‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 18 sur 233 · IG · texte numérisé non relu

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APOTRES

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« Dans les derniers jours, dit le Seigneur, je répandrai de mon esprit sur toute chair et vos fils prophétiseront : et vos filles et vos jeunes hommes verront des visions, et vos vieillards songeront des songes. Et alors sur mes serviteurs et mes servantes, dans ces jours-là je répandrai de mon esprit et ils seront prophètes. Et je donnerai des prodiges en haut dans le ciel -et en bas sur la terre : le sang, le feu et la vapeur de la fumée. Ee soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang avant que ne vienne le jour du Seigneur grand et manifeste. Et il arrivera, et quiconque aura invoqué le nom du Seigneur sera sauvé. »

Ce Seigneur dont le nom invoqué au dernier jour sauvera les élus de la conflagration universelle, saint Pierre vient le révéler aux Juifs. C'est ce même Jésus de Nazareth qu'ils ont crucifié ! A cette voix, déjà investie dune autorité infaillible, les vrais Israélites, ceux qui étaient mûrs pour l'Eglise nouvelle, se sentent frappés au cœur et ils se soumettent à la direction sacerdotale de Pierre et des apôtres, en leur disant : « Frères, que ferons-nous ? » Ecoutons la réponse de saint Pierrr.r-ar nous y trouverons la première institution du culte chrétien : « Faites pénitence, » leur dit-il ; « que chacun de vous soit baptisé au nom du Seigneur Jésus-Clirist, et vous recevrez le don de l'Esprit-Saint. » Nous voyons commencer ici la pénitence des catéchumènes et l'administration des deux sacrements de baptême et de confirmation. Quant à la sainte Eucharistie, c'était le grand hérita;/edu Sauveur, mais on ne devait y admettre que les })arfails, c'est-àdire les chréliens confirmés. Dès ce momerit la religion de Jésus-Christ existe déjà dans le monde comme elle existe encore de nos jours. C'est à la suite de celle institution du culte par le cénacle que vient cet admirable tableau de l'Eglise iirimilive, lorsqu'elle ne faisait encore jiour ainsi parler qu'une seule famille. Ils persévéraient dans la doctrine des apôlres, rlans la eommimication de la fraction du pain et dans les f)rières. El la crainlc se réfiandail dans toutes les âmes, rar il se f.iisait beaucouf» dr; signes et de prodiges fiar les apôlres dans Jérusalem, et la terreur était générale. Tous <<:\i\ qrji croyaient vivaient d'une vie [tareille et ils avaient toutes choses en crimmun. Ils vendaient leurs (trojiriétés el hiurs biens, el en distribuaient le prix suivant les besoins de eliaenn. l'ous les jrnirs ils élaient réunis dans le tfîrrqde, (•!, rompant le pain de maison en maison, ils prenaient leur nrinrrilure dans i'allégrfrsse el la simplieilédu co;nr, louant Dieu tous ensemble et trouvant gr;1er; devanl le r»r!Uple, e;ir \t: Siigrieur augmentait tous (f.n jours le nombre de ceux (jtii ^•Uieiit sauvés pir eeltr; doetrine. »

Lrie vie si sainte el si paisible no pouvait diir'T lonutertifis sans iiersériilions. l.n haine des liourreaux du Sauveur éclate nu «i.jel de la guérison éclatante <\(: cf. boitent ()ui m«'ndiail devant la belle [)orte du lem(»l<»,

Dtcrio^t. i>K 1,17 i^i« Vil nr oriU i

« Je n'ai ni or ni argent, lui dit saint Pierre, mais ce que j'ai je te le donne : Au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, lève-loi et marche 1 »

Ceux qui avaient de l'or et de l'argent et qui ne connaissaient pas d'autre puissance, s'indignèrent de ce pouvoir qui guérissait les malades et commandait aux infirmités humaines. Les princes de la synagogue veulent connaître de cette guérison merveilleuse, et il faut que saint Pierre leur rende, compte de son audace pour avoir fait le bien dont ils étaient incapables. Saint Pierre, au milieu de cette synagogue qui a conspiré la mort de son maître, répare glorieusement ses faiblesses de la veille par un témoignage éclatant qu'il rend à la vertu du divin Crucifié. A la nouvelle de cette généreuse manifestation, toute l'Eglise naissante se répand en actions de grâces, et, à la fin du chapitre quatiième, l'auteur des Actes revient encore une fois el comme avec amour à cette image de la fraternité et de la vie commune des premiers fidèles, qu'il nous montre si dignes de toute notre admiration et de tous nos regrets :

« La multitude des croyants n'avait qu'un cœur el qu'une Ame, el aucun parmi eux ne disait être à lui ce qu'il posséda. t, mais toutes choses leur étaient communes. Et il n'y avait personne parmi eux qui manquAl du. nécessaire, car tous ceux ([ui possédaient des champs ou des maisons les vendaient et apportaient le prix de la vente. El ils le déposaient aux pieds des apôlres, qui le distriljuaient suivant les besoins de chacun. »

C'est au sujet de celle conmuinauté volontaire el faculialivc ([u'esl iai)porlée l'histoire d'Ananie et de Saphire, qui sont frappés do mort non jiour avoir soustrait uwr partie de leur bien à la communauté des fidèles, mais pour avoir menti au Sainl-Es|tril en se j)aianl d'une générosité hypocrite. « Pourquoi avez-vous menti? » leur dit saint Pierre : u n'éliez-vous [)as les maîtres de garder toiil ee fjui était à vous ? » Ils tombèienl donc, l'un après l'aiitic, frappés dune mort surnaturelle et soudaine, el une gr.uide épouvante se fit dans toute ri-lglisc el pour tous ceux (pii en rrileiidirciit parler.

Le nombre des fidèles augmentait dejiMir enjf»ur, el les miracles se mullipliaienl au Moinl que les malades étaient ajipoités sur le f)avs,'i;.^e de saint Pierre, alin (jiie du moins, en passant devanl eux, il les couvrît de sou onibi-e, (.'l tous ceux (pii lou(;haienl son om bre étaient guéris.

Jf'vsus-Cbrist avait promis h la foi de .ses ai)ôlr(!S des miracles |)areils aux .si(!ns , et plus grands même (pie les sitîiis : la |iromesse dii inailr(! était déjà réalisi'-e.

