APOSTOLIQUES
jour que le génie est peut-être de la vertu ; nous ne savons si cela peut se dire, mais il est certain que les vertus, et surtout les vertus que la religion inspire, ont un langage aussi élevé et des inspirations pour le moins aussi belles (nous parlons au point de vuo littéraire seulement) que le génie le plus élevé.
Dans les écrivains des temps apostoliques on trouve quelquefois des répétitions et des longueurs ; la i)nrase n'est pas toujours assez claire, et on pourrait leur reprocher peut-être de ne pas écrire assez purement les langues dont ils ont fait usage. On peut répondre à cela que celte médiocrité même des moyens humains dans la forme ne fait que mieux ressortir la grandeur de l'idée, et que leur éloquence inculte et primitive est préservée ainsi de l'alliage qu'aurait pu y mêler l'enflure des rhéteurs ài cette époque de décadence.
ARATOR , — sous-diacro de l'Eglise romaine au vr siècle, natif de Ravenne, selon quelques auteurs, el selon d'autres, de Milan, quoiqu'il soit prouvé qu'il était de la Ligurie et né sur la côte de Gènes ; d'abord secrétaire et intendant des finances d'Athalaric, roi des Ostrogoths, il reçut ensuite le sous-diaconat et s'occupa de poésie sacrée ; il présenta au pape Vigile, en 5i4, sa traduction en vers des Actes des apôtres. {Voy, Apôtres.)
ARÉOPAGITE (Dems l'). Voy. Denys.
ARNAUD D'ANDILLY. — L'aîné des Arnaud, qui furent si tristement célèbres dans les querelles du jansénisme, a laissé des poésies chrétiennes assez estimées. Son poémo sur la vie de Notre-Seigneur Jésus- Christ a le tort de paraphraser l'Evangilo dans un style quelquefois anq)0ulé, comme s'il avait voulu en embellir d'ornements humains la divine sinq)Iicité. Nous ouvrons le livre au hasard et nous tombons sur le récil delà tentation de Noire-Seigneur au désert ; le démon vient de dire au Sauveur : Je le donnerai tous les royaumes de la terre si tu veux me rendre hommage:
Et pour être .iiloré lu n'as qu'à m'adoror.
Va, lui répond Jésus, va sédiicleur inritinr.
Ton onipire est l'cufer, ton royaume !< luiil
Ou le fiMi qui dévore est le soleil qui luit,
Où Ion sceptre le iinlle et Ion trône t'enihunme:
S.'>elie (pi'il est écrit sur des taliIes d'airain
O'i'on rende à rf'',terMel un culte souverain.
Kl (pToM niïro à lui siMd ses vumi\ et son hommage!
Du lonn<Tre j,'rontlanl répouvanlaMe hrnil
Cause moins (le terrenrcpie ce divin Innpajre';
Tout le désert en Iremble, cl le donion s'enfiiil.
Comparez celte strophe pompeuse à la majesté si simple du texte : Retire-toi, Satan ; car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Le sublime de ces paroles victorieuses est dans le calme parfait de celui qui les prononce ; pour(pioi donc en faire un bruit ilo tonnerre ipii fait trembler le désert tout entier? C'était bien assez que le prince ûqs eid'ers tremblât. Et combien n'y a-t-il pas plus de digmté et de divinité môme dans ces pa-
ATIIANASE
ATIIANASE
rôles : Retire-toi, Satan, que dans ce torrent d'injures qui, adressées même à l'esprit du mal, sont toujours malséantes dans la bouche de Jésus-Chiist.
Arnaud d'Andillya donné des traductions de plusieurs bons ouvrages tant des hagiographes que des Pères et i)lusieurs ouvrages de piété. La plus belle édition de ses œuvres est celle de Pierre Le Petit, en huit volumes in-fol. Traducteurestimable, poète médiocre, et janséniste considéré, M. de Balzac {l'ancien] a dit de lui : « C'était un homme qui, possédant toutes les vertus morales et chrétiennes, ne tirait point vanité des premières et ne rougissait point des secondes. » Nous citons ce mot non à cause de l'éloge d'A. d'Andilly, qui ne reviendrait pas à notre sujet, mais parce que c'est une antithèse pleine de finesse et qui ne fait pas moins d'honneur k l'esprit de celui qui l'a écrite; qu'au caractère de celui qui en a fourni le sujet.
ARNOCL DE LisiEUï. — Arnoul , évoque .de Lisieux dans le xn' siècle, à son retour de la terre sainte, où il était allé avec le roi Louis le Jeune, et où il demeura deux ans, se retira chez les chanoines réguliers de Saint-Victor, et s'adonna à la poésie. Il a laissé des épîtres, des discours et des épigrammes : ses épîtres sont remarquables, tant à cause de leur élégance et des traits d'esprit qu'on y rencontre , que pour les particularités qu'elles renferment et qui peuvent servir de documents à l'histoire de ce temps-là. Son style est assez correct pour son époque, ses é[»igrarames ou poésies diverses manquent assez généralement d'intérêt et ne peuvent être lues avec [)laisir que par un motif d'étude et pour l'amour de l'érudition.
