IV
c. .';. — [{(•:iii
, Hnloiri: du .Mniiii lu isinr
r, il.i.l., p. 4.S'.>.
S. It/;ii., iili. ui, (. 10.
ilK
olur., Iliim.
MVSTIQL'KS
l(> tomps de la première ferveur, on n'accordail celle grAce qu'h ceux, qui reii()i)(;aienl .TU uiiiri.T^e (1).
Ounnt au sacrifice eucharistique, plusieurs
(^ ifjclRtit, ils attribuaient cette institution
biolM, (lit>u des Juifs (2), et le condam-
U cOMinie u'i acte purement extérieur (6).
• > utres l'admettant, uv le rej^nrdaif ni que
, iHue u'i eml)l(''ine d'une union mvsti((ue avec un être du plr'romn, et le célébraient pour celte raison avec quehjues cérémonies ([ui leur étaient propres (V).
Ils admellaicnl aussi l'imposition des mains pour l'iniliation au sacerdoce (3) , et miîine l'oncliori des malades avec une huile mêlée d'eau (6). Celte onction devait protéger les mourants dans leur pèlerinage à travers les ré^^ions haliitées par le démiurge et ses anges, auxquels ils adressaient des prières (7j.
Les carpocratien-, et |irobal)lement d'autres sectaires, avaient les images de leurs docteurs (8). Leurs litugies, d'ailleurs, admellaient les [)rières pour les catéchuraôn(>s, lies homélies et des hymnes (9).
On voit, [)ar tous ces systèmes u'erreur, nue les anciennes mythologies dont les (lieux animaient toutes les parties de la nature, étaient reléguées, par les hommes élevés au-dessus du vulgaire, dans la classe des fables. Mais ce qu'il y a de plus singulier, ceux (jui se qualifiaient av(;c un certain org'icil du titre de sages erraient plus grièvement que les autres hérétiques.
Saturnni, Bardesanes, Marcion, Priscilien, admettaient deux principes intelligents ; l'un, bon ; l'autre, mauvais. Le premier,
f)lacé au milieu de la lumière, ils l'appeaient le Pire inconnu, ou l'Elrc-Suprème, auteur du bien ; l'autre, vivant au milieu des ténèbres, était la matière, mère de Satan, ou Salan, j)ère de la ujalièrc, auteur du mal.
De ces deux princi[)es émanait une série d'intelligences bonnes et mauvaises, se reproduisant par couples, et toujours perdant de leur énergie et de leur force à mesure ({u'elies s'éloignaient de hmr origine.
Ainsi l'on voit (ju'il n'y a rien de nouveau dans les rêves (l(;s novateurs modernes ; ce (lui peut seulement nous étonner, c'est (jug (les doctrines tant de fois ré|»élées et convaincu(;s d'inqjuissance os«'ni encore se produire, et recrutent encore des adeptes ilans loul(;s It'S {farlifs du m(^)nde.
('/est que le duel de la chair et de l'esprit, de la na t u re contre la gr.lce, de l'humanité contre Dieu dure loujoins : duel étrange, figuré
(I) TiTliil., (ionl. Mnriinii , lilt. iv. r. 7t\. — S. K(ii|ili.iii., lil>. IV, c. 2. — lti-:\iisol>r*' , Il>i(l., t. Il, p. "i:^.
(i) S. Kpipli:)!)., lit). IV, C. î.
(.1) Orignic, dr Ornlinne, c. 13.
(i) S. Inii.. il.i.l.. Tilul.. I."^.
(.'») CIriii. (r.\lf\., .Sj;()»ii., lil». M, r. 17». — Spiri-
Mi) M;itlpr ri iiiid.. p. iO.'i.
J7; S. Ir.-n.. lih. I . r. il . --- .S. Epiph. li'.. \%u,f. 2.
iS) S. IliiToii, in Kfiixl. ml (inlntis, ( . (>, v. (i.
('.») .Millor »>l iWnI , p. l'.).., l:tli.
dans la HilJe par la lutte de Jacob avec l'ange ; lutte où Di(.'u siMuble s'opposer à l'humanité, pour la rendre forte et la faire grandir dans celle é'reinle de guerre (lui est aussi une étreinte d'amour. Le catholicisme apparaît îi la nature sous les traits d'un bourreau qui tue, et c'est un médecin (|ui sauve. L'obéissance lions présente un calice amer qui contient la vie, et nous conduit à l'immortalité par les voies de la morlilicalion. Pour nous rendre grands, elle nous humilie, et rend nos atTeclions éternelles en les épurant par la chasteté. Aussi, ce qui caractérise le mysticisme orthodoxe, c'est le saint amour des humiliations, de la chasteté, de la pauvreté, des soutlrances, elle culte de la douleur, Amor meus crucifixus est. Aussi le symbole.de cet amour sur la croix est-il un cœur blessé qui brûle environné d'é{)ines, et qui répand son sang sur le monde. Ce mysticisme est une inelfable soif du calice d'amertume <iue le Sauveur du monde a épuisé jusqu'à la lie. Il se plaît dans l'abjection, se repose dans les travaux les plus rudes, et aspire toujours, comme sainte Thérèse, ou à souffrir ou h mourir.