Tant d'é( lat |)rovfKpiait bî martyre : on eommence h |»oursuivre el à emprisonnei les apôtres ; on leur défend (h; prêcher au nom de Jésus-(;iirisl. Les npôlres réponrlenl avec iiiK* dignité pleine de; modestie : « Voyez vous-mêmes s'il ne vaut pas mieux obéir ii Dieu qu'aux lirtinme-. ; .. et ils coiilinU(!lil , sans nlbTiaiion , mais aus'j sans ci.iinle,

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raccomplisscniont. de leur devoir. C'est nlors que, dans rassemblée des prcMres et des doctours, un pharisien nommé (lamaliel ouvre cet avis plein de sagesse et que les persécuteurs de la vérité auraient dil méditer dans tous les temps : « Laissez faire ces hommes ; car si leur cloctrine vient de Dieu , vous ne pouvez pas vous y opposer ; si elle vient des liommes , elle tombera d'elle-môine. » Malheureusement les ennemis du christianisme étaient des hommes injustes et passionnés, qui ne croyaient en Dieu ([u'au gré de leurs intéfôts égoïstes et de leur orgueil ; ils ne firent aucune altention à la prudente observation do Garaaliel , et la persécution continua.

Cette persécution était d'ailleurs nécessaire ; c'était le vent qui devait éparpiller sur toute la surface de la terre la semence précieuse du salut. Les combats des martyrs <N)mmencent par le meurtre de saint Etienne. Saint Etienne était l'un des sept diacres qui avaient été choisis pour 6tre les économes de la communauté chrétienne. Plein de l'enthousiasme que lui donne le Saint-Esprit, il dévoile devant les Juifs assemblés tous les secrets de leur religion et de leur histoire ; il leur montre dans la loi et les prophètes les ligures et les promesses qui ont été réalisées et accomplies par Jésus-Christ. Les Juifs , furieux, se bouchent les oreilles pour ne pas l'entendre; ils poussent un grand cri ; ils l'entraînent et l'accablent à coups de \>ierres. Le sang des saints devait être l'engrais de la moisson nouvelle , et celui d'Etienne n'aura pas été versé en vain. Un jeune homme nommé Saul, complice de la mort du juste , gardait les vêtements des bourreaux. Ce jeune homme est la con(iuôte du njartyr, et doit un jour verser lui-môme son sang pour la fui , après avoir été rai)ùtre des nations. Ici un nouveau ])ei'Sonnage entre en scène, cl l'Eglise salue d'avance sa plus brillante lumière; ce jeune Saul, zélateur fanatique de la loi , est un homme d'une conscience droite, d'une volonté forte et d'une, én(Tgie à toute épreuve. Il a élé élevé dans les doctrines i)hari5ai(iues , mais aussi dans la droiture des senlinjenls honnêtes à l'école de (lamaliel : il voit dans les chrétiens des novateurs et des sectaires ennemis de la r(>li,-;ion de Moïse, et il les poursuit à toute outrance. Les princes des |trètres ci ontdéj;\ f.Ttricur séide : il ne respire (jne menaces ; il se met h la tète d'une troupe de satellites ; il entre dans les maisons pour y chercluM" les discijiles de la doctrine nouvelle , cl il traîne en prison les hommes, les femmes et les vieillards. Une inquiétude (pi'il prend pour du zèle l'agile et le tourmente : Dieu travaille déjà son cœur , et Jésus-(]iuist l'attend sur le chemin de Damas. Pendant ce feijq)s, u'i des apôtres nommé Philippe était alh' à Samarie prêcher la doctritio du salut.

Or, il y avait h Samario un mage nommé Simon, (jui, par sa fausse science et ses prestiges , avait acquis une grande autorité sur le pcu[)lo.

Cet nn[i(>siour lui-niênie , ne pouvant ré-

sister au (orront de la vérité, se laisse g.i'. gner h la nouvelli* dorlriio. (Irande est donc la joie dons la (Mpitale du rovaume d'Israël ; caries Samaritains ne sont pfus des maudits, cl le Fils d(î David a recon([uis les dix tribus séparées. Pierre et Jean , ap[)renant cette nouvelle , se hûtont de venir à Samarie ; ils imposent les mains aux nouveaux baptisés , et ils reçoivent le Saint-Esprit. Simonie Magicien devient secrètement jaloux de ce pouvoir qu'ont les apôtres d'imposer les mains, et il leur olfre en secret de l'argent, pour Cire investi du môme pouvoir; mais saint Pierre le foudroie par cette réponse qui devait être l'éternelle condamnation de ceux qui voudraient tratiqaer des dons de Dieu et des dignités de l'Eglise : « Que ton argent périsse avec toi ! »

Nous ne nous arrêtons pas à l'épisode du baptême de l'eunuque de Candace, qui va porter la foi nouvelle jusqu'à la cour de la reine d'Ethiopie , et nous arrivons au grand événement de la conversion de saint Paul.

« Saul », dit l'historien sacré, « no respirait alors que les menaces et le meurtre contre les disciples du Seigneur. Il alla donc, trouver le prince des prêtres, et lui demanda des lettres pour Damas, adressées à la synagogue , afin que, s'il trouvait là quelqu'un d'engagé dans cette voie, soit hommes , soit femmes , il pût les emmener captifs à Jérusalem. »

Le voilà donc sur le chemin de Damas , comme autrefois Antiochus sur la route do Jérusalem ; il se hûle dans sa fureur; il conduit avec lui des satellites et des bourreaux ; mais la main de Dieu l'attend au passage : un souille lumineux l'atteint et le renverse ; le voilà abattu sur la route et atterré par le bruit d'une voix : Saul ! Saul ! pourquoi me persécutez-vous? » Saul, éperdu, se relève ; il tremble comme un entant , et étend les mains jwur qu'on vienne le conduire : il est aveugle, comme si la lumière de ses yeux était rentrée dans son cœur; désormais il ne regimbera plus contre l'aiguillon : il est tombé persécuteur ; il se relève apôtre.