ART (Grand). Voy. Raymond Lli.le.
ART ORATOnu:. (Vojj. î' i.oqi ence.) ART P0/-TIQI;K. {Voy. Poésie.) ATHANASE (.saint). — « Saint Atlianase, dit l'abbé de la Bletterie, dont nous reproduisons avec i)lai.sir ici le beau [lassage , saint Athanase était le j)lus grand homme de son siècle, et f^eul-êlre qu'à tout prendre, l'Eglise n'en a jamais eu de (Jus grand. Dieu, qui le destinait à combattre la [jbis terrible des hérésies, armée tout à la fois de la subtilité, fie la dialectique f;t de la puis- .sance des empereurs, avait mis eu lui tous les dons de la nature et de la gnlce qui nouvaierit le rendre propre à remplir celle haute destination : il avait l'esfjrit juste, vif et pénétrant ; le ca-ur généreux et désintéressé; un.; foi vive, une charité sans bornes ; une humilité [irofonde ; un chrislianisme uihïe, sim()le et noble comme l'Ev.ingilr! ; uwi éloquence naturclb;, seméo d»; traits
[)erf;ants , forte de choses, allant droit au >iil, et d'une prérxsifjn rare dans les (irccs de ce temps-là. l/aiislérité de sa vie rendait «a vertu resfX'ctablc ; sa flouccur fl/nts le corjiffief'ce la biisnil aimer. Le ealme et la •érénili; de non âme fic lisaieul sur son vi-
sage. Quoiqu'il ne fût pas d'une taille avantageuse, son exlérieur avait quelque chose de majestueux et de frappant. Il n'ignorait pas les sciences profanes, mais il évitait d'en faire parade ; habile dans la lettre des Ecritures, il en possédait l'esprit; jamais ni Grecs ni Romains n'aimèrent autant la patrie qu'Athanase airaa l'Eglise, dont les intérêts furent toujours inséparables des siens. Une longue expérience l'avait rompu aux affaires ecclésiastiques. Il avait un coup d'œil admirable pour apercevoir des ressources, môme humaines, quand tout paraissait désespéré. Menacé de l'exil lorsqu'il était dans son siège, et de la mort lorsqu'il était en exil, il lutta pendant près de cinquante ans contre une ligue d'hommes subtils en raisonnements, profonds en intrigue, courtisans déliés , persécuteurs. Il les déconcerta , les confondit , et leur échappa toujours, sans leur donner la consolation de lui voir faire une fausse démarche ; il les fit trembler, lors même qu'il fuyait devant eux, et qu'il était enseveli tout vivant dans le tombeau de son père. Il lisait dans les cœurs et dans l'avenir. Quelques catholiques étaient persuadés que Dieu lui révélait les desseins de ses ennemis, et les ariens l'accusaient de magie ; tant il est vrai que sa prudence était une espèce de divination. Personne ne discerna mieux que lui les moments de se produire ou de se cacher; ceux de la parole ou du silence, de l'action ou du repos. Il sut trouver une nouvelle patrie dans les lieux de son exil, et le même crédit à l'extrémité des Gaules, dans la ville de Trêves, qu'en Egypte, et dans le sein même d'Alexandrie, entretenir des correspondances , ménager des protections , lier entre eux les ortliodoxes , encouragcM' les plus timides, d'un faible ami ne se faire jamais un ennemi , excuser les faiblesses avec une charité et une bonté d'Ame cpii font sentir que, s'il condamnait les voies de rigueur en matière de religion, c'était moins par intérêt que par priiici[»es et [)ar caractère. »
Ce magnifique portrait joint à l'avantage d(; nous faire bien corinaitie un des plus grands hommes de l'Eglise, celui d'être un modèle |)arf;iit du genre, et une élude achevée sous le rapport du style, (^est en ell'it une grande et im|)osanle ligure niu! celle do ce saint Athanase, ijui seul a balaiieé toutes les [)uiss;inces de la terre, et (pii a retenu dans l'orthodoxie le monde entier, lors((u'il j-oulait vers l'abliiH! d(! l'arianisme. Un poelu paKMi nous a représeiil(! Caton plus grand nue ses dieux, l'esl.int fidèle au vaincu pendant que l'Olympe se range à l'obéissanct) du vainqueiir; mais (]<iton lui vaincu à son tour et s(î déchira les entrailles. Allianase fut r)lus grand et siirloul plus fort eonlro les Césars et les faux dieux : (:ell(! toulepuissance d'un seul homme <i|ipuyé sur la vérité a été une graiid(! manilï'siîition do l'assislanee de Dieu mèuie (l;uis l'élablissciriMîiit d»! la vrai(! dfjrlrine. Rien do (lius capable d'élever le couiage et d'exalter la loi