C'est surtout dans cet ordre d'idées que doivent être cherchées les beautés de la littérature chrétienne ; c'est à de semblables inspirations qu'on reconnaîtra la poésie vraiment catholique, et qu'on la distinguera do toutes les rêveries seiMimentales, quiélisles et panthéistiques.
Le mysticisme de la philosophie moderne est enq)runté surtout aux livres du Suédois Swedenborg , visionnaire célèbre , dont la doctrine forme un vaste et complet système assez analogue à ceux de l'école d'Alexandrie. SweJenborg est ennemi de la virginiU', et adirme ({u'il n'y a de chasteté possible ipio dans le mariage; il nie que l'homme puisse mériter et démériter, et veut que cliacpie âme, après la mort, se fasse un ciel ou un enfer de la sphère de son amour. 11 ne reconnaît pas d'autres anges que les Ames des justes ; mais les âmes, selon lui, ayant été créées par couples, doivent se réunir dans le ciel où, contre l'enseignement ex[irès de Notre-Seigneur, il [)ermet encore des mariages et une géiiéralion spirituelle à la vérité, mais faite à l'image et a la resseml)lance de nos générations de la terre. Il parle de trois mond(?s su|)erposés : le divin, h; spirituel et le naturel, el fait consister la révélation en une communication per[)étuelle entre ces trois mondes, donl toutes les foruuvs ex|)riment la |)arole du ^'erbe, selon ses trois degrés do signification divine, spirituelle (t humaine. Le bien , c'est l'harmonie enlr(» les trois inondes ; la parole de Dieu, c'est r(»x[)ressioa de cette harmonie. Ainsi le vrai exprime le bien, parce (pu; le bien c'est le vrai manifesté dans l'ordre, etc., etc.
Aux yeux d(? Swedenborg, toutes les formes vi.sdtles ont des significations spirituelles »'t divines, el cette analogie, (pii so reproduit de monde en monde, est ce (|u'il a[ipelle les correspondances. Nous en signalerons Ki (iuel(|ues-unes prises au hasard
soit dans les Arcanes célestes, soit dans la Clef Hiéroglyphique des arcanes.
Correspondances ou analogies.
Les animaux signifient les airections : Jardin et paradis, l'intelligence et la sagesse ; les arbres, les perceptions et les connaissances ; les aliments, les choses qui nourrissent la vie spirituelle ; le pain, toute bonté qui nourrit la vie spirituelle de l'homme.
Les bœufs et les veaux correspondent aux affections de l'esprit naturel ; les moutons et les agneaux, aux affections de l'esprit spirituel ; les oiseaux, aux intellectuels.
L'or signifie la bonté céleste ; l'argent, la bonté spirituelle ou la vérité provenant d'origine céleste. — Le cuivre, l'airain, signifient la bonté naturelle; le fer, la vérité dure sans bonté ; le feu, l'amour dans l'un et l'autre sens. — Le feu céleste, c'est le divin amour ; le feu infernal , l'amour de soimême et du monde.
Les choses qui sont au côté droit de l'homme se rapportent à la bonté dont provient la vérité, et celles qui sont au côté gauche, à la vérité d'après la bonté.
La chaleur signifie l'amour, et la lumière, la vérité. Les étoiles et les astres signifient les connaissances de bonté et de vérité. — Dans la parole, le soleil signifie le Seigneur quant à l'amour; la lune, le Seigneur quant à la foi; les tribus, toutes les vérités et les bontés. — Lavénement du Seigneur est sa présence dans la parole.
Les nuées signifient la parole dans le sens de la lettre ; la gloire, le vrai divin tel qu'il est dans le ciel et darjs le sens interne cfe la parole.
La consommation d'un siècle est le dernier temps d'une église.