Après une retraite de (juel pies jours, pendant lacpielle il recouvre la vue par l'impcsilion ties mains d'un chrétien nommé Ananias , il connnence à prêcher dans les synagogues. Uemar-quons ici (|ue Notre-Seigùeur, <pii a converti saint Paul sans inlerméiliaire, emploie, pour le guérir et pour le confirmer, Ananias. Ananias était sans doute un des premiers évê([ues délégués par les apôtres ; et à l'origine même du ministère évangéli- (pio, nous trouvons déjà la hiérarchie.

Cependant la vocation des gentils est révélée à Pierre par une vision ([ui annonce la lin de l'exeommunicatio;! judaique et des observances légales. Le centurion Cornélius reçoit le baptême des mains mêmes de saint Pierre, (jui fonde ainsi la nouvelle Uome.

L'accomplissement des desseins de la Providence est précipité par la mauvaise volonté des hommes. Hérodc fait périr saint Jaccpies par le glaive ; cl voyant cpie ce mourir*! l'a rendu p();iulaire parmi les ennemis du

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nom chrétien , il fait mettre saint Pierre en prison ; mais le chef de l'Eglise est miraculeusement rendu aux prières et aux larmes des fidèles. Hérode lait de vaines recherches pour connaître celui qui a délivré son prisonnier. A quoi bon chercher si loin? L'ange qui a ouvert les portes de la prison va venir lui-même fermer pour jamais les veux d'Hérode. Un jour qu'il était sur son trône , au milieu de ses flatteurs , entouré d'une pompe orientale et de tous les attributs de la puissance, il parlait et la foule prosternée s'écriait que c'était la parole d'un

Dieu qui se faisait entendre Tout à coup

le dieu se sent frappé d'une main invisible ; il pâlit , il chancelle : on l'emporte , et il meurt misérablement de la môme mort qui avait déjà frappé l'impie Antiochus au temps des Machabées.

La persécution d'Hérode a consommé la réprobation des Juifs : les apôtres, forcés de s'exiler, vont porter la foi parmi les gentils. Le temple , qui va rester désert de ses véritables adorateurs, commence à se faire peur à lui-même , et des voix ont crié sur Jérusalem que Dieu s'en va.

Saint Paul, accompagné de saint Barnabe, prêche i'Evangilc d'abord aux Juifs de la dispersion, puis auxgenlils eux-mêmes, el sème nartout des églises ; il frappe d'aveuglement le magicien Elymas, convertit le proconsul Sergius Paulus, est lapidé à Lyslre pour n'avoir [>as voulu se laisser adorer h. la suite d'un miracle , et tout brisé encore de ce meurtre mal exécuté, s'en va prêcher h Antioclic. 11 voit en rêve la .Macédoine qui lui tend les mains et qui l'appelle à son secours : il va prêchur en Macédoine , où il est battu de verges; les violences des hommes s'élèvent partout contre la force de l'Esprit de Dieu, et restent imjjuissantes. Saint Paul fiasse h travers les prisons et les bourreaux, el trouve que c'est le clieinin le plus court |Kjur aller où Dieu l'aitpelle. Lorsqu'il faudra qu'il se rende enliii â Konie pour se jirenurt.' corps à coi[)S avec le génie du vieil empire, ne df-maridez [las comin(;nt il se procurera un vaisseau et une escorte : le proconsul y j>0'irvoira.

Ce conquérant du Verbe passe clone victorif'ux de ville en ville. .\ Thessaloniqufj , h Bérée, ses victoires se succèlent avec ra|»idité. Le voici lievant Ir; tribunal (jui a corirJairiné Socratr; : il prêche d.iiis l'aréfjp.igo l'unité de Dieu el rimmort-ililé de, l'/lme ; mais quand il en vieil au drunier juictnfMil el h la résurroclion des morls, les uns rieiil, le» autres lui disent : Nous entendrons le rcMn urui autre (ois. Oepemlail sa parole n'est pas restée sans fruit : un des memijres de l'aréopage, nommé Denys, rouvre les yeux à la lumière nouvelle; une femme noiiimée Damaris et rpielques nulles rrjniiei'nnt, avi-e Denys l'Aréfjpagile , le petit troupeau des élu«» daoH cell<; ville, si vaine encore d'iinr', r ivilisalion épuisée. La majorité de» AlliépjeriH ne vil «lais la jtrédicalion de saint Paul que l'aneedoU- rjii jour, < l le lendemain de gi)ti déf»;Ml OU saboidaîl .vani «loule e i-

core devant le temple de Minerve , en se demandant : Qu'y a-t-il de nouveau ?

Semblable en cela à nos modernes compagnons du tour de France, saint Paul, en Grèce et ailleurs , s'arrêtait dans les bonnes villes pour travailler , et suffisait , par le moyen de ce travail, aux frais de ses voyages. Nous lisons au ch. xviii des Actes qu'au sortir d'Athènes il se rendit à Corinthe, où, ayant trouvé un Juif nommé Aquila, qui exerçait la même profession que lui, il resta pour travailler dans la maison de ce Juif, et les jours de sabbat il se rendait à la synagogue. Mais il y trouva tant de mauvaise volonté dans ses anciens coreligionnaires, qu'il rompit définitivement avec eux et les quitta en secouant ses vêtements et en leur disant : « Que votre sang soit sur vous; j'irai désormais vers les gentils! » Et avec l'aide de son hôte Aquila et de Priscille, femme d'Aquila, qui s'étaient adjoints un Juif éloquent et influent dans la ville, nommé Apollo, il commença si bien à répandre la vérité dans Ephèse, qu'il s'ensuivit une sédition. Ici l'historien des Actes nous paraît admirable : il peint en quelques traits ces agitateurs qui couvrent toujours d'un prétexte patriotique et moral les rancunes de leur intérêt privé; il nous montre l'argent comme étant le secret ressort et le grand nerf de tous ces mouvements prétendus religieux par lesquels on essaye de soutenir la caducité des faux cultes, et retrace avec une grande naïveté la stu[)idité de ces masses pojiulaircs que des intrigants font mouvoir. Un artisan nommé Démétrius, qui avait pour industrie de faire en argent do petits modèles du temple de Diane h Ephèse, pensa que les prédications de saint Paul pourraient lairo tort à son commerce et souleva le peuple. Le peu(»le se rue en foule vers le liiéA- Irc : les uns crient : Vive la grande Diano des Ephésiens, les autres crient autre chose, car dans cette coliue la plupart ne savaient I»as pourquoi ils étaient rassemblés. Saint l'aul veut se jiréeipiler d:ins cette foule el leur parler, on l'en empêche; un nommé Alexandre veut se faire enleiidre, mais (pielfpi'un ayant dit (ju'il est Juif, uik; clameur immense couvre; sa voix, et pendant deux licuies entières on n'entend autre cliosc! (pio le cri : F. a grande Diane des Ephésiens!

