaires de la fin du xvi" siècle et des premières années du xvir.
«Que dirai-je de vous autres, dit le P. Bosquier, dansun sermon sur l'éducation des enfants? que dirai-je de vous autres, pères cruels, non plus pères, mais vipères, mais Saturnes lunaticiues, qui dévorez ou perdez, ou êtes cause de la perdition de vos enfants; non -seulement omettant de les dresser, vous y portant non-seulement privative, sans rien faire, mais aussi active^ faisant devant eux choses par lesquelles vous les renJez corrompus !
« O la chose déplorable I ô larmes 1 où êtesvous retirées? Accourez à la file, fontaines, rivières, mers, océan, accourez et passez par les canaux de mes yeux, pour déplorer dignement une destruction si lamentable ! Déploie-toi et débande-toi, ma langue, pour contester contre un massacre si barbare, que le père et la mère soient cause que l'enfant ne vive pas éternellement, ains meure de la plus misérable mort qui soit. O terre, ô ciel . que mieux vaudrait aux enfants n'avoir jamais été nés, que périr ainsi par la vie scandaleuse de leurs parents!
« Où n'est-il pas au monde des mères si folles rpii apprennent h leurs filles, comme Hérodiade h la sienne, ou par préceptes ou j)ar exemples, h. marcher à pas composés et comijassés par art ; h s'entourer de vertugades, vrais cachiî-bAlards ; à se frisotter le [)oil, à faire de leurs cheveux chinons cn- • i classés; h se goudronner, rétrécir le corps et h; ronrlre [)lus grêle (}ue jonc ; <» se [)Ourprer et Dwdnv le visage, appliquerjc; ne sais quels monstres de couleurs, ou h se rcndi'e pâles, connue bon b;ur s(;mble, voire h danser, cabrioler et bien baller.
0 .Misérabl(!S mères de plus misérables filles, savez-vous pas mie les singes de nature aiment tant et si follement leurs faons, les aci;olefil, les élreignttnt et serrent d'«nnbrassemenls si forts, (|ue souvent ils les oppressent et les lu(!nt?l'>t vous, vraies singesses, r;raignez-vous pas f|u'cnfin, amignaidisant si douilletiient vos (nd'anls, vous les froissir;z et luiniez, et iei et en l'antre monde? O amour aveugle I ô rpielle singerir; rpie ce rœriis nmor prolix I Sottes mères ! [)Our(pir>i abreuvez-vous rie vanités ('t de je ne sai.s firnilles mondanités vos llllettos encoro pen* uantfvs h la mamelle ! »
Les serinons du P. Bonsfpn'er sont pleins «le send)l<ibles |)assag(!s. Il les publia au commenc(îm(;iit du xvii' sièch;, en huit volumes in H', et les dédia au roi Louis XIIL
APorRF.SfAcTiH ni.s). — Saint Luc, auteur des Actes des ajxMres, paraît avoir élé le plus lollré des quatre évangélistos. Son
APOTRES
Kvaii;^ilt% tVrit on groo, so dislingno par la inircli' (le sa diclion, cl a éf6 mis au rang dos (■Iassi(jnes : ses formes littorairos se raplirocliont do collos des anciens liisloricns grecs, et sa manière d'fnlrf'ron matière rappollo los antiques récils (rHorodotc ou de Timcydido.
Quo l'F'lvangile selon sainl Luc et los Actes des apùtres soient écrits purement on grec, cola n'est sans doute pas une chose indilTérenlo pour les i)liil(>logues; mais au point de vue dv la littérature religieuse, l'autour dos Actes des n[>olros, eiU-il écrit dans l'idiome le plus barbare, n'en serait pas moins le plus merveilleux, le plus intéressant et le plus grave en même temps des historiens.