Lts vêlements signifient les vérités, [laree qu'elles environnent la bonté. — La poitrine signifie la cliarité; le co^iir, la voUjnté cl la bonté d'aujour ; les [/Ouinons, l'inlelligence et la vérité de la foi, les b as et les mains, la puissancede la vérité; les pieds, h; naturel ; l'œ»!, l'intellect; les narines, la perce^uion ; les oreilles, l'obéissance; les reins, l'éclairfcissemenl <ie la vérité.
Tous les nombres signifient les choses : le nombrfr 3 est la figure de Dieu en luimême ; le nombre 4, Cfîlle de Dieu dans le inonde ; le nombre îi exf)rime la 'Irinilé dans sa puissance; le nombieT iévf:le une idée complète de Dir.-u et de sa vie active éj)anchée dans la créalio i; le nouibie 12exj)iime l'ensemble des u.Mivres do Dieu.
Les nombres multipliés ont la même sig'iilicalif>n f|uo leurs simples.
La mesure signifie la qualité <lo la chose en vérilé f.l m honlé.
Dans la parf)le, faire justice et jugement, c'f'sl faire le bien et le vrai.
Le triangle est la figure géométrifjue du nombre 3; le carré, da nombre V; le ceide rcpré^ienle riii(ini et la perleclion dans la form»;.
L'nigle correHpond h l'air; le lion, au f.ii; le taureau, It la t»'ric ; l'hoîiune, *i leaii.
Les chars signifient la doctrine ; les chevaux, l'intelligence de la d<ictrine.
Le front correspond à l'amour céleste ; les yeux, à l'intellect.
La chair du Seigneur signifie la divine bonté de son amour ; et le sang du Seigneur, la divine vérité et la sainteté de la foi.
L'orient signifie l'amour en perception claire ; l'occident, l'amour en|>erception obscure ; le midi, l'état de lumière ou de sagesse et d'intelligence ; le septentrion , cet état dans l'obscur.
Le blanc et le brillant signifient la vérité
L'âme signifie l'intellect, la foi et la vérité ; le rouge, la bonté ; la pierre, la vérité ; le bois, la bonté.
Montagne signifie amour céleste ; colline, amour spirituel ; rocher, foi.
Nous n'en finirions pas, si nous voulions indiquer toutes les antres. Les ouvrages de Swedenborg offrent un singulier mélange de raison ei de folie, de poésie cl de pauvreté. Son système est parfaitement lié; il a des idées qui éblouissent et qui séduisent au premier abord, mais ses visions fatiguent le bon sens des lecteurs, et il semble mystifier souvent la curiosité naturelle de l'esprit humain. C'est un savant ridicule et un fou sublime.
M. de Balzac, celui de tous les écrivains modernes qui a possédé au plus haut degré la faculté de l'analyse, a résumé assez complètement, dans les trois nouvelles ([ui com- |)Osent son livre mystique, le système de Swedenborg, auquelil ajoute un peu du sien.
Jacob 15(emh, Pascalis Marlinès et Saint- Marlin ont été, après Swedenborg, les illuminés les plus célèbres. Madame (îuyon était aussi une illuminée, dont les doctrines allaient droit au panthéisme passif. Hien (|u'on trouvât dans ses écrits, h la première lecture, selon le témoignage non sus[)ect de Bossuct, une lumière el une onction (ju'on ne rencontre nulle part ailleurs, la contagion de ses idées n'en était (luejjlus dangcn-euse. On trouve dans ses livres des pages véritablement |(leines (h; charme, surtout lois([u'ell(; parle de la chaiilé envins Dieu et de la simplicil('; de la sainte enfance. Klle prolesta toujours de sa soumission entière à l'aulolilé ecclcsiasti(pie, et il ne fallut |)as moins pour c(da l'eiifiTmer pendant une partie drî sa vie, autrement il eût été difficile d(! l'emjiêclier de dogmatiser.
Le [laiithéisiiM; mysticpie n'est pas seulement répamlii, au siècle f)ù nous vivons, dans les écritsdes auleuis h la mode, il forme encore des illuminés el de faux prophètes. Vers l'an iH'.il, un nommé l'ierre-Michel Vintras forma, en Normandie!, uneiissocialion myslwpie appelée! \'()J:niri: de la Miséricorde. Il aiinonrail la convitisioii prochaine du souverain pontife il ses idées (ixlravagantes, cl se disait envoyé de Dieu jioiir pié[»ar(!r le moiirh; à l'avénemeil du Saiiil-I'ispril, et la Kr.iiice au règne de Louis XVIL (>omme cet enlliousiasle, que fi police correclioniK'lk* a convaincu (l'être* plutôt un imposteur, affe. laii pour la sainte Vierge une liès-grando
8nn
MYSTIQIT.S
MYSTÎQrKS
vt'-nôration, il séiluis'.t plusionrs porsmii(>s simples, cl nit^iut' ilfs ('cclésiasliqiit'S. D.uis io ini^me temps, il y avait h Londres un (lénovnis n<immt^NaÏMi(lorf, ([ui se disait Lonis WII, échappé ndracu'cnscmcnt de la prison diiTemiileel rnnscrvépnr la Providence pour apporter au monde une r(Uélalion nouvelle. 1,0 foiirb(> poussait l'imposture jus(|u'à se taire assassiner pour se donner utie importance politique, et avait réuni autour de lui (pndipies sectaires.