Enfin saint Paul dit adieu à ses disciples (•t s'emban|U(! noiir Jérusalem ; ne pouvant porter le salut a cette ville ingrate, il v(!ut y retourner, comme so'i maître, pour y soulfiir. Vaiiiem(;nt on cherche h Vc.n détourii(;r, vainement h; prophète Agabiis lui prédit des li(!ns, il part et ne larde [las à trouver dans Jérusalem ce (pi'il élail venu y chercher. La rage des Jiiil's est telle contre h; saint apôtre, que [ilusieiirs d'entre eux ont fait vomi de no boirf! ni de no manger avant de l'avoir mis h mort. On l'arrête pour h; protéger; h; proconsul lui donne \i\)<' escorte, el veut savoir le motil' d<! tant de haine. Paul so déic'nd sucressiveiiient devant Félix, devant Eostus el devant le rf)i Agrippa, (pii a désiré l'en- (e-idie, .iinsi que l;< leine Hérénice. Il en

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appelle à Ci'sar des accusations iii(cnl(5cs conlre lui [tar les Juifs, et on l'enibarquo pour Hitnic sous bonne garde. Pendant l.i navigation , l'ascendant du saint apùtre s'exerce uK^nio sur ses gardiens. Il est beau de voir c>;t liomme chargé de chaînes rassurer l'équipage pendant la tem|)ètc, donner du courage au pilote et aux rameurs, comme s'il commandait non-scuicment au vaisseau, mais encore à la mer et aux orages. Le vaisseau périt près de Malte; mais saint Paul ne veut pas qu'un seul de ses compagnons do voyage périsse lorsqu'il s'en est constitué le garilien : l'équipage entier est donc sauvé; et c'est alors que saint Paul, occupé à entretenir le feu pour sécher les habits des naufragés, est piqué h la main par une vipère sortie d'une brassée de sarments : il secoue sa main dans le feu, et ne reçoit aucun mal de celle morsure d'un animal si venimeux. Ce miracle achève d'étonner les gardions de saint Paul, et leur imprime le plus salutaire respect : aussi, lorsqu'on a trouvé un autre navire pour continuer la route, lui laissentils la plus grande liberté, lui permettant de s'arrêter à Syracuse, h Reggiura et h Pouzzoles, dans la maison des frères qui s'empressent de le recevoir. Son escorte est devenue pour ainsi dire son cortège ; et arrivé h llome on le laisse demeurer où il veut, prisonnier pour ainsi dire sur parole et sous la surveillance d'un seul soldat. Cette liberté était nécessaire pour l'accomplissement des desseins de la Providence. Les Juii's ne se doutaient pas, en accusant saint Paul, qu'ils envoyaient à Rome môme, dans la ca[)itale <lu monde, le plus puissant missionnaire du culte qu'ils voulaient proscrire. Pendant deux ans, saint Paul resta sous la garde des lois romaines; et jirotégé en nuelque sorte par sa chaîne, il recevait chez lui tous ceux qui voulaient l'entendre. Ainsi le christianisme fit son entrée dans Rome.

Ainsi se termine le livre des Actes des apôtres, et désormais l'histoire du christianisme se m(^lera à riiistoire du monde.

Nous demandons si les faits merveilleux contenus dans le simple récit de saint I.uc ne subiraient pas à la plus sublime des éj)opées?

Kli bienl qu'un génie comme celui do ^lillon ou <le KIopstock donne à ce récit les ornements de la poésie, son poème semblera languissant aui)res des Actes des apotrc^s, («t Ton en préférera la majestueuse snnplicité. C'est qiio le positif de Dieu est plus poétique mille fois que l'idéal des honunes. Osez donc nnMer h des faits aussi grands (juehjues chélives fictions. Rehaussez donc si vous le [lonvez, par le vain bruit de vos paroles, la majesté du Verbe divin. Lillératnre sacrée des premiers Ages, devant tes monuuKMits siuq)les cnnnne la vérité il faut s'incliner (>t so taire. Saint I-uc, on écrivant dans la lantçue d'Homère ces scènes Matriarcales cl primitives du cénacle cl de 1 apostolat, a fernïé |HJur jamais l(> cycle des légendes littéraires de l'ancienno Cirèce. Saint Paul est venu donuer aux derniers enfants de la savanle

Athènes le commentaire du plus beau des hymnes d'Orphée, et expliquer aux doctes de l'aréopage les autels du Dieu inconnu.

A l'article des Apocrvpiiks, nous n'avons l)as parlé des légendes a|)OStoliqucs qui portent le nom d'Actes, tels que les Actes de saint Paul et do sainte ïhècle, les Actes do plusieurs martyrs des premiers temps, ceux de saint Matthias, de saint Marc et de saint Barnabe, etc. ; nous en dirons ici quelques mots.

Il existe des Actes de saint Jean attribués à Prochore, diacre de l'Eglise d'Ephèse. C'est un tissu de fables mêlées sans doute à quelques traditions sur la vie du saint apôtre; quelques-unes de ces traditions expliquent ccrtams attributs avec lesquels ce saint évangéliste est souvent représenté-, tels que la coupe et le serpent. On raconte en etfel que saint Jean se soumit h l'épreuve du poison sans en ressentir aucun mal, pour prouver la divinité de Jésus-Christ devant les prêtres de la Diane d'Ephèse, et qu'il rendit la vie <i un malheureux qui avait été tué par un serpent au moment où il profanait un tombeau.

Ces histoires sont racontées au long, tant dans le livre de Prochore que dans l'histoire du combat apostolique d'Abdias.