Si en effet il est une histoire importante dans les annales du monde, c'est celle de ce grand événement qui vint en changer la suriace et en renouveler de fond en comble toutes les institutions, il y aura bientôt dou\ mille ans : événement imprévu par lapoliti- <pio, négligé |)ar l'histoire contemporaine, inexplicable par les lois qui président au cours ordinaire des choses. Un prophète de (îalilée, un juif (pii se dit le Fils de Dieu, est mis h mort dans un coin reculé de l'empire romain : ses disciples etl'rayés l'abandonnent ; il lui reste à peine douze pauvres ouvriers qui se cachent ; rien dans tout cela ne semble digne, je ne dis pas d'éveiller la sollicitude des maîtres de l'empii-e, mais de troubler même un instant la sécurité d'un proconsul : oh bien ! ces douze hommes, illettrés et sans éducation {)Our la plupart, sortent tout à coup de la retraite où ils se cacheni, et annoncent haulemont que leur maître est ressuscité, (pi'ils l'ont vu, (ju'ds l'ont touché, (ju'ils ont b\i et mangé avec lui. On se iuoi[ue d'eux d'abord, et on les prend pour dos gens ivres ; ils ne so découlagont pas, et bientôt huit mille i)ersonnos sont entraînées par colle conviction contagieuse (jui, on ne cédant |)as h la contradiction, linitpar la vaiticrcî et |)ar s'inq)osor. On s'alarme et l'on porsécuti; los douze : ils se sé|)arontet se dispersent dans toutes los [)arlios du monde, et c'est alors que commence le nu'rveilleux. (^os nialliouroux proscrits, ccssectaires rejetés par laSynagogne, parlent pour renverser tous les temples du monde, pour changer les aulols cl les lois de l'univers. Ce sont dos fous, n'est-ce pas? — Tout le monde lo penserait encore s'ils n'avaient pas réussi. Ils ont réussi !... lo f.iil est là, incontestable, irrévocablement accompli. Ces douze houunes ont parcouru la teiie, et la terre a (changé ; l«>s Césars, alors maîtres du monde, ont lulté pendant trois (;(Mits ans et ont céd('' ; les dieux (pii depuis tant de siècles send)laient urésitlor à la foilune dos ompirrs; ce. culte (le la force, des |)laisirs et do la beauté, qui charmait dep\iis si longtemps lo peuple par sa riante mythologie, par la beauté «le ses idohs ol par la splondeur do SOS fêtes; les traditions si poélicpios de la Clerc, les images consacrées par le génio «l'Homère et «pie s«'mblait avoir tout récommofil encore vouées h une secoudc immor-
APOTRES 16
talité la gloire immense de Virgile, tout cela a été balayé connue des feuilles sèches par l'orage à la parole obscure de ces douze p<V cheurs, mis à mort sur tous les points «ru monde sans que l'empire oHiciel daignût savoir s'ils avaient vécu : par quelle puissance d'éloquence, par quelle séduction de doctrine ont-ils remporté colle effrayante victoire ? O'icl dieu plus disert que Mercure, plus brillant «{u'Apollon, plus gracieux quo l'Amour, leur a prêté le |)rcslige de ses attraits; ils f)rêchaient un Dieu austère, dont les seuls attributs étaient des clous et dos épines, un vase plein de fiel et une croix I ils parlaient de cnasteté et d'abstinence h la populace des saturnales et aux prêtresses de Vénus! Mais le temps était venu où l'on devait les écouter et les croire, et toujours les remè<les divins se révèlent par leur opposition tranchée avec les maux qu'ils viennent guérir. Le monde alors était malade comme un débauché au lendemain d'une orgie, et il accepta l'austérité des doctrines chrétiennes comme un moyen «le revenir h la santé et à la vie. L'heure était venue encore une fois : Dieu le voulait. Les Actes des apôtres sont le premier chapitre de cette étrange histoire, qui se déroule entre le crucifiement du Sauveur sous Tibère, etrexaltation do la croix sous lo règne de Constantin ; c'est là (lue sont retracés les premiers symntômes «Je cette révolution universelle qui cliangea le gibet en Inbarum. Ici les merveilles do l'histoire non -seulement justifient, mais rendent nécessaires les miracles du livre sacré : la grandeur des événements relève la sim[)licité du narrateur, et ses récits, qu'on pourrait appeler la Cenèse du monde chrétien, empruntent pour nous un nouvel éclat de merveilleux divin h dix-huit siècles et demi de vénération et de croyance. Qiu>l poënu; épique pourrait offrir i)lus d'intérêt (jue l'histoire de ces douze fondateurs d«» la société nouvelle? Les Actes, en effet, sont los |)remières pages d'une grande épopée dont lo poète a été Dieu même. Le récit de saint Luc commence après l'ascension du Sauveur ; los disci[tles sont encore debout sur cotte montagne dos Oliviers où le Sauveur vient do laisser ses dernières empreintes; un«! nuée vient de le couvrir, et deux anges vêtus do blanc ap{>araissent et dis«'nt : « Hommes de Calilée, pounpu^i restez-vous h regarder lo ciel? Ce Jésus ([ui a été enlevé au ciel redcscondra vers vous un jour comme vous l'avez vu monter. Los disciples reviennent .^ Jérusalem, et les douze se constituent en assemblée apost«)liipio, en complétant leur noiuliro par l'oh^ction do saint Matliias, élection «pii se fuit non h la majorité dos suffrages, mais |iar la décision du sort, puis ils se r«'lirent dans le cénacle, où leur consécration miraculiMise se fait lo jour de la renlocôlc ; puis, animés du SaiiU-Lsprit, ils commencent à se livrer au ministère do la parole.
Le premier discours de saint Pierre commence par une citation remarquable de la prophétie de Joe I :