Kniin,en plein Collège do France, un poêle polonais, M. .Mickiewicz, annonça la venue d un nouveau Messie que Dieu aurait envoyé au monde du fond de la Pologne. Ce jM'élendu Messie, nonuné Towianski, se dit le précurseur de Napoléon, qui ressuscitera bientôt, à ce qu'il assure, pour réaliser, au nom d'une religion nouvelle, son système ronlinental.
On aurait peine h croire que de semblables Aberrations aient pu trouver des partisans à une épocpie qui se dit aussi éclairée que la nôtre, si les journaux du temps n'étaicMit pas encore là pour en faire fui. V'oici ce qu'on lisait dans ['Univers du 20 mars, et ce qui h été reproduit dai s les .•l/!nf//r,'! de philosophie chtéliemie, numéro d'avril 18V4:
« Depuis quel(pies mois, M. Mickiewicz nous menaçait de quehpie excentricité de première force; mais, tout préparés (pie nous étions, nous avons été cependant sur- }uis par ce qui s'est j)assé mardi dernier au Collège de France.
« Ordinairement, un petit troupeau d'adeptes, hommes et femmes, divisés en deux camps, occupe les deux côtés de la chaire i\n professeur. Mardi, les fidèles, au lieu d'être réunis en masse compacte, s'étaient formés en petits grou|)es sur tous les noints de la salie, de manière h dotniner l'auditoire entier et h tenir les intrus en respect.
« La mise en scène, ainsi préparée, lo professeur (pii a tant fait (h; j)rolo^^ues, d'avanl-propos, d'iniroductions, de discours préliminaires sur tous les |)oints de la doctiine nouvelle, a enlin abordé la base de Sun nouveau systèuK! do métem[isycose.
« D'abord (!St venue la (jneslion « qui « embarcHsse tout penseur, (piestion de nos « rapports avec tout ce. (pii n'est pas l'hoin- « me, avec les animaux et les végétaux. »
« On va trouver (pitî nous manquons rjueUpiefois de clarté, <;t l'on n'aura nas tort. Mais (pie l'on veuille bien considérer ipio nous ne cfunptons pas [)armi les initiés à la nouvelle doctrine, et ipie ik)Us exposons les idées de M. Mickiewic/, idées non moins brumeuses (pie [irofondes.
« lleprenons notri; exj)osé. n L'lu)mme est le roi d(> la création, — oui, — mais un roi sauvage, (pii ne seul pas qne ses sujets ptniveiit avoir des droits et s<»nt (le>lini s h un élat |)lus élevé (ju'il doit bs aidera atteindre. I^es philosophes n'ont pas médité sur les causes du mutisnn; des rares inférieures. II y a l;i un mystère ([u'il faut découvrir; cl, pour le découvrir, il faut .s'intéresser au sort de ceux (pie luiiis vou-
lons secourir. La voix du professeur sur ce suj(H n'est pas solitaire, dit-il, il se tait luimême pour nous faire entendre l'écho qui lui répond de l'autre hémisphère. — 11 prend pour exemple la race qui louche de si près la race humaine, la race nmrine, dont les substructions ne sont éloignées de nos pieds qu(^ de l'épaisseur d'un plancher ; et deux voix plaintives déplorent a l'unisson que pas un mot du langage d'une de ces races n'ait j)énélré dans le langage de l'autre. Le christianisme, précurseur de la nouvelle doctrine, doit réaliser la réhabilitation des races intérieures, et la preuve, c'est la synq)alhie cjue les chrétiens professent pour les animaux, en reconnaissance de ce que ceux-ci ont les premiers reconnu le Sauveur.
ft Ensuite, M. Mickiewicz délinil le Verbe. Le Verbe est [lartiel et universel. Le Verbe donne la force h l'homme (|ui le porte au dedans et appauvrit celui (jui le jette au dehors ; cei»endani il est obligé d'annoncer ce A'erbe. Le Veibe partic-l est pour chacun le moment où il trouve la solution d'un problème didicile, oii il trace un tabb^au projeté. Par exemple : Verbe d'Arcbimède, Vtniie de Newton. Mais voil<i que l'homme lui-même est aussi ce Verbe, pourvu cependant que cet homme soit complet. (Exeml)les : Alexandre le Grand, Jules César, Na- [)oléon. ) Lorsque Napoléon , après une victoire, s'est écrié : « Je suis l'homme do la France, » Napoléon a senti qu'il était le A'erbe de la France. Les hommes qui réalisent môme ce Verbe partiel sont très-rares, mais ils seront récompensés. Le général en chef est le Verbe de l'armé.'.