Cette dernière histoire, attribuée h Abdias, évoque de Babylone, nous est connue seulement par la traduction de Jules Africain, et a paru pour la première fois dans le recueil do W. Lazius, CoUrctio rnr. monum. Basileœ, looi, fol.; Paris, 1566. On la retrouve dans le second tome du Codex apocryphus de Fabricius. Nous voudrions pouvoir donner place ici à une analyse complète de ces légendes merveilleuses et naïves, considérées comme des types de poésie chrétienne primitive; car ces récits des combats des douze témoins du Sauveur se sont embellis en passant de bouche en bouche, comme il arriva plus tard pour les exploits des douze pairs do Charlemagne ou des champions do la cour d'Artus. Nous nous bornerons toutefois ^ une seule de ces histoires : il s'agit de l'apostolat et du martyre de l'évangélisto saiîit Matthieu.

« Malthieu, surnommé Lévi et fds d'Alphée.ful au rang des publicains et fut appelé par Noire-Seigneur Jésus-Christ, qui le mil au nombre de ses disciples; il arriva ensuite à l'honneur de l'aposlolat.

.< Or, avant l'ascension du maître, il ne fit rien de remanpiable (>n dehors des fonctions orilinaircs que remplissaient tous les apôtres; mais après (ju'il eut reçu la lumière du Saint-Esprit , avec l'ordre d'aller prêcher l'Evangile par toute la terre, il prit pour sa part ri'ilhiopie, et, s'y étant transporté, il résidait ilans luie grande ville app(dée Nada- \(>r, où ri'gnait le roi Eglij)pus. 11 y avait \h doux niagici(>ns, nonnnés Zarot's et Aphaxal, pii fascinnuMit telhMuent \o prince |>ar leurs prestiges, cpi'il hvs |irenait |)our des dieux et avait en eux la conliance la plus aveugle; cl non-sculenieni les habitants ilo la ville, mais encore ceux des provinces hs j>lus reculées

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de l'Ethiopie venaient pour les adorer, car ils menaient subitement les hommes dans rimpossibilité do se mouvoir, et la paralysie durait aussi longtemps que le voulaient ces magiciens. Ils privaient aussi de la vue et de l'ouïe ceux qu'il leur plaisait d'afïliger ainsi ; ils commandaient à la morsure des serpents, comme savent encore le faire les Marses, et par leurs enchantements ils guérissaient un grand nombre de maladies. Ils étaient donc les objets d'une grande vénération de la part des Ethiopiens, par cette raison, fondée sur l'opinion vulgaire, que la peur inspire plus de respect pour les méchants que l'amour n'en fait concevoir pour les bons.

« Mais Dieu , ayant compassion des hommes, envoya contre ces imposteurs son apôtre Matthieu. Etant entré dans la ville, il se mit à combattre leurs maléfices ; il guérissait, au nom de Jésus-Christ, ceux qu'ils avaient frappés de paralysie , rendait la vue aux aveugles qu'ils avaient faits, engourdissait les serpents qu'ils excitaient, et guérissait par le signe du Seigneur ceux qui avaient été mordus. Un eunuque éthiopien, nommé Candace , qui avait été baptisé par l'apôtre Philippe, ayant vu ces choses, tomba à ses pieds et dit en l'adorant : Dieu a jeté ses regards sur cette ville afin de la délivrer de la main des deux enchanteurs que les insensés prennent pour des dieux! 11 reçut donc l'apôtre dans sa maison , et tous ceux qui étaient les amis de l'eunuque Candace, y venaient entendre la parole de vie et croyaient au Seigneur Jésus-Christ. Et chaque jour un grand nombre de personnes, voyant que le disciple de Dieu gm^rissait tous les maux que faisaient les magiciens , recevaient le bapt^îrne. Car ces magiciens frappaient les îiommes afin de les guérir ensuite et de se faire révérer. Mai s Matthieu, l'apôtre de Jésus- Christ , guérissait non-seulement ceux qui avaient été victimes de la malice de Zaroés et d'Aphaxat.maisencorc tous ceux nue l'on apportait devant hji , quelles que fussent les maladies dont ils étaient afdigés , et il [uôchait au peuple la divine vérité avec tant de force, que lous admiraient sa [tarole.

" L'eunuque Candace, fpii l'avait reçu chez lui avec la jilus grande allection, l'inlerrogea disant : Je le |)rie de me dire coiinnent , étant libre de naissance, (u sais les langur;s grecque, égyp(ir-nnc et élhiopienne, si bien que ceux (jui sont nés dans ces contrées ne parh;nt f<as mieux rjue toi. L'ii[»ôtrf; répondit : Tous h'S fjommes avaient originaircirienl le mfuic. langage, mais leur [irésfjtnfition fut si grande f(u'i!s vr>ulurenl élever une tour d'une hauteur telle qu'elle parvint au (loinl Ir; plus élevé du ciel, Le Seigneur tf>utpuissant confondit Iimip orgueil en faisant qu'ils cessasserjt de so <:omprendro les ims les autres lorsfpi'ils se fiarlaienl , car il s'éleva une diversité <le voix, et l'iuiiformité du langagr- [irimitif lut rompue. Mainleimnt le Fils do Dieu a voulu lui-mf'inenousafipiendre h l'aide de (pjel édilir.e on peut s'élever au ciel : il nous a envoyés, ii nous les df>u/e <li»cij»lc», son Saint-Esjxil , et lorsque nous

étions réunis dans le môme cénacle, l'Esprit- Saint est venu sur nous et nous avons été enflammés comme le fer qui est en contact avec le feu. Et lorsque cette splendeur eut cessé , et que nous fûmes revenus de notre effroi , nous avons commencé à parler aux gentils en diverses langues, et à annoncer les merveilles de la naissance du Christ qui est le Fils de Dieu, et dont nul ne connaît l'origine, antérieure à tous les siècles. Nous avons dit comment il était né de la vierge Marie , et comment il avait été nourri et élevé, comment il avait été tenté, comment il avait souffert, avait subi la mort , avait été enseveli , et comment il était ressuscité le troisième jour. Il est monté au ciel pour s'asseoir à la droite de Dieu, le Père tout-puissant, et il viendra juger tous les hommes. Nous autres, les disciples de Jésus crucifié, nous savons en perfection , non-seulement les quatre langues que tu as nommées, mais encore toutes celles qui sont en usage parmi les nations. Et quel que soit le peuple chez lequel nous allons, nous possédons entièrement sa langue. Ce n'est pas avec des pierres, mais avec les vertus du Christ que s'élève la tour où sont admis tous ceux qui sont baptisés au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit, et jjar le moyen de laquelle ils peuvent arriver au ciel.