« On trompe singulièrement le monde quand « on dit que Ji'sns-t^hrist a tout fait. — A^ori. « — Jl faut que chacun de nous devienne, « après 2,000 ans, après 3,000 ans, un autre « Jésus-Christ, l'égal de Jésus-Christ. »
« Alexandre le (irand. homme complet, réalisa en lui la mythologie, qui sans lui nU été une fable, en croyant de bonne foi (]u'il était Dieu. Ici le {irofesseur, en habile orthopédiste, allonge on quelques mots « la moyeiiiuî stature d'Alexandre, » abrège « son col trop haut, » redresse sa tète « un peu l)enchée sur le côté gauche, » le déclare beau comme un Adonis, je ne sais (juoi comme Itacchus, (>t incarne en lui la mytliologi(>, trouve son ouvrage bien fait, et passe h Jules César (|ui avait grandement raison de s'écrier : « Est-ce (pie les Romains me croient vraiment un homme comnKîeux? » Et voil.\ Jules César tout préparé <i loger en lui le paganism(>. Le tour ilu catholicisme arrive. La chose est prévue : Napoléon a h^ mieux réalisé en lui le calholicisme; Napoléon n»trouvait le secrel des apôtres. Dans la !e(;on précé(l(>nle, Napoléon baptisait ses soldais, il les conlirmait ; et les évè([ues chrétiens, «lais une i.nsolente a[»oslrophe, étaient invités à ap|)ren(lre à confirmer de ce po'ilifeniodèle. Mais il fau? encore (pielque chose pour rendr(> Napoh'-oji complet, il fiut une de CCS exclaïuations ,h la Jules César. Or, voici une véril(' historique dont i'autneiiti-
901 MYSTÎQIES
cité est garantie par l'autorité privt^o de M. Mic'Kiewicz, et qui établit que Napoléon se sentit un jour prêtre, et que, n'en ayant pas dans sa suite, il proposa à ceux qui la composaient de les confesser. Nous ne pouvons pas ne pas mentionner ici un incident auquel donna lieu le mot confesser. Un monsieur d'un certain âge, l'ayant trouvé trop dur pour son oreille, s'est écrié : « Autant vaudrait écouter Lacordaire. » Le professeur continue ainsi : « Une masse de clia- « leur et de lumière est répartie pour cha- « que époque. Cette chaleur et cette lumièr.' « constituent ré[)oque... J'ai prié Dieu qu'il « me donnât quelque chaleur et quelque « force pour vous communiquer de la cha- « leur et de la force. J'ai accompli ma mis- « sion en vous annonçant le Verbe incarné, '< nouvellement envoyé parmi nous, etl'hon- '< neur d'avoir été trouvé digne de l'annon- '< cer fera la joie de toute ma vie et de toutes 0 mes vies. »
« Puis, d'un cri véhément, il a continué :
« J'ose sommer ceux d'entre les Polonais « et ceux des Français qui ont approché de « ce Verbe de déclarer s'ils l'ont vu, oui ou « non ? » Un bruit tumultueux de près d'une soixantaine de voix a répondu par un oui j»rolongé et répété. Toutes ces personnes se sont rapidement levées et ont étendu le bras. Une seconde sommation a été suivie d'un nouveau bruit, et de la réponse : « Nous le jurons 1 »
« Une dame étrangère à la secte, effrayée de celte scène, tomba dans une crispation nerveuse. Des cris mêlés de sanglots se firent entendre parmi les femmes adej)tes, dont une est restée les mains jointes, les bras élevés au-dessus de sa tète et tendus vers le jirofesseur. Le bruit général couvrait la voix de M. Mickiewicz.
« L'auditeur qui préférait Lacordaire témoigna son indignation en disant : « Il y a dfs Jésuites ici, » et sortit brus(pjement.
« Mais, h fjropos, comment trjut cela se rattache-t-il aux langues et littérelures slaves, dont nous n'entendons j)lus [)arler def)uis longtemps ? Le professeur va nous l'exjiliquer.
« Le [)r'u,')le polonais, h différentes époques, est venu afjporter h la France le Verbr;. 11 »'»'Sl nrésenté autrefois sous la forme de frères n'armes, de légions ami(;s; aujourd'hui, sous celh; d'exilés, de mendianl». l-ji marchant vers le secret de son existence, il marchait vers le secret de toutes les exislenees. Dieu ne commence à former sa cour «pje parmi les mendiants.
« Ainsi c'est en exploitant le nom des Polonais, en se couvrant de leurs mallieiirs, que M. Mickiewicz an[jorte le Verbe nouveau, qu'il insulte .'i la religion de la majorité des Français ! doifune Polonais, eorrune eatlioliqu':, en mon nom et au nom deiovs c^Knpalnoles, je f)roleste contre cetU; calomnie. » Un catholi/fue polonais.
Joignons h cet article, comme pièces justilicatives, h;s quelques fra/.ments que yr^iei, titrailsdu Ifanquit du 11 janvier iHVl.bro-
MYSTIQl'ES
chnro d'une feuille in-8°, chez Béchcl, ih, lue de Sorbonne.
Le traducteur de Cf t opuscule l'a fait précéder d'une note ainsi conçue :
« Aux auditeurs du cours de langues et littératures^ slaves.
« Nous croyons rendre service aux auditeurs habituels du cours de M. Mickiewicz; en leur offrant la traduction fidèle de l'écrit dfmt ils l'entendent souvent narler, non-seulement avec les plus grands éloges, mais niême avec une admiration exaltée et passionnée ; il pourront juger par eux-mêmes ce que c'est que cette production. Dans l'original polonais, elle porte pour titre : le Banquet (Biesiada); le professeur l'appello ordinairement la Cène. L'auteur de cet écrit est un certain M. Towianski, homme parfaitement inconnu dans la littérature polonaise; nous croyons même pouvoir affirmer le plus positivement, qu'il n'a paru jusqu'à ce jour rien autre chose de sa plume. »
Extraits.
a Au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. Ainsi soit-il.
« Discours d'ouverture de la solennité du 17 janvier, célébrée intérieurement et extérieurement pour la plus grande gloire du Seigneur, et les plus ferventes actions do
grAce pour l'admission du frère dans le
giron du saint ministère ; célébrée en une assemblée petite et f)aisible encore, comme il convient à ce premier pas de l'œuvre sainte qui s'accomplit dans le monde extérieur, d'une œuvre qui, jusqu'à présent, éta t tout entière dans le monde des esprits. »
« Représentons-nous l'homme comme la dernière gaîne, comme le dernier point visible [)ar lequel vies nuées d'esprit agissent ifi visiblement. Ces masses d'esprits* armés sont très-diverses, car l'esprit de l'honnne, (jiie (lis-j(!? l'esprit de chaque créature doit s'accor<ier avec eux, pour former une certaine harmonie prescrite par le décret du Très-Haut. — Des nuées d'esprits que l'teil ne peut embrasser encond)rent le globe terrestre, hîsquels ordinairement, en cet état fl'esjjrils, sans envelo[)pe, sans organisation, c'«!St-€i-ilire sans vie selon la terre, accomplissent leur j»énil(!nce en se façonnant et en attcmdant qu<! la volonté supérieure les introduise de nouveau dans cette vie terrestre tpii est la mort pour tout es[)ril, car elle est la d(.'slruction de ses facuHés, de ses caractères, de sa force; — ou bien, comme les esprits su|)érieurs, es[)rits saints, (jui, ayant déj.'i accompli le j)èlerinag(! terrestre selon les lois de Wunonv, ne. peuv(;nt |)lus, àcauso de leur élévation, (l(;meurer sous aucune \()ùt<' terrestre;, ni sid)ir d'o|>éralion de celle esjtèce. Ils corUinucîut leur opération h l'étal d'csj)ril, h l'état de liberté et de vie. »
« — La terre est un(! valléc!, car les esprits iid'érieurs, d'oi'i les t(!ntations, occupent exc.lusiv(;menl sa surface. — Mais Dieu ayant, du haut de ses tabernacles éternels,
903 MYSTIQIF.S
ciivoy«^ J(^s\is-r,hrist, n vaincu, dispersé' eu porlio !»• iii.il IciTo^lro, cnr Jt^sus-Christ a ouvert le rlioniin du ci(>l, a vaincu l'cifer, ( •■(•s(-h-(lin' les esprits infi-rieurs qui enconilirenl la terre el la gouvernent selon leur nature »