«Tandis que l'apôtieles instruisait ainsi, quelqu'un vint dire que les magiciens arrivaient accompagnés de plusieurs dragons.

Ces dragons étaient couverts d'écaillés et leur souffle répandait une odeur de feu. Ils lançaient [)ar les narines des vapeurs do soufre qui faisaient périr les honunes. Matthieu , ayant appris cela , fil le signe de la croix et s'avança Ira'KiuiHemenl au-devant d'eux. Candace voulut 1 an èler, et faisant fermer les i)orles dit : Adresse la parole par la fenêtre i^ ces niagicit-ns ; mais l'apôtre ré- })ondil : F'ais ouvrir les portes, fais les ouviir et regarde par la fenêtre, tu verras h fpioi se réduit l'audace de ces enchanteurs: et l'ariôlre soitil , et les nragicieiis venaient' vers lui précédés chacun d'un dragon ; mais ces deux dragons n'eurent pas plutôt vu Mallhieu , fpi'ils vinrent se coucher à ses pieds et s'y assou|iireiil. Et il dit aux magiciens : Où est votr(! puissance? Si vous h^ ^ fioiive/, réveille/, ces dragons. Si jt; n'avais I)as prié mon Seigneur Jésus-(^lirist, ils auraient tourné contre vous toute leur fureur <|ue vous excitiez, conli-e moi. Ils icisleroiit endormis jus(pi'à ce ipie tout le |»eiiple soit rass(inblé, et je leur oidoiineiai <le rentier dans leur caveiiu! sans faire (1(5 mal à personne. Zaïoes et Aphaxat s'elVorcèrent vainement de réveiller leurs dragons ; ils no f)Urcnt ni leur f'air(; ouvrir les yeux , ni les ornener h se mouvoir, et le peuph' adressait ses [jrières i\ l'apôtre, disant : Nous t(! supplions, iiiallre, de délivrer notre ville de ces monstres. Et l'apôtre repondit : N(! craignez rien : je hmr ordonnerai de s'éloigner en foule douceur, el. se lournant vers les dragons il dit : Au nom do Jésus-Christ mon Sauveur, qui a èlù conçu du Suinl-Eypril ,

ArOTRES

APOTRES

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est né delà vierge Marie, que Judas à livré nnx pharisiens et qui a été crucitié , qui est ressuscité le troisiO>me jour et qui , après avoir durant quarante jours répété les instructions qu'il nous avait données, est monté en notre présence au ciel d'où il viiMulra juper les vivants et les morts, je vous ordonne, dragons, de retourner dans vos asiles, sans faire aucun mal à nul homme, <i nul quadrupède et à nul vivant. Kt , h sa voix , les dragons, élevant la tête, se mirent à s'éloigner; Je peuple entier les vit sortir de la ville où jamais depuis ils ne se montrèrent plus.

•< Ensuite l'apôtre parla au peuple en ces termes : Ecoutez, mes frères et mes enfants, et vous tous qui voulez délivrer vos Ames du véritable dragon , c'est-à-dire du diable : Dieu m'a envoyé vers vous pour votre salut, alin que , renonçant h la vanité des idoles , vous vous convertissiez à celui qui vous a créés. Quand Dieu eut fait l'homme , il le mit dans un paradis de délices avec sa compa j;ne qu'il avait formée d'une de ses côtes. Ce paradis est au-dessus de toutes les montagnes et proche du ciel , et il ne s'y trouve rien qui puisse être funeste aux hommes : It's oiseaux ne s'y épouvantent ni de l'aspect de l'homme jni de sa voix ; il n'y vient ni épines ni ronces ; les roses, les lis et les autres fleurs ne s'y flétrissent pas ; on n'y est ]mint sujet à la fatigue du travail , et nulle infirmité n'y vient (létruire la santé ; la tristesse, le deuil et la mort n'y ont aucune ]>lace , les voix des anges s'y font entendre et enchantent les oreilles : le serpent ne s'y rencontre point, et ni le scorpion, ni les mouches, ni aucun animal fûcheux pour l'homme ne s'y trouve; les lions, les tigres et les léopards y vivent en paix avec les hommes, et lorsque ceux-ci donnent leurs ordres aux animaux ou aux oiseaux du ciel, ceuxlà s'empressent d'obéir aux amis de Dieu ; «pialre fleuves y coulent: l'un d'eux se nomme le Ciéhon, le second le Physon, le troisième le Tigre, le rpiatrième l'Kuphrate ; ils abondent en parfums de toute espèce', et la face du ciel aii-dessus d'eux n'est jamais obscurcie par un nuage.

« L'apôtre parlait encore , et voilà qu'on entondit tout à coup le bruit d'un grand tn- MHillc; c'était unefouledcpeuple (piiplerirail la mort du (ils du roi. Les magiciens essayèrent de le ressusciter, mais ne pouvant y |)arvenir, ils essayèrent de persuader au roi qu'il avait été enlevé par les dieux pour étro admis dans leur assemblée, et qu'il fallait lui élever une statiie et lui t(Mn|)Ie. I/eunuque (iandacc, ayant a[)pris ces choses, s'approcha d(! la reine et lui dit : Ordonnez qu'on jrarde ces magiciens, et je vous prie de faire venir Matthieu, l'homme <U^ Dieu : s'il ressuscite ton nis, tu commandtTas qu'on brûle vifs CCS hommes, car ils sont cause de tout le mal qui survient en notre ville. Quelques odiriers du roi furent donc envoyés vers Matthieu et l'amenèrent avec hoimrur aujirès du monarque : quan»! Matlliievi partit , la reine Kuplurriisse se proshTna à ses gei;uux et dit : Je te reconnais pour l'apôtre

que Dieu q envoyé pour le salut des hommes, et pour le disciple de celui qui ressuscitait les morts et qui guérissait toutes les mala- , dies ; viens et invoriue son nom sur mon fils qui est mort, et je crois que si tu le fais il revivra. L'apôtre lui dit : Tu n'as pas encore entenriu de ma bouche la prédication de mon Seigneur Jésus-Christ , et comment peux-tu dire que tu crois ? Sache que ton fils te sera rendu. Et étant entré, il éleva les mains au ciel et dit : Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, qui pour nous racheter as envoyé sur la terre ton Fils unique chargé do nous convertir do nos erreurs et de nous montrer le Dieu véritable, souvienstoi des parolesdeNotre-Seigneur Jésus-Christ ton Fils : En vérité je vous dis que tout ce que votis demanderez en mon nom à mon Père il vous l'accordera. Afin que les nations connaissent qu'il n'y a que toi de tout-puissant, et que tout ce que j avance est vrai , que cet enfant se lève. Et prenant la main du mort, il dit : Au nom de mon Seigneur Jésus-Ctirist le crucifié, lève-toi , Eu[)hranor 1 — Et l'enfant se leva aussitôt. La cour du roi se troubla à ce spectacle . et il ordonna aussitôt de porter à Matthieu des couronnes et de la pourpre. El il envoya dos hérauts dans la capitale et dans les diverses provinces de l'Ethiopie , disant : Venez à la ville , et voyea Dieu qui est caché sous l'aspect d'un homme.