n Aujourd'hui donc, lorsque, |)ar la falsification (le la lumière de Jésus-Christ, ou [»ar son exiinclion totale, pour n'avoir pas nouiri le IVu divin dans nos coeurs, les colonnes obscures se sont de nouveau étendues sur l-i terre parla force de la même loi, Dieu résolut, dans son ine\tinguil)itî miséricorde, que, non-seulement la lumière de Jésus-Christ fût épuré(î et attisée, mais encore qu'elle fOt mise dans une telle tension qu'il s'en allum;U une étoile ardente, et (pie le feu de l'amour divin, feu de la nouvellt! alliance, réjouît la terre assombrie, alin que l'enfer perdit })lus de son sceptre, plus de son pouvoir; car les nuées des mauvais esprits, ces colonnes obscures, par la force de la même loi, sont obligées de fuir devant l'étoile, tandis (pie les esprits purs descendent <i la lumière divine. — Et lorsque, d'après la miséricorde révélée pour la terre, Dieu, en envoyant de ci!s espaces non terrestres des esprits supérieurs, et attisant toujours davantage le feu de son amour, r(euvre, du temps du septième envoyé, le plus attisé, et que ce feu aura embrasé la terre, alors le mal disparaîtra de la terre, périra, selon la sainte expression. »
« L'h<jmmc possède la volonté, mais elle est une [tarlie inlininHî'it petite de ses actions. Souvint Dit.'U met l'homme en liberté, lui facilite tout, et les colonnt^s de lumière et d'obscurité >e retirent, et alleiuient que riiomine, abandonné à lui-même et entièrement libre, prenne nécessairement une dire( tion, et après cette direction prise vers la lumière ou l'obscurité, les colonnes lumiiKHises ou obscures, en vertu de la loi de riiarmonie, loi suj)rème, occupent (encoml)it.'ril) l'intéiieur de riiomme et le gouverneit d'a|>rès leur nature. Un grand et volontaire assombrissemeiit de l'àme produit ce fatal eirel, (pic pour l()nglem[is une colonne obscur(! occu|)e l'Ame humaine ; et un tel homme, d'après les [paroles de la lévélation, n est nlxnulnnué. au pouvoir (lu nuil. » Un tel malheureux perd sa volonté, car une colcjune snuibre occupe, eiii ombre son esprit. Il a toujours la liberté de sortir de cet é-tal par un elfort intérieur; il peut, au milieu de cet enfer où il se trouve, faire jaillir u'ie petite lumière, et éviKjuer, au mo.ven de cetl(î p(,'tit(^ lumière, une colonne protectrice au sein de son malheur. Mais cela est j)res(^ue impossible, car s'il ne l'a pas fait, libre et la grAce aidant, comment y réus- ,sira-t-il au milieu d'une atmosphère infernale ? il arrivera un temps où. en vertu de la iiii>éricorde divine, il rectîvra encr)re la liberté et le secours de la grAce, et il lui adviendra de nouveau, suivant l'usage «ja'il lera des thuis du ciel. (Qu'est-ce donc ([ue notre laison terrestre ? (Ju est-ce ipie a doc-
MYSTIQliKS
trine ? Qu'est-ce (|ue la force terrestre ? Combien, sur notre vrai chemin, la lumière tcrestre la plus haute n'est rien auprès de celle de Dieu, lorsque le plus élevé sur la terre (d'après les paroles de la révélation) peut, dans la seconde vie, n'être [>as même un homme, et l'esprit d'un ours, ayant quitté les plaines polaires, [)eut arriver au comble d'élévation dans la première capitale du monde.... »
« .... L'amour, le plus saint des sentiments, doit être reçu volontairement parla créature; — de cette pleine spontanéité dépend la sainteté de l'amour partant de Dieu, qui n'est que l'amour mémo. — L'amour exigé, imposé, ordonné, même par la toute-puissance de Dieu, cesserait d'être amour, perdrait sa sainteté, son éclat céleste. — Quand nous aurons senti cet être, nous sentirons pour- (juoi le Seigneur, le Tout-Puissant, qui, (l'un seul signe de sa volonté, ébranle les globes, peut les élever et les détruire, pour- (juoi fait-il tant d'elforts pour gagner un seul soupir d'un seul ver de terre? »
« Et h nous, hommes coopérant à l'œuvre de l'esprit, il nous est permi.s de vider la coupe avec un ardent soupir, pour la prospérité de l'œuvre et de notre jxitric. Première coupe de C(,^ genre sur la terre ; car il n'y eut point encore d(^ tel service sur la terre, et par conséquent de telle coupe, en nous souvenant (ju'il est permis h l'homme de renouveler la sainte Cène du Soigneur eu élevant l'esprit.