« Et une grande multitude étant venuo avec des torches, des autels , de l'encens et tout ce qui sert aux sacrifices, Matthieu, l'apôtre de Dieu , parla en ces termes : Je ne suis point un Dieu, mais je suis le serviteur de Jésus-Christ mon Seigneur, le Fils du Dieu tout-puissant, qui m'a envoyé vers vous aliu qu'abandonnant l'erreur de votre idohUrie , vous vous convertissiez au Dieu véritable. Si vous me regardez comme un dieu , moi qui ne suis qu'un homme, combien ne devez-vous pas avoir plus de foi en ce Dieu dont javoue que je suis le serviteur, et au nom duquel j'ai rendu la vie au fils de votre roi? Otez de devant mes yeux cet or, cet argent et ces couronnes , et employez-en la valeur h élever au Seigneur un temple , où vous vous rassemblerez pour entendre la parole de Die;

« Aussitôt qu'il eut parlé, onze mille hommes , se mettant à l'ouvrage , achevèrent en trente jours une église qui fut consacrée au Seigneur. Et Matthieu la nomma l'église de la Résurrection , parce qu'une résurreclioH avait été cause (ju'on la lit bAtir. Matihieu y passa vingt-trois ans; il ordonna des |>rètres et des diacres, il plaça des évéques dans les villes d'Ethiopie, vl il y fonda de nombrtvuses églises; il baptisa le roi Eglinpus et la reine Euplurnisse. et son fils Eujmranor qui avait été ressuscité, et sa fille Ipliiginiio, qui consacra sa virginité à Jt'sus-Christ. Les mages, saisis d'é[)ouvanle, s'étaient enfuis vers la Perse. Il serait long de raconter combien l'apôtre guérit d'aveughvs et de paralytiques ; combien il délivra de possédés et ressuscita de morti. ; combien il détruisit

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d'idoles et de temples érigés en leur honneur.

«Le roi Eglippus, accablé de vieillesse, étant allé vers le Seigneur, son frère H} rtacus devint maître du royaume. Il voulut prendre pour épouse Iphigenie , la fille du roi défunt, qui avait pris le voile et s'était consacrée à Jésus-Christ entre les mains du saint apôtre. Elle était déjà à la tète d'une congrégation de plus de deux cents vierges , et le roi espérait que l'apôtre la déciderait à accéder à ses désirs. Il lui dit donc : Qu"Iphigénie consente à m'épouser, et prends la moitié de mon royaume. L'apôtre lui répondit : fais réunir , selon l'usage de ton prédécesseur qui se rendait chaque jour de sabbat à l'assemblée où je prêchais la parole de Dieu , fais réunir toutes les vierges qui sont avec Iphigenie, et tu^ entendras les louanges que devant le peuple je donnerai au mariage, et comme je dirai qu'une union sainte est agréable à Dieu. Hyrtacus, ayant entendu ces paroles , fut rempli de joie , et s'empressa de convoquer une grande assemblée . pensant q^ue l'apôtre engagerait Iphigenie à l'épouser. »

Loin de se rendre au désir du monarque, l'apôtre fait l'éloge de la virginité qu'il exalte au-dessus de toutes choses. Hyrtacus, qui se voit à la fois trompé et joué par l'apôtre, se retire furieux et envoie un de ses satellites le frapper par derrière d'un coup d'épée, pendant qu'il célébrait la messe : le peuple irrité veut se porter au palais pour y mettre le feu, mais les prêtres et les diacres l'apaisent. Ipliigénic donne tout ce qu'elle possède d'or et d'argent ()Our être distribué aux pauvres. Hyrlarcus , ne sachant comment triomjiher fie la résistance de cette vierge royale, a recours aux magiciens : par eux il tente de f.iire lancer sur le monastère où I[j!iigénie «•st renferméedes brandons d'un feu inextinguible ; tout h coup le vent change de direction, un ouragan tcrribb; rejette les (lamines magiques sur le palais du roi dont rion ne j>eut em[)èclier la destruction totale ; le roi lui-même, atteint d'une maladie adreuse , se perce de son é{)ée , et le démon s'empare de son fils. Ainsi est puni par le Seigneur le meurtre de son saint a[)ôtre.

Nous ferons sur cette légende, que nous avons choisie nour tyfie parmi les récils d'Abdias , quelques observations importa ni es.

Deux impressions, qui semblent d'abord contradictoires, se f»rf»duisr-nl on nous à la lecture de ce récit. Premièrement , le merveilleux nous semble exagéré; secondement, nous sommes fra[)pés du ton de bonne foi , de .simplicité et même de piété du narrateur.

Aucun motif do religion m: nous engage h accepter pour vrais fies miracles qui semblent fabuleux et qu'aucune nulf)rilf- ru; prfité/e ; maiVaussi, aufunf; raisfin ne i)eiil nous f*)rf;er h regarder un pareil écrit coiojne le jtrf^fjuit (Jf; rimpostiire.

I.fs fausses légeiidfrsdfuil sfim remplis les hvic» |>$cu<lo-canf>/iiques des liéré^ianpjes

ont été produites par un intérêt de secte : ici respire la foi la plus orthodoxe et la plus naïve piété, et il est évident que les auteurs d'un récit qui porte de tels caractères ne sauraient être des imposteurs. Or voici comment nous nous expliquerions l'existence de la légende.

l"D'abord elle est brodée sur une tradition vraie. Que saint Matthieu ait évangéksé l'Et'iiopie, et qu'après y avoir fondé la religion chrétienne il y soit mort assassiné pour avoir résisté aux passions brutales d'un mauvais roi; que l'assassin, en poursuivant* l'exécution de ses mauvais desseins, ait trouvé le châtiment dans son crime, il n'y a rien là que de très-probable : voilà la partie historique de la légende.