Premier toast. (A Dieu.)
« Dieu 1 daigne recevoir h ta gloire celte exposition de l'œuvre de l'esprit dans .es termes terrestres :
« Pour ta prospérité, pour que to i nom, (^ Seigneur, soit sanctifié, oour la prospérité de la plus saint(î cause des peuples, pour la prospérité de notie patrie.
Deuxième toast. (A N,q)oléon.)
« La miséricorde du Seig'ieur, le pardon et le repos, et piom[)te union avec nous 1 () esprit, cher pour lous, d'un héros, frère, (oUègue et (;oop(''iateur dans l'uMivre sainte. () loi, maître illuminé, connaissant de plus I rès les décrets du Sei;.;neur en faveur de la terre ! toi (pii, après vingt années de souffrances, par permission supéi ieure, jiartages en ce moment notre baïKpiel en espiil, reçois en ce moment notre solennelle assurance (et calme les soiu is (pii le rongent, ('• ombre chère 1) que nous ferons tous nos ell'orts pour devenir dociles à tes in>pir.iti()iis, à la direction (|iie, d'a[)iès la volonté de Dieu, dont tu es [dus rapproché, tu nous im[)riiiielas pour la joie, le repos et le salut d(! ton esprit. »
Troisième toast. (.\u frère nouvellement admis.)
« Pour la prospérité. In bénédiction et la santé du très-cher frère qui, par grAce et privilège de Dieu, entrant dans le giron du sainl-ollice, a rempli notre cœur de joie.
Vive , qu'il marche dans la paii et la
force, conduit par la droite toute puissante sur le chemin sacré de sa grande destinée. » D'après l'auteur du Banquet, le monde matériel est un immense laboratoire employé à l'épuration et à la sublimation des esprits.
Chaque globe, dans ce travail, a sa destination propre, et la terre, le moindre de tous les globes, est le siège des opérations les plus grossières (1).
Toutes les créatures ont un esprit, les animaux et les végétaux aussi bien que l'homme (2) ; et si ce dernier est le roi de la création, ce n'est pas pour qu'il oublie, comme il le fait, les droits de ses sujets, mais pour qu'il les aide au contraire à monter I lus haut (3).
Ne vantons [)oiut trop notre supériorité. La doctrine, la raison, la force terrestre, sont jieu de chose en définitive, car « le plus élevé sur la terre peut, dans la seconde vie, n'être pas même un homme, et l'esprit d'un ours, ayant quitté les plaines polaires, peut arriver au comble de l'élévation dans la première capitale du monde i). » Le christianii^me avait "soupçonné cette grande vérité, et la sympathie des chrétiens pour les animaux cil est une preuve très-rernarquable. Toutefois, 1rs races inférieun^s ne devaient être ronii>lélement réli;ibilitées que sous le règne de la nouvelle doctrine 5j.
Comment l'esprit de chaque créature se pcrfectionne-f-il, cl quelle est ici-bas son action ? Le voici :
Le globe t(,'rrestre est entouré d'une mulfitude innombrable despriCs libres , sans organisation, qui agissent invisiblement '0). On en distingue t'ois espèces : les espiils supérieurs, les esf)rils inférieurs et les esprils qiiej'appellerai mixtes, laule d'un terme plus piécis (7).
Parmi les esprits supérieurs, les uns n'ont jamais nris de forme matérielle, t.mt est sublime leur nntun;! les autres ont revèhi des corps; mais, ayant accompli le pèlerinage terrestre srlon les lois de l'amour, ils ne r»;(;omnienccront point b-ur épreuve, et ils continueront de vivre à l'état (ïesprits libres (8j. Ceux-là sont les anges, le.s chérubins, et ceux-ci les saints, les bienheureux (9j. Ils forment tous des colonnes lumineuses, et au sommet de la plus élevée se trouve Dieu.
Les esprits inférieurs sont les mauvais esprits, les légions inîeroales; Salan dirige leurs ténébreuses colonnes.
Quelle est leur origine? Sont-ils naturellement pervers? Faut-d voir en <;ux des êtres déchu»? .Seront-ils réhabilités? Questions
(1; Lf. Bannuet, p. 12.
Ci) Li-çoii (lu Ht m.in, fi lf. Hiinqucl, p. B.
(7,1 Iju/)U (iij it't riKirs.
H) \.f llnnijuet, p. K.