2° Les merveilles dont elle est pleine peuvent s'entendre dans un sens allégorique, comme, par exemple , l'histoire des dragfms et des enchanteurs.

: L'Ethiopie, avant la prédication de l'Evangile, était livrée au culte des mages adorateurs du feu, et l'on sait qu'ils représentaient sous la figure d'un dragon terrible l'élément objet de leur culte ; la lutte de l'apôtre avec les mages et leurs faux dieux, dont il assoupit la fureur en enseignant au peuple à ne plus les craindre, puisqu'il les chasse à jamais du pays , est une peinture poétique des travaux de l'apostolat; et ce qui prouverait ici notre thèse c'est que la reconnaissance de plusieurs peu})les a consacré de pareils souvenirs sous de pareilles images. L'Angleterre a renouvelé, dans la légende de saint (leorges, l'histoire mythologique d'Andromède ; en plusieurs endroits de l'Allemagne, de la France et des autres pays chrétiens, on rei)résente les apôtres qui ont évangélisé ces contrées connue les ayant délivrées de fpiehpie reptile monstreux dont des peintures votives et des [>rocessions allégorifjues ont fait longtemps mémoire. Rouen a sa <largouille, Marseille sa Taras(pie, Melz son (iraoïiilli ; saint Taurin d'Evreux, saint Marcel (h; Paris, ont aussi vaincu des dragons. Cette image du dragon pour représenter l'idolfltrie est donc cf)miinine au symbolisme de [)resque tous les légendaires , et nous ne devons [tas nous éloiuier (hila trf)uverdans le récit qui pftrte le uotu d'Abdias.

Remarfpions, en tiftisième Itou, ([ik! h; légendaire proiftnge à tlessein les discours de ces [»ersf)iuiages pour y faire enli-er los éléments fie la flf)ctrine (•hrétienne, hi symbole, les [trincipaux cftiiiiiiandfMiieuts, l'éloge de la virginité et plusieurs autres inshin;tions : if i son but se révèh; et Sf)n merveilleux s'cx|»lifpie, il sf! sert du iiKtytMi fimphiyô jadis it.ir I>éiiif)stliènf'S pf)ur f:apliver l'allfinlion fies Athéfiieiis; il embf:llil un récit .'inn d'y cactnr pf)ur ainsi flirc; les iiisliuctiftns fpj'il veut graver dans la méiuftire sf)it thî.s enfants soit fies peuples enf;f)re barbares, nuxfpjcis il flestinf) ses légendes ; il met flans la bouche des saints apôtres les saint.s^ eriseignemenls fpi'oii peut leur attribuer sans erreur, et leur donne ainsi une autniiti'; plu> grande: ses lécils sont une espèce tlo

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catéchisiuo en aclions. {Voy. Légendes.)

On peut reinai^iuor aussi, à l'apfjui do ce que nous avnn(;()iis sur l'existeiico d'une tradition de symbolisme sur la partie alh^- {,ori({uo de l'histoire des saints de ranoieniie légonde, que celte tradition est resiée dans les arts qui s'inspirent de la poésie : ainsi les atlril)uls ({ue la peinture donne aux dilTérentes images des saints et des saintes sont empruntés souvent aux légendaires les plus apoeryplics et n'en conservent pas moins une véritable autorité traditionnelle et populaire. [Voy. Symbolisme.)

Toutes ces traditions sont précieuses à recueillir et intéressantes à conserver, surtout au point de vue artistique et littéraire, liuisque ce sont les premières créations de l'art renouvelé par la transformation des idées dans le monde, et les premières sources de la littérature chrétienne.

Les Aetes iics apôtres ont été mis en vers par Aralor, sous-diacre de l'Eglise romaine , (jui vivait dans le vi' siècle. Cet ouvrage, écrit sans élévation et d'une poésie au-dessous du médiocre , n'a pas été sans jouir dans son temps d'une certaine réj)Ulation.

APOSTOLIQUES (Ecrivains des temps).

— On désigne ordinairement sous ce nom les auteurs contemporains des apôtres, tels que saint Ignace d'Anlioche , saint Polycarpe, saint Clément pape {Voy. Clément), saint Hermas {Voy. Apocryphes), et d'autres moins célèbres. Le style de ces écrivains se rapproche beaucouf) de celui de l'Evangile et des saints a[)ôlres : ils sont remarquables par une grande simplicité de diction , ûos formes empruntées aux saintes Ecritures , et celle élo(juencc toute particulière à la littérature chrétienne qui no cherche pas ses ellets par le choix , le rapprochement ou l'opposition des mots, mais (lui les produit par l'énergie des convictions et l'enlliousiasme des sentiments surnaturels. C'est là toute une poétique nouvelle, (jui n'a pas échappé au génie de Chûleaubriand (Voy. Chate.vlbriand) , et qui doitélrc l'objet de ralleiition s[)éciale et des études assidues de ([uicoiuiuc veut se livrer avec succès aux exercices delà littérature religieuse. On trouve dans ces auteurs un merveilleux (pii no ressemble en rien à celui des anciens : îes anciens inventaient, ceux-ci croient et se tiennent pour mieux assurés de l'existence du momie surnaturel que s'ils le voyaient de leurs yeux. Aussi, dans leurs écrits, tt)utes les choses de lu vie sont-elles pour ainsi dire transparentes el laissent entrevoir l'éternité lo\ijonrs présente à leur pensée ; le monde nour eux est une ombre ([ui |>asse devant la lumière éternelle, un nuage (jui fuit devant la face du soleil de vérité: ils vivent déjh dans le ciel, portent la vio comme une croix ou comme une chaîne et aiipellent la mort comme un affranchis<:cMM'nt et un triomphe. Pour parler un pareil laUj^age, ce n'est pas de la science i\i'\\ faut, ce s(jnt des vertus el fies vertus î^irnaturcllcs. M. Charles Nodier a dit un

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